I.RrTRE CCXVll. net
votre tond, que dans les seollments que vous éprouverez vous porter au néant, à la séparation des créatures visibles, à l'amour de la sou^ance, du mépris et de la pauvreté. C'est là le cachet de l'époux avec lequel il marquera votre cœur et votre bras, c'est-à-dire vos affections et vos œuvres. Vous serez vraie chrétieune, et la vie de Jésus - Christ règoera certainemeul en votre cœur, quand vous agirez et opérerez ainsi les œuvres d'abjeclion, de pauvreté, de mépris du siècle, et de vous-
LETTRE CCXVir
Je me réjouis de vous voir où vous èles, c'est-à-dire dans la solitude entière , pour doonerlieu à Jésus-Christ d'élatilir en \ ous à loisir les opérations de sa vie. C'est ce
392 LETTRE CGXVII.
quMl demande d'abord à Tâme, la solitude pour lui parler au cœur, la trouvant débarrassée de toute attention au siècle. L'esprit du monde , sans y penser, vous a fait faire la volonté de Dieu , qui se sert même de ses ennemis pour faire accomplir ses desseins sur les âmes.
Puisque la colère de Dieu le Père sur son Fils retiré au désert et séparé de lui, les sentiments les plus austères de sa rigueur, vous sont si présents en votre solitude, ce qui est une marque du dessein de Dieu sur votre âme pour vous tenir en pénitence, regardez votre B. M*** comme rimage et la figure de Dieu, lequel, avec justice, est irrité contre vous par mille crimes secrets et cachés , et même par le seul titre de vous-même , qui êtes toute en péché selon la chair qui vous environne , et qui, par conséquent; tient Dieu en aversion de vous comme fille d'Adam, et héritière de son péché.
Pour ce qui est du reste des créatures
qui vous peinent et qui vous persécutent , regardez-les avec amour, les bras ouverts à la justice de Dieu, qui vous humilie par ces voies, et qui vous punit par les instruments quMi a choisis pour votre pénitence. Témoignez-lui qu'il est juste de traiter ainsi une créature qui est si hardie que de s*approcher de ses autels sacrés. Priez-le quMl vous purifie par cette voie, et quMI vous rende digne d*ètre immolée en sacrifice par son amour.
Ne vous étonnez pas de ce petit tracas tout nouveau qui est survenu. €*est une invention de Satan pour vous tourmenter en votre paix. N^ soyez pas inquiétée ; cela n'est rien. Il fallait encore cette nouvelle épreuve pour vous mortifier et pour humilier votre esprit
Pour vos confessions, j'approuve fort votre méthode de vous servir de ce divin sacrement, tant que vous pouvez avoir la liberté d*en approcher. Car la source de la pure grâce de la pénitence s'écoule de
S9k LETTRE GCXVII.
Jésus- Christ en vous en abondance par ce moyen. Mais au défaut du sacrement, quand vous n*avez pas un facile accès au prêtre, approchest-vous de Jésus-Christ en vertu de son propre esprit de pénitence qui vit en vous, en qui vous exercerez votre Ame à la contrition : et Notre-Seigneur ne manquera pas d'être présent à vos besoins en ces rencontres, pour suppléer au sacrement que vous désirez en votre cœur.
Et quand après la contrition il restera en votre &me de la confusion de son péché, cela n'empêchera pas qu'elle ne soit lavée de sa faute. Car cette confusion n'est qu'une suite et un ch&timent du péché, qu'il est utile de porter en satisfaction de son offense. Dieu est soigneux d'imposer de sa part la pénitence aux hommes, comme il l'a fait dès le commencement du monde en la personne de notre premier père et de son fils Gain , qui portèrent partout avec eux la honte de leur faute. Et David , qui reçut d'abord la rémission de son péché, comme
LETTRE CCIVII. 3&6
l'en auura le prophète Nalhao , ne laissa pas , comme il dil lui-même , d'avnr toujours devant ses yeux son péché, qui le chai^eait de honte et de coofosloQ. Ainsi Dieu veut que nous approchions de lai avec les marques de notre pénitence, et chai^ du fardeau de notre confusion. Aimez cette satisfaction ; c'est la plus pénible à la chair superbe et pleine d'amour-propre.
Qu'il est doux d'aller dans les voies de Dieu, et de se laisser aller à ses ordres I Oh I qa'il sait bien par sa sagesse ce qui est plus utile à notre mal 1 li faut être en foi abandonné à la conduite et aux soins aimables de ce très-bon Père , qui use toujours des mofensles plus saints et les plus efBcaces pour notre sanclificalion. Ne vous tenez pas déchaînée de la confudon qui doit couvrir votre tme en la présence de Dieu , lorsque la confession semble vous en avoir filé tout seatiment. Il est vrai qu'ordinairement Dieu Aie le sentiment extérieur de la confusion après la confession , à cause de celle
396 * LETTRE GCXVIIT.
qu'on a soufferte en déclarant extérieurement son péché à un homme ; mais il ne faut pas laisser de la conserver en son intérieur en présence de Dieu après la confession et la réconciliation, comme une épouse qui se sent d^autant plus coupable et plus honteuse d'avoir offensé son époux , qu*il a eu de bonté et de facilité à lui pardonner son offense. Soyez toujours honteusement modeste à la face de l'époux, qui aime Tbumilité et la pudeur sur le visage de ses épouises.
LETTRE CCXVIII
n exhorte ane personne à se soumettre à son directeur contre ses propres sentiments.
Il me semble que vous devez passer pardessus vos sentiments, qui ne doivent point vous servir de règle en votre conduite. Ce n'est point là un fondement sûr pour tous
LETTRE CGXVIII. ' 397
appuyer en ce que vous faites, m une raison sufûsante pour aller contre la soumission que vous devez à M. B***. L'estime de soi-même, la complaisance en son état, Tamour-propre et la vanité , se glissent aisément dans un esprit Prenez-y garde, et tenez-vous ferme aux solides vertus, La soumission et Tobéissance n'ont jamais rien gâté. 11 n*y a point d'obéissance en enfer, dit notre bienheureux Père. Il faut donc vous oublier et vous soumettre, il faut donc vous condamner , vous humilier et vous anéantù* vous-même. Une âme stablement humble n'est pas capable de ces retours et de ces jugements sur son supérieur et directeur. Que je m*estimerais heureux si j'étais à votre place, et si j'avais le l)onheur d'être tombé, comme vous, entre les mains d'un homme si capable , si pieux et si solidement vertueux I Allez rondement, et ayez un air libre, bieq ouve^ et dégagé de tout sentiment. Je prie Notre-Seigneur de vous séparer de vous^m^une, comme de
398 LETTRE CGXIX.
votre plus grand ennemi , dans la solide piété.
11 conseille à cm bon cnré , qui faisait de grands biens dans sa cure, mais qni n'était pas agréable i son évèqne, de la remettre purement entre ses mains, et d'aller travailler ailleurs.
J'ai reçu un avis de messeigneurs les prélats, qui me parait extrêmement saint , et qui avait été ma. première pensée. Mais, comme j'y trouvai quelque résistance, je me laissai aller aux voies communes que Ton désirait, qui est qu'en vous retirant de G*** vous résignassiez votre cure à un de nos bons prêtres. Mais maintenant on a goûté , ainsi que Ton doit , le sentiment de messeigneurs les évêques , qui jugent plus à propos de voiis démettre de la cure purement et simplement entre les mains de monseigneur de L***, afin qu'il en dispose en fa-
LETTKE CCXIX. 3M
veur de qui il lai plaira. Comme it a l'espril de Dieu, il en fera le choix eelon sa pure sagesse, il sera plus ulile pour Dieu, plus avantageux pour l'église de G*** el plus respeclueui à la dignité de messeigneura lesprt^lats.dequi noasdevous houorerles seotimenlB avec tout respect, et nous y soumettre avec une parfeitejoie, que voos en usiez de la sorte.
Vous pounez eusnite aller travailler à rétablissement de la commnnauté de H***, qui sera hlen utile pour ce grand et vaste diocèse. Il faut suivre l'esprit et la conduite de Jésus-Christ Notre-6eigneur sur ses disciples, qu'il envoyait travailler de lieu en lieu, pour y faire le fruit, dont la vertu se conservait et ae dilatait dans les âmes. Potui vos, leur dit-il, ut ealii, et frvctwn afftratis, et frvctuif vesler maneat. Laissonsnous, mon cher Monsieur, aux ordres de Dten : adorons sa divine providence sur nous et la pureté de sa conduite. Ne pensons point à noDS ni aux voies que nous
iilOO LETTRE CGXIX.
préméditons. Soyons à TËsprit-Saint, qui a conduit les saints apôtres de Jésus-Christ en sa sagesse, et non en la leur: Ubi erat impetus spiritûs, illùc gradiebaniur, nec ftvert^ntur cûm ambularent. Mon cher frère, qu'aisément on fait retour sur soi et on laisse entrer les lumières de la sagesse mondaine,quifontreculerquandon marche, et qui empêchent le progrès et l'avancement dans les voies de Dieu ! Mon cher enfant, j'ai été bien consolé devoir les vôtres toujours pleines des majtimes de la croix et du saint Évangile et toujours remplies de soumission et d'abandon à Dieu. C'est une prévention de Tesprit divin, qui vous a prémuni contre toute malice. Mon cher enfant , continuez , et le bon Dieu sera votre tout et votre plénitude. Adieu. Cest le pauvre et très -indigne curé deSaint- Sulpice.
LETTRE CCXX. i!^01
Il ne tronTO point d'antre consolation en cette vie que dans Tintérienr de la sainte Yierge et à la croix.
Depuis quelque temps je ne me suis point séparé de rintérieur de la très-sainte Vierge, en laquelle je trouve tout ce que je puis désirer sur la terre. Hors cela que tout m'est dur ; et autant qu'il platt à Dieu me conserver en sa divine charité , autant je sens ma peine s'augmenter, et je m'aperçois d'un bien secret qui me dérobe à moi-même, et me fait ressentir des choses que je ne puis comprendre, et bien moins exprimer. Oh I que je vois bien par là ce que Notre-Seigneur dît en l'Évangile , qu'en ce tempslà, c'est-à-dire au jour du Jugement, nous entendrons les effets du divin amour, et les opérations de sa toute-puissance I Mon Dieu, que le monde me pèse ^ et que T, II. 26
402 LETTRE GCXXI.
toutes les créatures me sont à charge I Si je ne savais que ce temps est destiné à la souffrance et à la croix, je demanileraîs souvent à Dieu , avec saint Paul , ma délivrance, et le bonheur de jouir de sa possession. Aidez-moi à porter ma croix et le joug que justement demandent mes péchés. Attendons en gémissant le jour qui nous doit réunir dans le sein de Dieu en Jésus et Marie.
LETTRE CCXXI
U remeicie une princesse des ornements qn'elle avait donnés à sa paroisse.
Quoiqu'il m'ait paru , la dernière fois que j'ai eu Tbonneur de vous rendre mes devoirs, que vous ne les aviez pas agréables, non plus que la permission que je vous demandais de vous aller voir en votre solitude, néanmoins. Madame , votre bonté pour notre église, dont je prends les intérêts,
ss#!gajCTjP?ffiVj;:>mwawuM)i>i!;MiiiiiiiiiBwiiii)iiii8^^^
LETTRE CGXXI. /i03
est si grande, quMl semble que vous me rappeliez à vous, en m'obligeant de vous remercier pour elle du présent que vous lui avez fait J*espère que vous ne désapprouverez pas une si juste reconnaissance, qui se trouve jointe à mille bénédictions de nos peuples, qui vous plaignent et qui prient avec amour pour Theureux et prompt retour de Votre Altesse, qu'ils n'oublieront jamais. Vous avez donné. Madame, à Jésus-Christ montant au ciel en son triomphe, des ornements qui peuvent accompagner sa gloire en la manière qu'on le peut en la terre. Notre-Seigneur attend au jour qu'il a déterminé pour votre entrée au ciel à vous rendre au centuple par des vêtements de gloire qui ne passeront jamais et qui vous environneront pour une éternité. 0 Madame, que dételles richesses sont précieuses, et que bienheureux est celui qui peut se préparer des ornements si magnifiques, qui serviront non -seulement pour lui, mais encore pour orner l'épouse
/iO& LETTRE GGXXII.
de Jésus-Christ, sur qui rejaillira tout le bien des particuliers de TÉglise I Faitesmoi la grâce , Madame , de me croire autant à vous que je le puis et qu'une créature le saurait être sur la terre ; et si par des ressorts imprévus de la divine providence je me vois séparé de Votre Altesse, ces coups fâcheux ne m'ôteronl rien du respect et de la charité que la bonté de Dieu m'a donnés pour elle.
LETTRE GGXXII
Il exhorte une supérieure à établir uniquement , et en elle et en sa maison , la yie de Notre-Seignenr et de son diyin esprit.
Je ne puis assez vous témoigner la paix et la joie de mon âme , qui me parait surpasser de beaucoup tous les sens, en la présence et en Tunion du Saint-Esprit, qui anime et remplit votre sainte famille. H me semble être à elle et devoir vivre en
elle et avec elle toute une éternité ; et bieoheureux, 8i àé& à présent je puis porter ma dot et contribuer quelque chose à l'augmeulation et à l'accroissement dn bleu spirituel de votre communanlé , puisque je commence à vivre A ses frais et dépens , et que je participe au fonds dont il a plu h Dieu l'enrichir. Je vous dois tout ce que je sais en Jésus-Christ , et je n'ai rien des choses que vous me demandez qui ne soit vôtre, el sur quoi vous n'ayez un droit parfait el absolu. Si Notre-Seigneur m'ouvre l'esprit A vous envoyer autre chose , je leferaidanstecœurmémedela très-sainte Vielle el de sou Pils, qui, nous mettant en communion entière de lui-même , nons met encore en comiDunioD de tous ses biens.
Je prie Notre-Seigneur qu'il nons metle en communion de ses devoirs envers Dieu toute l'éternité, comme il commence de nons établir dans les sentiments de sa religion sur la terre. H régnera sur nous et en
406 LKTTR£ GGXXII.
nous pleinement , noua remplissant de sa propre vie et des opérations de son esprit très-saint. Laissons-le régner dès à présent en nous, et remplir toute la capacité de nos cœurs de sa propre et unique vertu. U doit seul tout occuper et vivifier en nos âmes , qui sont ses temples, et où par conséquent rien de propre ni de profane ne peut et ne doit avoir accès. Que peux-je dire, Madame , à votre chère et très-sainte maison, dont Todeur me remplit, et dont la vue continuelle que je garde me console toujours, sinon que nous sommes à Tesprit, et que nous devons vivre de lui, en lui , par lui et pour lui seul? Car, comme dit TApôtre , nous ne sommes plus redevables à la chair , et nous ne la devons plus écouter ni prendre ses intérêts. Nous avons Tesprit seul à écouter et à suivre en toutes choses , puisqu'il nous est donné pour supplément de la chair morte et ensevelie par la grâce du saint baptême, par lequel nous ressuscitons de notre mort et de notre
LBTIRB CCXUI. IlOl
lombeau. Qu'il y a peu de baptisëB, Madame, qui vivent selon leurs obligations! qu'il y en a peu de morts et de ressuscites dans le pur, simple et unique esprit 1 Je vous conjure de renouveler en votre 'mai- EOD la vue du prophète Ëzéchiel , qui vit une campagne pleine d'ossemeats, morts et secs, sur lesquels l'esprit descendit , et St autaut de vivants ressuscites qu'il avait vu de morts, léserai ravi si je vois jamais votre maison ainsi ressuscitée et vivante du pur esprit, en sorte que, toute propriété y étant éteinte et morte entièrement, tout soil vivant de l'esprit saint de la nouvelle vie. Quand je vous parle de toute propriété, je n'entends pas de cette propriété grossière des choses extérieures, je parle de toute propriété intérieure et cachée , de toute propriété d'esprit , de raison, de jugement, de volonté, qui sont les principaux obstacles au Saint-Esprit et à sa vie. Car, comme son siège est en ce Tond caché, cette demeure doit élre pure, sainte,
A08 LETTRE GCXXII.
vide de tout soi-même pour laisser la capacité à ce divin esprit de remplir tout, et d'opérer ensuite en plénitude ses effets et ses grâces.
Je finis, Madame, en vous disant que je suis à vous pour Dieu par Tesprit de sa divine Mère. Je le prie d'achever et de consommer son œuvre comme il Ta commencée, et que nous puissions, dans toute l'étendue de l'éternité, louer, glorifier et magnifier Dieu de ses bontés immenses, qui nous doivent obliger dès à présent à n'être plus à nous, mais à ce divin Tout , pour lequel je veux vivre et mourir en Jésus-Christ et en sa très-sainte Mère. Votre , etc.
LETTRE CCXXIII
J'ai reçu votre lellre par laquelle j'apprends trois choses principales de votre inlérieur. La première esl Tappréhension que vous avez que le dénombrement de vos chutes et de vos îniirniitâB ne me rebute. Mais c'est, au contraire, ce gui augnientella tendresse et la charité de mon CŒur, voyant votre candeur à les découvrir el la con- Tiance pour en attendre les reuiëdes. Je bénis la bonlé de Jésus-Christ et de sa sainte Mère, qui permettent ces choses pour humilier et anéantir l'orgueil qui s'élève toujours en nous, s'il n'est réprimé par ces chutes et par l'expérience de ces infïrmîlés cachées. Un enfant réjouit infiniment son père , et trouve le vrai secret pour décou-
410 LETTRE GGXXIII.
vrir le fond de ses entrailles paternelles , quand il lui manifeste ses plaies et ses maux. Jésus est votre père en nous : il est votre médecin, il est votre serviteur et votre ami , il vous est toutes choses ; et votre conGance en lui vous fera ressentir les effets de ces qualités sous la forme de sa créature, et par l'extérieur de son Église. Je ne suis qu'un fantôme, vous le savez ; et je ne veux jamais être autre chose qu'une figure et un extérieur de Jésus - Christ. Malheur à moi , si je suis jamais en moimême, et si je souffre rien en mon intérieur qui ne soit pas Jésus, ou qui ne vienne de lui.
La seconde chose que je remarque dans votre lettre est la conduite dont vous usez quelquefois envers un sujet qui vous centriste. Je ne m'étonne pas que la nature se lasse quelquefois de ce qui lui déplaît et qui la rebute , quoique Tesprit en fasse bon usage. Il faut s'humilier de ce que Ton n'est pas dans le règne parfait de Jésus-
BWBTiSrîW.fit'.'.i
LETTRE GCXXIII. UM
Christ, et dans cet état où, la chair étant renouvelée aussi bien que Tesprit, ils seront tous deux dans des sentiments parfaitement semblables. En attendant, gémissons après notre consommation en Dieu, souffrant avec peine la charge de ce corps de péché, et prenant toujours de là un nouveau sujet de nous unir à Jésus-Christ anéanti sous notre chair.
