A N4BAHE LA BARONNE DE LA3C0URS
Paris, samedi 11 mara 1813.
Pourquoi y a-l-il si longtemps, chère madame, que je ne vous ai écrit? C'est que, en vérité, je me trouve fort ennuyeux et que je trouve peu amusant ce que je vois et ce que j'entends. Tantôt c'est une crise ministérielle qui est en l'air, et tantôt les Burgraves de H. Victor Hugo. Quoique vous vous intéressiez à toutes choses^ar l'étendue de l'esprit, je crois bien que vous avez un peu d'élonnemeut dans cette vie sérieuse, paisible que vous menez h Lyon, quand on vous raconte de quelles misères on s'occupe ici. Pour les personnes qui vivent dans un ordre de pensées élevées, tout ce petit bruit de crécelles doit leur prendre sur les nerfs. C'est comme si on m'eût offert de lire le Messager des Chamùres quand je regardais. Rome pour la première fois du haut du Capitole. Je crains donc de vous faire, malgré toute votre bienveillance, l'effet du Messager des Chambres. Voulezvous bien me rassurer un peu lorsque vous aurez un momentde loisir? Ne viendrez-vous pas bien tôtàParis,
odb/Googlc
bien que nous ne soyons pas aimables ? Je m'imagine que TOUS arriverez vers les premiers Jours d'avril, avec mademoiselte de Pomaret. Je sais bien qu'etl» a été inquiète de la santé de madame d'Eclépens. J'aurais bien voulu avoir directement d'elle des nouvelles de madame d'Eclépens, mais comme j'écris peu ou point k mes amis, une lettre dans ce dessein est un événement qui effarouche l'imagination de ceux qui sont déjil inquiets. J'ai toujours mieux aimé passer pour inattentir que de faire une petite peine inutile- Comment avez-vous trouvé les deux volumes de la princesse Belgiojoso que M. de Lascours vous a rapportés? Ils ont ici un succès qui me parait mérité. Ne trouvez-vous pas là des marques d'un esprit Terme, simple et convaincu, et avec cela la liberté de pensées sur tous les points où il est permis, dans l'Église, de garder sa liberté de pensées. Je voudrais bien savoir votre opinion sur ce qu'elle dit des peinei Sternelks? N'a-t-ellepas pris le bon cAté de ce terrible sujet? Elle est bien un peu sévère pour saint Augustin, et c'était un plus grand homme qu'elle ne dit, suivant moi. Je le vois toujours causant à une Tenêtre d'une auberge d'Ostie, avec sa mère, sur les plus grandes questions de ce monde et cela dans- un langage charmant et avec une admirable abondance de pensées ânes et d'images éclatantes. Je sens bien que ce train de guerre qu'il a mené contre tant d'hérésies a endurci un peu son àme et tous ses ai^umeats vont trop loin pour la simple raison ; on dirait qu'il s'est endurci dans la vie des camps, tandis qu'il poursuivait les donatistes, les pélasgiens et les manichéens; mais il n'en reste pas moins une de ces natures & part chez lesquelles les idées et l'imagination vont du même essor. Voyez M. de Lamartine ; il a
deux ailes, l'une de cygne, qui est l'imagination, l'autre de moineau et voilà pour sa raison. Le pauvra grand homme ne peut pas aller bien haut dans un pareil équipage. Gomment avez-vous trouvé la façon dont M. Guizot l'a traité? Je m'en suis fort réjoui dans mou cœur. C'était un beau spectacle de le voir plumer d'un air sévère ce bel oiseau des Tropiques. On dit qu'il avait l'air tout mal à son aise après avoir été ainsi pluni.