A M. LE MARQUIS CESARE CAMPORI, A MODÈNE
Turin, 15 décembre 185S.
. Monsieur le marquis^
n se fait temps qu'en vous demandant pardon d'un si long retard je vous remercie de votre amical souvenir et du présent que vous m'avez fait d'un exemplaire de vos Viaggi d'OUremonte '.
J'ai lu et vivement goûté cet excellent livre, plein d'une aimable philosophie : il instruit , il charme, et fait aimer la belle âme de l'auteur. Autant il faut blâmer certaines relations de voyages, où l'on voit pro-
« Les Viaggi d'Oltrenumte, estimable recueil d^împressions de Toyagef, furent dédiés, par le marquis CesareCampori, au chevalier Massimo d'Aieglio, à Toccasion des fêtes du mariage de la fille de ce dernier avec le marquis Matleo Ricci, beau-frère du marquis Gampori. (Note de r Editeur.)
diguer les jugements faux contre les nations étrangères ou contre la nôtre ^ autant doit-on louer les tableaux vrais de mœurs et de lieux tracés avec un esprit vif , mais calme et bienveillant. Vainement la foule s'obstine à décorer du nom de philosophes ces penseurs irascibles et malveillants : je ne vois en eux que des intelligences malades et souvent nuisibles. Hélas ! qu'il en est de nos jours , et souvent le monde les admire comme si la bonté et la religion ne servaient plus à rien ! Et cependant^ sans ces divers éléments^ où est la sagesse ?
Je suis persuadé que^ dans tous vos écrits^ cher marquis y les lecteurs trouveront toi^oiu's ces qualités qui élèvent Tesprit et invitent à la bonté.
Que le Seigneur vous en récompense^ comme de toutes vos œuvres , en vous donnant^ à vous et à tout ce qui vous appartient, une excellente santé, et toutes les raisons d'être heureux.
C'est avec ces souhaits et cette parfaite estime que j'ai l'honneur de me dire de nouveau votre très-humble et très-obligé serviteur.
cccxvin
A M. VICTOR DE LA CANOROUE
Turin, 9 janvier 1859.
* Mon cher ami, En vous remerdant des vœux que votre bonne lettre m'exprime, je vous assure que, quoique j'aie tardé à TOUS t)ftrler'dés uniens pour vous, mon cœur les a formés et les fonne bien sincèrement Je me réjouis
de ce que vous avez enfin la certitude d'obtenir une place de professeur à Nice/si vous ne pouvez en avoir une ici. Il me tarde de vous voir passer des jours tranquilles quelque part. Rien ne vous a souri à Turin. Je vous voudrais ici ; mais je crains qu'ici il ne vous soit plus difficile qu'ailleurs d'obtenir une chaire dans un collège ^ vu le grand nombre des aspirants et le genre de partialité qui domine. Le mérite ne suffit guère ! tout est réglé par les passions du temps ^ par Tesprit de parti, ou s'il y a des exceptions elles sont rares. Je suis effrayé dû nombre des malheureux que je connais, et il y en a qui sont remplis de mérite. Que de souffrances morales et souvent jointes aux souffrances physiques ! J'ai l'âme accablée!... Que Dieu soutienne et console tous ceux qui sont dans la douleur !
Fortifions-nous par les sentiments religieux et par la pratique fidèle de notre sainte religion ; tous les autres soulagements sont trompeurs. Je compte, mon cher ami, sur votre amitié et sur vos bonnes prières. Croyez à mon sincère attachement. ^
A M. LE COMTE LUTGI PORRO
Turin, lî février 1853.