Pour la troisième chose que je remarque dans votre lettre, c'est une croix que vous portez toujours, et dont presque dans toutes les vôtres vous me faites la grâce de me faire savoir quelque chose. Je vous dirai sur ce sujet ce que je me dis à moi-même dans de semblables peines, qui est un conseil dont intérieurement j'ai été plusieurs fois convaincu, et que je vois très-saint en sa pratique. C'est de ne vous point occu- ' per de votre peine, mais d'abandonner votre partie sensible à la douleur, ayant toujours Tesprit présent à Dieu, et vous élevant incessamment à lui au-dessus de toutes
/(12 LETTRE GCXXIir.
choses. Le regard de notre peine nous augmente le mal , et, nous vidant de Dieu, elle nous occupe de nous : et cela n^est pas faire Tusage que Dieu prétend du trésor de la croix. Notre-Seigneur à la croix parle et s'occupe de son Père: le bon larron en fait de môme ; mais le méchant se ronge luimême dans son supplice , et , rempli d^amertnme et de rage sur soi, oublie Dieu pour penser à lui seul. Les âmes des élus dans le purgatoire, qui est le lieu où Ton apprend à faire le plus parfait usage de la douleur qui se puisse pratiquer, sont en élévation continuelle à Dieu, laissant aux flammes et aux feux à faire leur devoir sur elles. Mais pour les malheureuses âmes des damnés , elles sont toujours remplies de leurs maux et appliquées à leurs tourments, ne faisant autre chose que se désespérer et enrager en elles-mêmes. Oh I qu*il est doux à Tamant de se voir aimé par réponse au milieu de ses roauxl Que Jésus, votre unique, est ravi de voir que ni les tour-
LETTRE CCIÏIII. Û13
ments ni les douleurs ne détachent point votre esprit et votre âme de la parfaite liaisoD que vous avez avec Uii I
Vous Êtes une hostie, et l'hostie ne sait pas de quelle sorte de mort on la doit. faire mourir : elle ne sait si c'est par l'holocauste, ou par un autre genre de sacrifice. Il faut qu'elle soit morte àsou propre cUoii, et, comme elle n'a plus de droit sur ellemême, elle doit se tenir abnudonnée an couteau et au feu du prêtre qui la doit immoler. Si c'est poDr peu de temps ou pour beaucoup , si c'est en un instant ou en un autre, tout cela lui doit être égal, n'éUnt plus rien en elle, mais tout en Jésus-Christ pour Dieu.
Je ne veux rieu vous dire de moi, de peur de vous eu occuper. Et puis je ne veux point penser aux peines et aux maux qui m'environnent, de peur de m'en remplir plutôt que de Jésus, en qui uniquement je veux être à son Père, désirant de n'être rien qu'une hostie entièrement anéantie
tliU LETTRE CCXXIU.
en la vie de Dieu seul par Jésus-Christ son Fils.
Considérant l'état où Jésus votre tout désirait mettre votre chère àme, une parole de Job m'est venue en Tesprit. Cet homme, ayant souffert la soustraction de toute la créature sensible, et étant demeuré uni par la foi à Dieu, sans soutien en la terre , voyant ainsi son âme en l'air et comme suspendue, sans être supporté de rien, ni en soi-même, ni en autrui, attaché seulement à Dieu en la nudité d'une grâce très-simple, très-délicate, et sans aucun sentiment, il disait hautement à Dieu qu'il choisirait plus volontiers d'être pendu à la potence que d'être ainsi crucifié en son âme. Comme il était une figure de Jésus-Christ crucifié, il parlait au nom de cet adorable Sauveur, qui, étante la croix, disait intérieurement à Dieu son Père que la peine d'être pendu en croix était bien moindre que celle de voir son âme dénuée de tout soutien et de toute grâce sensible.
LETTRE GCXXIII. li\5
Il se voyait suspendu, tenant d'une part h son Père par la pointe de son esprit; mais déchiré, tenaillé, affligé, attiré par le poids de son corps vers la terre : ce qui lui était un tourment de la dernière violence. En sorte que d'être pendu extérieurement en croix lui était un moindre tourment que d'être suspendu dans son âme. Car dans cette pénible suspension Dieu ne rendait sa partie inférieure aucunement participante des effets de cette liaison et de cette union qu'il avait avec elle , mais, au contraire, il lui faisait paraître le ciel de fer et de bronze pour elle; et lui-même se voyait comme dans une retraite et un éloignement inûni de son Père.
Jésus-Christ, comme Fils de Dieu, était dans un désir immense de l'union totale à son Père, et il ne soupirait qu'après sa parfaite consommation : et cependant , comme étant chargé de tous nos péchés , et comme victime pour les crimes du monde, il trouvait la sainteté de Dieu son Père
liie LETTRE CCXXIIL
infiniment éloignée de lui: Dieu, comme Père, attirait à soi infiniment son Fils; mais, comme juge, il le rebutait d*une force et d'une véhémence infinie. Voyez quel est cet état de Jésus-Ghrist souffrant ainsi en son intérieur : voyez quelle contradiction de Tamour et de la crainte , et quels en peuvent êlre les effets.
Il parait visiblement que Notre-Seigneur, par la conduite qu'il tient sur voys, désire que vous soyez fille d'esprit. Il veut pour cela vous dénuer dénuer de tout, afin que vous soyez uniquement et simplement à lui, et que votre appui, votre soutien, votre vie, soient tout en son divin esprit. Il . veut que, si vous avez à goûter et à jouir de quelque consolation, elle soit désormais dans le pur esprit, et qu'étant ainsi letirée et séparée de tout, vous receviez autant de lui et en lui seul que vous aurez quitté de créatures. Si votre abandon est total et universel , vous posséderez tout en Dieu , et vous aurez encore Dieu tout entier.
LETTRE CCXXtII. 417
qui est inSofinenl au-dessus de toules cboseg. Il est t'immensilâ de toute perreclJon; et la parlicipatioQ qu'il en a mise dans les créatures n'est rien au prix de ce qu'il est eu lui-uifinie : et c'est pourtant tout ce trésor et ce grand bien qu'il vous off^e snr la terre, et qu'il vous veut faire goûter dès ce monde par le moyen de sa divine foi et de cette fol nue, au sujet de laquelle il disait à Moïse : /e te montrerai loat bien.
Ne voulez-vous pas que toutes choses TOUS délaissent, et que toute consolation vous soit soustraite , si tout vous est emptebemeut ponr ce souverain et cet unique blent Dès ft présent j'attandonne avec TOUS toutes cboses pour posséder cet unique bonbenr. Un Dieu pour tout en Jésus et Marie : et hors de cela rien. Disons tous deux avec David : Qu'est-ce que je veux au ciel et sur la terre, ou richesse on gloire , ou lumière d'esprit 1 Bien , mon Dieu, hors de vous, qui m'Êtes toules
Zil8 LETTRE CCXXIV.
choses, et que je veux posséder tout seul. Mon Dieu, mon trésor et ma vie, ma joie et ma félicité, vous êtes et vous serez à toute éternité ma béatitude infinie.
LETTRE CCXXIV
Il témoigne ane graade charité à ane religiease à qoi il écrit. — Il l'exhorte à se réunir avec ses sceors, et à se servir de ses peines pour s'nnir plus intimement à Jésus-Ghrist.
Je vous vois tout affligée, et je vous laisse ^ penser si je ne participe pas à votre peine. J'en ai appris le sujet, qui m*a remis en Tesprit ce que vous me disiez souvent, que la joie que vous aviez serait bientôt changée. Gela est vrai; et Dieu a pris occasion de votre satisfaction même pour causer votre peine. Qu'il soit béni à jamais de tout, et qu'il s'en glorifie sMl lui platt Que pourrais- je faire pour servir ma très-chère fille? Les prières et les sacrifices y seront
LETTRE GGXXIV. /|i9
loyés» el mandez-moi à quoi je pourrai ; être utile. Car, ma chère fille , je dois ; servir de tout mon possible après les cations que je vous ai. Vous avez fait charité à un pauvre serviteur de Dieu, s'en ressentira toute sa vie. Vivez , ma en tranquillité auprès de Dieu. Unisvous , et vous réunissez à lui le plus ent que vous pourrez, pour perdre la inquiétante des choses qui vous pourut troubler. L'union avec Dieu , Père véritables lumières, accommodera plus hoses que toutes les adresses de Teshumain ne pourraient faire. Servez- I de cette occasion pour le mieux seret pour lui être plus intimement unie jamais. Changez cet empêchement en en de Taimer. Que les inquiétudes vous ent d'avertissement que vous ne lui êtes mie comme vous devriez. Car il devrait sa présence abîmer et engloutir toutes utres vues qui pourraient être en votre it. Je prie Notre -Seigneur qu'il vous
il20 LETTRE CCXXIV.
abîme en son amour, et que vous y souffriez le martyre, si c'est son bon plaisir. Vous en ferez de même pour celui que Dieu vous a donné pour être entièrement à vous en son amour, et en celui de sa trës*sainte Mère.
Je suis chargé de la part de M. M*** de vous demander pardon de tout ce qui s'est pu passer de différend entre vous. Elles sont, grâces à Dieu, dans toutes les dispositions de bien faire qu'on saurait désirer. Elles ont cru la réconciliation nécessaire, et m'ont donné la commission de les remettre dans leur première intelligence avec vous. C'est de quoi je vous conjure, ma très-chère fille : comme aussi de leur témoigner un cœur aussi chrétien qoe Jésus- Christ vous l'a donné, et qu'elles croient que vous l'avez. Très-chère fille, répondez à l'estime que Dieu a répandue de votre conversion. Vivez simplement et uniquement avec Jésus, et ne vous convertissez plus vers les créatures, ni vers vous-même,
LETTRE CCXXIV. /l21
par aucune vue d'amour-propre , qui vous fasse gauchir dans le simple regard que vous devez avoir de votre Amour.
Mais, ma pauvre fille, si je vous demande pardon pour les autres, je vous conjure aussi de m'accorder celui que je vous demande pour moi-même. Je sais que je vous ai inquiétée, et que j'ai été cause que Jésus-Christ, que je désire être l*unique objet de vos pensées et de vos affections, ait été privé de plusieurs réflexions que vous auriez faites sur lui, qui désire être votre unique tout. Mais pardonnez à celui qui ne sait comment faire pour Tavancement de sa très -chère fille, dont il désire la perfection de tout son cœur. Il craint 'de ne la pouvoir assister soigneusement, et il lui veut substituer une personne qui en prenne le soin qu'il doit D'autre part, elle s'afilige qu'on la quitte. Très-chère fille, que puis-je faire? mettezvous en ma place : dites -moi sincèrement ce que vous feriez. Mandez- moi cordiale-
!l22 LETTRE CCXXV.
ment ce que je puis faire, très-chère fllle; et, croyez-moi, je le ferai. Il faut faire pour vous tout ce qui se peut^ et vous savez bien que je le désire. Croyez -moi pour l'éternité votre, etc.
LETTRE CCXXV
n écrit à une peraonne de piété sur la mort de sa femme.
Jésus-Christ, notre maître, et le Dieu de sa créature, a retiré à lui ce qu'il n'st pu laisser plus longtemps sur la terre. Il retient en dépôt dans son sein ce que le monde ne méritait pas de posséder, et qu'il vous veut faire espérer de vous redonner avec la jouissance de lui-même.
Vous êtes heureux que la nécessité de votre amour vous attache maintenant à Dieu , et que la bonté de ce Matlre ait trouvé ce moyen de sanctifier votre cœur, qui, vivant au lieu où est son trésor, ne vivra
LETTRE CCXJV. ^33
plus el D'aura plus de joie que pour la ciel. Quelle consolation, mon cher frËre, que cette créature qui, malgré elle, attachait votre cœur à la terre, vous attire mainle- Dant avec elle en Dieu ^ et vous y élève en s'élevant dans la gloire?
c'est là le sentiment secret qne Jésus- Cbrist Notre-Seigaeur insinuait à sainte Madeleine, qui voulait Tembrasser, et lui rendre les témoignages sensibles de- son amour selon l'état de sa condition mortelle. Après lui avoir refusé ses caresses et ses embrassemeuts, il lui dit : /e n« suis pas encore monté à mon Père, lui apprenant qu'elle attendit au temps qu'il serait élevé dans le sein de Dieu où il voulait monter, afin d'y attirer son cceur, et ne lui laisser plus aucun sujet de s'arrêter au monde, ni à ce qui parait de la créature sensible. Mon cher enfant, votre Madeleine est allée au sein de Dieu, où elle vit pour vous, et oà elle attire votre ca>ur, sachant qu'elle n'y peut être trop aimée. Elle est mainte-
Hi^U L£TTBE CGXXV.
nent plus en Dieu , et Dieu est plus en elle qu'elle n'est en elle-même : si bien qu*en Talmant vous n'aimerez plus que Dieu.
Laissez-vous aux desseins de Dieu , et abandonnez -vous de nouveau à sa sainte conduite, pour être ce qu'il voudra. Le sage ignore les voies des oiseaux dans l'air : et vous ignorez encore plus les voies de Dieu sur vous, et les desseins sacrés qu'il cache dans son sein. Adorez-les, je vous supplie ,, et donnez-vous à lui pour y entrer sans les connaître, jusqu'à ce qu'il vous fasse Thonneur de vous les découvrir. N'êtes-vous pas heureux d'ignorer la volonté de Dieu dans une chose, pour vous sacrifier à tout, et pour embrasser avec amour tout ce qu'il peut demander en général de sa plus chère créature?
Soyez perdu en Dieu par amour et par grâce , comme votre chère moitié est déjà perdue et consommée dans sa gloire. Portez désormais en pénitence votre corps, qui vous retient encore au monde, et qui em-
LETTRE CCXXV. 1^26
pèche votre eolièreet parfaite coDSommalîon en Dieu. Je suis à vous, mon cher enfant, pour vous aidera finir et à achever le sacrifice que vous avez commencé. De bon cceur je voua jetterais dans la fouraaise qui vous doit coDsomroer et qui vous doit réduire dans le rien de vous-même, pour voDS faire être uniquement à ce souverain Maître.
Je prie Noire-Seigneur qu'il accomplisse sa prière sur nous, qui est de nous voir tous un avec lui dans son P6re. C'est en sa charité, qui est le commencement de ce bien, et qui me fait être tout à vous, que je me dis, de toute ma volonté, votre tout acqnfs et obligé eu Jésus-Gbrist Noire-Seigneur.
Qae le grand moyen de guérir la vanité et de miner la vie d'Adam en nous , est de nous établir en Jésas- Ghrist. — Qu'il faut s'instruire de l'extérieur des vertus.
N'espérez point d'être entièrement libre et dégagée de la vanité qui vous tourmente, que vous ne soyez parfaitement établie en toute l'étendue des vertus saintes de Jésus-Christ.La superbe est si étendueel si dilatée en Pâme, et tout son fond se sent si fort de sa malignité, et en est tellement abreuvé, que, si peu qu'il reste de propre dans l'intérieur, on agit souvent par ce maudit principe , et on ne s'en trouve entièrement guéri que lorsqu'on est intérieurement tout passé en Dieu, et que tout ce qui est de mortel est absorbé dans la vie divine. C'est ce qui vous doit faire gémir incessamment ap^ès l'esprit de Jésus-Christ, qui est le principe universel de toute la vie sainte et de toutes les vertus chrétiennes.
afin qu'il soit seul vivant et régnant en votre intérieur soub l'extérieur de cette vie mortelle.
Allez donc, ma Irès-chëre flUe, allez ainsi avec courage an saint combat et à la Doce de Jésus-Christ, travaillaDt d'one part à ruiner en vous par la vertu de l'Esprit- Sainl toute la malignité d'Adam , et vous occupant de l'autre à établir votre âme dans l'union avec Jésus -Christ. Car c'est lui seul qui peut se répandre en votre âme comme remède universel à tousses maux, et qui seul en peut pénétrer le fond comme source de vie, pour l'animer de nouveaux sentiments et de nouvelles dispositions.
Il faut qu'il soit désormais l'unique de votre âme, puisque vous laites profession d'être morte an péché et à vous-même , et uniquement vivante pour Dieu en Jésus- Christ, votre époux. Et en cette qualité d'épouse uniquement vivante de la vie de l'époux, il faut que vous soyez* incessa ni ment en abnégation de tout vous-même.
/i28 LETTRE CGXXVI.
et en union intime à Jésus, afin qu'il opère en vous et par vous en toutes choses selon la sainteté de ses voies et la perfection de ses vertus.
Or, quoique je vous propose cette conduite intérieure de Tesprit répandant la vie intérieure dans les cœurs, comme Tunique et le solide principe de tout bien en nos âmes, il ne faut pas laisser de vous instruire des vertus chrétiennes en leur extérieur, selon Tordre de Jésus-Christ. Car il fait dans le monde divin de TÉglise la même chose que dans le monde extérieur et sensible, où, quoique le soleil, comme principe universel, répande la vie secrètement dans le fond de la nature, il ne laisse pas de montrer encore par sa lumière la beauté extérieure de ses productions. Ainsi, quoique Notre-Seigneur par son esprit mette la vie cachée des vertus en nos cœurs, il veut pourtant montrer en sa lumière les expressions et les beautés extérieures de ces mêmes vertus, afin d'instruire les âmes
LETTRE CCXXVII. ^29
pleinement de toute l'étendue de leur perfection, et afin que , voyant au dehors un modèle et une règle sensible, avec la jouissance intérieure de la vertu qui les anime au dedans, rien ne leur manque pour se conduire en tout dans la perfection de la vie chrétienne.
Allez, ma fille, et croissez tous les jours en Tabondance des bonnes œuvres, et en la plénitude des richesses de Jésus-Christ.
LETTRE CCXXVIT
Il propose à une personne de très -grande condition qiielques occupations pour la semaine sainte.
Vous adorerez tous ces jours avec révérence le Fils de Dieu crucifié, tout couvert de sang, sffit des plaies de sa flagellation qui lui couvrent tout le corps, soit de celles de son couronnement d'épines,;80Ît de celles *de son côté, de ses mains et de ses pieds percés.
Considérez- le en croix comme un lé-
430 LETTRE CCXXVII.
preux, ainsi que le considérait le Prophète; la face couverte de crachats, tout meurtri des coups qu'il a reçus, n'ayant, depuis les pieds jusqu'à la tète, qu'une plaie sur son corps; délaissé de ses amis, moqué de ses ennemis, frappé et condamné de Dieu, mourant en cet état, et demeuré sur un gibet ses plaies ouvertes, ses bras étendus et tout son corps allongé, pour témoigner l'excès de son amour, qui appelle de ce lieu élevé tous les pécheurs pour les embrasser, les couvrir de son sang, et les mettre ainsi à couvert de la colère et de la persécution de son Père.
Jetez-vous entre ses bras comme en votre refuge, et reconnaissez l'obligation que vous lui avez, lui témoignant avec amour qu'il n'y a que lui seul qui, jnsques à présent, vous ait mis à couvert de la punition et du châtiment de Dieu que méritent vos péchés. Demeurez entre ses bras le plus longtemps que vous pourrez en recueillement et en repos, vous laissant
LETTRE CCIXTII. Û31
teindre de son saog , et pénétrer à son amour et à sa grâce.