é ; mais les ailes de l'amour-propre repoussent très vite ; elles repoussent un peu moins brillautes et voilà tout. J'espère que le chantre d'Elvire ne prendra plus de quelques mois des airs de ' dictateur. Le ministère est tout triomphant. J'espère qu'il n'en sera pas moins modeste. M. Duvergier va demander l'abolition du scrutin secret. Il est chimérique de demander ce genre de hardiesse chez nous. 11 y a beaucoup de gens très doux qui n'aiment pas qu'on sache leur vote parce qu'ils ne le pourraient plus im>mbttre à deux partis à la fois. Il n'est vraiment pas dans les bonnes mœurs parlementaires de voter ainsi à visage découvert. Je peuae que la proposition de M. Duvei^ier sera repoussée au scrutin secret. Lisez-vous M. de Lamennais surles Amackaspatu? fe n'ai jamais rien vu de si peu raisonnable et ensemble de si ennuyeux. Le langage est à l'avenant des idées, faux, exagéré, bariolé de toutes sortes de mauvaises couleurs. C'est quelque chose qui tient plus de l'ivresse que de l'enthousiasme. Voyez ce que c'est que d'être un peu malveillant; on flnit toujours par avoir raison. Il y a bien des années que je pense du mal de cet homme à cause de son premier ouvrage, lequel promettait tout ce qu'il a fait depuis. Il a une machine à vapeur de la force de deux cents chiens hargneux ; il l'avait d'abord attachée au
oa[>,CoOglc
i, lettres;
catholicisme et aujourd'hui il l'attache à la démocratie, mais ce sont toujours les mêmes chiens hargneux. Vous avez vu aussi le Pascal de M. Cousin? N'est-ce pas une singulière découverte que tous ces passages tronqués, déplacés, altérés, affadis par la main pieuse de Port-Royal? Us ont fait ce qu'on faisait sous la Restauration dans les cathédrales. On les badigeonnait pour effacer toutes les teintes sombres que la main du temps y avait laissées en passant. Il y a la même différence entre le langage triste et profond de Pascal et la clarté un peu blafarde que le sacristain de Port-Royal a jetée sur les épreuves de
Après cela, n'ôtes-vous pas d'avis qu'il y a un peu d'exagération aussi dans les regrets de M. Cousin sur certaines formes, qui n'en valent pas la peine ? Ainsi, je me consolerais de ne pas savoir que Pascal a dit que l'homme est un raccourci (Taàyme. Ce n'est ni simple, ni frappant, ni mente très intelligible.
Mgr. l'archevêque de Lyon a-til le loisir de lire le chapitre de la princesse Belgiojoso sur saint Irénée? Peut-être qu'il n'a pas le temps de lire. Saint Augustin lisait beaucoup, quoiqu'il agît beaucoup, mais il était saint Augustin. Saint Jérôme Usait les ouvrages théologiques des belles dames romaines, mais il n'avait pas de diocèse. Huet, l'évoque d'Avranches, lisait tout, mais aussi, quand on venait le consulter, son valet de chambre répondait : « Monseigneur étudie. » A quoi un paysan répliqua qu'il était fflché d'avoir un évêque qui n'avait pas fait ses études. -
Adieu, chère madame, mille tendres respects. Comment Joseph poursuit-il ses études, lui qui n'est pas évoque et qui probablement ne le sera jamais ? On n'entend rien de îtiademoiselle Cécile, sinon" qu'elle
.^iizoob,GoogIc
est jeune et belle et aimable, mais nous le savion» déjà.
Pari», 13 juin IS4.1.
Chère madame, je naurais pas osé vous écrire durant tout ce fracas de camp et de revues. Je craignais que celle magnificence militaire ne laissât dans l'ombre vos humbles amis de Paris. Vous êtes bien bonne de m'avoir rassuré là-dessus, mais ce qui n'est pas si aimable, c'est de dire que vous avez été fort souffrante, avec une rapidité toute militaire et sans autre explication. Avez-vous été réellement de mauvaise humeur d'ôtre malade? Je ne crois pas beaucoup à votre mauvaise humeur dans aucun cas. Vous n'avez pas même de mauvaise humeur le dimanche et c'est pourtant une grande épreuve pour les caractères. Ordinairement, quand l'heure de la grand'messe approche, on devient colère de peur d'être arrêté par quelque chose et de n'être pas exact à ses devoirs. La moitié des vices de ce monde ne vient-elle pas de l'humeur qu'on a de ne pouvoir pas faire si bien qu'on voudrait? Et voilà justement pourquoi les mauvais sujets sont ordinairement de bons enfants. Ils n'ont pas d'impatience de ce qui leur manque en Tait de vertus. On dit que Mt de Lamartine va vous aller voir à Lyon. Je présume que M. de Lascours n'exhortera pas ses officiers à aller entendre les homélies démocratiques de ce tout petit 0' Connel.
