L'état de la résurrection est un 6tat
liO LETTRE CXLIV.
OÙ Notre-Seigneur, délivré des faiblesses et des infirmités de la chair, agit avec yne force merveilleuse et une efficace admirable ; d'où vient qu'il est appelé lion dans TÉcriture sainte, et qu'il est dit dans le Prophète qu'il gouverne avec un sceptre de fer : Reges eos in virgâ ferreâ, et tanquam vas pguli confringes eos; ce qui fait connaître avec quelle force il agit pour la gloire de son Père , et avec quelle fermeté il lui assujettit ses ennemis. Jl faut aussi qu'un prêtre soit courageux dans sa condition; il faut qu'il agisse avec vigueur pour la cause de Dieu, et qu'en la vertu de ce divin esprit qui ranime il travaille fortement pour son service et pour l'établissement de sa gloire.
7, Gomme Notre-Seigneur en sa résurrection , tout consommé en la gloire de son Père, est avec lui, selon son humanité même, dans une ressemblance admirable, laquelle le fait paraître Fils de Dieu, de
fils de rhomme qu'il paraissait auparavant; ainsi le prêtre doit être semblable à Dieu par Texpression de ses vertus divines, qu'il doit avoir gravée dans son Àme; car son état demande qu'il ait une entière pureté, une extrême sainteté, un ardent amour, une très-grande lumière, et les autres perfections divines que Pesprit de Jésus-Cbrist ressuscité veut répandre dans les prêtres , pour offrir des sacrifices dignes de ses yeux, dignes de sa sainteté et pureté, dignes enfin de sa majesté et de sa gloire.
8. Kotre-Seigneur, au jour de sa résurrection, est déclaré roi aussi bien que grand prêtre; c'est pourquoi le Prophète dit : Qu'il a été oint d'une huile de joie par-dessus tous ses frères. Unxit te Deus , Deus tuus, oleo ketitiœ prœ consortibus tuis : onction qui signifie la dignité royale et la sacerdotale , qui le relèvent au-dessus de tous les bommes. Or les prêtres doivent considérer quMls entrent en part
de ces digoilës éminenles par leur divin
carattère et par leur sainte onction ; car premiëreraent leur oQCtiou les applique el les coDsacre entièrement à Dieu. L'onction signiriele Saint-Esprit, qui, étant résidant dans une âme , l'applique totalement et la réfère entièrement à Dieu , à cause de sa qualité personnelle d'esprit, qui pousse, porte et réfère tout a Dieu. Secondement, l'onction exprime encore en l'Ëcrilore sainte la dignité royale; c'est pourquoi les rois s'appelaient les christs de Dieu, les oinls de Dieu. Or les prêtres sont rois par la parlicipation qu'ils ont de la dignité de Jésus-Christ ressuscité, qui en cet état est roi, non-seulement des hommes, mais encore des démons. Aussi ont-ils la puissance de chasser les démons de l'empire de Jésus-CIirisl, qui est l'Église. Us ont le pouvoir de donner la paiit,da juger des causes de Dieu même, de remettre les crimes commis contre sa propre personne, qui est une puissance royale et diviue.
Dans rancienne loi les prêtres étaient les juges,' et ils avaient puissance de s'allier avec la race royale de Juda^ ce qui signifiait que les prêtres seraient un jour juges et rois tout ensemble , mais juges et rois spirituels , et rois qui ne gouvernent pas avec éclat , qui ne commandent pas avec superbe, mais qui gouvernent par douceur, par humilité , et en la seule vertu de Jésus- Christ.
Voilà ce qui m'est venu en l'esprit sur le mystère de la résurrection , que nous honorons en ce temps , et sur la règle de sainteté selon laquelle vous devez vivre. Je vous le propose selon votre désir , afin que vous ayez de quoi vous occuper utilement durant les huit jours de votre retraite, et que vous voyiez, dans ce grand modèle de la vie dé tous les prêtres , quelle est la perfection à laquelle ils sont appelés.
bh LETTRE CILT.
Qne U cmii aplanit 1e> Toies de Dien, at Kndrtmt onTerte 3 n communicalion, — Qn'il ne fanl dam Iti miiiDnK de Dien que des sojeta qui a'appuïenr
Je ne vous dois rien celer des grâces que je reçois. Cotume j'étais ce malin sur le point de communier, el me trouvaul dans une douleur de ce qu'une personne imparfaite sortait de la maison , il a plu à Jésus- Christ me répondre dans le fond de TSme qu'il fallait faire une maison de saints. Et la divine bonté me faisait enlendre en même temps qu'il fallait que je me préparasse è y travailler dans le temps de raoninrirmilé, qui est toujours la disposition aux biens de Dieu, et le fondement à ses plus saintes grâces. La croix aplanit les voies du Seigneur, et rend l'âme ouverte à sa communication , qui insensible-
LKTTBB CXLV. âS
DKDtBe renfermerait en soi-même, étant bon de U croii, et tendrait toujours à la propriété , ce qui la boucberait aux parfaits loDs du Ciel. Ce que la croix extérieure Usait au corps de Jésus-Christ , l'étendant et l'ouvrant en toute son étendue , la croix intérieure le fait à l'Ame, expliquant tous tes plis et replis, l'ouvrant et l'étendant à la grâce , et la dénuant en l'œuvre de Dieu de toute satisfaction et de toute propre complaisaDCe.
L'âme doilbien prendre garde à ne s'appuyer point sur la créature, et à ne faire jamais fond sur elle. Elle doit toujours voir Dieu vivant et opérant en elle; autrement elle décline de Dieu, et, se détournant ainsi de lui, elle n'est plus ouverte à lai seul. Il veut qu'on le voie en tout, et qu'on s'appuie sur lui en toutes choses. C'estponrqiioiilfauttoujours, dans l'œuvre de Dieu et dans sa maison , des sujets qui soient tout pleins de Dieu, qui le manilestent toujours en eux, et qui le fassent
adorer, louer, regarder et glorifier en tout par tQus ceux qui y habitent. Des sujets fondés sur eux-mêmes en la maison de Dieu, quoiqu'ils semblassent utiles, ne aéraient que des pierres d'achoppement, qui feraient que Dieu n'agirait pas en bénédiction sur la maison. Car, comme il n'a point d'entrée en de tels sujets, qui, remplis d'eux-mêmes et de leur propre capacité, sont bouchés à son esprit et à sa vie, ils ne peuvent agir que grossièrement; et comme ils marchent dans des voies sécylières, et ne se conduisent que par une industrie purement humaine, on ne peut se confier en eux, parce que ce serait s'appuyer sur la créature, et dérober à Dieu le regard pur et continuel que la maison doit avoir ie lui en toutes choses.
Il est de la gloire de Dieu de retirer et de soustraire de \ék sujets d^ ses saintes oraisons, afin que toutes les murailles de son bâtiment nç soient çomposé^çe^ que de pierres vives, et que son saiqt oom sioiX
LETTRÉ GXLYI. 1x1
écrit sur elles, ainsi qu'il est remarqué de TédiGce de TApocalypse , qui est la %ure de TËglise universelle, et des société^ particulières qui la composent. Ud petit Mliment composé de la sorte sera plus précieux aux yeux de Dieu que mille cités et provinces peuplées de personnes partagées entre Dieu et elles-mêmes.
LETTRE GXLVI
Il exhorte une personne qn'il conduisait , et à qui Dieu l'aTÛt très-lntimament nni« à ne lui point cacher SM grâces.
Quelle joie ne m'avez-vous pas dqnnée eii m'exposant votre intérieur! C'est la liberté que j'avais si longtemps désirée pour vous. Que j'aime sa bonté envers vous, et que je l'adore avec plaisir I Croyez-vous bien que j'aime mille fois mieux les dons de notre Tout en vous qu'en moi-même? Je sens la félicité de votre âme; j'éprouve en moi la
UB LETTRE GXLVI.
sainte dilection de votre cœur, et je suiâ établi par la présence de Tespril dans Tétat même où vous êtes. Obi quelle unité d'esprit, et qui la pourrait exprimer I II faut dire, comme notre Maître, que ce sera au jour de Téternité que nous la comprendrons. En attendant, nous porterons cet état, et nous le goûterons sans le pouvoir exprimer. Je ne puis maintenant vous dire autre cbose, sinon que la vie de Dieu nous doit être commune. Nous sommes assis à une même table pour vivre d'un même repas, et il me semble même que nous mangeons d'un même morceau , et que Dieu , rayant mis dans la bouche de Tun, le fait goûter à Tautre, et en fait ainsi la nourriture de tous les deux. Nous éprouvons par là le soin sensible d'un même père, qui nous veut tenir unis en sa présence, quoique nous soyons bien éloignés du corps.
Si vous manquez à me faire part du festin, je m'en plaindrai à notre Père, qui nous transporte sa substance et son aliment sous
LETTRE GXLYII. tl9
le signe visible de vos lettres. Adieu, en attendant le jour de Tunité parfaite, qui nous fera tous un en Jésus-Christ au ciel , non par voie passagère, mais par état permanent. Gémissons pour l'état imparfait de Tamour et de la charité en cette vie, dont les pures opérations sont si rares et si interrompues; Soupirons après ce beau séjour de TAgneau immaculé, qui est la demeure des délices éternelles, où, par le torrent de volupté qui découlera de Jésus- Christ en nous, nous serons dans un rassasiement sans dégoût, et dans une jouissance parfaite de toutes choses en Dieu.
n parle da mystère de la Nativité de la sainte Tierge, et de quelques grâces qu'il a reçues de Nôtre-Seigneur.
Dieu soit béni à jamais des sentiments de {xété et de dévotion qu'il vous donne dans
50 LETTRE CXLTII.
cette octave de la Nativité de la trËs-saia le Vierge. Ce sont des marques de l'amoar de noire divine Mère, qui vous attire ces bénédictions en sa naissance, et qui vous doDoe part ï son esprit et à ses grâces, comme eileaaccoutuméde taire en ce jour à ses plus chers enfants. Car en renouvelant ce mystère elle renouvelle ses dons dans leurs âmes, et elle y prend toujours de nouveaux accroiEsemeols.QuelsBentimeolB de reconnaissance et de joie ne devonsnous point avoir dans la vue de ses bontés? Soyons ravis qu'elle veuille naître en nos cœurs selon l'esprit, et préférons iuDnimenl cette faveur à tous les royaumes et empires du monde, et à toutes les choses qui ne sonl pas Dieu même. 11 me semble que la vie, non-seulement d'un borome, mais de l'Ëglise entière, serait bien employée dans la vénération de ce mystère et dans la reconnaissance de cette grâce. Pour moi j'y consacre ma vie, et m'estime bienheureui que tous mes jours lui rendent hommage.
LETTRE CXIi-YU. M
Je reconnais devoir la vie de mon âme et de mon corps à ce divin mystère, et je me voae à Dieu pour employer tous mes moments à le faire honorer.
Mais quelle joie ne devons-nous point avoir en ce jour, dans la seule vue des grandeurs inconcevables où la sainte Vierge est élevée ? Quelle doit être la consolation de ses enfants , et quels hommages ne lui doivent-ils point rendre, voyant que Dieu met en leur divine Mère tout ce qu'il y aura jusqu'à la fin des siècles de plus grand et de plus admirable dans la splendeur des saints, et que tout ce que Notre-Seigneur répand de clarté et de grâce hors de luimême, elle le contient en soi dès le premier moment de sa vie.
C'est un astre de beauté , de splendeur et de fécondité magnifique, duquel doit oallre le Soleil de justice. Elle est déjà en ces premiers commencements comme cette femme de TApocalypse , si pleinement revêtue du soleil, que les rayons de sa splen-
comme une armée : Terribilh ut catlroruni ocies ordinala. Car elle seule contient l'éclat et la splendeur de tous ; et sa voix , comme il est dit decelle de Noire-Seigneur, est semblable à celle d'une multitude, à cause de ses opérations intérieures, et de la multitude des actes d'amour et de vertu qu'elle produit. De sorte que si nu acte de pur amour fait fuir et trembler les démons, ainsi que disait autrefois saint Antoine, que sera-ce de la très-sainte Vierge, qui ne fait pas seulement quelques actes d'amour en toute leur ferveur et en toute leur perfection, mais qui exerce en même temps tous les actes de toutes les ïertOB ira^uables dans toute leur étendue, par TopératioD admirable du Saint-Esprit vivant en elle.
Je la regarde en ce jour camme un abrégé
LSTTR£ ÇXLYIU 53
dç rintérieur de Jésus-Christ. Je remarque en elle la dilatation des devoirs de sa religion . Je la considère comme une vive expression de son amour et de ses louanges. Quels sentiments intérieurs, et quels devoirs ne rend -elle pas à Dieu en cet instant! En quel état est cette sainte âme, à qui Dieu se manifeste en ses mystères , et en ceux de son Fils, plus qu'il n*a jamais fait, et ne fera jusqu'à la fin du monde? En quel abandon h Dieu, et en quelle perte de toute elle-même n'entrent point son esprit et son coeur, qui n'étant pas naturellement capables de porter ces manifestations et ces vues, sont élevés, fortifiés, et dilatés {yar l'esprit intérieur, pour être en état de les recesvoir,. et de rendre à Dieu tous les liommages que demandent des choses si aoguçtes et si diviues l
Elle s'offre déjà au Père éternel comme sa victime : elle se consacre à son service pour jamais en tout ce qu'elle peut faire et souffrir en son extérieur et en son inté-
5£l LETTRE CXLVIII.
rieur : elle ne veul rien fifre que pour sa gloire. Voyez ce que vous pourrei faire pour rendre hommage à ce divin état, et à ce premier usage qu'elle Tait de sa vie. Je vous laisse â Jésus, el à son divin espril, pour vous acquitter de ce devoir, auquel vous ne pourriez jamais suffisammeot satisfaire par vous-mËme.
LETTRE GXLVIII
A. l'occasioD lie la tSte de la PréuDlatioD d« Noire- Dime , il eihorle nna imp i la Tie inWrieiire . 1 l'abaodaii laUl eu iéani-Gbiiil, «t t l'iniDiir <t
>'afant point d'occupation plus présente ni plus pressante auprès de Dieu dans ma solitude que celle de vous lier à lui, et de vous aider à entrer dans l'état inlérieur où il vous demande , je vous dirai qu'il me semble que dans ces temps, qui sont proches du saint mystère de la Présentation de la très-sainte Vierge, àla vie de laquelle
Dieu vous a consacrée pour l'honorer et y participer , vous devez vous tenir très-uoie et liée à son inlérieur, pour entrer en particDlier en tout ce qu'elle est à Dieu. Et , fooique vous deviez être toujours perdue tu elle dans votre fond pour Cire tout ce qu'elle est, vous avez néanmoins en ce jour une obligation spéciale de vous y donner, pour entrer en tout ce qu'elle est à la trèssainte Trinité; car le mystère qui se pr^ sente porte en soi pour disposition capitale Tapplication de la très-sainte Vierge â Dieu, afin de Ijii appartenir par une consécration particulière. Elle se livre et s'abandonne à lui dans une perte universelle d'elle-même, et dans uneséparation de tout l'être présent ; et comme elle ne veut plus dévie, de mouvement, de possession, de liberté, d'esprit, de corps, et de tout, qu'en Dieu et pour Dieu, il faut que nous soyons en elle, par elle et avec elle, tout ce qu'elle est Ji Dieu en toute l'étendue de son amour et de sa religion.
désire »i fort que notre intérieur Boit perdu dans te Bien, pour Être en lui et avec lui tout ce qu'il est à Dieu, que je ne le puis exprimer. Et quoique, depuis qu'il m'a engagé au voeu d'hostie vivante à Dieu son Père, il m'ait obligé de vivre toujours eu cet esprit, et de me perdre universellement en ses dispositions intérieures envers toutes choses , je me trouve maintenant si efficacement établi en lui par son amoui' et par sa puissance, et si porté à vivre en lui à Dieu, pour être, opérer' et souffrir eu la manière qu'il lui plaît, qu'il ioe semble que je ne puis être autrement en ses bonnes grâces, tant 11 s'est rendu le maître, le possesseur, le vainqueur, le roi et le tout de moi-même. Il est vrai que Jésus-Cbrist, ce doux et cet agréable triomphateur de l'âme, m'a fait si doucement goûter ce matin ce qu'il était à la trës-saiote Vierge, qn'il ne m'a point laissé de repos qu'il ne m'ait fait prolester que je voulais être
LKTTBE CXLVIII. 67
i Marie lotit ce qu'il dâdrail que j'î fusse pour le temps et pour rélernité. Vous euleudrez bleu la sainte couduile de ce divin D3jslëre, comme je vous Tai souveal expliquée. Je n'ai jamais ëlé si surpris qne de goûter ensuite, et de seolir eu moi-même quelque chose de ce qu'était Marie à Jésus, el de voir combien elle était toute à lui, et plus à lui mille Fois étant ta lui-même, qu'elle n'était â lui étant en soi el i soimême. C'est une chose inconcevable de voir cet être saint de l'flme de Marie perdu absolument en Jésus, de voir comme elle babite profondément en lui, comme le propre en elle est intérieurement détruit et anéanti; comme on n'j voit el on n'y ressent plus qu'un abandon total et un absolu délaissement, et de plus une donation si vive, si ardenle et si pressante, qu'elle est ta acte perpétuel de se livrer i. Dieu, et d'élre toujours de plus en plus à Jésus- Cbrist. Allez, ma fîlle, allez toujours croisnat en Uarie dans l'unoorde Jésus. T&cbez
plus que jamais de lui plaire. Animez votre cœur à Tabandon parfait de tout vousmême dans son sein. C^est votre vie, votre voie et votre vérité; c'est votre paix et votre repos : c'est votre tout universellement pour le temps et pour Téternilé, en qui seul et par qui vous perdrez toute propriété. Je n'ai jamais été si surpris que de voir et de porter cela dans mon oraison.
Il me semblait de voir le divin intérieur de Marie vivante en terre avec Jésus-Christ, qui allait toujours croissant dans les désirs de lui appartenir, d'être toute à Jésus pour Dieu; croyant, pour ainsi dire, de n'y être jamais assez , et y voulant être encore davantage s'il lui était possible. Ohl l'admirable chose que cette divine société, et cette mystérieuse unité de Marie et de Jésus! Ohl qu'il se faut bien consacrer à Dieu pour honorer et adorer cette admirable liaison et ce divin chef-d'œuvre d'amour, qui est si peu connu et si peu aimé sur la terre!
Je me donne plus que jamais à Jésus,-
lUtés qu'il désire, tant en celle de servlir et d'enfant, qu'en plusieurs autres qui us sont iaconnues; sachant bien que cela plaît plus que de vivre simplement en vénération de ce divin mystère; car il . ravi de dilater et de multiplier nonileinent sa religion envers son Père, J8 aussi son amour envers sa Mère. Je s en l'unet en l'autre, plui que je ne puis e, voire, elc.
60 LETTEE CXLIX.
Il exhorte nne bonne âme à être ayec la sainte Yierge serrante de Jésns.
Je vous prie de vous souvenir d'ui^e dévotion que je vous ouvris il y a quelque temps, qui croit tous les jours en mon âme, qui est de vous lier intimement aux dispositions d'esprit dans lesquelles la saint,e Vierge prononça ces paroles : Eçce ancHUn Domini, Ce qui me fait condescendre à vous accorder trois fois le jour un demiquart d^heure de recueillement : le malin , le soir et à midi , qui sont les temps où TÉglise les hooore publiquement, et j'espère que dans quelque temps je pourrai vraiment vous écrire avec celte inscription: A M***, humble servante de Jésus; car il me semble que Ton vous déguise par la qualité que Ton vous donne dans le monde, et que Ton vous y babille en étrangère.
leithe cxlii. 41
Je me trouve entièrement porté à aller tbercber eo la trës-sainte Vierge les sentimeols et les digpoaitiona de servitude eavers Jésua-Cbrist, alla qu'en elle je puisse être tout au Fils de Dieu, ce que je ne saurais être eo moi-même. Je vous prie d'insiDuer celle dévotion k vos deux petites filles. Eltesy irouveroDt beaucoup de iuavitë et de progrès, surtout en ce temps, où Jésus, prenant en la trës-saiote Viei^e Il forme de serviteur, la remplit de son esprit de servitude, comme il le marque en ces paroles qu'il dit à son Père, par soi] Prophète ; Je suis votre serviteur, et ie fil» dt votre servante. Adieu. C'est le pauvre et très-indigne serviteur de Jésus.
LETTBE CL.
eiborU une 1ms à vivre dam tonte U perfution ]ue deounda l'état de l'eatince de la laiale Ti«r^ . luquel slle est comaerée, el à Iravailkr pjrlicnliêremeDl i rhnTaililè et à h limpUcité.
Vous me demandez par ta première de os lettres ce que voua avez mamteDant à Je vous dirai que depuis que vous 'ous êtes consacrée aa saint mjslëre de 'enfance de la trâs-sainte Vierge , comme is que vous en aurez resBeoli des ef- Tels, ainsi que je le vois par voire seconde, vous devez être tout autre que jamais, puisque vous devez vivre en pari de celte grâce, et en commuuion de ce divin myatëre. Il faut que vous laissiez tout votre intérieur et votre extérieur à l'esprit de Marie, lequel, vous possédant pleinement, doit faire lui seul l'usage de tout vousmême. De souffrant pas que rien de la créature extérieure trouve place en vous.
LETTBE CL. 63
Toilà une étrange obligation selon le oonvel hoDiieur que vous recevez ea cette Douvelle coDBécralion de tout vous-mënie aux myslëres diviQB. Je vous en dirais davantage ; mais on me le défend , à cause de l'usage des eaux où je sois entré depuis quelques jours. Je vous ajouterai néanmoins encore UD mot de Notre-Seigneur en l'Évangile, qui est que vous preniez garde de n'entreprendre pas l'édifice de la perfection évangétique où il vous appelle, si vous n'y voulez mettre des fondements profonds et proporlionnés à la hauteur de l'édiDce que vous allez entreprendre, oii rien d'Iiumain , rien de terrestre, rien du vieil homme ne doit enirer. Voyiez si vous voulez être humiliée au point que demande l'Évangile, qui est de vivre toujours comme étant la dernière en votre esprit et en celui de tout le monde; si vous voulez bien être privée de tout et délaissée de toute la créature; si vous voulez être en privation intérieure et extérieure de toute consolation , et même
peines dans l'âme et dans le corps; en an
mol, si vous voulez aimer la croii el la tenir pour votre tout en la foi, disant avec l'épouse ; Mon bieu-aimé sera mon faisceau de myrrhe. Je l'embrasserai et le tiendrai en mon sein.
Je TOUS vois dans la paix exlérienre el dans l'approbation du monde , avec beaucoup de consolations sensibles dans l'iolérieur. Mon cher enfant, c'est là la voie des faibles et des infirmes, et Dieu, pendant cela, vous fait sentir vos faiblesses el vos pentes au mal , pour découvrir ce que vous 6les, pour vous apprendre combien le soulien des grAces extérieures vous est néces< saire, el pour vous faire connaître le peu de progrès de votre âme , qui n'est pas digne de ces fortes voies de l'esprit, qui servent à fortiSer l'intérieur et k le rendre digne de mettre l'âme dans toute la plénitude de Dieu. C'est ce qui vous doit beaucoup humilier.
Encore parmi voBgrAcesjeTouBdoaaerai deui avis nécessaires : l'un, de vous tenir inlimement et très-profonde méat retirée dans l'aoëaiitissenient intérieur de la tri»ainte Vierge et dans bb' péoilence , pour Ure toujours en la vue de vous-même la lépsration et le discernement de vous d'avec les done de Dieu. Ceteiercice d"hanilitévous sera trés-ulile, surtout dans l'élat où vous êtes, et les tentations de vanilé dont vous me parlez dans votre seconde Icltre peuvent aisément vous en Taire conultre la nécessité. Le second avis que j'ai i vous donner est que vous soj^z bien «acte à la simplicité envers Dieuetenvere l'Église. Envers Dieu, aûn que, pendant votre oraison, vous preniez garde à ne point ilttacher et détourner votre vue de dessus lai, soit pour regarder ses dons et les eianiner; car c'est autant dérober à Dieu et l'amusef inutilement à ce qui n'est pas lui; ■oit pour vous regarder vous-même en suite
M [^TTRE CL.
du retour sur ses dons eo vous, pour ea tirer estime et complaigance.
Ce détour de IMeu aur soi et sur ses dous divins a élé le premier degré de Is perle de l'ange et de l'bomme. Si vOua voiiez que les retours qui vous viendront en l'oraison sur les dons de Notre-Seigneur viennent pour m'en rendre compte , j'aimerais mieux que vons cessassiez de me les écrire, et que vous vous contentassiez d'en Taire de petits mémoires par manières d'actions de grdces envers Dieu, que vous m'enverriez à votre loisir. Il faut être extrêmement exacte et fidèle à ne votr que Dieu dans l'oraison, et à n'en détourner pas les yeux.
La simplicité envers l'Église consiste à me faire savoir la nature de vos tentations, afin de voir par où le démon vous voudrait prendre. Il ne faut point lui laisser de retraite secrète où il se puisse cacher dans ; votre intérieur; car c'est par là qu'il ferait i ses mines, pour lesbdrejoneren son temps et pour renverser la forteresse et la de-
meure de Jésus-Ghrist en vous. Il faut que tout soit ouvert et simple, et que rien ne soit caché à Tesprit de TÉglise, qui doit apporter le remède aux maux quand on les tient découverts et manifestes à ses yeux. Cest en ce temps de consolation qu'il faut prendre garde au démon du midi, qui est le plus dangereux et qui surprend pour l'ordinaire une âme quand elle est le plus environnée de la lumière de Dieu, et qu'elle croit être en sûreté et en fort bon état.
Vous me mandez par votre première que pendant ce temps vous ressentîtes de grandes faiblesses et des inclinations au mal. Mandez-moi, si vous vous en souvenez, vers quoi c'était que vous vous trouviez portée , afin de voir de quelle part Tennemi voudrait vous prendre. Il n'est pas bien aise que Ton révèle ses tentations et ses instincts cachés; il sait bien qu'il perd autant quand on découvre ses artifices qu'il gagne quand il peut couvrir sa malice et ses ruses. Si toutefois vous ne vous en
souvenez pas, ne vous forcez point pour vous les remeltre en mémoire. Elles n'auront pas fait grande brèche si elles ne laissent point de souvenir ni d'impression de leur malice. La simplicité naïve et sincère sera votre conduite , comme elle Ta toujours été jusqu'à cette heure, et, si elle pouvait croître, je vous inviterais d'y travailler, n'y ayant rien de plus nécessaire , de plus saint ni de plus divin dans la voie de la perfection.
Depuis cette lettre écrite, je viens de recevoir la troisième des vôtres, qui m'apprend votre mal, que je ne doute pas venir de trop d'application d'esprit, que je vous prie de relâcher, vous contentant de votre cœur, demeurant en silence et en simplicité d'amour, de complaisance et de conûance envers le saint mystère qui vous occupe.
LETTRE CLl. 69
De la qaaiité d'épouse de Dieu , que la sainte Vierge reçoit dans le mystère de rincarnatiou.
Je ne puis et ne dois vous tenir plus longtemps caché le sentiment dont j'étais rempli ce matin, sachant quMl est conforme à votre piété , et que votre âme est trèsseosible à cette dévotion. Je suis bien aise de vous le dire , aCn que cela vous serve d'occupation pendant ce jour que TÊglise destine aux joies de la très-sainte Vierge dans le divin mystère de Tlncarnation.
Ce qui était de plus auguste en la Mère de Dieu , et qui est le moins considéré, est le titre et la qualité d'épouse de Dieu le Père, avec lequel elle devient une, pour être avec lui mère de son Fils. Dieu le Père ayant dessein de sortir hors de soi par les voies de Tamour, et de former une famille naissante de lui-même, a voulu première-
70 LBTTRB CL).
menl la pourvoir d'une épouse qui luirai semblable, de même qu'en voulant former le genre humain selon la cbair, il joignit à Adam un aide semblable à lui , de laquelle devait naître toute la posléritédeshommes. Or cette épouse, qu'il a voulu se choisir, esl la très-sainte Vierge. Il l'avait destinée de toute éternité pour Être la mère de son Fils; et le temps étant venu pour accomplir ce myslëre, il lui donue un surcroît de grâces, de richesses, et d'ornements si magnifiques pour l'élever à celte incomparable digoilé, que sa divine Majesté, éprise d'amour pour cette aimable priacesse, se lie à elle, pour former en elle son Fils , et l'en rendre la mère. Qui pourrait pénétrer ce que c'est que celle dignité d'épouse? Qui pourrait comprendre en i^uel étal de sainteté est tirée la très-sainte Vierge par le Père étemel, qui;, l'honorant de ce titre glorieux, l'élève dans son sein jusqu'au plus intime de sa substance et de son cœuri Elle est pour lors dans un aban-
LBTTRB eu. 71
don iacoscevable à la puissance et au* domaine du P^re éternel. Elle est tellement . passée en lui et dans ses droits, qu'il ne se peut rien comprendre de pareil. EUe loi est livrée sans retour, sans soin et sans souci ; et elle est dans une joie et dans an repos qui ne se peut dire, de se voir en ce lieu où Dieu seul est sa suffisance.
Dieu le Père a aussi de scm côté une joie iocroyable de po6sé(ter cette âme, et de la voir ainsi abandonnée à lui. Il la voit toute sienne avec une consolation et une joie nonpareille. Jamais créature ne pourra expri* mer quel est Tamour e<t la tendresse de Dieu le Père envers la sainte Vierge, en qualité d'épouse. Gela est infini, immense, inconcevable et incompréhensible à tout esprit créé : c'est un ouvrage que Dieu seul peut comprendre.
