‹ Lettres spirituellesChapitre 2 sur 19 · T. II · texte numérisé non relu

T. II

êtes sevrée de toute vue sur vous et sur votre intérieur, me réjouit encore davantage, vous voyant approcher de plus près de la pure vue de la foi. C'est la sûre , la sainte et parfaite voie pour parvenir à l'union stable et parfaite avec Dieu et avec Noire-Seigneur en la très-sainte Vierge, laquelle est remplie en simplicité parfaite de Jésus-Christ, son Fils, votre Tout et le nôtre.

Je vous dirai aussi que plus je vais en atrant, plus je suis convaincu parles saintes Écritures, que la sainte et vraie manière de prier des âmes fidèles est la foi nue, destituée de toute vue particulière et de tout sentiment. C'est l'oraison de pur amour et de vrai désintéressement, qui bannit tout amour-propre, qui fait croître la solide vertu de l'esprit de Jésus et de Marie en nous, et qui est uniquement capable d'honorer et de glorifier Dieu. Ainsi, ne croyez pas que votre âme soit sans fruit, quoiqu'elle soit sans goût, et qu'elle ne

reteeDte rieo de ces douceurs sensibles. Je vous ai mandé les usages que la Toi vous doit appreodre, el à quoi elle vous doit servir sur ces sujets. Je vous en pnrlerai i foud quand la divine Majesté permellra que je vous voie. CepeadaDt prenez garde, maintenant que Dieu commence à vous taire l'honneur de vous mener par la pure foi, de n'en pas moins estimer la conduite du sage et divin Jésus sur les &vat» qu'il gouverne par des voies sensibles. Il f a des âmes tendres et trës-chères â son cœur, avec qui il prend ainsi quelquefois ses plaisirs, ses récréations et ses délices. Adieu, ma fille en Jésus el Marie. C'est leur captif et leur iautile et très-indigne serviteur, et à vone en eus.

Que dans la voie de la foi il faut s'abandonner à Dieu sans vouloir connaître ses opérations dans l'âme.

Je remarque dans votre dernière lellre que vous commencez à ne plus apercevoir les opérations de Dieu dans votre oraison. C'est une grâce dont je le remercie et le bénis de tout mon cœur, puisque, par cette conduite , il vous approche de la voie de la pure foi, que j'avais désirée si long^ temps pour Vous. Ces longues sécheresses où vous avez été les mois passés, avec P heureux usage que vous en avez fait en la grâce de Notre-Seigneur, en ont été les préparatifs et les dispositions. Vous savez bien , par les lectures spirituelles que vous avez faites sur ces sujets, quMl faut que votre esprit devienne aveugle auprès de Dieu lorsqu'il vous possède. Il vaut bien mieux que Dieu vous accommode à lui par une pureté

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et uinlelé d'esprit parfaite, que s'il s'abaissait pour se rendre conforme h vous. Il vaut mieux qu'il vous attire eu lui et eo la pureté de soo être invisible, que s'il s'accommodait à vous, et se rendait sensible selon votre manière de coucevoir. H faut que Dieu lire toujours sa créature hors d'elle-même, et qu'il la dépayse pour la porter dans un nouveau séjour, qui est son propre seiu, où il élève l'âme, afin de se la rendre conforme, et qu'elle opère en conrornrité avec lui. Soyez cependant contente sur une chose que vous désirez , qui est que, ne pouvant pas m'expliquer votre état, je puisse néanmoins le comprendre; car notre divin Maître me fait la grâce de me le manifester très-clairement et de m'en convaincre. Perdez-vous donc, sans retour sur vous-même, dans te sein de oieu ; laissez-vous à sa sainte conduite; et quand le désir de voir clair vous viendra dans l'esprit, crevez-vous aussitôt les yeux, parce qu'il vaut mieux vous ignorer vous-même

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que de conoallre les opérations de l'espril, qui peuvent souveol amuser l'âme, et la distraire du food de Dieu. N'attendez pas du serviteur et du disciple qu'il vous décou\re ce que le diviu Maître vous cache. Ohl que cette vue obscure est saintes dans ses plus délicats sacriScesl Quel bonheur de se voir toujours tiré hors de soi-même pour commencer dés ce monde la vie du ciel par la vertu de l'esprit de Jésus, qui prend plaisir à faire des sourds et des aveugles en sa conduile pour faire autant de victimes que d'épouses. Adieu.

