‹ Lettres sur l'agriculture moderneChapitre 12 sur 12 · NE · texte numérisé non relu

NE

Dans cette formule, P signifie produit (grain, pommes de terre, betteraves, ete.); N signifie nourriture ou substances nutritives (acide phosphorique, potasse, chaux, ammoniaque, etc.); E signifie empêchement. opposition, résistance.

Voici, du reste, la traduction de la formule en langage ordinaire :

L'élévation des produits (d’une terre) correspond ou est en rapport avec les substances nutritives contenues dans le sol, moins toutes les causes ou circonstances qui empêchent les substances nutritives de favoriser la production. Si la lettre N signifiait six muorceaux de pomme et E trois doigts qui retiendraient deux de ces six morceaux de pomme, il n’y aurait que les quatre autres de libres et qui pourraient être mangés.

Tout le contenu de ces lettres n’est que le développement de cette formule; tout ce qui a été dit sur Pélévation et la plus-value des produits, sur la fertilité, la eulture du sol, les engrais, etc., tout cela y est contenu, et on comprend que, si cette formule est vraie, elle renferme un million de recettes sur la manière d'obtenir de meilleures récoltes, et de les faire durer indéfiniment ; on comprend encore que l'avenir de nos champs et Île bien-être des cultivateurs dépendent de sa démonstration claire et rigoureuse, et personne ne peut nier que le développement et la discussion de cette formule ne soient d'une grande valeur et d’une haute importance pour l'agriculteur.

Tout ce que l’agriculture pratique à gagné de connaissances, depuis une couple de mille ans, en ce qui concerne

les engrais, elle le doit aux principes vrais qui sont les conditions premières de toute conclusion exacte. Appuyée sur des recherches qu’elle avait faites concernant lalimentation des végétaux, la science, en 1840, indiqua aux cultivateurs le guano comme un moyen immanquable d'augmenter la production de grain et de viande et en recommanda l’usage de la manière la plus pressante. Avant l’année 1840, il n’y avait pas encore de guano employé comme engrais sur aucun champ européen. Lorsque le premier navire chargé de guano aborda à Liverpool, on fit avec ce guano une foule d'expériences infructueuses.. L’utilité de cet engrais devint un objet de controverse entre les cultivateurs, jusqu’à ce qu'ils eurent passé l’école de son emploi.

Depuis cette époque, plusieurs centaines de navires ont déjà apporté au continent européen pour 600 millions de francs de guano ; depuis la même époque, on a récolté en plus environ 400 millions de quintaux de grain ou leur équivalent en viande.

Il est vrai que sans cela le guano aurait également fait son chemin en Europe, car une bénigne providence laisse une pomme murir en temps convenable, et lorsqu'elle tombe de l'arbre et qu’elle pourrit, c’est l’homme ou bien le sol qui est cause que le pepin ne germe pas. Le guano m'aurait peut-être pas fait son chemin avec tant de rapidité; mais, pendant les années de stérilité que nous avons eues, il est venu assouvir la faim et apaiser les besoins de plusieurs millions d'individus.

Le théoricien qui prédisait les effets produits par le guano n’avait pas vu les conséquences favorables qui résultaient de son emploi, comme notre « partisan de l’azote » le vit plus tard en Angleterre : mais ces conséquences découlaient de l’analyse chimique qui en fut

faite : elles étaient les résultats du principe : que si l’on possède une terre épuisée par la culture du grain, on doit lui rendre ce que le grain lui a enlevé.

Ce ne fut pas cette espèce de chimie qui prédit après coup, ce ne fut pas la caricature de la science (voir la première lettre), mais la science véritable qui donna au cultivateur le moyen de rendre le phosphate de chaux plus propre à la nourriture des plantes par l’action de l'acide sulfurique et de gagner ainsi sous le rapport du temps; il y a dix ans qu’en Angleterre, l’emploi de ce procédé augmente la production des fourrages, tout comme si l’on avait doublé la surface du champ; depuis lors, on produit sur la même superficie plusieurs millions de quintaux de viande, ou son équivalent en grains de plus.

Le théoricien qui avait donné ce moyen, n’avait pas vu son action, ainsi que les chimistes agricoles en Angleterre, mais il l'avait conclu du principe : que laction d’un engrais, sous le rapport du temps, doit augmenter en proportion de l’augmentation de la surface qu’il occupe.