Je le prie de tout mon cœur de vous faire got^ter et ressentir quelque chose de cette sublime grandeur, et de vous mettre en part des saintes qualités dont votre divine Mère
73 LETTRI CLl.
eit TtmjAk en cet élat divin. C'est un Dieu jaloui, et qui désire avec ardear de rencoDtrer dei Ames qai soient en état d'fitre rendues participantes de ce qu'il a cominuDiqué de plus parfait de plus saint k son Fils et a sa très-sainte MËre. Adieu, je voui laisse en vous apprenant une vérité qui doit renouveler votre courage et votre cooBance. C'est que les dons de Dieu dans les Ames fidèles à l'esprit vont toujours ■ngiDentant au lieu de s'amoindrir. Douter de cette vérité, c'est blesser et alDiger au dernier point le cœur de l'époux, qui veut que l'âme croisse tous les jours jusqu'à la perfection dans la connaissance de son amour et dans l'expérience de ses dons. Tout A vous pour jamais.
LSTTRS CLII, 78
Il parle de trois sortes d'anéantissements à l'occasion dn mystère de la purification de la très -sainte Vierge.
Je ne puis rien recevoir du bon Maître Di de sa sainte Mère, que je ne croie le devoir aux ftmes que sa bonté m*a confiées, et surtout à celles quMl me presse et sollicite fortement d'établir par sa grâce et sâ vertu dans la perfection de ses voies. Je vous avoue que ce matin j'ai été pénétré d'une vue et d'un trait si perçant de Tanéantissement du Fils de Dieu et de sa sainte Mère dans le divin mystère de sa purifi* cation et de la présentation de son cher Fils au temple, à Dieu le Père, que je n'ai po m'empècher de vous en écrire un mot, pour vous solliciter à vivre selon ce saint mystère, et à obtenir de Dieu que je puisse entrer en cette même grâce, opérée par
7U LSTTRK GLU.
TEsprit qui aDimait Jésus-Christ et Marie en leur sainte conduite.
Je vois trois sortes d'anéantissements de Jésus et de Marie, en ce divin mystère. Premièrement, toutes les grandeurs et toutes les richesses du monde y paraissent anéanties. Car quoique Jésus et Marie soient les plus grands et les plus puissants de la terre, et auxquels tout appartient, ils paraissent néanmoins en la posture de pauvres , et dénués de toutes commodités : la sainte Vierge rachetant son Fils de d€ux colombes, qui était le prix des misérables et des plus pauvres d'entre les Juifs. C'est là le premier et le moindre anéantissement.
Secondement, on y voit l'anéantissement de Testime et de Thonneur. Car ils ne veulent rien être dans Testime ni dans le cœur i du monde; le Fils, aussi bien que sa Mère,
I passent tous deux, en leur extérieur, pour
des pécheurs assujettis aux lois communes de tous les hommes; et eux qui portaient
LETTRE GLII* 75
et la sancUficaiion du temple^ et celle de tout le genre humain, sont regardé» comme des criminels qui viennent au temple pour se sanctifier.
Troisièmement, ils y sont anéantis en tout eux-mêmes , ne voulant rien avoir ni rien être, soit à Textérieur, soit en Tintérieur, que pour sMmmoler à Dieu, et cesser d'être par un entier sacrifice.
C'est ce qui est représenté par les deux colombes offertes en ce mystère, qui étaient une figure de Télat où il devait être en sa mort et en sa divine résurrection. Car Tune était immolée, et perdait ainsi son être et sa vie extérieure, et Tautre était consommée dans le feu , pour marquer la perte intérieure de Jésus-Christ en* Tètre et en la vie divine de son Père , qui est son vrai et son unique consommateur.
Cette vue d'anéantissement en Jésus et Marie nous doit porter à n'être plus rien , et à ne i^us rien posséder de Têtre grossier
76 LETTRS GLU.
du monde. Celui qui n'a pas eu où reposer sa télé, qui est nu en naissant et en mourant, qui est désapproprié- de tout, me presse fort par sa sainte imitation à faire le dernier dénûment que j'ai si souvent médité, et dont je vous ai parlé, mais que Ton m'a empêché jusqu'à cette heure d'accomplir. Je vous prie de vouloir TolTrir à Dieu pendant toute l'octave de ce saint mystère. 11 me semble que c'est un trésor si riche que le dénûment total et la dernière désappropriation de toutes choses, que je ne puis assez tôt y parvenir.
Pour les deux derniers anéantissements, nul obstacle ne me peut retenir ni empêcher de les accomplir et de les exécuter, étant formels en l'Évangile, où Jésus- Christ nous porte à perdre notre âme, et à l'abnégation de tout nous-mêmes. Il faut ne vouloir être rien du tout dans l'esprit I d'autrui, se cachant soi-même et tous ses
dons en Jésus-Christ, qui est le donateur et le possesseur de tout, et qui opère
comme il lui plaît en sa vertu cachée, sur aolrui , et en nous-mêmes.
Il faut aussi n'être rien en soi, et par soi, mais être t9ut en Jésus et par Jésus. G*est là la perfection que requiert le sacriflce extérieur du vieil homme, et la consommation intérieure de Fesprit et de la volonté avec toute la sagesse de Tun et tous les désirs de l'autre, pour être viviGés et absorbés en la vie de Dieu, qui n'est que lumière, et qu'amour en soi, et qui n'est que foi et charité dans nos âmes. Quelque jour je vous expliquerai ceci plus clairemenL J'attends pour dernière miséricorde de Dieu, qu'il me fera entrer dans l'imitation parfaite de son Fils en son dernier abandon et en son dénûment de toutes choses. Ohl que Dieu seul, dans la privation de tout, est un riche trésor l Peuton bien aimer Jésus-Christ, et ne se rendre pas semblable à lui en toutes choses , et surtout en son abandon total à Dieu son Père? La foi n'est-elle pas pour tous sur
la terre, comme la gloire dans le ciel? Que nous vivions ou que nous mourions, il nous importe peu. La foi sera bientôt changée en gloire; et le Dieu 4e la voie qui nous doit être toutes choses, sera dans un moment le Dieu de la gloire qui nous consommera, et sera lui seul tout notre bien, toute notre joie, toute notre vie, et toute notre béatitude.
Depuis cette lettre écrite, je me suis trouvé si convaincu de Tobligation de faire à Dieu , en faveur de la maison , le dernier sacrifice des choses extérieures qui m'appartiennent, dans la vue que ce divin Seigneur et Maître s'est fait pauvre pour enrichir la maison de son Père qui est rÉglise, que je ne pense pas pouvoirdifférer longtemps à Faccomplir. La grftce de Jésus ne souffre point de remise , quand on est pleinement convaincu de sa vérité. '
LETTRE GLIII. 79
n exhorte une personne qni souffrait à se tenir unie à la sainte Vierge an pied de la croix.
Je ne puis assez vous remercier du bien que vous me faites en m'écrivant souvent. Car, étant dans les peines où je suis pendant cet orage, où le malin travaille comme il veut, selon que vous me le marquez, je ne puis que je ne sois toujours en désir de savoir l'état et le progrès des choses. Souvenez-vous d'une parole que dit autrefois Notre-Seigneur à ses disciples, a Le malin a demandé à Dieu de vous cribler. » Par là il les disposait à la grande tentation qu'ils souffrirent. en sa mort, qui était l'heure de la puissance des ténèbres, en laquelle Dieu avait lâché la bride à la malignité des démons. Pendant tout ce temps-là, tous les disciples, hormis saint Jean , quittèrent le Fils de Dieu. Mais la sainte Vierge demeura
80 LETTRE cuil.
inébranlable dans la foi de son Fils et dans Testime de sa grandeur. Tenez-vous avec elle recueillie en silence et en paix au pied de la croix de Jésus. Tenez-vous inlinoement unie à la vertu et à la force de cette divine Mère, laquelle TÉcriture sainte nous marque avoir été debout sur le Calvaire , pour exprimer la force de son cœur et sa constance dans la tribulation de la Croix , qui était inexplicable. Si on vous dit de vous retirer, ou de vous mêler seulement de prier Dieu , regardez cela en Dieu , le remerciant de l'obligation qu'il vous signifie et vous impose si doucement. Dieu vous fait le mal d'une main, et vous donne le remède de Vautre.
LETTRE GLÎV
Arec quelles dispositions on doit lire sainte Gertrode. — L'atilité de cette lecture, etjqàel a été l'esprit de cette saiute.
Je me sens obligé de vous écrire sur la lecture de sainte Gertrude, dont vous me parlez dans votre lettre. Je suis consolé de voir que vous la continuez nonobstant quelque petit dégoût que vous y ressentez, et dont je ne m'étonne pas; car, pour n^en point avoir il y faut quelque précaution. Quand vous aurez été instruite de quelques fondements et principes spirituels dont vous devez être prévenue, vous la trouverez, s'il plaît à Notre-Seigneur, plus proûtable.
Il faut donc que vous sachiez que Noire- Seigneur Jésus-Christ est très-riche dans les voies d'amour et de communication qu'il tient sur ses âmes, et qu'elles méritent toutes d'être adorées. Il ne faut pas T. H. ^
seulemetil examiner les voies eilérieures qu'il lient Rur chacune. maiB ta charité avec laquelle il se donne, et les grands trésors de grâces, les richesses seO-ëtes, et les autres verCus cachées qu'il communique BOUS ces voiles. Sainte Gerlrude , à cause de sa simplicité et de sa profonde humilité, a porté Noire- Seigneur ï la traiter d'unC Bianiére singulière, sous laqiielle il l'a pleinement enHciiiè. Mars ce n'est pas l'extérieur des voies dË lé&Os- Ghrist sur elle qui Vi BÏnctiTîée,'c^e£il le tHoA de son amour.
Il atraité sainte ThérËseauli'emënt que cette ^inie; sainte Catherine de Cènes autrement que sainte Thérèse; sainte Catherine de Gênes autrement que sainte Catherine de Sienne. Etcependanl ilïesa toutes Erailées selon le 'fotid de leurs dispositions intérieures. Tloaorez beaucoup iSaos la fôî l'esprit d'enfance qui régnait en cette ^sndë sainte, et quS a obFigë Notro- Seigneur à traiter avec elle avec
M An ramiliarilè el de simpticité. C'ëtail lae cûtombe tout enranllae que celle Ame, de laquelle Diea s'est voulu servir pour idairer sod ordre, qu'il désirait être appliqué ï Viotérieur de son Fils, qai dans ce siëcle-là n'était pas fort découvert. C'est pour cela qu'il lui a donné des Insiractions sensibles, pour les rendre plus iatelligibles à tous. Je ne doute pas que , comme vous avez élé inslruile à fond dans k lumière fle la toi de la vie intérieure dp Ksua-Cbrist, à laquelle il faut tnmmunier pour toutes choses, ces ios [ru étions part itm- Këres ne vous paraissettl dans ses œuvres moins étendues que ce que vousen avez appris. Mais il faut adorer le Tond de Jésus- Christ, qui se communique comme il lui plaît, et qui remplit ses êpoases de sa divine charité et de ses rictiesses spirituelles , selon son bon plaisir. Les unes il les enrichil d'argent, les autres d'or, les autres de pierreries; mais il y en a à qui il lie seoable donner que des tableaux , lorsque «>a& Vt%
8a LETTRE CUV.
moindres paroles el sous les apparen'ces et les signes les plus Taililes, il daigne visiter ces chères Ames.
Je vous supplie de vouloir user de la Toi aussi bien dans voire lecture que dans voire oraison, el dans le reste des aclions de la journée. Adorez et admirez en cellp sainte verlD de la foi le grand soin et le grand amour qu'a Jésus-Christ de conliuuer encore ce divin mystère de l'Incamaliofl, en se rendant visible aux Ames qu'il trouve disposées à ces grâces. Honorez le parfait esprit d'enfance de celle petite vierge. Respectez en soi la grande simplicité de son âme, l'huniilité de son cœur et l'abnégation totale d'elle-même.
Son esprit de mort lui a mérité la vie de Jésus-GhrisL Liez-vous souvent â cett<^ âme divine pour entrer en son esprit d'enfance et de simplicité chrétienne. '
Permettez que j'ajoute ici une raison, ' quoique vous n'en ayez pas besoin, pour laquelle je vous ai donné cette lecture, c'est
t]ue, vous voyanl allirëe au déniinieut intérieur «t à ta vie de la pure foi, je désirais vous précau tionner contre la ti^clure de plusieurs livres spirituels qui en ont écrit depuis quelque temps, dans lesquels il y a quelque chose de solide à désirer, et qui ne doivent être lus qu'avecquelque précaution, sans quoi les âmes courent grand risque de tomber dans rofsivetéetriDUtili lé, et même dans l'illusion et le dteouragement. Tels sont quelques livres contemplatifs, qui vont ^ à tirer l'âme de l'occupation et de la liaison de l'humanité sainte de Jésus-Christ, pour se jeter en la Divinité sans aucune vue et lutieu. Or, commeje vois que
e sainte Gerlrude tend toujours S^ Jésus Christ, j étais bien aise
ptifier
s vous parle de I union et de la liaison au Fils de Dieu, je ne veux pas contredire à la conduite de M)tre-5elgDeur Jeaus-Glinst sur sainte Madeleine dont vous me pariez dans votre lettre. Il
la rebuta de9 embrasaQmeQts qu'elle voulait lui donner, et de la liaisfon qu*elle voulait prendre avec lui» lui disant de ne le pas toucher, k cause qu'il n'était pas encore monté à son Père. Mais,^ pour bien entendre ce passage, il fout savoir que Notre-Seigneur était présent ^ sainte Madeleine dans une forme humaine et corporelle : et il l'avertit qu'y remettait, ses unions et ses liaisons plus intimes au temps qu'il serait monté à son Père, ou il serait dans un état spirituel, et parfaitement divinisé. Cette union à Jésus-Christ en son élat spirituel est l'unique voie pour entrer en Dieu, et pour avoir accès en luL C'est lui qui doit être toute votre oraison ; c^est lui qui doit rendre tous vos devoirs à Dieu, et faire toutes vos demandes; c'est lui qui doit louer et adorer Dieu en vous, et sans lui vous ne pourriez le bien faiie. Vous ne -ilevez donc jamais cesser de vivre en liaison à Jésus-Christ en tout, comme étant l'unique voie pour parvenir et plaire à Dieu.
LETTRE GLV. 87
Sans ce soulien tous les contemplalifs s*égareront toujours, etc. Le très- indigne serviteur dç Jésus, et l^ TÔlre en lui. et en 8a divine Mère.
LETTRE GLV
n exhorte une âme à la rie de la pare foi.
Après pne longue et enuuyeusç «ibsence , je vous puis dire la ui^nje chose que r^pôlre écrivait à ses frères : je déaire beayçoup de vouç voir pour n^e cpnsqler avec vous du progrès de votre foi et de la nôtre. Je ne puis assez admirer les effets du divin esprit, et je confesse maintenant qu'on nç peut comprendre sur la terre la profondeur et l'étendue d'une foi animée de charité, qui touç les jours fait voir et ressentir des opératigns nojivelles, qui semblent être les dernières en leur perfectiQi\ qijand qn les a reçues ^ et qui néaumoins se trouvent toujours inférieures de beaucoup à celles qu'on reçoit dans la
8B LETTllE CLV.
suite. Il y a des degrés immenses , el des marches qu*on ne peut compter dans le chemin qui nous élève au ciel. Le Prophète, en parlant de ces opérations, les appelle des ascensions, et des marches que Dieu dispose dans l^escalier et la montée du ciel. Autant que Ton quitte la terre et tous ses sentiments, autant Dieu prend plaisir d'élever Tàme à lui, et delà mettre en liberté, lui faisant respirer la sérénité de la foi, et lui montrant la beauté et la vaste étendue de ses perfections, où Tâme doit entrer au sortir d*elle-mème, et de tout ce qui Tappuyait en marchant sur la terre. Il y a bien longtemps que je vous ai dit , et que Dieu même vous a fait voir rétat des âmes pures en TÉglise , qui vous paraissaient élevées et séparées de tout rhumain, qui semblaient vivre en Tair, et n*ètre soutenues, environnées, ni possédées que de TÊtre divin. C'est cet état de foi qui retire et dégage l'esprit de tout, qui va toujours purifiant et consommant
en la vertu de la charité tout ce qui n'est pas Dieu dans Tâme , et qui la met dans une telle sainteté, que Dieu la trouve en état d^èlre tout abîmée en lui. Ce divin Tout ne peut rien souffrir en soi qui ne soit trois fois saint, c'est-à-dire parfaitement purifié de tout sentiment, soit vicieux, soit naturel, soit même de ce qui se mêle d'impur dans le divin. C'est pourquoi, après s'être séparé de tout ce qui est de grossier, il reste encore à s'abstenir des recherches de soi en Dieu et des sentiments qui accompagnent ses premières faveurs. Car ces recherches et ces sentiments tenant du grossier et du sensible, ils revêtent et environnent l'àme comme d'une robe et d'un vêtement , qui l'empêchent d'être dans son fond unie si intimement et si purement à Dieu , en quoi consiste uniquement la souveraine perfection. Et pour cela Notre -Seigneur disait : « Mon Père est esprit, et il veut des adorateurs qui soient esprit, pour être unis à lui en
vérité. ■ 11 me seinhle qat vous avez l'idée de cet état , et que vous, avez celte beauté subliwe encore présente devant vpg yeoi;. C'est à quoi il faut tâcher dç parvfçflir^ it quelque prix que ce Boil , puisque l'oDique Tout VOUS a, fait celte grâce qu:e de voua la faiie voir, et de vous qioulrer c« qu'il voulait de vous.
Notre-Seigueur , quia daigné s'abaisser jnsque-là que de moplrer 1» même chose à soQ indigue serviteur, m'oblige à travailler inceas9Wmenl aupséa d« ygua pour voua y inciter, et cour vous y faire parvenir. Je pourraia, craindi* de vous blesser, si je ne savais bien que le glaive de l'esprit a sas suavités et ses charmes. 11 a le baume dont il guérit ses plaies = ^t quelque relrancberoent qu'il fasse dans uoe £Lme, il lui fait éprouver lant de saulag|elueot et tant d'agilité pour avoir déposé le seosible, qu'elle est ravie d'avoir été blessée, cl d'avoir porté le IranchaQl du rasoir, qui l'a délivrée d'un fardeau qi
' L«TTR£ GLV. 91
pesant et si onéceux. à l'esprit. Où est Tesprit, Ih est la iil)ei:té; et il faut, leadre à cet esprit, pour entrer en force et en vertu. L'enfanX emniaillotlé dans SQs langes çst captif et perclus de ses membres : mais du moment qu'il est fortifia» et que son Urne lui dpnne la vertu d*dgir et d'opérer en ses puissances, les U«ns qui le soulageaient et qui lui étaient nécessaires en son infirmité , lui sont ^ ch^r^e et lui deviennent importuns. Alors les bras de la nourrice qui le portaient Taffligent; il devient impatient d'être mis à terre, pour marcher en la vertu intérieure qui l'anime, et qui Tincite secrètement à s'exercer à aller tQut seul, sans le secours des puissances étrangères; et on n'a plus que faire de demeurer autour de luj , ou bien de le tenir par la lisière, pour le conduire et pour le soutenir.
Je souhaite tqujours que vous soyez bÂen fortifiée en la vertu du Saint-Esprit : et je désire de tout mon cojqr de vous voir mh
92 LETrRR CLV.
niée et revêtue d'une toi vigoureuse el puiseanle, d'une foi vive el ardente de diarilé , qui voub dirige en tout. C'est proprement ce que vous aperpAles dernièremenl par grâr« spéciale, lorsque vous vîtes avec tant de joie deux flmes vivantes divinement dans l'Ëglise. Il me souvient d'une dilficultë que vous eûtes alors, et que vous me proposâles, et à laquelle je n'eus pas le temps de répondre. C'est que vous aviez ressenti trop de joie dans cette vue , vous voyant appelée à la foi nue : at qui vous obligea de vous retirer en Jésus- Christ dans votre intérieur, pour vous tirer de l'épanchenient sensible où se trouvait voire àme. Sur quoi je vous dirai que vous nies en cela ce que doit faire l'âme fidèle , et la cijaste épouse de Jésus , qui ne veut rien que lui, et qui se tire des amuseineuls el des goûts qui pourraient l'occuper, et l'arrêter à aulre chose qu'au toul amour du cœur. L'épouse qui prend plaisir aux aiguillellcs el aux roses de
LETTRE GLV. 93
)'épottx, et qui s'arrête à ces bagatelles pour y donner son cœur, est bien indigne de Tamour de son Tout , qui lui doit être toutes choses. Toutes les forces et toute la capacité des puissances doivent s'occuper de répoux, qui comprend toute perfection en éminence : et si on donne la moindre de ses affections à quelque autre chose., c'est infidélité au fait du pur et du parfait amour.
Mais il faut que j'ajoute encore à cela une chose qui est très-véritable. C'est que la fti a ses délices et ses joies au fond de Tâme, qui sont d'autant plus vigoureuses, plus puissantes et plus étendues, qu'elles sont en nous et dans le fond de l'âme par l'opération de Dieu immédiate. Car alors comme il ne se communique point par sentiments, il ne se communique point avec faiblesse ; mais il fait porter à l'Âme ce qu'il est; il lui fait goûter quelque chose de sa béatitude, il lui fait voir quelque chose de lui , et il la ravit alors tellement
f)U LCtTRE CLT.
btSK d'ëlle-mëffie , qu'ï peine loi resle-1-il âb là force ël de U capr.cflé pmt vivre et autmer son corps. Aloïs ta vie se ltt>uve à chaire. Alors le relotir % ce Corpi animal etgrOBBier esl une servilufle et «ne captivité intotérabk. Penaei, je vous supplie, il uu paiAre prisonnier enseveli dans les ténèbres et dans l'ordure d'un cachot, qui se Voit délivré pour un moment de sa prison et porté tout d'uo coup dans un palais «ndianié, et dans un lieu de délices achevées, mais qui n'f demeure pas ^se/lOn'glemps pour les goûter toutes a loisir. Quand il se voit obligé de reiourner dans sa prison, et de se renloncer dans son rtmier el son ordure, quelle douleur et qtielle âflliction ne ressenl-Jl point de se trouver réduit S cette nécessité î C'est ainsi qu'il en est d'une âme visitée de Dieu dans ta fol ijkfi, se voyant captive et comme en prïsoa dans sOtt corps, gémit el soUpire ioeeseammeni en cette vie. ïl faut être dausun désir continuel de la vie future,
LETTRE GLVI. 95
et 1^ mèUrè en étal d'être reçu dans ces ètëtn'è'fe Vabernades, en répondant àVec attabtir axi't àblltcitations et aux semobcés jourhall^rès de TèpoUic. Ayons, ma fille, àyon'â ce cher Jésus pour notre tout , %t i^Ofons toute autre chose que lui sèUl. Oht cftiM est adorable, el ([ù*i\ mërile bien que Ton sdit tout à lûil ohl quel dësir a-t-il de Vivre àan§ nos àmesl ôhl quelle vie'tfè V^Ut-il pas fépaïidre dans noë cœufà! ViVionà de %a lettre foi : aitônâ au plïr àinbuf . C^ëôt oïl VôlTâ'a'ppeïle celui qtfi est tout à votfô.
"LETTRE GLVI
U êfum ê^àà^ëa ^Vis «tileb tbticttitit Us sécbéM4Sês qai arriveut dans l'oraison.
Je vous désire toujours généreusement dëtàchëé de lotîtes céS fifeïisibte's 'amorces 4tfi vou^ font 'éontinuèUielnient dédil*èr tfés doticetrrâ dans le I^WiCè de Jésùà^GHAét.
Il faut que voua meltiez encore voireespril en repos sur ce pelit retour qui vous revient en leur absence, el qui n'est qu'un prétexte de l'amour- propre. Vous seriex contente des sécheresses, diles-vous, si vos pëcliés n'en étaient point la cause. Mais sacliez que les séchereeses sont quelquefois des épreuves de Dieu sur l'Ame, qui veut tirer expérience de sa fidélité , et de la pureté de son amour. Car l'âme le doit servir pour lui seul, sans sensibilité, et sans attache à ses prisents; eo quoi DD prend sauvent le change : et alors c'est un effet de la miséricorde de Dieu, de les lui retrancher, parce que, prévoyant quelque impureté que pourrait causer en elle t'attache à ses dons sensibles, il la prévient par les sécheresses et par ces exercices de mortification où il la met
Quelquefois aussi les sécheresses sont des effets de la justice divine, qui nous châtie pour quelque faute , de laquelle il
LETTRE r.LVI. 97
ne peut tirer une plus juste yengeance , ni nous donner un avertissement plus sensible qu^en nous ôtant la sainte sensibilité de ses présents ies plus doux , et nous privant des choses à quoi nous avons pour Tordinaire plus de pente, ou au moins dont Tabsence et la séparation nous est plus sensible et plus considérable. Mais de quelque part que procèdent ces privations, la cause en est également adorable. Que ce soit sa miséricorde, ou sa justice divine, c^'est toujours votre époux, ce sont ses mains adorables qui opèrent ces choses, et qui les opèrent pour vous humilier.
C'est pourquoi il est bien à propos, d'abord que vous reconnaissez cette soustraction de Jésus-Christ Notre-Seigneur , qui est le saint dispensateur de ses grâces et le cher ménager du salut de ses amantes, de Tadorer et de respecter ses intentions dans la disposition où tl vous tient ; vous humiliant ensuite devant lui, comme méritant qu'il vous traite ainsi pour vos défauts
connue ou iaconnas, et Taisant un acte de contrition, qui est le saint acte de pénitence, qui sera bienséant en votre bouche et dans votre cœur. Gela fait, ne vous amusez plus ï aucun retour sur vous-même, mais agissez généreusetuent par les pures lumières de la foi, qui vous enseigne à faire tout pour la gloire de Dieu, Jk vous unir en tout à Jésus, pour être digne de lui plaire, à satisfaire A tous les devoirs que vous avez voués â Dieu, et i passer, malgré toute la nature, par-desaus tous les obstacles qui pourraient vous appoi'ter quelque empêchemenL
Mais il faut que le principe et le mouvement de tous ces actes en vous soit la charité, selon ce que dit l'ApAtre, que la charité agit par la foi, Clar la foi eoseigne ce qu'il faut faire , maie c'est la charité qui nous le fait faire, qui nous y porte et nous y meut. El celte charité doit élre pure, et sans mélange de sentiroenl, si ce
LETTRE GLVI, 09
n'est lorsque votre époux le voudra. Car il mérite pour ses moiodres beautés tous les services imaginables, et tout Taroour que votre cœur et ceux de cent millions d*angés pourraient contenir. 0 pur amour, où te rencontre-t-on sur la terre? où trouve-t-on des âmes qui n'aient point d'autre vue que de la beauté de Dieu, qui n'aient point d'autre objet que la bonté de Jésus et son Père? Ahl encore une fois, il faut làcber d'avoir ce pur amour : mais pour cela il faut bien travailler. Courage , ma chère iille : espérons, et confionsnous en notre tout Jésus. Tenons-nous toujours unis à lui pour ne plaire qu'à son Père , et notre amour ira de jour en jour se purifiant. Toutes choses y contribueront, même jusqu'à vos fautes et à vos infirmités, pourvu qu'après leurs surprises * vous vous comportiez comme je vous ai mandé.*
Il parle de plnsiemi états où l'icoe se ironie qnelqn'iois apiti Ib sainte csmiinniioii , Bt partictdtttemDt del'étit te iKDsainiiutton , et du grand amoDr de )ésu*-£hiiit en ce mratcre.
Ce qui se passe en la personne dont TOUS m'avez écril , et les étals où elle se Ironvc aprfeB la sainte communion , ne vous àtâvenl point mettre en peine, car tout m'y psratt é\Tt de DiCB. Elle n'a qu'A se l^8s«r a son divin ^potix pour recevoir ses opérations saintes, sans vouloir même tes connaître. Cet attrait puissant qu'elle dit qu'elle ressent, et qui l'enlèT* et l'attire hors d'elle-même, est un etTet du grand amour de lésusXhrîst , qui ne se conbenle pas de s'unir à elle, mais qui voudrait l'attirer toute à lui seul. C'est pourquoi elle se sent quelquerois serrée *par cet aimable Tout; en sorte qu'il semble que, par la force dont il l'attire pour se l'uuir
L£TTR£ GLYII. 101
intimement , il la veuille séparer du corps; et de là Yîent qu'elle se sent tirée hors d'elle-mèine. Que si elle a peine à discerner ce qui rattire, c'est que cela se faîl sans lumière, sans communication d'aucune vue distincte , et sans qu'elle aperçoive aucune beauté charmante qui fasse en elle cet effet. H n'y a que l'attrait de Jésus uni à l'âme qui la met en cet état ; car, comme il en est extrêmement amoureux et jaloux, il la voudrait toute attirer à lui , pour la posséder lui seul : de sorte qu'il la déroberait même au corps, et l'e^ séparerait absolument, s'il n'attendait les ordres supérieurs de Dieu son Père , pour jouir pleinement d'elle, et pour lui donner réellement tout ce qu'il lui promet ici-bas. Et parce que celte pleine et parfaite possession de son bien-aimé est ce qu'elle désire passionnément, è cause de ces attraits et de ces avant-goûts qu'il lui en donne, de là vient qu'elle se trouve ensuite toute languissante dans son corps, et
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^ LETTRE CLVn. 103
il délicieuse, son àme n*a plus de goût, et ^' elle sérail honteuse de trouver rien de b(yn, après ce qu'elle a goûté en Jésus-Ghrist. *0d ne peut pas manger des viandes grossières après des mets si délicats : la fumée seule fait mal au cœur. (Test Tétat deTÂme qui a goûté les conGtures et le vin de Tépoux, dont il est parlé dans les Cantiques : elle ne se peut approcher de ces mets fades et grossiers.
Mais Tamour de Jésus-Christ n'en demeure pas là; Car j'ai remarqué, parce qu'elle m'a dit quelquefois de ses disposilions, que non-seulement il s'uuit à elle dans la sainte communion et à l'oraison, en l'attirant à lui, mais qu'il la presse, comme pour la faire entrer en lui, afin qu'étant tout abtmée et devenue comme une même chose avec lui , elle ne se trouve plus ellemême, mais qu'il n'y ait plus que Jésus- Christ en elle. C'est pourquoi elle agit si purement, parce qu'elle agit en la vertu, en 4a lumière^ en l'amour, en un mot, en la
1(U LETTnE CLVU.
personne de Jésus-Christ même. Elsiaprts elle se trouve dans des états où souvent elle se croit perdue, c'eBtqucsevoyantdé- □uée de ce puissant secours, et ne reseen- • tant que sa faiblesse, ell6 ne pense pas qu'elle n'est par elle-même que celle impuissance, celle langueur, et cet aveuglement qui lui est resté ensuite de cette sous- Iractiou.
