SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE DE NANTES
A Nantes , une société , comme toutes les grandes villes devraient en avoir une, a entrepris la tâche difficile de créer une population ouvrière à h fois intelligente et honnête : c'est la Scciéié Industrielle. Fondée, il y a six ans, sans autres ressources que les dons de ses membres et de modiques allocations du gouvernement, du conseil-général du déparlement, et du conseil municipal de Nantes , à quoi iM. le duc d'Orléans, en sa qualité de président honoraire, a bien voulu ajouter une souscription annuelle, cette société a ouvert, à l'usage de la classe ouvrière, des cours d'écriture, de dessin, de géométrie, de langue française, de calcul, de dessin linéaire. Elle tient en apprentissage, sous sa surveillance paternelle , une centaine d'enfants , stipulant avec leurs maîtres qu'ils devront suivre ses cours ; elle donne à ces enfants une gratification mensuelle. Elle a institué une caisse de secours mutuels qui , moyennant un versement de cinq sous par semaine, assure dè\k à huit cents ouvriers, en cas de maladie, l'assistance (f,u médecin, et la subsistance de lenr famille. Elle distribue des prix aux apprentis qui se disUnguQut
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par leur bonne conduite el leur habileté. Elle a commencé une bibliothèque dont les livres sont gratuitement prêtés aux apprentis. Ses bienfaits envers la classe ouvrière ne sont pas de cette charité auniônière qui humilie; c'est de la haute philanthropie qui élève et honore. Les ouvriers coopèrent à l'administration de la caisse de secours mutuels. Tout cela s'opère avec quelques milliers de francs; tant il est vrai que le patriotisme peut, comme la foi, réaliser des miracles , et que lui aui^si sait faire la multiplication des [)ains.
il est difûcile de s'expliquer pourquoi une société si utile, si sage , si honorable, est encore à attendre du Conseil d'État l'ordonnance royale d'autoiisalion qu'elle réclame , quoiqu'elle ait déclaré accéder à toutes les modifications à ses statuts qui lui ot)t été proposées.
Mulhouse possède depuis long-temps une Société Industrielle.
Angers vient d'en créer une à l'instar de celle de Nantes.
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DE l'association.
Nous disons souvent en France que l'esprit d'association nous manque , c't.'st une erreur ; nous manquons seulement de l'esprit d'a«8oriaiion à l'anglaise. Notre génie nntioiial étant différent de celui des Anglais , le système d'association qui leur convient peut très bien ne pas nous être applicable, sans que l'on soit en droit d'en conclure que nous ne sommes pas propres à l'association. On peut remarque'' d'abord qu^ le Français s'entend beaucoup mieux à consommer qu'à produire : c'est l'inverse pour l'Anglais. Nous nous associons beaucoup plus nîsément qu'eux pour le plaisir; ils s'associent plus facilement que nous pour le travail et les affaires. ]\l6me en matière d'industrie, d'administration etd'affaires, nous sommes très susceptibles d'être associés ; mais le caractère républicain qui distingue les associations anglaises, fait et doit faire place chez nous au caractère hiérarchicjue. La forme régimentaire tempérée nous convient mieux que la forme parlementaire , pour tout ce qui est, je le répète, da
domaine des afCaues el du i'iudustrie. ^ous devons réserver l'égalité pour les salons, les lèles et les plaisirs, et nous borner , en f.nt de république, à celle des lellres.
Le procédé de l'associalion hiérarchique est employé cheï nous avec ie plus grand succès^ et doit recevoir de nouvelles et nombreuses applications. Notre centralisation administrative en fournira le moyen. Notre armée est une grande association hiérarchique et démocratique en même temps, car tout soldat y a son bâton de maréchal dans sa giberne. Les ouvriers de nos ports sont organisés d'après le principe de l'association hiérarchique. Il est pourvu à leur éducation dans leur jeunesse, à leur avancement pendant leur vie active, et à leur retraite dans leurs vieux jours- C'est une justice à rendre au gouvernement français que la plupart des établissements qui dépendent de lui sont constitués sur ce principe de prévoyance et de justice paternelle.
La Caisse des Invalides de la Marine, institution admirable créée par Louis XIV, et successivement améliorée depuis lui (*), est organisée dans une pensée d'association par voie de centralisation. C'est une association toute à l'avantage du faible et partant très populaire. Les officiers, administrateurs et maîtres, et environ 90,000 matelots et ouvriers des arsenaux, composant erisemble le corps de la marine, ont un intérêt commun dans cette caisse, contribuent à ses ressources, et sont associés par elle. C'est à la fois une caisse d épargne et de retraite; c'est aussi «ne caisse de famille, une caisse de secours, une tutrice légale, et inême , jusqu'à un certain point, une banque (**).
