INSTRUCTION SUR LA GRANDEUR EN GÉNÉRAL
Gomme Noire - Seigneur est venu au monde non pas pour détruire l'œuvre de Dieu , son Père , mais pour le rétablir en sainteté, et qu'il a trouvé les princes et les grands de la terre comme des restes de son éclat et de la majesté qu'il avait établie en Adam devant le chaos du péché, au lieu de les abolir, il prétend de les sanctifier, et de les remplir de lui , pour paraître sous eux dans la splendeur de ses voies divines.
Souvenez-vous, Madame, que Dieu avait fait te premier homme dans le paradis terrestre pour représenter la grandeur de sa gloire, et pour recevoir en lui les devoirs de toutes les créatures. Car toutes, en obéissant à Adam, faisaient hommage au Créateur, et en servant à l'homme elles servaient en même temps à Dieu, qui habitait en lui.
Noire-Seigneur, venant au monde, a voulu
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sanctifier ce saint état et réparer la ruine où il était tombé; et comme Adam, déchu de sa grandeur par le péché, a été réduit à un état de servitude et de misère extrême, le commun des hommes a hérité de celte condition, et vit, comme Ton voit, d'une façon digne de pitié et de compassion, et les grands, au contraire, conservent quelque chose de sa splendeur divine.
C'est pourquoi Dieu le Père, qui veut réparer tout état en son Fils Jésus- Christ, ré • tablit en quelque sorte Adam dans sa première grandeur quand il sanctifie les grands, et même il parait sous euxdans une majesté plus grande que sous Adam, puisqu'il paraît en celle de son Fils ressuscité, qu'il tient présent au monde sous les princes et les rois, ne s'étant montré jusque-là que sous une copie légère de sa beauté.
Dieu, au contraire, a voulu sanctifier Pétat de la misère et la conduite de pénitence, quand il a fait paraître son Fils sous rinfirmité de la chair semblable à celle
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d'Adam pécheur, rempli de douleur el d'opprobre, déchu de la splendeur de Dieu et de la grâce de l'innocence.
Par là on voit que lout étal est sanctiHé en Jéaus-ChriBt, soit celui de la gloire, soit celui de l'opprobre; celui de la puissance el celui de l'iaUrmilé ; celui des grands et celui des petits; celui des riches el celui des pauvres. Ainsi, il ne faut regarder que notre vocation el nous y sanctifler, entrant dans l'esprit et dans la grâce que Jésus- Christ nous a acquise et bissée pour cela sur la teiTe. bit bien loin que je croie que l'état des grands soit un état d'abomination, je le regarde comme un élat de sainteté admiralile, et sur lequel Dieu a toujours des desseins éminenis.
Il est vrai qu'aufrefois la reine Esllier, en prenant un diadème sur sa tête, et a''adres^ sani à Dieu comme au cher témoin de son cœur, lui disail qu'elle avait en horreur et en abomination ce signe de superbe, à cause des malheureux elTets qu'il causait
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dan» le siècle, servant à Taire lous les jours de fausses divinités, qui, se mettant à la place du vrai Dieu, reçoivent ponr eui les respects et les hommages des créatures, sans les rapporter à Celui dont ils tiennent la place.
Kn ce sens ta condiiion des grands est à la vérité une abomination; et c'est dans cette vue qu'Esttier parlait de sa couronne, comme étant une même chose avec celle d'Assuérus, roi païen , qui tenait la place d'une idole dans le lemple du monde.
C'est pourquoi on peut avoir aversion en général de la grandeur à cause du mésusage que Ton en fait; mais pour le Tond de son institution, qui est divine, et surtout étant réparée en Jésus-Christ et sanctiriée en la grâce de sa résurrection, je ne trouve rien de plus beau ,- de plus aimable , ni de plus saint. Et comme les chréliensen la présence des grands doivent toujours contempler par les yeuxde la foi lagrandeurel la royauté de JésuB-chrisl , qui, éclatant en leurs
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personnes, doit attirer nos hommages et noire amour : aussi les grands doivent de leur part être revêtus de sainteté , de douceur, de bonté, et de toutes les perfections de Dieu même, dont ils doivent exprimer les grandeurs par leur étal.
