‹ Lettres sur l'Amérique du Nord (volume 3)Chapitre 7 sur 55 · DEUXIÈME LIG^E · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LIG^E

Canal de Pensyltanie.

Ce que l'on appelle canal de Pensylvanie est une ligue longue de cent cinquante-huit lieues et un quart, partaut de Philadelphie et se terminant à Pittsburg sur l'Ohio. 11 fut commencé , concurremment avec d'autres ouvrages , aux frais de l'Etat de Pensylvanie , en 1826. Ce n'est pas absolument un canal. De Philadelphie, un chemin de fer de trente-trois lieues ( Columhia Railroad ) va rejoindre la Susquéhannah. Au chemin de fer succède un canal de soixante-huit lieues et demie qui remonte , en longeant la Susquéhannah d'abord, et la Juniata ensuite, jusqu'au pied des montagnes à Hollidaysburg. Pour passer d'Hollidaysburg à l'autre revers des montagnes ,

on a établi un chemin de fer de quatorze lieues et un quart (Portage Railroad) , avec de grands plans inclinés , dont la pente dépasse quelquefois un dixième (I) , ce qui n'empêche point les voyageurs d'y circuler. De Johnstown, extrémité occidentale de ce chemin de fer , un second canal de quarante-deux lieues s'étend jusqu'à Pittsburg. Cette ligne a l'inconvénient d'exiger trois transbordements , l'un à Columbia , à l'extrémité du chemin de fer qui part de Philadelphie; le deuxième et le troisième aux deux extrémités du chemin de fer du Porlage. On peut en éviter un, au moyen de deux canaux établis par des compagnies, dont le premier , canal du Schuylkill, est latéral à la rivière du même nom (2); et dont l'autre, canal de l'Union , opère la jonction entre le haut Schuylkill et la Susquéhannah. Par cette ligne , la distance de Philadelphie à Pittsburg est

(1) Le maximum des pentes que l'administration des Ponts-et-Chaussées autorise aujourd'hui est de ~. Dans les études des grandes lignes , exécutées en France aux frais de l'État, on s'est généralement tenu au-dessous de 3I3 ; c'est aussi le maximum adopté sur le beau chemin de fer de Londres à Birmingham. Les pentes du chemin de fer de Paris à Saint-Germain ne dépassent pas ^^—.

(2) C'est plutôt une canalisation de la rivière. On navigue tantôt dans, le lit du fleuve , tantôt dans un canal proprement dit, creusé sur les bords. Ce système est très fréquemment pratiqué aux États-Unis.

de cent soixante-douze lieues et un quart , e'est-àdire de quatorze lieues plus longue que par le chemin de fer de Columbia.

Le canal de Pensylvanie , commencé en 1826, a été terminé en 1834. L'État de Pensylvanie y a joint un système de canalisation qui embrasse toutes les rivières importantes de l'État, et par ticulièrement la Susquéhannah , avec ses deux grandes branches du nord et de l'ouest ( Ntrth- Branch ei Wesl-Branch) , ainsi que des travaux préparatoires à un canal qui doit relier Pittsburg à Érié, sur le lac du même nom, ville fondée jadis par nos Français du Canada, et appelée par eux Presqu'île. En résumé, la Pensylvanie a exécuté deux cent quatre-vingt-neuf lieues et demie de chemins de fer et de canaux , dont quarantesept lieues et un quart de chemins de fer , et deux cent quarante-deux lieues et un quart de canaux, moyennent une dépense de \1% millions (1) , qui se répartit ainsi :

Moyenne générale par lieue 424,000 fr.

Coût d'une lieue de chemin de fer. 587,000 Coût d'une lieue de canal 392.000

C'est beaucoup plus cher que les travaux de l'Etat de ÎVew-York , quoique les dimensions des

(1) îVon compris le service des intérêts des emprunts contractés pour les travaux publics.

LETTRE XXir. 49

ouvrages soient les mêmes , et que les difiicultés naturelles ne fussent pas beaucoup plus grandes d'un coté que de l'autre. Ce résultat vient de ce que les travaux ont été mal conduits en Pensylvanie. Les Pensylvaniens ont manqué d'un Clinton pour les diriger. Les maximes d'une économie mal entendue , imposées aux Commissaires des canaux par la législature, ne leur permirent pas de s'assurer les services d'ingénieurs capables. En résumé, pour avoir voulu épargner, tous les ans, quelques milliers de dollars en honoraires , on a dépensé des millions à refaire ce qui avait été mal fait, ou à mal faire ce que des gens plus habiles eussent bien confectionné à plus bas prix.

TROISIÈME LIGAE.

Chemin de fer de Baltimore à VOhio.

Baltimore pouvait, encore moins que Philadelphie, pensera un canal continu jusqu'à l'Ohio. Voulant, dans l'origine, éviter les transbordements qui s'opèrent sur le canal de Pensylvanie, les Baltimoriens se décidèrent à un chemin de fer qui devait s'étendre de leur ville à Pittsburg ou à Wheeling, et dont la longueur devait être de cent lieues. Il est maintenant achevé sur un développement de trente-quatre lieues, et aboutit à Harper's Ferry sur le Potomac. Il a été entrepris

50 LES VOIES DE COMMUÎdCATlOX.

par une compagnie qui paraît avoir renoncé à le pousser plus avant. Il doit se lier désormais au canal de la Chésapeake à l'Ohio , dont je dirai un mot tout à l'heure, comme le chemin de fer de Columbia, en Pensylvanie, se lie au canal latéral à la Susquéhannah qui le continue de Columbia à Hollidaysburg. Il est probable qu'à l'approche de la crête des Alléghanys , le canal qui , lui aussi, devait être poursuivi à tout prix, cédera à son tour la place au chemin de fer, malgré les plans primitifs, jusqu'en bas du versant occidental des montagnes , et qu'ainsi les choses auront lieu , dans le Maryland , à peu près comme en Pensylvanie (1).

