PRÉCIPITATION AMÉRICAINE
Dans les hôtels et sur les bateaux à vapeur, lorsque l'heure des repas approche, la porte de la salle à manger est assiégée. Dès que la cloche sonne, on se rue, et en moins de dix minutes toutes les places sont envahies. Au bout d'un quart;d'heure, sur trois cents personnes , deux cents sont sorties de table; dix minutes après, tout a disparu. Pendant l'hiver de i854, je me rendis de Balti^
more à Norfolk, par la Chépapeake, sur le bateau à vapeur la Pocafiontns. Le second jour, dès quatre heures du malin , malgré le froid, les trois quarts des passagers étaient debout. Voyant, vers six heures , que j'étais presque seul au lit , je m'imaginai que nous approchions du terme du voyage. Je montai sur le pont, et y restai à me morfondre au milieu du brouillard, persuadé à chaque instant que Norfolk allait paraître. Ce fut à huit heures seulement que Norfolk se montra dans le lointain. Je contai ma mésaventure à un Américain, homme d'esprit, qui faisait aussi la traversée, et qui, mieux avisé, s'était reposé jusqu'au grand jour. «Eh! Monsieur, me dit-il, si vous connaissiez » mieux mes compatriotes , vous trouveriez tout naturel que , » pour arriver à neuf heures , ils se soient levés à'quatre. Le métier »d'un Américain est d'être toujours à craindre que son voisin » n'arrive avant lui. Si cent Américains étaient aumoment d'être » fusillés , ils se battraient à qui passerait le premier, tant ils ont » l'habitude de la concurrence ! »
Note 20. (Page i48.)