USAGE DE LA QUALITÉ ET UB l'état
Pour entendre votre vocalîoo, Madame, et pour vous conduire avec espril dans votre condition , il faut que vous sachiez ^ que, quoique vous ne soyez rien en vous et par vous-même, vous êtes pourtant sur la terre une participation de la divinité qui veut être en vous et sous vous, pour paraître en sa majesté aux yeux du monde, qui, souvent étant mort dans la foi, se doit réveiller dans le souvenir de sa grandeur par l'aspect des créatures.
Souvenez-vous donc que Dieu voulant paraître en vous dans l'éclat de sa majesté, il y veut recevoir mille devoirs des créa-
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tures qui vous tionorent tous les jours, et qui vieuDentà vous, soit par amour ou par devoir, sans savoir ce qu'ils font dans les desseins de Dieu. Sa majesté est en vous, et prend plaisir d'y habiter, non-seulement pour y paraître , mais pour y recevoir et pour y donner beaucoup. Pour cela, Madame, je vous supplie de ne vouloir jamais rien recevoir qu'au nom de Dieu , et pour Dieu, que vous représentez, et de vouloir, au contraire, que tout passe à lui , et que rien du tout ne demeure à vous.
L'image dans le temple ne reçoit rien pour elle-même, mais seulement pour Dieu, qu'elle ûgure; et le dessein de la religion est que tout passe à lui. Ainsi en doit- il être des honneurs qu'on vous fait : Dieu prétend les recevoir pour soi sous votre personne , puisque vous êtes son image. Faites-en de même lorsque vous donnez quelque chose.
Ne désirez point qu'on vous regarde dans vos présents, mais souhaitez que Dieu seul vivant en vous en charité, en puissance et en
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libéralilé, soit reconnu comme l'origiae de Tos doDS et comme la source des booléa que vous exercez tous les jours. Ainsi Dieu lait souvent des miracles par les images; et, quoiqu'il communique sous elles plusieurs dons dans nos temples, elles ne prélendenl pas qu'on leur en ait la moindre obligation; elles veulent.auconlraire, qu'on reconoaiBse et qu'on adore ta puissance et la bonté de Dieu, qui Tail le bien soits elles, l'estimant trop heureuses, au lieu d'avoir été brûlées comme un bois commun, ou appliquées à quelque usage séculier et profane, d'être élevées à cet iionoeur et àcette dignité, d'être les instruments par qui Dieu fUt ses merveilles.
Tenez-vous donc toujours. Madame, tellement retirée en Dieu , que le fond de sa majesté soit parfaitement établi en vous. Vous aurez cet avantage par-dessus les Images ordinaires, qu'étant vivante et animée de la grandeur de Dieu , que vous représeolez, vous opérerez en sainteté, et
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porterez partout la véritable majesté de Dieu même avec sa figu^T. Malheur eux images et aux Ggures qui, remplies des images opposées à leurs grâces, n'ont point en elles Tespril qu'elles promettent ! Vous êtes établie en terre pour être un pur éclat, et comme un sacrement de la majesté de Dieu» qui veut opérer grâce dans le monde par vous. Que serait-ce si vous n'en aviez que la ligure, et qu'au dedans vous ne fussiez pas animée de sa sainteté ?
Cette grandeur extérieure et cet éclat ne vous serait qu'un sujet de condamnation, si vous n'aviez pas le fond de l'esprit , et la sublimité de la grâce qui doit répondre à votre état? Portez au dedans ce que vous représentez au dehors, et souvenez- vous que, comme dans la cour de Dieu il y a des esprits nommés Principautés, qui sont des lustres des plus beaux qui éclatent au ciel, qui sont les princes de cette icour, et les copies vivantes de la principauté de Dieu, remplies de sa puissance et de sa majesté,
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VOUE devez aussi exprimer cette même majeslé surla teireetdaDslacourdunioade, qui esl,inalgréBODniésusage,ua extérieur apparent de la splendeur de Dieu, où tous les courtisans devaient être des anges ; les priocea, des Principautés; les rois, des dieux vivants en la splendeur de Jésus- Clirist, vrai Dieu et vrai Roi de la gloire. C'est encore pour cela que Dieu permet qu'on vous donne le nom d*Altesse, qui, aux;eux des iiommes, exprime votre grandeur extérieure, mais qui, dans te dessein de Dieu, doit marquer l'émineoce de votre esprit, l'élévation spirituelle de votre ime, et la hauteur de saintelé que Dieu a préparée à voire condition.
