LÀ POLOGNE ET LE PANSLAYISJTE
à Paris, le grandit encore dans l’opinion publique de l’Europe.
La Pologne se lie étroitement à ses destinées; elle est toujours sa question capitale : et cette paix dont vous semblez si heureux, conclue sur la menace de son rétablissement, est le témoignage irrécusable, le résultat positif de sa vitalité.
Vous en faut-il. Monsieur, d’autres preuves? Je n'aurai pas beaucoup de peine à vous les fournir.Vous les trouverez dans les nombreux officiers et soldats qui, malgré le mauvais accueil qui leur était fait, voulaient abandonner les rangs moskovites pour se joindre à ceux qu’ils croyaient devoir être les libérateurs de leur patrie, Vous les trouverez parmi ces prisonniers de Romarsimd et de Kinbum qui demandaient instamment à prendre du service dans les armées alliées ; mais le Morning- Adwrtiser a plus d’une fois expliqué les raisons pour lesquelles ils n’ont pas été admis.
Cette seule garantie est plus certaûie pour la durée des traités actuels et la sécurité de l’Europe, que la bonne foi du gouvernement moskovite ; car on sait de quelle manière ce gouvernement est dans l’usage de remplir ses engagements.
De tous les souverains qui ont régné sur la Russie, le tzar Alexandre l®’ est certainement celui dont on a le plus souvent gloriQé la loyauté chevaleresque et la modération. Sa modération ne l’a pourtant pas empêché de conquérir la Finlande, la Bessarabie, la Pologne prussienne et de vastes contrées en Asie.
Voyons si son renom de loyauté était mieux fondé. On sait que ce souverain, après sa défaite d’Austerlitz, n’eut rien de plus pressé que de chercher un nouvel allié pour recommencer les hostilités contre la France. 11 proGta loyalement, pour cela, du mécontentement de la Prusse; il vint en pei’sonne à Berlin, excita le ressentiment du roi, l’amour-propre de la reine, près de laquelle il se montra, dil-on, très-aimable et très-empressé. Ce fut sur le tombeau même du grand Frédéric que les trois souverains jurèrent alliance entre eux et haine à la France. La guerre commencée, les Prussiens vinrent imprudemment se faire battre à léna; quant à leurs alliés, ils ne firent pas de gl ands efforts pour reconquérir la Prusse : et après les deux batailles d’Eylauetde Friedland, l'empereur de Russie conclut de nouveau la paix à Tilsitt. Là, fut-il de bonne foi, jorsqu’il sembla se laisser séduire par le génie de Napoléon?
Digitizori by GoOglc
Aü directeur du TIMES
La suite permet d’en douter; mais ce (pii est certain, c’est que bientôt après, oubliant les serments de Potsdain, il abandonna lâchement son allié.
Tout traité d’alliance est naturellement offensif et défensif ; il comporte de plein droit la garantie réciproque des deux territoires : et pourtant, le chevaleresque, le loyal Alexandi-e, abandonna par ce traité la moitié du territoire prussien, sans partager en quoi que ce soit le sacrifice.
Était-ce assez d’égoïsme, de honte et de mauvaise foi? Non, il fit plus encore. Il stipula son profit la cession d'une partie du territoire prussien du district de BiaJystok, avec 400,000 âmes de population ; et par ce nouvel acte de félonie, il n’abandonnait pas, il ne li\ialt pas seulement son beau-frère : il le vendait , eu s’enrichissant de scs dépouilles.
Et Alexandre !•' n’en est pas moins resté dans l’histoire le plus loyal et le plus modéré des souverains de Rus.sic; jugez des autres : n ah uno disce omnes! • Et la Prusse tout entière n’en a pas moins recherché l’alliance de cette puissance qu’elle sent devoir bientôt la dévorer ! Et le vieux roi n’en a pas moins donné sa tille au frère d’Alexandre! Et le roi actuel u’en sacrifie pas moins l’honneur de sa couronne et la sécurité de sa patrie à une alliance avec cette race perfide !
On a voulu, de môme que Napoléon 1®', faire à la Russie unegucrrcwdartnescourtotsM;» et on est arrivé, après deux ans de sacrifices inouïs, à la victoire de Sébastopol qui ne vaut pas mieux, pour ses résultats, que la défaite de Moskou : 1812 a trouvé son pendant, et non pas comme on voudrait le faire accroire, sa réparation en 1856.
Non, Monsieur, la Pologne n’est pas morte, quoirjnc vous en disiez, car la pei’sécution n’anéantit pas un peaiple de vingt millions d’âmes; et comme l’a dit notre excellent historien Maurice Mochnaçki : a Une nation ne meurt ftas les armes à la main, » Ia vie du tzar Nicolas s’est usée à la tâche de la tuer, sans pouvoir y parvenir; et l’existence môme de son colossal empire s’y est trouvée compromise. Depuis 1848 seulement, plus de trente mille émigrés, jeunes gens et fonctionuai- Tes publics, ont quitté leurs familles, espérant se faire enrôler en France dans les légions polonaises... Les stupides hommes d’Ëtat qui se trouvaient à cette époque à la tète de la révolution n’ont pas su les utiliser. La Pologne, comme un cratère de volcan, fait jaillir sans cesse une nouvelle lave, attestant que