Priez-le qu'il vous donne le désir et l'amour de la croix, et demandez-lui part aux dispositiong qu'il a dans ses souffrances.
Notre-Seigneur, Madame, n'est pas k la croix pour vous apprendre à vivre mollement, et il ne soufTre pas pour vous tirer des obligalions de soulTrir. il ne vient pas pour Ater k son Père ce que vous lui devez, ni peur vous dispenser des devoirs que vous êtes obligée de rendre à sa juBtice. Il veut souffrir à la croix en voire nom el pour vous les choses que vous ne pourriez souiTrir, comme t'escës du martyre intérieur et extérieur qu'il endure, et que la puissance humaine ne pourrait pas endurer. Il n'y a que lui qui puisse porter la rigueur d'un Dieu irrité contre nous pour le péché, et les coups de sa colère immense.
si les hwumeB sont si faibles à soulTrir
Il32 LETTRE GGXXYII.
les tourments de le terre et de la justice ImmaÎDe, comme d'être roués, rompus tout vifs, et d'autres semblables supplices, quelle sera leur infirmité et leur faiblesse pour souffrir la rigueur effroyable des jugements de Dieu , dont le seul aspect fit suer Jésus-Christ le sang et Teau dans le jardin des Olives, et le réduisit à Tagonie? Il n'y avait qu'un Dieu capable de porter cette vue sans mourir. Et pour cela Dieu fit paraître auprès de son Fils, réduit en cet état, un ange confortant, pour nous apprendre que la force humaine n'était pas capable de porter la seule vue de ses jugements, bien moins la rigueur de ses châtiments^ et la violence des peines de la mort, dont la vue seule l'eût fait mourir, sans le secours et le surcroît de sa force divine.
Voilà ce que Jésus a essuyé pour vous, voilà les peines qu'il a souifértes dans sa mort, et que vous n'êtes pas capable de supporter. Mais en souffrant ainsi les
LETTRE GGXXVII. /i33
maux qu'iiD Dieu tout seul pouvait porter, il vous laisse à souffrir ce que i- homme était capable d'endurer. Et pour cela il vous tient ses plaies ouvertes, et surtout celle de son cœur, pour vous donner le moyen de trouver en lui la force de souffrir.
Remarquez le divin mystère de cette plaie de son cœur. Le sang et Teau en sortent après sa mort, pour nous ap* prendre deux choses. La première, que sa postérité et ses enfants, qui devaient trouver leur naissance sur le Calvaire, n'avaient point de vertu et de force pour supporter les châtiments de leurs péchés: mais que dans ce sang qui sort de ses plaies après sa mort, c*est-àHlire dans ses sacrements , ils trouveraient la force et la vertu de souffrir les peines et les croix que Dieu impose à tous les hommes. La seconde^ que la créature qui n'avait point de pureté capable de contenter son Père, à cause du péché qui remplit tout son être et ses œuvres, devait trouver sa sainteté,
â3& LETTRE CGXXVll.
sa pureté et son innoceDce en Jésus-Christ et en sa mort.
Je vous prie donc, Madame, devons tenir collée au sacré cœur de Jésus-Christ, et à sa sainte plaie, qui jette ainsi après sa mort et le sang et l'eau, afin que vous buviez à longs traits cette sainte liqueur, et la pureté nécessaire pour souffrir saintement et d'une manière utile pour vous et agréable à Dieu.
Il ne faut point désormais vous promettre une autre vie intérieure, ni extérieure, que celle des souffrances. Il faut vous souvenir de ce que disait Jésus^rist à saint Pierre, le chef visible de son Église, et le modèle des fidèles : Lorsque vous étiez plus jeune, vous vous ceigniez vous-même , vous alUez où vous vouliez, et vous faisiez oe qu'il vous plaisait : mais lorsque vous serez vieux, un autre vous ceindrOf et vous mènera par une voie pénible et rigoureuse à votre chair. C'est là ce que vous dit le Fils de Dieu, qui vous enseigne comme il faut pasaer le reste
LETTRE CCXXVII. 435
de vos jours, et qui veut que vous gémissiez incessamment dans le repentir de votre vie passée, ne vous restant de temps en votre vieillesse que pour pleurer et regretter celui que vous avez perdu en vos premières années.
Allons, Madame, allons à Dieu par la voie qu'il nous a préparée. Il a mis des épines dans le chemin du ciel ; et le paradis parait à Moïse dans un buisson ardent, ce qui marque qu'on ne le trouve qu'au milieu des épines. Et encore quel bonheur pour nous si, après ces légères souffrances et ces petites égratignures , nous pouvons nous trouver dans le lit du repos éternel I
Demeurez donc collée à Jésus -Christ crucifié : demeurez avec lui à la croix, crucifiée en tous vos propres désirs, et en toutes vos passions et affections naturelles; vous souvenant des paroles que Jésus- Christ dit dans TÉvangile. Si le grain de froment ne pourrit dans la terre j il demeure inutile et sans fruit. Si votre cœur humain
U^ LETTRE GGXXVII.
De meurt à tous ses sentiments naturels, sMl ne perd ses premières inclinations de péché et toutes ses dispositions propres, il ne peut espérer d'être animé de la nouvelle vie. Il ne doit point, sans cette mort, s'attendre à la résurrection intérieure, c'est-àdire à la vie de la charité en ce monde, et à la vie éternelle en l'autre.
Faites aussi une attentive réflexion sur la conduite de Dieu, qui, ayant pris la forme de pécheur, a été premièrement crucifié, secondement mis à mort, troisièmement enseveli avant que de ressusciter: ce qui vous apprend qu'il faut premièrerement crucifier tous vos ressentiments, tous vos désirs et toutes vos passions, lorsqu'elles s'élèvent en vous; 2^ qu'il faut les cruciGer et les mortifier si assidûment, qu'enfin vous en veniez au point de les voir mortes en vous: c'est dans ce lion mort, comme parle l'Écriture, c'est-à-dire dans le vieil homme, qu'on trouve le miel delà consolation intérieure et de la vie spiri-
LETTRE CCXXVIIL 437
tuelle; 3° qu'il faut ensevelirce vieil homme, qu'il est nécessaire qu'il pourrisse, et qu'il ne reste plus rien de ses inclinations et de ses mouvements en votre cœur; qu'il ne doit plus y avoir en vous aucune forme de votre vie passée, pour ne porter plus que des sentiments d'une vie nouvelle et ressuscitée , qui vous fasse vivre en la charité de Dieu, et dans les mœurs de Jésus-Christ.
LETTRE GCXXVIII
Il exhorte une âme trop timide à recourir à la miséricorde de Dieu.
Vous devez avoir d'autres sentiments de la bonté de Dieu que ceux que vous me témoignez. Sa miséricorde est immense sur les pécheurs. Ainsi présentez-vous à lui en confiance malgré votre pusillanimité. Vivez comme Abraham en espérance contre espérance; et dites avec Job : Etiam siocci derit me, in ipso speraho: Quand il me
USS LETTRE CCXXVIII.
devrait donner la mort, je ne laisserai pas d'espérer en lui. Quoique vous sachiez que vous ne méritez que l'enfer, si vous retour» nez à lui de tout votre cœur, tenez-vous assuré de sa miséricorde, qui est inOniment plus grande que tous vos péchés.
Pensez souvent à ces paroles du Prophète : Derelinquat impius viam sttam , et viriniquus cogitationes suas, et revertatur ad Dominum, et miserebitur ejus : et ad Deum nostrum, qwmiam multus est ad ignoscendum. Que le pécheur quitte sa voie, que rimpie revienne de ses égarements, et qu'il retourne à Dieu, il lui fera miséricorde.
Lorsque vous sentirez votre âme en pusillanimité et en crainte, et que votre foi se trouvera faible , dites souvent à Dieu : Domine, adjuva incredulitatem meam; el demeurez en attente de cet esprit de foi dont parle le prophète David au sujet de sa pénitence : Expectabam eum qui salvum me fecit à pusillanimitate spiritûs et lem-
LETTRE GGXXIX. A39
pestaU : Tai attendu celui qui m'a délivré de ma pusillanimité. Enfin assurez -vous intérieurement sur la sainte parole de Dieu, qui promet miséricorde à ceux qui le recherchent en vérité. C'est ce qui vous affermira contre les craintes et contre les tempêtes qui vous environnent et vous accablent
LETTRE GCXXIX
Il propose un sujet d'oraison sur la parabole de l'économe qui ayait dissipé le bien de son maître.
La parabolede cet économe qui fut accusé d^avoir dissipé te bien de son maître, et que TÉglise nous donne à méditer dans TÉvangile, vous pourra servir demain de sujet d'oraison. Vous vous considérerez vousmême comme cet économe , et vous ferez réflexion sur le mauvais usage que vous avez fait des biens de Dieu : ce qui doit vous faire craindre ses jugements et vous
/ï/ilO LETTRE GCXXfX.
obliger à régler Icilement votre conduite, que vous ne vous serviez désormais de tout ce que vous avez que pour sa gloire.
Vous adorerez pour cela, dans le premier point de votre oraison , Notre-Seigneur vivant sur la terre pour le service de son Père, et usant de tout lui-même pour sa gloire. Il use de tous ses sens extérieurs et intérieurs pour lui; il use de tontes les puissances de son âme et de toutes ses facultés pour sa gloire; il use de son esprit, de son temps, de ses biens corporels et spirituels, en un mot de tout ce que Dieu lui a donné, pour Dieu même. C'est là la vie parfaite d'une créature vivante pour son Dieu; vie qui nous sert de reproche et de confusion, n'ayant presque jamais agi pour Dieu en toute notre vie, et n'ayant usé de nous-mêmes que pour notre plaisir et pour nos propres intérêts.
En suite de cette vue vous vous confondrez en sa présence de ce que , n'ayant dû agir que pour lui seul , vous n'avez presque
LETTItB GCniX. fjâl
f^l autre chose, depuis le commence m eot de volreviejusqu'à celte henre, que d'agir pour VOUA. Vous gérairezdevant lui, et lui demanderez pardon d'un ai malbeureus emploi de voire vie, et du mauvaÎB usage que vous avez fait de tous ses biens. Vous demeurerez à ses pieds comme uu pauvre crimiael qui atteod son jugemeut, et qui recoanalt mériter le supplice et la coudamnatloD éternelle. Vous vous «poserez à porter tous les tourments et tontes les rignenrs qu'il plaira à sa divine justice eiercer sur vodb dans le temps et daus l'éternité.
Dans le second point de votre oraison vous demanderez à JésuB-Christ Notre-Seigneur ce divin esprit qui iiabitait en lui, et qui lui faisait faire usage de tout lui-même, de toutes ses puissances et de tout son 6tre pour Dieu son Père, espérant que ce même esprit , par sa vertu divine , fera un eu tier nsage devous-mËme pour sa gloire. C'est b lui à opérer en nous le renoncement à nous-
/iâ2 LETTRE GGXXIX.
mêmes; en sorte qu'en adhérant à lui nous pouvons rebuter et réprimer tous les mouvements de la cbair, qui veut agir pour elle et pour sa propre complaisance. Il faut donc avoir recours à lui avec confusion de notre être maudit et malin, qui est tout confit en propres désirs, en appropriation à soi et en éloignement de Dieu.
Oh ! que nous sommes misérables d^ètre ainsi ensevelis dans un corps de péché qui ne recherche que soi-même, qui est ennemi de Dieu, et qui ne vit que pour sa propre complaisance I Oh ! que nous devons appréhender tous nos mouvements propres et nos désirs I Oh I que nous devons soupirer et gémir pour la liberté de ce corps de mort , et pour être délivrés de cette servitude de péché 1
Dans le troisième point vous ferez de fortes résolutions de renoncer à la chair en tout ce qu'elle demandera : résolutions qui doivent être si universelles, que, quand elle demanderait une chose juste, parce qu'elle
LETTRE cents. M3
ne saurait rien demnoder justement, n'étaot rien dû à une chair si maudite, aicrimiDelle et BiennemiedeDieu.vous De devriez point l'écouter eo quoi que ce pût être, vous contentant seulement de vous servir de ce qu'elle vous pourrait dire comme d'un avertissement sensible pour consulter la foi et la lumière intérieure , aSn de voir si sa demande est raÎBonnable, vous donoant pour cela à l'eaprit de Dieu , qui vous fera accomplir en sa vertu et eiécuter en ses intentions ce qui sera de sa voloutë.
VouseiamiDereiauBsienparliculierquels soDtlesappélitsde votre chair que vous suivez le plus ordinairement, et qui vous empficheot de faire un bon usage de toutes choses pour Dieu. Si c'est la domplalsaoce en vos entretiens, l'ardeur à contester, le désir de paraître et de vaincre, l'avidité dans le manger, la trop grande application à satisfaire votre goût, ou la trop grande réflexion sur les plaisirs des sens, comme sont les objets agréables ix voir, à touclier.
UUU LETTRE GGXXX.
à oufr, à flairer ; si c'est rattache à votre propre jugement, et à votre propre volonté, etc.
Enfin vous tâcherez en toute rencontre d'adhérer au divin esprit du Fils de Dieu, afin quMl vous sépare en sa vertu de tous vos propres mouvements, et que, vous tenant dégagé de la chair en toutes choses, il vous fasse vivre uniquement pour sa gloire.
LETTRE CCXXX
Occupation pour le jour des Gendres , et de l'esprit de cette cérémonie.
Vous honorerez demain Notre-Seigneur, et respecterez tous ses desseins dans la cérémonie des Gendres, lui demandant part à son esprit de mort et de pénitence quMl va répandre abondamment en ces jours dans les âmes fidèles.
Vous considérerez 1° que les cendres vous avertissentqu'il faut mourir, et que TÉglise
LETTRE CCKIX. â^S
VOUS les impose pour vous faire ressouvenir que vous avez élé condamné à retourner en cendre avec le premier homme, afin que la vue de la mort dans votre esprit, el la grâce de Jésus-Chrisl dans votre cceur, ëteigneot en vous les désirs du péché et l'amour de la vie; car le but de l'Église par l'imposition des cendres est de nous donner la haine de nous-mËmes, le désir de nous mortiSer et le zèle pour la destruction el la ruine du péché , qui vit incessamment en nous.
2° Vous considèrercï que l'Église , par la cendre qu'elle nous impose, nous met au pied des autels comme des victimes de mort, et nous en fait approcher comme des hosties prËles a mourir pour satisfaire à Dieu. Lorsque les prêtres imposaient autrefois les mains sur des victimes, ils les appropriaient h Dieu et ii ses autels, el les destinaienl par là à la mort. Maintenant ils imposent in cendre, pour montrer & l'homme qu'il est pécbeur, en lui apprenant non-seulement
fiUÔ LETTRE GGXXX.
qu'il est poudre comme le premier homme avant son péché, mais qu'il n'est que cendre. La cendre marque et exprime une chose passée par le feu. Tu as été, veut dire TÉglise à chacun de ses enfants, dévoré par le feu du péché; tu n'es plus rien que cendre: mais souviens-toi que tu seras encore dévoré par le feu de la colère de Dieu, et que tu seras un jour victime de sa justice, si tu ne le veux être maintenant de son amour.
3** L'Église, par cette cérémonie, nous imprime la grâce et Fesprit de la chose qu'elle nous exprime, et de la vérité qu'elle nous figure; c^r elle nous donne des dispositions même de pénitence, par lesquelles nous confessons que nous sommes pécheurs : en sorte que, comme autrefois saint Jean-Baptiste, en jetant de Teau sur la tête des Juifs, les engageait à la pénitence, et eux, en s'approchant de lui, se déclaraient publiquement pécheurs, de même les chrétiens, en recevant présente-
LETTRE CCXXI. M7
ment la cendre , reçoivent par les mains du prêtre la marque de leur état, qui les engage à la pénitence, et les peuples font eux-mêmes profession publique de leur péché.
A° Voue considérerez que, comme le Fils deDieureçulle baptémeau commencement de sa pénitence et de son jeûne , voua recevez la cendre avant le vdtre, comme un engagement à la pénitence de la part du prêtre qui vous l'impose, qui tient la place du Père éternel sur vous, comme saint Jean la tenait sur Jésus-Christ et sur les JuiË; et même vous vous présentez pour la recevoir, aBn de chercher l'esprit de pénitence en Jésus-Christ et en son Église, qui est pleine de ses mérites et de sa grAce.
Et c'est là une des raisons pour lesquelles trois jours avant la cérémonie des Gendres on fait mention de Jésus-Christ mort en croix, afin que l'Église puise en lui la grâce de la pénitence qu'elle nous donne sous les ceodres , et afin de nous loire par \k recon-
UUS LETTRE GCXXX.
naître quelles sont les obligations que nous avons à Jésus-Christ. Car c^est lui qui est notre semence de vie, et, s'il ne fût point mort pour nous, nous serions tous réduits en cendre , et il ne resterait de nous que ce qui reste de Sodome et de Gomorrhe : Nisi Dominus reliquisset nobis semen, sûsut S(h doma facti essemus, et sicut Gomorrha st* miles fuissemus. Et, comme dit saint Jude: Sicut Sodoma et Gomorrha, et finitimœ civitatesfactœ sunt exemplum, ignisœtemi pœnamsustinenles. La pénitence, dont nous devons recevoir la grâce par la cendre, nous imprime ce sentiment et cette disposition dans le cœur, de nous faire reconnaître que nous méritons non -seulement la mort par nos péchés, mais le feu étemel, dont les cendres de Gomorrhe sont les marques et les vestiges.
5*" Gomme le dimanche avant les Cendres on lit dans TËvangile la mort de Jésuschrist pour nous apprendre quMl a prévenu notre mort parla sienne, qu'il a souffert en
LETTRE GCXXX. /^/i|9
lui ce que nous devions souffrir, et que comme chef il a porté la mort pour ses membres, il veut que dans ce jour des Gendres nous portions sur notre tôte Timage de ses infirmités, de ses souffrances et de sa mort, afin que nous nous ressouvenions de faire mourir en nous la partie supérieure de nous-mêmes, qui est notre esprit propre et notre propre volonté, qui, étant morts, porteront ensuite la mort dans ce qui dépend d'eux, c'est-àdire dans la portion inférieure de notre âme.
C'est ce saint exercice de mortification et de pénitence qui doit faire votre grande occupation durant ce temps, sanctifiant votre jeûne par la mortification de votre chair, par le retranchement de vos satisfactions et de vos joies , par l'abstinence de vos propres désirs, en un mot par un sacrifice perpétuel de vous-même, qui réduise en cendre par le feu de l'amour et par le zèle contre le péché, tous les appétits de votre
/|50 LETTRE CGXXX.
chair, et tous les mouvements déréglés de votre cœur.
Ce doit être là l'occupation continuelle des chrétiens, comme les saints ont remarqué en expliquant la loi des holocaustes: Hœc est lex holocausti, Cremabitur in cUiari totà nocte usque manè, Ignis ex eodem altari erit. Nous devons être des holocaustes perpétuels dans cette vie de nuit et de foi : et ce sacrifice doit durer jusqu^au matin, et au jour de la gloire , où nous nous trouverons tous un avec Dieu dans une parfaite consommation. C'est la grâce que vous demanderez très -instamment à Notre -SeiHJ gneur, vous donnant le plus souvent q< vous pourrez à son divin esprit, afin quV sa vertu vous soyez fidèle à mourir à touj pour ne vivre plus qu'à Jésus à la gloire son Père. Adieu.