LETTRE CXSXVIIi

J'apprends par voire lettre la résignation de votre cœur et la disposition de votre «Une eu toutes les rencontres de privation, même spirituelles, et qui allaient à votre

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soDtieii et à votre GoaservatioD auprès de Dieu ; et je voie que vous ne doutez pas qu'il De supplée par lui-même k tous tes secours que vous pouviez recevoir de lui par le moyeu des créatures. Je fus fort joyeux et parfailemeDl consolé lorsque je vis l'aboodauce des grâces de Notre-Seigneur Jésus, ut eotre autres celle qu'il vous m le jour de Tous les Saiols, et que vous m'expliquez si bien par la grftce et la lumière de Jésus-Christ; mais je vous avoue que j'aime mieux encore la disposi- ' tloD de votre âme que vous me témoigoez par votre dernière, et la conduile de TEspril-Saint qui vous tient maintenant destituée et dépouillée des dons Bensibles de la grâce. Ohl que Jésus en lui-même est bien précieuï et plus estimable que tous ses dons I .Ses grSces sensibles peuvent occuper l'espiit et amuser l'épouse â les considérer; de sorte qu'en lui faiBanldéloumer les feux de dessus son amant, elles la fout souvent entrer en complaisance de ces

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choMS qui déi-obent aulant de sallBCactiOD au ssinl époux , qui est jaloux , et qui veut avoir pour soi toute la vue et la conlemplalioD de l'épouse, et tous les sentimenU de complaisance de boû cœur. Le chaste époui est si délicat eu l'amour, qu'il se plaint d'uu regard et d'un cheveu de son épouse qui le blease et l'afllige. Qu'il vaut bien mieux être lié à l'époux , embrasser ce chaste amour, et être uni immédialemeat â lui, que deconlempler ses richesses et ses trésorsl Que les retours sur les grâces de Jésus-Cbnsl eu uous, et les regards de ses dons sont dangereux, et que par là od se glisse et ou s'amuse aisér ment â soi-même! Nous sommes si pleins de nous-mêmes, que nous sommes toujours en danger, et avons sujet en toutes choses de craindre nqtre amour-propre et notre complaisance , à moins que nous ne nous retirions de nous et de tout ce qui nous approche, pour voir toutes choses en Dieu. C'est le sujet qulfaisait dire <i sainte Cathe^

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rine de Gènes , comme vous me le mandez, quMl ne fallait jamais parler de soi, et encore moins penser à soi, car la pensée est la parole de Tesprit S'il faut, par une nécessité absolue, que nous soyons désoccupés des créatures étrangères pour posséder Jésus ^ combien plus devons-nous travailler à nous éloigner intérieurement, et nous désoccuper de nous, puisque nous n'avons point de plus grand ennemi que nous-mêmes,* et que nous nous devons fuir plus que Satan. La chaste épousé de Jésus- Christ doit plus appréhender son propre regard que Ton a de coutume de craindre et de fuir le serpent. Adieu.

II console ane personne qui était affligée.