J« suis déjà bien frappé de ce que j'ai lu de votr»
odb,GoogIc
s XBTTRE3.
essai sur la Somme de saint Thomas. J'aime ce langage qui a de la force, de la douceur, de la clarté, et partouLune vivacité cachée qui se trahit pourtant à la moindre contradiction, comme les étincelles sortent de la maciiine électrique dès qu'on approche la main. Vous vous Stes placée dans le point de vue le plus élevé et on sent que vous avez un grand^ horizon devant les yeux, mais que vous tenez qu'il est bien de regarder un seul point auquel il faut tout rapporter, et ce seul point est du côté de la campagne de Rome, vers de grandes ruines et des débris de belles églises. Le paysage est beau et mélancolique, mais on dirait que la vie s'en relire tous les jours, et, quand il s'y fait un peu de bruit, on croirait que c'est l'agitation de la fièvre. C'est donc le tort de votre beau livre de montrer une préoccupation trop forte de ces grandes ombres du passé. Il est singulier de voir défendre, avec toute la vivacité d'une imagination jeune etsérieuse, un système en apparence si froid et d'une rigueur si intraitahle, mais, à vous entendre exposer ce système dans les pages que vous voulez bien me confier, on se reprend à le trouver d'accord avec toutes les lumières de l'esprit et tous les rêves que l'âme poursuit. En le lisant, je me souvenais involontairement d'avoir rencontré & Rome, dans les Catacombes, une jeune femme d'une charmante' figure qui parcourait d'un pas léger ces tristes demeures des morts. Cette vive jeunesse semblait faire tout revivre autour d'elle, mais elle passée et son flambeau éteint, que restait-il? Je vous dis bien librement mon avis, puisque vous avez la bonté de me consulter sur votre travail. J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop. J'y ai fait quelques petites corrections de détail. 11 y a quelques erreurs sur le
protestantisme ; je n'aime pas beaucoup cette corn* paraison de Luther et de saint Thomas. Sans doute, saint Tliomaa est un grand esprit, mais, puisqu'il ne s'agit que de supériorité d'esprit, pendant que l'un eoupe de travers un cheveu en quatre, l'autre renverse des églises et brise les portes des villes. C'est la différence qu'il y a entre une paire de ciseaux et nn boulet de canon. J'aime ce que vous dites, au contraire, sur la tolérance. Le morceau est charmant, mais pourquoi rappeler que Calvin a,brûlé Servetî Cela trouble toute la sérénité du tableau que vous avez fait. Il ne faut point de récriminations, surtout quand il est question de tolérance .
Adieu, chère madame. Je fais un article sur votre ouvrage et j'espère que vi^us m'autoriserez à faire quelques citations. J'ai pris d'abord ce beau passade où vous peignez toutes les inquiétudes de l'esprit contenues et calmées bientAt dans le cercle magique de l'autorité de l'Église.
Gurcj, mercredi IS Juillet 1843.
Me voici au milieu des bois, mon cher ami, et j'aimerais bien à vous rencontrer au coin d'un bois ; mais TOUS n'êtes pas homme à me causer cette sur-i prise, vous n'aimez pas l'inattendu. J'ai réfuté tous vos arguments, mais j'y reviendrai dans chacune de mes lettres et je trouverai peut-être le mollia fundt tempora, c'est-à-dire quelques moments oii vous vou$
8 LETTBBS.
ennuierez bien fort à Paris ; où M. Dumon tous aura moins plu que ûe coutume; un jour où te feuillage qui abrite votre petit appartement vous paraîtra moins vert ; une heure où la jeune possédée en robe rouge qui brille dans votre tableau A'Orcagna ou'de tout autre vous sourira moins doucement. Alors, vous prendrez votre parti et vous verrez comme vous serez bien reçu ici. Vous pourrez pÊcher sept fois le jour dans une petite rivière qui est toute remplie de beaux poissons. Vous pourrez courir à pleines voiles sur un étang qui a partout trois pieds d'eau. Songez donc que vous n'êtes qu'à sept heures dé Paris. D'un coup d'aile vous revenez au conseil d'État. Savez- Voùs ce que je fais dans mes moments de loisir? Je lis BufTon. Qui m'aurait dit que je relirais ce pédant éloquent? Çnfin, il me parle de chien et cela m'attendrit. L'histoire naturelle dans sa raideur scientifique est aussi triste aujourd'huique ces poissons décolorés qu'on garde dans l'esprit devin. Je n'aime que Pluctie, Valmont de Bomare et ceux qui n'ont pas besoin de disséquer les pauvres bâtes pour ea parler. C'est une terrible chose que l'esprit des classilications rigoureuses. Ce n'est pas plus la nature que l'Almanach des 25,000 adresses n'est la société.
