‹ LettresChapitre 38 sur 52 · LhniortdeH. RiuUd · texte numérisé non relu

LhniortdeH. RiuUd

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jour, Albert et moi. Il reste une bien misérable confusion d'esprit entre ces cruelles images et tout ce passé si agréablement écoulé avec lui. Ces souvenirs funèbres noircissent tout ce qui a précédé. Ma pensée ne s'était jamais arrêtée sur la possibilité de ce malheur. Il avait tant de force et de résolution qu'il semblait qu'un mal sérieux ne pouvait avoir de prise sur lui. Souvent il m'avait dit que sa vie ne serait pas longue ; que ses parents étaient morts de bonne heure ; qu'il aurait la même destinée; qu'il sentait un grand ennui de tout qu'il prenait pour un présage, mais, quelques minutes après, il montrait tant d'entrain, tant de curiosité pour tant d'objets d'études, tant de gaieté, qu'il Fallait bien prendre ces pressentiments pour des ombres de mélancolie sans motifs, comme les âmes vives en ont souvent. Aujourd'hui que ces impressions sinistres sont justiBées, il devient visible que le mal avait commencé dès longtemps... Il vaut mieux croire que le terme de la vie est immuable que de s'arrêter à toutes les petites précautions qui auraient pu suspendre le cours des choses.

Ma santé n'est pas bien forte en ce moment et je fais toutes choses avec quelque effort. Est-il bien vrai que vous pourriez arriver bientôt ici? Ce serait une grande joie au milieu de cette tristesse.

GLVII.

A HADAUE DU PARQUET.

Broglle, 33 Mptsmbro IS&O.

Vous êtes bien bonne, chère amie, et votre lettre

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J^ETTRES. 330

m'a beaucoup touché dans ces tristes moments. Il est Trai, j'ai perda un ami précieux ' et que je regretterai à tous les instants de la vie. II est donné bien rarementde rencontrer de tels amis dans la première jeunesse et, quand le terme est passé, la place qu'ils ont occupée reste toujours vide. 11 était bien véritablement de l'élite de ce monde par l'élévation de l'Ame et de l'esprit. 11 ne connaissait ni les petites ni les mauvaises passions en aucun genre. Il n'avait que des sentiments bienveillants et désintéressés, et sa vie s'est partagée entre les affections et la recberche inquiète et courageuse de la vérité. Rien ne nous faisait présager le mal auquel il a si rapidement succombé, mais il a peut-être, bélasl trop négligé des signes qui auraient pu aider un médecin éclairé à combattre les progrés cachés de cette cruelle maladie. Il ne songeait guère h lui que quand il n'avait à penser ni aux autres ni aux objets d'étude qui animaient son esprit. Partis aux premières nouvelles de son danger, nous l'avons retrouvé, Albert et moi, mais bien tristement changé. 11 n'y avait que la fermeté, la sérénité et la bienveillance de son caractère que le mal n'eût pu atteindre. 11 est allé mourir dans une maison où il avait, je crois, passé les premières années de sa jeunesse, parmi des amis bien dévoués et bien affectueux. Il comptait passer successivement ces deux mois de liberté qu'il avait, et dans cette maison, et ici, puis chez sa sceur. Il m'expliquait tous ces plans dans une dernière lettre quand, huit Jours après, nous reçûmes les affreuses nouvelles sur lesquelles nous sommes partis. Sa perte est pour tous ses amis d'ici un amer chagrin. Chacun se sentait un lien particu-

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