QCATRIÈSE LIGSE.

Canal de la Chésapeake à l'Ohio.

La pensée qu'avait nourrie Washington d'établir un canal latéral au Potomac, que l'on prolongerait un jourà travers les montagnes jusqu'à l'Ohio , fut reprise aussi quand l'Etat de New- York- eut appris à l'Amérique qu'elle était mûre pour les plus gigantesques entreprises de travaux publics. M. John Quincy Adams , alors Président des États-Unis, favorisa ce projet de toutes ses forces. A cette époque, il n'était pas encore admis

(1) Voir k note 8 à la un du volume.

en princi[»e que le Gouvernement fédéral n'a pas le droit de s'immiscer dans les travaux publics. La vieille idée que caressait Washington , de faire de la capitale politique de l'IJuion une grande cité , souriait aussi à M. Adams et à ses amis. Le canal de la Chésapeake à l'Ohio fut donc résolu , et une compagnie fut autorisée à cet effet. Le Congrès vota une souscription d'un million de dollars (5,g3S,000 fr.). La ville de Washington, sans commerce, sans industrie , avec sa population de 16,000 habitants, souscrivit pour la même somme. Lespetites villes du district fédéral, Alexandrie et Georgetown, qui, à elles deux, avaient aussi 16,000 habitants, fournirent ensemble un demi-million de doll. Les Etats de Virginie et de Maryland, versèrent, l'un 230,000 dollars, l'autre 500,000. Il y eut pour 600,000 doll. de souscriptions particulières. Les travaux commencèrent le 4 juillet 1828. L'année prochaine, au moyen d'une somme d'environ douze millions de francs , que l'État du Maryland vient de prêter à la compagnie, ce bel ouvrage sera poussé jusqu'au pied des montagnes , au sein des gîtes charbonniers de Cumberland. 11 aura alors une longueur de soixante-quatorze lieues trois quarts, et aura coûté 83,000,000 fr. , soit par lieue 442,000 fr. L'exécution en est hardie , et supérieure à celle des canaux précédents. Ses dimensions sont plus considérables que celles habituellement usi-

i)2 LES VOIES DE G0MMUMGAT105.

tées , dans le rapport de 150 à 100 ; ce qui donne une section plus grande dans le rapport de 22o à 100.

CINQUIÈME LIGISE.

Canal du James-Rîver au Kanaivha.

Enfin , FKtat de Virginie, jadis le premier de la confédération , aujourd'hui tombé au quatrième rang et dépassé par l'Ohio , qui n'existait pas lors de la guerre de l'Indépendance, s'est piqué d'honneur et a résolu de profiter des enseignements qui lui étaient descendus par degrés des États du Nord. Une compagnie, dont les ressources se réduisent à peu près aux souscriptions de l'État et de Richraond , sa capitale , va y ouvrir un canal de l'Est à l'Ouest. Le James-River , l'un des affluents de la haie de Chésapeake , est praticable pour des bâtiments de 200 tonneaux jusqu'au pied du plateau sur lequel Richmond est délicieusement situé. A l'est des montagnes , le canal , parti de Richmond, longera le cours du James- River. Il descendra , à l'ouest , le long du Kanawha, l'un des affluents de l'Ohio , et y débouchera, à Charlestown, où commence la navigation à vapeur. On traversera la crête des Alléghanys au moyen d'un chemin de fer d'une soixantaine de lieues. Il y en aura environ cent de canal proprement dit.

L'État delà Caroline du Sud , ému par l'exemple des Yirginiens , s'occupe d'un immense chemin de fer qui irait de Charlestown à Cincinnati sur rOhio ; mais l'on n'en est encore qu'aux études. Les habitants de Cincinnati sont enthousiastes de cette idée (1).

La Géorgie rêve aussi un grand chemin de fer qui rattacherait la rivière Savannah au Mississipi, à Memphis (Tennessee); mais ce n'est encore qu'un projet très vaporeux (â).

La Caroline du Nord ne fait rien et ne projette rien.Sijamaiselles'enrichit, ce ne sera pas qu'elle aura saisi la fortune à la course, ce sera que la fortune sera venue la chercher dans son lit.

Sixième ligt^e.

Canal Richelieu.

Les Canadiens établissent, sur leur territoire, un canal qui complétera une autre communication entre l'Est et l'Ouest , c'est-à-dire entre l'Hudson et le Saint-Laurent, entre New-York et Québec. La grande fissure en ligne droite , qui forme à l'Hudson un si beau lit , entre New-York et Troy, s'est prolongéebeaucoup au-delà. Elle se continue,

(1) Voir la note 9 à la fin du Tolume.

(2) Voir la note 10 à la fin du volume.

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