Toutes les fois donc. Madame, qu'on vous traitera d'Altesse, confondez-vous de vous voir dans une bassesse si éloignée de la sublime vocation où vous êtes appelée, et où la fidélité à votre grâce vous devrai! avoir portée. Anéantisseï-vousdevaol Dieu toutes les fois qu'on vous Élèvera, vous souvenant
des sentiments intérieurs de la très-sainte Vierge, qui, saluée pour Reine du ciel et pour la Mère de Dieu, n'eut pour toute réponse que ce seul sentiment : Ecce ancilla Domini : Voici la servante du Seigneur. C'est par la voie de cette humiliation intérieure que Dieu établira votre âme dans une élévation de sainteté très-éminente.
DE l'esprit d'anéantissement DANS
l'exercice des vertus.
Plus vous êtes élevée par votre condition, plus vous devez, comme la sainte Vierge, vous abaisser par la disposition de votre cœur et par les sentiments de votre âme. La chair se glorifie et se complaît en son élévation ; mais l'esprit de la grâce donne bien d'autres mouvements : car il porte à s'abaisser intérieurement, et à se reconnaître devant Dieu mille fois plus vil , plus abject et plus misérable, au milieu de toutes les grandeurs, que les pauvres les plus abandonnés et les plus dignes de compassion
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ne le sont devant le monde au milieu de leurs délaissements. Aiusi votre occupation ordinaire doit être de vous tenir incessamment humiliée devant Dieu, et de ne point perdre la vue de vos misères et de votre néant, ne vous laissant point éblouir par Téclat qui vous environne, ni par tous les devoirs que Ton vous rend. Il faut dans votre oraison que vous vous regardiez comm une pauvre créature qui doit s'anéantir en Notre-Seigneur, aûn que, perdant en lui votre être impur et maudit, yous puissiez revivre dans un nouvel être en Jésus- Ghrist.
Il faut que vous vous voyiez si imparfaite et si chétive, que, bien loin de vous estimer digne de demander et d'obtenir des faveurs de Dieu, ou même de pouvoir subsister en sa sainte présence , vous ne vous voyiez en état que d'en être rebutée, en sorte que votre unique recoure soit à Jésus- Christ, pour vous cacher en lui, et pour vous présenter au Père Éternel revêtue de
lui, et comme un aulre luUmème; voulaol abaisser ù ses pieds toutes vos grandeurs, perdre en lui votre propre être, et sacrifier à sa gloire tout ce que vous êtes.
C'est à cela que doit aboutir voire oraison, et à quoi vous devez tendre daps tous vos exercices. C'est là le caractère de toutes les vertus chrétiennes, de travailler àTanéantissement de la créature en ce qu'elle a de propre pour y établir Jésus-ChrisU C'est à quoi doivent aussi aboutir ces mouvements de pénitence que Dieu vous doune si souvent, vous voyant si misérable que d'avoir offensé sa majesté. Vous devez reconnaître que vous êtes indigne de subsister et de vivre, et qu'il faut vous anéantir devant sa sainteté, protestant qu'il n'est pas juste que rien de ce qui a offensé Dieu vive ni subsiste, et vous condamnant ainsi vous-même à la mort et à l'anéantissement. C'est de la sorte qu'une âme vraiment pénitente satisfait à sa douleur, qui ne peut être contente que par sa propre destruc-
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tion. Une âme vraiment craintive et amante de Dieu ne peut se contenter de moins. 11 faut donc, 6 grand Tout, que vous détruisiez tout cet être : il faut que vous Tanéantissiez : car je ne puis plus souffrir qu'il vive devant vous; je ne puis plus souffrir qu'il y ait rien dans Têtre qui vous ait offensé. Et c'est peut-être le sens des paroles de ce grand saint Ignace, martyr, qui disait : Je commencerai alors à être disciple de Jésus-Gbrist, quand on ne verra plus rien de moi sur la terre, et que je serai tout anéanti et consommé pour Dieu.» C'est à quoi aboutit l'esprit du chrétien. Il porte à se rendre victime dii'grand Dieu : il tend à l'anéantissement total de notre propre être qui est opéré par mille devoirs de religion qui se terminent tous au sacriflce.