Tout ce que font encore aujourd’hui les cultivateurs pratiques et les sociétés agricoles, tout ce qu’ils peuvent conclure, dans leurs réunions annuelles, sera perdre son argent et son temps à des essais infructueux, aussi longtemps qu’ils ne laisseront pas le pouvoir à lexpérience et à la logique, c’est-à-dire au bon sens : mais s'ils le font , ils auront par là la science tout naturellement.

Il y à une recette pour la fertilité de nos terres et pour la durée continuelle de leur production ; si on l’emploie convenablement, on verra qu’elle est plus avantageuse qu'aucune de celles que l'agriculture ait employées jusqu'aujourd'hui. Cette recette Ta voici :

Chaque cultivateur qui conduit à la ville un sac de grains ou un quintal de colza, de betteraves ou de pommes de terre, doit, comme le paysan chinois, ramener de la ville tout autant (et même plus) de substances nutritives fixes et les rendre au champ auquel il les a enlevées ; il ne doit pas dédaigner une simple pelure de pomme de terre ni un fétu de paille, mais penser que cette pelure et ce fétu manquent à ses épis et à ses pommes de terre. De cette manière, il dépense peu son profit et son placement est certain ; une caisse d'épargne n’est pas plus sûre et aucun capital ne donne de plus beaux intérêts. La surface de son champ se trouvera, en dix ans, doublée sous le rapport de la production; il lui fournira plus de grain, plus de viande et plus de fromage, sans qu'il doive dépenser pour cela plus de travail ni de temps. Les soins que lui coùtaient ses terres seront considérablement diminués, et il ne sera plus continuellement tracassé par la recherche de moyens inconnus ou nouveaux (et qui, après tout, n'existent pas), d'augmenter ou de changer leurs produits.

Tous les propriétaires d’un grand pays devraient former une société dans le but de former des dépôts de déjections d'hommes et d’animaux, sous la forme la plus convenable pour pouvoir être envoyés de côté et d’autre. Les os, la suie, les cendres lavées ou non lavées, le sang des animaux, les déchets de toute sorte seraient réunis ensemble et préparés pour le débit par leurs propres employés.

Pour rendre ceci possible et facile à faire, les conseils communaux et la police dans les villes devraient veiller à ce que les fosses d'aisances et les conduits destinés à recevoir toutes les matières fécales fussent dans des conditions convenables pour prévenir toute perte de

ces substances (1). Cela admis, que tous Îes paysans, tous les cultivateurs mettent annuellement chacun un france dans une caisse commune et qu'on laisse de pareilles sociétés se former dans toutes les villes du pays; il n’y a pas de doute qu'après un petit nombre d’années, chacun ne puisse suivre la recette que nous avons donnée plus haut, sans le secours de personne.

Les cultivateurs ne doivent pas se fier au guano, le prix en est à peu près doublé, et personne ne peut raisonnablement vouloir que la production de tout un pays dépende d’un engrais étranger (2). Ils doivent chercher à

(1) Le ministère de l’intérieur à Munich, a fait prendre dans ce sens, des mesures très-utiles, en vue de l'état sanitaire de la ville : et le succès dépendra du zèle avec lequel les propriétaires seconderont les vues éclairées de l'administration.

(2) H est presqu'à craindre que le guano ne joue dans l'histoire un rôle malheureusement trop important. Si l’on songe qu'un quintal de guano renferme les éléments fixes de 25 à 50 quintaux de froment, ou de substances équivalentes, et qu'employé comme engrais pendant une série de récoltes, il détermine la production d’une pareille quantité d'aliments, on peut se faire une idée de l'énorme valeur que doivent avoir, pour la culture du froment en Europe, les dépôts de guano de l'Amérique. L’accroissement considérable de la population de Londres et des autres grandes villes de l'Angleterre, ne fait qu'augmenter annuellement Ja perte qu’éprouvent les champs de la Grande-Bretagne sous le rapport de leurs conditions essentielles de fertilité. D'autre part, la conservation et la réunion des excréments parait offrir des difficultés insurmontables au moins à Londres. On voit par là que l'Angleterre ne pourra continuer à produire du blé qu’à la faveur d’une importation incessante de guano, et aujourd'hui même, elle consomme, à elle seule, les neuf dixièmes de tout le guano importé en Europe. Il y a une quinzaine d'années, les agriculteurs américains regardaient le guano avec une sorte de mépris ; mais il n’en est plus ainsi aujourd'hui; et l’année dernière on en à importé huit millions de quintaux dans les États-Unis. Daus l'état actuel de l’agriculture en Angleterre, l'Amérique a la faveur du monopole du guano, dumine tous les marchés de grains de l’Europe, et surtout de l'Angleterre, et si, par un concours quelconque de circonstances, l’Angleterre ne recevait plus de guano, il en résulterait des conjonetures dont on ne saurait calculer la portée. Des guerres sanglantes ont éclaté pour des sujets bien moins importants,