Il faut qu'elle s'accoutume à aimer son abjection et sa propre misère ; et vous devez l'eiicourager beaucoup h |x>rler avec tldéiilé toutes ces épreuves de son époux , qui la conduira bien tât à sa totale consommation; c;ir c'est ce qu'il fait ordinairement dans les âmes qu'il exerce delasorle. Et ce que je crois vous devoir dire, soit pour sa consolation, soit pour la vôtre, soil mâme pour l'utilité de plusieurs tmes qui sont maintenant sous voire conduite, et qui ont passé par ces étals, est que Nolre- ■Seigneur ne se contente pas de transformer une âme, la revêtant de lui et de ses per-
LETTRE GLVIl. 105
jfRcliOQs; mais son amour eat si ardent, -' qu'il la consomme entièrement en lui, en sorte qu'elle est comme an autre lui-mËme. Elle est.comme lui, un feu ardent et coDlumant :elle est une vive Qamme d'amour qui ne tend plue qu'à Dien, et qui ne se meut plus que vers Dieu. Elle est alors sans réQeiion sur son élal, qui est tout divin; elle y marcbesans retour, et n'applique plus son esprit à elle-même, â cause qu'il n'y a plus d'elle en elle-même, el qu'elle est anéantie par la consommation du feu divin , qui la ti-ausporle en sa nature, et, laconsommaDltouteenliii, la rend aussi participante de lui, et la fait Être et agir comme lui-même : si bien qu'elle est avec lui une viclirae d'amour, el une hostie consommée, qui n'a plus que la vue de Dieu et le désir de sa e'oii'e. Voilà le point où il désire de réduire les Ames, et le sujet pourquoi il vient ta elles , ne voulant pas qu'il y ait en lui aucun état qui soit parfait et parfaitcmeot agréable à son Père,
106 LETTRE GLVil.
qu'il ne le communique àses amantes, pour les rendre aussi parfaitement agréables à son Père qu'elles le peuvent être sur la terre.
Ohl quel trésor de Tamour qui rend, si on le peut dire ainsi, Jésus-Christ même esclave de sa créature, qui le dépouille de ses biens , et qui le tient si attaché à elle , qu'il en demeure inséparable, et ne s'en saurait absenter, tant il l'aime , tant il la chérit, tant il la caresse, tant il est assidu à la remplir de ses dons et de ses grâces 1 Car, après que les espèces du pain sont corrompues , il demeure encore dans le cœur de ses amantes, non plus parla présence de son corps sous le Sacrement, mais p^ la présence de son esprit, et par la vertu de son amour, qui lui avait fait inventer ce moyen si aimable pour se loger dansle cceur et dans l'âme de ses Odèles. Ah l que l'amour est inventif! Quel doux moyen de posséder son bien-aimé I Y à-t-il quelque voie et quelque invention plus favorable?
LETTRE CLVII. l07
Une amanle veut toujours avoir présent celui qu'elle aime. Elle voudrait l'avoir toujours à ses côtés; et roèméelle voudrait quelquefois que son âme fût unie et collée à celui qu'elle désire. Eh bien I n'est-ce pas par la sainte communion qu'il trouve le moyen de satisfaire à la sainte passion de ses amantes? Il a bien prévu leurs excès; et, pour accomplir leurs souhaits , il s'est laissé à leurs côtés sur les autels, il se tient là toujours présent devant leurs yeux; et, par-dessus cela, il entre encore dans leurs âmes. L'amante qui voit son bien- aimé devant elle ne Ta pas à ses côtés; et, si elle tourne la tête, elle ne le voit plus ; si elle quitte le lieu où il est, elle le perd de vue, elle n'en jouit plus, elle souffre à en mourir; et si même une fois elle avait satisfait sa passion jusqu'au point que d'avoir tiré à elle l'âme de son bien-aimé , et l'avoir unie réellement à son esprit, elle ne le verrait plus. Mais pour Jésus , notre amour, j'ai beau le voir devant mes yeux ,
108 LETTRE GLVU.
je le vois souvent à mes cOLés; j'ai beau ie laisser ea aa endroit, je le trouve ea un aUlte; j'ai beau tourner la lite, je le vois même devant mes yeux ; j'ai beau le ren- Termer dans mon cmur, il ne laisse pas d'être présent encore où il était auparavant; si bien qne mon amour se multiplie, pour multiplier ma joie en le voyant, et pour satisfaire à l'aDiour qu'il me donne, qu'il connaît bien être ei grand , qu'il faut un effet pareil de son amoui^poor trouver l'invenliOQ de nous conlenler. C'est une charité dans l'amour, qu'après avoir blessé une âme on la veuille guérir; c'est une cruauté de se soustraire k celui qui vous aime. Hélas I Noire-Seigneur, qui est la même charité, nous blesse d'amour; il sait notre langueur, il sait notre aniiction,et pour cela il nous donne de quoi nous satisfaire; il trouve un moyen de nous contenter; pareil à celui qu'il a inventé pour nous engager â l'aimer. Car c'est lui-même qu'il nous propose pour aimer, lui qui
/ bETTRE CLTII. 109
.''«'était doriDé pour nous y obliger. QbI n'aimera ce <!o«ï ofcjelî qui D'aimeracel amant si aturableT Délasl Seignenr, le mallre des amaDte, Tenei à moi. Je vous supplie de Tn« consommer en vons-mtme.
Venez me dévorer; venei m'onir h vous : venez; unissBï-inoi à vous; pressez-moi contre vons, tirez mon âme de son afflictioa, «t de (%tle langueur où elle se voit rtdniie par cette pauvre alliance et ce baiser malheureux oïec sa chair. Venez, 6 mon Jésus ! la dissoudre p^r voire amour ; venez, BeHgneur, et me lirez ë vous. Faitesmoi goûler qui vous Êtes, afin que je ne sois plus alTamé des mets grossiers et peunis de la terre; failes-moi vivre en votre verlD.en votre lumière, et en votre amour. Consommez tout mon Être, ceteire vieieox, cet èlre conlagieui, cet Mre de malédiction, etleconsommeztonteD vous et par vous en mon Dieu, b&d que par vmis je rehmrne en Celai d'où je suis SOTti, et me sacriOe A Celni qui mérite
liO LBTTRE CLVII.
tout mon être, et pour lequel, s'il n'est entièrement consommé , je ne serai jamais content; car le respect que je lui dois ne peut pas souffrir que je supporte quoi que ce soit en moi de ce qui lui déplaît. Détruisez donc, divin Être, par votre feu divin , tout ce qui est de moi, tout ce qui est d'Adam, et qui est odieux à Dieu:
détruisez tout ce qui est de ma première génération, comme votre Père a consommé ce qui était de votre première naissance se- Ion la chair, c'est-à-dire la ressemblance du péché : détruisez la vérité du mien , comme votre Père a détruit la figure et l'image du vôtre. Pour cela donc, Seigneur, je m'abandonne' à vous, je me donne en proie à votre feu, afin qu'il vous plaise me dévorer et me consommer entièrement, et que je sois ainsi par vous une victime et une hostie consommée ^ votre gloire. O mon Seigneur, vous ètff le grand prêtre de notre loi. Vous veuf pour immoler à Dieu une hostie de louanf
i^ LETTRE GLVIII. 111
j(leUe hostie c'est vous-même et tous vos '«membres. Faites- moi donc brûler dans /le même feu qui vous consomme, qui est votre divin esprit. Voilà, Monsieur, Tétat sublime où Notre-Seigneur nous appelle.
Voilà les dispositions saintes et les sentiments tout divins que nous devrions porter incessamment dans nos cœurs et inspirer à toutes les âmes dont Dieu nous donne la conduite. Abandonnons-nous pour cela à Notre-Seigoeur et laissons-nous à son divin esprit, afln qu'il nous consomme, et que par la vertu de son amour il nous fasse devenir de saintes victimes avec le Fils à la gloire du Père.
Il donne à une âme quelques avis touchant l'état où elle se doit tenir dans l'oraison.
Toute la compassion qu'il est permis d'avoir pour un martyr, et tout ce qu'on
112 LETTRE GLVIII.
peut souffrir sur une victime que Jésus se consacre, s'immole et prépare à sa consommation , je le porte sur votre état pénible, que je regarde comme ce saint et dévot état des hosties qtte Dieu voulait autrefois qu'on lui offrit en holocauste. Voici quelle était leur condition : Tanimal pur et monde ayant été égorgé à la gloire de Dieu, on le coupait en pièces, et puis on arrangeait tous ses membres sur Tautel des liolocaisstes, où ils demeuraient en attendant le feu du ciel qui devait consommer la victime, et, après qu'elle était toute consommée et passée dams le feu, qui signiûait Dieu même consommateur de sa créature, le sacrifice était achevé,', et le prêtre avec le peuple disait hautement : Dieu a dévoré la victime. Vous me mandez que vous êtes à Toraison comme une statue. Au nom de Dieu^ ma chère fille, changez ce nom de statue en celui de victime immolée, qui attend en patience le feu du ciel. Ne faites point trop d'effort pour vous
/ LETTRE CLVIrt. 113
|kver par propre choix ou <i l'amour ou à ii volonté de Dieu; mais Beuieiiien( de- ^isKurez en esprit de victime, alleadani le Teu du ciel , qui fasse en vous et de vous loulfs choses selon sou bon plaisir.
Il m'est encore venu en l'esprit, en prianIDieu, sur voire lettre, une parttcularilé de la TÎctirae k vous mander. C'est que tous tes membres de l'animal élaot rangés indifféremment sur raatel, l'on mettait la lëte au-dessus, pour apprendre visiblement aux chrétiens que le désir principal de Dieu était que l'esprit propre de rfaomoie tût absorbé par ia foi en la vie de Jésus, noire cher, et qn'fl ne resUt plus rien de sa vivacité naturelle et de sa curiosité, non pas mime pour se voir dans les dons de Dieu et dans ses voies sur nous, ou dans les élals intérieurs où il nons met. Cest là un martfre assez sensible aux Aoies qui aiment leur avancement et qui recherchent Dieu. Mais le plus solide en l'amour de Jésus-Christ, c'est de nous
ii/i LETTRE CLVIII.
abandonner sincèrement à lui dans Tadhérence intime à son esprit, et de nous conOer tellement à son amour, que nous soyons assurés que« plus nous tiendrons notre intérieur abandonné à lui, sans même le connaître, mieux il sera conduit. Perdez-vous donc en Jésus ; car en lui est votre voie, qui lui a été imprimée par son Père, qui a mis en lui sa lumière et sa vertu , pour vous la communiquer par un intime amour, il mettra en vous un fonds de lumière, de foi, plus vertueuse et plus eJQScace qu'éclatante, et un amour foncier avec une tendance secrète vers Dieu, qui vous porteront à répondre avec une entière fidélité à tous les desseins qu'il a sur vous. De la sorte, vous n^aurez pas de quoi vous amuser vainement aux dons de Dieu, mais vous aurez de quoi vous occuper solidement en Tamour de Jésus, qui est la voie sûre de chaque àroe vers Dieu. Appelez souvent. Jésus votre voie ; mais voie éminente, qui vous élèvera au-dessus
LETTRE GLVIII. 115
de VOUS pour accomplir les desseins et les ordres de Dieu le Père, qui seul peut imprimer sur vous Fidée et le caractère secret et caché de Dieu le Père. Et c'est lui aussi qui cachettera votre cœur et vos bras du sceau de Dieu, pour vous imprimer son divin amour et vous donner la vertu d'accomplir des desseins si hauts, si sublimes el si divins, tels que sont ces pensées en Dieu, pour l'accomplissement desquelles en nous il nous a donné non Verbe et son Esprit. Courage, ma fille, voilà de grands secours pour vous élever aux sublimes desseins de Dieu. IViais, comme ce n'est point en votre propre vertu ni par vos propres vues que cela se doit faire , laissez-vous toute à lui sans élévation propre, afin que l'Esprit opère en vous selon les desseins du Père et les mérites de son Fils.
il(S LETTRE GLIX.
LETTRE eux
Il doDne un avis utile à plusieurs âmes qui ne sauraient s'appliquer dans l'oraison aux sujets particuliers qu'on leur propose.
Vous m^écrivezque vous souffrez quelque peine dans la préparation à Toraison. Je ne m'en étonne pas; cela doit être ainsi , parce que Dieu est toujours le même en lui et sur vous, et il vous veut eu tous vos exercices spirituels dans un état passif. Il faut, ma fille, durant qu*on lit le sujet d^oraison, que vous usiez de la méthode que je vous ai marquée, qui est d'être élevée simplement à Dieu dans une présence confuse, et dans Tattente de ce qu'il vous donnera, sans que votre esprit fasse effort pour se rendre attentif aux matières particulières, ni qu'il y agisse par aucun choix. Attendez que Tesprit de Dieu louche et frappe intérieurement le vôtre par son rayon, et il vous indiquera sa
éÊi
^Alonlé, VOUS faisant connatti-e sur quoi ^ il vous veut occuper eu l'oraison. Soyez pourtant toujours très^fidèle à assister à la lecture du sujet, soit pour l'exemple de vos sœurs , soit pour ne vous point dispenser des voies communes et générales, quoique Dieu vous traite d'une manière singulière en votre intérieur. Mais quoiqu^il vous suffise d'y assister en cette disposition particulière, inconnue à la communauté, vous ne laisserez pas de faire en sorte que la communauté s'y conduise selon les manières ordinaires^ comme vous savez bien par la grâce de Dieu les en instruire.
Il conseille à une personne scrupuleuse de prendre autant de nourriture qii'elle croira simplement en avoir besoin , sans s'arrêter à ses scrupules.
Je m'aperçois par votre lettre d'une tentation du malin qui vous tourmente. Il vous
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ijodèlea; le prochaio, de l'édiDcalioD qu'il 'jeu pourrait recevoir; et eux-memefi, de la ;'charilé qu'ils doivent â un corps qui n'est pas à eux , et qu'ils ne doivent pas plus maltraiter que celui de leurs Trères qu'ils aimeraient d'une vraie charité. Comme ils ne le voudraient pas trop engraiiser ni flaller de délices, de peur de le rendre iosolent; aussi ficherai en t-ils de le rendre fort et robuste , ponr subsister au service de Dieu. Et nttme, comme les croli et toutes les peines de ces exercices de l'esprit que vous portez minent étrangement te corps , voBS le devez conserver soigneusenent dans ces temps-là, et vous le pourez faire d'autant plus sûrement, qu'il ; a moins à craindre la recherche des sens , qui, étant «lors tout amortis, ne songcnl pas tant â leur propre satisfaction.
Ma trè»-cbère fille , je ne vous ai point reconnue daDB votre leUrc. D'où vient celaî Je vous prie de m'en mander pleinement et succioclemenl le sujet. F.I1 Lien, s'il fallait pour les accidents se troubler, nous n'aurions jamais de paix. Je vous ferai part de celui qui m'est arrivé. C'est que mon père maître m'est 6lé et ravi d'entre les mains par l'ordre de la divine volonté, qui est notre chère maîtresse, tant en la soustraction que dans l'abondance, et autant dans les sécheresses que dans les communications les plus douces. Eli bien, c'étafl une personne qui m'aidait beaucoup pour me porter A Dieu , qui est ce que je chéris et désire le plus. C'est celui qui m'a tant («commandé votre maison, quf
,^ m^a encouragé à vous servir en parliculier« qui in^a fait séjourner encore ici, selon la volonté divine , je ne sais par quelle providence : enfln c^est lui lequel m'a lant dit de bonnes et saintes choses. Mais la volonté de Dieu ne vaut-elle pas bien ce saint bomœe , qui n'a de piélé que par la sainteté de cette divine volonté? Ne saurat-elle pas suppléer à ce qu'elle nousôte? Ne fera-t-elle pas bien par elle-même ce qu'elle faisait par autrui? Ma très-chère fille , adorons la volonté de Dieu : adorons ce cher Malti*e qui permet ces rencontres fâcheuses pour notre sanctiGcalion. il permet aussi nos chutes pour nous rendre plus humbles , plus vigilants à le servir, et plus soigneux à éviter les moindres occasions qui lui pourraient déplaire. Quand vous aurez manqué à quelque chose, après on avoir demandé pardon par votre bon Jésus, et à lui-même, puisqu'il est Dieu , vous devez vous réjouir dans la vue de vos faiblesses et de vos infirmités. Car le péché
122 LETTRE GLXI.
a deux regards. L'un d'opposition à Dieu : et» selon ce regard, il faut que la contrition suive le péchés et que Time le déteste et en fasse pénitence; et, après, qu'elle demeure en paix , se conOant en la miséricorde de Dieu , qui promet le pardon à la douleur. L'autre regard du péché consiste à l'envisager comme la chose du monde la plus basse, et qui rend les créatures les plus viles, les plus abjectes et les plus misérables : et, selon cette vue, il faut nous réjouir de l'abjection et de l'humiliation qui nous reste de nos fautes. C'est là où vous devez purger votre amour-propre, eiercer l'humilité, anéantir vôtre orgueil, vous nourrir dans votre abjection, et par lu trouver des remèdes contre vos péchés et contre le mal que vous pourriez commettre à l'avenir.
Une troisième chose que vous avez à faire après avoir détesté vos péchés et vous en être humiliée, est de vous unir à votre époux plus étroitement que jamais, afin
LETTRE CLXn. 123
que, redoublant votre ferveur, et faisant vos actions avec plus de pureté, vous puissiez réparer tout le passé. Avec cela vivez en paix. Ne vous découragez pas; mais, au contraire, prenez occasion de votre disgrâce pour vous perfectionner.
Changez cette opposition «n moyen , et cet éloignement en union. C'est là le dessein de Dieu, en Tamour duquel je suis de tout« ma volonté tout vôtre.
n exborte la mftmc peraonne à se laisser tonie rem" plir de JésBs-Gbrist et de sou pur amonr, sans s'attacher à ses faveurs sensibles.
Qui a Jésus a tout Hé, plût à Dieu que vous en fussiez toute pleine ! ma très-chère fille. Je ne vous désire que cela. Car c'est en lui que vous trouverez tous les trésors de la sagesse et de la science qui peuvent vous rendre agréable à Dieu. Ne faites
i2/| LETTRE CLXIh
donc autre chose que de teodre sans cesse à ce bonheur, et vous présenter à lui pour recevoir ce divin amour, et ce cher époux de votre âme. Il vient en ce jour, et descend des cieux pour l'épouser. Tenezla toute prête; et qu'il trouve votre lampe allumée en vos mains, c'est-à-dire Tamour ardent en votre cœur, qui vous porte à tout faire et à tout souffrir pouf Dieu. Ne soyez pas du nombre de ces folles vierges qui^ pour s'être écartées de lui pour un instant, et ne s'être pas toujours tenues . prêtes, le perdirent, et ne furent point admises à ses noces. Soyez le plus souvent que vous pourrez en attention à ce divin Verbe, lui présentant votre âme continuellement ardente de son amour. Il est si beau^ qu'il ravit même son Père : il peut bien faire le même effet sur vous.
Si je vous ai mandé que je ne vous voyais pas dans votre lettre, ce n'est pas que je ne visse à plein et nettement votre état : mais je n'y voyais pas vos dispositions com-
y LETTRE CLXll. 135
iDunes, et les Irails orilinaii-eB de votre fime, qui étail un peu brouillée par l'a* mour-propre. Car si rous y prenez garde, ces troubles naissent, non du seul déplaisir d'avoir offensé Dieu , mais de certaines réBexions que vous Tailes sur vous; comme de n'èlre pas si parfaite que vous pensez, de ce qu'on dira de vous, de ce que vous avez peu avancé : ce qui Tait peine à votre orgueil, qui ne peut aussi souffrir la laideur qui se lenconlre dans ses imperfections. Peul-étre ménie que, vous étant trop attachée aux goût'' et aux consolations, et vous étant rendue trop dépendante de ces grâces sensibles, quand Notre-Seigneur vous en prive par punition, et qu'il les relire, votre âme, accoutumée à le servir avec ces secours, s'inquiète, se trouble, s'embarrasse, fait mille réQexioQB : et voilà l'étal de notre pauvre Marthe.
Apprenez, machèreQlle.iine plus faire désormais toutes ces réflexirins, pour envi-
sager seulement VOS fautes, par t'oppuilion qu'elles ont à Dieu, et pour ne vous en allrisler que dans cette vue. Car alors vous n'en Eerci pas longtemps troublée ni abattue, mais, au contraire, vous r trouverez de la coDsolatioD.
Etendez-vous aussi peu à peu iadépendaale de ces douceurs et de ces faveurs sensibles que Dieu doone quaud il lui plaît, mais desquelles il ne faut jamais dépendre. Il /aut l'aimer et le servir saos attache à ces clioses, et ne lui être pas moins fidèle quand il nous eo prive que quand il nous les doDDe. Ces secours aoot des secours que l'on peut dire même être comme étrangers i l'amour de Dieu, puisque l'amour en lui-mËme et en sa pnreté' comme il est eu Dieu et dans les âmes parfaites. D'est pas sensible. Ce n'est pas, ma obère fille, que je veuille que vous ne vous serviez point du tout de tous ces aides flatteurs que Dieu donne à votre infirmité : car vous en avez besoin. Mais j'entends aeu-
LETTRE ChXÎU 127
leroent qu'il faut vous en rendre indépendante; en sorte que, quand vous en serez privée , vous ne laissiez pas de continuer vos devoirs et vos exercices , par la conduite et la lumière pure de la foi. C'est la petite leçon que je vous donne et que je vous conjure de retenir.
Gardez ce mot pour le relire de temps en temps, et le mettez à part; car vous en pourrez avoir besoin , ou pour vous , ou pour consoler vos amies , à qui il pourra être utile dans les sécheresses. Adieu. Priez pour ce pauvre infidèle qui ne demande qu'amour. Aimez bien Jésus. Anatbèmesur tous ceux qui n'aimeront pas Notre^Seigneur Jésus*Christ.
LETTRE CLXLIl
Il Umoigneà un ecclétiutiqus nnegniulstriidn*»), St Ini ei[iliqDe loinmtnt ili leronl unis miirntment fiu«nibl«. en h lemnt noia i Dieu huL
Je ne puis vous exprimer la joie de mon cœur à la vue de uionsieur votre parent, qui a ravi idod Ame en m'appurlant avec lui quelque chose de vous. J'ai de la peine à vous éci-ire, tant la leudresse m'occupe etm'empPchedevoircequejevousmaode.
J'adore le principe qui l'opère, el l'esprit qui forme ces senlimeols si peu familiers aux gens du monde. Que le Ciel soit béni à jamais de sa bonlé , qui a soin des inflrmes, et qui console les arûjgés dans leurs Iribulalions. 11 est vrai que j'élait tous ces jours passés au milieu des épines, de me voir éloigné du pauvre H. C*** qui se relire de la maison ; el ayant porté celte croix accompagnée d'amertume ,
LETTRK G|«^III. 129
comme vqus ç^yçz que ces choses tirent ayçç çUçç A^ç fm\^ |r^s-fâç)içu8es , notre hqu MaUre, gui ip'^vajt, 8uspen(li| iQute jçiç çt tiOute consolation pendant ces leœps, me V^l repdqe très-abondaqte en qe moment. Je ne pqis rien voir qi|i vous appartienne gui pe fas^ cet effet en mon âme, et je juçe par là qqe votre éloigQemçpt ipç sçx^ apssi utile en ssiçriûçe çQmipe ft YQH^ Il JP'pWig? k rf^uQ^vel^r le ÇQUvQpir 4^ çç? p^rplçR : Qup fc? qdqratfUrs fidikf Q4çrerçnt h Père en esprit ^^ en vérité; çn réparation de ce qui n'est pas li)i, et çn pnion réelle et véritable, mais intérieure çt spirituelle de tout ce qu'il possède. 0 mpp cher IVJpnsieur , quelle vie que celle 4^ Pieu ! Quelle communion que cellg de 063 membre? finîmes d'qn même ç^pritl Que les opérations de Fan^our et de 1^ purç 4il^<*4l9i^ $P"t suaves et puissantes, et qpe nous sppimes faibles sous un principe §i fort, pi efGcace et si boni J'^brèhepde vptre première yuç^selonj1e|^8|ft^^
130 LÏTTBE C^LXIIl.
ment, autant que diod esprit et mon âme la veut ; car je ne Bais comoienl je porterai ces effets, si Dieu me les fait épiouver à proporlion des bontés qu'il me fait ressentir par les cJioges qui vous louclieoL
Certes , je vous avoue que la seule expérience des opérations de Dieu sur nous nous ferait dire ce que l'école nous apprend, que, pourporler la vue et la jouissance de Dieu, il faut avoir en soi quelque puissante qualité qui nous TorliSe et nous Goulieune. Quand Dieu nous aura tirés en lui, et dans ce sein 0(1 tous les saints seront imbus de su substance et de sa vie, chaque saint sentira et portera en soi les opérations que Dieu opère dans tes autres , comme cliaque personne divine porte eu elle toutes les opérBlions de la diviuilé; il me semble qu'en la terre celte communion des justes et des lldèles est un commencement et un ér.lianllllon de cet élat suprême, el que Dieu veut que nous soyons tellement un ensemble, que nous sofons
participanls du fonds divin qui remplit toatee les personnes de l'Église : Particeps tgo sum omnium lintentium te. Mon Irtscher, c'esl là ce qui noas reste en nos éloignemenls , et ce qui nous doit être le plus cher en la vie présente, d'être vivants en [)ieu , et d'avoir part en Dieu à tout ce qu'il est et qu'il opère en l'Ëglise. Que voQlons-nous hors de Dieu? Que n'avonsnous pas en DienT Et o^mbien n'est-il pas jaloux de tenir attaché à lui seul loul ce qui est à lui! So^ous donc collËs à lui , et unis Intimeuient ù son Cire et à sa substance, pour être on lui vivifiés de son esprit et de sa vie, qui nous ser'.t commune. Plus nous lui serons uias, et plus nous serons ensemble en communion de vie, de trésors et de biens spirituels et divine C'est là ma joie et ina consolation unique sur la terre : c'esl lii ce qui me tient en paix et me soutienl avec Torce en celte vie, qui n"est qu'une vie de souffrances, de travaux et de croix. Quelle grâce d'6tre à Dieu
i32 LETTRE GLXIV.
et en pieu à toute sou Église , et dilaté en tout le monde pour le service et pour la gloire de Dieul J'espère que votre cçgur ira s'élablissimt en paix et en joie dans cette vie de Dieu qui lui est taulec; choses- Je suis eu ce luèroe principe, mon cher et très- cher, tout vôtre.
Il exhorte nne bonne âme à se laisser cniciller par l'amonr .
Je ne puis assez remercier la divine bonté des dispositions qu'elle met dans votie âme pour embrasser la croix de Jésus -Christ crucifié et vous y tenir collée. Les anciens tyrans, pour faire mourir les chrétiens, les attachaient à des corps morts, et les liaient les uns aux autres. Ma fille, il est question de mourir et d'être martyr de Famour ; et pour cela, souffrez que, non pas comme tyran, paai^ comme le très-cher père de
tETYRE CLXIV. 133
TOlre arae en Dieu , je vous lie à Jésus- Christ mourani pour recevoir les dernières lialelDeft de sa vie mouratite et l'espril qu'il rendil à sOd t>ere , et qu'il laissa à l'tgllse, sa chfere 6pouse, en explraat sur la croii. Mors il inclina sa lËle vers la terre , cher-
fl des âmes qui le reçussent pour être ^es de son esprit de mort Ouvrez ^otre sein à cet esprit d'amour. Je Conseille de prendre pour cela toute l'octave de saint François en supplérnent de celle de l'EitaJtalion de la sainte Cr«ix, pendant laquelle vous verrez un esprit de charité et de Teu , un séraphin qui vient pour être le divin meurtrier de ta chair de M saint , le crucIDant et le marlfrisant en tout lui-même par les flammes du pur amour. Allons, ma fille , allons par les sentiers de la divine mais véritable charité. Elle sanra hien mettre des clous dans vos mains et dans vos pieds, et percer votre cœur el votre tfile, c'est-à-dire étoulTer votre propre raison pour la soumettre à ta
13Û LETTBE CtSV.
divine EAgesBe; éteindre les désirs propres. de votre cceur charnel fl les inclinntioiis de votre Ame ; retenir vos mains pour n'eire plus agissantes en votre propre vertu; arrRter vos pieds pour ne plus courir après les choses inutiles. C'est ainsi que vous dcMz être arrêtée en tout par l'esprit de Jdm, crucifiant en vous toute la vieille
Je ne puis ,^ans l'état où vous êtes, vous «horter à autre chose qu'à vous tenir fort recueillie, aGn que l'exercice extérieur où Noire-Seigneur permet que vous BOfez employée ne vous fasse point le torl que souffrent la plupart des Ames dans ces rencontres. C'est un conseil où j'ai été confirmé depuis forl peu de jours par la lecture du
LETTRE GLXV. 135
grand saint Denis , l'apôtre de notre France. Soyez donc invariablement unie et arrêtée à votre époux, afin qu'avec lui et en lui vous fassiez toutes choses. Autrement il se trouvera que vous ferez tout par vous-même, par votre effort, en votre vertu propre; c'est-à-dire, en un mot, que vous ne ferez rien qui vaille. C'est pourquoi dans vos temps de loisir recueillez- vous et faites oraison en votre chambre, quand ce ne serait qu'en adorant Dieu, ou bien en lui demandant force pour le servir, ou en vous donnant à lui pour être l'instrument de sa gloire, ou en désirant sacrifier tout ce qui est du vieil homme, ou bien en l'aimant, même en demandant pardon de vos péchés, et souhaitant votre totale conversion et celle de toute la maison où vous êtes, et de tous ies chrétiens, ou en faisant souvent quelques-uns des actes dont je vous ai souvent parlé; car, pourvu que votre âme regarde Dieu, et s'occupe en lui en votre époux , cela suffit pour une bonne oraison.