LKTTRE GGXXXI. /i51
LETTRE CCXXXI
Il donne encore qnelqnes explications de la cérémonie
des Gendres.
Je suis bien aise de voir, par les demandes que vous me faites,4que vous avez toujours une afTectioQ pour les cérémonies de TÉglise, et que vous continuez à vouloir vous en instruire, et à vous remplir de leur esprit et de leur grâce. Celle des Cendres, que vous me proposez, est pour faire ressouvenir rbomme de la mort à laquelle il a été condamné pour son crime : et TËglise la pratique au commencement du carême, afin d'obliger ses enfants à se soumettre à cet arrêt que Dieu a porté contre eux en la personne d'Adam, et à travailler durant ce temps à mourir à tout, pour se préparer à la grâce d'une nouvelle vie.
Le prêtre qui les impose , revêtu d'une chape de deuil^ représente l'esprit de Dieu
A52 LETTRE GCXXXI.
sur le pécheur, qui regrette d'avoir formé l'homme : Pcenitet me fecisse hominem.
Et cet habit exprime aussi sa colère sur nous.
C'est pourquoi le prêtre qui tient la place de Dieu , comme saint Jean en son habit austère la tenait autrefois sur les Juifs, en imposant ces cendres spr la tête, prononce Tarrêt de mort contre le pécheur : et ce que Dieu a dit une fois au premier homme, morte morieris, il le répète maintenant à chacun en ces termes : Pulvis es, et in pulverem reverteris, pour imprimer ainsi sur lia tête de tous ce jugement de mort.
Le pécheur qui se présente au pied de Tautel, et qui se inet à genoux pour les recevoir , exprime sa disposition intérieure de soumission au jugement de Dieu, et d'acceptation de son arrêt de mort. Il témoigne par là qu'il adore ses ordres et les révère. Et il est bon durant tout le carène de se renouveler eu cette disposition, d'adorer et d'accepter ce divin jugement, et
LETTRE CCXXXI. 453
de se purifier et se séparer de toutes choses, en la manière qu^on le voudrait être pour se présenter devant Dieu à l'heure de la mort, parce que peut-être on ne sera pas pour lors en état de le faire.
L'Église prétend aussi par les cendres nous engager à la mortification de nos sens et de tout nous-mêmes. L'eau bénite dont elles sont aiTOsées nous exprime Tespril de pénitence de Jésus-Christ , des larmes duquel elles sont toutes baignées et détrempées. L'encens qui les parfume en se consumant dans le feu marque l'application aux bonnes œuvres, et le sentiment de notre cœur que la charité doit réduire en cendre. Et les cendres tirées des rameaux d'olivier, par le moyen du feu , marquent que notre intérieur ne sera consommé que par le feu même de Jésus-Christ, qui est cette hostie pacifique, qui par sa paix nous a réconciliés à Dieu. En un mot, tout cela marque qu'il faut nous résoudre, en la vertu du Fils de Dieu et de sa divine charité, à ré-
UbU LETTRE GCXXXI.
duire en cendre et à mettre à mort toute la vieille créature.
Les cendres nous expriment encore Pétat intérieur de notre âme, et ce qui se passe en elle , qui est le sujet des larmes et des gémissements de TÉglise. Car Jésus-Christ est mort en nous, et ces cendres sont Timage de Tétat où nous Tavons réduit Elles nous apprennent que par le feu de nos péchés, et par Tardeur de nos convoitises, nous Tavons fait mourir, mais d'une mort mille fois plus cruelle que celle qu'il a soufferte sur le Calvaire. Car il est mort sur le Calvaire pour prendre une nouvelle vie, et pour nous la mériter par sa mort et par sa résurrection; et c'est cette nouvelle vie, acquise par ses mérites et par son sang, que nous avons cruellement étouffée dans notre cœur. La vie du premier homme n'était que l'effet d'une parole et d'un souffle : mais celle de Jésus -Christ en nous est l'effet de trente-trois ans de vie ; c'est l'effet de mille larmes, de mille souffrances
J.Hl.^lAHHÏOà
LETTRE GGXXXI. à55
et de mille morts ; c'est Teffet de toute sa vie, de sa mort, et de sa résurrection. La vie du premier homme était à la vérité une participation de la vie de Dieu : mais la vie de Jésus -Christ en nous le rend présent à notre âme^avec son esprit, non -seulement par une légère participation de sa vie, mais même par sa demeure et son inhabitation en nous. Jésus-Christ est mort une fois à cause qu'il était sous une chair en ressemblance du péché , et qu'il avait voulu se revêtir de nos iniquités; mais maintenant qu'il n*a plus rien de l'extérieur du péché, qu'il est revôtu de la clarté de son Père, et qu'il est dans Tétat de son être immortel , dans lequel il ne peut plus mourir, quel outrage que de le mettre à mort I C'est pourtant ce que fait le pécheur : c'est jusqtf'à ce point que va son insolence. Et c'est aussi le sujet pour lequel l'Église fait de si hauts gémissements, et un si grand appareil de pénitence, dansl'inlérôt qu'elle a de recouvrer son époux, et de le rappeler à la vie.
/i56 LETTRE GGXXXI.
C'est pourquoi elle fait les mêmes cérémonies sur les cendres que sur les corps morts, les arrosant d'eau bénite, et les parfumant d'encens; ce qui nous exprime encore la pénitence consommée de Jésus-Christ, ou son état de mort, et Tespérance'de sa résurrection.
ËnGn, dans ces temps où l'Église expose Jésus-€hrist mort dans les chrétiens , qui sont comme des tombeaux vivants, elle les applique, par la vue de ce spectacle, à soupirer après sa résurrection en eux, et après la communion à sa vie divine. Et pour cela elle se sert de la cendre; parce que, comme la première chose que Ton fait en la consécration d^un temple est d'y semer de la cendi;p, ainsi, dans le désir de renouveler le chrétien comme temple de Jésus-Christ et de son divin esprit, et de le mettre en état qu'il y habite en sa nouvelle vie , elle lui met la cendre sur la tête comme une première préparation à sa totale rénovation, àlaquelle il doit travailler durant ce temps.
LETTRE CCXXXI. 457
Il faul donc, en nous approchant aujourd'hui des aulels, que la cendre qu'on y répand sur notre tête excite en nous le zèle de notre rénovation. Il faut que nous y reconnaissions Tobligation de nous sanctifier en nous approchant du Saint des saints, et qu'enfin, suivant Tesprit et la grâce de ce mystère, nous prenions résolution dépasser tout ce saint temps, l"" dans des sentiments d'humiliation, de contrition de nos péchés, et d'acceptation de tout ce qu'il plaira à Notre-Seigneur de nous faire souffrir pour les expier; 2-de douleur, de regret, et de confusion d'avoir si souvent donné la mort à Jésus-Christ dans notre âme; 3*" de désir de le faire revivre en nous, et de travailler à cela par les exercices des bonnes os^res, et surtout de la pénitence et de la mortification.
ll5S LETTRE CGXXXII.
Il donne à on directeor de séminaire les yéritables marqaes pour discerner les vertus chrétiennes, et l'exhorte à en instruire les ecclésiastiques qui sont sous sa conduite.
L'emploi où la providence de Dieu vous a établi m'oblige de vous donner un avis important pour le bien des ecclésiastiques qui sont sous voire conduite. Gomme vous les devez former à la solide piété , il faut surtout les bien instruire des véritables voies pour s'établir dans les vertus chrétiennes, et les empêcher de prendre le change, en se laissant aller à de vaines apparences, par l^quelles le démon ne manquerait jamais ae les séduire. Je vous ai déjà donné sur cela plusieurs instructions : en voici encore une que je crois de la dernière conséquence. C'est de faire en sorte qu'ils ne se contentent point ni du seul extérieur des vertus, qui n'est souvent qu'hypocrisie.
ni des vertus mêmes qui ne sont que morales, parce que souvent elles ne sont qu'un ornement dont le démon se sert pour surprendre les simples. Car il a cette adresse, pour leur faire mépriser la véritable dévotion et décréditer dans leur esprit ceux qui la suivent, de leur persuader que Jésus-Christ n'a pas de suppôts plus parfaits en son Église qu'il y en a dans les sectes des philosophes, et que les serviteurs de Dieu ne sont pas plus vertueux que tant de païens, et tant d'hérétiques, qu'il a établis dans la perfection extérieure de ces mêmes vertus par ces impressions malignes. C'est pour cela qu'il fait quelquefois entreprendre à ceux qui sont à lui de grandes actions par superbe, par complaisance, par amour-propre, ou par d'autres voies semblables, auxquelles toutes les autres difficultés cèdent facilement. C'est pour cela aussi que pour leur faire faire extérieurement quelque bien, il leur ôte tous les obstacles qu'il a accoutumé de
fournir aux bons chrétiens, et qu'il allume même en eux le feu de la convoitise , pour leur faire produire de temps en temps des actes extérieurs de vertu, jusqu'à les rendre insensibles aux difficultés et aux résistances communes de la nature. Et c'est ce qu'il fait même en de très-mauvais chrétiens, et adonnés à toutes sortes de plaisirs et de délicatesses, qui étant au-dessus de toutes les résistances humaines, et souffrant tout pour les intérêts de la vanité ou de la volupté, quand il leur faut faire la moindre violence du monde pour Dieu et pour le ciel, ils trouvent toutes choses impossibles.
Il y a donc beaucoup à examiner les vertus et les actes héroïques qui s'y pratiquent tous les jours : et il faut bien mettre en garde les sujets du séminaire contre ces folles vertus, les instruisant à fond, et des moyens pour s'établir dans les vertus chrétiennes, et des marques pour discerner si l'on travaille chrétiennement et cléricale-
LETTRE CGXXXII. liSi
ment afin d'y être élabli. Or voici trois marques assurées par lesquelles ils pourront faire ce discerneraent. La première est de considérer quel est le motif de leurs actions ; la seconde, d'eu eiamioer le principe; la troisième , d'en regarderies suites et les effets.
Il faut donc qu'ils examinent premièrement, et qu'ils tâchent a reconnaître quelle est la lumière en laquelle ils agissent, ils travaillent, ils entreprennent l'acquisition des vertus, et si c'est la foi, ou la sagesse humaine. H Canl qu'ils considèrent s'ils ont devant les yeui la volonté de Dieu, qui vent leur sanctification : Hmc est votanlas Dei sanctificatïo vestra; s'ils recherchent la complaisance de leur Père céleste, et le désir de lui plaire: Quas placila sunt et facio sempeT; s'ils ont en vue la conformité à JÉsus-Cbrist, la pratique de ses conseils, la Qdélité aux instincts et aux mouvements de son divin esprit, qui sollicite l'âme, et qui la porte suavement et puissamment k
^62 LETTRE GGXXXIt.
Diea. Tout cela est excellent, et, si ce sont là leurs dispositions, les suites en seront assurément très-heureuses, les productions en seront très-solides , et ces vertus ainsi obtenues, étant comme des éclats de la lumière de Dieu dans les clercs pour éclairer TËglise, feront que les hommes en glorifieront Dieu, et qu'ils en seront eux-mêmes édifiés : Si oculus tuus fuerit simplex, totum corpus lucidum erit.
Mais si au contraire ils ne voient en eux que des motifs humains, sMIs désirent la vertu seulement pour être excellents en eux-mêmes, et plutôt pour se satisfaire que pour se rendre agréables à Dieu; s'ils ne la recherchent que par une vaine complaisance, ou parce que, étant belle en ellemême, ils en seront estimés parmi les hommes, il est certain qu'ils ne feront qu'une masse de vices et un ouvrage de ténèbres, selon cette parole de Notre-Seigneur dans TÉvangile : Si oculus tuus fuerit nequairty totum corpus tuum tenebrosum ârit.
LETTRE CGXXX1I. A63
La seule et simple foi est la mère du pur amour et des vertus qui en dépendent Ce n'est pas qu'on ne puisse être tenté et agité souvent par des impressions malignes, ou par des motifs purement naturels, au milieu d'un travail très-chrétien et très-pur, mais on n'agit pas pour cela avec dépendance de ces motifs , ni avec adhérence volontaire à ces impressions. Car on sait bien dire en ces rencontres comme saint Bernard :
Propter te non cœpi, nec propter te desinam. Je n'ai pas commencé pour toi, superbe maudite et complaisance malheureuse , et je ne finirai pas aussi pour toi ; ou bien comme disaient les premiers chrétiens en ces occasions : Abrenuniio tibi, Satana : conjungor tibi, Christe, Je renonce à toi, Satan, et à tes suggestions, et je m'unis à vous, ô mon Jésus, pour opérer en vous à la gloire de Dieu.
La seconde chose, qui leur servira à reconnaître et à discerner s'ils travaillent en chrétiens, ou seulement en philosophes.
àdU LETTRE GGXXXII.
à Tacquisition des vertus , est de voir s'ils travaillent en eux-mêmes, c'est-à-dire appuyés sur eux , et par confiance en leur propre vertu ; ce qui serait une chose purement humaine; ou si c'est en la force de Jésus-Christ, et en la confiance en sa vertu, sans laquelle on ne peut avoir aucune vertu chrétienne. Plus on mêle de soi , moins on avance dans les œuvres de la grâce. C'est pourquoi il faut être soigneux d'y être toujours en renoncement à nous-mêmes, suivant cette règle de Notre- Seigneur : Qui vult ventre post me, abneget semetipsum. Car ce nous-mêmes est une source d'imperfection et une abondance de tous maux. D'où vient que plus il y a de nous-mêmes, plus nous fortifions le mal, et mettons obstacle au bien et à la pure vertu, laquelle n'est jamais qu'en aliénation de noire chair, et en condamnation de nos inclinations déréglées; car son génie et sa nature est de nous séparer toujours de nousmêmes pour nous établir en Jésus.
LETTfiE CCXXXIl. USÔ
C'est pour cela qu'il faul les porter A ■ vivre intérieuremeat en abnégation perpétuelle d'eui-mëmes, a&Q que, renonçant coDtiauelleinent à toute leur propre vertu, ils invoquent saus cesse le Saint-Esprit, suivant l'avis de l'ApAlre, qui les veut eo tout temps gémissants en leur cœur, et appelant toujours à haute voix le secours de leur l'Ère : Abba, Pater . 0 PÈre, b Père, secourez votre enfant qui ne peut rieu en soi, mais qui peut tout en vous et en la vertu de votre aimable rils. Ainsi voua les eiborlerez souveul à demander et ï embrasser ce divin esprit, que Dieu ne refuse pas à ses enfants lorsqu'ils l'invoqueot en conriance. Le droit le plus essentiel des eufanlB est d'avoir accès à leur ||«re. Il faut donc qu'ils s'y adressent, qu'ils lui demaudeulsoD Saint-Esprit, dans l'uaion duquel ils doivent agir et opérer en toutes choses.
La troisième voie pour discerner les vertus chrétiennes est d'en examiner lessuiles, ' T. II. 30
466 LETTRE CCXtXII.
Les personnes établies seulement dans les vertus hurbaines et naturelle^ s'appuient sur elles-mêmes, coinm6 sur un fond qui leur est propre; el de là Yiéni qu^elles se mirent ensuite en elleâ-métiies, qu'elles s'y ûobplaisent et s^en esllmëBl, qu'eHes se* Comparent avec les autres, qu'elles les méprisent, qu'elles sont jaïouses de leurs louanges et de leurs biens, qu'elle^ dé sii'ént d'être connues, et qu'elle^ recherchent l'estime, la louange, et l'apphtudfssèment , sans quoi elles vivent toujodris en tristesse, eu rétrëcisâétnent de cœur, ea abattement, en chagrin, en dépit, ti en désespoir. Mais ceux qui âont établis dans les vertus chrétiennes. Comme ils isoot fondés en Nolre-Seigtieur et en sdù divin esprit, qui est le principe de toute ^'«rtD, el dont les èCTets sont purs et insensibles, ils n'oAt point lieu de se compdafire en eux, de se réfléchir sur eux, ni de se salls^ire en rien de propre gui iroiteti îétrr fond. Car le Saint-Esprit, extrêmement jaloux de
LETTRE CGXXXIII. 467
sa gloire et du bien de sa créature , fait sentir à leurs âmes Tindigence extrême qu'elles ont de sa vertu, atln de les tenir toujours dans sa dépendance, et dans Tobligation de recevoir de lui en toutes cboses, et afin de les engager p&r Id à avoir continuellement les yeux sur lui, sans avoir jamais lieu de se regarder, de se fonder, et s'établir sur elles^méflies , qui est le dernier mal de Thomme, etc.
LETTRE CGXXXIII
n exhorte ane personne à la* dévotion envers Jésns vivant en Marie.
Je prie iNotre -Seigneur vivant en la trèssainte Vierge de vous donner part à ses adorables dispositions envers sa Mère, et aux grâces et eiïets de sainteté qu'il opère en ce divin mystère. Cest là où il est dans un état et 4ans un extérieur de plus grande sainteté qu'en tous ses autres
/i68 LETTRE CCXXXIII.
mystères , si od en excepte ceux de sa vie ressuscitée. Car comme après Dieu, daus le sein duquel il habite en sa gloire , il n'y a rien de plus saint que la très-sainle Vierge, de là vient qu'étant en elle comme dans son monde et dans son temple, il est dans un état plus saint que lorsqu'il vivait sur la terre, où ii usait des créatures maudites , et était au milieu des pécheurs, qui lui donnaient des ennuis et des peines intolérables , à cause de sa grande sainteté , qui était infiniment opposée à leurs vices.
Jésus en ce mystère n'usait d'aucune créature qu'en Marie. Il usait de la lumière en elle : il usait des aliments en elle, et tout le monde se convertissait en Marie pour Jésus-Christ. Cet état modérait l'éloignement et la grande distance et opposition qu'il y avait entre le séjour du Fils de Dieu dans la gloire et dans le sein de son Père, et sa demeui'e parmi l*torreur abominable des pécheurs de la terre. Son
séjour en Marie était un état qui modérait
cette contradiction.
Marie était le monde de Jésus : Marie Ini était toutes choses. Elle était sa nourriture, sa vie, sa demeure, et son temple. Là Jésus-Christ louait et tténissait son Père. Le Jésus-Christ sanctifiait sa Hère, et la remerciait de lui aider à gloriâer Dieu , et de lui être un moyen qui servait à le gloriSeï-, Quelles grâces et quels dons de Jésus à Marie en reconnaissance de ses bienraits? SI Marie le communie à sa vie , à son être , et h son saug, et si elle le fait participant de tout ce qu'elle a et de tout ce qu'elle est, Jésus- Christ ne lui en fait pas moins. Car il la communie à son esprit, ï ses dons, h ses trésors immenses, et à sa vie : en UD mol , il se donne tout îi elle I
Quelle communion que celle de JéniB à Marie I que l'on doit adorer ces commuDicatioDS intérieures el cachées du Fils et de la Mërel Quels entretiens! quels amours! qoels coUoquesI c'est ce qu'on ne peut
670 LETTRE CGXXXIII.
qu'adorer. Une octave n'est pas assez
longue pour respecter ces choses comme elles méritent. L'éternité même ne saflOrait pas pour rendre les hommages qui sont dus au moindre de leurs entretiens, ne fûtil que d'un momen^ tant ils sont tous saints et admirables.
