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POMMES DE TERRE

Connecticut . . . . . . 5,414,958 9,689,805 Massachusets, . . . . . 5,585,652 3,585,584 Rhode-Island. . . . . . 911,975 651,029 New-Hampshire.. . . , . (6,206,606 4,504,919 Maine . . . . . . . ,. 10,392,280 5,456,040 Vermont . . . . . . . 8,896,751 4,951,014

Total. . . 30,180,500 19,418,191

Dans plusieurs États du Sud, la diminution dans la production est également remarquable. Voici le nombre de bushels de froment produits en 1840 et 1850 par quatre de ces Etats :

Tennessée. . .. . . . . 4,569,692 1,616,386 Kentucky. ,. . . . .-… ‘4,803,162 2,142,822 Géorgie …. . . . .. ‘1,801.830 1,088,534 AT ITT OT RSS 2 838,052 294,044

Total. . . 12,012,726 6,144,796

Ces chiffres prouvent à l'évidence que, dans certaines contrées du pays, les éléments constitutifs du sol ont été épuisés et que la fertilité de celui-ci diminue constamment. Dans l'État de New-York, il se trouve actuellement 500,000 moutons de moins qu'il y a trente ans. Dans l’espace de cinq ans, leur diminution a été de 50 p. c.; le nombre de chevaux, de vaches et de pores à diminué également de 15 p. e. En 1845, la récolte de froment fut de 15,591,770 bushels; depuis lors elle a toujours diminué tous les ans, et, l'année dernière, elle ne dépassait pas 6 millions.

La récolte moyenne de maïs était, en 1844, de 24 75/100 par acre ; en 1854, elle n'était plus que de 21 2/100. En 1850, la récolte moyenne de

cultive n'ont besoin d'aucune restitution de principes fixes et qu'ils resteront toujours dans le même état de fertilité. Tout colon s’imagine aussi, en commençant, que ses terres font exception pour lés produits qu'il cultive; il lui semble également, d’après son expérience, qu’elles conserveront une fertilité perpétuelle. Mais, quand ses enfants sont grands , il s'aperçoit de son erreur; sa ferme passe dans les mains d’un autre qui en épuise le sol de la même manière, seulement avec plus de capitaux et de travail; et, lorsque celui-ci est à son tour persuadé que la charrue ne suffit plus pour obtenir de bonnes récoltes, il laisse la ferme à un colon alle-

froment était, dans la Virginie et dans la Caroline du nord, de 7 bushels par acre et, dans l’Alabama, de 5 seulement. Tandis que la récolte de coton est de 550 à 375 kilogr. par acre, dans les nouvelles plantations du Texas et de l’Arkansas, elle n’est que de la moitié sur les vieilles terres de la Caroline du sud. Dans la Virginie, la récolte de tabac était de 9,000,000 de kilogr. inférieure à celle de 1840. Aucune plante cultivée ne paraît épuiser le sol autant que le tabac, et, dans beaucoup d’États, on trouve des districts entiers incultes, parce qu’on y a cultivé, pendant un siècle, le tabac et le blé. Il n’y a pas de doute que les trois quarts des terrains de l'Union ne soient soumis à cette culture dévastatrice. D'après un calcul dn docteur Lee, de Géorgie, le revenu annuel des ceut millions d'acres de terrain des États-Unis diminue de 10 cents par acre, ce qui fait 10 millions de dollars. On perd donc ainsi un capital de 166,666,666 dollars, c’est-à-dire une somme plus forte que le revenu annuel des États-Unis.

Des pertes énormes sont subies encore dans d’autres branches de l’agriculture, faute de connaissances, qui ne peuvent être répandues généralement que par la création d'écoles d'agriculture. Un des colons les plus éclairés du Massachusets évalue les pertes annuelles de cet État sur le bétail et dans l'industrie laitière à plusieurs millions. L'état de New- York, sur ses 447,014 chevaux, ne perd pas moins de 2 millions de dollars, par l'ignorance générale de l’art vétérinaire.

Ces données statistiques ne pouvaient manquer d’avoir de l’effet, et la chambre adopta avec empressement le projet de création d'écoles industrielles et agricoles. Il serait regrettable que le sénat n’eût pas le temps d'examiner et d'approuver ce bill avant la fin de la session.

(Gazette d’'Augsb., supplém, du 24 juin 185$.)

mand, auquel on a appris que le fumier est l’âme de l'agriculture, — précepte dont ses ancêtres ne savaient rien, — et qui finit par épuiser le sol d’une autre façon (1).

La culture européenne, nommée culture intensive, n’est pas la spoliation brutale du fermier américain qui n’a pour résultat que la ruine et la perte totale du sol; c’est une spoliation plus raffinée, qu’on ne voit pas au premier coup d’œil,sur laquelle on se fait soi-même illu-

(4) Dans la province de Minas, pour autant que j'ai eu l’occasion de l'observer, l’agriculture se trouve dans un état des plus déplorables ; elle consiste en un système inqualifiable de spoliation, qui épuise le sol sans jamais rien lui restituer. On fait, par exemple, une roca, c’est-àdire qu’on amasse, sur une pièce de terrain, des arbres et des arbustes, auxquels on meét le feu à la fin de la saison sèche, et l’on récolte sur ce champ ainsi préparé trois ou quatre moissons, dont parfois deux de maïs successives. On laisse ensuite le champ en jachère, jusqu'à ce qu’il soit de nouveau couvert d’un nombre suffisant d'arbrisseaux, que l’on brüle de la même manière ; celle jachère dure de 5 à 12 ans, d’après les conditions locales et les besoins du propriétaire. I est évident qu’ainsi on ne restitue au sol rien de ce qu'on lui a pris, et de là partout des plaintes sur la stérilité toujours croissante des rocas. Un des cultivateurs intelligents de la province me rapportait que, pour la culture de a canne à sucre, la diminution élait devenue si sensible, qu'il ne récoltait plus sur les rocas que le tiers de ce que son père obtenait, 50 ou 60 ans auparavant ; il ajoutait cependant fort naiïvement qu'il se trouvait mieux de ses petites récolles que son père de ses grandes, car celui-ci n'avait jamais pu vendre le tonneau de cachaza (eau-de-vie) à raison d'un xilreis, tandis qu'il l'avait vendu quatorze, l'année précédente. Ce cultivateur avait raison, à son point de vue; mais que fera son fils, s'il suit le même système et que l'eau-de-vie diminue de prix ? Dans la province de Bahia, il y a une telle diminution de produits pour la canne à sucre, qu'il ÿ a un an, des planteurs s’entendirent pour fréter un navire qui devait rapporter, de pays éloignés, des variétés nouvelles de canne à sucre ; ils attribuaient leurs mauvaises récoltes à la dégénérescence de la plante, sans réfléchir que leurs champs étaient épuisés au plus haut point par la cullure constante et considérable de la canne à sucre.

(Voyage dans la province de Minas par J. 3. von Tschudi, Bei. DER ALLG. ZE1T., no 147, 27 mai 1858.)

sion, voilée qu'elle est par tout un système d’enseignement qui au fond manque de vérité.

Le plus simple bon sens d’un paysan fait voir (et tous les cultivateurs sont d'accord là-dessus) que, dans une culture, on ne peut vendre le trèfle, les betteraves, les fourrages, sans faire un tort évident à la culture du grain. Tout le monde s’accorde à dire que la vente du trèfle porte préjudice à la culture du grain : « Nous » devons avoir avant tout du fourrage, le grain viendra » après.» Mais que la vente du grain porte préjudice à la culture du trèfle, que nous devions, avant tout, rendre au sol les éléments enlevés par le grain et nécessaires au tréfle, c’est-à-dire qu’il nous faille fumer le terrain auquel nous voulons faire porter du trèfle, oh! alors, la plupart des cultivateurs s’écrieront que c’est là une idée tout à fait chimérique. En effet, on cultive déjà le trèfle pour avoir de l’engrais, et quel avantage y aurait-ils’il fallait engraisser de nouveau Ie sol pour en retirer du trèfle! C’est qu’on veut le trèfle pour rien. — C’est par suite de la méconnaissance du fond de toute industrie qu'arrivent toutes les fautes du système de culture dominant.

Les rapports naturels et réciproques qui existent entre ces deux cultures sont cependant clairs comme le jour. Les substances minérales fixes du grain et du trèfle sont indispensables à la production de ces végétaux, et ces éléments sont presque identiques dans l’un et dans l’autre.

Le trèfle a besoin, pour se développer, d’une certaine quantité d'acide phosphorique, de potasse, de chaux et de magnésie, aussi bien que le grain; les éléments du sol contenus dans le trèfle sont semblables à ceux du grain, plus un excédant en potasse, en chaux et en acide sulfurique. Le trèfle reçoit ces substances fixes du sol;

le grain, comme on peut l’admettre, les reçoit du trèfle. D'après cela, si l’on vend le trèfle, on enlève au sol tous ses moyens de produire du grain, il ne reste rien pour celui-ci; si c’est le grain que l’on fait vendre, la récolte de trèfle de l’année suivante manque nécessairement, car on à vendu avec le grain les éléments indispensables à la production du trefle.

Le paysan expose à sa façon l’action d’une plante fourragère, quand il dit : on comprend facilement qu’il ne faut pas vendre de fumier ; sans fumier il n’y a pas de culture durable possible, et en vendant des plantes fourragères on vend son fumier. Pour comprendre cela, la science d’un chimiste n’est pas nécessaire; l’intelligence ordinaire du paysan va bien jusque-là ; mais la majeure partie de nos cultivateurs les plus éclairés ne comprennent pas que dans leur grain ils vendent également leur fumier. Celui-ci contient tous les éléments fixes du foin, et ceux-ci sont identiques avec ceux du grain, plus une certaine quantité de potasse. de chaux et d'acide sulfurique. IT est facile de comprendre qu’un tas de fumier est composé dans son ensemble de différentes parties dont le cultivateur ne doit perdre aucune, et, s’il était possible de séparer, par un moyen quelconque, les substances fixes du grain, ces substances seraient de la plus grande valeur et serviraient à la culture du grain. Cette séparation a cependant lieu dans la culture du grain, car les substances fixes du fumier deviennent des éléments du grain et, en vendant celui-ci, le cultivateur vend une partie et même la meilleure partie de son fumier.

Deux tas de fumier de même apparence et paraissant être de même nature peuvent produire des effets fort différents sur la culture du grain ; si l’un de ces tas ren-

ferme les substances minérales fixes du grain en quantité double de l’autre, l'effet qu’il produit sera également double. En privant le sol des substances fixes que les grains avaient reçues du fumier, l’activité de celui-ci diminue pour les récoltes suivantes.

À quelque point de vue que l’on considère cette vente de grains ou toute autre plante cultivée, l'effet qui en résulte pour le cultivateur qui ne remplace pas les substances nutritives fixes qu’il a enlevées, est toujours l'épuisement du sol. En continuant à ravir à celui-ci les principes fixes du grain, on le rend improductif pour le trèfle, ou l’on prive le fumier de son efficacité ; celui-ci n’a en soi de valeur agricole que pour autant qu’il renferme les conditions nécessaires à la production de substances qui peuvent être vendues ; la grosseur ou le pourtour d’un tas de fumier ne constituent pas sa valeur.

On comprendra, d’après cela, combien sont défectueuses les données suivantes que l’on voit enseigner : le fumier est l'agent qui doit tout faire dans l’industrie agricole, etc., etc., et combien aussi l’on contribue, par un tel enseignement, à tenir les yeux du cultivateur fermés sur la connaissance de la seule et unique source de toute production agricole et de toute richesse, source qui n’est autre que le sol.

Si nos cultivateurs avaient à leur disposition le sol vierge de l’Amérique, de l’Australie ou de la Nouvelle- Zélande, et qu’alors vint un professeur qui voudrait leur faire croire que «le fumier est l'âme de l’agriculture, » ils lui riraient au nez, parce qu’ils auraient déjà acquis l’expérience que leurs grains réussissent parfaitement sans fumier.

Dans nos champs épuisés, les racines des céréales

ne trouvent plus, dans les couches supérieures du sol, une quantité de substances nutritives suffisante pour une récolte entière. Le cultivateur leur fait succéder d’autres plantes qui, comme les fourrages et les plantesracines, produisent une multitude de racines qui pénètrent de tous côtés et profondément dans le sol, le fouillent. y puisent toutes les substances nutritives fixes nécessaires à la formation de la semence. Avec les résidus des racines de ces plantes, avec les principes fixes des feuilles, des racines et des tubereules, que le cultivateur a soin de répandre, sous forme d'engrais, dans les couches supérieures du sol, il complète et condense les éléments qui manquaient pour la production d’une ou de plusieurs récoltes pleines : on réunit ainsi dans les couches supérieures ce qui était épars et disséminé plus bas.

Le trèfle et les plantes fourragères ne fournissent pas d’eux-mêmes les conditions nécessaires à la vie des plantes ; ils sont comme le chiffonnier, qui ne fabrique pas le papier, mais fournit seulement les matériaux nécessaires à cette fabrication.

Le fermier américain épuise ses terres sans penser plus loin: lorsqu'elles ne lui rendent plus des produits suffisants, il transporte ses plantes dans un champ jusqu'alors inculte, car il en possède en suffisance et le temps Jui manque pour épuiser complétement ceux qu'il cultive. L’agriculture intensive moderne y met plus de façons, elle est au dernier échelon de la culture spoliatrice.