136 LETTRE tiLXVI.
La plus siùiple est toûj6u)!i ta biéllleure. Noua eu parleMnâ un jbUr & loiaif. Adteu.
LETTRE CLXVr
11 eihorU Dne personnii k reconniitn lei toini de tHen m elle M tut )t fatndlè, et i bé ^u U i«edai«^ duu Im feinci *l In UnUtiau ((â'elle MBffn , donl il loi moDln l'utilité.
Dieu féuitlë consbifittiér la ttièrt et ses eurauts en son P\\i JâsilB- Christ, âtlu de ne hif6 Se tous qu'une teulb ficlilUë pObr si glâiK. ce «ouVerUn S^igiietilf et iAHhr&btë àii'eCtëOr a des voieS bien eàbliées ei iiiËdfihtaeS à m ititibH, pouf \tâ acheminer Ëh fiûfëte âU pbrt (te leur salul. Sût qu6i je vbua pil'e d'adorer la eiagetee suprême, 4ut Ordonné âe« vôtres eomroë de vôDs par un amour incomparable, que vbus ne verrez à plein qu'au jour de son fiernilé, et qui veut en attendant vous exercer sur la foi en simplicité parfaite, et en
tETÏBt CLlVl. 1S7
lolïle âoUtniËSion él eDUer aliandon k lui pour toutes Choses.
Pûtt mbtttàm* votre BlB , qui hA litfirtne au^rëa de Ï6ùa, aprèâ aVbit thmiAéii la divine ebndtilie âUr tui . Il m'ï bitoUé qti'il était ulile et Hiêwssâirt b s6h esprit « i ti ilisposIliOD d'afôîf quelque îùi\ ae U oatâte de celiiî qu'il rekaeUl, bSd de ftilt^ CD lui ix 4ui est de plus ibipûnellt pour l'jbtâriËuf de «on Smê. li main de Cettll qUl le mofliflë lé flvtlterà quand 11 (ïudra.
P6ur ce qui fous fegârde , n'en soyei psa eb peiné; car tes cboSes où voui teulet avoir qoËlqtie atUche ïeûsible contre votre votoblé ne vous peuvent ouirt, el elles ne vbUB sOnt laissées que pour voU8 etener contre un ennefnl formé des malna de Dieu, contre lequel il prend plaisir de voUs toir combattre. VoUs feles Irop timide contre lé jouet de Dieu. Il faul, dans le même esprit qui fous le tient présent, vous exercer eohire lui en liberté.
Û ma fille plus que très-ctifere en JëSus-
138 LETTRE CLXVI.
Christ, que les inventions de Dieu sont admirables pour humilier ses enfants, et pour les tenir petits et craintifs en sa sainte présence I N*est-ce pas un grand avantage, un grand repos, et une confiance certaine h un enfant, de voir la vigilance et le soin d'un si bon Père, qui nous prépare toujours de nouveaux biens et de nouvelles gr&ces en la terre et au ciel, par des voies si amoureuses et si sûres, et qui ne nous feront jamais tomber dans le mal , étant conduits par la protection et par la providence d'un tel Père. Sus donc, ma fille, pour votre confusion, avouez que vous êtes plus faible que les enfants qui craignent les fantômes trompeurs de leurs pères et de leurs mères. Voyez quelle est la force prétendue de Tesprit humain, et si Dieu ne sait pas se jouer des forts et leur faire confesser leur faiblesse?
Quand ce grand médecin aura guéri le mal inconnu de votre âme et ce vain appui qu'elle pouvait prendre en elle-même ; qu'il
LKTTRE GLXVI. 139
aura anéanti ce fond qu'il prétend possédéV et remplir de lui seul , il vous laissera en paix , et vous fera jouir du repos que vous cherchez ; mais ne le prétendez pas auparavant. Livrez*vou8 en abandon entre les mains de cette divine sagesse, pour être traitée dans vos maux selon sa sainteté et sa puissance. Il ne veut rien laisser en vous qui puisse mettre obstacle à son être trèssaint. Que pensez- vous que Dieu, votre tout aimable, veuille faire sur vous et en vous, sinon de vous purifier, et tirer du fond de votre âme ce qu'il y a de plus caché? Quel tourment croyez- vous que soit celui que causé la sainteté de Dieu? C'est bien autre chose que celui de sa justice sur les Ames. Gomme il est infini en sainteté, que ne fait-il poiat sentir et porter à une Ame qui est infiniment éloignée et retirée de lui , comme Test toute la créature humaine en l'état de la vie présente? C'est pourquoi ne vous étonnez pas de ce que vous souffrez. La fin de votre mal n'est pas
IW LEWllB CLÏVII.
fif proche. Il faut vOUB résoudre à persâvérer ei h goufn-lr avec oanrap , tachaiu que vos nlBUt MAI prédeol pour vous. Ils' voUB dolTttnt donner un grand Mtoonr fioar Jéiua et pour son Përe, qui ne prend pns un tel Min poar tous, et qui ne s'applfipK pis avec la même vigilance a la perfeclion et i la sainlelé de eha<)Qe ame. AHong doue a l'abandon dans le sefn de Dieu , et en la vue de Dteii perdons-nous ueus-intines de Tue, oubliant tout ce <iae nous mbiobs, afln que rien ne nous empêche d« voir, d'aimer, d'adorer et de servir Dfeu nniqtie-
LETTRE CLXVIl n fnu UM Ime 1 M bohit^ du (inr unow
J'expère que vous me Ter» la griCe de me fïire savoir au long tes diEposiliânsde votre cœur; car te me Sera une Joie IndI-
LETTRE GtiXVII. l&l
ciWe d's^pprendrç Je Heo que Dieu vpus f^it, i&t je YOU$ 90 {IQUbaite «tuUqt qu'pn eo peut, souhaiter k «pe pure çré^tare. Vivez de Tampur, puisque c'est Talfroent qui doit PQurrir votre âme, et que Pieu mènje Yous 9 préparé. Je ne s^is ce que je dw peqser sur votre peine, siooa que Oieo se sert de tout pour nous crucifier, et surtout des choses qui nous plaisent le plus ; en sorte que ce que nous pensiops être poire soulageuienl devient, par l'ordre du divip MaUre, notre acqabierpept. Après avoir agréé celle peine, e^erce^-vous, je vous supplie, à aimer oieu, comme l'unique objet de votre cœur. M sa ve^ -vous pas ce qu'il vous veut être, et c« qu'il veut que vous lui soyez? Plongez-vous tout ep lui ' dppwez^vQus tout à lui : u'aUendez rien que d^ lui. IMéprisez toute créature comme iiQpuissante à vous servir, et même pe faites aucun état de tout ce qui n'est poipt Dieu> et surtout de ce qui vous pourrait promatlre du secours, et dopt vous en
pourriez atleDdre. DieuEeul veul être voire foi'ce, votre soulagement el votre tout. Au reste, je le prie tous les jours qu'il vous donne la force de vona anrmonter; car ces vertus lâches et à demi établies lâchent souvent le pied et tournent en arrière. Les accidents passés voua doivent bien humilier et vous faire connaître ce que vous Aies; maiacourage.ConiD]uaiez-souveDt,el faitesle tous les jours spirituellement, aHo que voire époui vous remplisse de l'amour qu'il est venu apporter sur la terre, et dont il désire tout brûler. Soyez de ce nombre , et donnez-lui votre cœur pour Sire consommé par celte sainte flamme. Oh ! que j'en ai merais les cendres ! Fai tes ce sacrifice avan t que je parle; el que j'aie la consolation d'avoir vu une victime et une hostie oITerle en holocRUsle, brûlant incessamment sur les autels du Dieu de notre amour. Hél plût à Dieu que je pusse voua ouïr dire ce que je viens de lire dans les mémoires d'une sainte personne : Je ne saurais qu'ai-
mer. Adieu. Tout vôtre en Jésus notre tout.
Qn'il ne faut voir et aimer qiie Dien.
Relevons notre cœur et le dilatons en Dieu et en son pur amour; c'est saint Paul qui défend que Ton souffre qu'il se rétrécissse. Hé quoi ! cet adorable Seigneur, qui comprend toutes les créatures en éminence, et qui est souvent jaloux des divertissements qui nous détournent d'auprès de lui, n'a-t-il pas de quoi nous occuper et remplir notre cœur, qui n'est né que pour lui, et dont la capacité ne peut être remplie de rien moins que de ce divin Tout ! Anéantissez donc en Dieu toutes vos vues qui ne sont pas de lui. Hélas ! que bien heureuse est votre nécessité et votre obligation de ne voir que Dieu seul et d*en jouir I II y en a beaucoup qui souhaiteraient avoir votre
HA l.erTHE CLXVIII. •
cootraiqte, jQviBKf donc, ma très-chère fille, de la purelé de votre vocation, et 4u bonheur que Dieu vous présente, qui est £i rare , et eûsemble si pénible k la nature.
11 ne iai)t poinl.-Bouq quelque prétexte que ce soit, se rabaisser. 11 faut, dans la pure Toi, se relever toujours au-dessus de toute cr^ture et se déprendre de tout, pOUi* 8'élever et S'envolçi' en pieu. Je vois votre peipe- f^ vois ce que pieu veut que vpua enduriez pour balancer la douceur de votre vocation ; mais il faut ^tre généreuse, il faut Ëlre courageuïe, et Jésus sera votre fgrctl et voire élévatign ; car fl s'est abaissé pour cela, el il s'esl fait boipme pour vous porter en Dieu. H pogrraîl, en toute juslice, vous priver de «es dons; mtijs, hélasi qu'il fasse ce qu'il voudra ; ees gènes, ses croix el ses maladies seront nos amours. Qw'U brise, qu'il coupe, qu'il brflle, pourvu que nou» l'aimigos dans le fpod de npire ime, o'est tm*, P'us je vai4 en ^raDi, et plus je recQDiMis U dëpeudADce qu'il (^ut
LETTRE CLtVIll. IflS
indr en tout de ce divin époux, et la uéceBBilë d'amorlir cette nature jalouse de rtgner. Mon Dieu, que ce divin amour ne coDBomme-t-il tout c& qu'il y a du n6lre en nous I Que ne nous rend-il des instruments souples à ses corn m ao déments, et morts absoluineol à dos tcouvenients 1 II Féale encore bien du chemin à faire. Je prie Kotre- Seigneur qu'il nous coodulBe par In main , et qu'il ne nous quitte jaa>ais, ou plutAt que nous ne nous retirions jamais de lui et de sa. divine conduite et amoureuse protection. Ua Ires-chëre mère, pardonnez à votre tiis , qui est devenu votre jiftn, parce que vous avez déairÉ d'ttre sa
iàÙ LETTRE GLXIX.
LETTRE CLXIX
Qa'il faut mourir entièrement à soi ponr ne Tivre qxi'en Jésus-Ghrist.
Enfin que direz -vous de mon retardement à vous faire mes actions de grftces pour vos bontés? Quoi que vous en croyiez, il faut que je vous dise que, sans que vous le sachiez, j'y ai déjà satisfait; car, ayant remercié la majesté de Dieu de tous ses biens, je crois vous avoir reconnue dans la foi; car j*ai reconnu Celui qui en vous me faisait toute la grâce que j'ai reçue, et en qui seul vous pouvez me faire du bien» et exercer la charité envers mon âme. Qu'il soit loué à tout jamais ce Dieu d*amour, qui non -seulement remplit votre cœur de charité, mais qui consomme encore du tnème feu celui de tous les bienheureux. Je souhaite que ce feu consomme en votre âme votre superbe et votre amour-propre ,
LETTRE CLXIX. 147
Jpxe Notre -Seigneur ne renvoie sur la ^ que pour brûler ses ennemis. Prionsâdonc que 9 selon ses désirs, il nous connmme tout en Tunité de son esprit , et |u*il ne laisse plus rien de propre en nous, ni esprit ni volonté, qui ne soit absorbé dans ce feu divin : c'est, ce me semble, à quoi vous devez travailler soigneusement. G*est un mal caché en nous que Pamourpropre, qui ne nous parait pas ce qu'il est, mais qui est pourtant le capital ennemi de rhomme nouveau et de la vie de Dieu dans notre âme. Appliquez- vous donc tout de bon à le détruire. Faites-vous exercer à cela par votre bon ami et votre cher directeur. Exercez-vous-y aussi vous-même à son défaut. Mourez pour cela à vos pensées et à votre propre jugement. Sacrifiezles le plus souvent que vous pourrez. Assujettissez toujours votre volonté , et ne vous gardez de rien tant que de vouloir quelque chose par vous-même, et de vous porter à l'entreprendre par votre propre
UlB LETTRE CLXIX.
esprit Oh 1 que cet esprit propre et «es opéntiODS goDl dangereuses dani la vie iDtérieure ! C'est là ce qiii cooldste le Saint Espril : c'est ce qui l'éloigaerait de vous ei le refroidirait contre vous. Eu un mol, ce serait vous priver de sa lumière et de son amour qus de dumeurer attachée à vos peoBées, ï yosjugemeDlsetâ vous-même.
Qu'un esprit mort â tout est tranquille , et qu'il reçoit en lui atwndamnient les opérations divines I mais , au contraire , qu'un eqirit qui n'est pas mort à soi perd de grlces et de bénédictions, et qu'il éloigne et bannit leia de soi cette communication de Dieu, auprès duquel en cet étal on demeure comme étranger, on demeure vide de lui et rempli de Boi-mëmel c'est là toute la cause de notre perle, aussi bien que le sujet de la perte et de la damnation des anges. .
. Mourez donc , je vous prie, à celte partie intérieure et délicate de vouB>même,et|Mr là vous ferei un sacrifice qui mérilen voUe
LETTRE GLXIX. 1/^9
résurrecfion spirituelle ^ étant toute revêtue de Diçiu et de 6a vie, par la mort de tout vous-même. Que si voud êtes aiiksi morte à tout vous-mètoie, et vivante k Dieu seul, votre vie, qui est maintenant cachée au fond de vous avec Jésus-Christ, comme dit l'Âpôtre , éclatera en vous et rejaillira hors de vous-même. Ce sera là le fruit de votre mort et de la sépulture entière de vousmême , et ce que vous devez espérer après que vous aurez enseveli votre vieil homme et toutes vos propres facultés dans Tesptt de Dieu et dans sa propre vie. Pour cela accoutumez -vous surtout, comme je vous Tai déjà dit, à là mort de Tesprit, le sou^ mettant aux jugéméAts et aux pensées d'autrui. Gela vous acquerra facilité pour cette mort , que mille fois je vous veux répéter, et sans laquelle vous n'aurez jamais en vou6 la vie divine; car elle iie se donné à Tâme qu'après quelle est mdrte à sa propre vie; puisque c^est de la mort à elle-mè^è qu'elle doit ressusciter à la vie de Jéàus.
150 LETtae CLXÏ.
Priez ce divin Tout, mort el ressuscité pour voua, qu'il vous rende participante de l'un et l'autre de ces mystères. Cest le Boubait unique de votre Iràs-humble et trës-obligé servileur.
De l'igoDic d'iiM Ime qae 11 foi sépare el dégage et totilet choHS poui U [aire Mre nniqnemeDl i Diro.
J'ai reçu deux de vos lettres, qui m'ont appris avec cousolatioa l'étal de votre Intérieur. J'en béais Dieu de tout mon cœur, et je le supplie qu'il aciiëve en vous son œuvre, voua attirant toujours de plus en plus A lui, el voua retirant de tout vousnèoie et de tout l'élre présent, gui n'est rien que mensonge et inconstance, c Jésus était bier, dit saint Paul, il est encore aujourd'bui, et il sera le même dam les siècles des siècles, u H n'en est pas ainsi
de la créature. Elle n'est jamais en un moment ce qu'elle était en Tautre, et pieu Ta voulu de la sorte, afin que toute la créature fôt en hommage perpétuel vers son éternité et vers son être toujours constant dans le ciel. Oh ! qu'il est doux d'avoir atteint une fois du fond de TAroe à ce fond étemel de Dieu, qui veut non - seulement vous dégager et vous déprendre de toutes les choses grossières du monde, mais même de tout ce qui est sensible en ses voies, pour vous unir intimement à lui, vous rendant un avec lui et un esprit avec le sien !
Tout ce qui n'est pas Dieu est au-dessous de Dieu. Et même les dons sensibles des lumières ou des goûts dont il se sert pour toucher et remplir le temple grossier des âmes encore terrestres, et qui sont comme les vêtements dont il se couvre, sont repré^ sentes par Isale comme étant au-dessous de Dieu, remplissant le temple. Par où il semble nous vouloir apprendre qu'un jour
152 LETTRE CLXS.
viPDdraU que Dieu remplirait le temple splriluel des cœUre et des esprits fidèles de sa propre subslaoce et de lui-même, qui est esprH très-pur et irès-salni, et qui est Rième appelé trois fols salut par les anges dans le ciel. Voilà de quoi sa citarlié nous veut remplir par l'Union avec lui que nous doniie sa divine Toi, qui nous y lie sans milieu. Leb autres choses sont des moyeus grossie!^ qui flous attirent et nous approchent, mais ne nous unissent pas en terre si imnrëdiatement à Dieu. Nous pouvons bien par là toucher, pour ainsi dire, lesvËlements de Dieu; mais non le loucher luiidëme : il n'y a que In foi pure, cette foi viriflâe et animée de charité, et que saint Paul appelle le lien de perfection , qui nous y unit inlimement en cette vie, et qui, nous séparant de tout, nous Fait entrer (tans une unité admirable avec lui. Allons donc i relie vie intérieure , a cette vie de foi où il nous appelle, Iriarchez-y en confiance, toute perdue et anéantie en Jésus
et en Marie. Et si vous n'y trouvez aucune consolation, et qu'ils ne veuillent pas mêitie vous y laisser la joie d'aucune idée sensible de ce qu'ils sont en vous, ou de ce que vous êtes en eux , sachez que c*est pour vous ôter tout ce qui vous pourrait porter au détour de Dieu et au retour sur vousmême, et pour vous être ainsi de plus simples moyens qui vous établissent parfaitement en Dieu. Jésus-Christ, Tunique du Père, et qui habite ed son sein, n'en a voulu sortir que pour nous y reporter avec lui. H a dit à ses disciples qu'il est leui^ voiCj que personne ne vient au Père que par lui et en lui, et que son Père, qui est plus grand que lui, doit être notre flh et notre consommation, il ne veut point, comme homme, se rendre notre fin ni notre occupation dernière; mais son souhait est d*être vu , connu , aimé et goûté dé tous lés hommes, aûn qu'étant tous consommés en lui, et devenus un avec lui, ils se perdent avec lui et en lui-même en Dieu le Père ,
qui est leur dernière fin , auBsi bien que leur premier principe.
Ohl que de dénùmenU, que de séparations, que de divisioas en vous-mâme il vouK faudra porter pour parvenir à cet état7 ■ Il faudra, dil l'Ap61re, que le glaive de la parole et de la foi aille jusqu'à la division de l'Ame et de l'esprit ; » et quand notre grand Maître en viendra à ce point, qoe de bon cœur je pleurerai avec ?ous, et répandrai des larmes de douleur et de ,joie, souffrant dans voire martyre, mais me réjouissant de votre liberté et de voire couronne I
Je vois bien que Dieu a déjà conmeocé en vous cette division , mais ce n'est rien au prix de ce qa'il veut faire; car pour rendre votre âme belle, juste, simple, douce, patiente et miséricoriiieuse comme lui , il faut qu'après l'avoir tirée de la chair il la divise de voire eq)rit, ce qui esl trèsrude et très ' pénible à la nature. Car si l'agonie est douloureuse dans la séparation
LETTRE GLZX. 155
de TAme d'avec le corps, combien plus estelle pénible dans la division de Tesprit et de Pâme?
Notre- Seigneur a souffert Tagonie par deux fois : Tune au jardin des Olives , intérieurement , où il s'était retiré avec trois de ses apôtres; Tautre à la croix, extérieurement, et à la vue de tout le monde. La première était pour mériter la force aux personnes intérieures de porter Tagonié^ spirituelle dans la mort et la division de tout elles-mêmes, qui s'acquiert, et à laquelle on parvient par Toraison. C'est pourquoi il est remarqué dans l'Évangile que Notre - Seigneur faisait alors de plus longues prières : Foetus in agoniàprolixiiis orahat : et que son Père lui envoya un ange pour le conforter, parce que c'est en ce temps - là que les âmes ont besoin d'un ange confortant Je ne suis qu'un démon en moi-même; mais pourtant, tout misérable que je suis, je suis pour vous un ange par mon ministère, et j'espère que
Nolre--5eigDeur me reodra préseot i voua, ■ el m'enverra vers voua ponr vous aider el vous secourir; car ce bonheur de ménrir parfaitement n'arrivera pas sitAt. Il faudra bien, languir auparavant, et souffrir en votre àme. Celle agonie intérieure, pénible et cruelle au langage de Job, vous rendra UD jour l'agonie extérieure fort douce et agréable , et elle fera que vous vous réjouirez d'aller jouir à jamais de votre époux en unité parfaite, après avoir été purifiée et séparée parfailementde tout ce qui n'esl pas lui en votre âme.
de lenri files. .
Notre - Seigneur m'a donné ce inatla dé qaM répondre A votre lettre et satisfaire à voire désir, en me faisant connaître la manière dont noui pouvions noue occuper sur
LETTRE GLXXI. 157
les saints, et nous entretenir aux jours de leurs fêtes. Je voyais premièrement qu*il falUit les honorer en leur gloire, et se ré~ jQuir avec eux de T^onneur et du service qu'ils avaient rendu à Dieu durant leur vie, reconnaissant avec euip la libéralité de ce grand Seigneur et de ce souverain Maître, qui réçpippense ainsi ses serviteurs. Je voyais aussi qu'il rallait se réjouir avec Di^u de l'honneur qu'il recevait par ses s^nljs, à Toccasion d^squiBls on lui rendait t^nt de lonangjBs.
Je reconnaissais encore qu'il fallait s'unir à leyr ^prit, et se lier à eux , pour rendre à pieu les mêmes honneurs et les mêmes Içuahges qu'ils Iqi rendent dans le ciel; et qi^'i} fallait ie faire ainsi leur aide et leur supplément, pour glpriQer pieu et le louer 4e toutes ses grâces et de tous ses bienl^^t^. C'est la joie la plus'grande que reçoivent les sainte, que çl^avoir des associés 9,yéç eux qui les aident à louer Pieu , et qui suppléent au ^i^pir qu'ils auraient de le m%-
158 LETTRE CLIXI.
gDlfier par ceDt mille et cent mille boucbes, s'ilBlesavaieDU Je remarquais mèmecomme il fallait, pour les contenter, se lier avec eux a Nolre-Selgneur, pour offrir au Père les loaangeB et les hommages de sou Fils. Car comme ils savent qu'ils ne peuvent satisfaire ft Dieu que par le culte et la religion de Jisus-CItrist, aussi ne peuvent-ils se contenter que par les respects qu'ils empruntent de ce divin Sauveur pour honorer Dieu comme il mérite. Les anges mêmes dana le ciel en usent de la sorte : et l'Église nous dit que c'est par lui que tous ces esprits bienheureux adorent sa souveraine majesté ; Per qvem tnajcsUtiem luam laudant Ângeli, adorant Dominationet , tnmunt Potataies. Les anges louent Dieu par les louanges de Jésus-Christ. Par Inl les Iteminations l'adoreut et les Puissances le révërenL Par lui toutes les Vertus des deux et tous les Séraphins chantent à Dieu ce grand cantique : Saint, Saint, Saint, ne pouvant se contenter autrement. Et voici
comment cela se fait. Tous les saints étant conformes à Jésus-Christ , et ayant tous en eux son même esprit répandu dans leur cœur, qui loue et gloriOe Dieu incessamment, ils louent tous en lui la majesté de Dieu, à cause quMls s'unissent à ses louanges et se rendent au torrent de magnificence que Tesprit de Jésus rend en eux à cette divine majesté. Ils sont comme les poissons qui se laissent conduire au branle et au mouvement de la mer. Car les saints étant comme abîmés dans la personne de Jésus -Christ, ils se laissent aller au branle de son esprit : ils se laissent porter aux saints mouvements dont ils honorent Dieu, et à ses élévations perpétuelles qui 9 étant infiniment parfaites et agi'éables au Père, le contentent en son Fils, sans lequel ils ne pourraient le satisfaire, n^y ayant que lui qui soit digne de Dieu.
Je souhaite que vous expérimentiez bien cette vérité sur la terre, et que la convielion qu*on ne peut rien qu'en Notre -Sei*
gneur, et qu'on ne saurait rendre à Dieu ses devoirs que dans le secours de son divin esprit, vous fasse aimer eet exercice. Je prie ce divin Seigneur de rendre noire cœur un digne temple de ses louanges, dans lequel il puisse honorer Dieu son Père comme il le désire. Et puisqu'il lui veut rendre en nous ses devoirs, et qu'il désire que nous servions comme de supplément à l'abondance de sa religion et de son ^mour qu'il répand en nous, ne pouvant le contenir en luirmême^ liez -vous particulièrement à lui en tous les saints, afin d*entrer avez &aji en société de ses hommages. Il est mort pour s'acquérir et se consacrer nos cœurs comme ses temples, dans lesquels il puisse magnifier Dieu : et tous les saints au ciel sont comme autant d'échos qui lui servent à multiplier les louanges qu'il rend à la gloire dç Dieu. G'eit là l'ol^et des peines et du travail de Jésus -Christ sur la terre ^ que d'acquérir des âmes qui lui aident à glorifier son
LETTRE CLXXI. Idi
Père , n^ayant point de plas grand repos ni de plus grand soulagement que de se répandre ainsi dans les saints, et de trouver en eux des aides à son amour, qui par ce moyen s'étend et se multiplie à la grande gloire de Dieu.
G^est ainsi que les âmes qui vivent sur la terre se doivent disposer, pour aider à Jésus-Christ et à ses saints à glorifier Dieu dans les jours de leurs fêtes. Et c'est aussi ce que fait la sainte Église , qui se joint au saint qu'elle honore, afin de se donner pour aide et supplément à sa dévotion, concourant mutuellement avec lui pour glorifier Dieu, et pour rendre à sa majesté les devoirs et les hommages qu'il lui rendrait lui seul, s'il était multiplié dans tout autant de bouches et de cœurs qu'il y a de sujets dans l'Église qui honorent et qui glorifient Dieu avec lui. Tant plus les peuples louent Dieu en ces jours, et tant plus les saints ont de joie et de consolation d'avoir dans leur sein tant d'honneurs
de louaDges à rapporter à Dieu. Le serviteur est d'autant plus gl<»'teux qu'ii a plus de moisson à porter dans la maîton de son maître : et plus il voit qu'on lui apporte de richesses, plus il se réjouit. C'est pourquoi dans ces jours ou doit, pour le codtenlement des saints, et encore plus pour la gloire de Dieu, B'a8seml)ler pour bénir son saint nom sous leur protection, s'uuissant à leurs louaoges et aux devoirs que chacun rend h Dieu , qni sont sans nombre, à cause des devoirs de tous les autres saints, auxquels il participe par l'unkin qu'il a avec eux, etc.
LETTRE GLXXII
Quelques diipoBitioai pour I« lempa d* l'Avfnl.
La volonté de Dieu, que j'adore , et que j'aime , ce me semble , de tout mon cœur , et parllculiërement dans le dessein de tous
LKTTRE GLXXII. 163
servir en Iqi, fail que je ne puis difTérer à vous exciter de nouveau à aimçr votre Tout* et h vous donner quelque exercice qui vous puisse être utile pendant ce
teiops.
Vous savez dphç ^ue TAvent, qui est un temps de pénitence, nous est donné pour nous représenter la loi de rigueur^ et le temps de rAncièn Testament, qui n'avait de soulagement ni de consolation que dans Tattente dQ Fil$ de Dieu t et dans ses soupirs pour Jésus-Christ. Ainsi, pour entrer dans Tesprit et dans les sentiments de TÉ^lise, il faut que vous soupiriez continuellement apr^s sa venue en vous. Et, cpmme tout Tofiice est rempli de ces désirs, il faut y joindre les vôtres, et conjurer incessamment le Verbe éternel de descendre en vous. Ma chère fille, pourriez-vpus biéu être sans aimer et sans soupirer, quand vpus saurez que ce Verbe, habitant en sa (;lpire, et dans ce trône d*éc1at et de majesté » s'est laissé charmer jusqu'à ce point
16& LETTRE CLIXII.
à l'amour et aux soupirs des hommes, qu'il a daigoé, en leur coosidéralion , avancer sa venue? Il a beau régner dans sa grandeur, il s*anéaDtit pour l'amour. Il a beau reposer dans le sein de son Père en sa béatilude, il descend dans le sein de Marie en notre inârinité. Il a beau vivre au milieu de deux personnes adorables de la 1ressainte Trinité en sa pompe étemelle, il vient natlre au milieu de deux animaux, comme un pauvre abandonné. Il ne s'unil pas même à la nature des anges, si Éortable a sa grandeur; mais il vienl prendre ta vdlre, si ravalée et si apposée à son état. Où en est votre coaur su milieu de ces pensées? Faites en sorte qu'elles vous soient fréquentes durant cet Avent
Désirez aussi sans cesse de posséder Bsintemenl ce tout aimable Jésus, et de l'attirer en vous; car le dessein du Verbe éternel eu spncamanl dans le sein de Marie n'était pas seulement de s'unir en personne â la nature particulière de Jésus,
'mais de. s'unir par amour au cœur de toutes ses chères créatures» et de s*y unir par une présence gracieuse et charmante que les amants ne sauraient dénier. Que si cette présence n'est pas comme au très- saint Sacrement, au moins est -elle assez puissante pour le représenter fidèlement à notre àme, et pour nous obliger à soupirer puis* samment après lui.