L'association hiérarchique se présente comme devant offrir l'un des moyens les plus sûrs d'améliorer le sort des classes ouvrières, sans relâcher les liens sociaux. Il est possible de concevoir un grand nombre d'institutions et de pratiques par lesquel-
(*) Le décret f^i i5 août 1810 avait réuni cette Caisse au Trésor. Les ordonnanc es des 22 et 29 n»ai 1816 rétablirent l'ancien état de choses.
(**) \oir la Revue Encyclopédiquù, nuoiéro de janvier i833 , article de M. P. Cazeaux.
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les cette idée prendrait corps. Mais un grand changement préalable à tous les autres, doit avoir lieu dans les sentiments. Le sentiment d'association doit exister au fond des cœurs avant que le principe d'association soit consacré par des institutions positives ; et à cet égard il y a beaucoup à faire, car, dans nos sociétés irréligieuses . la solidarité des diverses classes est bien faiblement sentie. 11 y a un abime entre le bourgeois dune part, le paysan et l'ouvrier de l'autre. Le bourgeois ne sent rien de commun entre lui et le prolétaire. Il est convenu de regarder ce dernier comme u;ie machine (*) qu'on loue, dont on se sert et que Von paie tout juste pendant le temps que l'on en a besoin; de même, aux yeux dun grand nombre de prolétaires, le bourgeois est un eniioaii dont on n'accepte la supériorité que parce qu'il est le plus fort.
Cependant le sentiment d'association et de solidarité entre les diverses classes de la société, a, dans ces derniers temps, effectué quelques conquêtes. Il révèle son existence en France par des institutions de philanthropie et de prévoyance en faveur des ouvriers. Dans quelques établissements industriels, il y a des médecins, des hôpitaux pour les malades, des écoles pour les eulants, et quelquefois même des retraites pour les vieillards ; on y veille à la moralité des ouvriers , on la maintient au moyen d'une justice distributive qui punit et qui récompense. Il serait à désirer que ces dispositions fussent, au moins en partie, prescrites aux compagnies anonymes qui se forment pour l'exploitation d'industries manufacturières.
Dans quelques établissements, les ouvriers forment corps, hiérarchie; les places d'administration sont réservées, au moyen d'un avancement graduel , à ceux qui se signalent par leur zèle
(*) M. de Sismondi , dans un ouvrage récent (Essai sur les ConslUutionsdes peuples libres, tome i, >)age 293), a décrit avec éloquence la tyrannie nouvelle qui tend à s'établir dans le monde [>ar suite de l'alfaiblissemenl du iieii moral, d'où il est résulté que de fort honnêtes gens se conaiJèient, dans la plupart des actes de la vie , et smtout dans l'industrie, non comme associés à des hommes , mais comme juxla-posés à desmachiaes.
et leur aptitude. Je pourrais cilcr, à ce sujet, les mines de Litry (Calvados) , la filature de Gisors et plusieurs autres fabriques et usines.
L'assoeialion peut aussi être substituée, avec avantage pour tout le monde , à la concurrence entre les enlreprenours dinduslrie. Ils peuvent s'entendre avec profit pour eux , faire en commun diverses dépenses, coordonner leurs travaux, et modérer leur production , sans pour cela s'organiser en coalition de monopolistes. C'est ce qui vient d'avoir lieu aux ardoisières d'Angers •, en même temps qu'ils garantissaient leurs intérêts menacés par une concurrence effrénée , les propriétaires de ces carrières ont pensé à leurs 2000 ouvriers , et il a été convenu :
1° Que l'on ferait cesser, autant que possible, les ventes usuraires de pain et de viande pratiquées par des employés subalternes qui rançonnaient ainsi les ouvriers.
2° Qu'il serait établi une salle d'asile pour les enfants , ainsi qu'une école primaire gratuite; il a même été proposé de prendre des mesures pour subvenir aux frais de l'apprentissage des fils des ouvriers.
5° Qu'il serait opéré une retenue sur les salaires, de manière à former une caisse de secours et de retraite.
4° Qu'une ambulance serait établie sur les carrières pour recevoir sans délai les ouvriers blessés par accident.