Avant la guerre de Trente Ans, l'Allemagne n'était pas moins peuplée qu'aujourd'hui. Chaque individu avait besoin, pour respirer et travailler, d'autant d’oxygène et de force qu’il en faut aujourd’hui ; l’agriculture d'alors produisait, d’après le système du fermier amé-

ricain, autant de substances nutritives azotées et carbonées, seulement elle y mettait plus de temps. On avaitdes années de disette et celle-ci se faisait sentir d’une manière bien plus cruelle qu'aujourd'hui, car on n’avait pas alors l'Amérique, la Hongrie et le midi de la Russie, pour suppléer à l'insuffisance des récoltes; mais, dans les années ordinaires, il y avait surabondance de produits. On cultivait une année les céréales d’hiver, la seconde année des céréales d’été et une récolte dérobée ; le champ restait en friche pendant la troisième; on ne connaissait alors, pour varier la culture, que les plantes légumineuses. La stabulation, telle qu’on l'entend aujourd’hui , était inconnue. Les prairies fournissaient du foin pour les chevaux en hiver; Le gros bétail et les moutons cherchaient leur nourriture sur les communaux, sur les champs en friche ou dans les bois. Le système agricole d'alors était celui d’un homme qui, recevant un florin par jour, en amasse pendant une semaine pour les dépenser la semaine suivante. Le dimanche, il a sept florins en poche, et peut en dépenser quatre le lundi, trois le mardi ou le mercredi et acheter ainsi une foule de choses qu’il n’aurait pas su se procurer en dépensant chaque jour son florin.

Cesystème de jachères ne pouvait augmenter la fertilité du sol, c’est-à-dire, augmenter ses conditions de fertilité, mais il permettait d’en tirer un parti plus avantageux. Il est impossible d'enrichir une terre sans lui rendre ce qu'on lui enlève. — II y avait encore alors dans le sol une provision de substances nutritives minérales; mais celles-ci ne se trouvaient pas dans un état propre à pouvoir être assimilées avec facilité. On attendait, au moyen des jachères, le moment où une partie de ces substances se trouvait en un état convenable pour l’ab-

sorption, ce qui rendait alors les récoltes suffisamment abondantes. L'usage des jachères n’augmentait pas les revenus ; au contraire, il les économisait : on pille Les terres avec d'autant plus de profit qu’on y met plus de temps. Le temps, disait-on, ne coûte rien, et on épargnait son fumier. C’était un profit tout clair.

Ce mode de culture subsista jusqu’au miliey du dernier siècle. Les paysans devenaient plus pauvres, plus misérables, et la production du sol diminuait.

Dans le xvu° siècle et au commencement du xvine, la culture de la vigne florissait encore dans beaucoup de contrées de l'Allemagne ; on possédait au milieu des campagnes des vignobles dont on ne saurait retrouver le moindre cep à l'heure qu’il est, seulement on rencontre encore, en plusieurs endroits, des caves trèsvastes qui nous donnent une idée de l’étendue de cette culture. La culture spoliatrice eut vite une fin dans les vignobles, car ceux-ci ne produisent pas de fumier, et quand la culture des champs s’aperçut qu’elle en avait le plus grand besoin pour son compte, la culture de la vigne s’éteignit comme une lampe à laquelle il manque de lhuile. ;

« Sauf du foin aigre et dé mauvaise qualité, le cultivateur n'avait, pour nourrir son bétail en hiver, que quelques navets, quelques pommes de terre, et un peu de carottes et dechoux, maisil ne pouvait en posséder que bien peu, parce que ses terres ne pouvaient plus rien produire d’elles-mêmes. Cette petite quantité de fourrages était distribuée, tant qu’elle durait, avec la plus grande parcimonie, pendant l'hiver. La provision consommée, le bétail devait se contenter de paille d'orge et d'avoine, et de tiges de pois fanées. En outre, le lait, le beurre et le fromage étaient rares et de mauvaise qualité. On attendait

avec anxiété le retour du printemps pour se procurer quelques herbages et conduire le bétail sur les pâturages, dont l'herbe n'avait qu’un pouce environ de hauteur : quand les pauvres bêtes en revenaient, elles étaient souvent plus affamées qu’en y allant, elles avaient tout à fait l'air des vaches maigres que Pharaon vit en songe. » Voilà ce que raconte Jean-Chrétien Schubert, que lempereur Joseph IT créa chevalier du saint-empire romain, en récompense des services qu'il avait rendus par l'introduction de la culture du trèfle en Allemagne.

C’est de cette époque que date chez nous la culture du trèfle. Ce fut alors une jubilation dans tout l'empire. Les paysans qui plantaient du trèfle recevaient comme encouragement une médaille en argent, représentant une feuille de cette plante. Le culte du fumier, abandonné depuis deux mille ans, trouva une foule d’adeptes; on érigea dans les académies agricoles des autels à l’ancien dieu romain Sterculius (1) et ses prêtres lui font encore aujourd'hui des sacrifices. Mais ce dieu était capricieux ; il avait une préférence marquée pour certains champs, et seulement pendant quelque temps; il finit même par se montrer dur et inexorable. Malgré tout l’encens qu'on lui brüle on ne luiarrache plus les riches dons d'autrefois, ilne fait plus produire de fumier aux champs auxquels il se montrait alors si propice ; c’est pourquoiles prêtres demandent maintenant un petit morceau de la pierre philosophale pour loffrir à ce dieu, afin qu'il leur fasse obtenir du fumier, c’est-à-dire, qu’il fasse pousser le trèfle sur nos champs où il ne veut plus prospérer. Quand le plâtre. la marne et les pommes de terre vinrent se joindre au trèfle, on se crut délivré à jamais de la

(4) Sterculius ou Sterquilinius, suivant quelques-uns, était un surnom du Saturne terrestre. (Voss, Géorgiques de Virgile, 74).

crainte de voir renaître ce besoin. Après une culture spoliatrice, on vit se développer le pillage actuel, d’après le système d’un brigand, bien connu sur le Rhin, qui ne pillait que les riches ; il leur prenait leurs écus, dont il donnait quelquefois un sou aux pauvres, et leur coupait par plaisanterie les boutons de leurs culottes. D’après lui, ce que le riche possédait avait été volé au pauvre et il fallait qu’une fois au moins justice füt faite en ce monde.

C'est de cette manière qu’agit notre agriculteur qui suit une méthode de culture intensive. Il enlève au trèfle (le riche) des écus sous forme de grain, écus que le trèfle lui-même a enlevés au sol (le pauvre) sous forme de sous. Il s’imagine que ce brigandage peut durer éternellement, car son professeur lui a appris que son champ a la faculté de produire et de faire pousser des sous à perpétuité.

Les conséquences d’une pareille culture, d'après le système du brigand dont nous parlions tout à l'heure, sont évidentes et frappent tous les yeux ; jamais le manque d'engrais n'a été plus grand; aucun des moyens em. ployés, vers la fin du dernier siècle, pour renforcer [a production du sol, n'a plus d'effet aujourd’hui. Le plâtre rend seulement le trèfle plus aqueux, mais n’en augmente pas les produits; la terre marnée est plus stérile qu'auparavant; sans les débris de végétaux qu’on ramasse dans les bois, la culture des céréales ne serait plus, depuis longtemps, possible dans bien des contrées, d'ailleurs fertiles, ainsiqu'il en est pour la vigne, Au lieu de spolier le sol, on spolie les forèts! on le fera aussi longtemps quecela durera. «Si vous cultivez du trèfle et que vous veuillez suivre exactement mesinstructions, dit le bon Schubert à ses paysans, alors le bon Dieu répan-

dra sur vous ses bénédictions et vous pourrez lui rendre de joyeuses actions de grâces. Vous devez avoir devant les yeux cette règle à suivre et je vous exhorte à ne jamais vous en écarter : ne cultivez jamais du trèfle aux dépens du froment, mais toujours sur jachère; ainsi vous l’obtiendrez sans frais et vos jachères seront abolies. »

On ne connaissait alors d’autre culture que la culture triennale. En douze ans, on cultivait huit fois du grain et quatre fois du trèfle. Ou est-il maintenant l’heureux temps où l’on obtenait sur le même champ, en trois ans, deux récoltes en grains et du trèfle sans frais aucuns ? La culture intensive d'aujourd'hui ne produit, en douze ans, que six récoltes de grains. Les bonnes terres du Mecklembourg ne portent que quatre fois du grain en neuf ans. La superficie qui, dans le principe, suffisait à la concentration des substances nutritives pour les céréales, ne suffit donc plus aujourd’hui ; elle doit être augmentée pour en contenir une provision suffisante. On emploie aujourdhui pour l’alimentation du bétail, autant et plus de terrain que pour celle de l’homme, et on a la vue tellement bornée qu’on appelle cela une amélioration !

Aussi longtemps qu’on cherchera le salut de l’agriculture dans le fumier, chose en elle-même si vague et si variable, au lieu de rechercher les conditions les plus favorables à la culture des végétaux et d'apprendre à les mettre en pratique, il n’y aura pas de progrès possible en agriculture. Je ne me dissimule pas que longtemps encore la science préchera à des sourds. Aussi longtemps qu’il s’en trouvera auxquels la spoliation de leurs propres terres donnera de belles récoltes et de grands bénéfices, il ne faudra pas penser à une pratique rationnelle. Le sol est et demeure pour eux une vache dont ils réclament du lait, mais qu'ils nour-

rissent de sa propre chair; ce n’est que quand ils verront le jour à travers le squelette de la pauvre bête, qu'ils seront convaincus de la fausseté de leur théorie. Le pillage est un système qui s’est trop fortement enraciné dans la nature de l’homme, et rien n’épouvante plus celui-ci que d’avoir à faire quelques efforts d'esprit pour se procurer un bénéfice quelconque; il est et reste en bien des choses un enfant, pour qui la plus grande peine est de devoir apprendre et d'aller à Pécole; il n’y a que la nécessité qui le pousse ; mais elle viendra assez vite.

Le dépouillement irrationnel de nos forêts, menaçant de devenir un danger très-grave pour l'État et la société, nous a conduits à une culture forestière des mieux entendues. Si les bois avaient été partagés en autant de parcelles que le sont nos terres arables, et confiés à des mains aussi ineptes, nous n'en aurions plus depuis longtemps. Chaque jour le danger de voir disparaître le quinquina, et par suite l’un des plus précieux remèdes de la médecine devint plus imminent, et il ne nous reste que l’espoir de voir, avec le dernier arbre, commencer la culture rationnelle qui, après une série d'années, nous en fournira pour toujours.

Les inventions qu'ont faites certains auteurs agricoles pour fermer les yeux du cultivateur et même les leurs à la lumière de la science et rendre inintelligibles les lois qui règlent l'alimentation des plantes, sont extrèmement remarquables et l’histoire de l’agriculture en gardera certainement le souvenir. Encore aujourd’hui le cultivateur considère, avec raison, la vente de son fumier, non pas seulement comme désavantageuse, mais comme honteuse pour lui; c’est un honneur de retirer beaucoup du sol. On lui a appris qu'il y a dans le fumier quelque chose d’incompréhensible qui ne se

rencontre nulle part ailleurs ; on lui dit que les cendres et le plâtre ne sont pas des substances nutritives, mais une espèce de fouet qui sert à stimuler l'activité des plantes paresseuses ; que même les principes fixes du guano et des os en poudre ne servent pas toujours comme substances nutrilives, mais viennent en aide pour produire du fumier en plus grande quantité.

Pour sauver le culte du fumier, ses prêtres font comme les habitants de Birkenfeld, au siècle dernier. Ils se plaignaient amèrement de ce qu’on voulait les forcer à cultiver une mauvaise herbe exotique (le trèfle); ils disaient ouvertement à lemployé : « Que ces mes- » sieurs devaient se mêler de leur métier et ne pas » s’'ingérer de choses qu'ils n'avaient jamais apprises. » Qu'en fait d'agriculture , ils en savaient beaucoup » plus que tous les margraves et grands-baillis du » monde. » — Ils firent done d’abord de la résislance, puis, comme on les avait forcés de semer du trèfle, ils firent en sorte qu'une inspection eüt lieu. On constala « qu'aucune graine de trèfle n’avait levé, » mais il fut prouvé par la suite que nos paysans avaient eu soin de faire bouillir la semence, avant de s’en servir.

On se comporte aujourd'hui de la même manière envers les principes scientifiques : nos professeurs d’agriculture les cuisent dans leur pot, et il en résulte que le moindre petit grain ne peut germer; ils ne veulent pas que le cultivateur se délivre d’un assolement forcé. Selon eux, ils comprennent beaucoup mieux cela. Leur enseignement est aride parce qu’il n’est pas profondément enraciné chez eux. Le cultivateur sait ce qu'ils lui enseignent de bon dans leurs livres, car ils le tiennent de lui; leurs propres idées ne renferment rien de neuf et ne lui inspirent aucune confiance. S'ils disent au cultivateur

SUR L'AGRICULTURE MODERNE. 18î

ce que tel et tel a fait, à telle époque, sur telle espèce de terre, qu’on doit fumer Les terres, que le guano et les os en poudre sont des engrais excellents, que Île nitrate sodique, le plâtre et la marne ne sont pas à dédaigner, qui done pourrait leur faire un reproche de répandre des vérités aussi surannées? Mais ils ont été beaucoup plus loin et, dans leur aveuglement, ils ont porté la cognée aux racines mêmes du bien-être général de la population agricole, et ceci ne peut être souffert plus longtemps.

Ils prétendent et enseignent que dans le guano, le nitrate sodique et la poudre d'os, c'est l’azote qui est le seul élément important, le seul dont on doive tenir compte et auquel il faut attribuer l'augmentation dans le développement des plantes.

Ils enseignent et veulent faire croire au cultivateur que cinq à six kilog. d'urine de vache, qui ne contient pas d'acide phosphorique, ont la verta d’un demi-kilog. de guano qui est riche en acide phosphorique, et cela parce que les deux substances contiennent la même quantité d'azote,

Ils enseignent et prétendent que l’activité du guano et du fumier d’étable dépend des mêmes conditions (azote qu'ils renferment), et que le guano doit avoir l’action du fumier d’étable.