Mais, ma très-chère fille, il faut se disposer à le recevoir pleinement en ce temps où il parle de sa venue dans nos cœurs comme d'une rosée et d'un divin déluge, il me semble aussi qu'il vient comme un boute -feu, pour mettre le feu aux quatre coins et au cœur d'une ville. Je viens, ditil, apporter le feu du ciel, et je ne désire autre chose que de tout embraser. Tout se fait en plénitude dans ce temps. Présentez votre cœur à ces grâces. Mais pour les recevoir il faut que vous deveniez pauvre «comme Notre - Seigneur , non -seulement extérieurement, mais intérieurement;
166 LtTTRE CLXX1I.
c'EBt-ft-dire dépouillée d'eiiteodemenl et de voloQlé : d'entendemeni , voua dénuant de l'allaché à voa pensées el à vos jugemenls, les soumettant au jugement des autres, vous retraQcliant la liberté de juger de toutes choses, et sui'tout des actions d'aulnii; de volonté, n'aimant que votre Amour, mais l'aimant souverainement, 61 aimant en lui tous ceux qu'il vous commande d'aimer, vous dépouillant pour lui de l'amour de vous-même, déniant à vos iDClinalions naturelles el sensuelles ce qu'elles vous demandent pour leur pure saiisfaction, el non pour plaire à Dieu dans leur nécessité; enlin, anéantissant en vous le vieil homme avec ses habitudes pour vous revêtir du nouveau , el vous remplir de ses dons, de ses vertus et de ses grâces. Dieu, en ce temps, devient de Créateur créature; de Verbe, chair; d'infini, limité; de toal-puissant, infirme; de sage, enfant; de roi, esclave; de grâce, péché : Foetus ptccatum, dit saint Paul : Uesl fall péché
LETTRE CLXXIl. 167
pour nous : c*est-à-dire il eu a Tapparence, et en souffre les disgrâces. Voyez quel anéantissement. Il est infini. Toutes vos humiliations ne peuvent aller jusque-là, carpelles seront toujours unies. Voyez quels dépouillements : la Divinité rabaissée jusqu'à rhumanité; Dieu dépouillé de sa gloire et de ses qualités divines ; le Verbe éternel revêtu de nos bassesses et de nos misères; rhumanité môme du Fils de Dieu dépouillée de sa propre personne. Votre dépouillement sera-t-il jamais de la sorte? Votre anéantissement ira-t-ii jamais jusqu'à ce point? Humiliez-vous au moins autant que vous pourrez^ soupirant durant ce temps après cette vie de Jésus-Christ, et travaillant sans cesse à vous anéantir à son exemple.
168 LETTRE GLXXIII.
Sur le même sujet.
Pour répondre aux intentions de Dieu dans le temps où nous sommes, il faut que nous remployions particulièrement à rendre nos devoirs intérieurs au divin avènement du Verbe en terre. C'est un mystère si auguste, que TÉglise nous donne près d*un mois pour nous y préparer. Et même, a6n de nous favoriser en ce dessein, elle nous propose la sainte conception de la Mère k vénérer pour nous disposer à adorer celle du Fils, et pour nous apprendre que ce divin Sauveur voudrait être conçu dans le cœur de toute TÉglise , et voudrait y établir sa demeure, sa vie et son règne, comme il Ta établi en la nature particulière qu'il a choisie en Marie, lorsqu'il s'est uni en elle à notre humanité.
II veut aussi par là nous faire connaître
LETTRE GLXXIV. 160
comme la saiote Vierge est divinisée en sa conception, n*y ayant rien dans ce saint mystère qui ne soit animé ou revêtu de la Divinité. Le dessein du Verbe est de faire la même chose dans le cœur des fidèles en sa venue, pourvu qu'ils se préparent bien à ce bonheur : car il vient pour être toute leur vie, toute leur vertu et toute leur grâce ; il vient pour être toute la lumière, le mouvement et la puissance des âmes vides d'ellesmêmes et de toutes les créatures. Travaillez donc bien durant cet Avent à vous vider de tout pour jouir de la plénilude que Jésus vous prépare au jour de sa naissance.
n exhorte nne bonne âme à se vider entièrement de tout, pour se remplir de Bien.
Je ne puis vous exprimer la joie d'esprit que votre lettre me vient d'apporter, en y marquant visiblement le progrès de la charité sainte de Jésus-Christ, qui me paraît
vouloir remplir voire cœor de la plénilnde de sa dilection, et la répandre en foules leâ opéralions de votre âme. Que la erfalure est benreuse qui commence à vivre de Dieu, qui opère en elle et par elle en toules choseil II n'y a rieu qui doone à Dieu plus de joie en la vie présente , el qui lui prépare plus de gloire en la future. Ne mettez point d'obstacle à cette vie divine. Laissez -vous -en remplir en tout vonsmCnie par le vide universel de toutes choses. Un Dieu seul vous remplisse et vous possËde : un Dieu seul est digne de vous : et BouflVez plutôt la perte de toule créature que de laisser occuper à qui que ce soit fa place du grand Tout-en la moindre parlie de votre cœur.
Aht si vous saviez la jalousie que Dieu me donne, comme à saint Paul , que votre iulérieor soil possédé uniquement de ce céleste époux I Je ne puis vous l'exprimer. L'amour même de Jésus-Christ en vous vous le doit faire sentir. Il n'y a rien qu'il
aime, et qu^il ait passion de posséder, comme votre âme. Pour la venir chercher, i! est sorti du sein du Père, où il habitait, où il était aimé uniquement, et où il avait toute rétendue de son sein pour son repos et pour sa joie. Qui pourra lui dénier son cœur entiert Oh ! n'ôtes-vous pas heureux quMl veuille de vous, et qu'il vous ait choisi entre mille? Aimez Celui qui vaut mieux que tout, et devant qui tout n'est rien, tout n'est que corruption, que vanité, que mensonge. Soyea à lui par -dessus tout, et me croyez en lui tout vôtre plus que jamais, et pour Téternité, sMl plaît à Jésus-Christ.
Qu'il famt porter en patience les sé<4ieresses et les désolations intérieures.
En priant Dieu sur le sujet de vôtre lettre, je n'ai point eu d'autre réponse en
172 LETTRE CLIXV.
l'esprit que cea paroles du Sage : Il y a un temps de semer et un temps de cuetUtr. Comme Dieu parlage les saisons en la nature, dont les uues sont destinées à semer, les autres à laisser le grain en repos sous la terre couverte de neige, de glace el de brouillards; et les autres eniln sont employées à recueillir le fruit de la semence : de même en est -il en la grlce, où Dieu donne le temps à l'âme de recevoir avec plaisir la douce semence de sa parole; et après II la laisse germer dans le cœur avec plus de repos, en altendanl qu'elle porte des fruits, en patience.
Cette bonté divine, accompagnée d'une douceur el d'une sagesse Immenses, a continué de me mettre eu l'esprit ces autres paroles : Il y a an temps de parler et un temps de se taire. Et, en effet, il est luiroSme parlant en nous, et il y est gardant le silence. Et celui qui prétend de parler pendant qu'il se doit taire. Il le fait sans fmll et sans consolation. Ainsi je vois bien
LETTRE GLXXV. 173
que ce temps de sécheresses îotérieures, de traverses et de conlradictions extérieures, ces révoltes d*humeurs, ces émotions naturelles nous indiquent Ttiiver et une saison fftcbeuse à passer, pendant quoi ce bon grain de la parole, qui a été jeté dans votre cœur avec tant d^abondance de la part de Jésus-Christ, demande son repos, et veut avoir du temps a6n de prendre ses racines et de fructifier à loisir. Une saison suivante fera dire à Jésus-Christ, votre cher époux : Maintenant Thiver est passé ; levez-vous et venez après moi. L'oisiveté patiente où vous entrez présentement sera divinement relevée et excitée par la parole intérieure de la grâce , et par les sollicitations de Tesprit de répoux, dans la diversité de ces saisons. Dieu prend plaisir d'éprouver la fidélité de ses Saints, leur faisant souffrir avec la sévérité des peines de leur état la rigueur du martyre de sa dilection et de sa charité.
Dieu veut que Tâme qui est bouchée à la ' parole, et qui n'a point de goût pour la voix
de l'époux» se tienne humiliée et confuse, dans Tattente de Celui qui doit ouvrir les oreilles et les fermer quand il voudra. Noire- Seigneur et sa sainte Mère, vivax^t sur la terre dans Téminente union de Jadivine charité, se voyaient quelquefois destitués des douceurs et des consolations sensibles dans Texercice des œuvres de piété. Si Jésus- Christ endure en patience et en humilité la soustraction de Tesprit, quelle privation, quelle sécheresse, quelle désolation d'esprit la créature ne doit-elle pas porter quand il plaît à Jésus de se retirer et se cacher?
Il faut étudier la conduite de Dieu le Père sur son Fils, à qui^ en mèm^ temps qu'il communique la plénitude de sa joie et de sa gloire sur le Thabor, dans le mystère de la transfiguration que l'Église honore aujourd'hui, il lui met devant les yeux de l'esprjt la croix et l'excès qu'il doit souffrir en Jérusalem. Par là il nous apprend qu'il veut que la consolation nous serve de force pour la désolation, et qu'en tous
LETTRÉ GLXXVI. 175
temps nous soyons également unis à lui, en son Fils Jésus-Christ, sans dépendance des sentiments, et sans attache aux goûts de la dilection. Cest ainsi qu'il désire d'être adoré des siens. Il veut qu'ils l'honorent par les sacrifices, et surtout par les sacrifices des choses les plus sensibles^ et qui seraient les plus capables de les consoler méroe en Dieu. Dieu , qui a bien voulu qu'on lui ait sacrifié son Fils, veut aussi qu'on lui sacrifie ses membres, et se réjouit que les «enliments de sa grâce jBoient les victimes qui parfument tous les jours ses autels.
A l'occasion de la fête de saint Alexis , il exhorte une tme à l'anéantissement intérieur.
La fête de demain m'oblige de vous prier de préparer votre Âme à recevoir votre divin Amour. Vous lirez pour cela, ai votre loisir vous le permet, la vie de saint Alexis, que
176 LETTRE CLIIVI.
l*ÉgllB« respecte, et qui niérile dea defoira et des hommages parliculiers des imes appelées à la vie cacbée et inconnue de Jésus- Christ. Vous verrez en la vie de ce grand
saint une expression parfaite de l'anéaDlissèment du Verbe, qui doit être le fond de toute votre grâce et de la bénédiction que vous devez attendre à l'aveDÎr, laquelle sera aussi grande que voire anéantissement intérieur sera parfait. Voudriez-vous laisser quelque chose de propre en vous qui ne fût pas anéanti? Voudriez-vous qu'il y eût quelque cbose en vous qui ne fùl pas absorbé et abîmé en Jésus- Christ î Ma flUe, en cas qu'il restât quelque chose de vivant en vous qui ne lui tùt pas encore livré, faites que ce soit demain la fête de votre perle en Dieu ; et faites pour cela une protestation solennelle de vouloir vivre en abnégation totale de vous-même, par une oblalion, consécration et consommation parfaite en Jésos- CbrisL J'espère que Notre-Sefgneur vous - léra cette grâce, que vous devez aussi ta-
LETTBE GLXXTII. 177
eber de vous procurer par tontes les ouver- UMres et tous ies. moyens que le Ciel tous préseaiera. Adieu.
11 fait pa^ttre son abandon à Dieu dans la condnitê d'une âme qui ^recevait peu de consoUtios de ses avis. — Il parle de la manière de s'occuper en U nte de saint Bonaventare et des antres saints.
J'aurais pu avancer mon voyage si je aV vais été engagé à M. T***. Cette bonne veuve est fort désolée et abattue, tant de corps que d'esprit, et elle me fait compassion. Tout ce que je puis est de lui donner quelques remèdes intérieurs, encore en p$tu nombre, Notre-Seigneur ne me donnant pas la plénitude de roqction et de la grâce qui me serait nécessaire pour son soulagement et «a consolation. £t. c'est là une de ses peines assez sensibles, parce qu'elle croit que Dieu la veut délaisser, lui retirant
i7S LETTRE CLXxyn.
roDction intérieare et extérieure tout ensemble. Cet état est fort pénible, et une âme qui y est réduite est digne de compassion. Je lui donnerai un jour ou deux pour lui faire la charité que son état demande, en attendant que Dieu use de moi envers elle en la manière qu'il voudra. Il faut, quoi qu'il en soit, être à la grâce et demeurer en elle. Il faut vivre de Tesprit et marcher seulement par esprit; car tout ce qui n'est pas purement de lui, et que nous voulons mêler de notre art et de notre invention , demeure inutile et sans fruit. Priez pour elle.
Je vous écris le jour de saint Bonaventure, dont je me suis trouvé bien rempli intérieurement. Je prie Notre-Seigneur que la vertu etnmpression de son esprit se soient formées en moi, selon les désirs de la trèssainte Vierge, envers laquelle il était fort dévot. Pendant le temps que j'expérimentais ce bonheur, je désirais d'être en lui ce qu'il était à Dieu, à Jésus et à sa sainte Mère, et d'être à l'Église ce qu'il y était en
LETTRE GLXXYII. 179
esprit, soit à Tégard du clergé, soit à l'égard des réguliers, pour lesquels il avait uo grand amour : c'était un saint bien accompli et parfait en tout. Tout Jésus -Christ étaitformé admirablement en son intérieur. Je demande en toute humilité une mietle des grands festins quMl faisait en son bon Maître.
Ce serait une chose bien sainte pour vous, et que je souhaiterais fort pour une âme, que dans les jours des Saints votre cœur s'ouvrit à eux,[ann que vous fussiez en communion avec eux de leur dévolion , et de leur vie intérieure et divine. Ne savez-vous pas qu'après la jouissance de Dieu en Jésus- Christ la communion des Saints est le plus grand bonheur que l'on puisse posséder dans le ciel, et que Dieu veut bien que les siens commencent celte communion sur la terre? Qu'il est doux , pendant le cours de l'année , d'aller se plonger, de saint en saint, dans ces douces et heureuses tontaines de grâce l
180 LETTRE CUXril.
Que c'est une chose saiDie de goûter en chacun leur esprit et leur vie, d'entrer en leurs opËrations intérieures et dans leur occupation Envers Dien, envers Jésus, envere Marie et envers tons les saints, et d'entrer dans tous les devoirs de Baîntelé qu'ils rendent â Dieu, et dans Iouë lesactes de piété qu'ils exercent envers l'Église! Je vous appelle là, en attendant que je vous en sollicite de vive voiii , ce qui m'est une consolation nonpareil le. Toutes les choses que je vous dirai me seront antanl d'pihortalions pour moi-même; car je tne sens toujours le premier appelé à ce que je vous demande, et il me semble qae je n'ai point fait mon devoir, ni satisfait à toute mon Obligntion, quand vous n'Aies pas participante en esprit de ce que je dois â Dieu et b 'son Église.
De son amour poar les souffrances et^ur la croix.
QvQ puis-'je vous dirQ m Tétat qù je me trouve, «non que je suis iellemQpt: oblige» quQ je ne puis assez recoonattre ?lQtre-Seigneur en vous et sa très* sainte Mère? Le grand Matlre, fui conduit toutes choses en la manière qu'il a vqi^Iu et que nos p^ch^s le méritaient, nou9 fait faire maintenant pénitence en notre intérieur ; c'était ce qui me fut promis h Chartres^ où il me fut dit au fond du cœur : Tribulatioproximq e9t : La ^ribulation est prochaine.
Que dois-je dire à votre âme, que je sais qui Vnffre sur toutes ces choses aussi bien que ïa mienne , sinon que notre conditign doit être celle de tous ceux qui veulent appartenir tout de bon à ^ésus*Ghrist7 Quiconque fera profession de vouloir aimer Dieu, il faut qu-il dise avec sainte Thérèse :
Ou souffrir ou mourir. Il ne faut poiol de milieu à cela. Tous les moments de la souffrance sont si précieux, et ceux de notre vie fii couru, qu'il ne faut pas qu'il s'en écoule aucun qui ne soit détrempé dans l'amerlume de la croix. Oh 1 que saint Pau) savait bien ce que valaient la donlenr el la peine, quand il disait que sa plus grande gloire élafl de souITrir pour Celui qui était mort pour Ini dans la soutTrancel II faut que notre Maître et que notre sainte Hnltresss continuent de porter en nous le joug et le fardeau qu'ils nous imposent. Il faut nous retirer à tout moment en eux pour en faire l'usage que nous devons, n'y ayant rien de si faible que la chélive créulure, qui ' ne peut rien en elle. Quoique l'esprit soit prompt pour être soumis à Dieu, la faiblesse de la cijair doit être soutenue et arrêtée à tout moment par la puissance de la vertu divine régnant en notre cœur.
Hors de la il n'y a qu'inSrmité et défaillance continuelle. Je sais bien que l'esprit
LSTTRE GLXZIX. 188
iDlérieQr qui fortifie le nôtre n'empêche pas la chair de souffrir et de porter le joug de la croix de Jésus avec violence, mais c'est par là que Ton achète avec Jésus- Christ le royaume du Père, Notre Matlre n'a reçu qu'en passant la douceur du Thabor, mais il est demeuré et arrêté longtemps sur la croix, et cet état pénible et douloureux lui a été présent tous les jours de sa vie.
Que les gaerres sont les châtiments des infidélités des hommes.
Je vous remercie du soin que vous prenez de me faire savoir des nouvelles de votre santé, qui nous est si chère, et qui, après les appréhensions que nous avaient données vos rechutes fréquentes, nous a tous consolés au dernier point. Je loue Dieu et le bénis de tout mon cœur de cette grêce, lui
18& LlTTItE Ctnil.
eD demandant la conDrniation. Nous voudrions être en élat d'accomplir le vœu que nous devons pour vous b saint François de Pattle; nala nous en sommes empËphés par les loldats, qui noua assiègent de loutes parts; ce qui nous met encore daos la crainte de ne pouvoir vous avoir rilOt auprès de nous. Mais il faut que les Qéai» de Uien soient entiers, et que les privations ordonnées par sa justice sur nous, pour nous tenir en désolalioo, s'accomplissenL Vous aurez pendant ce temps- là le loisir et la liberté de faire les œuvres de Dieu qui se présentent en vos quartiers, et entre autres celles des séminaires des huguenots, dont il vous plaira prendre toujours les mesures, en attendant que ces mauvais tempe s'écoulent qui sang doute nuiront fort ani bonnes œuvres, et feront différer beaucoup de saintes entreimses ; ce qui doit être mis au rang des vengeances du Ciel, qui nous pDnlt de nos négligences, et de nos retarde>meols à la fidélité de son œuvre. C'est ainsi
lbtthe clxxix. 1S6
<]ue Dieu dira au jour du jugement et de ses colères : Vat prcegnantibu». Malheur sur les feiD mes grosses, el sur les persoQueB qui ne 8e sont pas liAtâes dans l'ouvrage de la piété, pour acromplir les desseins qui lenr éliient commis. Faites pénilence en esprit pour DOS maux. GémisBez pour DOS oiTeoses, et pour celles de Paria, qui est meuacé, aoiu bleu que loute la France, de ressentir les effets des juslices qu'il a mériléesdepuls tant d'années, où Dieu ne lui avait moutré tes vH^es qua de loin, et les avait tenues hors le royaume : mais mainlBuanl il les fait seolir au dedans. Obi que la looganifflité de Dieu est adorable! que sa justice est longtemps douce et paisible l Apprribendons le temps de sa tureur et de sou zèle. Adieu.
186 LETTnE GLXXX.
Il eihorte un ecclésiastùpie à retirer les petits enfants des hérétiques dans les Gévennes, et fait paraître un grand zèle pour leur saint.
Ne différez pas d*un moment la réception de ces pelits enfants. Ouvrez, comme Jésus- Gbrist, un sein de père à ces petits sujets. Vous savez bien l'exhortation que nous fait saint Paul, de dilater les espaces de la charité, pour y recevoir et y comprendre en Jésus-Christ et en sa sainte Mère tous les besoins de TÉglise. Vous me demandez si vous emploierez à cela tout Targent que je vous ai laissé pour cet œuvre. Je vous dis que non-seulement vous y employiez cette somme, mais tout ce que je puis avoir en ce monde : et si mon sang valait quelque chose, je le tirerais jusqu'à la dernière goutte pour leur soulagement O mon fils, quel bonheur d*aider ces âmes à se sauver 1 Quelle joie votre lettre ne m'a-t-elle
LETTRE CLIJLTi. 187
pas apportée 1 mais plutôt quelle jubilation cette nouvelle ne donne-t-elle pas aux anges et à la très-sainte Vierge, débellatrice des hérésies! Je veux que pour paiement de cette chère nouvelle vous alliez vousmême de ma part mener aux pieds de la très-sainte Vierge ces prémices des Gévennés, et qu'ils aillent reconnaître en elle la Maîtresse de leur bonheur et de leur conversion. Procurez-leur tout le secours que vous pourrez. Mais n'en refusez pas un ; car je suppléerai à ce qui manquera pour leur besoin. Mon enfant, je vous découvre le zèle de mon cœur sur cet ouvrage ; mais je vous prie que ce soit pour vous seul , sans en rien faire paraître. Car, outre qu'à l'imitation de saint Bernard : Secretum meum mihi , chacun se refroidirait en ce bon œuvre; et, nous en laissant la charge, il nous ôterait le moyen de faire d'autres choses pour Dieu , et eux-mêmes seraient privés du bien de le servir. Examinez en Notre-Seigneur avec M. L*** à quoi vous
16S LETTRE CLIXt.
empliderez ce que vous avei pour uel«.
Voyez B.'it serait mieux, pour doDoei' «onrage,(lcconEribiiËriubAtiineBt,(iui, lelon ce que vous manâez, serait pwr p«q d4 chose mis eu état de recevoir ees petits : ou bien, s'il vaudra mieux se cbatgei 4e quelquea-UDa de ces enfants pour oMimeacer, et metlra les autres es train. Gomoie vans ëte» aiir les lieux, voue en jugerez mieux que moi, qui ne puis pas voir ni sonder le ç<£ur de ces mesBieurs. Sur l'ouverture que je fis de cet œuvre avant que de partir, on le goûta si fort, qu'on crut que la ville devait l'entreprendre, comme étant un œuvre de bénédiction singulière, et qu'il faudrait que tonales élals; contribuassent. Mais il ne faut pas que la chose se fasse si hautement. Il y faut moins d'éclat: premièrement, afin de marcher selon l'Ëvangile; secondement, h cause qu'il ne faut pas que les buguenols le sachent; cnr ils mettraient empêchement A ce bien, et peut-être ferait-on des défenses
eo teurs sfoodes de dooDer des eafints an catholiques. Et, bien que la plupart n'eusseot aucun égard à ces défeoses, à OWK 4e leur nécessité, c«Ib oéaDineins nuirait à plusienre, et c« dessein en pltlrail MsurémenL Aicsi, mon llls, il faudra que l'eut à qui on le coumuDiquera eu confiance conssUent entre eux du prétexte spacieux qu'oD donnera à cette charité si imporlanie, ai efficace pour le salut des âmes, pour la couvrir à bob ennemis, et à ceux Ae Jésus-Christ et tle sa sainte Mfere. Adieu. Je vous charge défaire tous Im jours quelques prières en n>on nom ft la divine Maîtresse, au moins trois Ave Maria par jour, Ib saluant en qualité d'Ëpouse du rère éternel, de Mëre de Jésm^hrist, el de tMnjde adorable et magrrifiqDe du Saint- Esprit.
J'«sptrre que le sérainaire ne m'oubHera pas en ses priftres, al, si l'on y manquait, je Vous prie de recooimander à M. L*** d'en r la pratique, la t>onlé de Dieu
mechargeaDt de nouveau de quiolité d'œnvres de conséquence pour sa gloire. Vofez où j'en pals être, élaut si négligeât et si infidèle h son divin service. 0 bien, loul de nouveau il faut se redonner à lui en m divine Mère, pour le trouver dans un lieu Tavorahle où l'accès noua boU libre et ouvert, et par lequel nous puissions trouver tous nos besoins pour le servir et le glorifler. La sainte Vierge nous servira d'un jubilé, soit pour non fautes et misères passées, soil pour nos besoiuB présents, soit pournous enrichir dans nos indigences. On ne saurait manquer de rien avec elle.
Je vous prie de dire à M. le B"* que je prétendsbien quelques intérêt! pourTavoir mis au milieu de tant de trésors, et l'avoir Bf^roché d'une si bonne Hère, où il trouve tant de biens à souhaiL Tespère aller prendre part aux consolations qu'il trouve au Puj, aux pieds de la très-sainte Vierge, et d'embrasser nos frères, pour rendre avec eux mes hommages à'cette divioe Hère. Je
LETTRE GLXUl. 191
VOUS prie en attendant de le faire en mon
nom.
Il exhorte nne âme qne Diea avait appelée à son senrice à la vigilance et à la prière.
Dieu soit béni à jamais, qui vous a enGn dégagé de vos occupations grossières, et de Tamour des choses de ce monde. Il faut maintenant, selon le conseil de Notre-Seigneur, que vous veilliez sans cesse pour ne vous plus laisser surprendi'e à de nouveaux engagements. Pour cela, soyez toujours en garde, aûn d'empêcher qu'aucune chose n'entre dans votre âme, ne voulant que Jésus seul qui vous occupe. Évitez soigneusement de vous complaire en vous-même ou en la créature, et lorsque vous verrez que votre cœur voudra s'ouvrir pour recevoir et embrasser quelque consolation dans les sujets qui se présentent, soyez très*8oigneux
193 LETTRE CLXIXI.
de faire entendre à Jésus que c'est lui qui . est le seul possesseur de voire cœur, et que voua voulez mettre en lui toute votre complaiMDce.
Od ne peut croire combieD le diable est adroit et vigilant pourattaquer subtilement et délicatement les âmes qui, déprises des choses grossières, commeaceDt à tendre à ta pcrrection et à la pureté de l'amoar de lésus. C'est pourquoi il est très-important de veiller toujours en sa grâce , et de jie cesser jamais de Taire une attention conti- Duelle sur soi-même. C'est ce que font avec pereévérance et en paix les épouses lidfeles qui veulent conserver la sainteté de leur amour.
Prenez garde surtout à ne vous Derjamaig à votre état particulier de grâce, vous imaginant qu'ilsoit exempt de tentation. Nôtre- Seigneur et ses apôtres disent que l'ennemi eit iiKseeamment auprès de nous, faisant la ronde {mnr nous surprendre; et les saints noBs sveriisient qu'il tente à tout
I^ETTRE GLXXXI. 193
moment nos âmes , sans leur donner de trêve. Mais ce qui nous doit en cela consoler, c'est qu'il est certain qu'un cœur qui possède Jésus-Christ et sa grâce, qui est fondé sur lui et non pas sur soi-roème, et qui vit dans les intentions continuelles de lui plaire, découvre facilement et repousse aisément ses attaques malignes.
Me soyez pas seulement en défiance continuelle de vous-même, mais faites paraître celte défiance en évitant les occasions et les rencontres où vous pourriez vous remplir le cœur de quelque créature, ou de quelques complaisances pour elle. Mettez tout votre plaisir et toute votre joie à sacrifier à Jésus toute la joie et tout le plaisir que vous pourriez prendre hors de lui; et lorsque vous serez présent aux choses où la Providence vous engagera par obligation, comme au boire , au manger, à la conversation des créatures, soyez sobre en tout, retranchant le superflu, et renonçant dans l'usage des choses à la joie et au plaisir
I9à LETTRE CLMXI.
qui s'y renconirent. Vous tous unirez pour cela, et vous donnerez aussi souvent à Jésus, que vous apercevrez être tenté de goûter quelque aiilre cliose que lui.
Celui qui vent être bien pur doit s'ab^ènir le pins qu'il peut des créatures, commfe étant des objets qui servent de matière fi la tentation; et lorsque la nécessité e*l passée, pendant laquelle Hotre-Seigneur est le garant de l'âme, elle doit àimêr la solitude et la retraite, pour y élre occupée et possédée de J^suS-Christ en son intérieur.
Si vous prenez ce soin continuel en la grAce de Jésus-Chris! , aucune chose-ne remplira votre cœur et ne prendra la place de l'épouj ! et cela fera que Jésus-Christ répandra toujours de plus en plus sa grAcc dans votre âme ; car il est trés-liMral et Irès-fldèle à rérompenser les veilles, les soins, les peines et les sacrifices de l'âme, qui sont les marques du plus par^itl amour.
LETTRE CUm. 195
Evitez donc la rencontre des choses agté»t^i , nerveï-vous de leur possession, et embrassez pour l'amour de voire époax l'emploi pénible des choses qui vous dfplsisent, les préférant aux plus agréables et aux plus douces. Ce sont là les tacriflces qui contribuent le plus à la perrection du pur amour. Voilà pour la vigilance.
Pour la prière il est certain qu'elle est absolument et toujours également nécessaire dans le progrès de la grSce et dans la continuation Gdële au service de Dieu, et en l'amour du saint époui. ^olre-Seigne^l^, qui est infiniment libéral de ses faveurs, ne laisse pas de les reprendre quelquefois, et de les retirer du cœur négligent ou présomptueux. Mais, comme nous vofons dans la nature qu'aussilAt que l'air est purgé des nuées qui couvraient le soleil, et qai étaient répandues sur nous, le soleil nous éclaire, nous échauffe et nous vivifie, de même, aussitôt que les nuages des créatures qui viennent à ttQDB«bvdopper,
196 LETTRE CLXISl.
et qni environoeat lecœurde t'bomme, soni diBBipës par le sacrifice ou bien par l'oraiBOD, DOUB voyons au même instanl Jesus-Christ éclater dans noire âme, et se répandre en nous en sa lumière, en son amour, en sa fécondité et en sa force. C'est pourquoi il est important, non-seulemeat de sacrifier, mais même de prier, et de prier continuellement en notre intérieur à cause des brouillards fréquents qui B*élëvent et se répandent sur l'âme. Les moindres haleines des créatures, les moindres complaisances et saliefaclions , les moindres confiances en elles, ou le moindre appui sur nous-mêmes bouchent le cœur et empêchent la grâcf.de nous remplir et d'opérer en nous.