13 juillet.
■ ... Veuillez, mon cher ami, me rendre un peu , compte de vos études. Vous vous enfoncez de plus en plus dans le passé et il viendra un moment où vou» ne pourrez plus supporter la figure des vivants, sous prétexte qu'ils ne valent pas les anciens. C'est bien vous qui dites avec René : al les morts d'aulrefoh ont une vie plut forte que les vivants d'aujourd'hui, ie vous di-
odb,Googlc
rai, pour abonder dans votre sens, que BufTon prétend que Iw animaux sauvages eux-mêmes ont dégénéré et que les tigres d'à présent ne valent pas les tigres d'un autre âge ; ainsi, celte peste de la civilisation est comme l'amour dans les opéras de Quinault ; Au haut des airs, elle atteint toiseau rapide. Elle mine peu à peu les avocats, les singes, les conseillers d'Etat. Le service extraordinaire même a un peu de fièvre, comme & Paris. 11 a îa migraine ; il écrit mal t>arce qu'il s'est fait à l'index une énorme coupure à l'aide d'un rasoir qui n'a jamais pu couper que cet index, enfin, je ne suis pas des plus forts, et c'est sans doute la faute de la civilisation qui progresse sans pouvoir rien sauvegarder. A propos, ne vous moquez pourtant pas trop des gens d'aujourd'hui. Je viens de relire des articles liltéraires de M. de Fontanes, lesquels ne valent pas le diable. Il y a en particulier Une critique de la littérature de madame de Stafil, qui'est à la fois parfaitement insolente et dépourvue d'esprit. Cela est déclamatoire, étroit, lourd. C'est pourtant un grand ami de l'antiquité que ce M. de Fontanes. Pour le quart d'heure je suis au plus haut des cieux avec le Dante. J'ai remarqué que Piccarda ' est dans le Paradis après avoir quitté le voile et mené la vie du monde. Elle dit( à la vérité, qu'elle aurait eu une meilleure place si elle était restée toute sa vie mortelle au couvent ; mais toujours est-elle en Paradis, et ce n'est pas vous qui l'en retirerez avec vos principes inhumains.
Bonjour, mon cher ami, vous êtes bien' aimable sous cet amas de préjugés qui vous couvrent. Il y a des étincelles sous cette cendre, et j'espère qu'à force de soufQer nous ranimerons la flamme.
odb/Googlc
Gare;, d[mancho 21juillet t8f3.
Mon cher ami, vous m'écrivîtes l'an dernier, d'un air assez grognon : Sachez que je ne puis m' astreindre à aucune exactitude dans mes correspondances. Vous pouvez bien penser que je ne suis pas homme à oublier cela, et je fais elTorl sur moi-même pour ne pas vous écrire à des jours réglés, suivant mon instinct; fil puis, fauUl vous le dire aussi? je ne me sens aucun empressement à entrel^ir des rapports trop fréquents avec un homme aussi mal noté dans les papiers de M*", Puisqu'il vous a offert l'autre jour un saci'idce sur l'autel du vrai Dieu, c'est qu'il ne vous croit pas beaucoup de crédit dans ce monde, et il s'y connaît. Ah ! qui m'eût dit que j'aurais un jour la consolation de vous voir presque pendu comme philosophe, et cela, des mains d'un homme en qui TOUS aviez mis toute votre complaisance I Je me figurei que vous êtes tout mélancolique depuis cette nouvelle découverte dans la perversité humaine.
Sachez que, si je vis ici avec d'bonnêlcs gens qui sont incapables de la plus petite noirceur, par compensation, il pleut à torrents ; donc, on veut jouer la comédie ; on essaie les Précieuses ridicules, Mitkridate, 6t que sais-je encore? Tout cela, par fragments. Je n'en suis pas, à cause de ma grande timidité qui ne me laisse pas parler en public, mais j'assiste avec plaisir ans répélitions, quand on veut bien meleper-
mettre. Bien que je n'aie pas beaucoup de sentiment dramatique, je ne suis pourtant pas assez stupids pour ne pas sentir ce que j'ai souvent entendu expliquer par M**', que Racine a une sensibilité profonde et Molière une verve comique intarissable. J'en ai ■ même conclu que Racine était le poète du cœur, aussi vrai que Boileau est le législateur du Parnasse, quoi!