Et tout cela sans que le moindre fait prouve qu'une terre épuisée puisse produire, au moyen de l'azote seul, et pendant une série d'années, les mêmes récoltes en grains que pourraient faire produire aux champs le fumier d’étable, le guano et les os pulvérisés, chose que tout le monde ou tout au moins ceux qui possèdent les premiers éléments de l’agriculture, reconnaissent im-

ossible, : 16

Ces agronomes vont plus loin encore. Dans le n° 247 du Mercure de Souabe, du 15 octobre 1856, se trouve un article sur le nitrate sodique et sur son emploi, par un professeur de l’une des académies agricoles les plus importantes de l'Allemagne, article où il est dit : « On peut avec un quintal de nitrate sodique produire Île même effet qu'avec 75 à 80 quintaux de fumier d’étable; tandis que le guano ne peut en remplacer que 60 à 70 quintaux. Chaque quintal produit trois quintaux de grains. Cependant, l'effet ne se fait remarquer que la première année; le quintal coûte 95 francs, l'équivalent d’un quintal de fumier de basse-cour coûte ainsi 53 centimes. »

Cette assertion résume la théorie de notre professeur d'agriculture : le paysan et le petit cultivateur ne peuvent d’après cela manquer d'acheter du nitrate sodique, sel qui ne renferme aucun des principes fixes des cendres des céréales, mais seulement de l’acide nitrique et de la soude, et l’on assure qu’un quintal de cet engrais produit trois quintaux de grains; quoique son action ne dure qu’un an, on dit qu'il remplace 75 à 80 quintaux de fumier, dont l’effet se fait encore sentir sept à huit ans après son application. La simple comparaison du nitrate sodique avec le guano et le fumier est une faute contre le bon sens, et la recommandation qu’en fait l’ignorant et effronté donneur de conseils, tout en critiquant le guano et le fumier, doit amener une perte et une détérioration dans les terres des milliers des gens qui en feront usage.

On pourrait tout au plus pardonner cette manœuvre à un commis-voyageur qui cherche à faire les affaires d'un spéculateur en nitrate sodique, mais, lorsqu'un professeur d’agriculture débite de telles doctrines et

que, se basant sur un calcul inapplicable dans la plupart des cas, on veut faire croire que : l'azote produit deux fois autant d'effet que l'acide phosphorique, cinq fois autant que la potasse et douze fois autant que le phosphate de chaux, il faudrait que tous les gens sensés se réunissent pour demander compte de ces assertions. Ce qu’on pourrait justement exiger au moins de ces messieurs, c’est de justifier leurs assertions par l'exposé sincère de faits simples, bien obsérvés, dont ils se portassent garants.

Quoiqu'il ait été prouvé bien des fois à ces messieurs, pendant ces dernières années, que leur enseignement repose sur une grave erreur, on ne les a pas pour cela convaincus. Ils sont tous venus, l’un après l’autre, non pas apporter des preuves concluantes ou nouvelles pour étayer leur théorie, mais tâcher de révoquer en doute les faits qui les condamnaient ou d’en diminuer la portée. Aucun n’a essayé de citer à l’appui de sa manière de voir une de ces nombreuses analyses ou expériences dont ils tiraient leurs conclusions ; ils savaient bien que ces travaux ne résisteraient pas à un examen sérieux. Ils vont maintenant réclamer Paide du même cultivateur, à qui ils ont fait accroire, en se basant sur ces analyses, que lazote est la seule substance qui agisse dans le guano, dans les os en poudre et dans Ja farine de tourteaux concassés ; ils veulent lui faire attester qu'ils lui ont donné de bons conseils, prouver que l'expérience confirme leur théorie et qu’en pratique une livre d’ammoniaque vaut 1 fr. 50 c., tandis qu’une livre de poudre d'os ne vaut que 12 centimes. L’homme pratique ne sait rien de positif sur l’action de ammoniaque ou de l’acide nitrique; 1l sait seulement par quelques ouï-dire que le guano, la poudre d'os et les tourteaux concassés

184 DIXIÈME LETTRE, EIC.

sont des engrais fort puissants; il ne l’a pas appris du chimiste agricole, mais celui-ci l’a appris de lui.

Le chimiste n’a fait qu'y ajouter un peu d’assaisonnement de sa façon, afin de s’attribuer une part du mérite

de ces engrais.

SOMMAIRE

De l'ammoniaque comme substance nutritive des plantes. — Rôle de l’eau dans la végétation, — Conditions nécessaires à l'emploi de F’ammoniaque comme engrais. —Valeur agricole des différentes espèces de guano et des excréments des animaux. — Perte d'engrais par suite de laccaparement des substances alimentaires par les villes. — Leur remplacement au moyen du guano. — Influence nuisible de la cuiture de la vigne et du tabac sur la production du grain et de la viande. — Cause naturelle de l’appanvrissement du sol au moyen de la culture.

Comme principe nutritif, l’ammoniaque est aussi indispensable aux plantes que lacide carbonique, et son action dans le fumier est facile à comprendre si l’on se rappelle celle de l'eau.

Celle-ci joue un double rôle dans la végétation ; elle procure d’abord, dans Pun de ses éléments, un principe indispensable aux plantes. ensuite elle sert à effectuer, le passage des éléments minéraux dans la plante au moyen des racines, — Quelque riche que soit le sol en substances nourricières, les plantes ne s’y développent pourtant pas pendant les journées fort chaudes, s’il y a manque d’eau ; l'humidité dans le sol est le pont nécessaire au passage des substances minérales.

Lorsque ces substances font défaut à la plante, les

feuilles n’enlèvent à l'air ni acide carbonique ni ammoniaque ; la végétation s'arrête, et quoique l'air soit beaucoup plus humide par un temps chaud que par un temps froid, cette humidité ne profite nullement aux plantes. Les journées les plus chaudes, si favorables d’ailleurs à la végétation, font alors beaucoup de tort, surtout aux végétaux d'été, qui n’ont pas eu assez de temps pour pousser leurs racines à une certaine profondeur, où il y a encore de l'humidité qui eût pu leur apporter leur nourriture. Les orges n’ont pas encore atteint la hauteur de la main, qu’ils montent en épis, et les pommes de terre ne peuvent se nouer. Il ne faut qu'une bonne pluie, tombant en temps opportun, pour changer tout cela comme par enchantement, et si le cultivateur pouvait procurer à ses terres la pluie, quand elle leur est nécessaire, comme fait le jardinier quand il arrose ses fleurs, on verrait les plantes donner leur maximum de produits. Ceci n’a lieu, bien entendu, que lorsque le sol est suffisamment pourvu de matières nutritives; Car, autrement, le maximum de la récolte équivaudra à une récolte manquée. Lorsque l’eau apporte une plus grande quantité d'éléments minéraux du sol, les plantes absorbent davantage de carbone et d’azote, leur développement s'accélère et la masse des produits se trouve augmentee.

Il en est de même de l’ammoniaque. Augmentons la quantité d’ammoniaque que contient l'air ou le sol, les plantes trouvent, au moment le plus favorable, une quantité de cette substance nutritive plus grande qu'auparavant, et il résulte de là qu’il y a plus de principes fixes du sol qui produisent leur effet. Comme il ny a journellement qu’un certain volume d’air qui puisse se mettre en contact avec les feuilles, la plante ne peut

pas puiser dans cet air plus d’ammoniaque ou d'acide carbonique qu’il n’en contient; il faut, par conséquent, un certain temps pour que cette absorption ou l’augmentation du volume de la plante ait lieu ; sicelle-ci abscrbe la même quantité chaque jour, en deux jours, elle prend deux fois plus qu’en un seul.

Lorsque la plante a recu, dans un moment favorable, deux ou quatre fois autant de substances nutritives qu'auparavant, l’excédant de ces substances doit attendre, pour produire son effet, que les feuilles aient absorbé autant d'acide carbonique et de particules d’ammoniaque qu’il en faut pour la formation des organes des plantes. Aucun principe nutritif n’agit quand les autres ne sont pas auprès de lui pour l'aider dans son travail. Par conséquent, lorsque nous augmentons la quantité d’ammoniaque contenue dans le sol et dans l’air, comme l'acide carbonique ne fait pas défaut, en général, le développement de la plante se fait très-rapidement, ce qui veut dire qu’au point de vue du temps, la production de la plante se trouve augmentée. comme on le voit près des tas de fumier. St les principes fixes du sol n'avaient été ni présents dans la plante ni efficaces pour elle, lammoniaque n’aurait pas eu la moindre action sur l’accroissement de la plante.

D'après cela, on ne s’étonnera pas de l'effet extraordinaire produit par le guano sur une récolte de grains, car le guano ne contient pas seulement les principes nécessaires à la formation du grain, principes que doit fournir le sol, mais encore une substance nutritive indispensable, l’ammoniaque, et qui, sous le rapport du temps, favorise considérablement leur action. Dans beaucoup de terrains, et lorsque la température est favorable, l’ammoniaque contenu dans le guano double

l'effet des substances fixes et peut donner des produits tels, qu’il aurait fallu deux ans à ces substances pour les fournir à elles seules.

On comprendra, en outre, que l’ammoniaque employée seule sur une terre qui possède en quantité convenable les conditions nécessaires à la formation du grain, exerce par elle-même une influence favorable sur l’augmentation des produits; mais comme on enlève, avec les récoltes, un grand nombre des principes qui ont rendu l’'ammoniaque efficace, les produits du champ doivent, si l’on n’ajoute que l’ammoniaque, sans les principes fixes, diminuer les années suivantes, d'autant plus qu’ils ont été plus considérables la première et la seconde année.

L’ammoniaque est, en un mot, un engrais fort important, lorsqu'elle est accompagnée des substances fixes du sol qui la rendent efficace, ou qu'elle trouve dans le sol les conditions nécessaires pour la faire agir; son effet est nul pour le cultivateur, si celui-ci n’a soin de lui procurer toutes ces conditions.

Dans un sol riche en azote, mais pauvre en principes fixes nécessaires à la culture d’un grand nombre de plantes, l'emploi de l’ammoniaque ou de ses sels est inutile, souvent même nuisible. Sur un sol de cette nature, auquel il ne manque que l'acide phosphorique, application de cet acide comme engrais produit autant d'effet, même sans ammoniaque, qu’une quantité analogue de guano. Une application de phosphate acide de chaux, comme fumure, sur une des terres les plus pauvres et les plus épuisées des environs de Munich, que le comité général de l'Union agricole de Schleissheim avait laissée pour faire des essais, lui fit porter une récolte double de celle de la même pièce de terre non fumée. Si le terrain avait été fumé avec du guano, la

récolte aurait, sans doute, été supérieure à celle de la parcelle non fumée, et un partisan de la théorie de l'azote aurait inévitablement attribué l'effet produit à l’'ammoniaque contenu dans le guano,et dont pourtant il ne saurait être question dans l’essai que nous venons de rapporter. Dans beaucoup d’autres endroits, l'emploi du phosphate comme engrais, sans ammoniaque, à produit sur des récoltes de grains plus d'effet que le guano lui-même : il est évident que, pour des terres de cette nature, un demi-kilo d’ammoniaque ne vaut pas même un sou.

La raison de tout cela se trouve dans l'examen chimique du sol. On a prouvé que la plupart des champs contiennent, à une profondeur de dix à douze pouces, cent, cinq cents, mille fois plus d’ammoniaque que le fumier d’étable bien consommé, les os en poudre ou les tourteaux concassés; de plus, lammoniaque se trouve sous la même forme dans l’un que dans l'autre. On voit donc, d’après cela, qu’un sol riche en ammoniaque ne peut produire le moindre effet, s’il lui manque un seul des autres principes fixes.

Dans les environs de Magdebourg, on a commencé à employer comme engrais les résidus de la mélasse que forme le sucre de betterave, résidus qui renferment les sels solubles de la betterave champêtre (mais pas de sels ammoniacaux), et l’on m'a assuré qu’on a obtenu sur un seul et même champ, pendant plusieurs années consécutives, les récoltes les plus riches en colza (qui est également une plante-racine). Il existe des engrais analogues pour toute espèce de terre, mais si l’on se contente de chanter les louanges de l’ammoniaque, on ne les trouvera certainement pas.

Comme nous l'avons dit dans la seconde lettre, le sol

ne renferme jamais d’ammoniaque à l’état libre, et, pendant la décomposition du fumier, la majeure partie de cet alcali, devenu libre, entre en combinaison chimique avec les principes ulmiques contenus dans le fumier, et qui l’enlèvent directement au purin; ce qui rend celui-ci relativement si pauvre en ammoniaque. Que l’on donne au champ de l’ammoniaque à l’état libre ou bien un sel ammoniacal. il entre instantanément en combinaison avec les principes du sol, et c’est ainsi qu’il sert à la nourriture des plantes. De cette manière, l’ammoniaque qui se trouve dans l’eau de pluie, s’est amassée et s’amasse encore dans le sol, et l’on comprend qu’il ne faut, d’après cela, dépenser aucun argent pour se procurer le plus cher de tous les engrais, avant d’être assuré que le phosphate de chaux, seul ou traité par l’aeide sulfurique, ou les cendres, ou bien tous les deux ensemble, ou bien encore la chaux, ne font pas d'effet sur un champ qui porte une récolte sarclée, laquelle doit être suivie d’une céréale quelconque. Ce n’est qu'après avoir fait cela, qu'on peut justifier l'emploi de l’ammoniaque.

On ne doit pas croire, du reste, que les propagateurs et les défenseurs de la théorie d’après laquelle l’azote ou l'ammoniaque est l’agent principal dans le fumier et la base de la production agricole, aient trouvé cette idée ou qu’elle leur soit tombée du ciel ; elle provient plutôt d’une erreur excusable, qui n’a été que trop répandue autrefois dans la science et qu’on rencontre encore aujourd’hui.

Il est tout à fait juste qu’on apprécie très-exactement la valeur agricole des diverses espèces de guano et de tous les excréments des animaux, et qu’on les évalue d’après ce qu’ils contiennent d’azote et d’ammoniaque ; mais, en se basant sur des faits vrais en eux-mêmes, on

fait la faute d'attribuer l’action de cet engrais à l’azote, laquelle joue dans cette action un rôle qui, dans la plupart des cas, n’est que secondaire. C’est l’erreur dans laquelle sont tombés Lavoisier et Davy, en indiquant, le premier, l'oxygène, et le second, l'hydrogène, comme étant les principes acidifiants.

Pour bien comprendre ceci, on doit se rappeler la composition des graines, de la viande et des substances végétales qui servent à la formation du sang et ont une composition analogue à celle de la viande. Toutes ces substances renferment les éléments combustibles et incombustibles du sang. Un homme qui vit de pain, incorpore les principes fixes des grains avec lesquels on fait la farine qui sert à la fabrication du pain. Ses excréments contiennent ces mêmes principes fixes. Du pain se forme la chair, et les excréments des hommes et des animaux qui vivent de chair sont, dans leurs éléments, à peu près identiques avec ceux des hommes et des animaux qui vivent de pain ou de grain. Le pain, le chair et le sang renferment une substance azotée, qui, absorbée avec la nourriture, sert à l’entretien des fonctions vitales et de la nutrition ; mais chez l’animal adulte, l'azote de cette substance est rejetée par l’urine et les excréments en quantité égale à celle que contenait sa nourriture.