On ne peut croire quelle est la dépendance cl le besoin continuel que l'on a de la grAce de Dieu, pour vivre en séparation parfaite de toute créature, et dans l'éloignement de soi-même, comme Notre-5eigneur le demande à l'Ame qui veut avancer
LETTRE CLXXXl. 197
en son amour. Il n'y a pas un moment eu toate la vie dans lequel , si Tâme n'est visitée, vivifiée, et séparée par la grftce, elle n'entre aussitôt en établissement sur soi , et ne commence à mettre son appui et sa satisfaction en quelque créature.
La grâce nous sépare des créatures, nous dégage de nous, et nous porte à Jésus- Christ; et dans le vide et le néant où est réduite Tâme, elle fait qu'elle embrasse ce divin époux, et qu'elle désire sa possession, de laquelle pour peu qu'elle se retire et se sépare, elle éprouve aussitôt la grossièreté et le poison des créatures. Il est donc important et même nécessaire, mais de la dernière nécessité, pour peu d'emploi extérieur que l'on ait eu, si on ne veut souffrir quelque déchet, de se retirer en l'oraison , afin que l'âme se purifie et se nettoie de toute l'haleine des créatures, qui d'elles-mêmes, par la malignité d'Adam, infectent la pureté et ternissent Téclat et la beauté de l'âme.
]98 LETTRE CLXUI.
c'esl pourquoi, ai vous voulez bien faire, il faul vous tenir toujours anëaali cd vousmfejDe. vide de toul, sépara de tout, dépendant de la grâce de JéBUSrChrisI, ouvert à lui seul , pour ne recevoir que lui , pour D'aimer rieu que lui, pour ne vous plaire qu'en l&i, et pour trouver ainsi en lui toute votre béatitude. '
- L'Ap6tre, qui sait le grand besoin delà pritfe pour attirer et appeler h soi Noire- Seigneur, ordonne aux chrëtiaus de prier Uoaiolermiasioa-.SineintermissioneoTate.
Eu eiïel, quand l'âme, se reposant sur fes œuvres passées ou sur l'état présent de sa grâce sanctiliante , néglige de prier, elle tombe aussitôt en langueur, elle recule, et court & grands pas à sa ruine; car, né voyant pas le Iiesoia perpétuel d'une nouvelle grdca pour agir dans le bien et pour se dO.rendre des niaui qui l'attirent inceg- ■.saranieot, elle demeure en paix en ellemême, et tombe ainsi, par une fausse présomption, dans la négligence de son salut.
LETTRE CLKKXI. 190
Les grâces actuelles Je Dieu ne sont pas rooins QËcesïaires en lacoalinualioD delà vie ialérJeure que dans les commencemeE ta où l'on sortait du iiioode, du péclié el de soi-mËine, et oifitie l'on peut dire que, copme la vie inlËrieure eu bod progrès a plue d'œuvres Ji faire, plus de combats k soiiffrir et plus d'ennemis k vaincre, elle a a^ssi besoin de plus de grâces, et par conseillent de plus de prierez et d'invocation de l'esprit. Outre que l'Anie accoutumée à ta Tréquence de la grSce a plus besoin de discernei' son [ond, et de se tenir attentive et {dleruie dans la vue de la vérité, pour .ne pas ressembler au démon , qui ne s'y tient pas feriue : /n veritate non UeM, Car, étant environné de grâces sanctifianlea et acl()el]ea, il ferma les yeux à son indigence essGolielle et naturelle, et se crut indépendant de la grâce de Dieu, et hors 6,11 besoin continuel de son secours pour ojiérer en justice et en sainteté devant lui.
Demeurez toujours établi en cette vue , qu'outre le fond du néant qui est en vous, et ce vide universel de toute tendance et de tout mouvement au bien; outre les Instincts mauvais du vieil homme qui vous pressent « outre la paresse de la nature qui est ravie de demeurer en soi , et de jouir de la paix et du repos qui n'est que dans le ciel, vous avez besoin à tout moment des visites de Dieu, pour parler, pour agir, pour penser, pour vouloir le moindre bien du monde, ou pour ne pas tomber dans tous les maux imaginables; et que ce besoin est si grand, que, quelque grâce sanctiGante qui soit en vous, vous êtes dans le besoin continuel des grtees actuelles, qui vous éclairent, qui vous portent et vous excitent au service de Dieu , qui vous forlifient et vous séparent de toute créature et de vous-même : en sorte que, dans le même moment qu'elles cesseront d'agir et d'opérer en vous, vous cesserez d'agir et d'opérer pour Dieu; vous
LETTHI CLUXI. 301
■erez îminoblle, aveugle, tout t fait fnulile â lOD œuvre, et en état de vous plonger en loutei sortes de malheurs. Or, si ce secoars est d'une telle nécessité, la prière qui l'appelle et qui l'Impètre ne l'est pai tnolDS. Et c'est ce qui Tait qu'elle doit être coDliouêUe, selou que saint Paul le recommande : Sine inlermiisione orale.
Prière et oraison qui se fait au fond de l'Sme par un regard et un soupir vers Meu, qui l'attire et l'appelle incessamment à soi, et qui demande conlinuellemenl sa vie.
Quiconque cesse d'invoquer à soi le secours et l'esprit de Jésus , pour se reposer sur ses dons et sur les grâces qu'il a obtenues, il n'avance plus dans les voles du salut; au contraire, il recule autant de temps qu'il s'arrête , et son âme cependant ■e dessèche et s'affame. Ainsi ue cessez jamais de prier el d'appeler à vous la grflce, pour obtenir toujours une nouvelle vie, el pour croître en Jésus-Christ. Si
l'Orne cessail pour un moment d'iolluer eo vçus «t d'iDiiner votre cotps, U périrul au rnSme Instant, «t perdrait le mouveift^oi et la vie. De mânie en est-il de votre iqljérieur. L'Espirit-SaJal voua doit inces- ^niqetit viv(Ger par sa, grâce, par ^ffa iq(ia^ uDion et pa,r sa péoétralioti, laquelle est dépendante de l'oraison, qui, çomnie un lien, tient Jésus attaché à votre fQ^d, pofir vous donner la vie et iiiQuef eh VQ^& Çe. que l'union naturelle de l'âme au cçips Tait en l'hamme pour conserver la vie, l'oraison le fait dans notre intérieur : elDiçit a voulu reudre riiomme dépendant fo sa vie spirituelle de l'oraison, pouit'obljger à reconnaître toujours Uieu pour »<fn pripcipe, à conresser son indigence et à recourir incessaninient & lui dans sa pauvreté et dans sa misère.
Dieu eût bien pu établir quelque clioge de stable, qui eût incessamment influé en nous, sans nous obliger à cette activité continuelle ; mais la superbe et la paresse
LETTRE GLmi. 203
de rb^mme , qui a besoin d'avoir les yeux ouverts sur son iadigence, pour s'huipilier et s'exciter en son assoupissement, obligent Dieu k nous donner un moyen de celte nature, qui aous engage à nous éveiller, è^ agi? et à rappeler sans cesse à notre secours^
Il faut donc que vous di&iea comme le Prophète : En attendant , j'ai attendu mon DieUf et il m'a regardé : Expectans expe^ ctavi Dominum, Cette répétition marque une attente continuelle et sans relâche. Et eseaudivit preces meas; et il m'a fait cette grâce de vouloir exaucer mes prières , me retirant des lacs et des pièges du monde et de la chair. De lacu miseriœ j et de luto fœcis. Et statuit super p^ram pedes meos, et direxil gressus meos : et . j'ai senti en moi la présence du Verbe soutenant mes faiblesses et dirigeant me^ voies en la vertu de son esprit. C'est ainsi que votre âme, en vue de son inCrmité^ et toute craintive en elle-même, se doit méûer de sa faiblesse
20A LETTRE GLXXXI.
pour 8*afferinir en son néant^ invoquant à elle Tesprit de Dieu du milieu de sa crainte et de son humiliation.
C'est par ce moyen que David se délivrait des tentations du diable, aussi bien que de celles du monde et de la cliair ; c*est pourquoi dans le psaume liv, où il parle des tentations malignes et des vexations dont il était environné , il disait à Dieu : Exaudi, DeuSy orationem meam, et ne despexeris deprecationem meam, Contristatus sum in eocercitatione med : et cot^ turhatus sum à voce inimici, et à tribulatione peccatoris. Et après avoir décrit ses craintes et ses appréhensions par ces paroles : Cor meum conturbatum est, et formide mortis cecidit super me, etc., il ajoute : Expectabam eum, qiii salvum me fecit,.
à pusillanimitate spiritûs et tempestate.'j Ce qui fait voir que sa prière était une atl tente continuelle de son àme, qui regarda son Dieu et l'appelait à son secours, en i conviction de son néant et de son inOrmil
LETTRE CLSZXI. 203
Il nous marque ausu dans ce in£me pianme un grand secours pour l'oraisoD , et un grand moyen pour nous délivrer du monde, du diable et de la chair, qui m peol et se doit pratiquer tous les jours dans riatériear, et qui oous rendra terribles aux démons, viclorieus de toutes les puissances de l'enfer, inexpugnables dans les plus violentes et les plus dangereuses tentations; et ce moyen est la retraite du monde et la Tuile des créatures. Quà dabit mihi pennai stcut coiambœ, etvulabo,et nquiescam? dit le Prophële : Qui me donnera des ailes de colombe, et je voltrai el me reposerai? Je me suis éloigné en fuyant, el tttii demtuTè dam la ioHIvde. Par où l'on voit qu'à la prière, en la vue amoureuse el conQante de Dieu, on doit joindre intérieurement la retraite et la fuite de toute complaisance en la créature , et de tout appui sur elle. Celui qui demeure en cet état, se sevrant en son intérieur de ses joies et de ses propres satisfactions, mâme dans les
206 LETTRE GLXXXr.
grâces et dans les dons de Dieu , et qui se plalt de la sorte en son désert spirituel , éloigné et séparé de toutes choses hors de Jésus, est enfin maître de tout, et devient le vainqueur de la chair, du mondé et du démon. G^est un moyen qui, étant joint à Toraison, rend Tâme pure et libre, et tout à fait insurmontable aux ennemis du salut, et cela sans de grandes violences et d'extrêmes elTorts; car le tout consiste en IV dresse de manier son cœur : ce qui se fait facilement en demeurant en son néant, séparé de toutes choses, invoquant à soi Jésus-Christ , et se contentant de lui seul , et en lui de toutes choses.
Ce qui est à craindre, et qu'il faut soigneusement éviter, est que, comme dans le progrès de la vertu et de la vie intérieure, on reçoit des grâces particulières de Je- ' sus-Christ, et quelque renouvellement in- / térieur de son esprit et de sa vie divine J on est sujet ensuite à se contenter éj rétat où Ton est, à s'y complaire, et à g/
LKTTRli ci.xxd. 367
reposer snr ce qu'on a reçu : ce i)ui est QDe grande ignorance ei un défaut do- Iftbfe; car, ces moi&enta de gricea étant paBBéB, rârae demeure comme auparavant dans l'indigence do secours de l'espril pour vivre avec Dieu et pour Ken. Un enfaut qui a tiré une fois le lait du sein de sa mère n'est pas content d'une gorgée, ii continue après de le sucer, et il est presque toujours pendant â sesmameltes, à canse du grand feu qui consomine et qui dévore ses aliments à mesure qu'il les prend.
C'est là la leçon qne Notre-Feigneur nous fait quand il nous compare aux enfanls ; il faut que nou^ soyons toujours pendants au sein de Jésus-Christ. .Il faut que nous sndODB sans cesse l'aliment de notre vie cachée, laquelle est nécessaire » tout moment, soit pour vivre, soit pour nous défendre de l'ardeur et de la malice de notre convoitise, soil aussi pour fottllîer notre faiblesse et pour nous faire croître
208 LETTRE GLXXXI.
dans la Douvelle vie. Chaque moment a besoin d'une impression de lumière, de mouvement, de force, pour connaître, pour vouloir, pour agir ; et, si ces choses cessent en notre intérieur, nous cessons d'opérer et dp pouvoir coopérer à Dieu , qui est le seul et unique principe de tout bien.
Ne cessons donc jamais de prier notre Père , pour obtenir ce pain quotidien de la grâce , et cet aliment continuel du Saint- Esprit. Prions-le toujours qu'il nous donne de quoi agir et opérer pour lui en tout temps et à tout moment, de peur d'encourir la malédiction de l'arbre aride qui se trouve sans fruit dans la saison. C'est ce qui tenait les saints dans un recueillement perpétuel, ce qui vous doit empêcher de vous relâcher dans la prière du cœur, parce qu'elle est nécessaire à la vie, et que vous ne sauriez l'interrompre sans commencer à décroître et à défaillir.
LETTRE GLXXXII
Il encourage une âme à bien sooflrir, et il loi montre les avantages de la croix.
Si Dotre cher enfant humilie son corps, c^est pour relever son âme. 11 ne fortifie sa chair que pour vivifier en même temps son esprit. C'est acheter à bon marché ce précieux trésor de TÉvangile , qui est la grâce de Jésus-Christ, que de l'acquérir par un petit renversement de terre, comme est celui de la tribulation du corps.
Ne doit-il pas souhaiter que ses entrailles soient ouvertes, que toute sa chair soit déchirée, si au milieu de ses travaux et de ses exercices il y peut rencontrer Jésus- Christ? C'est là s^ foi et son espérance, comme c'est ce qu'il y a de plus vrai et de plus sûr dans l'Église, que la tribulation opère la patience, qui n'est jamais frustrée dans son attente, parce que la charité, qui
T. II, i(\
210 LBTTItE CLXXXII.
est l'œuvre parfait du SaiDt-Esprit, eBt répandue dans le cœur affligé. II faut voir k ce coup ai notre cher enraDl est vrai eofaDt de Toi ; si eD esprit il résiste k la chair, et s'il Bail bien user de Jésus-Christ, qui veut en lui être sa force et sa vertu , et en qui il pontra souffrir mille fois davantage que tout ce qu'il aura de plus dur à porter. Il a été la force des martyrs, qui ont eu de plus rudes peines et des maui plus cruels à souffrir duis une chair infirme, délicate et sensible, aussi bien que la sienne. Ils n'ont point eu d'autres défenses ^ans leurs supplices que la vertu intérieure au Ftls de Dieu, auquel ils tenaient leur esprit intimement uni en sHence el en paix, pendant que tout leur extérieur était livré, noyé et abîmé dans la douleur et la aouffrance. Allons à la crCix armés et animés de JésusXhrist. 11 en est détiché et il en et^ descendu pour entrer en nous, et ensuite pour nous y porter avec lui et nous y lier «omme lui. L'amour «soMsil qu'il a
LEIME CLXXXII. au
pour nous ne lui a pas laissé goûter seul la vertu et le mérite de la croii; il a voulu nous rendre participants de ce bien. C'est pour ce sujet qu'en ajanl Ëlê lUbclié ettârieurement il ; demeure toujours aUacbé en esprit, afin d'y reporter tout lecorps de l'Église , et de lui faire trouver là son vérilâble esprit.
Il veut que nous trouvions la vie dans cet arbre de douleur,, comme autrefois nous l'aviona perdue daos l'arbre de délices ; et que , daos ce qui portait en nous la mort de l'homme de péché, nous y trouvions l'esprit d'une secondie vie, qui est la vie d'un Bocnnie-Dieu. N'est-ce 0b renouveler heureusement la vie que de la trouver dans uu peu de soulfranceî Qui ne voudrait ressusciter à la vie présente et Ee délivrer de la mort, s'il n'avait qu'à souCTt-ir quelques heures sur la croijî 11 n'est pas question de ressusciter à la vie présente et à la vie du péché, mais il est question 4'entrer dans la vie -céleste ei
dans la vie d'un Dieu. Eh quoil refuserons-nous d*acheter pour si peu ce bonheur et cette grâce? Hélas I la vie d'un million d^mmes sacrifiés et d'un million de créatures et de mondes nouveaux ne pourrait pas nous acquérir ce cher trésor de la vie d'un Dieu, et nous ne voulons pas y donner un moment de souffrance.
Estimons la vertu crucifiée, et sachons que c'est le caractère de la divine vérité. La racine du véritable bien est la croix. Ne faites cas que de cela. D.ieu nous fasse la grâce de l'estimer et de l'exalter en notre (Aur par-dessus toutes choses. La sainte Église en a fait la solennité dans ce mois. Je prie Notre > Seigneur que ses enfants soient bien remplis de son amour, et qu'ils s'établissent tous les jours de plus en plus en cette vérité, qu'autant qu'on a du véritable esprit de Jésus -Christ et de sa vraie lumière, on a dans le cœur autant de véritable amour pour la croix. Fuyons
LETTRE CLSntl. 313
cette fausse vertu qui veut avoir ses aises et qui travaille ÏDcessamment pour les préparer. Fuyons cette apparence de christianisme menteur, qui ne veut avoir rieu qui le clioque. Aimoos l'anéantissement de DOS désira et de nos alTections. Aimons le détachement, le dénùment de l'estime propre, rabnégation de tous nos sentiments, et le crucifiement universel et coDlinuel de nous-mêmes. Soyons aussi toujours crucifiés comme Jésus-Christ et avec Jésus-Christ en croij. Ayez encore devant vos yeux cette grande roaiime du Maître : Celui qai (ous les jours ne portera fo» sa croix ne sera pas disciple de Jésus- Christ. Ce ne saut pas là des opinions & disputer , ce sont des maximes de foi à pratiquer, et qui seront les règles du salut et les voies assurées pour s'établir dans l'esprit du christianisme.
214 LBTTltE CLXXXIIT.
LETTRE CLXXXÏII
Qne cé^B qni véaleafe serri» Dieu se doivefnt prépaper
à kl croix.
j& httë et «dore Diéu de Itf fdcfliié (jull v^msdofm^ à rotid vaiticne. Mais humiliezvouâ , Car i( Voit VO» faiblesses , et il atteûd qué^ voMts d&jez fortifiée en êon amour pour tous faire bic» changer de rorufe^. Un temps viendra que, S'i! vous voit bien généreuse^ potfr «Oâ service?, toiïlsé bandera contre vous, et que ceux peut-ftlre qui maintenant vocrs caressent le plus et crâ^oenl davantage de vous déplâfire seront cent qui seront vos plus rudes eâûémis. Gepeâfdant Dieu, qui ainoe votre profit, et qui vous veut affermir, ce qu'il ue fait guère sans la croix, qui est lat force universelle de rÉgllse, vous en sèmera de légères parmi vos exercices, et il les faudra accepter avec joie et avec grand
amoar, amà bieD que toutes cm pelitM rencoulRs et adversités qu'il tous ftn nslln pn sa sainte providence. Regardes toat ce qui se passera en vous et bon de Toiu, qui vans cboquera ot vous ttn quelque pcifift, comme autadi d» croix qn* la Bain invisible de votre ^f«ix vous prAs»la et qua vous devez porter avec amour, tl ne semble qu'il est taujoars bon d'arai» des occasions de sacrifice, pow vivre ooatinuellemenl à Dieu dans l'abnégation perpétuelle de soi-mËme et en séparation de tout propre désir. Ainez seulement et souffrez tout ce que votre amant crucifié désire, La croix est la couche de ses délices et le siège de ses secrets amours , qut vous seront dTautant plus agréables en l'autre vie qn'ili vous auront éli pénibles en oeil»cL Cependant allez toujours en avant t l'ombre et à la faveur de la croti. Allez à l'abri du dénùment et du sacrifie* udh vertel des grandeur» et d«s d^cM de m monde. Tenez- vous humiliée aïK [neds4e
316 LETTRE GLXXXIV.
Jésus-Christ, lui rendant, vos hommages et vos actions de grâces pour les victoires qu'il a déjà remportées en vous sur vousmême et sur le monde ; et unissez-vous aux bénédictions que les anges lui donnent pour avoir triomphé des démons par le ministère de saint Michel, que nous honorons aujourd'hui , bannissant de sa république Torgueil, qui gâtait la société de ces bienheureux esprits.
LETTRE GLXXXIV
De sa déTOtion envers saint Ambroise.
Je dois beaucoup à saint Ambroise, que PÉglise honore aujourd'hui, et dont elle solennise la vocation à Tépiscopat, au lieu du jour de sa mort et de sa translation dans le ciel. Elle semble par là nous vouloir exprimer la sanctiflcation parfaite et la plénitude de grâce dans laquelle ce saint a vécu depuis qu'il a été appelé à cet état
LETTRE CLimV. 217
jusqu'à sa mort, s'étant comme trouvé dans une consoinmation d'amour achevée en ce moment, semblable en quelque manière à celle des saints au moment de leur gloire. Je pense vous avoir dit autrefois comme, dans le temps de ma vocation au saint service de l'Ëglise, il m'avait été donné pour patron et pour protecteur avec saint Grégoire. Et cette obligation m'a laissé tant de tendresse pour lui et tant de zèle pour sou service, qu'il n'y a rien que je ne voulusse faire pour lui en rendre des témoignages. Je vous supplie de vouloir suppléer à mes devoirs, espérant que Notre-Seigneur et sa divine Mère vous en donneront la grflce et recevront avec plaisir ce supplément Je ne laisserai pas de m'y joindre avec l'enfant Jésus, qui, au temps de l'élection de cet illustre prélat, déclara par la bouche de ce petit enfant qui cria hautement : AnAroite évéque, le choix qu'il faisait en l'Église de ce grand saint, qu'il devait revêtir de sa KIgesae et de la
SIS LETTRE CLXXSV.
force qu'il hil avdt acqulae, comms su reste de ses menriiree, ftt te sihHce er par l'inllrmité de son enfenc«. Ohl sti j avait encore quelques ooenre eovaat celntlà dam riglise, que- Jâsus-Ghrlst serait gliirlilâ et bonoré dans le inonde l Ota t g^I plahait i sa bonté et à l'amour qu'il a pour Weu Bon Père de reMiiaciWrcet esprit I Et, pour vous dliv simptement le désir de mon cœur, il me resit lonjours un Bouhaïl trèsardent d'aller au tombeau de et saint, poHT Rovoque» sur l'Église, sur le der^ et mr son pauvre sertiteur, qui ddslre vivre et mourir pour la glolr* dn rofasine de Dieo. AiHsu. Tout lAtre en Jésus cl
LETTRE CLXÏXV
Ce. qn'fl Tant dtmAtider k Sien pouT 1b clergi.
Je erois que noua devons àaat ce teupi prier beauceup pour l'Éiilise, el éeuauder
LBTTIIE CLXZXV. 319
à Dîsu qn'il renourelle aa religion , qui en tteatieoiip de lieux paraît maintenant, et en l'extérieur et en l'intérieur, presque tout abolie. Or voit que la langueur laisse déchoir la beauté des églises, la décorallon des autets, le respect du sacrilke, la gravité du eliant, )a majestd d«s céréoionies, la piété des priais , ta modeslie et la Bftintelé de leurs ministres, la richesse des orneDients, et snrtoDt de ceux qui tonclient de' plas prës la persoune de léim- GtirtBl, eomme sont les ciboires et les callees, les soleils et les lampes ardentes dettiitl sa face, il faut que vous demandiez beaucoup i Dieu qu'il rétablisse par toute la (4irélienté la décence qui est nécessaire à son culte exlérleor, et qu'il demande pour sa parfaite religiOB: Domine, dilexi deconm domûs tu<e; mais particulièrement qu'il lui plaise de renoirveler dans le cœur du clergé l'intérieur de sa religion. Vo« tMet que c'est la voire vocation, et cé que Kotre-seigneur vous a fatt
220 LETTRE CLXIXT.
connaître qu'il demandait de vous. Ainsi je vous eihorte d'y avoir une application spéciale.
c'est pourquoi vous deiDauderez à Dieu avec instanf« pour les prélats de son Sglise l'espiit de sainteté et de séparation du siècle; l'esprit de parfaite oraison et d'applicalion à Dieu; l'esprit de frugalité dans leurs tables, d'iionnfilelé dans leurs meubles, et de modestie eu leur train l'esprit de libéralité envers le prochaia: l'esprit de vigilance sur leur troupeau: l'esprit de i6le, de force et d'application à les servir; l'esprit de haine pour détruire le péché, les hérésies, l'atbéismo, l'impiété; l'esprit de basse esUme d'euxmêmes, qui tes tienne toujours vils et abjects à leurs propres yeux.
3. Pour les chapitres, vous demanderez à Dieu la correspondance avec leurs prélats , la charité parfaite el l'union dans les particuliers du corps , une grande assiduité au chœur, un parfait respect dans l'église.
une grande modestie et récollectioo en Dieu, surtout pendant le temps des saints offices^ en un mot, un grand exemple de piété et de religion chrétienne & tout le
diocèse.
3. Pour les curés vous prierez Dieu de leur donner l'esprit de pénitence pour leur troupeau, de zÈlepourle salut desêmeg, d'assiduité au service des peuples, de tendresse et de compassion dans leurs maux, de promptitude à les secourir , soit pour le corps, soit pour l'esprit, par les aumûnes et par les sacrements; d'oubli d'eux-mêmes, soit au vivre, soit au vèlir, soit au dormir ; d'abandon â Dieu et d'amour de la croiï.
Pour les vicaires et les prêtres de paroisse, vous demanderez un grand dénùment d'eux-mêmes entre les mains du pasteur, un anéantissement profond, une entière pauvreté , une activité continuelle en esprit de paix, de douceur et de charité, une perte totale d'eux-mêmes, et uu
222 LETTHE GLXXXVI.
entier abandon ^ Dieu pour le service du prochain.
ËaGn, pour tous les miuisAres de^ saints autels, vous demanderez les ornements des vertus, une sainteté parfaite, les lumières d'une foi vive avec Tardeur 4e l'amour. Gomme ce sont là les principaux insirumenls de la religioo* e^ œ que Dieu demande surtout ^n son ^ise, ce sont aussi les choses que vous ne manquerez point de demander à Dieu tous les jours, principalement quand vous serez devant le trèssaint Sacrement, où liiotre-Seigneur n'a point de phis grande joie que de pourvoir aux besoins de son épouse.
LETTRE CLXXXVÏ
Que ceux qni se donnent à Bien doiyent commencer par la mortification â'eax-mèmes.
J'ai eu bien de la joie de votre changement; mais j'en aurais bien davantage si je
LETTRE GLXXXVI. 223
VOUS V4>yai8 tnamller splus que vous ne Dattes A vous mortifier. C'est par là qu'il faut comnencer la vie intérieure et divine. Sans cela vous ne ferez jaioais rien , et tous vos aulres «xercices vous seront inutiles. Ce seroat des onguents qui renfermeront vos plaies , mais qui ne les guériront jamais parfaitement; qui couvriront vos apostnmes, mais qui n'en évacueront pas toute la corruption. Tout n'est que flatterie et qu'Abus en celui qui -n'agit point sur ce principe. C'est pourquoi il fau<t vous résoudre de travailler en la vertu du Saint- Esprit à la mortification de vous-même. 5i vous y êtes fidèle , vous verrez que votre oraison en ira mieux, et que votre âme, s'y purifiant de plus en plus, y sera préparée à l'union intime avec Dieu, à l'adoration de ses grandeurs., et à la oputempUtioQ de ses beautés, pour être enfin abîmée en ce vaste océan de l'essence divine. Faites aussi une attention particulière à vos voies, qui ont été jusqu'à cette
2SA LETTIie CLXXXVI.
heure dans vos inclinationB el dsos vos propres mouvemenls, que vous avez suivis ea la plupart des choses, et vous remarquerez le besoin que vous avez de vous liumilier, de vous confoDdre devant Dieu, et de faire pénitence. Voyez combien d'années sr. çont paasées à vivre selon vousmême, ne vous morlIBaat en rien, mais vous radiant de tout ce qui se présentait et qui n'était pas selon votre gré. Voyez combien d'impatiences auxquelles vous adhérez encore tous les jours, combien de désira propres que vous suivez, et corabien vous vivez en cet air qui ne sent point la vie chrétienne, mais la vie de ceux qui ne reconnaiEsent point en eux d'autre principe ni d'autre règle de conduite qu'euxmêmes et leurs désirs. Travaillez aoigneu- . sèment à retrancher cette vie des passions et de la chair, pour ne vivre que de celle de l'esprit, qui vous a été donnée par le baptême. C'est là proprement la vocation
L|kTT«E GLXXXVll. {^85
piaes 4ç pilota.
LJETTRJS CLXX.XVI.I
Qae les prêtres doivent être très-saints pour être con- Carmes à JfatDe>S«ignear an très-saint Sacrement. •
Il (ani que.la perwwedppt V0H8 ip'iicf iy^l coupaisse bien pteu tes obl^p^tj^m» 4e soiD él<at pour s'io^^oer qu'oo daioaDée 4e lui Hue trop grande perfection. Un prêtre, popr j^tre parfaitement prêtre, çlpit port/^ en soi twt ^^su^rCbrist, saoctiOantles â^€^sp)^AS' pr^seoice; et il doit être tel4èipenjt rpippliid^ gr(bçe, qp'il soit au miliau.de r£gliç^ ç^okïm Ji^aïis-Gbri^t même, doi^t il est dit : Fçtçiiks in Sipfritum wvificanùfr» ; 40P qpe^ çomnie dit saipt Grégoire* tous c#i|[ gfli l>ppr.Qc|jç}nt ^e ressentant de Tes- P^iit d^;$^iAUfaé qui ^i ^ lui : IJ^ quiêq^kis «dceriiott jfingitur, (sUrfu» vitœ fopcre
condiatur. Or pour cela quelle saluteté ne doit-il point avoir en son extérieur? et de quelle perfection ne doit-il point être revêtu en son intérieur? Les espèces du très- saint Sacrement, quoique très-saintes et très-sacrées par rapproche qu'elles ont au Fils de Dieu, ne sont pas pourtant en elles-mêmes les sources de la grâce sanctiGante ; mais c'est le fond de leur substance changée, transformée, et transsubstantiée en Jésus- Chrisi, qui est le principe de la vie divine. Ainsi en est-il des prêtres. Ce n'est pas seulement leur extérieur, quoique très-saint par l'approche et l'accès qu'ils ont à Jésus- Christ, qui doitsanclilier, mais c'est le fond de leur âme transformée en Jésus- Christ même vivant en eux, et viviGant par eux son Église. £t c'est à quoi tous les prêtres, et surtout ceux de votre compagnie, doivent bien travailler, aGn de se rendre conformes à Jésus-Christ, au mystère du trèssaint Sacrement, qu'ils font profession particulière d'honorer. Il faut qu'ils soient
LETTRE CLXIIÏII. 227
conformes à l'extérieur et i l'iatérieiir de ce myslËre.