Je reçois une lettre d'Athènes. M. Piscatorymedécrit toute sa maison sur le penchant de l'Hymette et la vue admirable dont il jouit. Il estcontenld'ëtrelàet triste d'Être loin des siens. Ce qu'il dit de cette Grèce me donne une furieuse envie d'aller voir Salamine et Marathon. Ne vous vient-il pas aussi quelque désir d'abandonner les aigles, j'entends par là vos supérieurs etTOs collègues ? Vous devriez me donnerquçlques nouvelles ; me dire si le général Espartero échappera aux griffes de ses ennemis, car il est probable qu'il en sera bient&t à crier : a Mon royaume pour un cheval I...» Je lis un charmant discours de H. Villemain sur les prix de toutes couleur» que distribue l'Institut. Je soupçonne qu'il n'y a de vif, de spirituel dans tous les ouvrages couronnés, que la manière dont M. Villemain en parle. Quant aux prix de vertu je trouve qu'ils n'inspirent aucune émulation. Mille écus, c'est peu pour la vertu, et le vice rapporte plus à un homme de bon sens. Que dois-je penser de l'écrit de M. Michelet et de M. Quinet sur les jésuites? Est-ce ce que j'ai déjà lu, ce dont je vous ai lu un passage? Pourquoi se mettre deux pour cela ? On n'écrit jamais rien de bon à deux. On De se met pas à deux pour pointer un canon ; ils manqueront leur coup, et c'est dommage.
AU HËHB.
Gurcy, dimanctie 6 août 1813.
Pourquoi me dites-vous : « J'attends chaque matin une lettre devons?» C'est bien avons, qui ëles quinze grands jours sans m' écrire, & le prendre sur ce ton avec moi 1 Vous répondrez, sans doute, que vous avez beaucoup d'aflUires, miiis j'ai toujours laissé dire qu'il n'y avait que les gens occupés qui eussent du [emps pourtout; jel'ai laissé dire, me réservant d'en profiter. Ah! vous n'aimez pas assez Frédéric et Bei^nerette. Vous ne sentez donc pas combien toute cette misère est poignante et poétique en môme temps. Je veux absolument que vous me disiez que Manon Lescaut est la grossièreté même. La pauvre Bernerette suit le &1 de l'eaii dans sa pauvre petite barque qui va se briser contre tes grands moulins de l'ordre social. C'est une fatalité plus vraie que la fatalité des anciens. Manon LcscauL est une voleuse, une impudente, une menteuse ; Desgrieux est un escroc ; tout cela n'est pas la réalité ; c'est quelque chose au-dessous de ta réalité; enfm, M. de Musset est certainement un homme de talent et tout ce que vous me dites de son état me fâche. Il n'est point riche, il est malade et il m'a l'air de suivre comme Bernerette le 111 de l'eau. Que vous a donc fait l'empereur Napoléon que vous le traitiez de déclamaleHr?ll ne déclamait pas sur l'Adige, et, j s'il parlait eu Egypte avec quelque recherche, c'était pour parler au fou selon sa
LETTRES. iJ
foliâ.' Pr6Dez garde qu'il y a enlre la grandeur et la déclamation une ligne imperceptible, mais nette et. tranchante conameracier...
Quant à cet élégant qui trouve qu'on ne peut pas ne pas ^re athée, il me semble rjiie ce doit être un sot. Regardez bien, et, malgré son apparence d'esprit, il doit avoir sous son petit duvet brillant la peau d'un sot. Quelle armée que les sots et les faquins l que c'est imposant ! Quelle ligne menaçante depuis les gros bataillons qui sont sous les bannières de M. deMaistre, jusqu'aux petits nigauds qui croient inventer les lourdessottisesdu baron d'Holbach 1 Oui, vous reviendrez h mon opinion sur M. Ponsarâ, et même, si Dieu vous fait la grâce d'arriver à la lin de votre carrière d'une manière ou d'une îrutre, vous reviendrez à toutes mes opinions. C'est la vraie conversion. Voulez-vous bien ne pas tant parler de vos jeunes Espagnoles. Qu'est-ce que cette manière de chanter qu'on n'a qu'au delà des Pyrénées? Vous m'avez bien la mine d'aller un jour échauffer la marmite de Lucifer avec vos descriptions moitié d'artiste et moitié de réprouvé. C'est la source de tous les crimes littéraires de ce temps que ce mélange. Je ne serais pas étonné quecefûtune des formes du péché contre le Saint- Esprit que de prendre ce qui est divin pour en orner ce qui ne l'est pas du tout. Que cela ne vous arrive plus ou je le dis à saint Jérôme, à saint Augustin, à saint Ambroise et à saint Quiriace que je ne connais pas, mais dont j'ai vu une belle église dans les ruines abandonnées de la ville haute de Provins.