Mon cher Porro, Au milieu des exécrables et stupides atrocités suscitées par Mazzini, tout homme de bien pouvait courir quelque danger, et c'est pourquoi, dans les premiers moments que nous arriva la nouvelle, je pensai à vous et à votre famille avec inquiétude. Je vous
remercie de l'aimable empressement que vous avez mis à m'écrire. — Mazzini,.en croyant à tort le succès possible dans une opération d'une nature si grave^ fait voir chaque jour davantage qu'il n'est pas un homme poUtique^ quoiqu'il en prenne le masque. Si du moins l'événement pouvait désabuser tant de jeunes gens « sans expérience l — ^En attendant^ il n'est que trop vi-ai que les violences des démagogues font un mal immense^ et empirent la condition de tous. Mais détournons nos regards de calamités inévitables auxquelles je ne puis penser sans amertume... *
Je me réjouis d'apprendre que votre voyage à Ravemie a été heureux. Vous avez vu d'excellentes personnes et .de beaux pays^ et cette satisfaction a tempéré le chagrin que d'autres objets pouvaient vous faire. Oh ! que cette cité de Ravenne^ si intéressante par son antiquité^ me plut^ il y a bien des années ! C'était en 1812; je m'y trouvais parmi les secrétaires de Luini^ pendant sa tournée d'inspection dans ces départements. J'y passai plusieurs jours, visitant tout, admirant, prenant des notes. Chaque chose pour moi devenait un sujet de pensée, d'étude, de délices ; et l'horizon de la vie me souriait de toutes parts avec d'aimables illusions... Quoiqu'en vieillissant la vie s'assombrisse, je me félicite cependant de vivre encore. Au milieu de nos maux, l'esprit et le cœur trouvent toujours quelque plaisir ; et celui de l'amitié est un des plus doux.
Portez-vous bien ; mille choses autour de vous, et continuez tous à m'aimer.
A M. VICTOR DE LA CANORGUE
Turin, 19 avril 1853.
♦ Mon cher ami, Vous me donnez enfin une nouvelle qui me fait plaisir, et je m'empresse de Vous offrir mes félicitations. J'aurais fait comme vous, j'aurais préféré me charger de l'éducation d'un jeune homme de bonne famille. La chaire de français que l'on tous aurait accordée à Turin est un emploi peu avantageux et d'une durée fort incertaine. M. le chevalier Maestri, sénateur, est venu un jour me voir pour me parler de vous et de l'espoir qu'il avait de vous faire donner une chaire. Dans les places où les appointements sont trop petits, et où il faut suppléer en se procurant des leçons, les heures appelées de liberté sont des heures de fatigue ou de désoccupation et de tristesse. Souvent les leçons manquent, vu la facilité qu'ont les gens de •'accommoder de très-peu d'étude, et vu le nombre des professeurs qui enseignent ou cherchent à enseir gner. Vous avez inûniment plus de mérite que mille autres; mais vous êtes aussi le plus modeste des hommes, le moins fait pour vous emparer d'une place convoitée par des concurrents.
Au heu de cela, vous êtes parfaitement fait pour bien élever un jeune homme, pour vous faire aimer et estimer de lui et de toute la famille. Entrez donc dans cette carrière avec conflance; votre esprit, votre v^rtu, votre bonne volonté feront beaucoup, et l'aide
de Dieu ne manquera pas. Point de mélancolie : elle ne vaut rien, elle ne va pas à un instituteur ; il ne doit jamais oublier pour longtemps le doux sourire de Tamabilité et de la bienveiUance. Voilà mes conseils, mon cher ami ; ils sont courts, et je sais que vous n'en avez guère besoin. Je vous connais rempli de sagesse, de constance dans le bien, d'excellentes qualités de tout genre. La noble maison qui vous a reçu a acquis un digne homme. — Madame la marquise de Barolo vous fait ses féUcitations. Croyez aux sentiments inaltérables de votre dévoué serviteur et ami. *
A M. LE PROFESSEUR BARUFFI.
Turin, 93 mai 1858.
Cher professeur et digne ami.
Votre petit livre des Pa$$eggiate est des plus aimables que j'aie encore lus. Le don que vous m'en avez fait m'est précieux, et je vous rends mille grâces.
Recevez aussi mes remerctments les mieux sentis pour la bienveillance que vous me témoignez dans les quelques lignes que vous m'avez écrites. Mais vous me forcez à sourire en me rêvant dans votre aimable cœur des qualités que je ne possède guère. Je sais peu, je ne suis bon à rien ou à presque rien, mais j'aime et désire le beau, le bon, le vrai.
Ma vie en a tiré de grandes consolations, et je ne puis assez en bénir Dieu. Continuez, cher BarufS, à me traiter avec votre indulgence habituelle. Je votîs
serre la main de tout mon cœur ; croyez-moi votre trè^-affectionné serviteur et ami.
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