Je vous conjure de vous retirer souvent dans ce divin intérieur de Marie, que Dieu a établie comme la médiatrice du don sacré de son Fils à son Église. Gomme il Ta rendue la dépositaire amoureuse et fidèle de son trésor pour le rachat des hommes, il vous y fera trouver tout ce que vous pouvez désirer de plus avantageux sur la terre. C'est dans ce sanctuaire où vous trouverez des adorations, des louanges et des amours de Dieu mille fois plus augustes que tout ce que la créature lui en rendm jamais. Le ciel et la terre n'ont rien qui approche de cette religion. La moindre [)art de cet intérieur et la moindre particir pation de sa grâce est un tnésor plus grand
LETTBB CCmiT, 471
que tout ce que les sérapbios, les ctiâmbius el le reste dea anges et des saints otfriroDl jaroaîi à Dieu. C'çit pour cela que je vous convie toujours d'aller à ce divin sanctuaire , parce qu'en union i la trèssainte Vierge vous avancerez plus et pour Dieu et pour l'Église et pour vous-mâme , que pnr toutes les autres pratiques extérieures dont voDB pourriez vous servir- Vous en aveï déji eu quelque expérient^e.
LETTRE CGXXXIV
n conuills i nos pnoume qui étiit ntirwi dn ceaait de demeurer dans II celraile. Et de l'y pBtdca dini rmléritur de Jéini-Cbriil.
Vous ne devei point vous charger de ces emplois extérieurs qu'on vous propose , qui ne vont qu'à vous engager dans le monde et ï vous tirer de votre solitude. Outre l'altraîl que Noire Seigneur vous a toujours donné pour la retraite, voua savez
par expéricuce le besoin très-grand que vous en avez et les faveurs spéciales que vous y recevez tous les jours de votre saint époux. Peut-être se retirerait-il de vous, si , sans avoir d'autres marques de sa volonté, vous quittiez le lieu où on peut dire que lui-même vous a mise. L'attrait qu'il vous donne à Toraison, et cette application si continuelle que vous avez à son divin intérieur, vous serait bientôt enlevé par le commerce du monde. Demeurez donc en paix comme une sainte Madeleine aux pieds de votre divin amant Jouissez du fruit de ses chastes amours, et perdezvous mille fois le jour dans son aimable cœur, où vous vous sentez si puissamment attirée. C'est là où vous entrerez dans la jouissance de tout ce qu'il est, et même des correspondances et des communications mutuelles qui se passent entre lui et son Père. C'est la pièce d'élite que le cœur du Fils de Dieu ; c'est la pierre précieuse du cabinet de Jésus; c'est le trésor de Dieu
LETTRE GGXXXIV. ^73
même où il verse tous ses dons et communique toutes ses grâces ; et ceux qui y sont appliqués et qui sont appelés pour rexpri> mer sont aussi ses bien-aimés et les pièces rares de son cabinet. C'est en ce cœur sacré et en cet adorable intérieur que se"* sont premièrement opérés tous les mystères , et c'est dans les saints que Dieu y applique plus particulièrement que se passent ses communications plus intimes, et que s^exprime le plus parfaitement tous ses divins mystères. Voyez par là à quoi Notre -Seigneur vous appelle en vous ouvrant son cœur, et combien vous devez profiter de cette grâce, qui est une des plus grandes que vous ayez reçues en votre vie. Que la créature ne vous tire jamais de ce lieu de délices , et que vous y soyez abimée et pour le temps et pour réternilé avec toutes les saintes épouses de Jésus. C'est le souhait de celui qui est tout vôtre.
tpk LETTRE CGXXXV.
LETTRE GCXXXV
Sur la fête de Tons les Saints.
Puisque vous désirez que je vous écrive quelque chose sur le mystère de ce jour; je vous dirai que vous le pouvez considérer comme la grande fête dé Jésus-Christ , de Dieu le Père et de son Saint-Esprit. C'est la vue que j'en ai eue ce matin en n^Wrant à Notre -Seigneur pour satisfaire à votre désir. Car il m'a semblé premièrement que la Oftle de tous les Saints était une des fêtes de Jésu^'Christ, et des plus importantes; en sorte qu'elle me paraissait même plus grande en quelque manière que celle de Pâques et de Tàscension ; car c'est C8 mystère qui rend Notre«Seigneur par⁢ c'est ce jour qui le met dans le point de son dernier achèvement : in virum perfectum , in mensuram œtatis plenitudinis Christi.
En celte solennité, lé Fils de Dieu se fait
LETTRE CCXXXT. A75
voir accompli dans ses membreB. Il parall comme un homme parfait, en qui toutes les parties de son corps glorieux sont portéesàleurperfection. Car tous sesmembres paraissent en ce jour comme au galnl jour de l'éternité, selon que le Père éternel les portail dans son sein et qu'il les avait formés en ses divines idées et en ses desseins éternels. C'est ce Christ accompli en qui Dieu le Père prend loiiles ses complaisances, et dont il était dit que Dieu, de toute éternité, prenait ses délices en lui : DttUiœ mue esw mm fiHis hominum. Jésus-Christ, comme chef, n'est pas parfait ni accompli s'il n'est uniAtousses membres; et, quoiqu'il soit glorieux en sarésurrectioa et même accompagné des prémices des Saints en son ascensiog, il n'est pourtant accompli dans toute retendue de sa perfection que dans toute la multitude de ses membres entiers, qui sont'tous les .saints ensemble. C'est pourquoi il faut beaucoup honorer et respecter tout ce corps adorable
476 LETTRK CCXXXV.
de Jésus-Christ et de ses membres dans toute rétendue de leur gloire , en laquelle ils paraissent aujourd'hui.
Cette fête lui est encore très-glorieuse, à cause qu'elle fait voir et manifeste la vie qui est cachée en lui , et qu'elle explique ce qu'il est en son intérieur. Sa vie était renfermée auparavant en lui-même; son intérieur n'était connu que de lui seul et de son Père ; et l'étendue de son cœur et de son âme n'était point découverte ni manifestée au dehors. Mais en ce jour de tons les Saints son intérieur se manifeste ; il s'explique en toute son étendue; il se découvre -et se dilate en eux , et ces divins parfums qui étaient renfermés dans son sein, et dont l'odeur n'était point connue, se répandent dans toute l'Église et se font sentir jusque devant le trône de Dieu , où ils montent en odeur de suavité. C'est ce qui fait que cette solennité est une fête bien glorieuse à Jésus-Christ, dont les richesses et les trésors paraissent en tant de
LETTRE CUXIXV. W71
Saints, desquels loute l'excellence et la perfection n'est rienqu'uneâmanalton partagée de son esprit répandu en eux tous. Secouâement , nette fAle me paraît être aussi la fête de Dieu le Père. Car elle manifeste ta beauté de sa vie, qu'il a preniiërement répandue en secret en son Fils au saint jour de l'éternité et en celui de l'iucarnation, et qu'il a ensuite expliquée au saifll jour de la résurrection , et dilatée au jour de loua les Saints, itortv-i »lis, dit saint Paul, «( vita vesiraest obtwndila cum Chriilo m Deo. Cum Christus apparuerit vitavestra, tuncetvosapjiaT^itis cum ipso in glorid. Vous êtes morts, dit cet ApOlre parlant aux chrétiens comme nouvelles créatures, et votre vie est cachée avec Jésus- Chrût en Dieu, lequel vous vivIDe intérieurement et vous reud parlicipauts de sa vie divine dans le fond de votre àme et dans le secret de votre cœur, comme il en a rendu participant son Fils, qu'il animait de sa vie. Et comme cette divine vie, qui a été
478 LETTRE CGXXXV.
cachée en ce Fils adorable durant sa conversation sur la terre, a été révélée et mamfestéeau jourde sa résurrection, de même paraltra-t-elle en sa splendeur et en sa beauté divine dans tous les Saints au jour de leur résurrection et de leur gloire. Si bien que, comme Dieu, pour faire voir la vie immense qui est cachée en lui, celte vie fontale et originelle , cette vie universelle de toutes choses, a formé un monde, et a produit tant de millions et de millions de créatures vivantes, qui font voir parla diversité de leurs vies l'immensité de cette première vie qui est en lui ; de même ce grand Tout, voulant manifester non-seulement les vies communes qui sont comprises en lui comme sont toutes les vies des créatures grossières et animales , et même les vies naturelles les plus épurées , comme sont celles des esprits angéliqoes , mais encore sa vie suréminente et divine, sa vie sainte et glorieuse, il a produit t;e monde nouveau, ce beau monde de l^glise triora-
LETTRE CCIXIT. 479
pluDle, qui n'est qa'une émanation de luimême, sortant en ses Saints, ae r^Ddnat en tua , et leur communiquant la vie glo^ rieuse el divine. Ainsi cette fête est la fSle de Dieu le Père, puisqu'elle manifesle sa vie d'amour et de lumière , sa vie suréminente et difioe : el elle lui eat même lrë>glorieute, parce que tonte l'occupation des ■Saints est 4e manifester la grandeur et les lonaiigei de son adorable majcEté. £znf4ataiionea Dei in faacibw eoTum. Tout leur être est pour cela, et c'est la seule chose qui les occupe dans leur coitsommalioD.
Ui Verbe a deux choses en soi qiij sont à la gloire de son Père. Car non-seulement il manifeste sa vie par la généralion, qui, étant nne i^manation d'une p«-sonne vivante d'une aulrc personne vivante, fait que le Fils manifeste ta vie du Père, mais encore 11 fait oonnallre «es exoellencee et ses perfections. Ainsi tous les Saisis , qai font le chtjst mystique, manifesteot en , eux sa vie, el font connaître, par leurs
louanges et leurs hommages, ces mêmes perfections.
Cette fête est encore la fête du Saint-Esprit, puisque 1° c'est dans ses Saints comme dans ses temples qu'il s'explique de son amour; 2'' c'est dans cette société bienheureuse, réduite par lui à Tunité, qu'il fait rendre à Dieu le Père tous les devoirs des créatures. 3° En les consommant tous à la gloire de Dieu dans son feu divin, pour n'en faire qu'une viclimepure et sainte, et digne de Dieu même, il fait que Dieu reçoit tout ce qu'il peut attendre de sa créature : savoir, qu'elle s'anéantisse pour lui, et qu'elle se perde en lui-même pour sa louange et pour sa gloire. C'est l'état où il faut que vous désiriez beaucoup d'entrer , et après lequel vous soupirerez durant toute cette octave.
Vous pourrez pour cela adorer avec une profonde vénération cette vie de Dieu répandue dans tous les Saints; vous honorerez Jésus-Christ les animant tous et les
LETTBE CCXXIV. J)81
coDsommanl par son divin esprit pour ne faire de Ions qu'une même chose en lui. Vous respertterez ce même esprit et ses divines o[jéralioas en eux , qui sont si admirables, que, comme l'essence diviae db fait qu'une seule cho&e des trois personnes qu'elle remplit, ainsi les Saiols sootlons râduils dans une sainte et iiiystéricuu unité par cet adorable esprit de Dieu qui les remplit et les consomme. Que d'aimirablcâ opéralLons de ce divin espritcn eux I Que de merveilles et de prodigesl Obi la pure el sainte religion que celle qu'il répand dansées àates 1 II esl en elleseomme dans des temples de saioleti où Dieu désire d'ëlre lionorË ; il y est comme en des murailles vivantes et susceplibiea dei louages divines, les rempUssaot de (pus les botmeurs et des hommages que celle adoralrie Hûjeslé veut recevur en «ui.
C'est |ui qui est en eux le ehaolrc des loueseti divines; c'est lui qui leur net tous leurs cMllques en la bouche; c'est
/i82 LETTRE CCXXXV.
par lui que tous les Saints le louent et le loueront dans toute Téternité. C'est ce qui mérite nos adorations et nos respects, et ce qui vous servira d^occupation dans le premier point de votre oraison.
Vous y admirerez aussi et honorerez Télat des bienheureux, qui n'ont rien d'euxmêmes, qui sont tous vides d'eux, qui sont plus en Dieu qu'en eux-mêmes, estimant infiniment ce bonheur qui les met en participation intime de l'être divin , et qui les rend vivants de sa vie divine. Vous louerez Dieu de ce chef-d'œuvre, et d'avoir voulo faire ce grand bien à nos frères , de les rendre participants de lui.
Dans le second point , il ne faut point vous lasser de demander cet esprit régnant et possédant les Saints, afin qu'il opère en vous sur la terre ce qu'il opère en eux dans le ciel. Vous lui demanderez qu'il com« mence d'exercer dès à présent en votre âme sa sainte et sa très-pure religion envers Dieu, et qu'il soit lui-mènae en voas
voire chanlre, voire inslrument de musique et votre voix; qu'il soit cette sainte harmonie qui charme le cœur de Dieu ; en un mot, qu'il commence en vous dès ce jour l'ouvrage des louanges de Dieu, qu'il y doit continuer toute réternité. Et pour cela vous le prierez de vous vider de vousmême » de vous anéantir^ d'abîmer votre chair, et de la rendre comme un néant et comme un vide capable de le recevoir, afin qu'il agisse en vous, et s'y dilate en toute la plénitude qu'il désire.
Pour le troisième point, il faudra, en la vertu de ce même esprit , renoncer à tout vous-même, et en particulier à ce que vous voyez qui vit le plus en vous , lui demandantqu'il use en vous de sa puissance et de sa vertu pour vous anéantir , et pour vous rendre fidèle de votre part à ses lumières et à ses grâces, selon les occasions qu'il vous en donnera pendant le jour. C'est ce que vous devez attendre de sa bonté. Si vous lui êtes fidèle pour renoncer à vous,
tiSà LETTAB CCXXXVI.
il VOUS le sera pour vous avertir de voire devoir, et pour vous éclairer daqs le besoin. Soyez done exact en toutes choses à renoncer à vous. C'est le grand combat de la vie, et qui doit durer juqu^à la mort. Au jour de réternilé, où tout sera coDsommé en Jésus- Christ, il n'y aura plus de résistance, et Tesprit opérera en pleine liberté. Mais ici où la chair vit toujours, il y a sans cesse à retrancher et à anéantir en nous»
LETTRE CCXXXVI
n porte une pecsonoe à la solitude et aa dénûmeut de tontes choses.
Je vous écris de la solitude de N*** pour Tœuvre que vous savez. J^y vois une grande espérance de bien, et une entière approbation des serviteurs de Dieu, à qui sous le secret j'ai confié la chose sans nommer les personnes. Je yous dc^nne une onverture qui est bien selon la foi, quoique peut-
LETTRE cci:ixv[, A85
être elle ne s'accorde pas avec les senlimentsde coDsolation que la nalure voudrail goûter. Mais pour nous reodre dignes de Dieu, quel sacrince ne devons-Doua pofnl lui Taire de tout ce qui nous peut plaire ? Il nefaut plus vivre qu'à lui en Jésus-Christ, qui s'est anéanti et séparé de tout, pour se donner tout à nous. Soupirons beaucoup pour la solitude, laquelle nous doit être d'anloot plus agréable, qu'elle nous rend bien plus propres pour le posséder en dé- DÛment total , et pour ëlre tout revfttus et posséclés de Ini ; car il se donnera toujours à nous à proportion de la fidélilâque nous aurons eue à sa grâce, et selon que nous nous serons anéantis en nous-mËmes, et dépouillés dés choses les plus délicates, et qui nous étaient les plus tendres et les {dus chères. Il ne faut pas qaela créature, quelle qu'elle soil , nous prive jamais de quoi que ce puisse être de Dieu, ni d'aucune manière dont il se puisse donner a nous en récompense de nos œuvres et de
^86 LETTRE GCXXXVII.
nos sacrifices. Il faut, ma chère fille, donner tout pour touL Adieu.
LETTRE GCXXXVII
Il insti'uit une personne de ce qu'elle doit faire pour vivre selon la foi.
Puisque vous désirez que je vous parie de la vie de la foi, selon laquelle vous voulez vivre le reste de vos jours, et que vous me priez de vous donner sur cela quelques instructions qui puissent vous servif pour votre conduite, je vous dirai que le grand secret pour vous établir dans cette vie est de voir toutes choses selon les yeux de la foi même, suivant en touf ses divines lumières, n'estimant que ce qu'elle estime , et méprisant tout ce qu'elle méprise ; en un mot, réglant vos mœurs et vos actions selon les vérités et les maximes qu'elle vous enseigne. Or pour cela il faut que vous étudiiez beaucoup ce que l'Écriture
LETTRE CCXXIVII. ^87
satDte vous apprend de lotîtes choses; ce que Jésus-CbriBt et ses apôtres en ont dit ; quelle a été la conduite de Notre-Seigneor et de ses saints, aHn de pratiquer ses instructions, de suivre ses exemples, et d'entrer dans toutes ses voies intérieures et extérieures, sekin les moyens et les ouvertures qu'il vous en donnera.
Pour vous faciliter cette étude sacrée, vous n'avez qu'à faire atlenlîon à ce que vous êtes par la foli car en cela seul vous connaîtrez vos obligations principales.
Vous verrez premiëremenl que vous êtes enfant du Père éternel, et que par conséquent vous devez vivre selon lui, c'est-àdire selon ses mœurs et ses sentiments , et comme un enfant qui veut être l'image vl~ vante et l'imitaLeur parfait de son père. Notre-Seigneur, comme Fiis du Père éternel, et comme Verbe divin, représente en lui toutes ses adorables perfections. Il les possède comme Dieu, et comme élant une même essence avec son Père ; il les repré-
hS$ LETTRE GGXXXVII.
gente comme son Verbe et comme son oa • raclère, en sorte qu'il est la splendeur et la ij|;«ire âe sa subslance : et même cornue Fils îDcarnô et vivant dans la cbaîr» il est aussi rimage parfaite de ses perieclioos, étant rimitaleur accompli de son Père, soit en sa charité, en sa patience, en sa longanimité, en sa miséricorde, soit dans ses autres perfections. Or c'est ainsi que doivent vivre tous les enfants de Dieu. Il faut qu'ils se revêtent de lui, et qu'ils se rendent ses parfaits imitateurs. Estoie imitatores Det^dit saint Paul, sicut filii charissimi; et ambulate in dilectione, sicut et Christus dilexit nos.
L'écrit d'enfant que vous avez reçu par le baplêmevous facilitera ce devoir et cette obligation. Car, étant obligé à Vivre selon cet esprit, lui-méme^vous donnera les capacités, les vertus et les facilités nécessaires pour vivre de la sorte. Soyez seule* ment de votre part très-fldèle à ses grâces et en sa vertu ; renoncez incessamment à
LKTTIIE CCI» VII. A89
votre chair, qui par sa mBligoilé mellriit en vous obsincle à celte vie.