La religion nous porte à reconnallreDieu pour ses bienfaits, et à le remercier de ses grâces : mais elle porte encore la créature à s'anéantir et à se sacriGer pour Dieu. Car
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elle D'à aucun don , pendant toute sa vie, dont elle ne soll redevnble à son Dieu. Si bien que la grâce de le remercier de ses bienfaits étant encore un nouveau don, qui est même accompagné de mille autres qui l'environnent, en ce mgme moment, la créature, toute conruse de ses biens, est obligée de protester à Dieu qu'elle ne peut jamais lui satisfaire, qu'elle ne peut trouver au/uD moment qui ne la surcharge d'obligations ; et que. pluB elle s'emploie à lui sa- Msfaire par ses renierciments, plus elle demeure engagée à reconnaître ses bontés. C'est pourquoi, dans l'impuissance de contenter son désir, elle voit qu'il vaut mieux qu'elle s'anéantisse que de prétendre de répondre à toutes ses obligations.
Mais comme No Ire -Seigneur est venu pour récapituler toutes choses, et réparer en lui tout ce qu'il fallait détruire, soit par justice, Boil par devoir et obligation de relt gioD, il faut se donner à Notre -Seigneur pour s'anéantir eu lui, et se perdre en sol-
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même, afin de recouvrer en ce divin Sauveur une nouvelle substance qui puisse contenter Dieu, et une nouvelle vie en échange de celle que nous voulons perdre à la gloire de son Père. C'est dans cet esprit d'amour et de religion, dont vous devez être animée, que vous devez dire souvent à Dieu : Mon Tout et mon amour, consommez en vous toute la créature; car rien ne mérite de subsister que vous. Détruisez, je vous supplie, ce vieil homme, et cette vieille créature, qui m'est insupportable. Anéantissez en vous et par vous tout ce qui peut en moi déplaire à votre Père. C'est de la sorte, ô mon Jésus, que je désire si absolument être détruite , que je regarde ma destruction comme mon bonheur, et que je prétends trouver en elle le comble de ma joie.
DE l'usage du deuil.
Le deuil des chrétiens est institué par la conduite du Saint-Esprit dans l'Ëglise : et
par Tordre de ce même Esprit il passe de TÉglise dans les maisons des fidèles, qui doivent être ses oratoires et ses temples particuliers.
Le dessein de Dieu dans le deuil est d'obliger les chrétiens à la pénitence, et de leur conserver le souvenir du jugement que Dieu a exercé sur la famille qui s'est vue frappée, en la personne du défunt, d'un coup de sa justice punissant le péché.
L'arrêt de mort fut prononcé contre Adam révolté, chef de la famille des pécheurs, qui en lui ont été condamnés au même châtiment, et cet arrêt s'exécute au moment que Dieu prive quelqu'un de la vie.
Le coup de tonnerre laisse une noirceur funeste, qui fait ressouvenir les hommes du désordre qu'il a fait. Le deuil de même renouvelle à la famille la mémoire du coup sévère de la justice de Dieu sur elle, qui l'oblige à trembler, dans l'assurance que cette même condamnation s'accomplira sur ceux qui restent, qui doivent en esprit se
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soumelire et se préparer à subir ia tigueur de ses jugemenls. Celle sentence, dont l'eiécutioa sur nous est dilTërée seulenierit pour un temps, aura eod elTel au moment que la justice de Dieu nous ôtera la vie , qfie nous ne mëritous pas d'avoir, à cause du mésusage que nous eu faisons. Car il est vrai que. pour les péchés que nous commettoQS continuellenient, nous devrions mille fois en élie privés, sans la mon du Fils de Dieu, qui nous en conserve l'usage, en attendant notre conversion et Doire pénitence.