Les excréments des hommes et des animaux ne contiennent donc pas seulement les principes fixes des semences, de la viande , et les substances fixes contenues dans les racines, les tubercules, les feuilles, ete., etc., qui ont servi à former le chair et le sang dans le corps des animaux, mais encore la plus grande partie de l’azote qui se trouve dans les graines, dans la chair et dans les substances dont le sang et la chair sont formés,

Les analyses les plus exactes (voyez pages 4 à 49 du rapport sur les expériences agricoles et chimiques du comité général de l'Union agricole de Bavière ; Munich, 1857) ont prouvé, ainsi que nous l’avons déjà dit, qu'il existe un rapport fixe et invariable entre la quantité d'azote contenue dans les graines et celle d’acide phosphorique ou de phosphate qu’elles contiennent également (autrement dit, entre l’azote et les principes fixes des graines), de sorte que, d’après son contenu en azote, on peut calculer ce qu’il renferme d’acide phosphorique ou de phosphates.

Un rapport identique, ou du moins très-ressemblant, se rencontre naturellement dans les excréments solides ou liquides; on trouve dans tous les deux l’azote et les principes fixes contenus dans le pain et la viande consommés comme aliments, et d’après cela on comprend facilement qu'on peut de même déterminer assez exactement, d’après leur contenu en azote, ce qu'ils renferment de substances minérales fixes fournies par le grain et la viande.

En pratique, ce rapport change ; l'azote contenu dans les excréments se change, pendant la décomposition, en ammoniaque qui, avec les sels solubles dont l’action est préférable, se perd en partie par l’évaporation et en partie par l'infiltration du purin liquide, qui a lieu même avant que la décomposition n’ait commencé (perte qu'on peut et doit éviter par l’adjonction de terres dont le pouvoir absorbant est assez prononcé). C’est pourquoi la quantité d’azote qui se trouve dans le contenu des latrines, dans la poudrette, le fumier d'étable et le guano, ne peut servir de mesure pour apprécier leur valeur agricole qui dépend de la quantité dans ces engrais de substances fixes contenues, Mais,

lorsqu'on analyse deux sortes de guano, on peut avec assez de süreté considérer comme le plus pur, celui qui contient le plus de pour cent d'’ammoniaque, dont toutes les falsifications diminuent toujours la quantité. Il en est de même pour la poudrette qui contient souvent 50 p. c. de sable ou de matières étrangères, qui ne servent pas à la nourriture des plantes, et très-probablement aussi pour le fumier.

Il n’est donc pas absurde mais fort sensé, au contraire, de dire que la valeur des différents guanos, de la poudrette et du fumier d'étable, est en rapport avec l’azote que ces engrais renferment ; mais la conclusion qu'on en a tirée, c’est-à-dire que toute leur valeur et toute leur action sur le sol dépendent exclusivement de leur azote et qu’on peut, par conséquent, les remplacer dans la culture par l’ammoniaque et les sels ammoniacaux, cette conclusion, dis-je, a été un peu précipitée et ne repose sur aucun fondement. Qu'un cultivateur, d’après les recommandations des partisans de l’azote, fasse la folie de fumer ses terres, pendant dix années consécutives, au moyen des sels ammoniacaux et du nitrate sodique, avec la conviction que ces sels peuvent remplacer le fumier, la poudrette et le guano, et de vendre tous les produits de son champ, il se trouvera au bout de dix ans réduit à la mendicité; et si tous les cultivateurs de l'Allemagne convenaient de ne plus rendre au sol les principes minéraux de leur fumier, parce que leurs professeurs d’agriculture auraient assuré que leurs terres en renferment des quantités inépuisables, on verrait la moitié du peuple allemand mourir de faim au bout de dix ans.

Une des choses les plus déplorables en agriculture,

c'est de voir souvent les hommes les plus capables re- . noncer à tout jugement et à tout bon sens, quand il s’agit d'apprécier la valeur et le mode d'action d’un engrais quelconque.

En comparant entre eux les effets produits par le guano, la poudre d'os et le nitrate sodique, à l’époque de la récolte ou après une année tout entière, on ne peut pas tirer une barre sous les calculs et dire ensuite : le guano ou le nitrate sodique est un engrais meilleur que les os en poudre, parce qu’on récolte avec le premier autant de kilogrammes de grains de plus qu’avec le second. Le simple bon sens nous enseigne qu'on ne doit juger de la vertu d’un engrais que par l’état dans lequel il laisse le terrain sur lequel il « été employé.

Si, après une bonne récolte obtenue la première année par l’emploi du nitrate sodique, le champ doit recevoir, l’année suivante, une fumure double pour donner les mêmes produits, il est clair qu’on a dépensé, dans ce cas, beaucoup d'argent pour ne rien gagner ; et si le cultivateur veut tenir un compte exact des récoltes obtenues pendant une série d'années, au moyen du nitrate sodique, je crains que la somme qu'il a dépensée n’ait eu d'autre résultat que de donner aux plantes une belle couleur vert foncé, pendant le premier temps de leur végétation.

On ne peut établir une comparaison entre le guano et le nitrate sodique ou les os en poudre, sans tenir compte de la durée de leur action. Si le guano que l’on a donné pour fumure à une pièce de terre, en même temps que le nitrate sodique, produit, la seconde année, un effet remarquable sur les pommes de terre et même, au bout de quatre ans, augmente la production du

trèfle, tandis qu’une quantité de nitrate sodique, ayant la même valeur vénale, ne donne pas des résultats aussi avantageux, on doit tenir compte de ces effets consécutifs, si l’on ne veut pas agir à la légère. Et lorsque celui qui fait des essais comparatifs avec le guano et d’autres engrais attribue à la plus grande quantité d'azote que contient le guano l’effet favorable produit par cet engrais, pendant la première année, et qu’il en conclut que les résultats sont d'autant plusimportants que la quantité d'azote est plus grande, il faut alors lui demander pourquoi il n’essaie pas de répandre sur un champ de même superficie une quantité d’ammoniaque égale à celle qui se trouve dans le guano, et de se créer par là une espèce de mesure qui lui serve à établir l’action de l’ammoniaque dans le guano.

C'est ce qu'aucun de ces faiseurs d'expériences n’a encore fait jusqu'ici, en même temps qu’ils cachent au cultivateur ce qu'ont démontré les expériences les plus étendues et les plus dignes de foi de Kühlmann, de Lawes et d’autres, c’est-à-dire qu’un kilogramme d’ammoniaque dans le guano fait cinq fois plus d’effet que sous la forme d’un sel ammoniacal. (L'effet de l’ammoniaque employé pure est totalement inconnu.)

Il est évident que cette action plus énergique provient seulement de ce que, dans le guano, l’ammoniaque est accompagné de substances qui agissent de concert avec elle, et si l'effet qu’elles produisent est quatre fois plus grand que celui de l’ammoniaque employée seule, c’est agir sagement, toutes les fois qu’on le peut et qu'on veut employer l’ammoniaque, de veiller à ce qu’elle soit accompagnée de ces substances dont la présence rend son action cinq fois plus grande.

Lorsqu'un chimiste agricole prétend que « c’est au guano qu’il doit sa conviction profonde de la grande importance pour lagriculture de combinaisons azotées qui sont facilement assimilables et, partant, qu'il lui doit la plus belle conquête de ses travaux de chimie agricole, » je ne trouve de juste que cette dernière assertion, en ce sens que, dans un cercle plus étendu, on n'aurait pu que difficilement avoir connaissance des travaux chimiques de cet homme, si le guano n’eût pas existé. Un homme de science ne devrait pas, pour nager, se servir d’un morceau de liége, ou s’il en faisait usage, il devrait montrer pour lui de la reconnaissance et non du dédain. Le guano n’a pas eu besoin de liége ; il s’est propagé comme les voies ferrées, et il existe des pays où son emploi est plus répandu que chez nous, sans qu'il ait eu besoin de l’aide d’aucun chimiste. Les choses qui rapportent de l’argent font leur chemin d’elles-mêmes.

Et lorsque les chimistes agricoles prétendent que l’ammoniaque et les sels ammoniacaux sont les seuls agents à employer dans la culture du froment, de même que le phosphate acide de chaux dans celle des plantesracines, ils prouvent par là qu’ils ne comprennent pas le véritable fonds de la science agricole.

Un cultivateur en grains fournit aux consommateurs des grandes villes, et enlève conséquemment à son champ, sur une récolte moyenne de 2,000 kil. par hectare, 55 kil. de substances minérales fixes, dans lesquelles 17 kil. d'acide phosphorique et 10*5 de potasse. Dans un bœuf de 295 kil., la ville recoit 91*5 d’os contenant environ 60 kil. de phosphate de chaux; elle retire de la peau, de la viande et des autres parties du bœuf, 75 d’autres phosphates identiques avec les sub-

stances fixes contenues dans les grains de seigle (1).

Les déjections solides et liquides produites, en un an, par un million d'habitants de grandes villes (hommes, femmes et enfants), pèsent, desséchées et réduites en poudre, 22,500,000 kil. ; il s’y trouve 5,150,000 kil. de substances minérales provenant, en majeure partie, du pain et de la viande. (Nous ne comptons pas 2,500,000 kil. d'os provenant des bêtes de boucherie, ainsi que les substances minérales contenues dans les déjections des chevaux. Les excréments humains renferment à eux seuls 2,260,000 kil. de phosphates divers.)

Il y a des siècles que ces substances sont refoulées des campagnes dans les villes, et cela se renouvelle encore tous les ans; aucune partie n’en est restituée aux champs qui les ont produites : on en emploie tout au plus quelques centièmes dans les jardins et les terres qui avoisinent les villes.

C’est une folie de croire que la perte de tant de substances si favorables à la fertilité du sol, n'ait exercé aucune influence sur ses produits. En réalité, les hommes les plus aveugles doivent s’effrayer de l’énormité de cette perte, lorsqu'ils voient combien la production en grain et en viande augmente depuis qu’on a commencé, en se servant du guano., à rendre au sol appauvri une bien minime partie des substances servant à former le grain et la viande. J'ai déjà dit que les principes que contient le guano sont identiques avec ceux qui se trouvent dans les déjections humaines. En Saxe, on a fait dans ce but, à six endroits différents,

(1) Dans la ville de Munich, on a abattu en 1855-1856, 16,301 têtes de bétail (bœufs et vaches) qui, pesant en moyenne 5 quintaux, forment un total de 4,075,250 kilogr.; viennent après cela 35,393 veaux, porcs et moutons, d'un poids moyen de 35 kil., soit pour le tout 2,557,110 kilogr.

des expériences très-intéressantes : un champ fumé avec du guano produisit, pendant trois années consécutives, pour 5 kil. de guano, 7*5 froment, 20 kil. pommes de terre et 14 kil. trèfle de plus qu'un champ de même nature qui n'avait pas êté fumé. Suivant la qualité du sol, cette augmentation en grain varie de 5 à 10 kil., en Angleterre de 11 à 14 kil. pour 5 kil. de guano (1). On peut, sans se tromper, évaluer à un million de quintaux la quantité de guano nécessaire pour un surplus

(1) « Dans les États-Unis, les districts qui produisent le grain se trouvent à des centaines et des milliers de milles loin des marchés, et les conséquences de ce fait sont faciles à reconnaitre ; c’est que la terre se trouve épuisée presque partout, et que le bien-être général, au lieu d'augmenter, diminue.

» Dans quelles proportions cette diminution a-t-elle lieu ? C’est ce que nous apprend un cullivateur de mérite dans une courte notice dont nous extrayons ce qui suit :

» L'acide phosphorique et la potasse que l’on enlève chaque année au sol, sans compensation notable, ont, d’après le prix moyen des marchés, une valeur de 20 millions de dollars.

» Les substances minérales fixes provenant de 609 millions de bushels (216 millions de litres) de grain, sont enlevées annuellement au sol sans compensation notable.

» La dilapidation totale qui se fait annuellement de substances fixes provenant des grains , représente quiuze cent millions de bushels de grain.

» [l est parfaitement ridicule, dit ce savant stalisticien, de prétendre que tant que durera cet élat de choses, nous pourrons prospérer. Ce n'est qu’une simple question de temps, celui-ci résoudra le problème indubitablement : ce que nous perdons aujourd'hui par la dilapidation que nous faisons du sol, c’est l'essence de notre vitalité future.

» Notre sol n’est pas encore frappé de stérilité malgré les pertes qu'il fait dans ses principes essentiels, mais l’heure est marquée où, en poursuivant notre système actuel, le cœur de la nation palpitera pour la dernière fois, où l'Amérique, la Grèce et Rome seront réunies ensemble sous les ruines du passé.

» La grande question d'économie nationale n'est pas de savoir combien nous pouvons produire, mais combien nous pouvons rendre au sol des principes que nous lui enlevons tous les ans. Travaiiler pour piller le sol est pire que travailler pour n’en rien obtenir. Dans le dernier

de production de deux millions de quintaux de grains, ce qu'on n'aurait pas su produire séparément avec le capital actuel de fumier en cireulation. Celui-ci produit par lui-même tout ce qu'il peut produire sans la coopération du guano.

Depuis des siècles, nous envoyons dans les grandes villes les principes fixes du guano, sous forme de viande et de produits de nos champs, sans en ramener de guano, et nous envoyons actuellement des navires au Chili, au Pérou et en Afrique, pour en rapporter cette substance fertilisante. Pour 22,500,000 kilogr. de guano, nous payons à l'étranger 6 millions de francs.

Ce que nous avons ainsi enlevé à nos champs leur a fait perdre leur fertilité. Or, s'ils ne l’avaient pas per-

cas, il n’y a perte que pour la génération actuelle ; l'autre, au contraire, comporte l'appauvrissement de tous nos descendants.