J'ai vu par la lecture de votre lettre votre peine selon la chair, et votre humi-

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liation selon l'esprit. Je vous ; répoodrai que j'ai été fiché de voua avoir contristée, mais que j'ai été réjoui, comme saint Paul, de ce que votre tristesse vous a portée à riiumilialioD et à ta péuitence. C'est ce que répondit cet apAtre à aea disciples, qui étaieut dans des dispositioua pareilles aux vôtres. Je m'aperpiis plus que jamais que Jésus et sa Mère se veulent rendre maîtres absolus de vous, sans ménager vos intérêts, ni flatter en façon quelconque vos sentiments particuliers. La simplicité de leur voie me ravit, et la disposition de voire âme me console au dernier point, vofanl qu'ils ont en même temps le soin de préparer votre cœur à recevoir les réprimandes, et à embrasser les sentiments pénibles de la direction.

Voyei si votre souhait est accompli. Vous aviez désiré que l'on mourût pour vous à tout respect humain, et qu'on vécût à votre égard dans toute la simplicité du christianisme. Je ne vois rien à vous dire par la

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miséricorde de Dieu qui me puisse dooner de la peine. Il me ^«inble que votre cœur esi pr€t à loul , et que voue voulez bien eire nourrie du paiD délicieux de la croil de Jésus. Voilà la pensée de mon réveil en ce grand jour de sa passion, où Jésus dous dil : « Mettez-moi comme un sceau el un cacbet sur votre cœur; ■ aGn de nous apprendre qu'il veut enfermer notre cœur sous le sceau sacré de sa croix, afin qu'il ne s'écbappe jamais pour sortir et s'épancher dans la complaisance d'aucune créalore. Le cœur lui appartient tout entier. Vous savez quel crime c'est de lever le scellé qu'a posé la justice des hommes : que serait-ce donc de lever celui de la justice de Dieu, qui scelle noire cœur du sceau de la croix? C'est ce que sa puissance a fait dans le baptême, et ce qu'il veut que nous renouvelions tous les jours par notre Toi et notre charité. C'est pourquoi il nous dit : V Mettez-moi comme un sceau sur votre cœur. » 0 ma lille , quelle heureuse

prison! oh! quelle douce servitude! oh 1 que la liberlé contraire à cet état est gênante et araère! quelle douceur, quelle paix et quel repos ne possède-Uon pas en cette aimable captivité! et si quelquefois les sens cherchent leur satisfaction , dont alors il sont privés, quelle joie ensuite ne reçoit pas le cœur pour récompense de sa privation ! oh ! quelle protection et quelle sûreté sous Taimable scellé de Jéstis ! mais quelle impression ne reçoit-on pas de lui en cet état! C'est alors seulement qu'il grave parfaitement son image dans le fond de Pâme ; car dans tous les autres temps et dans tous les autres états Timpression des créatures s'y mêlé, qui, entrant en Tâme, ou elles effacent ou elles troublent la figure et l'image du Seigneur.

Tenez donc bien toujours votre cœur sous cet aimable scellé de la croix. Voilà tout ce que je vous demande au nom de Jésus crucifié , qui n'a souffert pour vous qu'à cette intention. Son Père à fa Croix le/

tient scellé pour lui ; eu sorte qu'il n'y a rieD au moode qui entre dans soncceur, et il est fermé à tout pour Uieu. Il vous demaude la même chose pour lui, et pour 30D Père. Ma fille , si vous avez un peu de charité pour moi , de quoi je ne doute pas , ^r je sais que vous en avez beaucoup et plus que je ne mérite, ne me refusez paa :ette demande. Quoique je sois un pauvre miBérable, et assez malheureux pour voua persécuter, je ne laisse pas de servir d'ins- :rumen t à Jésus-Christ pour mettre le sceau iur votre cœur, aUn que rien n'y entre, et ]ue Jésus-CItrist seul j fasse en paix sa lemeure. vous aimez la persécution quand ;lle vient de la main de la charité , comme Notre-Seigneur à la croix aimait celle qui lui venait de son Pkre. Recevez donc celle ]ue vous souffrez comme un aimable coup iu glaive qu'il est venu apporter enlre la ïlle et le Père , voulant que la persécution ie fasse dans la créature par le glaive de 90D Esprit, par la main même qui nous est

iU LETTRE GXL.

la plus chère , et par ce que nous avons de plus tendre en TËglise. , Adieu. Je m'en vais ouïr la Passion avec vous au pied de la croix de Jésus.