Tous les fidèles sont les membres les uns des autres. C'est pourquoi, quand leurs propres péchés ne les obligeraient pas à faire pénitence, ceux de leurs frëres, auxquels ils participent, comme faisant tous nn même corps, exigent cela d'eux. Notre- Seigneur Jésus-Christ et sa sainte Mère, Jérémie et saint Jean, n'étaient point obligés de faire pénitence pour leurs propres péchés : et néanmoins, parce qn'ilsélaieat
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dans rfglise, qui est un corps affligé de péchés, ils en ont senti la douleur et porlé la pénitence; de même qu*un membre sain, dans un corps malade, est saigné, affligé et tourmenté, à cause de la maladie des autres membi^s incommodés.
C'est pour cela , Madame , que vous êtes environnée de votre mante , et de ce voile qui, s'élendant et s'élargissanl plus que vous-même, vous fait connaître qu'outre la pénitence que vous devez faire pour vous , vous la devez encore faire pour autrui, pleurant non-seulement pour vos péchés, mais encore pour ceux des autres.
Cette grande queue que vous traînez fait voir que vous pleurez les désordres 4e ceux qui vous ont précédée, et qui, étant puissants dans le monde, ont laissé après eux de longues suites d'afflictions et de grandes obligations de faire pénitence.
Vous êtes demeurée en cette vie apiès celui qui était la moitié de vous-même , et doDl les péchés ne vous doivent pas seule-
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menl toucher comme les péchés de vos frères communs, mais comme les vôtres mêmes» puisque vous n'étiez qu'une avec lui par la sainte condition du mariage.
Aussi Dieu, qui préside dans les royaumes chrétiens, et qui montre sa sagesse éminenle dans la conduite des grands et dans Tordre de leurs cérémonies, pour être l'exemple et comme le flambeau qui éclaire le reste des chrétiens, fait que les femmes des princes sont quarante jours enfermées dans leur chambre, et couchées dans un lit de deuil , où la lumière du jour n'a point d'entrée, mais seulement celle des flambeaux, pour faire voir l'unité du défunt avec celle qui reste, qui est renfermée comme dans un tombeau vivant, qui soupire et qui pleure à la place de celui qui ne peut plus gémir pour ses péchés. Ces quarante jours ont quelque chose de la quarantaine de Jésus-Christ retiré au désert, où il disait que les douleurs de la mort l'avaient environné, et
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que rhorreur des jugements dé Dieu son Père le baignait dans ses larmes.
Maintenant , Madame , que le temps de votre pénitence au désert est fini, et que vous allez bientôt paraître dans le monde, ce doit être dans Tesprit même de Jésus- Ghrisi sortant de son désert, qui n'y finit pas sa pénitenc^e, mais qui la continua, et qui , après y avoir fondé la grâce pour nous , fut la prêcher dans le monde par ses paroles et par ses œuvres. Vous né sortirez donc pas de l'esprit de pénitence dans lequel Dieu vous a établie avec tant d'abondance pendant votre solitude et votre maladie : vous en porterez l'exemple avec vous dans le monde ; vous le porterez surtout en votre cœur, craignant les jugements de Dieu, et le coup de tonnerre de sa justice , dont il a frappé votre maison , et qu'il tient encore élevé sur vous pour le temps qu'il a disposé. Ce sentiment vous sera d'autant plus aisé à conserver, que Dieu vous a donné de tout temps les pré-
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mices de celte grâce. De plus, vous porterez rimpression et la vérilé de ce que le deuil vous eiprime, pour être confurme au dessein de Dieu sur vous, qui est la douleur et la peine de vos péchés, et de ceux de votre famille; vu que vous êtes maiotenant comme TËglise, veuve de sod époux, et chargée des péchés de tous ses enranls , pour lesquels elle prie et demande incessamment miséricorde.