» La dilapidation, M. le président, est un crime qui {rouve sa peine dans la décadence naturelle, morale et politique, et sur laqueile j'ai appelé votre attention. Ses effets sont dans des faits mèmes : il y a quatrevingisans, dans l'État de New-York, 25 à 59 bushels de froment étaient une récolte moyenne; elle est maintenant de 12 bushels, le maïs n’en donne que 23. Dans l'Ohio, État qui, il y a quatre-vingts ans, était encore vierge, la récolte moyenne de froment est de 12 bushels, et elle diminue encore, au lieu d’auginenter. Dans la Virginie, sur une élendue considérable de pays, la plus fertile de tout l’Etat, la récolle moyenne de froment est de 7 bushels environ, et dans la Caroline du nord , il y a des terres cultivées qui ont un rendement en maïs encore moins élevé. Dans la Virginie et le Kentucky, on a cultivé du tabac jusqu'à épuisement complet du sol, qu’on a dû abandonner, et les contrées qui produisent le coton sont dans un état d'épuisement sans exemple dans le monde. Les gens qui cullivent le coton et le tabae, vivent de leur capital; ils vendent leurs terres si fertiles dans leurs produits et à des prix si bas, que, pour un dollar, ils détruisent ce qui en vaut cinq. »

(Letters tothe President on the foreign and domestie policy of the Union, and the effects as exhibited in the condition of the people and the State. By H. C. Carey. Philadelphia, J. B. Lippincolt and Co,,1858. Tenth letter, p. 54.)

due, comment serait-il possible ou croyable que la restitution de ces éléments ait pu augmenter leur fertilité ? Un champ qui se trouve dans le meilleur état ne saurait par l'addition d'engrais augmenter de valeur sous le rapport de la production. C’est pour cela que l’emploi du guano augmente beaucoup moins le rendement des terres soignées que celui des terres de mauvaise qualité : et tandis que sur les bonnes terres il ne produit plus de bénéfice notable ou rémunérateur pour peu que son prix augmente, le mauvais cultivateur le considère toujours, et avec raison , comme un moyen qui lui procure quelque profit.

Pendant les années 1855 et 1856, on a importé plus de 10 millions de quintaux de guano dont la majeure partie est restée en Angleterre; depuis un demi-siècle, on a importé dans ce dernier pays plus de 60 millions de quintaux d'os, et tout cela n’est rien, comparé à la surface des terres arables de la Grande-Bretagne, et n’est qu’une seule goutte comparée à cet océan de déjections humaines que les fleuves ont conduit dans la mer.

L'agriculture, par l’achat d’engrais étrangers, cherche à couvrir le plus possible la perte que subissent annuellement les terres cultivées : ce qu’elle peut faire sous ce rapport est bien peu de chose. En 1852, la quantité de guano employée en Saxe, dans les districts de Dresde, Leipzig, Zwickauet Bautzen, s’éleva à 60,000 quintaux : on employa le guano à raison de 5*89 par hectare en moyenne. Ces 582 de guano (quand c'est une bonne espèce) ne contiennent que 4 1/5 kilog. de substances fixes qui se trouvent dans Îles semences, et dont on enlève annuellement 55 kilogr. par hectare. D’après cela, si l’on importait en Saxe, en une année , 4,428,000 quintaux de guano renfermant 35 p.c. de sub-

stances minérales fixes (ce qui exigerait une dépense d'environ 16 millions de francs), on ne ferait que rendre aux champs saxons ce qu’on leur enlève dans une seule récolte de grains.

On ne doit pas donner à ces chiffres plus de valeur qu’ils n’en méritent; ils sont d’une exactitude suffisante pour démontrer que nos champs seraient d’une fertilité incalculable, que la même superficie de terrain pourrait nous fournir une quantité beaucoup plus grande de Substances alimentaires, que nous ne devrions pas en abandonner la moitié à nos bestiaux, si nos ancêtres avaient eu soin de faire revenir des villes et de rendre à leurs champs le guano qu’ils leur avaient enlevé dans les récoltes.

Il n’y a pas d’artisan qui tienne plus à faire des profits instantanés et passagers que le paysan ordinaire, et même, quoiqu’on doive supposer le contraire, il n’y en a pas qui sache moins calculer au point de vue industriel.

Le cultivateur rusé, qui achète aux paysans de son voisinage leurs pommes de terre pour en faire de l’eau de vie, ou leur colza pour en fabriquer de l'huile, sait que la récolte de pommes de terre de deux journaux de champ, récolte que le paysan lui a vendue, peut, au moyen des déchets qu’elle renferme, lui produire trois récoltes de seigle ou une bonne récolte de colza; il sait que chaque quintal de colza, employé sous forme de tourteaux, peut lui procurer deux quintaux de froment; aussi, dans l’établissement de sa distillerie ou de son moulin à huile, a-t-il soin de porter en compte les conditions de fertilité dont ses champs se trouvent augmentés.

Le paysan qui lui vend les pommes de terre ou le colza sait qu’il considère ce bénéfice comme très-impor-

tant : lui-même le regarde comme peu important pour ses propres champs; il ne lui vient pourtant pas dans l’idée de faire le sacrifice d’une partie de l’argent qu’il a recu, pour rendre à ses terres, sous forme de fumier, les principes qu'il leur a enlevés. Les marchands de colzas et de pommes de terre doivent, s'ils sont cultivateurs, ne vendre, les uns que l’huile et les autres que l’amidon aux industriels ; car ce n’est que de cette mapière que le cercle puisse se maintenir.

Le cultivateur ne fait pas seulement commerce de ses grains, mais encore de ses pommes de terre et de ses betteraves (pour la fabrication du sucre), de tabae, de chanvre, de lin, de pavots, de colza et de vin.

Celui qui cultive des grains et produit de la viande, n’enlève à ses terres, dans les produits qu’il en retire, que l’acide phosphorique, les alcalis et les terres alcalines ; il leur conserve les substances fixes de la paille et des fourrages, et l’alternement des cultures fait passer ces substances d’un champ à un autre; le trèfle et les betteraves vont s’en emparer dans le sous-sol, et au moyen du fumier, elles s’accumulent continuellement dans la couche arable. Celle-ci reçoit annuellement, avec son fumier, un surcroit d’acide silicique soluble, des alcçalis et des sels à bases alcalines ; il y a, au contraire, diminution dans les phosphates qu'elle renferme.

On comprend d'après cela pourquoi, en donnant à ses terres ces mêmes engrais, — l’acide silicique soluble, la potasse et Les sels potassiques, — le cultivateur qui ne produit que du grain et de la viande, ne les stimule que fort médiocrement, car elies possèdent en général un excès de ces engrais qui ne fait aucun effet à cause du manque de phosphates. On comprend encore

pourquoi le même cultivateur préfère comme engrais les phosphates, le guano, les excréments humains, et n’attribue aucune valeur aux autres substances nutritives des plantes.

Une seule famure d’excréments humains, appliquée aux terres de même nature que celles dont nous venons de parler, leur fait porter, pendant une longue suite d'années, d’abondantes récoltes en grains, et cela avec ou sans la coopération du fumier d’étable; mais emploi continuel du guano finit par les épuiser. Les excréments humains renferment la totalité des principes fixes provenant du grain et de la viande ; il manque au guano, pour pouvoir les remplacer complétement. une certaine quantité de potasse. C’est pour cela qu’au bout d’un certain temps, son action est si peu remarquable sur les terres pauvres en potasse {terres calcaires et sablonneuses); on remet alors celles-ci en bon état, en y répandant des cendres de bois qui contiennent beaucoup de potasse.

Un tout autre état de choses a lieu chez celui qui cultive des pommes de terre et des betteraves, et qui vend ses produits au distillateur ou au fabricant de sucre.

Dans la récolte moyenne de trois hectares de pommes de terre, il vend les principes fixes des grains de quatre récoltes de froment et, en outre, plus de 500 kilogr. de potasse.

Dans la récolte moyenne de trois hectares de betteraves, 1 vend les principes fixes des grains de quatre récoltes de froment et 10 quintaux de potasse. Une seule fabrique de sucre, celle de Waghäusel, livre au commerce, tous les ans, 100,000 kilogr. de sels de potasse qu'elle retire des résidus de Ja mélasse et qui proviennent des terres des cultivateurs badois,

Il est évident qu’il existe dans la culture des pommes de terre et des betteraves deux causes d’épuisement du sol : à chaque récolte, on enlève, avec ces plantes , un tiers de phosphates de plus qu'avec la culture du froment, et, en outre, une énorme quantité de potasse et de sels potassiques. On peut augmenter donc la production en betteraves et en pommes de terre, sur des terres qui contiennent beaucoup de potasse, par une application de guano ou de phosphate acide de chaux; mais ni le guano, ni la poudre d’os ne remplacent la potasse enlevée; il en résulte donc pour ces terres un épuisement encore plus grand, au bout de quelques années. Sur d’autres terres où l’on cultive également les pommes de terre et les betteraves et qui sont pauvres en alcalis, une bonne fumure faite avec du fumier d’étable, qui contient beaucoup d’alcalis, produit un effet bien supérieur à celui du guano.

Quant à ceux qui cultivent les plantes commerciales, ils Se trouvent dans la situation la plus déplorable pour rendre à leurs terres les conditions de fertilité qu'ils leur ont fait perdre. Celui qui plante du tabac enlève, avec les feuilles, une énorme quantité de principes minéraux du sol (ainsi, par exemple, cette quantité qui n’est que de 40 p.c. dans le trèfle, s'élève de 18 à 24 p. c. dans les feuilles de tabac). S'il possède des prairies artificielles qui lui fournissent les engrais nécessaires pour ses plantes de tabac, il se trouve dans la position d’un cultivateur qui vend son trèfle et ses betteraves, c’està-dire qu’au bout de quelques années, ilen est arrivé au point que ses champs ne produisent plus de tabac; il est obligé alors d’avoir recours à son voisin, le producteur de grains et de viande, pour en obtenir ce qui lui manque, et de lui acheter, à des prix très-élevés, son trèfle,

ses betteraves sous forme de fumier. Si ce voisin, ayant estimé trop haut l’excédant de fumier qui lui restait, en cède à notre planteur de tabac, il revient la plupart du temps de son erreur, car il voit que ses récoltes diminuent. Il s'aperçoit alors qu’on ne peut pas produire le fumier à volonté et que le proverbe : « Produis plus de foin et tes grains viendront tout seuls, » ne lui sertàrien ; il comprend que son fumier lui aurait donné pour bénéfice le sixième et le septième d’une récolte de grains, et cela pendant sept et quelquefois même dix ans, bénéfice que la vente malentendue de ce fumier lui a fait perdre, et lui a fait perdre pour plusieurs années. Aussi n’a-t-il plus de fumier à vendre.

Le planteur de tabac qui avait d’abord le fumier à proximité, s'adresse aux producteurs de grains et de viande, qui doivent encore acquérir l'expérience qu’a acquise son voisin : l'étendue de terrain exploitée ainsi par lui augmente chaque année, jusqu’à ce qu’il soit forcé d'aller à la ville chercher ses engrais et de remplacer par d’autres moyens les éléments qui manquent aux engrais des villes.

La même chose a lieu dans les pays où l’on cultive la vigne. Les vignobles ont, en général, une position inclinée, et ne possèdent pas de terre arable; le sol y est encore infiniment plus pauvre en substances nutritives des plantes, que les champs qui se trouvent dans les plaines. Les vignobles ne produisent pas d'engrais; ils reçoivent, dans une certaine mesure, des matières nutritives que leur fournissent les terres environnantes sur lesquelles on cultive du grain et des herbages ; ou les propriétaires, quand ils en ont l’occasion, vont chercher de l’engrais dans les bois avoisinants.

En remuant profondément le sol, le vigneron facilite

le contact de son terrain maigre avec les racines du cep, racines qui pénètrent profondément dans le sol et, par une culture bien entendue de trèfle et de luzerne, il fait en sorte que les substances fertilisantes s'accumulent sur la couche supérieure du sol où elles faisaient défaut; il conduit sur ses vignes les débris décomposés de roches riches en alcalis (bourd), de même que la couche arable de ses champs.

La culture de la vigne exerce donc sur la production du grain et de la viande une influence aussi nuisible que celle du tabac et des autres plantes commerciales. Le producteur de grains et de viande spolie ses propres terres suivant le système usuel; le vigneron et le cultivateur de plantes industrielles spolient à leur tour le producteur de grains, et les grandes villes, semblables à des abimes sans fond, engloutissent toutes les conditions de fertilité des plus grandes terres.

C’est ainsi que les vignerons du Palatinat et les planteurs de tabac ont épuisé les champs de l’Odenwald Badois et Hessois, et appauvrissaient le malheureux paysan qui ne savait pas résister au son de l'argent qu’il recevait pour prix de son fumier.

C’est ainsi que, au bout d’une série de siècles, Îles cloaques de la ville éternelle ont englouti tout le bienêtre du paysan romain, et, lorsque ses champs ne furent plus à même de suffire à l’alimentation des habitants, les richesses de la Sicile, de la Sardaigne et des côtes fertiles de l'Afrique vinrent s’engouffrer dans le même cloaque.

On voit cependant la fertilité du sol se maintenir là où une population agricole n'occupe qu'un espace relativement peu étendu, où l’on voit le bourgeois el l’ouvrier des petites villes, occupant la même surface

de terrain, cultiver ensemble leur petit morceau de terre.

Lorsqu'un mille carré d’un tel pays est habité par 3,000 hommes, il est impossible d'exporter du grain et de la viande, car les champs peuvent à peine suffire à l'alimentation de cette population, et un excédant de produits, qu'on pourrait exporter, ne se présente que rarement. Toutes les substances fixes contenues dans les produits consommés, sont exactement rendues au sol d’où elles proviennent, Rien n'en est perdu, car chacun sait que, s’il en perd, il doit chercher à les remplacer d’une manière quelconque.

Que l’on suppose un moment la même terre entre les mains de dix gros propriétaires ; au lieu de chercher à restituer ce qui aura été enlevé, ils pilleront le sol de plus belle. Le petit propriétaire restitue au sol à peu près tout ce qu’il lui enlève. Le grand, au contraire, cherche à retirer le plus possible de grain et de viande pour l'envoyer dans les grands centres de consommation, et il aliène ainsi les conditions de leur reproduction. Au bout d’une série d'années, cette terre est un désert tout comme la campagne romaine.