LETTRE GXL

II exhorte une âme au pur amour.

Je bénis à jamais ce principe adorable d'amour qui possède votre âme, et qui veut tous les jours augmenter ses opérations en vous, pour consommer votre intérieur par ses plus vives flammes. C'est à cette heure qu'il faut laisser votre cœur à la puissance de cet amour, qui veut être le maître et le possesseur absolu de tout vous-même.

Ainsi il n'y a rien qu'il ne doive animer de sa présence; et il ne souffrira plus désormais que vous donniez accès à rien qui puisse entrer dans votre ftroe. L'amour doit être votre lumière; il doit seul éclairer

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voire esprit II n'y a plus de sagesse humaioe, ni de raisoo qui doive s'y placer, ni roËme y aborder. Il n'y a plus de mouvemeut particulier, ni de senllnient d'amour-propre qui doive voub mouvoir, ni faire aucuu effet en vous, capable de vous conduire et de tous faire agir. Un seul el pur amour doit remplir votre esprit, votre voloDté, et toutes vos puissances, qui, absorbées par l'amour, doivent iUe anéanities eu lui. Lui seul doit Être votre vie et votre tout pour jamais. Mon Dieu, que je dis peu de choses au prix de ce que je voudrais dire 1 que Jésus, le coneommateur des ftoies, l'exprime, s'il lut plaît, â la vâtre. Il doit ëti'e lui seul en vous , perdant , abtmaul, absorbant en lui tout ce qui est de mortel dans voire intérieur.

Obi que l'amour de Jésus et que lui- Toème est adorable dans les âraesl Quelle douceur de l'y voir prendre plaisirde visiter ses amants et de se rendre présent ï eux 1 Quelle admirable société 1 quelle corn-

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inuDÎOQ inconnue que celle des saints au ciel , et des fidèles sur la terre! Ne sait-on pas bien que les âmes absentes s'entrevoient en Dieu, et s'entre-parlent quelquefois en sa bonté et en son amour? Combien de fois croyez-vous que l'âme de Marie s'est rendue présente à Jésus absent, et que Jésus parlait à Marie absente de corps, mais qui lui était divinement présente? Combien de fois Jésus vivant, traitant, parlant et conversant avec les hommes , était-il invisiblèment visité par sa divine Mère? Qu'est-ce que l'esprit d'amour ne lui faisait pas dire? combien ces visHes divines, quoique passagères, donnaientelles de joie et dé consolation à son âme? H n'y a point de termes qui puissent exprimer ces élans du saint et fort amour de Jésus envers Marie. C'était le soin que Dieu prenait de consoler et soulager ces deux cœurs , qu'il avait si fortement et si efficacement unis en son divin amour. Oh!

qu'heureuses sont les âmes qui sont ani-

LETTRE GCL. 17

mées et possédées du saint amouri Qu'heureusement elles jouissent de leur cher Tout, qui est toujours présent à leurs cœurs, et qui les renouvelle quand il lui plait dans les manières les plus douces et les plus suaves du Ciel I Que malheureuses sont celles qui n'ont point trouvé ce trésor du saint et sûr céleste amour! Que malheureux sont les cœurs qui sont en proie au siècle et aux amusements du monde, et qui se laissent posséder et transporter aux passions qui les déchirent! Amour unique, divin Esprit, possédez à jamais eu Jésus et en Marie les âmes qui abandonnent tout pour être à vous. Usez de votre toute- puissance pour détruire et anéantir ce qui peut faire obstacle à votre ardente charité. Faites -lui consommer toutes choses, pour être Tunique chose qui les i^mplisse et les possède à jamais. Adieu.

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