Vous devez, en sorlaut dans votre carrosse de deuil , vous f considérer comme dans un cercueil vivant, dans lequel vous commencerez d'être portée pour vous approcher du tombeau. Ce qui vous aidera à maintenir l'esprit que vous aviez auparavant dans le sépulcre de votre chambre, ne faisant pas comme la plupart des chrétiens, qui cherchent dans la pénilence le sujet de leur vanité, et qui trouvent, par un détour malin, dans les pompes sacrées du deuil el dans la nouveauté de cel habit el
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de cet état, la matière de leurs péchés et de leurs complaisances.
Soyez en cet état, Madame, comme Jésus-Christ , gémissant sur la terre , et prenant encore plaisir de continuer en vous sa pénitence extérieure, que Tétat bienheureux dans lequel il est au ciel lui interdit. Si Jésus, votre tout, veut accomplir en vous rétendue de ses souffrances et de ses pleurs, et s'il veut satisfaire en vous k Dieu comme il a fait en lui-même , voulez-vous vous opposer à ses ordres et à ses volontés? Il faut, au contraire, vous porter à ses desseins, et accomplir son œuvre en la manière qu'il demande de vous. Il faut, autant que vous le pouvez, achever la pénitence qu'il veut faire en ses membres, et vous soumettre avec amour à toutes les rencontres que sa sagesse vous en donnera dans le monde.
USAGE DU sont DU CORPS.
Souvenez- vous, Madame, de cette prin-
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cesse augusie de l'Écriture sainte , dont le Prophète dit : TouU la beauté de la fille dv roi est en son intérieur. Il marque parla Ponbli de l'exlérteur, et enseigne à travailler à la pureté de l'âme et à la beauté de l'esprit. Celle princesse Iravaillail pour plaire aux jeux de Dieu, qui ue regarde et n'estime que l'intime de l'ame, sans avoir égard à la chair et au corps, qui péril, et qui n'est qu'une masse de terre animée qui doit être un jour corrompue et infectée dans le tombeau.
La sainte Viei'ge, votre modèle, disait autrefois qu'elle élail belle, mats qu'elle était hAlée, pour montier qu'elle négligeait son corps, el qu'elle n'avait point d'application sérieuse ni d'attention que pour rendre son intérieur plein d'attrait et de charmes, ailn de gagner tout à Dieu, et d'attirer les âmes à son amour. L'extérieur de cette divine princesse était couvert d'une modestie éclatante qui rejaillissait de la majesté de Dieu habitant en son Ame;
et cette beauté ravissait les esprits, et embaumait tellement les cœurs de ceux qui rapprochaient, que bien loin de les appliquer à elle-même, et de les détourner de Notre-Seigneur, comme font ordinairement les beautés du corps, ils se sentaient secrètement portés à Dieu et tout remplis de son amour.
Or Dieu fait tous les jours par les cœurs anéantis, et par les âmes qui sont pleines de lui et qui veulent se revêlir de la splendeur intérieure de Jésus-Christ ressuscité, ce qu'il faisait en la très-sainte Vierge. Car elles portent partout les parfumsde Tamour, et l'éclat de leur foi pénètre les âmes, et opère puissamment en elles. Une âme pleine de Dieu tire tout après elle ; et par le même parfum dont Dieu l'attire à lui elle se fait suivre des autres.
Dieu , depuis la venue de Jésus-Christ et le règne de la foi, a changé Tordre qu'il avait établi dans l'état d'innocence. Car dans cet état il attirait les Ames à son
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amour par l'éclat d'une splendeur divine, qui revâtuit même les corps. Mais mainte- Danl il allire à lui les cœurs, et éclaire les âmes dans la société de l'Église par une spleodeur intérieure, dont il revêl les belles âmes, qui est la splendeur de Jésus- Ciirisl ressuscité habilanl en elles : et- il les allire tellement à lui, qu'elles remplissent même de joie et d'amour tous ceux qui les approchent. C'est à cette beauté qu'il faut que vous asj)iriez , étant deslicée par votre condition k vous faire suivre, pour attirer les âmes à Jésus-Christ , et lui porter des épouses divines , selon la parole du Prophète qui dit : « Que les vierges suivront cette grande princesse : Adducentur régi virgines fMst eam. o