Voilà la cause naturelle de l'appauvrissement du sol au moyen de la culture; il n’y en a pas d'autre ; seulement nos professeurs d'agriculture moderne ne la connaissent pas, et se hâtent et s'appliquent de toutes leurs forces à achever la ruine de l’agriculture allemande. On ne peut, disent-ils, épuiser les terres fertiles de toutes leurs conditions de fertilité, il n’y a que le fouet qui manque pour mettre celles-ci en mouvement. Un destin favorable leur envoya dans le guano une ancre de salut dans la détresse, dont leur théorie est la cause, et, dans leurs mains malheureuses, ce secours ne devient à la

longue qu’un moyen d’appauvrissement de plus. Un jour viendra où il fera également défaut, et puis après ?

Nous n’en sommes pas encore là, disent tous ceux qui ont eu jusqu’aujourd’hui des terres fertiles et des récoltes abondantes. Nous n’en sommes pas là non plus, disait ce voleur qui allait se corriger jusqu’au moment où on lui mettait la corde au cou. Mais pourtant cela doit arriver! Ce peut être une expérience agricole, mais ce n’est pas de la science.

SOMMAIRE

État de l'agriculture moderne sous le rapport historique. — Notions sur l'agriculture d’après les écrits des anciens Romains.

« L'histoire de l'humanité, dit Thaer, est également celle de l’agriculture ; » je neconnais pas de proposition plus erronée que celle-là. Toutes nos industries en rapport avec les sciences naturelles ont leur histoire particulière, il n’y a que l’agriculture moderne qui n’en ait pas, car elle est d’aujourd’hui, tout au plus d'hier ; ce qu’elle a fait depuis huit jours, elle n’en sait rien, ou, si elle le sait, Le cultivateur n’en est pas pour cela beaucoup plus instruit.

Des millions de faits ne peuvent pas se transmettre par tradition, mais les principes scientifiques, qui sont l'expression de ces faits, peuvent se transmettre, parce qu'ils sont invariables de leur nature.

De tous les arts, l’agriculture est le plus riche en faits réels et le plus pauvre en faits compris. Les premiers sont des grains de sable que le vent disperse, mais les

principes sont des grains de sable qui s’agglutinent

pour former des roches. De lui-même le fait dit seulement qu'il existe; l'expérience dit pourquoi le fait existe.

La science est de sa nature conservatrice et nullement destructive ; les vérités que fait connaître la pratique ne sont pas rebutées, mais bien acceptées par la science; jamais elle ne les contredit, mais elle leur donne leur expression exacte et une extension plus grande : la science ne saurait donc produire une révolution dans la pratique, mais elle est la route à suivre pour faire une suite de progrès dont les uns sont toujours la conséquence des autres.

L'agriculture moderne possède bien des méthodes et des systèmes de nature différente, mais aucun principe; il lui manque le « savoir. » Après tant de milliers d'années, le meilleur et le plus expérimenté des cultivateurs ne sait pas encore quel est le meilleur des fumiers : est-ce le fumier frais ou bien celui qui est déjà consommé ?

L'agriculture moderne n’a aucun rapport avec l’histoire de l'humanité : si celle-ci est le miroir de ses erreurs et de ses fautes, elle l’est aussi de ses progrès; mais comme la première ne reconnait pas d’erreurs, elle ne reconnaît naturellement pas de progrès.

S'il existait pour l’agriculture une histoire du développement du genre humain, ou si les hommes qui l’enseignent voulaient se renseigner là-dessus, le cultivateur saurait que, il y à deux mille ans, déjà les hommes les plus éclairés et les plus distingués de l’ancienne Rome, voyaient la marche de l’agriculture entravée à cette époque par toutes les difficultés qui la menacent encore aujourd'hui, que le même système de culture intensive que nos agronomes modernes considèrent et recomman-

dent comme le meilleur, était déjà mis en pratique sans pouvoir néanmoins guérir le mal.

Les notices suivantes tirées de Columelle, de Caton, de Virgile, de Varron et de Pline, pourraient déjà faire ouvrir les yeux à bien des cultivateurs pratiques ; elles renferment des choses bien plus remarquables que tout ce que nos professeurs modernes peuvent enseigner aujourd’hui. Quand on lit les douze livres de Columelle et qu'on les compare à nos manuels d'agriculture pratique, on éprouve vraiment la même sensation que si l’on se trouvait transporté d’un désert aride dans un beau jardin, tellement tout y est frais et gracieux.

Dans sa préface, adressée à Publius Silvinius, Columelle dit : « Les principaux de l’État s'inquiètent de la stérilité du sol et se plaignent de l’intempérie des saisons qui, depuis un certain temps, contrarieles récoltes; d’autres pensent que le sol est maintenant épuisé par la trop grande fertilité qu’il montrait du temps passé. Mais, continue-t-1l, il n’y a personne d’assez peu raisonnable pour croire que la terre vicillisse tout comme nousautres hommes; sa stérilité a surtout pour cause la manière dont nous agissons envers elle, en abandonnant tous les soins de la culture à des valets ineptes et ignorants.

» Il faut d’autres connaissances au cultivateur, d’autres au gardien de troupeaux. Le premier doit savoir quelles sont les récoltes qui conviennent le mieux aux terres qu'il cultive, le second doit comprendre comment il faut traiter ses troupeaux pour entirer profit. Les deux professions sont en rapport intime l’une avec l’autre et ont besoin l’une de l’autre. En effet, il est en général plus avantageux de consommer le fourrage dans la propriété même que de le vendre : et comme Îles engrais contribuent le plus à rendre les champs fertiles, et qu'on tient

le bétail pour avoir le fumier, tous ceux qui ont des terres ne doivent pas seulement se contenter de simples notions sur l’agriculture, mais encore en posséder sur les pâtures du bétail et sur la manière de fourrager à l'étable. » (COLUMELLE.)

« En quoi consiste une bonne agriculture? D'abord dans une bonne administration, en second lieu dans un labour soigné, et en troisième lieu dans les engrais. » (CATON.)

« La couleur d’une terre n’est pas un signe certain de sa bonté. De même que les bêtes à cornes les plus vigoureuses sont bariolées d’une infinité de couleurs différentes, de même le meilleur sol présente une grande diversité dans son aspect extérieur. » (COLUMELLE.)

« 11 y a plusieurs variétés de terrains, les terrains calcaires, sableux, argileux, etc. L'un est humide, l’autre sec ou d’une humidité ordinaire, gras ou maigre, meuble ou compacte; le mélange de tous ces terrains donne lieu à des différences infinies ; on améliore les terres argileuses et compactes au moyen du sable ou de la marne, et les terres sableuses avec de largile. « (PLINE, PALLAD. , COL.)

« Lorsque l’humidité du sol est trop forte, on la fait disparaitre en creusant des fossés qu’on laisse ouverts ou que l’on recouvre; dans les sols compactes et crayeux (?) ces fossés doivent rester ouverts. — Ceux-ci doivent être plus larges du haut que du bas; s’ils sont verticaux, l’eau enlève la terre latéralement et celleci finit par les combler. Les fossés recouverts doivent être creusés à trois pieds de profondeur et remplis à moitié de petites pierres ou de gros sable sur lequel on rejette la terre que l’on avait enlevée; si lonna ni pierre ni sable, on y met des broussailles que l'on a

soin de comprimer comme il faut et que l’on recouvre ensuite de terre. Aux extrémités de ces fossés on fait comme une espèce de petit pont avec deux pierres qui en soutiennent une troisième; cela maintient le fossé ouvert, » (CoLuM.) « Un champ fertile doit être meuble, c'est la qualité que nous cherchons à lui donner au moyen du labour. » (ViRGILE.) « Labourer le sol n’est rien autre que le rendre plus meuble et partant plus fertile, » (CAT.) « Les anciens Romains ne considéraient pas un champ comme bien labouré quand on devait Le herser ensuite. » (Cou.) «Il faut retourner les terres compactes en automne et les labourer trois fois. On doit tracer des sillons tellement nombreux etserrés, qu’on puisse à peine voir de quel côté on a labouré; alors toutes les racines des mauvaises herbes sont enlevées du sol; on doit aussi donner à une jachère des labours tellement fréquents qu’elle tombe en poussière. Le maitre du champ doit veiller à ce que les labours soient convenablement exécutés : pour cela il enfonce une perche à travers les sillons ; s’il ne rencontre aucune résistance, c’est que le labour est bien fait. Les mottes de terre doivent être écrasées avec soin. Il faut labourer quand le sol n’est ni trop sec ni trop humide; s’il esttrop dur, la charrue ne peut y entrer facilement : il se forme alors de grosses mottes de terre; celles-ci entrainent ainsi des parties du sous-sol, qui est toujours stérile, même dans les meilleures terres, et nuisent à la qualité de la couche arable. On doit avoir soin de choisir pour chaque espèce de sol, les plantes les plus convenables à sa situation et à l’état dans lequel il se trouve. car toutes les plantes ne réussissent pas également bien sur le même sol. » (CATON.) «Il y a des plantes qui aiment une terre sèche, à d’autres une terre humide convient mieux.» (CaTon.) «Le foin qui

croit naturellement dans les endroits humides est meilleur que celui qu’on obtient au moyen d’irrigations.Une prairie située dans une plaine doit être légèrement en pente ; de cette facon, la pluie et l’eau ne peuvent y séjourner, mais s’écoulent lentement. » (Cor)

« Le grain destiné à la semence doit être choisi à la main ; les graines des plantes à gousse (légumineuses) doivent être préalablement plongées dans de l’eau chargée de salpêtre. » (VIRGILE.) « Sur les grandes propriétés on laisse le sol alternativement en jachère pour épargner le fumier. Si l’espace ne le permet pas. on alterne les céréales avec les plantes fourragères, et on fortifie le sol avec des engrais. » (CaTon., CoL.) « Il y en a qui sèment deux fois de suite du grain sur le même champ; les propriétaires doivent défendre cela à leurs fermiers.» (Fesrus.) « Le sol doit se reposer d’année en année, ou être ensemencé d’une plante plus légère, qui l’épuise moins.» (VARRON.)

« Le lupin est la principale de toutes les légumineuses qui peuvent servir d'engrais verts, parce qu'il n’exige que peu de travail, qu’il est le moins coûteux. et que de toutes les plantes, il agit avec le plus d'efficacité sur le sol; c’est le meilleur engrais pour les terres épuisées, et il croit avec facilité sur les terres peu productives. »

« D’après Saserna, quelques plantes agissent comme engrais et fertilisent le sol; d’autres, au contraire, l’appauvrissent. » — «Le lupin, les fèves, les pois, les lentilles, les vesces peuvent servir d'engrais. Quant au lupin etaux vesces, je le crois, mais on doit les fancher verts et les enterrer de suite dansle sol, au moyen dela charrue.» (Cozum.) « Le lin, le pavot et l’avoine enlèvent la force au sol.» (ViRGILE.) « Le seul moyen à employer pour

remettre le sol en état, après qu'il a porté une récolte quelconque, c’est une bonne fumure, au moyen de Îaquelle on lui rend de nouvelles forces. » (CoLux.) « Il y a trois espèces de fumier : le meilleur est celui des oiseaux, vient ensuite celui de l’homme, le fumier du bétail occupe le troisième rang. Celui-ci comprend encore plusieurs sortes : celui des ânes est le meilleur, puis vient celui des moutons, puis celui des chèvres et finalement celui des chevaux et des bêtes à cornes ; celui des cochons est le plus mauvais. Si l’on ne cullive généralement que des graines, il n’est pas nécessaire de mettre à part toutes ces espèces de fumier, mais si l’on possède des pépinières, des terres en culture et des prairies, on conserve chaque espèce de fumier séparément.» (CoL.) «La fiente de pigeons (guano) est bonne pour être semée sur les prairies, dans les jardins ou sur les semences. » (CATON, VarRoN et Cassius.) « Le fumier de cheval est le meilleur pour les prairies, comme, en général, le fumier de toutes les bêtes de somme nourries avec de l'orge, car celui-ci fait pousser l'herbe avec force. » (VARRON.)

« L'emploi des cendres est aussi fort avantageux, et leur usage est tellement répandu sur l’autre rive du P6, dit Pline, qu’on les préfère au fumier lui-même. »

«Si l’on n'a fait provision d'aucune espèce de fumier, on peut suivre avec avantage l’exemple de mon oncle, Marcus Columella ; il fumait les ceps de ses vignes non pas avec du fumier, parce qu'il gâte le bouquet du vin, mais avec de la terre qu'il allait chercher dans les bois. Je crois que, si le cultivateur manque de fumier, le lupin peut lui être d’un grand secours : en le semant sur les terres maigres et en l'y enterrant vers la mi-septembre, il tient la place du meilleur engrais. » (CoLux.)

«Un cultivateur doit savoir qu’un champ sans fumure aucune perd de ses forces, mais qu’une fumure trop forte lui est nuisible. Voilà pourquoi il est préférable de fumer souvent, plutôt que de le faire immodérément. » {CoL.)

« Je dois encore rappeler ceci : le fumier conservé pendant un an est le meilleur : pendant l'été, on le retourne, et on le tient humide, afin que les graines des mauvaises herbes pourrissent et ne soient plus reportées sur le sol. » (CoL.)

« Les meilleures plantes fourragères sont la luzerne, le fenu-grec, les vesces et des mélanges d’orge. La plus avantageuse de toutes est la luzerne, parce que, une fois semée, elle dure dix ans; elle engraisse le bétail maigre et sert de médecine aux animaux malades. On doit sarcler dans le principe, sans quoi la mauvaise herbe étoufferait la luzerne. » (CoL.)

« Il ne faut pas toujours semer des plantes dans le seul but d’en profiter l’année même, il faut aussi le faire pour l'année suivante, parce qu’il y en a un grand nombre qui, étant coupées et laissées sur le sol, améliorent celui-ci. C’est ainsi que, dans les terres maigres, on enterre le lupin avec la charrue. »

« Fauche ton foin en temps opportun, et surtout prends garde de le faire trop tard; tu dois le faucher avant que la senience ne soit müre; ainsi tu auras du foin de meilleure qualité. » (CATON.)