Pour l'extérieur, ilB doivent élre morts à tout eui-mémes, comme le sont les eapècee. Ils doivent se laisser injurier, manger, fouler aux pieds, percer de coups, comme No Ire -Seigneur Fa été mille fois dans le saint Sacrement par les malheureux hérétiques el par les impies, sans se plaindre et sans témoigner aucun sen liment de vie , mais demeurant comme mort au milieu de tous ces traiiements. Notre -Seigneur ne f)dt là aucun usage de ses oreilles, de ses yenx, ni de ses mains, ni d'aucun dVses sens, ; étant comme un mort : Modo mor- Uio. Et il faut aussi que les prêtres ne fassent aucuQ usage de leurs sens par euxmêmes, mais qu'ils s'abandonnent en tout à Dieu, afin qu'il fasse tel usage qu'il voudni de tout eux-mêmes.
Pour l'intérieur. Moire -Seigneur est en ce saint Sacrement tout'tranformé en Dieu, et tout passa eu «on état divin, car il ; est
i^ LETTRE CI^XXXVII.
(dut pénétré de gloire. Son corps mi^me, sous ce voile de mort et des espèces aacrawJQtale^, est rpv^tud'ioPOrjuptibUité, d'immortalité, d'agilité, dç subtilité. Son âme eotr^ daos que intime parlicipation des perfections divines; tellement que, n*ayant plus rien en tout lui-même de la corruption de la chair et des faiblesses humaines, par la pénétration delà Divinité, el par sa consommation parfaite en son Pêne, il parait, tout caché qu'il est, dans un état sublime, et tout autre qu'il n'était pendl^nt sa vie en tous ses autres mystères. C'est ainti que les prêtres doivent être en leur intérieur. Il faut qu'ils soient intérieurement semblables ^ Dieu par la sainteté de leurs disposition? et par la pureté de leurs uKBurs : il faut dans le fond qu'ils soient tout transformés et tout divins.: il faut, en un mot, qu'ils soient si consommés en Dieu et en ses divines perfections, que,. quoiqu'il n'en paraisse rien au dejbors, ils aient pourtant une perf^oUon
LETTRE CLXimi. 3»
toilt esiraerdinalre Mu» ùat rie mm~ mate.
Le prêtre icAl être comdie le Dieu de l'Ëglise, au travers duqoel, cornue au traders d'un cristal , dn puisse voir éclater et reluire les perreclfoos adorables de Dieu. On (Mt voir sa patience, sa douceur, sa bé^ nigntlë, sa charité, sa mansuélulft, se bonlé, sa stabilité et ses autres perfections. Et comme elles sont invisibles et impeiceylibles aui hommes de cliair, et qu'ils ont besoin de quelque chose de sensible pour connaître, adorer et aimer cette divine majesté. Dieu a voulu se rendre sensible dans les prêtres, aûa de se faire voir et aimer sous eux, et de donner ainsi espérance auï hommes de le pouvoir imiter en la vie présente. C'est ce qne MOfre-Seigneur acommencédefaireen se faisant hOttme; et ce qu'il a laissé ans prêtres i continuer après lui, pour (acilîter cette vie parfaite, et la rendre commtiDe. Car les hoMmea airâiem encore eh lui cette excuse, qu'il était Dtetl ;
330 LETTRE GLXXXVni.
et qu'ainsi il était aisé d'imiter Dieu son; Père, et faire voir en lui toutes ses perfections. Mais il lève toute excuse à TÉglise lorsqu'il fait que des hommes communs^ qui sont infirmes comme les autres, fassent reluire en eux toutes ses perfections, pour les rendre visibles aux hommes, et les obliger par leur exemple à les pouvoir imiter. Voilà ce que doivent être les prêtres dans l'Église, etc.
II écrit à une personne noQTeHement convertie , à qai il montra la nécessité de fuir Toccasion da péché.
Ce que vous me mandez dans votre dernière lettre m'a fort surpris. Je ne puis en aucune manière approuver cette conduite»
et je crois que vous devez vous tenir dans une plus grande réserve que vous ne faites. Quelques sentiments que puissent avoir les personnes qui sont auprès de vous, je ne
LETTRE CLXXXTIII. 321
Tola poiDi de raisoD pour vous exposer de la Borle. 11 faul vous défier davanlage de vous-même après l'expérience que vous avez de vos faiblesses, et fuir plus soigneueenient, à l'avenir,, de pareilles occasions.
Vous dites que la coaGanceque vous avez en OieuvousasBureetvousùte toute crainte.
Hais cette cooGaDce vous doit être fort suspecte, qui ne vous 6te la vue de votre irapuissaoce, et des sujets légitimes que vous avez de craindre, que pour vous engager avec plus de liberté dans le péril. C'est là une des marques des plus assurées d'une fausse conflance, et d'une véritable présomption 1 et c'est ce qui cause ces chutes déplorables et ces misères terribles auxquelles nous voyons que Dieu abandonne cesâmes présomptueuses et téméraires qui, toutes faibles qu'elles sont, se croient eu assurance au milieu des dangers.
La chair, dans l'état où elle est maintenant, nous doit donner de continuelles apprébensfons. Car depuis sa dégradation elle
233 LETTRE CLIXTVIII.
est a eDn<i»ti^, «i îtmt pour le biM , tir
portée du lËsl , i)u« a véritable déOtfltfofi
eM taé «Bpècé d'Mtfrtilisaiïce de âë A&eitll»! dn féàhé. Se pente y 63t «i'giWide, ijoe, it elle Y Té^itt datii' Quelque' oCâasioir,- élW f gOttvttibk ëd^ i'itlTéÉ : et (tUdiSil ebtff elle n« ^J piééi'jAtë pus, é'eAt Od effet iDintëfiâé dé h boulé déDfeO', q\il 19 iâûGfM. àttttPé tM infiliDalIoa ei «u-def Jiïï dé la aatUfe. AMÉi fré TOUS péKuailâz pOiM vont mtïtér jMtaia coittre f#K faiblesses, à iboiùi que vbiM n'évlHâi iKtfâonëti de p^its, dàiid leitttieb vMis auriez ménië îiiflAiitiéDt k crElIodi^ quand voué seriez Obligé de vous f ëifpo«er pdr la nécessllé de Votre chairge. Ldf^uévoUïeniisËïantrëiUenttoil^Eeïilez Dteu, ^i , ue donnent èoû sedoUrs t(a''in béMitt ëii U nécé^ilé, et Qoa à la pré- (JAm^linn, v'ffas atiandoDuera à Vùu^ihéiile et vous laisséi^ eu proie à fus euuertîfâ.
CiV<î*z-nioi, vihis lie IfoUVêrez jartiaffl de remëdë tUgate cMlrë fiés téAlâUcU? (|ue dlDt ÎA Alité, ôpéfauC votre salut eu la ma-
LETTRE CLXXIVIII. 933
njèn que le drinre YApbtré quand fl dit:
Cunt meiu et timoré veitTam salutein ope- TamMi. Il n'y a point eo cela dd prMIége poor quf que ce soit. Quand ce âeratt m saiDl, il torfibwag'il a'upprihtMé pas. Il n'y a (}tte la partie de Dieu, et la fionflaflco que nom y'dévtms aVoîr, qui ûdUs assurent. Or s'il it6u3 promet son sficoars pour les emplois où il Dous appelle, et pour dous préserf ér dïils lés périh où la nâcessité dws engagé, i3 parole nous marque qu'il' le relire de ceuï qui S'y exposent témérairemeût et avec toute sorte de liberlé. Qui amat p*rtculu»i, dit-il par la bouche tfu 5a^, pm'ftil in illo : Celui qui aime le péril périra data le périt; il y perdra sa grlcé, et Dieu le laissera dans la tentation pour pnnir sa Superbe et ce vain appui qu'il avait en lui-mSme.
Api'ès cela Toyez si votis avez raisou de vous Tiei* â vos eipéi'iences passées ou à vos forces présentes, et si vous n'avez pas plutôt sujet de tout craindre, quaud , au lien dé
23A LETTBE CLXXXVIII.
fuir ces occasions dangereuses, vous vous y portez de vous-même avec tant de facilité. Car alors il n'y a pas seulement incertitude si la grâce vous y sera 6tée, mais il y en a même quelque sorte d'assurance-
Il y a sur ceci des paroles qui vous devraient faire trembler toute votre vie, dans un traité intitulé : De Singularitate clericorum, qui se trouve parmi les œuvTes de saint Cyprien. Je vous les envoie pour vous servir dans vos besoins présents, vous suppliant de les bien méditer.
Accipimu» quidem fortitudinem spirituakm per quam substantiœ nostrœ fragilitas rohoretur. Sed ita nobis spirittMlis fortitudo coUata est, ut providos nos, non prœcipites tueatuTj etc. Cu^tos nobis datus est SpirituSy sed ut contraria declinantibus assistendo subveniat, non ut cofitraria eligentihus faveat, etc. Nam qui perniciosis conatibus audet exercere virtutem, juvamen non hahet Spiritûs sancti ^ qui neminem vult uUroneum virum fortemad fraïudalen'
LETTRE GLXXXIX. 335
tas vietorias coarctari. Nec protegit etun, qtùnimmo sed deserity quem pericuUs irrwnitm per illicitos eventus exquirere triumphos agnoverit : sicut ipse jam tune locutw est, dicms : Amans periculum , in ipso periet, etc.
Qu'il faut dans le temps de consolation faire provision pour le temps de sécheresse.
Je vous supplie de demeurer contente et en paix, car je vous suis toujours celui que le Ciel vous a donné, toujours très-aiïeclionné et très-attentif à votre saluL J'aurai le bien de vous voir et loisir; mais, en attendant , sachez que Dieu désire un cœur libre et content Ne souiïrez pas que le vôtre, qui doit être toujours ouvert et dilaté , se rétrécisse et se resserre. Faites profit et usage de ce temps. Je vois bien qu'il est fort serein, et que tout rît pour
vous : je vois bien que la mer est calme ; mais apprenez que Dieu vous a dooné en facilita) a cause de la faibledse de votre ime. Humiliez-vous de ne poiDtsoulTrir de résistances dans vos œuvres. Il voit bien que, si vous y trouviez de la difQcUlIâ, vous ne seriez pas assez forte pour la vaincre. Ainsi il ôte pour vous les épines des roses, parce que sans cela vous auriez peine â les cueillir. Je vous donne cet avis de voDs humilier, parce que vous ne devez point avoir d'occupation plus fréquente que celleli. Entretenez - vous maintenant devant Dieu comme vous feriez dans la sécheresse ; autrement vous vous trouverez un peu éloignée de votre compte. Saint Pierre défend à ses disciples d'agir selon le moii' vemeUl de leur ferveur, qui leur fait entreprendre plusieurs choses au delà de Jenrs forces. Ce n'est là, dH-il, qu'une tentalfùD ; car, après que ce gratid vent est passé et que la marée s'est retirée, ils demeurent a sec sans pouvoir avancer. Il M
LETTHE CLXSItX. 337
faut se loDder que sur la foi, considéreut ce que Dieu demaade de vous. Et si vous n'entende? paseacore la voix de votre Tput. qui ne parle qu'à l'âme parfaitement purifiée et qui vit dans le silence de la aaliire et de ses passions, il faut vous soumettre à celui qu'il vous donne pour vous tenir sa place. Tout imparfait qu'il est, Dieu en sera le garant pour votre sûreté.
Preaez donc à cette lieure de bonnes résolutions, ailn ^ue dans le temps de la stérfUté vous n'oraelUez rien des choses qui vous ont été ordonnées, mais que vous les pratiquiez poQCluellementet fidèlement, parce qu'elles plaisfint à Dieu. TËmoignez souvent à Notre -Seigneur que vous ne faites point les choses parce qu'elles sont faciles et aisées, mais parce qu'il les veul. Ne cessez point de lu! dire que vous ne désirez que ce qu'il désire et que vous êtes toute prèle, si c'est sa volonté, à entrer dans les voies de rigueur. Retonnsisse^que TOUS méritez bien ces châtiments, et qi^e
238 LETTRE CXG.
votre vie passée les demande. Enfin diteslui que vous êtes sa victime, pour être et devenir ce qu'il lui plaira ; surtout pour être immolée aux pieds de ses autels comme une bête immonde, ne méritant pas de lui être offerte sur Tautel même, où on ne doit mettre que de saintes hosties. N'êtesvous pas toute à Dieu comme sa chère créature et sa fille ? Je n'en désire point de témoignage, vous le savez. Et parce que je crois cela de vous, je suis aussi tout entièrement vôtre. Je songe pour cela très-souvent à votre âme, et je ne cesserai jusqu'à ce que je la voie toute sainte. Adieu. Croyezmoi toujours en Tamour de Jésus-Christ et de Marie, votre, etc. i
LETTRE CXG
Il décoayre à une âme peinée l'ntilité des souffrances , et l'asa^e qa'eUe doit faire de ses peines*.
Ne vous étonnez point de vos délaissemients et de vos peines. C'est la voie de
Dieu de consom mer l'impure té des âmes par le feu de la iribulation. S'il faut passer par les Dammes ardentes d'un pui^atoii'e pour eire purifié et rendu digue des nor.es de l'époux dans le ciel, il faut aussi, pour commeuceraurla terre ces mêmes noces et entrer dans l'amour et l'union intime avec ce saint époux, passer par ces voies purgatives. Combien avez-vous à consommer de choses Impures que vous ne connaissez pas, et que l'œil seul de la sagesse immense et pénétrante de votre époux connaît, et qu'il sait loi seul piirîGer par les remèdes qu'il y applique et qu'il reconnaît propres et utiles à votre mal 1 Oh I que l'âme humble et abandonnée A Dieu est heureuse en ses mauil Ohl qu'elle doit estimer son bonheur de voir son saint époux devenir son divin médecin , pour guérir par les voies solides , par le fer et le feu, tout ce qu'il j a d'impur dans le fond de son imel Par lï ce divin chirurgieu, le Fils de Dieu, coupe le mal en sa racine ; et il vous fait une foù mal pour
âàO LETTRE etc.
VOUS faire jouir après d'uae PSPté parTaile et d'uD amour inlime, qtii pe sera plus Îdlerrompu. Les longues v<iieB de« léoitifs obligent de lemps en temps A rappeler les âmes à la pui'gatjoii; 6t ainsi elle« interrompenllaliaisoDintimeetrupiop parrajle, qui les met en jouissaoce de Tépoux. Mais celte voie rigoureuse poriGe toul d'un poup le mal cactié au fon^ du cœur. Cette codduile est 1res -rude el Itès- pénible i la chair ; oiais elle est assurée. Elle est étrange à la sagesse hupaioe; mais elle est ordinaire ii la foi et a la conduite de l'Évangile, qui prometque l'époux viendra baptiser »es enfants dans l'eau el dans le feu. Bienheuranx, nous dit saint Jacques, celui q^i souffre la lenlatitm, car quand il twra ct^pffirU çetU épreuve il recevra la cùuron«/i ifc vie, et en jpuira uon-seulem«(it au ciel, a»jp^Hr la terre, en vivant du pur éteint fwwir, qui SHOpie 91 qui unit l'épopse au rpi i^m, av^c qui elle yit en béatitude PATfajte àmt le fofid 4e laon coeur. 0's«pé-
LBTTKE CZC. 9&1
rei point entrer en l'aDilé inline du Dieu de gaJDielé ssds Être auparavant sanclillée par la croii. Soyes saint, dit Dieu même, à
cauu que je suis saint.
Ayez donc pour voire exercice intérieur l'ouverture de cœur à Jésus-Cbrist votre époux , qui est en vous et que vous devez souvent embrasser par le ressenlimeot de l'amour qu'il vous témoigne et de la grâce qu'il vous fait de vous purifier avec tact de soin, pour vous rendre digne de sa société et de sa parfaite liaison. Expliquez-lui en confiance tous vos maux; expliquez-tuf vos peines, cornm^ au Gdële ami de votre cœur et comme à celui de qui dépend votre conduite, et entre les mains duquel vous êtes abandonnée. Après quoi soyez en paix, laissant k sa puissance et a son amour & opérer les moyens de votre délivrance, et à en ouvrir les voies en la manière qu'il voudra et dans les temps qu'il lui plaira. Il ne manquera pas de se manifester ou au dedans ou au dehors. [I ne manquera pas
de réf éler ses voies k qui jl le thain, selon la bienséance de votre conduite. Ed adendatlt toyet en pDrgatoJrc, éxpOséë kui âojns de Celui quî use des mo;enA qu'il lui plaît pdor Voua ptirifiet. Attendez eu la mahière que les âmes du pargatoire attendent l'oUverlDre du <:iel, en sérénité d'esprit el en pait, «oumiséâ aux ordres de la juaiice et de la sainteté de Dieu ; attendez que le jour d'élire en Toir« nuit, et que h pail de Dieu pàralsM, qui prescrit certains moments à 6oa fléau et à sa persécution. Oh 1 qne ces dispositîohs plairont au Souverain amour! J'attendrai que vous me mârtdiez celles de votre âme et leS «éntimeUls Intérieurs de vôtre crSUf, poUf y pouvoir répondre, el stritlfrâire ainsi anf obligations que JésuscfttiSl, notre tout, nnnipôMdevOuâiehir.
Je suis en lui tout «Aire.
LETTRE GtCT. 243
LETTRE CXGI
Il «ïboirte à la patieac« Qdé personne qni était beaaconp persécutée.
Je n'di que quatre paroles à vouB dire sur vdtre tflalj qui doivent faire tout votre retfiède : patience, charité, retraite, union ; car je vois bien qu'autrernent vous n'aurez jamais de paix avec cette humeur altière, qui triomphe de votre humiliation, et qui insulte sur le respect que vous portez à la personne, qu'elle voit que vous craignez et traitez de révérence. Mais c'est ce que votre devoir et la justice chrétienne requièrent de vous en votre condition et en votre état. Si on vous donne un soufflet sur une joue, dit Notre*Seigneur, tendez Vautre, Si quelqu'un se moqi^ de vous en votre chemin , faites encore mille pas avec lui. Enfin notre gloire et notre royaume n'est point de ce monde, mais de l'autre. Humilions -nous et nous abaissons en la
2Zi^ LETTRE GXGII.
vie présente, et nous serons exaltés audessus de ceux qui nous auront foulés aux pieds, ils méritent présentement que nous leur rendions de Thonneur, puisqu'ils sont les instruments de la justice de Dieu sur nous; mais il faut qu'ils craignent à leur tour qu'ils ne deviennent la matière de sa vengeance , s'ils se sont recherchés dans ces traitements. Car, après avoir satisfait leur passion, ils seront traités de Dieu en son temps comme ils nous auront traités en celui-ci. Adieu. Croyez-moi, je vous prie , autant à vous que h charité vous peut rendre une créature en Jésus-Christ toute vôtre.
LETTRE GXGII
n écrit à use âme peinée. — Il lai montre Futilité de cet étatf et l'exhorte à la confiance.
Je souffre extrêmement de n*ètre pas auprès de vous dans l'état pénible où vous
LETTRE GXCII. 2â5
£tes, pour vous contiouer les senJcesque Noire-Seigneur me permel de vous rendre. Les affaires de Dieu m'ool arreié; mais pour vous dire cepeudaut mes sentimeols
sur voire état et sur vos peines,^ ne puis vous plaiudre en cela, puisque Notre-^igneur en est la cause, qui juge absolumeot que cette disposition est nécessaire i votre espHL Oh I qu'une Ame sans peine a peu de poids auprès de Dieu, et que son état est incertain el proche d'être renversé par la tempête et par l'orage l Que Time alors est aisément agitée par les venis de la complaisance et de la vanité, et qu'elle se voit prête d'être à tout moment sub-
AycA la foi comme saint Pierre. Rien n'esifepable d'élonner une âme de con> fiance.^'Tous les démons sont sans pouvoir auprès d'une personne bien établie en la foi de Jésus. Allez, allez; Dieu est avec vous, el rien ne peut ébranler le fond de voire cœur, où Notre -Seigneur
'2M L%JTRfi QXCllU
ri^^jide, iB» dehors sont en peine et 9'ébrsinleat , jnaî9 |e dedans est fort et tema çp
Il ^ihprte 9pç bonne âme à se conformer ^ Notre - Seigneur, et à se donner à son esprlt^pour se laisser copdaire i lui «i tontes ehoses.
Je prie ivotre-Seignewr de vpyp voylçir remplir de son iotérîeur , et de <:bitnger tellement le vôtre dans le sien , gnç vons ne çQyez plus vous-même, mais Notn^nS^igneur viv^t intérieurement en vqus.
Sainte Madeleine, dont nous faisons &^ main la fête, était, après sa pénitence, si icbangée intérieuremftit en >%ésus- Cbri^t^ qu'elle n'avait plus rien eâ^lle de sft première vie. Elle vivait ^otte par le Saint*£8prit, qui lui avait été donné par Notre f-j^igneur; et ce divin esprit, qui esttoiiti)ppûséà la chair, lui donnait des
LRITHE CXCtlI. SA?
DiouvfstGDl? El coDlraires lisf^ apcl^noçs ipclinalions, qu'elle if'4coulailplu« d'autres ^enlimestf que ceuji qti'jl lui inspirait, qui étaient Jea RitineB que cepj de WD Cber Midlrs, à cau^ qve c'était )« w^mc egpril qui l'iinimaj). Or c'e^t ce ipftpiç en>r)t qui râMde eo vous, comme 4Wb tous Je^çhrélieQt qui fODMQ grâce, imqvei je vou^ cgnseille de vous dQnpep , le metl«Ot souvent en pog^sfjopde v^ua^ni^inf, 46n que c« Mit lui ^qui agiwe par vfius «1 ep voua â la glpire de Qieu- tl ms «ew)>le quç VOUS ne vojup y donnei pa^ voloDli^rs IWUr «jlir que je yoBs )e reconjmwide, (t cel3 prpcÈje dfi rigoorsncp et de l'eirwr de vpfre .cftai;, qui ifS «JU^slt pH If^ Wfat^^ et les fpepejlle^ 4^ QOtrf gr^, et le biea que JÉWS^rift non» lait, OVU DOUS reDd dép(»ilaires4e goD e«pr|t pvJf lMplto>e ; et effeptjveineul il jéà^ es n^m pourDous conduire, pour dous éclair^ et pour DQus mouvoir b I9 gloine de Cieu. M'Iiéùter dope pgiflt 4e ve^g docaer ft lui^
3âS LETTRE CSCIIl.
car il D'allend que notre abaodoD pour nous mouvoir, régir et gouverner to tout, CewD-là, dit l'apôtre saint Paul, sont véritables enfants de Dieu, qui sont mus et condmls par son esprit. Faites donc que cela Boit ainsi , aQn que vous soyez un vrai eafant du Kre éternel et de eon Mis , el an temple du Saint-Esprit. 11 repose en vous pour y adorer Dieu et le servir par TOUS , ne le pouvant pas faire paras seule personne, laquelle, étant égaleà Dieu, ne pent le servir que par une nature étrangère et inférieure à sa grandeur. Je vous laisse pour cela entre ses mains, et vous conjure de vous abandonner â lu! en conflance. C'est lui qui gouverne tout le corps de l'Église, et il est jaloux de conduire toutes les âmes à Dieu. Con6ez-vous dor^c beaucoupft sa sagesse, à sa puissance et à son amour, et ne vous mettez en peine de rien.
Outre cela, soyez toujours soumise, parce que l'esprit de Dieu demande une
LETTRE CXCllI. 3^9
soamisiiOD parTaJte. Vous la devez rendre enlière i M. de V***, de la piété el capacilé duquel je vous ai écrit autant que je le pouvais. 11 est tel qu'il vous le faut , et je ne pense pas que vous en puissiez trouver UQ semblable en quelque lieu que vous puissiez le ciiercher. Conrormez - vous surtout i Jésus-Christ crucifie, car c'est là votre attrait et votre vocation : et con- Torniez- vouB-y inlérieuremeDl, c'est-àdire à ses dispositions iotërieures en l'élat de la croix, â sa grande Ijunililé, à sa patience, à ses souiTrances, à sa pauvreté, en un mot, i toutes ses autres vertus, qu'il faudrait être un siècle pour décrire. Donnez-vous au divio Esprit, qui a formé en lui ses vertus, aUn qu'il les forme aussi en vous. Il est au milieu de vous, non -seulement pour vous solliciter à l'exercice de ces mêmes vertus, mais encore pour vous donner la force de vous y rendre fidèle.
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LETTRE CXCÏV
Il conseille à nne personne ée condition de se retirer ds U cour efc en mçnde.
RjBpensçipl à royyertwrp que je ypuç ai donnée pour ?vanççr vptrç #^irç, je l^i Irpqvp acçQmpagnée de 4eu;s (}U5Llilé? dopl Dieu se sert pçurcopduire les çb.Q^e? Jjçur fln, sjtvojr (Je la douclç^re!; deTefficçiçe; c'est 9i|3çj que l'Écriture saiote dit qu^ Dieu dispose de tQu(e$ cliosç? avec ^uavité^ et qu'il les couduU ^veç force à legr flfl, fe V0U9 dirai dope en roe cp^fif ipanf , et Ypvs aussi, dan3 h pensée que jnpu^ iavonç f^m, que vous devez représenter à M*** que, voyant voire jnutiJiilé pçur Dieg, ce qpi V0U9 doit être une ^larque de sa diyjn^ volonté, laquejle voju.s devez étudie? et écouter en tout , vpu^ désire? par priuQJpe de conscience de vous retirer ; et que ç^la vous est même nécessaire , voyant que les
LRTTRE CICIV. 961
chotes ne changept point, et qu'il n'y a pas d'apparsnce que dans la «uite elles aillent aiilremeol.
Il ma parait tout â fait impossible que V0U4 ayez ep cet éM ta paix nécessaire pour traiter avec Dieu eo l'oraison , qqj est te principal de votre vocutiou sur la terre, et vous l'eipérimeotex bieq par lesEÉclieresse? qui proviennent de ces dislractiops, et de ces peiuea que vous soufTjeï sans fruit; car je n'y vois point d'espérance d'aucun bien, sIdou de |'ei«mple que vous donn«; de douceur, d'hiiniilité et de patience, qui est ce que doit faire toute âme chritiennei qui doit se faire voir cOfnme une image vivante de Jésps-Christ, afla de tacber de l'imprimer dans les yeux et dans le cœur de tous les hommes. Allons à Dieu, ma Glle, et laissons là le monde et tous ses gens. Je m'en retire pour jamais, voyant les eipérieocR? qu'ils me donnent, et la iiiaj)i^ iave« ili^queUe les chose» de Dieu iéçirimni el te ruinent entre leurs aàm-
I^acore une fois, ma fille, retiroDS'Dous du si^lti , pour D0U9 forlifler en la retratle auprës de Jésus-ClirisL, pour lequel, sang doute, il faudra BoulTrîr quelque persécution. Ohl que cette sentence du (Ils de Bien eBt vraie : Ce qui est grand devant le» AoniflMS est abomination devant Dteut Ilelirez-Tous de l'abooiinalion et de la Babylone. Vou» savez, pour le temporel, que le divin Iklaltre a déjà mis ordre à loul, et que rien ne vous peut manquer auprès de votre DdMe époux, qui n'abandonnera pas sa fidèle qui quitte tout ponr lui. Celui qui ne laisse manquer de rien ses moindres et plus chétives créatures, que ne fera-t-il pas pour son épouseî Quoique je vous dise de hâter voire, sortie, ne précipitez pourtant rien, et reculez ptuldt que d'avancer trop, aOn de mieui prendre voire temps, et aûn de bien prier Notre-Seigneur qu'il donne quelque ouverture favorable, qn'il dispose les esprits , el que tout se puisse bln
LETTRE GXGt. 253
avec les marques de sa conduite et de son esprit, qui sont la douceur, la prudence et la force.
LETTRE GXCV
Exercice contre les tentations de yanité.
Ne vous étonnez pas de vous voir continuellement assiégé de pensées de vanité et de désirs de gloire. La chair qui vous environne est une chair toute pétrie et envenimée de superbe, qui exhale toujours ses mauvaises vapeurs. Prenez garde seulement qu'elles nMnfectent votre âme : car si elle ne se défend avec beaucoup de vigilance de leur malignité, elle ne manquera jamais d'en être empoisonnée. C'est pourquoi il faudra que vous gémissiez souvent auprès de Dieu de vous voir rempli de sentiments si opposés à sa sainteté et à Tesprit de Jésus-Christ, son Fils.
Il sera bon de vous élever souvent vers
25Û LETTRE CtCV.
Jémis-Chriat ressuscite, qui dofi réformer le corps de DOlre faunilliaiion et de notre maligoilé, et le rendre un jour semblable k lui eu tous ses seotlmeDls divins.
En Btlendaut le bonheur de cet état, vous invoquerez sur vous sou esprit, le conjurant qu'il vous révèle, vous torlitie.el vous remplisse de ses sainlea dispositions; et qu'il vous fasse entrer en zèle et en horreur contre la corruption de votre chair, à laquelle il est infiniment opposé. Vous formerez même souvent des actes de délestaiion de toute sa malignité. Vous serez fidèle surtout, quand les pensées de vanité vous environueroot, de vous unir à Jésus-Cbrisl , sans vous inquiéter ensuite de ce qu'elles pourraient faire. L'âme qui est entrée en Jésus-Chrisl et établie en lui doit vivre dans un grand mépris du démon et de la chair, auxquels souvent Dieu ne permet de s'élever en nous que pour nous obliger de recourir à lui avec plus de ferveur.
leWre cxct, 255
Il fauUas3ii]uevou3so;ez fidèle â étouffer et à délrnire éo In vertu de sob divfn esprit les mouVemenlâ et iCâ désira qui s'élèveot en voua â toute heure de ce fond de superbe, et que voua voua renouveliez en l'UDioa de Notre-Seigueur, ))reDaDtceg teOtatiODS comme un avertissement de votre tiédeur et de voire peu d'application !i Jé«u3-Christ.