ne plus avoir recours qu'à eux-mêmes, avec tous les moyens qui sont à leur disposition ; alors, mais seulement alors, la chimie leur rendra les services les plus signalés. Tant qu’ils demanderont à cette science des moyens magiques ou surnaturels, elle ne pourra leur porter secours; ils doivent penser que là où les bons moyens ne réussissent pas, il n’y a qu'un manque de bonne volonté ; les moyens existent toujours partout (1).

(1) Ce ne sont pas seulement les terres placées près des grands centres de population et de consommation qui emploient ces moyens : nos paysans s’'arrangent pour venir chercher, même de bien loin, et dans leurs mauvais chariots, un supplément au peu de fumier que produit leur étable. On peut dignement comparer au kuli chinois le paysan actif du duché de Lucques, qui, dans un rayon de 6 millés, et grâce aux bienfaits de l'irrigation, récolte deux moissons par an, sans jamais donner de repos au sol, et sans connaître le guano, même de nom. Mais il ne se contente pas d’aller à Lucques, qui se trouve dans les voisinage; il se rend aussi à Livourne et à Pise, pour y vider les cloaques, dont le contenu, grâce au zèle infatigable de notre cultivateur, produit une végétation d’une puissance incroyable, et qui sert à l'alimentation de la population relativement très-grande de ce vieux duché. Les barques de Viareggio viennent chercher dans ces ports le fumier des chèvres des maremmes, pour la culture de l'olivier sur la côte d’Apoue.

Nos maremmes se trouvent, par leur nature spéciale, en dehors de ce cercle de compensations. Le défrichement et la culture du blé s’y développent de plus en plus tous les ans, quoique lentement ; mais la population faible et nomade de ce désert dont l'air est si insalubre, ne saurait accumuler une quantité d'engrais proportionnelle au produit récolté. L'introduction graduelle de la culture par rotation ne pourrait amener à la fin que l'épuisement que la culture intensive a produit ailleurs : et celte remarque n’a pas échappé aux propriétaires et aux cultivateurs, qui mettent tant de zèle à l’établissement de l’agriculture dans ces contrées. Peut-être la stérilité et le délaissement auxquels ce malheureux pays a été condamné aussi longtemps, résultent-ils du système de rapines des Romains et des Etrusques.

L'agriculture en Toscane est telle, qu'elle rend au sol les éléments que la science indique comme étant les plus efficaces : aussi est-elle, sous ce rapport, bien plus avancée que dans d'autres pays. (Sei nuove lettre chemice sull’ agricultura di Giusto Liebig, compendiate et annolate de Gustavo Dalgas, Phil. Florenze Tehce Paggi, 1858, p. 95).

De l’agriculture pratique considérée dans ses rapports avee la chimie. — Pratique expérimentale et théorie. — Méthode inductive. — Tendance

de l’agriculture vers les connaissances scientifiques. — Causes de la lenteur avec laquelle se développe la science agricole. — État actuel de ce développement. 1 à 19

Conditions générales de la vie des plantes. — Principes contenus dans leurs cendres. — Substances nutritives des plantes. — Action du sol pendant la végétation. — Rapidité et durée de l'action des substances nutritives. — Idée fausse sur l’action de l’eau. — Conditions que doit réunir toute terre cultivable, sous le rapport de la potasse, de l’ammoniaque et de l'acide phosphorique. 20 à 32

Selon toute apparence, les plantes tirent directement leur nourriture du

gol, — Analyse des eaux de rivière, de source et de drainage. —

Réflexions à ce sujet. — Action des plantes lors de l’absorption des éléments nutritifs appartenant au règne minéral. — Analyse de la lentille des marais. — Du limon des marais considéré comme engrais.

— Propriété que possède le sol d'absorber l’eau contenue dans l'air humide. — Phénomènes qui accompagnent l'absorption des vapeurs. 33 à 45

Part que prend l’humus à la végétation. — Expériences de Lawes sur l’action des sels ammoniacaux. — Effet des nitrates. — Du sel commun. — Essai de fumures faites au moyen des sels ammoniacaux et du sel commun ; leur effet sur les récoltes d'été. — Résultats que recherche l’agriculture pratique dans ses essais de fumure. — Utilité du sel commun employé avec les autres engrais.— Action des sels ammoniacaux, du chlorure et du nitrate sodiques en présence des phosphates contenus dans le sol; leur effet sur la végétation des plantes.