«On améliore les prairies chargées de mousse par un nouveau semis ou au moyen d'une fumure; l’un et l’autre ne sont cependant pas aussi avantageux que l’addition de cendres qui fait disparaître la mousse. » (CoLux.) |

Tous ces préceptes n'avaient, ainsi que l’histoire nous

apprend, que des conséquences passagères ; ils accéléraient la ruine de l’agriculture romaine, ils finissaient méme par enlever au petit cultivateur le moyen de maintenir les terres fertiles et d'obtenir de bonnes récoltes. Déjà, du temps de Columelle, on ne récoltait guère que quatre fois la semence ; les champs passaient entre les mains de grands propriétaires qui les faisaient cultiver par leurs esclaves et réussissaient encore, pour quelque temps, à retirer « les récoltes les plus abondantes avec la moindre dépense possible en fumier. » Il en résulta que les produits de ces champs ne suffisaient même plus pour payer les impôts, et, comme l'histoire des trois premiers siècles de notre ère le rapporte, la suite de tout cela fut [a situation la plus horrible, la plus épouvantable dans laquelle un peuple puisse se trouver. {1 y avait certes d’autres causes, mais l'épuisement du sol au moyen de la culture par spoliation en était une des principales.

SOMMAIRE

De l'agriculture en Chine.

Je vais montrer à nos agronomes un autre peuple. qui, sans aucune théorie, (car il n’en connaît rien.) a trouvé la véritable pierre philosophale que, dans leur aveuglement, ils recherchent vainement; — un pays, dont la fertilité, au lieu de diminuer, n’a fait qu'augmenter depuis trois mille ans, et qui renferme sur un mille carré plus d'habitants que la Hollande ou l’Angleterre.

D’après les relations les plus anciennes, comme d’après les plus récentes de Davis, de Hedde, de Fortune et d’autres voyageurs, et les recherches que feu sir Robert Peel a fait faire, suivant mon désir et sur les lieux mêmes, concernant l’agriculture chinoise, on ne connait pas en Chine la culture des plantes fourragères, ni les prairies, ni tout ce qui à rapport à l'alimentation du bétail ; on n’a aucune idée du fumier et des engrais de bassecour; chaque terrain porte annuellement deux récoltes ctne reste jamais en friche,

Le froment rend quelquefois 120 fois sa semence, — (EckeBerG.) On considère comme une récolte moyenne celle quirapporte15 fois la semence(Davis).Tous les procédés que nos agronomes allemands et ceux qui suivent leurs leçons regardent comme indispensables pour l’augmentation des produits du sol, ne sont pas seulement considérés par les Chinois comme absolument inutiles, mais ils savent obtenir sans leur coopération des produits doubles de ceux que peut produire l’agriculture intensive allemande.

Il est vrai qu’en Chine il existe d’autres conditions que chez nous. Les Chinois sont en partie Bouddhistes et ne mangent pas de bœuf; nous mangeons plus de viande qu'eux; nous devons donc produire du fourrage pour avoir de la viande; mais là n'est pas la question : il s’agit des principes sur lesquels doit s'appuyer la pratique. Nos professeurs d’agriculture nous enseignent à cultiver les fourrages, non pas pour obtenir de la viande, mais pour produire du fumier, et c’est en ce sens qu'ils montrent qu'ils ne comprennent pas lesprit de l’agriculture, et qu’ils ne savent pas même ce que c’est qu’un principe scientifique.

Lorsqu'on établit un principe scientifique, on doit avoir en vue, non pas les avantages que son emploi peut rapporter, mais bien son exactitude; car s’il est exact, il est utile.

Dans l’agriculture scientifique il n’y a plus de « fumier, » car les idées qu’on attachait à ce mot sont vieillies : il en est de ce mot comme du mot phlogistique au moyen duquel, dans le siècle dernier, on expliquait tous les phénomènes chimiques.

Aussi longtemps que l’on ne sut pas ce qu'était le phlogistique, on se servit de ce terme comme d’un col-

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lectif, pour réunir une foule de causes dont on ne comprenait pas bien l’action et pour se faire comprendre dans les leçons qu’on donnait sur la chimie; mais dés qu'on put se rendre compte de ce que c'était que le phlogistique, et de ce qu’on représentait par là, on lui substitua les notions exactes : les idées prirent un cours régulier et les explications qu’on donna furent Justes, exactes et faciles à comprendre; ce qu’elles n'étaient pas auparavant. — Pourtant le bois ne brüle pas autrement qu'alors, l’air est toujours le même, l’eau mouille aujourd’hui comme alors; mais quels progrès n’a pas faits le genre humain depuis qu’on donne, au lieu de phlogistique, des explications exactes sur Pair, l'oxygène et le phénomène de la combustion !

Un progrès semblable, mais bien plus grand et plus fécond en résultats, peut résulter de la connaissance exacte de la fonction de nutrition chez les plantes et chez les animaux. On tournerait en ridicule le professeur de chimie qui voudrait aujourd’hui expliquer le moindre phénomène chimique au moyen du phlogistique; eh bien, il est tout aussi singulier qu’un professeur d'agriculture prétende expliquer un cas qui se présente, au moyen du fumier. En effet, au lieu de ce mot suranné, qui aujourd'hui n’a plus de sens, il convient d'employer cette expression : substances nutritives : celles-ci sont spéciales à chaque espèce de plante; et c’est par leur action simultanée qu’il convient d’expliquer le cas ou le phénomène en question. Ceux qui enseignent qu’il est nécessaire de produire du fumier au moyen des plantes fourragères et conséquemment de tenir des bêtes à cornes pour bien cultiver, ceux-là se trompent.

Il faut établir une différence entre nécessité et uti-

lité. Le bétail peut être très-utile au cultivateur pour ce qu'il lui rapporte en beurre, en fromage et en viande; seulement il doit savoir et on doit lui apprendre qu'il n’est pas forcé d’en tenir.

Le bétail est nécessaire pour la production du fumier, mais celui-ci ne l'est pas pour rendre la terre fertile. Dans le système alterne, la culture des plantes fourragères et leur enfouissement dans la couche arable des terres à froment, est seule nécessaire, et il est entièrement inutile pour les céréales que les plantes fourragères aient été préalablement consommées par le bétail et converties en fumier (1).

La production des grains n’est nullement en rapport intime avec celle de la viande ou du fromage ; car ce que l’on produit en viande on le produit au dépens du grain. Nous ne pouvons nous passer ni de viande, ni de lait, ni de fromage, et si l’éleveur, qui le produit, laisse au cultivateur le soin de la culture du grain, tous deux en retireront, ainsi que le consommateur, un avantage marqué.

En Angleterre, on se trouve fort bien de cette pratique, et quand le cultivateur allemand aura appris à compter, comme il est à espérer que cela viendra, on doit s'attendre à voir la même chose se faire chez nous. On n’établit pas une fabrique de produits chimiques dans le premier endroit venu, mais seulement là où la localité offre quelque avantage particulier, et, au résumé, l’agriculture est une industrie tout comme une autre.

En Chine, on ne sait rien des principes de l’agriculture

(1) Les lupins, les vesces, le trèfle, les navets, elc., produisent même de meilleurs résultats quand on les enfouit verts après les avoir coupés.

allemande ; excepté les engrais verts, on ne connaît pas d'autre fumier que les excréments humains : ce que l’agriculteur chinois emploie d'autre pour augmenter sa production est, sous le rapport de la quantité et de l'effet produit, bien peu de chose en comparaison des déjections humaines.

I est complétement impossible de se faire chez nous une idée du soin que les Chinois mettent à tirer parti des matières fécales de l’homme; pour eux, comme le rapportent Davis, Fortune et Hedde, elles sont le sue nourricier du sol; celui-ci ne doit sa fertilité qu’à cet agent énergique.

Le Chinois, dont l'habitation est encore ce qu’elle était à l’origine, une simple cabane, construite en pierres et en bois, le Chinois, dis-je, ne connaît pas les latrines comme nous les avons chez nous; seulement on voit, dans Pendroit le plus apparent de toute la maison, des cuvelles en terre ou des citernes murées avec tout le soin possible, et l’idée de leur utilité commande tellement à son odorat que, comme le raconte Fortune (The Tea districts of China and India, t. 1, page 221), ce qu'on regarde ordinairement comme inconvénient insupportable dans toutes les villes civilisées de l’Europe, est considéré là-bas par toutes les classes, pauvres ou riches, avec une certaine satisfaction; « et je suis certain, ajoute-t-il plus loin, que rien n’étonnerait plus un Chinois que de voir quelqu'un se plaindre de la puanteur qui s’exhale de réservoirs semblables. »

Ils ne désinfectent pas ce fumier-là, mais, comme ils savent parfaitement qu'il perd de sa force une fois en contact avec l’air, ils ont grand soin de le préserver de toute évaporation.

Après le commerce de grains et de denrées alimen-

taires, il n’y en a pas de plus étendu que celui de cette sorte d'engrais. Ce sont de longs et grossiers véhicules, qu'on voit traverser les routes dans tous les sens, qui transportent journellement ce famier dans les campagnes. Chaque campagnard qui a été le matin vendre ses denrées au marché, en rapporte le soir deux seaux de ce fumier attachés à une tige de bambou.

On fait tant de cas de ce fumier, que chacun sait ce qu'un homme peut en produire par jour, par mois ou par année, et tout Chinois considère comme une grave impolitesse de la part de son hôte, que celui-ci quitte sa maison sans lui laisser au moins un bénéfice auquel il a droit en retour de son hospitalité. On évalue les déjections de cinq personnes à deux Tew par jour, soit environ 20 hectolitres par an, au prix de 14 francs l’hectolitre.

Dans le voisinage des grandes villes, ces excréments sont convertis en poudrette, qui est envoyée sous forme de tourteaux dans les provinces les plus reculées de l'empire. On les délaie dans l’eau et on s’en sert ainsi à l’état liquide. Excepté pour le riz, le Chinois ne fume Jamais son champ, mais les plantes qui y croissent.

Toute substance provenant des végétaux ou des animaux est recueillie avec soin par les Chinois et convertie en engrais. Les tourteaux, la corne, les os sont pour eux d’une grande valeur : il en est de même de la suie et surtout des cendres. On peut se faire une idée de la valeur qu’ils attachent à tout ce qui provient des animaux, quand on saura que tous les déchets de barbe et de cheveux provenant de centaines de millions de têtes rasées tous les jours, sont recueillis avec soin et livrés au commerce. Le Chinois a confiance dans le plâtre et la chaux, aussi arrive-t-il souvent qu'il renouvelle le crépi

des cuisines, pour se servir de l’ancien comme engrais.

Aucun cultivateur chinois ne sème son champ avant d’avoir plongé les graines dans du purin étendu d’eau et jusqu'à ce qu’elles commencent à germer : l’expérience, prétend-il, lui a appris que les plantes acquièrent par cette pratique, un plus grand développement, et que la semence se trouve garantie des insectes qui se cachent dans le sol. (DAvIs.)

« Pendant lété, tous les détritus végétaux, paille, herbes, tiges, feuilles, sont mélangés avec de la terre et mis en tas. Quand ceux-ci sont secs, on y met le feu et on laisse le tout brüler pendant plusieurs jours, jusqu’à ce qu’il soit changé en une terre noirâtre. Cet engrais n’est employé que pour les semences. Lorsque l’époque des semailles est arrivée, un homme fait des trous dans lesquels un autre qui le suit dépose la semence, un troisième jette sur celle-ci un peu de cette terre noirâtre, et la jeune plante, ainsi soignée, se développe avec une telle force, que ses racines pénètrent dans les parties du sol les plus compactes et vont y puiser les substances nutrives dont elles ont besoin. » (FORTUNE.)

« Le cultivateur chinois sème le froment après avoir plongé la semence dans du purin ; les grains sont semés dans des couches, où ils se trouvent très-près les uns des autres ; on transplanie ensuite. Quelquefois les grains se trouvent semés directement, de telle sorte qu’ils sont espacés de quatre pouces à peu près. La transplantation a lieu en décembre; en mars, la plante a poussé de sept à neuf tiges portant chacune un épi; la paille est moins longue que chez nous. On m’a dit que le froment rend 420 fois la semence, ce qui compense abondamment la peine et le travail qu’on a dù dépenser. »

(EckeBerG, Rapport à l'Académie des sciences de Stockholm, 1765.)

A Tschusan et dans toutes les rizières du Tchekiang et du Kiangsu , on cultive spécialement deux sortes de plantes comme engrais vert pour le riz; l’une est une espèce de coronilla, autre est le trèfle. On établit des silos très-larges, semblables à ceux qui servent à la culture du céléri; sur ces silos on dépose les semences à une distance de cinq pouces l’une de l’autre : au bout de quelques jours, la germination a lieu, et longtemps avant que l’hiver ne soit passé, le champ tout entier est couvert de la végétation la plus luxuriante ; en avril, on enterre les plantes dans le sol et leur décomposition a lieu rapidement, accompagnée d’une odeur fort désagréable. Cette méthode est en usage par-. tout où l’on veut cultiverle riz. (FORTUNE, vol. I, p. 258.)

Ces observations, que le manque d’espace ne me permet pas d'étendre davantage, suffisent pour prouver au cultivateur allemand que sa pratique, comparée à celle de la population agricole la plus ancienne du monde, est la pratique d’un enfant mise en parallèle avec celle d’un homme sage et expérimenté. L'agriculture chinoise est d'autant plus remarquable, et, si l’on tient compte de l’état de leurs industries chimiques et mécaniques, d'autant plus incompréhensible, qu’ils ont dû acquérir toutes leurs connaissances d'une manière purement empirique. Leur méthode d'enseignement exclue toute queslion qui traite du pourquoi des choses, c’est-à-dire, toute question qui pourrait les conduire à une science ou à un principe scientifique ; et cela si bien, que depuis des siècles ce peuple semble avoir radicalement perdu la possibilité de tout progrès, si ce n’est toutefois celui qui pourrait résulter de limitation. L'application des

lois de la nature, que les Européens ont faite avec tant de succès dans les machines à vapeur et les télégraphes électriques et qui, dans tant d’autres cas, leur a permis de commander aux forces naturelles, est complétement impossible pour les Chinois : leur législateur le plus ancien, Confucius, défend aux étudiants d’avoir et de mettre en pratique toute idée autre que celles contenues dans ses livres.