VoOB loi deniBDâerBz sus» le grand don de U croinle de Dieu : je teox dire cette crainte Gliate, cette craiate qui anime les eoIaDle, el qui lear inspire un profond respecl pour la majesté de leur père; celle crainte qui leur donne une Iola)4 sonmissien à ses volontés, une entière dépendance de ses ordres, une prompte obéissance à ses lois, une parfaite do«ililé i sa voix et à ses instructions; celte crainte enOn qui tes établit dans toutes les mœurs de leur père, comme des eofaols véritables et bien nés.
VouB loi demaDderez encore ta oordialilé, la aimplicilé et la charité envers le procliain, poor vivre avec lui comme avec vos vérilableB frères, qui ton! plus no avec vous que vos frères selon la chair, puisque noQ-seulemenl ils ont dd même père et ' une même mère que vous, savoir Dieu et sOd Église, mais encore nu même esprit.
490 LETTRE GGXXXVII»
qui les rend tous un avec vous dans les mœurs , dans les vertus , dans les inclinations, dans les sentiments et les lumières. Et comme entre les frères les biens du père doivent être communs^ vous prendrez garde qu'il n'y ait point de jalousie entre vous pour les dons de votre père, et que vous ne désiriez point à leur préjudice de vous les approprier. Voilà à quoi la foi vous engage comme enfant de Dieu.
Secondement , la foi vous donnant dans TËglise la qualité de membre de Jésus- Christ, elle vous oblige à vivre comme membre de ce chef adorable. Or pour cela il faut que vous viviez du même esprit que lui : car les membres et le chef n'ont qu'une même âme. Examinez donc quel est l'esprit de Jésus, et quels ont été ses sentiments, et vous trouverez que le Saint- Esprit, qui l'animait, lui donnait une horreur extrême du monde et de ses maximes, et une extraordinaire aversion des richesses, des honneurs et des plaisirs de la
LETTRE CCIXIVII. â91
terre. Vous remarquerez comme 11 le eéparslt de toutes rlioses, et i'éloignait de tout ce qui n'était poiat Dieu, le leDant appliqué à son Père dana une gouveraine religion, et dans dd état de sainteté qui ne peut souffrir la moindre souillure. Vous verrez comme il lai donnait un désir si ardent pour ia croix, et pour détruire le péché par ses souffrances, que toute sa vie s'est passée dans les liuaiiliations, dans la pauvreté, et dans les derniers mépris, voulant ainsi satisfaire à Dieu son Père, en portant sur lui toutes les peines qui étaient dues au péché.
Voilà quelles ont éti^ les dispositions de iésus-Christ, et ce que son divin esprit veut opérer dans tous ses membres. Voilà la manière dont la foi vous apprend que vous devez vivre. Séparation du monde, condamnation de ses maximes, horreur du péché , amour de la croix , religion envers Dieu, charité pour le prochain , voiU quelle doit être toute voire vie.
402 LETTRE CCXXXVll.
Troisièmement, la foi vous apprend que voué avez été fait temple du Saint-Esprit par le baptême : il faut donc que vous viviez comme étant possédé par ce divin es« prit, comme en étant rempli, comme étant conduit par lui en toutes choses. Car il \om a été donné pour être votre conducteur en tout, afîn que, n'opérant plus par un principe de mort, qui est la chair, vous n'agissiez plus que par ce nouveau principe dévie, c'est-à-dire par ses lumières en votre esprit, par ses mouvements en votre cœur , et par sa force en votre âme , en quoi consiste toute votre vie. C'est de quoi vous devez faire hautement profession, sans vous mettre en peine de tout ce qu'en pourrait dire le monde , auquel vous ne sauriez chercher de plaire sans vous exposer à déplaire à Jésus-Christ. Soyons à lui uniquement et pour jamais.
LETTA£ CCXXXVIII. /i93
Il parte nne âme aa por amonr de Notre-Seigneor, et loi propose un exercice pour honorer Jésos vivant en Marie.
Je ne vau9 écris ce mot que pour vou^ désallérer dans la soif que vous avez d'en^ tendre parler de Jésus et de Marie. Ne voulez-vous pas vous préparer tous les jours et vous disposer de plus en plus aux très* obères visites de ce divin époux? Il est toujours en attention sur les toes, pour voir £i elles sont en état de recevoir ses plus saintes caresses. Allons» ma fiUe, allons au pur amour. Ayons ce cher Jésus pour notre tout, et ignorons tout le reste. Ohl qu'il est adorable, et qu'il mérite bien que Ton soit tout à lui ! oh l quel désir n'at-il poiot de vivre dans nos Amesl ohl quelle vie ne veut-il pas répandre dans nos eqacirsl Ave^E-vous oublié cette adorable vie de Jésus en Marie? celte w qu'il répand
Ii9tl LETTRE CGXXXVIir.
en elle continuellement? cette vie dont il ranime, aimant en elle, louant en elle, et adorant en elle-même Dieu son Père, comme un digne supplément de son cœur, dans lequel il se dilate et se multiplie avec plaisir. Quelle est Tadorable et Tadmirable consommation de cette âme en Jésus 1 O admirable consommateur, renouvelez cette vie, et la continuez pleinement en TÉglise. Souvenez -vous de ce que je vous ai dit autrefois, que la vie de Jésus et son amour dans le reste de son Église, et même de ses apôtres et de ses plus chers disciples, n'était rien approchant de ce qu'il est dans le cœur de Marie. Il y habite en plénitude, il y opère en l'étendue de son divin esprit. Il n'est qu'un cœur, qu'une âme, qu'une vie avec elle. Toutes les autres créatures n'approchent point de ce qu'elle est. Combien de fois ce divin Sauveur at-il gémi au sortir de ses entretiens avec sa Mère, lorsque , après avoir vu ce qu'elle était, il considérait la dureté et la pro-
LEnUE CCXXXVIII. ^93
priété de ses apAtres? Quel monslre à sps yeux, après avoir remarqué l'aoëantisBemenl de Marie, de voir les recherches propres de ses disciples 1 Ouvrons, ouvroos nos cœurs à Jésus-Christ, et laissous-nDUS fi lui pour Être tout pénétrés de celte admirable vie qu'il répand en cette divine ci'éalure. Entrons dans l'amour de Jésus envers Marie, et dans le respect de Marie pour Jésus, et souvenons-nous que jamais leurs amours n'ont eu de langueurs, quoiqu'ils aient été traversés et remplis d'amevtomes, mais qu'ils ont toujours été croissants jusqu'à leur tolale consommation dans le ciel. Vous savez bien que c'est l'union à ce divin mystère qui fait le même effet dans les âmes ; et vous voyez assez où va cette dévotion pour le repos et la tranquillité de votre cœur. Adieu.
Voici un exercice qui vous pourra servir pour honorer Jésus-Christ vivant en la trèssainte Vierge, et dont vous userez selon votre attrait.
Ii96 LETTRE CCXXXVIII.
Je vous adore, ô mon divin Jésus, résidant et vivant en la très-sainte Vierge.
J'adore vos grandeurs et vos perfections dont son àme est revêtue.
J'adore voire règne sur elle ei l'absolu pouvoir qui régit tout son être.
J'adore voire vie, qui remplit et anime son cœur et toutes ses puissances..
J'adore l'abondance des dons, la pléninitude des vertus, et la fécondité desgrftoes que vous mettez en elle pour toute votre Église.
Divin Jésus, régnez en elle et par elle sur nous à jamais.
Divin Seigneur, votre puissance est adorable, votre joug et ViOtre règne est toujours suave, mais il n'est jamais plus suave que sous ce tr&ne d'amour.
Que volontiers nous venons aux pieds de ce saint tabernacle vous y rendre nos devoirs, et vous prier de détruire «n bous oe ^i s'oppose à voire règne et à votre vie!
LETTRE CCXXIÏUE. hfft
Divin Jésus, viviRez nos cœara : ne sourfrez plDs eo nous d'autre rie que la vAtrè : détruisez el aDéantissez lout ce qui lui esl coDiraire. Faites en nous comme eu votre Mère; que vous y soyez lout seul vivant, et que lout ce qui est de mortel aoll al>3orI>é ea votre vie.
Faites que les vertus de votre esprit s'établissent en nous comme en elle, el qu'en sa même vertu lout ce qui se sent de la corruption de la chair soit détruit et anéanti.
Quelle admirable communion que celle qui se fait de l'esprit, de la vie et des vertus de Jésus dans votre Arae, A ma diviue Mère 1 i! me semble que vous n'êtes qu'une avec Jésus, tant il est en vous et vous consomme en lui.
Adorable modèle de la communion des chrétiens, p)AI à Dieu que votre divin sou- \enir pût remplir notre âme de sa sainte abondance et de lit plénitude de sa vie, comme il vous vivifie, ô divine Maîtresse l 5Î
498 LETTRE CCXXUX.
Divin Jésus, vivez en nous par votre Mère, et répandez en nous la plénitude de vos dons et de vos saintes grAces, pour être un avec vous et avec votre très-chère Mère.
n exhorte ane àms à qa\ Dieu avait donné ^udlnB relâche dans ses peines . à faire nn bon nsage de | cette grâce , en se tenant nnie intérieorement à Jésns i et fidèle à la pratique des vertus.
J'ai espéré que vous diriez durant tons ces jours de Toctave du très-saint Sacrscrement, et durant les suivants, ce que disait l'épouse du Cantique : « Que Thiver est passé avec ses orages, et les fleurs du printemps ont paru. » Ces fleurs sont les effets de la nouvelle vie, qui commenceDt à paraître et à se faire goûter en votre âme, après les temps austères et dilicUes de la croix. L'Écrifure sainte nous maïqiie comme Dieu a ses temps, lly^ a unémpi
1,KTTKË CCIISIX. ^99
pour labourer, dit le Sage , et il y en a un mUrepour semer. Ce divio Matlre, après avoir préparé et cullivé votre âme, y a seméleboQ gr.iia, qui est Jësus-Chrisl, qu'il a renrermé daog votre cœur avec un Eoin particulier, le cachant sous les humi' liatiOQs de la croii, pour porter son fruit en son temps. C'est à vous inalnteiiaDtâ le conserver. Il me semble que le plus fort elle plus rude choc est passé, et je croîs quevousâtesmaiutenanldans le goût cl le Henlimenl de la présence de voire divin époux. JouiEsez-en donc sa paix eu votre InlérJeur, et si l'on vous interdit les œuvres extérieures de charité, louez-en votre Tout, qui le permet ainsi pour vous posséder davantage.
Votre relruite , qui vous tire du tracas el vous applique b la seule coalenipIatioD de Jésus-Christ, pour écouler et entendre Bivoii, vous ebt enjointe par les ordres tecreis de sa providence, qui vous conânjl, et il ne «ooSre que la créature vous
ÔOO LETTRE GGXL.
traite de la manière que vous me le mandez, que pour vous faire jouir avec plus de liberté du repos de Madeleine. Faites profit des ouvertures qu'il vous présente, pour être en lui humble et patiente. Ces moments sont précieux pour acquérir bien des vertus; car c'est le temps où la gr&oe se rend présente par les soins de Fépoux , aOn de faire croître Tâme et la rendre de plus en plus Gdèle à ses saints exercices.
LETTRE GGXL
Que Tabstinence est pour cette vie , et la jouissance
pour l'autre.
Pour vous délivrer de vos peines et rendre le calme à votre âme, il ne faudrait que bien établir dans votre cœur cette grande maxime dont je vous ai souvent entretenu , savoir que rabstinence est pour cette vie, et la jouissance pour Tautre. Si
LETTRE ce XL. 501
VOUS en éliez une fois pleinement convaincu, bien loin de vous plaindre de Tétat où vous êtes , vous ne soupireriez le reste de votre vie qu'après la croix, et votre joie serait d'être dans la nudité et la privation universelle qui présentement vous afiQige. Bien ne vous paraîtrait plus beau que la pauvreté, rien de plus aimable que le mépris, rien de plus précieux que la souffrance, et vous diriez de grand cœur avec saint Paul que vous ne voulez point d'autre gloire en cette vie ni d'autre partage que la croix : Absit mihi gîoriari, nisi in cruce Domini nostri Jesu Christi. C'est là l'étal et la disposition des vrais chrétiens, qui, s'étanl engagés dans le baptême à suivre Jésus-Christ, doivent comme lui vivre icibas dans l'abstinence des choses inutiles de ce monde, et même dans la sobriété sainte, qui porte toujours avec soi l'amour et le désir de leur privation. C'est pourquoi saint Paul les instruisant dans une de ses Épltres : Que ceux qui achètent, leur
dit-il f soient comme ne possédant point : car il De faut qu*user des choses, et ne pas en jouir. Et même il faut que ceux qui en usent fassent comme s'ils n*en usaient point: £t quiutunturhocmundo, tanquàm non utantur; tant il faut se tenir en privation de toutes les choses du siècle , et eo séparation universelle du plaisir même qu'on pourrait goûter dans leur usage. La figure de ce monde passe, dit ce même apôtre > Prœterit figura hujus mundù Quelle folie donc de vouloir s'attacher à ce qui passe et dépérit, et qui après tout nous doit être enlevé par la mort! L'esprit de religion demande qu'on n'attende pas alors à s'en séparer, mais que durant la vie on sacrifie à Dieu toutes ces choses ; parce que, comme leur possession met en nous obstacle à sa vie, il a d'autant plus de lieu de s'établir parfaitement en nous, qu'il nous trouve pour son amour dans île plus grandes privations, pour lesquelles il nous rend toujours le centuple , non-seulemeut
LBTTIie CCSL. 608
dans le ciel, mai» même sur la terre el dD< rant celte vie.
Or ces privations doivent être si uDivertellee, qu'elles s'étertdeDt jusqu'aux privalîoDS Jutérieures, et au dénûmeut deg goûts, des suavités, et des lamiërea sensibles de la grâce; en sorte que l'âme soil dans une totale abstinence de ce qui lui peut plaire, et de qe qu'elle peut goûter hors Dieu, de qui seul elle se contente. Et c'est par là qu'elle est préparée à être pos* sédée, remplie et vivifiée universellement de Dieu par la voie de la Toi, qui est une vole qu'il faut d'autant plus désirer qu'étant pure, simple et nue, sans avoir rien avec soi de sensible, elle ne donne rien à l'Ame qui l'occupe , l'amuse et la nourrisse faussemenl; mais au contraire elle la rend plus capable de Dieu, qui, ne trouvant rien en elle qui l'arreie et la remplisse, demeure en elle l'unique qu'elle aime el qu'elle posgéde. Quel bonheur que d'avoir ainsi tout . un Dieu en sa possession l et qudie ne de-
bùà LETTRE GGXL.
vrait point être votre joie, de voir que c^est à cette félicité qu'il vous appelle par ce déDÛmeot et par cette grande privation où il vous roetl Dieu est tellement jaloux de ses dons, quMl ne peut souffrir que Tâme qui fait profession de Taimer parfaitement 8*amuse à rien hors de lui , quelque saint et parfait qu'il paraisse. Il veut le cœur entier; encore le veut-il bien pur, pour en être aimé comme il faut et comme il le mérite. Car c'est pour ce sujet qu'il a donné son Saint- Esprit en la nouvelle loi, comme le supplément des créatures trop petites et trop faibles dans l'exercice de l'amour.
Il veut bien qu'on l'aime en toutes choses: il désire encore plus qu'on aime toutes choses en lui : mais toujours il veut que, sans s'amuser à l'écorce , ce soit lui seul qu'on aime par-dessus tout. Prenez donc garde de ne vous point arrêter à la peine que vous sentez dans vos privations ; et dans la séparation où vous êtes des créatures, ne désirez point de les aimer ni d*en être
siir,'RS»îis!a3)atraimu.mw(ttt«
LETTRE GCXL. 505
aimé , et tenez-vous en paix dans votre dé- DÛmeot, vous contentant de Dieu seul qui est toutes choses en éminence.
Oh I qu'heureuse est Tàine qui est arrivée à ce point de pureté, d'unité et de sainteté en son amour, que d'être ainsi attachée in Dieu seul , et arrêtée au fixe regard de son parfait amant!
C'est là où vous appellent la retraite, la solitude , l'abstinence , et la séparation des créatures. Elles n'ont pas toutes un poison éclatant et rempli de splendeur, mais elles ont toujours un attrait secret et un filtre caché qui charme le cœur secrètement, et qui l'attire imperceptiblement à leur amour. Or c'est de ce venin que la providence de Dieu vous préserve par l'état de dénûment où il vous met, sans quoi vous auriez peine à ne point gauchir dans ses voies et ne point décliner de la pureté de sa conduite, en vous amusant à quelque créature.
K( connaissez donc ses grandes niiséricor-
506 LETTRE CCXLI.
des sur vous ; adorez ses bontés; abaodoDnez -vous à son amour; et protestez -lui mille fois que vous ne voulez plus de vie que pour lui, que pour Taimer, que pour le servir dans Tétat où il lui plaira de vous mettre; en un mot, que pour voqs saerifier entièrement à lui en toutes les manières qu'il le désirera pour sa plus grande gloire.
LETTRE GCXXI
U rand eompte à son direetenr de ses dispositions et de ploMeors ftiées qae {fotre* Seigneur loi avvt faites.
Motre-Seigneur continue toujours ses grftces h son très*indigne serviteur* Gomme je me présentais la semaine passée à IV raison, et que je me donnais à Netre-Seigneur pour adorer en lui ce qu'il plairait à Dieu son Père, et pour suivre aussi ses intentions en celte action, comme en toutes les autres, ainsi que j'y suis obligé en
LETTRE CCXLI. 607
qnalilé de serviteur, je me sentis appliqua A une chose que jamais je n'avais adorée en Dieu , et laquelle pourtant me paraissait devoir 4tre honorée soigneusement, quoiqu'elle ne le soit guère ; et même une des intentions que je sentais en mon oraison était de donner mon esprit à Jésus- Christ, mon Maître, pour adorer en son Père ce qui était le moins adoré, et qui pourtant le devait être de nous. Aussitôt je vis dans le fond de l'essence divine, et dans le cœur des trois Personnes adorables, une chose qui était Tort secrète et extrêmement cachée à nos esprits, et qui était fort reculée et éloignée de nous : c'étaient les desseioB étemels de Dieu sur la voie des saints. Je me sentis obligé d'adorer dans le fond de l'essence divine ces voies inconnues des saints, par lesquelles Dieu méditait de les conduire a son éternité. Je vis qu'elles étaient toutes saintes, hautes et sublimes, se sentant toutes de la grandeur auguste et de la sainteté souveraine
508 LETTRE CCXLT.
de Dieu. Je vis que si les saints y étaient fidèles, ils seraient merveilleux eu leurs conduites et en leurs voies, qu'on les verrait toujours élevés au-dessus de la chair dans une sainteté admirable, qu*on n'y remarquerait rien de rampant ni de bas, rien d'humain ni d'abject, mais que tout y serait sublime et divin, et se resseutirait de Dieu et de sa hautesse sublime, dans Tanéantissement toutefois de la chair et dans la séparation de ses voies et de ses sentiments.
