P Venez et reprenez ce qui vous appartient
iü. P En nous disant cela, .ils nous tendaient un piège, car P aucun d'eux n’avait l’intention de les rendre.
17. P Nous avons répondu : « Nos trésors, gardez-les, poiu'vu P que nos frères en exil puissent revoir leur patrie ; nous ne P vous léclamons que ce qu’il faut de terre pour en coOvrir P nos ossements : prenez dans nos maisons le pain et le sel, P gage d'alliance et d'hospitalité.
18. P Sovez nos amis et ne formons désormais qu'une même P famille d hommes libi es. p
19. P En leur disant cela, nous leur tendions les mains; et les faux et les lances, qui nous servaient au combat, se sont dispersées sur la terre.
20. » Mais aussitôt deurs chefs, nous voyant désarmé.s, se sont jetés sur nous pour nous égorger lâchement, comme des assassins, p
21. Ici, le sang coula plus abondamment de la blessure du soldat, comme en témoignage de scs paroles ; je m'inclinai sur lui cl nous confondîmes nos pleurs et nos âmes. „
t. f.c soldat reprit en revenant à lu! :
2. « Alors ce fut un camage, une mêlée horrible, dont l ien ne peut donner l’idée ; si ce n’est les massaaes de Tarnow et de Büclinia.
3. » Us frappaient sans pitié, sans pudeur, sans remords, en dépouillant les cadavres ; ils insultaient notre peuple jusque dans sa tombe : et puis la calomnie, arme des làclies, achevait ceux que le fer ne pouvait alleindn*.
4. p Us nous traitaient de peuple violent, parce que nous réclamions la part qu’ils avaient frauduleusement détachée de
à. M. DE LAMENNAIS
noire pays; comme si le Clirisl, en chassant les vendeurs du temple de Sion, avait »ilc violent.
6. » De soldats, devenus brigands, ils allaient après le combat, traquer au fond des bois les nialbenreux qui s’y étaient réfugiés; iis les marquaient à l’épaule d’un fer rouge : et ceux qui résistaient, ils les assommaient après leur avoir fait subir des tourments inouïs.
6. » Et le juif immonde, pareil à l’oiseau vorace qui suit le soc du laboureur, suivait l’Allemand, et ramassait les débris du carnage dans le sillon de sang.
7. » Ils ont armé le frère contre le frère, l’homme des champs contre l’homme des cités, le mécréant contre le chrétien ; dans chaque couche d’enfant ils ont mis un poignard empoisonné.
8. » Nous leur parlions de fraternité et ils nous répondaient par le massacre.
0. » Or, en faisant ces choses, ils ne s’apercevaient pas qu’ils se châtiaient eux-mêmes; car déjà les pirates finnois se sont approchés d’eux pendant la nuit : et bientôt ils vont les charger de fers pour les vendre aux tyrans de l’Asie. »
10. A peine j’osais croire aux paroles du soldat; n’admcitant pas qu’il y eût des hommes assez pervers pour commettre de tels crimes envers d’autres hommes : mais le soldat étendit la main comme pour me montrer le pays environnant, et ses yeux SC fermèrent à jamais.
11. Je recueillis son âme sur ses lèvres, et celte âme était celle de tout un peuple.
12. El avec celte âme je parcourus tout le territoire compris entre les fleuves et les mers de l’Europe centrale ; et ce que je vis, aucune parole humaine ne saurait le rendre : car il faudrait jnveiiter une langue nouvelle de malédictions et de blasphèmes pour l’exprimer.
13. l’arloui le règne de la mort et du néant; autour de moi, des bandes de chiens alfamcs dépeçant des lambeaux de cadavres : sur ma tète , des nuées de vautoul’s, planant comme un linceul, ou s’abattant sur les plaines avec un bruit d’ailes paieil au souffle de l’ouragan.
14. Et je me rappelai ces paroles d’un homme inspiré de Dieu : «Je vois un peuple sur lequel six rois ont mis le pied ; et toutes les fois qu'ri fait un mouvement, six poignards s’enfoncent dans sa gorge. »
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LA FRATERNITÉ ALLEMANDE
15. Alors les assassins s’cci ièrent : a Que leur sang retombe sur nous et sur nos enfants jusqu’à la troisième génération! »
1 . Lorsque le Christ expirait sur la croix du Calvaire, les Juifs rassemblés disaient en ricanant : « S’il est digne d’être un Dieu, qu’il descende de sa croix ; et nous le reconnaîtrons pour Messie. »
2. De même, ô mon pays! lorsqu’on te voit palpitant sousle fer du bourreau, on t’insulte en disant ; « S’il est digne d’être un peuple, qu’il se délivre lui-même; et nous le reconnaîtrons pour frère. »
.3. Et l’on feint d’oublier que trois clous de fer ont déchiré tes membres, et que trois couronnes d’épines ont pénétré dans tes tempes!
4, On ne. se contente pas de te clouer à l’arbre du supplice, envient avec des défis sanglants te cracher au visage!
5. Mais ceux qui t’ont blasphémé seront réprouvés devant Dieu; comme les Juifs d’autrefois, dépositaires de la pensée divine : aujourd’hui errants et fugitifs jusqu’au jour du jugement dernier.
(5. Car de même que dans les anciens jours, le Verbe de Dieu s’était fait homme pour le salut des hommes, de même, dans les jours nouveaux, le Verbe de Dieu s’est fait peuple p our le salut des peuples.
7. Ce Verbe de Dieu fait peuple se nomme la république des Slaves.
P.-iris, 20 mai 1848.
fie Co'ifrier français.)