Je n'aime pas beaucoup que vous lisiez les beaux endroits de madame Sand, puisqt)^ tout cela vous met dans un méchant état d'esprit. Vous écrivez sur Jules Romain et sur une marquise-des lignes qui me
D;„z;oL>,CoOg[c
font peur pour vous. Vous m'avez l'air de vouloir retourner en Egypte et de trouver que le désert et ses miracles et les cimes des montagnes àl'Orient ne valent pas la cour de Pharaon, mais il est trop tard, mon cber monsieur, non pas trop tard pour l'^e, mais vous êtes engagé ; vous avez mis la main à la charrue et il ne s'agit plus de se retourner. Au reste, les marquises passent et tes sommets des monts à l'Orient brillent d'un éternel éclat. Voilà tout ce que j'ai à vous dire sur Handel, sur Jules Romain, sur FraBartholomeo, car tout cela c'est pour vous une manière de parler des marquises. Vous voilà comme la littérature moderne, dérobant quelque collier ou quelque bracelet de diamants dans le Paradis pour en orner une marquise. Ne voyez'-vous pas tout le chœur des anges qui crie : au voleur ? Vous avez besoin de vous tranquilliser l'imagination; lisez saint Martin, cela vous enlèvera à toutes les réalités, car cela ne ressemble à rien.
J'aime assez la manière dont les Espagnols sa tirent d'affaire. Les voilà devenus des gens civilisés. C'est là une belle conversion I Si Espartero a gfltê la moindre chose à Sêville, s'il a jeté la plus petite bombe dans la mosquée de Séville, je ne lui pardonnerai de mes jours. Je plains fort ce pauve M. Aligny, que la fièvre oblige de revenir de Grèce. Quand on n'a pas une santé de fer, on n'est bon à rien. Je vous donne ma parole d'honneur que, si j'avais eu une bonne santé, je serais une créature passablement distinguée, mais il n'y a que Dieu et moi qui sachions combien d'obstacles cette misérable petite organisation me fait rencontrer partout, Ûie»y pourrait bien quelque chose, mais moi, je ne sais qu'y faire. Si vous croyez que je n'ai plus la fièvre, vous êtes dans une grande erreur. .
DilizodbvGoOglc
Je Toudrais bien voir tousces geosqui me disent d'une Toix Torte que je me porte parraitement bien, je voudrais bien les voir obligés de manœuvrer ce petit réseau de toiles d'araignées qui est ma propre personne. Je fais de mon mieux presque toujours et je vais au bout de mes forces physiques, mais qui est-ce qui sait le secret de la force ds son voisin ? Ou se regarde au miroir, oo trouve qu'on a les joues rondes, le teint brun et animé, ou se frappe la poitrine et il en sort un son plein et égal qui annonce une longne vie , et on dit : n Bah ! qui est-ce qui est malade ? »
Qui est malade? C'est vous, mon cher ami, mais vraiment bien malade moralement. Je vous prie d'appliquer une force énergique à tourner le cap des tempêtes où vous TOUS démenez. Les beaux yeux des marquises font mourir, je vous en avertis. Je vous trouve bien ému littérairement, et, comme vous êtes toujours plein de conséquence, j'en conclus que cette révolution littéraire correspond à une autre révolution en vous. Lisez les BoUandistes ; ce sont des eaux froides, ternes, sans courant, point de paysage à l'horizon, nen qui éveille l'imagination. Laissez là M. de Hussbt.
J'ai écrit à M. Piscatory, mais je ne lui ai pas dit ~ que vous fussiez exposé à faire naufrage devant les marquises. Je lui ai dit seulement que vousTOudriez bien savoir comment il se trouve auprès du tombeau de Thémistocle. Une semble pas convaincu que le roi Othon ait le génie de Vériclës, mais cela viendra peutêtre; il est bien jeune.
Bonjour, mon cher ami. Si vous vous plaignez de moi, vous êtes criminel. Vous m'iivez pourtant écrit 4eux aimables lettres, mais je suis sûr que vous
oa[>,CoOglc
allez vous endormir d'un prorond sommeil durant quhije jours, ou bien râver sur Handel, ce qui est