Depuis ce temps-là je me suis trouvé dans la disposition de ne pouvoir plus vivre sans souffrir, et même j'ai ordinairement ces paroles en la bouche : Aut pati, aut morù Je me souviens qu'il y a peu de jours que je parlais latin dans mon oraison , ce qui ne m'est pas ordinaire, et que je disais à Dieu : Quidvolo, Domine, nisipcttietmori pro te? Maintenant la vie sans souffrance m'est une mort ; et puis je disais en moimême : Seigneur, je ne puis vous témoi-
LETTRE CCILI. 509
gaer mon amour qu'en souffrant Hélas!
Seigneur, le niofen que je vive, si je ne vous lémoigne mou amour? Le souffrir vous GO donnera l'assurance. El je me trouvait devant Dieu comme une pauvre victime, prêt à souffrir tous les tourments du monde. ElétasI qu'il eBt aisé d'aimer en jouissant, mais d'aimer en souffrant, c'est ce qui est difQcilel Et c'est ce qui me paraissait Être ta véritable marque de l'amour.
Je me souviens eo particulier que j'avais une joie qui ne se peut exprimer en m'offrent à mon amour pour souffrir par un certain motif qui m'était fort sensible et me l'a toujours été depuis qu'il a plu A la bonté divine me le découvrir. C'est que j'étais ravi de lui fournir mon corps pour lui donner le plaisir de souffrir en lui toutes les peines qu'il voudrait et qu'il a disiré autrefois de porter, â cause que son seul corps ne pouvait pas les endnrer tout entières, et pour cela je me livrais â lui
510 LETTRE CCXLI.
pour endurer en moi tout ce qu'il désire* rail.
Je vous dirai aussi que durant tout notre voyage j'ai eu Tespril rempli de la présence de Dieu, qui me montrait la vanité de toutes choses et Timperfection de tout ce monde, et me découvrait la vérité de ces paroles : Vanitas vanitcUum, et omnia vanitas. De sorte que je ne trouvais rien de beau ni d'agréable en tout Tètre créé, qu'à cause qu'il parlait des mains du grand Dieu. J'admirais les merveilles de sa toutepuissance, qui a tiré tout Têtre du néant; je considérais les miracles de sa sagesse, qui fait un assortiment merveilleux de la diversité de toutes ses productions: je reconnaissais son amour nonpareil et sa bonté ineffable, qui ne produit pas seulement les choses pour la nécessité des hommes , mais qui leur donne mille fols au delà de leur besoin, formant mille créatures par le titre de «on seul amour et de
sa fâconditë , ce qui me donnait des trtniporls d'amour, elc
n rtnd compl* du dïspoiïtiaDt où il liait êU dini un pèleriiUKe.
Tsi élé tout épuJsë dans noire voyage de la difDcul té du chemiD, ayant percé UD payB rempli des plus rudes montagaes et des plua atTrew rocbers et précipices qui soteul eu France. Ce n'est pas que l'esprit, dans la difficulté de ce pèlerinage, ne reçût de grandes joies de voir ces eiTels admirables de ta toute-puissance de Dieu et de sa divine sagesse en la productbn de ces ouvrages divins j car s'ils paraissaienl hideux au Gentiment des hommes, ils me paroiasaienl admirablement agréables et saints dans la vue de la Toi. Il me semblait, voyant ces choses, que Dieu les ayant faites jle ses mains, c'étaient des reliques qui
512 LETTRE GGXLIl.
méritaient mieux d'être honorées, selon les termes de rÉcritore, qui dit: Adorez V escabeau de ses pieds, en parlant de la terre, que quantité d'autres choses que Ton révère et Ton estime, qui ne sont que les productions des hommes : ce qui me faisait dire souvent, les larmes aux yeux , ces paroles : Montagnes et vallées, bénissez le Seigneur. L'innocence de ces rochers, qui ne sont pas souillés par les mains profanes des pécheurs, impriment plus de respect et de vénération pour Dieu, et remplissent encore le cœur des chrétiens de plus de consolation et de joie que tout ce qu'il y a de beau sorti de Tartifice et de rindustrie des hommes. Ces pierres me tiriûent autant de larmes de douceur que la superbe des palais et des tabernacles des pécheurs tirait de pleurs et de larmes amères du profond de mon cœur. Depuis ce temps-là , notre Tout aimable m*a fait cette miséricorde de m'attirer à lui plus fortement que jamais, quoique moisB sen-
LETTRE rXILII. 513
Biblement, me Taisant vivre dans une pré sence cordiale et coolinuelle de sa divine majesté. Si bien qu'il m'a semblé que, dans tous les autres lieni où ensuite aoua avons paftsé, j'étais toujours au même endroit, ne pouvant rien trouver d'eilraordinaire , ni rien voir ou goûter de tout ce qui se présentait. Je me suis mèma trouvé ici sans en lemarquer les approclies ni la présence, ne pouvant m'arréler ni me plaire qu'on Dieu. Cela continue jusqu'i pféaent, el cessera quand Dieu voudra, auquel il me semble que je suis toul, au moins par désir. El ce qui me console , est qu'il me sembla expérimenter en moi une certaine possession de mon Tout, qui me porte oii il d&dre, qui me retire d'où II veut , qui dispose de moi comme il lui plaît, etc.
su LETTRE CCXLIII..
Il exhorte tine demoiMlIe à être ferme dans ta Toeation, sans avoir égard aux sentûnents du monde*
Je VOUS supplie de me mander soigneusement les dispositions de votre cœur sur la conférence que Ton a faite pour vous, et les sentiments que Dieu vous donne sur les résolutions qui en peuvent naître. Faitesles-moi savoir s'il vous plat t, et ce soir et demain matin. Cependant nous serons attentifs aux volontés de Dieu sur vous. Il ne faut pas refuser de se sacrifîéi^ pour un si bon sujet , et je suis tout prêt h le faire si Notre-Seigneur le demande de moi, comme il le veut de vous. Je vous avoue que j*aurai de la joie de ce petit martyre , s'il est besoin que je le porte. Je vous supplie que, quoi qu'on vous réponde, vous vous réserviez toujours cette liberté de demander du temps, afln d'être convaincue en votre intérieur du saint vouloir de Dieu, et ressentir
LETTRE GGXLIII. 515
la paix du cœur, que vous estimez nécessaire pour adhérer à une chose si importante et si éloignée du mouvement de Jésus-Christ en vous.
On peut bien vous donner des raisons extérieures qui paraîtront fort justes , et qui suffiront pour contenter les hommes ; mais si en même temps votre âme est inquiète , et n^est point apaisée ni tranquiUe, c^esl signe que la raison suprême, qui vivifie les cœurs et apaise les âmes, n'est ni contente ni satisfaite. Il y a en Dieu une sagesse audessus de toute sagesse , et une raison éminente au-dessus de toute raison , qui n'est pas révélée à tout le monde, et qu'il se réserve à lui seul et aux âmes qu'il aime et qu'il se sanctifie. Il la découvre à quelquesunes par un privilège singulier de son amour, mais il ne l'expose pas à la vue de tous; c'est le secret du cœur qu'il réserve de donner à ^amanle, et qu'il met en elle avec la paix,
^ni est le caractère et le sceau de sa vie et
i sa grâce.
516 LETTRE GCXLIIK
Adhérez àDieu par-dessus toulecréatare.
Voire âme esl épouse de Jésus-Gbrist : ne la relirez pas de voire Unique sans ordre, sans fondement, sans congé, sans indaclion, et même sans violence intérieure que luimême vous fasse de vous livrer à d'autres. Après avoir été reçue de lui, et après qu'il vous a attirée , appelée et appliquée à son service avec tant de force et de puissance, vous lui devez cette marquede votre Gdélité.
Il vous faut maintenant plus de vertu et plus de force pour ce second état quMl ne vous en a fallu pour le premier : mais Dieu vous y appelant , il ne manquera pas de vous donner tout ce qui vous sera nécessaire pour accomplir ce qu'il déisire. U vous a fait connaître sa volonté par tani de signes, et si approuvés par Taveu des docteurs, qu'il vous faudrait pour en sortir des mouvements tout extraordinaires, et une force d'esprit intérieure si vive, si claire, si efi&cace , si convaincante, que vous ne pussiez en douter.
Ce que noua avions à souhaiter étail de nous rendre certains, par une approbation générale, de la validité de votre vocation. Mais maintenant, pour en sortir, il faut que la m^me voix de l'époux qui vous a engagée vous dégage. Les hommes ne doivent point élre écoulés sans lui , quelque raison extérieure qu'ils allèguent. Que si la voix intérieure de l'époux répond à celle des créalures, et qu'elle vivilie voire âme en vigueur, en clarté, en puissance et en paix, ■Inrs nous donnerons les ninias : mais à moins de cela il Taut, et vous et moi, souffrir et porter tout en paix, quelque pénible et cruciûanl qu'il puisse être.
f opou nue aixbaà» d'oniioa bcik 1 UDtu lorta
Notre-Seigneur soit votre vie unique, qui étoulTe en vous celle d'Adam pour janitl*. Je
souhaiterais qu'il vous eût donné un homme selon son cœur pour conduire le vôtre; et je le prie qu'il permette bientôt que j'accompagne notre chère troupe, pour vous aider dans voire conduite, et pour vous mettre dans les voies de Notre-Seigneor. En attendant, priez-le beaucoup qu'il vous y établisse lui-même. Servez-vous toujours de la méthode d'oraison dont je vous ai parlé, qui consiste en trois choses Hrà adorer Notre^Seigneur, et quelqu'une de ses vertus, selon vos besoins ; 2° à vous abandonner à lui , afin qu'il vous donne part à ses vertus, à sou esprit et à ses grâces; 3" à coopérer le long de la journée à sa grâce , pour pratiquer les vertus que vous aurez méditées, désirées et demandées dans l'oraison. C'est là tout notre besoin, que Notre-Seigneur : sans lui tout le reste est inutile, tous nos efforts sont vains, toute notre industrie est sans effet. Il faut donc le désirer beaucoup, et le prier qu'il s'établisse en nous par ses vertus, par ses
vous expliquerai un jour à loisir loutes ces choses.
CepeadaDt pour vous facililer cet exercice, et vous eu doDuer par avance une vue géaérale, je vous dirai en quatre mots que la disposiliOD de Kotre-Seigoeur envers Dieu et euvers toutes les choses saintes Était de graud respect et de profonde vénération : envers le prochain, d'une ardente cimrité, jusqu'à verser son sang pour lui; envers ce inonde, de mépris pour toutes ses grandeurs, de mort k toutes ses beautéa, de coodam nation de toutes ses maiiineB; enfln, envers lui-même, il était dans des sentiments continuels de morliQcalion et de pénitence, vivant humilié, confus, et coutrit pour les péchés dont il était chargé. Voilà les quatre grandes disposilioos du cœur de Jésus, dont nous sommes si obligés d'Slre revêtus,
520 LETTRE CGXLIV.
que, si elles nous manquent , nous aurons grand*peine d*aller en paradis. Or la voie pour vous en i*emplir est, i» de les adorer en Notre-Seigneur; ^ de vous ddnner à lui , et de le prier qu'il les établisse îaimême en votre âme, et quMl vous donne force pour agir continuellement seîon ôet etfpril; B^ûe coopérer à la grâce et à la vertu que vous aurez obtenue dans ToraisoD. G^est là ce qui s'appelle vivre ëelon Noire-Seigneur; et cette vie se nomme, dans saint Paul, la vie do nouvel homme. C*est de cette vie dont il parlait, quand il' disait : Je vis, ce n'es/ plus moi ^ui vis: mais c'est Jésus- Christ qui vit en moi. Ce mol de Jésus-Christ se prend pour son esprit, et pour ses dispositions intérieures, sdon lesquelles il vivait. Vous pourrez prendre, tantôt une de tes dispositions, et tantôt une autre, pour sujet de vos méditations.
Il «ihorU QEia boDiie Ime i aller 1 Jéiu-Cbriit pour H perdre ayec Jésas-Chrlit eu Diin.
Ed me préseDlanl â l'oraison sur Totre «ujet, je n'ai poinl appris d'autre choie pour vous, sinon qne voire tie doit être cacliée en Jésus-Christ, avec Jésue-Chrisl et par Jésus-Christ en Dieu t Et vita ceslTaubscondita e.stcum Chrisloin Deo. Cette vie de Dieu cacliéeenlui de toute éternité; celte vfeqni est sainte, pure^ simple, et qui est Dieu même, est venue. sur la terre par Jésus-Clirist : elle est en nous par lai, et il nous fait «tre dans l'unité avecjui, poar être avec lui en Dieu. Qne nous sommes heureux d'avoir ce doux mofen , et d'être nécessités d'aller à Dieu par celle voiel Qu'heureuse est l'ime qui lui est iolimement unie, et qui est convertie en eel époui du cœnr 1 Par lui on est en Dieu, et
522 LETTRE CCILV.
OD est perdu dans le sein du Père, où Ton se noie et Ton s'abîme soi-même heureusement. Là on est en solitude, en pureté, en sainteté; là on ne peut souffrir de créature, on n'a plus soif de rien, et on ne veut plus que ce divin Tout; là on est rassasié de ce Tout adorable qui remplit tout 4ésir ; on cherche d'être au Tout , et d'y être uniquement, et on évite ce tout malheureux qui nous vide de Dieu et nous empêche de le posséder paisiblement. Ce vrai Tout fait voir et ressentir intérieurement à l'âme la jalousie qu'il a pour la tenir à lui tout seul, pour ne point la laisser sortir de lui , pour empêcher qu'elle ne s'épanche en d'autres choses, qui la tire- Thi^i hors de cette solitude intérieure où elle doit être uniquement occupée de lui. Quand votre âme sera toute en Dieu, il faudra- lui parler d'une manière que sait Noire-Seigneur; mais il faut en attendant travailler à notre retour en Dieu, et à notre parfaite consommation. Je suis.
LETTRE ce XL VI.
LETTRE CGXLVI
Malrës-bonoréeuBuren Nolre-Seigoeur, Depuis la mort de noire auguste sœur Agnès, j'avais partout cherché un lieu où je pusse respirer la aaiole vie de la divine enfance de Jésus-Chris! : el, puisque son immense charité m'a fait la grâce de recouvrer ce bien , je suis bien aise de demander avec vous à Dieu la bénédiction d'en bien user el la miséricorde de lui élre ndële.
Je vous dois dire pour cela que notie diviu Maître, qui veut bien Taire sa résideuce dans la crècbe que vous savez, et où vous l'adorttes avec tant d'applicalion le premier jour de notre entrevue, s'est fait sentir à nous, souffrant en ce lieu même les adorations de sa servante Marguerite ,
524 LETTRE CCXLVI.
qui lui était toujours présente, et sans relâche, dans le respect et la révérence qu'elle doit à ce divin Enfant, qui aussi la communiait de sa vie et de sa substance, et remplissait en même temps son temple et sa crèche de Tonction et du baume dont il vivifiait celle qui Tadorail : ce qui me juslîfle la communion de vie qu'il désire être entre son serviteur et sa servante.
C'est une chose inconnue et incompréhensible à tout esprit humain que Topération divine de TEsprit^Saint dans les Ames, et on ne conçoit point quelle est leur unité et leur force en Jésus-Christ. Peut-on bien croire qu'un Dieu se fasse enfant, qu'il vienne faire sa résidence dans un cœur, qu'il le consacre à sa naissance, qu'il le regarde comme sa crèche, et qu'il y donne entrée à quelque créature en esprit, pour y être adoré incessamment, pour la remplir de sa vie divine, et pour embaumer de ses parfums sa crèche par la même onction dont il vivifie Tâme I
LETTRE GCXLVI. 539
0 ma sœur, que JéïDs est admir^le eo ses oiystëresl Qu'il est divin dans le rfrnouvellemeot qu'il en Tait dans les Ames I Je le coDJure de les tenir toujours prêtes A recevoir ses opérations divines par le vide , par la pureté, par Tlunocence et par la simplicité qu'il demande.
lia soeur que je n'ai point quittée , mata que je porte avec moi renfermée dans la crècbeet dans le tabernacle de Jésus, soyez lesupplément^de mes applications env«rB lui. Je vous dirai, en la confiance que j'ai en l'amour de Jésufr-Christ, que le matin, vous trouvant en adoration où vous avez été pendant toutes vos veilles, je prends part k vos devoirs, et je trouve en votr? Ame de quoi me l'evélir de la religion envers Jésus-ClirJsl, que j'ai interrompue par le sommeil. Il Taul qn'ij y ail communion de vie et de religion en nous, et puisque je vous don De le couvert dans M crëcbe, il tant que vous ro'f rendiez la charilé pai-
526 LETTRE GCXLVIU
les richesses et la nourriture que vous y avez reçues.
rai oublié de vous demander une chose que je me sens pressé de vous dire maintenant, qui est que je serai bien aise, pour Pamour de Dieu, que vous me mettiez par écrit quelques-unes de vos occupations intérieures pendant ce mois et le suivant, et que vous preniez la peine de me les envoyer à Paris, si je ne puis moi-même les aller prendre en repassant. JII est du bon plaisir de Dieu, ce me semble, que cela soit ainsi. Je vous prie de me tenir en Jésus-Christ enfant, tout vôtre.
Il écrit à une personne qni se laissait abattre par h vue de ses faiblesses et de ses misères.
Enfin je fais ce que je dois avec beai coup de joie, qui est de vous rendre grâ< de tous les biens qu'il vous a plu me faii
cette cuaritâ en votre dme, el qui par elle m'a tant aidé et fait tant de bien jusqu'à présent Qoe la créature est heureuse de ce que , n'étant rien et ne pouvant rien , elle voit en elle Celui qui est tout et qui peut tout, et qui, paraissant au jour du jugement dans l'éclat et la splendeur de toutes ses opérations, la revêtira de toute la magnificence que ses œuvres mériteront I Dieu soit béni, qui est si grand en lui el si bon dans sa créalure. Je le remercie dn bien qu'il vous fait el de l'anéantissement où il tient votre chère âme, pour la remplir el la revêtir de tout lui-même. Demeurez toujours devant Dieu en cet état, et priez sa bonté de consommer et absorber en lui ce qui peut être de propre en vous, et qui pourrait donner lieu au malin de vous faire la guerre. Je prie ce divin l'out de remplir votre fond, et de ne laisser aucun accès à la malignité de l'ennemi qui Toadrait troubler votre paix. Je le conjure
528 LETTRE CCXLTIII.
d'être lui-même voire vie et voire force pour faire en vous louL Fusage qu'il désire du lourd fardeau de votre croix. L'e^pril qui vient fortifier toute rÉgliseen ces jours ne vous laissera pas sans secours si vous êtes ouverte et préparée à sa descente. L'expérience de vos infirmités et de vos faiblesses est un moyen dont Pieu se sert pQur vous y préparer ; car, en vous faisant ainsi connaître te besoin que vous en avez, il veut vous obliger à Le désirer avec plus d'ardeur et à le demander avec plus dlnstance.