Influence de l’azote sur la puissance productive du sol.— Expériences de Schattenmann, de Lawes et de Kuhlmann. — Résultats de ces expériences. — Différences dans les produits du sol sur la même contrée. — Rapports qui existent entre les produits du sol, leur durée et la somme des substances nutritives fixes qui y sont contenues. 63 à 76

Des éléments nutritifs contenus dans l'atmosphère. — Distinction entre les plantes annuelles et les plantes vivaces, au point de vue de la nutrition et de la direction de l'assimilation. — Influence de la surface foliacée et de la durée de la végétation. 77 à 88

Appendice à la sixième lettre. 89 à 94

Influence de l’époque à laquelle se fait une fumure sur l’effet que celle-ci produit. — Conditions nécessaires à la floraison et à la formation de la semence. — Action chimique des principes nutritifs sur les plantes. — Maladies occasionnées par celte action dans les plantes : moyen de les guérir. 95 à 102

QT

Comment se comportent les plantes sous le rapport de l'absorption de leurs principes nutritifs incombustibles. — Influence du travail méca-

nique du sol sur sa fertilité. — Engrais verts. — Épuisement du sol. — Lois de cet épuisement pour les plantes cultivées. — Etat de la

plupart des terres cultivées de l’Europe.— Action chimique quise fait sentir pendant la distribution des substances nutritives dans le sol. — Fécondité des terres en culture. — Influence sur la qualité de la semence. — Conditions nécessaires à la produclion abondante des grains.— Comment agissent les herbages, les betteraves et les plantes à tubercules dans le sol. — Épuisement du sous-sol. — Rapport qui existe entre la quantité de nourriture qu’absorbe une plante et la surface externe de ses racines. — Fumure avec les engrais de basse-cour. — D'où provient le fumier. — Fumier d’étable. — Part que prennent les parties combustibles et incombustibles du fumier au rétablissement de la fertilité du sol. — Causes de l’action du fumier d'étable.

Tous les phénomènes organiques sont dominés par la loi de la nécessité et de la dépendance mutuelle. — Comment les agronomes considèrent cette lot. — Analyse chimique et pratique. — Leçons de l’expérience sur tout ce qui a rapport au sol, à l'augmentation des produits et aux engrais, en opposition avec la science. — Opinions de Walz sur la composition du sol, sur les causes de sa fertilité et de son épuisement, et sur l’action du fumier. — Discussion de ces opinions. — Lecons de l’agrieulture moderne sur la production du fumier. — Du guano et de son utilité en agriculture, — Conditions des terres dans la culture raisonnée, 152 à 159

Devoirs du cultivateur instruit et des professeurs d'agriculture. — Loi naturelle pour l'augmentation et la durée des produits des champs. —

Culture de gaspillage. — Culture rationnelle. — Observations sur le mode de culture pratiqué en Amérique. — Culture intensive. — Rapports entre la production du trèfle et celle du grain. — Système

de culture avec jachères, avant la guerre de Trente Ans. - Commencement de la culture du trèfle en Allemagne. — Culture triennale. — Culte qu’on semble rendre au fumier. — Erreur de l’agriculture moderne à ce sujet. 160 à 184

De l’ammoniaque comme substance nutritive des plantes. — Rôle de l’eau dans la végétation. — Conditions nécessaires à l’emploi de l’ammoniaque comme engrais. — Valeur agricole des différentes espèces de guano et des excréments des animaux. — Perte d'engrais par suite de l’accaparement des substances alimentaires par les villes. — Leur remplacement au moyen du guano. — Influence nuisible de la culture de la vigne et du tabac sur la production du grain et de la viande, — Cause naturelle de l’appauvrissement du sol au moyen de Ja culture.

État de l’agriculture moderne sous le rapport historique. — Notions sur l’agriculture d’après les écrits des anciens Romains. 209 à 217

De l’agriculture en Chine. | 218 à 226

État dans lequel se trouvent les écoles supérieures d'agriculture. — Leur peu de vitalité. — L’enseignement scientifique en présence des cultivaleurs. — Concordance des expériences chimiques et agricoles. — Formule simple pour les principes chimiques exprimés dans les lettres. — Recette pour la fertilité des champs et la durée constante de leurs rendements. 227 à 240

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