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A MADAME LA PRIUCESSE DE BROGLIE

Paris, 2T novembre IStT.

, . . Vous avez eu récemment des lettres de M. Rau- Itn, 11 vous aura caché la moitié de son admiration pour l'Angleterre, afin de n'avoir point l'air volagej mais c'est le volage hraèl en personne... Soyez assez bonne pour lui fermer votre porte quand il voudra retourner en Italie, — s'il y a une Italie quand il recommencera à voyager. Cela me parait parfois douteux h voir les affaires de Florence. Le grand-duc prend d'un air si doux toutes les fantaisies plus ,ou moins absurdes de ses sujets, que ces complaisances infinies pourraient bien le mener trop loin. Les idées libérales sont bonnes, mais, comme le bon vin de Champagne, il les faut tenir dans des bouteilles so-

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lîdes et bien bouchées. Les souverains d'Italie n'ont pas la mine de savoir mettre le vin de Champagne en bouteilles. Est-ce que tout cela ne ponrrût pas s'en aller en fumée, laissant à tout- le monde un grand mal de tète et un grand découragement sur les choses hamaines? L'affaire avec le duc de Modëne parait bien mal engagée. Je n'aimerais pas non plus à servir cette famille de Modène, mais le Congres de Vienne a réglé leschosesdans sa sagesse, il y alongtcmps. Jevoudrais fitre h Rome afin de ne pas dire de sottises sur des événements que je ne vois que de loin. Je vous assure que j'y voudrais être pour d'autres motiTs encore. Je ne vous vois pas du tout dans votre maison du Corso. Je m'étais fait une idée exacte de la villa Aldobrandini et du grand jardin et de la grande vue; je me perds aujourd'hui sur le Corso. Continuez-vous l'Histoire de Fleury, au milieu du bruit des duchés et des arcbiduchés qui craquent en Italie? Il est bien bon de suivre tous les jours le fil des idées qui ne changent pas, afin de ne poinj; se perdre dans les tourbillons de chaque jour. J'ignore si le Pape lui-même a le temps de se livrer à la contemplation de l'immuable.

XGVI.

A H. LE PBIMCE DE BROGLIB.

Paris, 27 novembre 1817.

... M. Bfesson n'est déjà plus le sujet de nos entretiens. Les morts meurent comme les vivants : Etiam periereruinœ... Les vivants n'ont pas de lemps i. perdre ; la vie est courte et il faut bien 6tre ambas-

sadeurs ou ministres. Laissons donc les morts ensevelir leurs morts. Moi qui suis parmi les morts, vu que je n'ai pas d'avancement à attendre, je suis encore sous le coup de cette mort... Qui nous l'aurait annoncée quand nous dînions avec lui chez M. Guizot, ib 13 du mois d'août, nous eût trouvés parraitement incrédules. Le pauvre homme avait pourtant l'air doux et triste, mais on a parfois l'air doux et triste sans que ce soit ni un signe ni un pressentiment de fin prochaine. Je ne sais pourquoi ces coups qui défient toutes probabilités rendent plus défiants sur la destinée ceux qui en sont les témoins. Ils devraient faire moins craindre les approches des dangers, car il est manifeste qu'on passe toujours par des chemins qui ne sont point marqués sur les cartes. N'avonsnous pas remarqué qu'on prédit et qu'on prévoit les événements fâcheux comme pour les conjurer ? Cette superstition est instinctive. Ne repose-t-elle pas sur l'idée que les chances de l'homme sont au-dessus de ses prévisions, comme la loterie? Gela ne signifie point que ces chances- soient livrées au hasard, car les numéros de la loterie sortent suivant des lois, mais suivant des lois que n'atteint jamais la théorie des probabilités de M. de Laplace. La bizarrerie de tout cela, c'est que le sort de chacun étant parfaitement indéterminable' à tout calcul, le sort du grand nombre peut être déterminé d'après les règles d'une arithmétique à peu près infaillible. C'est une addition d'unités qui ne restent pas une seconde à la mBme place, mais l'opération sur le total n'est point troublée par cette mobilité. Voilà ce qu'on nomme un lieu commun sous forme scientifique.

Qu'est-ce donc que cette chute que tu as faite dans des eaux inconnues en allant àVeies?Que voit-on

autour de Veies quand on est mouillé? Pas grand'cbose, n'esl-il pas vrai? Gela n'est pas nécessaire. Les grands noms éclairenl les lieux comme le soleil. Waterloo n'est pas beaucoup plus frappant que les plaines de Bourgogne comme paysage, mais quand le vent passe en été sur les blés, on croit entendre la terrible histoire racontée par des témoins invisibles. J'ai peine à croire que la nature, malgré sa stupidité apparente, ne se souvienne pas de ce qu'elle a vu ou entendu.

Nous pourrions entendre d'ici le bruit du canon que les enragés de radicaux tirent dans toutes les Alpes sur de pauvres gens qui leur sont supérieurs devanlDieu, bien qu'ils aiment les jésuites. On croit ■ que Lucerae est déjà enlevé et probablement enlevé d'assaut. Un peu plus tût, un peu plus tard, le dénoûment est inévitable. Te souviens-tu de ces nids de religieuses placés dans les rochers de Fribourg comme des ruches d'abeilles sauvages? Il parait qu'on met à la porte toutes ces malheureuses filles qui ne devaient jamais mettre le pied dehors, suivant la règle delà communauté! Les voilà courant par les montagnes au grand ajr. Si quelqu'une s& sent la vocation de Catherine de Bora, elle pourra épouser quelque pasteur protestant. 11 s'en reste pa» moins que les bandes de M. R... sont d'indignes sau< vages.

A K. LE COURTE d'hABSSONVILIK.

Paria, 1" décembre 1817.

Il commence à Être grand temps pour vous dé re- I venir. Quel diable de plaisir pouTe»-vous trouver à être loin de moiî Si c'est pour me contrarier, vous y réussissez pleinement, mais c'est une assez mince satisfaction pour une Ame bien faite. Dites à madame votre femme que, ne trouvant nulle part son Barlamacbi, je vais prendre le parti de lui en faire un moimême. Je désire savoir la date précise, afin de lui donner la couleur du temps. Elle peut compter que dans celui-là elle trouvera des faits tout nouveaux. Je dirai dans ma préface qu'avant ma découverte du manuscrit que je publie, on peut afSrmer qu'on ne savait rien sur la vie privée de Savonarole. Vous y trouverez des conversations avec les religieux de son couvent qui révèlent des faits bien curieux et qui peignent au vif ce XV* siËcle. J'y donnerai la liste des prédictions qu'il a faites. Elles vont jusqu'au 1" décembre 1847 et iront plus loin encore sijepublie ce travail un peu plus tard. Il a vu ce diable de Savonarole, que M. Napdéon Ducbatel n'irait pas à Turin et que cela mettrait, peut-être, une froideur momentanée entre deux grands ministres. Il entrevoit, dans les ténèbres de l'avenir, un homme ■ de quarante-cinq ans environ, sortant de l'entresol du N* 90, et se dirigeant vers les Alpes pour représenter aux portes de

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