LETTRE CGXLVIII
n ahorte nue periwiiae à prier pour le otorgé, et pir-
jticiiUèf«{nent pour le sémioatre de H**'*, ei il loi montre qn*il n'y a point de moment en la vie qu'on ne doive employer iK>ur Dieu.
Les grandes grâces et consolations du Ciel ne sont pas sans travail et sans charge; vous savez quelle est la suavit^^ la pléoi**
ft
tude et la fécondltfi de la vie de Jésus en Marie, et comme en particuli^ la maiWD des dercBfle N"* doit être vivifiée, nourrie et abreuvée de cette uinte grAce. Vous savez que -ce qui l'a Tormée est la diffusion de l'ieei^it et de la ^àce de la très-saiDle Vierge, laqtielle doit toujours croître pour donner progrës et augmentation à la vertu dessujetsdeoatlebmitle. Ces! la cbaige qui m'a paru ce matin que Dieu tous Imposai!, et A laquelle il vous dispose il y a bien longtemps par la charité qu'il vous donne pour cette roaisoa. Vous devce legarder 'Cet unploi comme une chose qui entre dans ressenliel de vos obligatlooe, puisque voire vocation vous lie aux dévotians et A l'intérieur de la très -sainte Vierge, pliant incessamment pour les ap6U»3 et pour les disdples de son Vile, qni se voyaient tous très -redevables à oeUe divine Mère, pour les Caveurs et les gttfoea agà^ maevaisnt pu «es prîtes.
L'union admirable en laquelle Notre-Sei- T. II. ^(\
gneur tire votre âme, et la lie à lui avec tant de force et de suavité, vous lait bien voir le dessein qu*il a sur voui^, pour travailler en lui et avec lui à son œuvre.
H ne fait rien de vain ni d'inutile dans ses enfants; il les appelle tous pour opérer en sa maison, après les avoir nourris et fortiûés en sa grftce. Ayez donc toujours le cœur appliqué à Jésus-Christ vers Dieu, pour demander en lui et avec lui à Dieu la plénitude de son esprit; et en particulier celui de son saint sacerdoce sur tous les sujets qu'il appelle en sa maison et quH destine à son ouvrage. Il n'y a rien de si essentiel à une épouse que de procurer le bien de ses enfants, et de ménager avec lui le bien universel de sa famille , en demeurant Incessamment unie aux travaux de répoux. Qu'il est doux à l'Église viviflée de Jésus-Christ de travailler aux intérêts de la maison de Dieu, en fortifiant ses serviteurs et en sanctifiant ses enfants, pour le glorifler et pour lui plaire I Mais il est
LETTHE CCILVIII. 531
encore bien plus suave à la trës-saime Vietge, la divine, l'unique, la trËs-cbëre et l'intime épouse de Jésus-ChrisI, de travailler en lui auprès du PËre , pour l'accomplissement de son œuvre et pour la perfection de sa famille , car elle est plus remplie de grâce, plus ardente en amour, plus féconde en vertu, plus ctiarmée de la gloire de Dieu , plus uuie aui désirs et aux devoirs de bod époux, et plus attachée aux intérêts de ses enfanis , que toute rfigllse enseq^ble. Vous êtes toute à Marie, et vous êtes consacrée a tout l'intérieur de sa vie divine. Vous devez par conséquent entrer dans tes dispositions de cette sainte flme , qui est toute pleine de respect et de religion pour Dieu, de baine pour le monde, d'borreurpourle péché, d'anéantissement et d'abuégation envers elle-même, d'amour et d'union pour son époux , de zèle pour ses enfanis et surtout pour ses prêtres.
Vons ne devei p(rint voos lasser ai crain-
532 LETTRE CGXLVIII.
dre la multitade de vos obligations et de V09 emplois. La divine et adorable Mère su^/ à tout, et vous devez être assurée qu'en toute suavité et en tout repos vous trouverez en elle de quoi suffire à retendue de vos devoirs, il faut être fidèle à la grâce de Jésus et de Marie. Il n'y a plus de tenps ni de monaents à perdre : il les faut tous remplir abondamment, étant lié comme Ton -est à Jésus et à Marie, et aux dispositions intérieures de ces saintes perseones si occupées , si possédées et si reiil^es de Dieu et de ses opérations adorables el divines. Adieu. J'ai cru vous devoir rendre participante des saints empnessementsde répouz , qui s'approprie toujoors de plus en pkisles Ames, et qui les veut tellement à soi qu'elles n'aient point de moments à elles, ou qui soient inutilement employés, pendant qu'on les kii peut donner pour raccompKsaement de ses désirs. Vive le divin époux, toujours aimable, et toiiyaors amoureux des âmes, quMl veut avoir toutes
LKTTRE GCXLIX. 533
à lui, pour lest donner eV les livrer à son Père.
C'est li le royaume qu'il lui; acquiert maiuteqant par ses soins et par sa vigilance très -charitable, après le lui avoir acheté très-chèrement par le prix de son sang. Il faut répondre à ses soins et à. ses peine»: il faut lui être toujours présent, et très- intimement uni à sa personne, aûn d'être en état de Técouter, et de le suivre fidèlement en ses opérations et en ses parples. Je suis, en ce chaste et divin époux de votre cœur, votre tout acquis en lui.
I] montre à nn ecclésiastique comme les prêtres doivent imiter Jésns-Ghrist hostie dans le très-saint Sacrement.
Je prie Notre-Seigneur ressuscité et repliant dans le très-saint Sacrement de
Tautel, de vous faire porter les effets de cet auguste myière , en vous remplissant de ses dispositions, de son esprit et de sa vie. Il me semble que ce doit être là le grand désir des prêtres ; et si Tévèque les avertit en leur ordination d^imiter ce qu^ilsont entre leurs mains : Imitamini quod tractatis, c*est pour leur mettre devant les yeux le principal modèle qu'ils se doivent proposer, et Vobligation qu'ils ont d'imiter Jésus-Christ dans l'état où il leur paraît dans la très-sainte Eucharistie.
Notre-Seigneur dans le saint Sacrement est comme un holocauste et comme une hostie de louanges à la gloire de son Père: et en cette qualité il y est entièrement mort à la première génération, et tout son être y est consommé en Dieu. Car c'est cette consommation totale qui le rend hostie d'holocauste, où tout ce qui est de la nature et de la substance de la victime doit être consommé dans le feu divin, comme autrefois, dans les holocaustes de
LETTRE CGSLIX. 535
l'ancienne loi, l'IioBtie destinée pour te sacriQce était entiËrement coQBOmmée dans les flammes.
C'est là la première partie de la vie d^ prêtres, et la première coudition qu'ils doivent imiter en Jésus-Christ ressuscité hostie dans le très -saint Sacrement de l'autel. Us sont dans l'Église comme des hoSlies rivantes, qui doivent être entièrement mortes à tout ce qui est de cette vie et de la première génératio a . lis doivent Être morts à toutes les inclinations de la chair, à tous leurs propres désirs, à toute recherche ou amour de l'eslime , des richesses, et de leur établissement sur la terre. Us ne doivent plus rien avoir de reste de cette génération maligne , de cette génération d'Adam, qui eat toute pervertie et qui n'a rien de saint ; et ce qui doit la faire mourir en eux et la consommer toute, doit Être le Saint-Esprit qui la dévore, dont ils doivent être tout pénétrés. Ce doit être ce divin esprit de Jésus-Christ resauscilé,
536 LITTBE CCXLIX.
qui, halnUBt dans leur cœor comne on feo dévorant et consommant , change avec efficace tontes lenrs inclinations, pour kmr donner des sentiments tont opposé» et des dispositions tontes contraires, fit, comme Ton voit, lorsque le fen prend aa bois on à qnelqne antre matière, qoe tonte la constitution et le tempérament, le mouvement et les dispositions de la chose enflammée sont tout autres qu'elles n^étaient auparavant, et qu'elles se changent en celle du feu même; ainsi un cœur pesant, grossier, terrestre, une âme attachée à la terre, aui bienis, à Testime , aux plaisirs, depuis que le Saint-Esprit s'en est emparé, et qu'elle en est remplie, perd toutes ses qualités et ses premières dispositions, et se change entièrement en la condition de ce feu divin qui la dévore. Et c'est ce que Notre-Seigneur prétend faire au très-saint Sacrement de l'autel. Car étant tout teù à cause qu'il est tout consommé en Dieu , et que toute sa première substance a été dé-
vorée par le feu divin , quand il enlre en noQg, et qu'il se mêle poDr ainsi dire avec notre substance, il apporte lui-même le feu, et par ce dioyen il nous change aisément ea lui , il anéantit ce qu'il j avait de corruption en nous, et consomme noaqua-lités'grossiëreset impures dans les qualités saintes et divines.
Or, quoique ce soit Noire-Seigneur qui opère cela en nous par son immense bonK, nous pouvons néanmoins r contribuer avec sa grâce, el nous y disposer. Et c'est ce que V0D8 ferez en renonçant à tonte' ellâche anx créatures, en vous séparant de tout ce qui n'est point Dieu, et le priant qu'il rompe et brise tout dons votre cceur par sa vertu : Totum newn consumai ignis fwn. Il le fera, si vous peraévérec dan» ses désirs, et si vous voulez Wns rendre Rdéle à ses grftces. Abandonnez-vous donc pour cela â son divin esprit, mais sans aucune réserve : priez-le qu'il consomme, qu'il dévore, qu'ilanéantisBepeuàpeutout cequi
538 LETTRE GGXLIX.
est en vous du vieil homme. Non pas que je veuille dire que le Saint-Esprit le consomme et l'anéantisse entièrement en cette vie» car il ne faut attendre cela qu'en Tautre : mais comme le feu^ quoiqu'il ne dévore pas tellement le fer que le fond de sa substance ne demeure, Faltère néanmoins, en sorte qu'il semble être tout feu, et qu'il a de même les qualités du feu, de même le cœur humain doit être tellement changé et consommé en Dieu, qu'il ne produise presque plus rien de sa malignité. L'éponge qui a été longtemps dans l'eau semble être toute eau, quoiqu'elle demeure entière en sa substance, et même on. en peut tellement retirer l'eau qu'elle demeurera toute sèche : ainsi le cœur humain est quelquefois tellement plongé dans l'eau des consolations de Tesprit, il est tellement noyé dans l'onction divine, qu'il semble être perdu et n'être plus que cela : néanmoins le Saint-Esprit quelquefois retire son onction, en sorte qu'il n'y a
ping rien de lui et de cette premiëre liqoeur; et alors l'âme demeure loule gd elle-même et ae retrouve dans sa premiëre sécheresBe : ce qui lui apprend que, quoi- ' que le Saint-Esprit se communique à elle et la remplisse , elle est toujours par ellemême ce qu'elle était auparavant Maùll eat Important que vous remarquiez que, comme l'éponge étant une fois pleine de quelque liqueur, il n'y a plus de place pour une autre, si voue ne la pressez, et si vous ne faites sortir tout ce qui la remplit, de mépie , si vous voulez que le Saint-Esprit vous remplisse, il faut que vous lui fassiez jour; si vous voulez que Jésus-Christ possède iout voire cœur et remplisse tous vos désirs, il faut les vider auparavant de tout ce qui les occupe; car il est^ssuré qu'autant que vous serez vide des créatures, et que vous aurez fait écouler de votre cœur ces premières eaui , Dieu par autant de litres se donnera à vous, et remplira volro ltme,en Eorteque,Bi vous eu bannissez mille
560 LHTTRK CGXLIX.
créatinlsfl; il se communiquera à voui^ sous autant de qualités et de conditions d'être que' V0U9 vous en serez privé pour son amour.
Et il faut encore remarquer ici un prodige immense de la libéralité de Dieu ; c'est que, non content de se donner tout entier pour ce que nous avons quitté, il se veut donner au centuple : par exemple, si vous quittez pour lui vos richesses et tous vos biens, il se donnera à vous comme richesses*^ si voud renoncez à Thonneur, il se donnera à vous comme honneur; si vous êtes privés des' plaisirs , il se donnera sous le titre de plaisir : eu un mot, si vous vous séparez d'une créature à laquelle vous étiez attaché, il se donnera comme cette créature, c'est-à-dire comme contenant en éminence cette créature, vous faisant goûter ce qu'il est en lui-même comme cause de la créature et comme la possédant, mais d'une manière infiniment plus belle, plus parfaite, piu8 sainte, plus admirable et plus
LETTRE CCXLIX. Ml
saliBraiwnte qae loule la créalure enseiDble ; que si enflo tous venez à quitter nniverselleioenl toutes choses, et à vous séparer de vous-même , il se donnera «t se fera sentir comme toutes choses, et comme conleniint en lui tout ce qu'elles ont d'honorable et de délicieux. Et, comme il surpasse cent et cent mille fois en son essence tout ce qui est créé et tout ce qui est sorti de ses mainte il vous rendra loujougs, en se donnant à vous, an centuple et cent mille fois plus que vous n'aviez quitté. Ob ! qu'heureux est ce saint délaissement et ce total abandon de toutes choses, qui est suivi d'une telle récompense 1
Commencez donc tout de bon à vous retirer du commeroe du monde, séparez-vous de ta terre etde toutes ses créatures, quitta et abandonnez tout ce qui vous peut attacher à o«lte vie, afin que Nôtre-Seigneur, veiMut en vew, mus trouve ta état de vous oonsoMuter pariaitement Rtites comne œe bAcberons qui coupant le bois
542 LETTRE GCXLIZ.
et ie séparent de la forêt pour le laisser sécher, afin qu'étant porté ensuite dans la fournaise il y brûle avec plus de facilité. Séparez-vous ainsi de la terre, et retranchez -vous de tout, afin que Notre- Seigneur vous jette et vous consomme dans la fournaise de son amour. Priez-le quMl brûle et dévore ce bois vert^ tout plein de rimparetéetdelabave du monde, et qu*il vous réduise tout en cendre, aûn qu'étant comme un holocauste dans son Église, vous puissiez, selon ses désirs et selon vos obligations, participer à sa qualité d'hostie dans le très-saint Sacrement. Que votre corps soit donc mort aux choses de la terre , que vos yeux ne se délectent plus dans les beautés du siècle, que vos oreilles ne se plaisent plus dans leur folle musique , que vos sens et votre cœur ne se laissent plus occuper de la corruption et de l'impureté du monde, mais qu'ils soient comme des hosties qui n'ont plus aucune vie pour les choses
LETTRE CCILII. d/i3
profanes, ni aucun commerce avec les créalureB, afin de ne plus vivre que pour OJeu. Celait la ta cocdiEioa des anciennes liostieB; elles étaient présenlées et nourries dans le temple, attendant le jour de leur sacriGce, sans être cepeudanl employées à aucun usage profane, et sans avoir aucun commerce avec le monde; en sorte que, si elles usaient de quelque créature, et qu'on leur donnlt ft manger pour conserver leur vie, ce n'était que pour en faire un sacrifice et pour la perdre â la gloire de leur Dieu, auquel elles étaient consacrées. Ainsi vous ne devez plus voir de créatures que comme une victime de<- (inée à la mort, et qui par conséquent ne doit plus rien goûter du monde. Vous devez être séparé de tout l'élre profane, et, vous trouvant consommé en votre intérieur dans ce fen divin qui doit absorlier tout le fond de vos inclinations humaines, VOUE devez vivre comme étant mort à tout l'extérieur du siècle , à taules les créatures
bhk LETTRE CCXLIZ.
et à vous-même : c'est-à-dire comme étant teUement anéanti au premier être, à la première génération d*Adam et à la chair, qu'il n*en paraisse plus rien dans votre conduite, mais que le tout soit changé et consommé en un nouvel être, en une nouvelle nature, en un nouvel esprit : en un mot , que tout le vieil homme ^oit converti au nouveau et changé en Jâws- Christ « Aslon le modèle que lui-même vous en donne «en la très -sainte Eucharistie.
H vous y donne encore un admirable exemple de ce que vous devez être à Tégard des peuples; car il y est non-seulement comme hostie de louange à la gloire de son Père, mais comme pain .spirituel pour se communiquer auxAmes, et pour les rendre par sa communication cloutes divines, etc.
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i""«e sur l'egprJi
5A6 LETTRE CGL.
de son Fils, par le principe de Tamour qu'il lui porte, duquel il ne se relâche jamais. Si dans la nature il se trouve des amours si puissants, qu'ils réduisent des hommes à n'avoir rien à eux, et à n'être plus rien à eux, pour être tout à ce qu'ils aiment, en sorte que l'amant fait tout ce qu'il veut de la personne aimée; que serace de celui de Jésus envers sa Mère, qui est si grand et si puissant, qu'on ne le peut comprendre. Car il est tellement à elle, qu'elle dispose de hii, qu'elle peut tout sur lui, qu'elle en fait tout ce qn^elle veut, qu'elle use de son pouvoir comme d'une chose qui est à elle, et qu'elle l'applique à ce qu'elle veut, tant Jésus aime Marie, et d'un amour qui est principe de cette grande puissance. Vous voyez quelquefois et sentez en vous ces vérités, et Notre-Seigneur même vous a fait expérimenter cet amour pour vous faire concevoir celui de Jésus-Christ envers sa Mère, que vous voudriez publier partout, afin de
' dODQer in crédit k l'amour, et afin de faire entendre le ponvoir de Marie en l'Ëgliie, et ensuite de lui acquérir de l'amour et de l'bonneur parmi le monde. Ohl que le monde pent de s'amuser comme il (ail à l'impureté de l'amour de la tene et à la vanité des choses de cette vie, au lieu de donner son cœur à Dieu el de transporler en lui tousses amours! Quelle! délices que celles de ce pur amour consommé dans les cieuxl 11 me semble voir Jésus et Marie tout conswmmés en un, qui ne sont qu'une même chose, et qui jouissent à plaisir de leurs innocents, purs et divins amours pour toute l'ëleruité. Je ne puis exprimer ce mutuel amourqui les transmet el les transporle l'un dans l'autre. Ilélasi c'est un amour qui seul serait capable de faire un paradis. Alors le souhait du baiser dont il est parlé daos les Cantiques, est accompli : l'épouse jouit de sa demande, elle confesse que l'époux l'a introduite dans son cellier; car elle regorge d'amour el des dé-
bliS LETTRE GGL.
lices de Tépoux. Elle Ta tenu si bien captif, depuis qu'il s'est laissé aller à elle, et qu'il lai a permis de le trouver, qu'elle ne Ta point voulu quitter jusqu'à ce qu'elle soit entrée avec lui dans les cieux. Elle n'est plus dans la peine de demander où il repose en son midi, puisqu'elle jouit de lui dans le séjour de la gloire. C'est là qu'elle est toute revêtue du soleil, et qu'elle ne parait plus en elle même, mais en Jésus-Christ, en qui elle est toute transformée au beau jour de l'éternité. Soyez ûdèle à vous perdre en elle en cette vie, et vous serez avec elle perdue en Jésus-Christ, et pour le temps et pour l'éternité.