Vous tâcherez de porter toujours en vous les senliments d'humiliation quevousaurez puisés dans i'esprit de Notre -Se igné Ur, Sans sortir de cet état intérieur d'apeantisSeilient eu toutes clioSeS , soit a l'égard de Dieu , soit à l'égard du prochain, soit i l'égard de vond-tnéme.
A. l'égdrd de Dieu, vous paraîtrez devant lui Ciïbvert de eflofusion en tous vo^ciercices de piété.
A l'^ara du prochain , vops en ferez de même, adorant en lui la majesté de Dieu. auprès duquel il faut toujours être cotifus, el très- profondément anéanU. L'esprit '
356 LETTRE CXCT.
d'humilité Dous tient les jeux ouverts aui perrectioQS d'aulrui aussi bieo qu'à dos inÛriDités, pour nous aaéaDtir devaat le prochain ; de mËme que l'esprit de grelltude DOUS les ouvre aux grâces que Dieu nous fait, pour l'en remrrcier.
A l'égard de vous-même, il faut que vous vous regardiez ('«mine la chose du moude la plus vile et la plus basse, qui n'est que néant et péché, indigne de tout l'usage des viandes et des vêtements, et des services et secours de toutes les créatures.
Il Tant, par-dessus tout cela , que vous soyez attentif â vous tenir en suavité réuni Il Jésus-Christ, et recueilli eu lui, et il imprimera en voos peu i peu tous les sentiments de sa vie et de toutes ses vertus, comme étant la vraie source et l'unique principe de tous les sentiments' chrétiens.
Vous vous souviendrez aussi de ce que je vous ai dit souvent, qu'il y a trois degrés essentiels de l'hamilité.
Le premier est d'aimer notre humiliation,
et de voir avee plaisir TabjectioD qui nous est propre.
Le second est d'aimer qu'on voie et qu'on connaisse la vileté et l*abjection qui est en nous, quand il plaît à Dieu de la naanifester, ou que nous sommes obligés de la révéler nous-mômes.
Le troisième est d'aimer à être traité pour ce que l'on est , et à souffrir les mépris , les contradictions, et les persécutions, avec soumission au bon plaisir de Dieu, et avec joie en l'intérieur, en vue et par amour des humiliations de Jésus-Christ Notre-Seigneu r et notre Maître.
Ne croyez pas néanmoins que cette joie avec laquelle je dis que nous devons embrasser les mépris et les confusions qui se présenteront doive être extérieure ou sen- ^jflible : il sufiGlt qu'elle soit en esprit et dans |e fond de l'âme. Ainsi, quoique votre ^baif y résiste et s'en afflige, contentezbas de les embrasser doucement en votre Kérieur, à l'exemple de Notre^^igaeur,
258 LETTRE CXGVI.
qui portait sa croix avec beaucoup de joie dans le fond de son àme, quoique pendant ce temps il fût extérieurement accablé de tristesse et d'amertume. Enfin vous vous exercerez extérieurement aux œuvres basses et abjectes, autant que la prudence chrétienne vous le pourra permettre, embrassant surtout avec plaisir toutes celles que la providence divine vous offrira en votre condition.
Du zèle que les prêtres doÎTent aToir contre le monde, auquel ils doivent être morts. — Ce qne c'est que cette mort, et comment elle s'opère dans l'âme.
Vous trouverez ^ans cette lettre Téclaircissement des difficultés que vous m^avez proposées dans votre dernière. Il me semble qu^elles se peuvent réduire à ces trois, à quoi tout le reste de ce que vous m^avez écrit se rapporte. La première, ce que c'est
LETTRE CXCTI. 360
qu'Être mort inlérieuremeot à tout ce monde. La seconde, d'où procède celte iQort, et comment elle s'opère dans IJfrae. La troisième, pourquoi les prèlres doivent être morts au monde , et en avoir non-senlemeot dégoût, maisune horreur si grande, qu'ils soient dans un zèle continuel de le détruire.
PoQF la première, je vous dirai que cette mort est un dégoût intérieur que l'âme ade tout ce monde. Et remarquez que ce n'est pas seulement un mépris, c'est-à-dire une opération de l'entendement qui ne fait plus d'état de toute la créature, après en avoir une fois découvert la vanité et rinutililé; mais c'est ud dégoût que l'on ressent de toutes les choses de la terre, qui fait qu'on ne peut plus ensuite les regarder ni les soufTrir.
Or ce dégoût procède pour l'ordinaire de l'union à Dieu, oii l'ime, ayant goûté cet objet souverainement aimable, ne peut plus avoir qu'un extrême dégoût de tout le
260 LETTRE GXGVI.
reste. Car, comme Dieu comprend en soi tout Tètre, et qu*il a de quoi remplir et continter toutes nos facultés, il les satisfait toutes pleinement par son application. De sorte que. la faculté de goûter, de flairer, de toucher, de voir et d'ouïr, qui sont des facultés intérieures de l'âme, qui s'exercent par les sens, et qui ne laissent paâ de demeurer en l'âme, quoique l'âme n'opère point par elles, se trourent parfaitement contentes , parce que, possédant leur véritable objet en Dieu, dans lequel elles se trouvent entièrement absorbées par une pleine satisfaction, elles ne peuvent plus rien supporter de ce qu'elles aperçoivent par lés sens; et l'âme aussi ne peut plus rien trouver ensuite que de trèsdégoûtant. Cette disposition envers toute la créature grossière et imparfaite est d'une obligation générale à tous les chrétiens ; mais elle est d'une telle nécessité à tous les prêtres, que, s'ils n'en conçoivent un dégoût qui aille jusqu'à leur en donner hor-
LETTRE CICVI. 261
reor et ft les armer d'un ïUe continuel pour la détruira, ils mauquent à ce qu'ils doivant et t c« que Dieu demande d'aux dtns leur condition. Car, premttremeat , tout ce inonde, selon eaiat Jean, est da» une malignité vicieuse, qui doit être abolie, à cause du tort cl de l'injure qu'elle fait à Dieu. Or c'est à quoi doivent travailler les prétrei, qui ont les iotérits de Dieu entre leuri maini, et doat l'obiigatioD parliculfèreeit de défendre sa gloire.
De plus, toutes les créattires, avant le pécbé, étaient comme des miroirs de la be«nté de Dieu qui le faistienl aimer; mds maintenant, comme elles attirent a elles toutes lei personnes qui les regardent, elles les reUreol insensiblement di^Ç^eu. Dieu , autrefois caché en elles, sema^festaitaui imes pures et innocentes, et ainsi il était aimé dons toutes les créatures; mais présentement, comme il n'y parait presqne plus, leur beauté particulitre charme les hommes; en sorte que, s'ils n'ont reeotn
262 LETTRE GXGVI.
à la foi et ne se servent d'elles dans les rencontres, ils y demeurent misérablement attachés. Si bien que, depuis la perte de rinnocence, elles sont très-malignes, et servent d'autant d'occasions aux hommes d'oiïenser Dieu qu'elles étaient utiles autrefois à le faire servir. Car, comme depuis qu'elles ont été des instruments pour le péché, elles ont été comprises dans la malédiction d'Adam , qui s'en était servi pour son crime, elles ont aussi encouru la haine et la malédiction de Dieu. De sorle qu'elles trempent avec Adam dans samalignilé, qui est présentement contagieuse et qui blesse tous ceux qui s'en approchent; à moins que la vertu, la grâce et la puissance deJjotre-Seigneur ne les mettent à couvert d^i malice. Cette vue doit encore donner aux prêtres bien de la haine contre le monde, qui perd ainsi les âmes ; et ils doivent avoir un grand zèle pour le détruire, afin d'ôter aux pécheurs cette occasion presque inévitable de leur ruine.
LETTRE CXCVl. 363
Ajoulez à cela que , depuis le pécbé , qui ■ rendu Adam avec tout ce qui était de bod domaine tributaire du diable, le démou, comme prince de ce Biè«rle , usait de toute la créature selon ses desseins, qui sont d'olTenser Dieu. Ainsi tout le monde était devenu comme un instrument de sa malice: Totus mundus iub tnaligno potitM «st, porte la version grecque : Tout le monde est dans la sujétion et sous ia domination du diable , et participe tout à sa malice. Et c'est ce qui doit allumer le zèle des saints prêtres contre le monde, puisqu'ils sont établis pour détruire le règne de ce malheureui prince et pour rétablir celui de Jésus-Christ.
iiQDn le monde, qui est l'assemblée des niécbanls, et qui fait profession de suivre les lois du diable, qui sont la superbe, l'avarice et le plaisir, qu'il suggère perpétuellement à ses supp6ts (ce qui fait que tout le monde est en pécbé), doit être absolument en horreur aux ministres de Dieu
26a LETIRE CICVI.
et b lei urviteDre; et ils doivent avoir le zèle de l'anéantir et de te consommer «u moiai en sa malice et en m mauTaisei mceurs, en attendant le jour du jugenNot, aaqael , étant revëlui du ii\t et de la force deJtsuft-Chriit même, iU mettront avM lui le feu au monde et le couommeront, pour en faire un sacriSce parfait à la gloire de
DtCB.
JèmiB-Ctari«t, comme prèlre, fera ce s»cilBca glorieui, «t tous les prftlret qui ne font qu'un avec lui anlreront en part de catte auguala fonction, en récompensa du zUe quïls auront eu pendant leur vie pour h détruire en ses maximes et en su mœurs. Car ceux qui par leurs imxurs aurMt eondamné c«llea du monde, ceux qui l'auront jugé digne de mépris et de condamnalioD, ceux qui l'auront quille et s'en MTOil séparés comme d'un eicoiniDunié , auront pour récompen*)' le droit de k juger avec Netre-Seignenr.
Ainsi les prêtres qui auroot en le stèle de
LETTRE CICVI. 266
saciiRer le monde à Dieu ; metUvot le (en avec JéBUfi-ChrJsl prèlre. Et ce zèle ardeot pour les intéréli de Dieu, ce zèle brûlant et Roniumant tout <m qui s'cppoee à sa gloire est ce que demande la religion du prttre et le véritable esprit du sacerdoce. Le lële d'un prâtre doit âtrc comme celui à» saint Micbel, qui renversa ses frÈrei rebelles , servant de glaive enlre les mains de Dieu pour en faire des victimes éternelles dans le ha de l'enfer. Il faut qu'un prttre soit ainsi tou t de feu, pour détruire le péché et tout ce qui s'oppose à Dieu ; It son zèle, conme religieux de Dieu, d^ireui de lui sacrifier toutes chows, et de l'bonorereii toutes maniàres, doit s'étendre jusqu'à se séparer et se priver das cboies de monde les plus innocentes, pour témoigner l'estime qu'il bit de la beauté et de la grandeur de Dieu, après laquelle seule il soupire , et qui seule te peut conleater. U doit mâme travailler i ce que rien ne détourne sa vue de cet aimable objet.
fl/9lf LETTRE CtCVI.
disant à tout le monde, comme saint Michel : Quis ut Deu8? Qui est semblable à Dieu? Qu'est-ce qui lui peut être comparé? qui est-ce qui mérite d'être vu et d'être regardé? Rien n'est capable de détourner mes yeux de dessus sa grandeur. Hélas I mon Dieu, que tout périsse pour moi , que rien ne se présente à moi, que tout meure pour moi et que tout s'anéantisse. Car, à mon Dieu, rien ne peut être supportable auprès de vous; vous êtes toutes choses, mais sans imperfection, sans déchet et Ans corruption; vous êtes éternel, immense, in uni ; vous êtes adorable par tout vous-même ; vous êtes Dieu en tout vousmême ; il n'y a rien d'imparfait en vous. Ehl plût à Dieu mon créateur que vous puissiez être connu et regardé au lieu de ces fantômes et de ces impertinences qui amusent le monde ! A quoi s'arrête-t-on? A un masque ridé qui couvre mille ordures. A quoi s'amuse-t-on? A contempler du vent et un peu de fumée. Mon Dieu, vous
LETTRE CXCTI. 267
éleB éternel, impérissable, inlermiDable.
Eh quoi, moD Dieul dans peu de temps je verrai lout ce que maialeDanl on adore réduit à une poignée de cendres ; je verrai tout en feu, et je m'amuserai à tout celaî Hélas I non, mon Dieu, j'aime bien mieuï m'atlacber a vous , 0 adorable sacrificateur de tout le monde! rien de ces choses ne subsistera avec vous. Vous étés l'unique objetdemonadoralion.etje veux que tout le monde le confesse. Oui, je veuï que toute la créature avoue qu'elle n'est rien auprès de vous, et qu'elle doit èlre détruite à votre gloire. Rien ne mérite d'être auprës de votre être, et tout se doit confondre auprès de vous. Ohl s'il ne tenait qu'à moi, que je réduirais de bon cœur lout en cendre, afin de suppléer au devoir et à la religion de tout le inonde! Ob! que je serais heureux si je voyais que tout fût consommé pour votre gloire ; si je voyais UD feu universel qui publiât que rien ne doit être que vousl Ohl que ces flammes
268 LETTRE CXGVI.
roe plairaient, et que teur activité dévorajpte me serait agréable I que ce$ louanges me seraient douces, et que ce sacrifice cop-* solerait une Âme religieuse et qui porte le respect et Thonneur qu^elle doit à la majestié infinie de Dieu 1
Ce sera là le contentement de tous i^s saints au jour du Jugement. Us verront avec joie le feu qui brûlera le monde et qui vengera les oifenses de Dieu, et ils seront ravis de voir encore paraître dans ce grand embrasement la vanité des créatures, et la solidité, la fermeté, Timmutabilité, Téternilé de Dieu» devant lequel rien n'est digne de subsister. Qb l que ce grand jour sera odieux à toutes ces pauvres âmes abusées qui aiment la vanité et qui cherchent le mensonge 1 Mais qu'il sera agréable à celles qui sont désireuses de la gloire de Dieu , et surtout aux saints prêtres qui sont tout remplie de son culte et de sa religion l C'est U l'esprit daiis lequel nous devons vivre.
LETTRE GXGVI. 269
Mais, en attendant ce dernier sacrifice et cette entière consommation de tontes choses, ne laissez passer aucun joar sans lui sacrifier en esprit tout le monde avec vous, afin d*être digne de lui sacrifier son Fils. Je vous conseille de lui en bien demander la grâce, et de lui faire de cœur tous les jnatins cette protestation : O mon Dieu, si je vous sacrifie tous les jours votre Fils, comment ferais-je difficulté de vous sacrifier tout le monde? Si je vous sacrifie Celui qui a fait tout le monde, et qui vaut mieux lui seul que tout le monde ensemble, comment pourrai -je refuser de vous sacrifier ce qui est dans le monde? Non , mon Dieu, que je ne sois pas si misérable que de rien retenir! Je veux vous sacrifier toutes choses sans m'excepler moimême. Que je sols tout entier sacrifié et entièrement consommé à votre gloire.
Qu'il n'y ait rien de mol qui ne vous soit consacré et dédié, qui ne soit immolé et consommé pour vous I Et parce que j'es-
père, par votre pure miséricorde et par la bonté de votre Pils, qu'un jour je serai conjBommé dans votre sein , je me console en mon attente, désirant cependant, à mon aimable Tout, que votre amour et votre charité consomment l'impureté qui règne en moi, et me fassent, en attendant l'éternité, une hostie consommée, une hostie de louange à votre gloire. Ainsi soit-il Voilà le véritable esprit du sacerdoce, et la grande disposition où vous devez être continuellement comme prêtre.
Jésus -Christ, en qualité de souverain prêtre, et de prêtre parfaitement religieux, devait offrir à son Père toutes les victimes les plus parfaites de la terre; et, après lui avoir sacrifié en esprit tout le monde, comme un jour il le sacrifiera en effet, le consommant par sa justice, ne trouvant point dans toutes les créatures de quoi se contenter et ne pouvant se satisfaire, s'il ne venait à se sacrifier soi-même, il le fait une fois sur la croix, et il continue tous les
LETISRE CXCVII. 271
jours au Ir^saint Sacrement, où il est hostie et >prêtre tout ensemble. Ainsi tout prètrç, pour être prêtre en perfection, et pour porter sa religion jusqu'au point que son état demande, doit être lui-même hostie de Dieu , à cause du grand zèle qu'il doit avoir de sacriGer tout à Dieu. De sorte qu'après avoir tout sacrifié, se trouvant encore de reste, il doit lui-même se sacrifier et se faire victime de Dieu, afin qu'en s'immolant de la sorte il soit hostie et prêtre tout ensemble. La religion du prêtre n'est point effective si elle ne produit cet effet; et c'est une chose pitoyable que devoir un prêtre qui ne soit point encore mort intérieurement à toutes choses et à soi-même.
Que les prdtres doivent faire pénitence ponr les pécheurs , et prier ponr tont le monde.
La personne dont vous m'écrivez travaille assurément beaucoup, et on m'en a rap-
372 LETTIt CXCTII.
porté plusieurs choses qiil m'ont édillé. Maisjecraini, au milieu de touasesemplois, qu'il ne néglige les exeicices de pénile&ce et qu'il ne s'applique pas assez k l'oraison. Ce sont deux chosea d'une grande iuiportance , et dont vous le devez avertir. Insinuez-lni que les prêtres sont les serviteurs de l'Église, et qu'en cette qualité ils doivent tellemeiLlavoir embrassé ses inlérËts, qu'ils se regardent chargés par office de faire pénitence pour tous ses enfants et de porter sur eux les elTetS de la haine de Dieu contre les pécheurs. C'est usez d'être praire pour être diargé des péchés du monde, et pour être obligé de BOulTrir pour tous, sans en avoir commis aucun en sa personne. Ainsi , pour saint que soit ce bon ecclésiastique, il doit se considérer devant Dieu comme tenant la place d'une infinité de pauvres criminels, pour qui il doit pleurer, gémir inceseaniment et s'afDiger toute sa vie.
11 n'en est pas de la nouvelle loi comme
LETTRE CKïll. 273
de rancleane. Dans celle-ci, les prtlres étaient obligea d'oCTrir premiëremeot des
sacrifices pour Ipurs péchés et puis pour ceux du peuple : Priùs pro suis delktis, dit saint Paul, deindé pro jiopu/i. Mais daos la oouvelle, où les prëties soal prêtres en Notre -Seigneur, qui a été déclaré prêtre selon Tordre de Melchisédech en sa divine résurrection, c'esl-à-dire lorsqu'il n'avait plus rien de l'apparence du péché, ils doivent eire si sainls et dans un état de grâce si élevé, qu'ils n'aient plus â satisfaire pour eux, mais seulement pour les autres. C'est pourquoi, si le prêtre, avant que d'être engagé dans les ordres sacrés, avait otTensé Dieu, il faudrait qu'il y eût pleinement Balisfail. ITemiërement, afin d'être par là mieux disposé à embrasser la pénitence générale de l'Église; secondement, aQn d'avoir un accès libre et facile auprès de Dieu, et pouvoir intercéder plus ellicacementpotir les peuples; troisiêmemeat, pour être admis à faire pénitence pour les pé- T. il. W
2Ht LETTRE CXGVII.
cbeurs, qui est la vocalioD des âmes les pins pures et les plus saintes de l'Église. Car Dieu n'afDige point desâmesetne les prend point pnur victimes des pécheiirs. qu'elles ne lui soient bien agréables, et mâme plus agréables que celles pour qui elles font pénitence, afin de pouvoir prendre son plaisir et trouver sa salisfaclion dans leurs personnes.
Mais quand un prëlre n'aurait jamais oITensé Dieu, comme 11 est chargé par son minislëre des péchés de tous, il doit être aussi avec Notre-Seigneur victime pour les péchés de tous. Ainsi il faut qu'il soit préparé à toutes sortes de persécutions et de supplices; il faut qu'il soit exposé à toutes les pauvretés, les liumilialions et les mépris ; il Taul qu'il soit disposé â porter toutes les bontés, toutes les confusions, en un mol toutes les peines que tous les hommes ensemble njérilenlpoorleurs péchés. Voyez par là jusqu'à quel excès el i quelle extrémité doit monter la pénitence d'un prêtre.
LETTRE OCCTII. 37S
Il faut qu'il soit ud abîme de palience, d'humilité, de niorlificatiOD, de pauvreté, pour souffrir tout ce qu'il plaira à Dieu d'exercer sur lui de plus violent et Ae plus rigoureui. Et il faut que, pour salisfaire A une vocation si sublime, il soit leilement perdu en Notre-Seigneur, el si entièremeut pénétré de lui, qu'il ne se lasse point de BOulTrii' toute sa vie. Excitez-le Jonc autant que vous pourrez à enlrer dans cet esprit. Et si son corps ne peut pas porter autant de pénitence extérieure qu'il serait à désirer, que son cœur soit toujours rempli de pénitence intérieure , c'est-à-dire d'humiliation, de contrition, et de désir d'une salisfaciion aussi étendue qu'il plaira h Notre-Seigneur la lui faire accomplir.
Pour l'esprit de prière et de religion , il doit être aussi universel et général en lui que l'esprit de pénitence. Car il faut qu'un prêtre prie pour tout le monde, tl faut qu'il ait an cœur au&ei large et aussi ouvert que l'Église; en sorte que l'esprit de Dieu
276 LETTRE GXCVIII.
s'explique el se dilate en lui autant qu'il serait dans toute TËglise ensemble et dans tous les peuples. Car il est substitué auprès de Dieu pour tous, et il doit le prier, le louer, rhonorer pour tous : il doit lui rendre ses devoirs au nom de tous. C'est pourquoi il est obligé de vaquer à la prière avec plus d'assiduité, d'ardeur, de pureté, de confiance et de zèle, que tout le peuple ensemble, etc.
11 coDsole nne bonne âme qni ne trouyait plot de goût dans l'oraison , ni de consolation dans le ser- TÎce de Dieu.
Ne vous affligez point de votre état. Notre- Seigneur a retiré de vous sa présence sensible, parce que vous vous attachiez trop à ses caresses; mais il ne laisse pas de demeurer au fond de votre àme, où, retiré eo^a sainteté, il veut que vous alliez à lui
LETTRS CXCTIII. 377
■u-des8ua de loot senlJmeDt. C'est ainsi qu'il éptire ses emanles, et qu'il les mel en état de ne plus 8'aUact)er qu'à lui seul. L'âme , élevée et soutenue par l'esprit . ne doit plus s'amuser à ces douceurs. 11 ne faut plus qu'elle cherche ses tendreBses , et i) Taut qu'elle se dégage tellement de toutes ces choses sensibles et grossières qui affaiblissent l'esprit et aroollisseot l'âme, qu'elle eu porte avec amour la privation.
Dieu est comme une nourrice à l'égard de ses enfants, et il les traite aussi de même que les nounices traitent leurs petits nonrrissons, qu'elles caressent et qu'elles amadouent. Il donne aux petits du lait, et souvent il leur continue cette nourriture par ses caresses et ses tendresses, à cause de leur inlinnité, qui leur fait aimer et reclierclier ces délicatesses ; au lieu de souffrir d'en être sevrés dans le temps où Dieu, désirant de les forlifler en esprit, les voudrait rendre des hommes forts, robustes, et capables de le servir.
Les tendresses tie Dieu où celles du prochaiD ne sont bonnes qu'aux enfants, à cause qu'ils sont faibles. L'estomac des hommes se gâte souvent avec le lait, ne trouvant pas de quoi se pouvoir soutenir. Les enfants, au contraire, ne peuvent porter la forc&d'une solide nourriture. Ainsi il faut que les uns et les autres se laissent traiter par la main de Dieu,etqu'ils souffrent d'être délaissés et sevrés des caresses et des grâces sensibles , lorsque sa sagesse l'ordonne : autrement il arriverait ce malheur qui est dépeint en l'Écriture : Puer centum annorum morietur. Souvent on est enfanta cent ans : c'est-à-dire que Jésus-Christ n'a souvent qu'un an de vie dans une âme qui a vieilli à son divin service : ce qui est un monstre en la grâce, et ce qui blesse infiniment Notre-Seigneur, qui voudrait avoir fait son progrès à proportion de sa résidence dans une âme, et être dans l'âge parfait, selon le temps qu'il a vécu dans un cœur. C'est ce qui vous doit donner bien de la
confusion devant Dieu , de voir combien il y a qu'il vous a attiré à son service , et la peine que vous avez encore en ses soustractions.
Qae la voie de la foi doit être préférée à celle des go«uts et des sentiments.
Je vous supplie d'agir selon les principes que je tâchai de vous imprimer itvant que de partir. Je me doutais bien de ce qui arriverait après les premiers attraits et sentiments dont vous avez été occupée. Il faut servir Noire-Seigneur en foi, et ne dépendre que d'elle'en vos dévotions. Car Dieu nous donne la foi comme la lumière qui nous doit conduire sur la terre, et qui ne manque jamais à ceux qui la désirent. Elle n'est pas de la nature des grâces sensibles, et des autres lumières qui lui sont soumises, lets-
?tlO . LETTRE CICIX. ^
quelles ne sont pas toujours présentes, mais s'évanouissent sonvenl quand on les cherche.
La foi n'a pas beaucoup d'aliraits qui Oaltecl et délicalenl l'âme, de peur que l'ELme ne s'y amuse, au lieu de s'attacher uniquement à Notre -Seigneur. Mais les senlimenls se font goûter et recherclier pour leur propre agrément, et s'attachent ainsi l'âme au lieu de la perler à Dieu.
Reconnaissez donc la bonté de notre divin Maître, qui vous dégage de cette vie impure, pour vous avoir â lui dans une plus grande sainteté. Soyez-lui d'autant plus fidèle, qu'il a plus soin de vous; et redoublez vos vœux, puisqu'il redouble ses bontés, Me croyez pas que vos actions agréent moins à Dieu , pour 6lre faites en cette BÎmplicilé, et qu'elles soient moins ferventes, pour éti'e plus dénuées de sensibilité. IVon. Un acte fait par la foi toute seule est plus fort de beaucoup , et plaît bien plus aux yeux de votre Dieu , qui est
esprit, que ce mélange de senlimealB gros- BÎers el imparfaits.
Sofez poDcluelle à vos règles, et les suivez comme la voix de votre époux, auquel la Toi vous apprend qu'il Taut obéir. Offrezvous à lui mille et mille fois le jour, pour être ce qu'il voudra. Je souliailerais , s! c'était soD bon plaisir, d'être maintenant auprès de vous pour vous aider. Mais quoi, si le Ciel veut vous attirer dans la simplicité et la pureté de k foi, il faut se rendre à lui, et marcher par cette sainte voie, qui est la plus sûre de toutes. Je prie Notre-5eigneur qu'il vous y sancliHe, comme une autre Madeleine. Il y aura demain un as que le Ciel vous délivra de vos chaînes. Je serai, s'il plaît â Dieu, fidèle h en remercier Noti'e-SeigDeur, et le prierai qu'il vous dégage encore de mille petites ciioses qui empêchent votre parfaite union avec Dieu, .■Soyons ndèles à ue rien soulTrir où notre cceur s'attache, soit de spirituel ou de corporel. Qne rien n'entre en votre âme pour
282 LETTRE ce.
VOUS servir de complaisance, que Jésus Voire amour Irès-unique.
LETTRE ce
Il instruit une princesse de l'nsage qu'elle doit faire de la grandeur, et de la manière dont elle doit yivre dans sa condition.
Rien n'a de vie, soit dans le monde de la nature, soit dans celui de la grâce, qui est la sainte Église, sans le fond de Tespril; et d'autant plus les choses sont élevées en l'un' et l'autre monde, d'autant plus leur vie est-elle parfaite et leur esprit éminent. De là vient. Madame, que votre obligation est plus grande de vous instruire de la pureté de vos voies et de la sainteté de votre esprit, lequel est d'autant moins connu dans le siècle , qu'il se trouve peu de personnes de notre état qui travaillent à en donner la lumière, et moins encore dans le vôtre qui étudient leur vocation en Dieu,
LETTRE ce. 283
et qui pensent à eolrer dans l'esprit de la
grâce de celle condition. Je ne puis pas. Madame, vous celer ne que J'en vois, ni vous caciier (es dispositions intérieures et la conduite de saintelé que Dieu demande de voire âme; car outre mes obligatioos générales, vous étant donné de Dieu en la nianiËre que je le suis, je dois vous en montrer les ouvertures, et vous exposer les moyens faciles pour y entrer.
Il y a bien longtemps que Dieu vous a prépaLée à ce qu'il voua demande maintenant, et plus j'étudie ses voies sur vous, plus j'aperçois de grâces singulières qui marquent le dessein qu'il a de vous sanclilier. C'est pour cela. Madame, qu'il a pris tant de soin de mettre en vous, pour le fondement de son œuvre, des qualités si sortables à voire condition, qu'il vous a donné des dispositions intérieures si propres à la vertu et à la grlce, et que, par-dessus tout cela, il 3 fait paraître des protections si extraordinaires, dont il a conservé voire
364 LETTRE ce
personne à la face de louL le monde, qu'il a monlré sensiblement par ces marques qu'il TOUS désirait comme un flambeau de piélé dans voire condition, et qu'il voulait faire voir en votre personne quelle est la vocation et l'esprit d'une princesse chrétienne.
C'est niêmedans cette vue que cette bonté divine, et cette adorable sagesse qui conduit son ouvrage avec tant de douceur et de suavité vous avait aulrefois appelée dans un pays étranger, pour y voir le modèle de la sainteté qu'il désirait montrer par vous eu ce royaume. Lt dans cette retraite il vous a fait étudier une le^on admirable dans la conduite d'une femme sanctifiant sa qualité d'archiduchesse, laquelle il fait revivre en votre personne aRn de Eancliller en vous la grandeur de princesse. C'esl à quoi j'ai cru que pourraient servir les vues que Notre-Seigneur me donne, el que je prends la liberté de vousenvoyer rédigées par écrit, selon votre désir.
LETTRE ce. 285