Ce sont là des germes d'association qui doivent se développer. L'association serait complète rt parfaite, si l'industrie était organisée à l'instar de l'armée ; n dans les fabriques, comme sous les drapeaux, les chefs avaie /ilpassé par tous les grades. Il est clair que l'hygiène et la moralité des ateliers y gagneraient infiniment, que par là le point d'honneur industriel serait créé, et que les chefs désormais seraient bien plus sûrs d'être obéis. Je ne crois pas cependant <\ue de long-temps encore celte pensée , qui préoccupe deshommt. ^généreux , puisse être appliqué*; avec quelque généralité. Mais , pour quelques industries spéciales, l'organisation hiérarchique est très réalisable dès à présent. Elle existe, par exemple, dans le corps nombreux des mineurs du Harti,^Lej chefs de cette famille de travailleurs Qut récemoieu^
doiiué au bel exemple : le prix du plomb, et par conséquent les profits ayant beaucoup baissé^ ils ont voulu que la réduction portât d'abord sur leurs traitements et non sur les salaires des ouvriers.
Beaucoup de personnes éclairées pensent que, dans nos pays d'Europe, la lutte entre les bourgeois et les ouvriers ne peut se terminer que par la mise en pratique du principe d'association, et que les ouvriers doivent, en un mot, participer aux bénéfices des maîtres. L'exécution de ce système semble difficile, à cause des moaienls de crise où les fabriques sont en perte. Cependant on peut observer d'abord qu'à mesure que linduslrie se consolide, les crises industrielles , qui amènent les pertes, deviennent plus rares et s'amoindrissent. Ensuite il est possible d'imaginer des combinaisons qui permettraient de régulariser la participation des ouvriers atlx bénéfices, de manière à leur assurer, en tout temps, leur subsistance. A cet effet, il suffirait de créer une réserve. L'on pourrait alors décomposer le salaire en trois parties :
i" Un minimum fixe ;
2° Une part proportionnelle à l'abaissemeht du prix de revient an-dessous d'un chiffre déterminé:
5° Une part dans les béne'fîces nets de l'établissement. Cette troisième part serait , aux époques de prospérité , versée par moitié entre les mains des ouvriers et dans une caisse spéciale, où elle serait capitalisée de manière à fournir Ub supplément de salaire dans les temps de crise , et à former un fonds de retraites.
L'association remédierait aussi aux inconvénients glaves qui résultent , pour l'agriculture, de l'extrême division dti sol.
Il pourrait arriver qu'un jour, à l'aide de l'association hiérarchique, nous eussions une organisation industrielle supérieure à celle des Anglais et des Américains. Comme l'individualité est le grand ressort de leur système , il leur sera difficile de s'affranchir des inconvénients et du désordre inhérent au système de concurrence de maître à maître, d'ouvrier à maître, d'ouvrier à ouvrier. Leur loi est : chacun pour soi. Ils laissent à chacun ,
par exemple , le soin de se pi«''parer une existence pour ses vieux jours. L'organisation des fabriques , j'allais dire des couvents de Lovv^ell , semble et est en réalité un pas fait vers l'asiociation hiérarchique ; mais Lowell est une particularité de la Nouvelle- Angleterre ; ce n'est, point un fait général à l'Union. A Lowell même , les règlements des manufactures ne s'étendent pas audelà de certains objets qu'on est habitué à considérer aux ÉtatstJnîs comme essentiels à l'ordre public , à la morale publique. Les jeunes filles de Lowell trouvent tout simple qu'on leur ordonne de suivre les exercices du culte , d'être chastes et isobres. Elles se révolteraient si on voulait leur imposer d'office une retenue surleur salaire. Elles mettent beaucoup à la caisse d'épargne ; mais elles y mettent ce qui leur plait et quand il leur plaît, et n'entendent pas qu'on y mette pour elles.
Note 55. (Page 3 12.)
SALAIRE DES MAÎTRES d'ÉCOLE.
En France, la loi du 28 juin i8û3 garantit à chaque maître d'école un minimum de 200 fr. par an , soit 16 fr. 66 c. par mois. Je suppose cependant qu'il y a peu de cas où un maître d'école reçoive moins de 5oo fr. C'est le salaire d'un cantonier des ponts-et-chaussées.
Dans l'État de New-York en i833 , le salaire d'un instituteur mâle était par mois de 12 d. 22 c. (65 f. 08 c.), 'Le salaire d'un terrassier dans cet État était à la même époque de 3 fr. 76 c. par jour, ou de 93 fr. 74 c. par mois de 2 5 jours de travail. Les institutrices recevaient environ la moitié du salaire des instituteurs.
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Note 56. (Page 3i4.)
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