Il est vrai que ce qui est bon pour un peuple peut ne rien valoir pour un autre, mais il existe une vérité importante et incontestable qui ressort de l’agriculture chinoise, c’est que les terres du cultivateur chinois ont conservé leur fertilité et se sont toujours maintenues dans le même état de jeunesse qu’au temps d'Abraham et de la première pyramide d'Égypte (dans laquelle on retrouve des vases en porcelaine de Chine de la même forme et portant les mêmes caractères qu'aujourd'hui). Tout cela pourtant n'a qu’une seule et unique cause : le remplacement des conditions de fertilité qu'on a enlevées au sol avec ses produits, ou, ce qui est Ia même chose, avec l’aide d’un engrais dont la majeure partie est perdue pour l’agriculture européenne.

SOMMAIRE

État dans lequel se trouvent les écoles supérieures d'agriculture. — Leur peu de vitalité. — L'enseignement scientifique en présence des cultivateurs. — Concordance des expériences chimiques et agricoles. — Formule simple pour les principes chimiques exprimés dans les lettres. — Recette pour la fertilité des champs et la durée constante de leurs rendements.

Depuis des siècles, le cultivateur européen ne fait que prendre et ne restitue rien; aussi ses terres diminuent constamment en fertilité.

Depuis des millicrs d'années, le cultivateur chinois rend à ses terres les substances nutritives fixes qu'il leur a enlevées, et leur fertilité n’a fait que s’accroitre en même temps que la population.

La loi de la compensation, loi qui fait que les mêmes phénomènes reparaissent ou se maintiennent, lorsque les conditions dans lesquelles ils se produisent reparaissent ou restent les mêmes, est la plus générale de toutes les lois naturelles ; c’est elle qui domine tous les phénomènes de la nature dans leur succession, tous les événements du règne organique, tout ce que l’homme crée et produit dans les arts ou son industrie, et comme le cultivateur seul ne connait pas cette loi, qu’elle est même combattue par ceux qui lui enseignent l’agri-

culture, on peut juger, d’après cela, de l’état dans lequel se trouvent les écoles où les fils de nos cultivateurs reçoivent leur instruction.

Tout ce que la chimie nous apprend concernant l'air, l’eau, la combustion, le sol arable, les cendres des plantes, le fumier et les substances qu'il renferme, tout cela est tellement facile à comprendre , que tout professeur instruit peut donner facilement (en une douzaine d’heures de leçons) une connaissance suffisante de toutes ces choses-là à n'importe quel jeune homme de la campagne, surtout si ce professeur sait renfermer ses leçons dans de justes limites. Les leçons que Faraday donna sur cet objet à quelques enfants à la Royal institution de Londres, prouvent qu’on peut le faire.

La même chose a commencé à avoir lieu en Bavière, sous le roi Max et d'après ses ordres, et, depuis cinq ans, tous les professeurs de l’école normale à Munich sont particulièrement instruits et exercés dans ce but.

Lorsque les instituteurs auront répandu par tout le pays les connaissances élémentaires chez nos campagnards , tout sera gagné pour l'avenir ; l’État donc fait par là tout ce qu'il pourrait faire de mieux pour l’agriculture.

Si le petit garçon qui va à l’école y apprend à connaitre, seulement par leur nom, les conditions de fertilité du sol, si son instituteur lui dit que tout gaspillage inutile est, comme celui du pain, un péché contre le pauvre, contre [ui-même'et contre l’humanité tout entière, une fois devenu homme, il construira un emplacement convenable pour son fumier, mieux que la police ne pourrait l’exiger.

En ce qui concerne les écoles supérieures d’agriculture, un simple regard jeté sur leur organisation fait

reconnaitre qu’elles n’ont aucune chance de réussir à l’époque où nous sommes.

L'union de l'école avec l’enseignement de la pratique ou main-d'œuvre détruit toute son action qui pourrait être si utile; ni l’une ni l’autre ne peuvent fournir ni de bons établissements pour le développement de l’esprit, ni de bons ateliers pour l'étude de la pratique; ceux-ci ont un peu de l’un et de l’autre, mais rien de ce qu’il faudrait.

On peut se mettre au courant de la partie technique et apprendre les principes. Pour que le cultivateur apprenne Ja pratique, il lui faut l'apprentissage; pour former son esprit, il faut qu’il aille à l’école.

Unir les deux choses est impossible; les faire succéder l’une à l’autre est, au contraire, la seule chose possible. J'ai dirigé à Giessen une école de chimie pratique, pour l'analyse et tout ce qui s’ensuit, et trente années d'expérience m'ont appris qu'en mélant la théorie et la pratique, on n'obtient rien de bon. Un étudiant qui s’adonne à la chimie et qui fréquente à la fois les cours théoriques et le laboratoire, manque le but pour lequel il est à l’école, et est un jeune homme perdu. Ce n’est qu'après avoir terminé complétement les études théoriques qu’il peut s'appliquer avec fruit à la pratique, dont il doit apporter les principes dans le laboratoire; car, sans cela, il ne la comprend pas : et s’il ne la comprend pas, il doit être écarté.

Dans toutes les professions basées sur l'étude des sciences naturelles, principalement dans cales dont la pratique n’exige pas d'adresse manuelle, le progrès ainsi que toute amélioration dépendent du développement des facultés intellectuelles , c’est-à-dire de l’école ; un jeune homme qui connaît parfaitement les sciences natu-

relles, arrive à la connaissance des procédés techniques facilement et sans le moindre effort ; tandis que celui qui est le plus instruit dans ces procédés ne comprend généralement jamais les cas qui ne se sont pas encore présentés, ni les principes scientifiques ou leur application.

J'ai souvent trouvé que les étudiants qui ont fait de bonnes études humanitaires ont bientôt dépassé, sous le rapport des sciences naturelles, les élèves des écoles industrielles et polytechniques, même si ces derniers, au commencement, étaient, eu égard aux autres, sous le rapport dela science, comme des géantsen présence denains.

Je suis fort loin de révoquer en doute, d’aucune facon, l’incontestable utilité des écoles techniques et industrielles ; je les considère comme aussi indispensables que les colléges, car tous les hommes ne peuvent embrasser la même carrière, et l'étude des langues n’est pas le fait de tout le monde; pour tant de sortes de minerais, il y a une infinité de fourneaux pour la fusion et la séparation des scories ; le talent est comme l’or qui se trouve toujours dans la nature à l’état natif et n’a conséquemment pas besoin de fourneaux spéciaux pour le purifier.

Dans les académies agricoles, la pratique est toujours en lutte avec la théorie, et lorsqu'on essaie un nouveau semoir ou une nouvelle charrue, les salles de chimie et de physique sont désertes. Les professeurs de mathématiques et de sciences naturelles sont, pour la plupart, formés dans nos universités, et sont des gens habiles et instruils ; mais c’est la pratique qui les domine et ils sont bientôt découragés, car, dans ces conditions, il ne saurait être question d’un enseignement scientifique sérieux. Je n’ai pas encore rencontré d'élève formé à ces sortes d'établissements agricoles qui eût une notion

exacte de la rosée ou qui pût distinguer les semences de toutes les herbes d’une prairie ou bien ces herbes ellesmêmes,

Apprendre un procédé technique est autre chose qu'exercer un métier qui demande de [a pratique. L'élève d’une académie de beaux-arts voit de jour en jour les progrès qu'il a pu faire, et cela le rend beaucoup plus zélé; celui qui fréquente une académie agricole n’a pas de mesure pour pouvoir juger si ses connaissances techniques ont augmenté ; — il lui manque le stimulant pour exciter son zèle.

La fréquentation d’une université et ensuite celle d’une école comme Weïhenstephan, où les principes de l’agriculture sont enseignés en même temps que la pratique et où les préceptes de la science ont trouvé leur seul défenseur en Allemagne, voilà ce qu’il faut pour former un jeune agriculteur.

Quand on pense que la plupart de nos académies agricoles, depuis une génération, ont été dirigées en partie par des hommes qui n'avaient aucune notion de chimie, de physique, de botanique, de géognosie, etce., on comprend qu’elles soient devenues des écoles d’oisiveté et d'opposition, au lieu d’être les écoles du progrès.

La discussion qui domine actuellement sur les principes scientifiques et leur emploi dans l’agriculture, est l’œuvre de ces écoles, et personne ne peut s’en étonner lorsque l’homme de pratique n’a pour la science que du dédain, même du mépris! car, comment aurait-il de l'estime pour elle, alors que cette estime ne peut provenir que de sa connaissance parfaite.

Je suis tout prêt à rétracter chaque mot que j'ai pu dire contre ces établissements, si quelqu'un veut résoudre, d’une autre manière, l'énigme que présente

le désaccord entre l’enseignement agricole et l’enseignement scientifique. Celui-ci n’embrasse pas des principes propres à un seul homme, mais bien les principes de toutes les sciences; ce sont ceux du physicien et du chimiste, du naturaliste et du mathématicien, parce qu'ils sont l'expression de la méthode à laquelle les savants doivent tous les résultats qu’ils ont acquis.

Tous les hommes de pratique s'accordent sur un point, c’est qu'ils ne veulent pas changer leurs procédés pour une théorie, toute vraisemblable qu’elle serait ; on doit avant tout les convaincre de son exactitude et alors l’opposition tombera d’elle-même. Ces paroles seraient suffisamment compréhensibles, s’il se trouvait dans la science quelque chose qui püt leur faire du tort; mais l’opposition qu’ils font n’est pas dirigée contre la doctrine, mais contre le bon sens, et il n’y a pas de science dans le monde qui puisse vaincre cette opposition systématique.

Le principe de l’enseignement chimique est tellement simple et ce qu’on demande des cultivateurs est tellement lié à leurs intérêts, qu’il n’y a que cette opposition qui soit inconcevable pour un homme sans prévention.

La science a pris pour elle ce que la pratique ne pouvait faire; elle a analysé le sol, l'air, les exeréments des hommes et des animaux, les racines, les feuilles. les tiges, les semences, les fruits et les tubercules, le sang et la chair des animaux; elle a recherché ce que leur organisme renferme de substances fixes et volatiles et tout ce qui a rapport à leur production; elle a mis sous les yeux du cultivateur le résultat de ces analyses et lui a montré que les plantes, les engrais et le sol ont certaines substances fixes communes à l’un et à l’autre. De la présence constante de ces substances

dans les végétaux, elle a conclu qu’elles sont nécessaires à la formation des plantes et de leurs diverses parties, d’où il résulte visiblement qu’elles sont aussi nécessaires au sol sur lequel les végétaux doivent se développer et encore nécessaires au fumier pour que celui-ci soit efficace. La science a montré, en outre, toujours la balance à la main, que les sols les plus riches ne contiennent seulement que.très-peu de pour cent de ces substances.

La science n’exige du cultivateur que lacquisition d’une somme très-minime de connaissances chimiques nécessaires pour comprendre le langage de la chimie et pour se convaincre des vérités qu’elle renferme ; il serait contraire au bon sens de croire que cette étude pourrait faire du tort; elle les engage à s'assurer, à leur manière, si ces faits sont justes; si un champ qui ne renferme pas ces substances est encore favorable à la culture des plantes, et s’il ne peut acquérir une nouvelle fertilité quand on lui donne ces mêmes substances, ou si un champ qui en renfermait beaucoup peut devenir improductif quand on les lui enlève. Cette épreuve à son tour ne saurait être préjudiciable.

Lorsque le cultivateur a acquis de la sorte Fa conviction que les faits chimiques et les conclusions tirées sont d'accord avec les faits et les résultats de l'expérience agricole, alors la chimie a fait tout ce qu’elle avait à faire pour l’agriculture. Tout ce qu’elle enseigne en dehors de cela n’est plus de la chimie, mais quelque chose de commun à toutes les sciences.

Lorsqu'on à établi de la manière précitée un accord parfait entre les expériences chimiques et agricoles, 1l est évidemment dans les intérêts du cultivateur de diriger tous ses efforts dans ce sens et de corriger les fautes qui ont pu être commises; cela ne peut lui être qu'a-

vantageux. C’est ce à quoi les pousse, non pas la chimie, mais le simple bon sens de l’homme ; il leur dit qu'ils doivent toujours avoir soin que ces substances soient prêtes et veiller à ce qu’elles soient restituées au sol, qu'avec cela leurs terres stériles deviennent fertiles, que celles qui étaient fertiles auparavant le deviennent encore davantage etque la fertilité se conserve à celles qui la possédent; elle leur dit que l’art agricole ne peut avoir pour but derendre moins fertileunchamp qui l'était beaucoup, et stérile un champ qui était productif.

La science admet comme principe que chaque opinion, pour être considérée comme vraie dans l’enseignement, a besoin d’être prouvée et que ces preuves ne doivent pas être contraires aux vérités incontestables, par exemple, que deux fois deux font quatre et non pas cinq.—Elle ne reconnait pas comme exactes les conclusions qui sont contraires à cette vérité, et il est évident que ce n’est pas exiger des cultivateurs quelque chose d'absurde, que de les engager à adopter le même principe comme guide dans leurs conclusions et leurs conséquences. Le conflit alors se borne à cela; il s’agit, en somme, beaucoup moins des préceptes et des faits chimiques que des conclusions et des conséquences qu’en déduit le simple bon sens.

Le débrouillement de tous les principes scientifiques ne date pas d'hier; il y a environ dix-sept ans qu'il a commencé, el l’enseignement agricole (voyez la première lettre) n'aurait pas résisté aussi longtemps à la force de la vérité et du bon sens naturel, s’il n’avait pas été renfermé comme dans un mur et protégé contre leur atteinte.

Les vérités chimiques contenues dans ces lettres peuvent être réunies en une seule formule qui, bien qu'elle

paraisse avoir une forme mathématique, peut être comprise de chacun :

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