‹ Lettres Slaves 18331857 Orient, Pologne, Russie Christien OstrowskiChapitre 30 sur 110 · I.A LITTÉRATURE SLAVE · texte numérisé non relu

I.A LITTÉRATURE SLAVE

Ce sœihail génoronx semble au moins en partie devoir bientôt SC réaliser. C’est un spectacle bien digne de nos admirations que la renaissance instinctive et spontanée de tons ces peuples, anivés jus<pi’au milieu du dix-neuvième siècle avec les raœui-s, les croyances, le caractère qu’ils avaient avant l’existence des sociétés modernes , se réveillant tout à coup à lalil)crté. D’une part un gaidien de lioupeaux, changeant, à la manière des pôtres antiques, sa boulette contre un glaive, et puis contre un sceptre, ressuscite à lui seul l’esprit indépendant et belliqueux des Seibes ; ici, une princesse obotiite, issue de la seule famille slave régnant actuellement en Europe, vient, d’après la poétique hyperbole de Grotius,' hériter « de la plus belle couionne au monde après la couronne* céleste. » Plus loin, la Pologne et la Hongrie se. regardant à travers les Karpalbes, marchent à travers le sang et le martyre vers une ère d’afrianchissement et de grandeur, se reconnaissejit pour sœurs et se tendent fraternellement la main.

« Tous les peuples, a dit M. Sliukiewicz, ont parcouru les différentes phases de la vie sociale, tous ont dit leur dernier mot; à présent c’est à la nation slave de prendre la parole. » Celte grande transformation doit-elle s’accomplir sous le patronage d’un prince tatare ou germain, en vertu d’un oukase daté de Saint-Pétersbourg et ratiüé à Vienne, ou bien sous le labarum de la Pologne régénérée? sous la devise qu’elle inscj'ivait en 1831 en tête de ses bataillons ; « pu© nostra vkstua- QUE UBERTATE, «"oubliant que les mots « Pahie et Liberlé >•> n’avaient pas de termes équivalents dans la langue des Mosküvites ?

Cependant, la Russie elle-même n’esl pas restée tout à fait étrangère à ce vaste mouvement vers l’unité. La pensi'c sublime des conspirateurs de 18?5, étouffée sous les voûtes des cachots, ou châtiée par Tignominie de la potence, la pensée de Pcslcl, Ryleïeff, ïlonrawicir, Ilcsloujeff était de st-paror dans le sein du colosse orienlal l'élément slave de l’élément talare, Scandinave ou germain qui l’avait souillé [lar son impur alliage, et de réaliser le rè\e sublime d'une* république universelle des Slaves.

C’est une grande et noble mission dévolue :iM. Mickiewicz, et dont il a, nous le croyons, le courage et la v<tlonlé. A lui donc la pensée, comme au Izar de Moskou le despotisme ; à

AM. DE SOnGü

lui le Verbe slave dont tous les obstacles nialdricls peuvent ralentir, mais non empêcher la propagation. C’est une grande lutte engagée entre les deux principes qui se partagent la vie de l’homme et de riiiimanité ; mais croyons-le pour l’honneur de la Providence ; à rinlclligence, .i la justice, à la vérité le triomphe définitif. Non, ce n’est point .sous les efforts du panslavisme russe et d’un tzar allemand que l’unité slavonne doit s’accomplir; c’est du tombeau de la Pologne que doit sortir quel(| lie jour la fédération des Slaves régénérés. Cette grande idée a germé d’abord dans le cœur chaleureux des poêles pour pénétrer dans les masses. Tout ce qui éclaire les peuples sur leurs véritables inléi-êls, tout ce qui relève leur «dignité et les rattache à leurs souvenirs, à la patrie, au culte des ancêtres, ne saurait servir les mauvaises pensées du despotisme. Toute lumière jetée au sein des masses est funeste au règne de l’injustice et du mensonge. «L’esclavage, a dit un tzar, c’est le ciment de ma maison ! n mol allVeiix, et qui doit nous édifier sur les destins des Slaves, si jamais Hs avaient le malheur de reconnaître la suprématie morale et politique de Saint-Pétersbourg. Otez l’esclavage de la Russie et la Russie tout à coup et comme par enchantement cesse d’exister : la grande république slave est fondée.

Avec la double ijualité dont il est doué, de grand poète et d’éminent professeur, M. Mii;kie\vicz va bientôt, n’en doutons pas, devenir l’àme et l’organe de l’émigration polonaise. 11 a chanté mélodieusement les malheurs de sa patrie, il va maintenant prophétiser pour elle des jours meilleurs et de plus hautes destinées. Que des obstacles momentanés, des considétations d’amour-propre et la difficulté qu’il trouve dans l’accent d’une langue étrangère ne l’arrêtent pas en si beau chemin : «le génie, c’est la patience,» a-t-on dit avec raison (1). Qu’il se garde surtout des entraînements personnels qui l’i nvironnent et qui, nous le savons et nous l’en avertissons, tendraient à faire de son enseignement une prédication du Messianisme; piège grossier dans lequel des hommes \endiis à la Russie voudraient le faire tomber. 11 faut aussi qu’il soit fier d’être Polonais. Car il appartient à celle grande républi-

(1) V. Œuvres complètes de if. Adam jtfiffciewicz , tradoclion fi-anç:iisc Chez Leçon et Plon frères, me Gorancièro, 9.

LA LITTÉRATURE SLAVE

que qui a devancé toutes scs rivales dans la carrière de l’émancipation et de la liberté; cette sœur aînée de la famille slavonne, comme l’appelle Kollar dans sa Réciprocilé, qui a produit Sobieski et Kosciiiszko, les plus giands guerriers , Vitcllio, Kopernik et Zaluzanski, les plus illustres savants , Bogdau Zaleski et lui-même, les plus gracieux poètes slaves : et qui maintenant encore est grande entre toutes par la pensée, comme elle le fut naguère par les vertus civiques et par l’éclat des armes. Ce n’est pas une propagande politique que nous lui demandons ; mais il peut, par le simple énoncé des idées dont il est l’interprète, hâter le jour de la résurrection de sa patrie et contribuer à renverser un ordre de choses fondé sur les ténèlu’es et la violence. Depuisdix ans, la Pologne libre est la plus noble aspiration de la France ; Pologne, veut dire pour elle, amour de peuple à peuple, fédération nationale, fraternité universelle. Elle est le songe de tout homme de bien, la première pensée des poètes qui l’ont célébrée dans leurs chants avec le nom de leur première amante : à tel point que ceux qui n’ont point daigné ou qui n’ont pas osé lui consacrer les prémices de leur talent, forment une véritable exception dans la vaste famille des artistes. I.a France est déjà vers le sommet de l’échelle intellectuelle dont les peuples slaves ont à peine parcouru la moitié; mais de même que vous et que M. Miçkiewicz, dans d’autres temps Anacharsis édifiait les Grecs par ses doctes entretiens, et venait s’asseoir aussi, lui le Scythe, le Barbare, au banquet idéal de Platon (t).

Agréez, etc.

• Paris, décembre 1840.

{L’Université catholique^

(I^Voici le sonnet qui m'a été adressé par M. de Sorgo, en réponse àla lettre précédente :

Al signorChrislino Ostrotvski poêla polacco.

Quai SQoI vibrare armoniosa lira Si un altraa lei simil risuonaacanto Se che ambe parebe un soloaCrctto irispira,

Cbc da on sol cnor si parta il doppio tanto :

xin

A M, J.-ü. NIEMCEWICZ

présidenl de riiistitulhisloriquc polonais.

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