‹ Lettres sur l'Amerique du Nord (volume 4)Chapitre 4 sur 80 · CINQUIÈME LIGNE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME LIGNE

Canal du James-River au Kanawha.

Enfin, l'État de Virginie , jadis le premier de la confédération , aujourd'hui tombé au quatrième rang et dépassé par l'Ohio, qui n'existait pas lors delà guerre de l'Indépendance, s'est piqué d'honneur et a résolu de profiter des enseignements qui lui étaient descendus par degrés des États du Nord. Une compagnie , dont les ressources se réduisent à peu près aux souscriptions de l'État et de Richmond , sa capitale , va y ouvrir un canal de l'Est à l'Ouest. Le James-River, l'un des affluents de la baie de Chésapeake, est praticable pour des bâtiments de 200 tonneaux jusqu'au pied du plateau sur lequel Richmond est délicieusement situé. A l'est des montagnes, le canal, parti de Richmond , longera le cours du James- River. Il descendra, à l'ouest, le long du Kanawha, l'un des affluents de l'Ohio, et y débouchera, à Charlestown, où commence la navigation à vapeur. On traversera la crête des Alléghanys au moyen d'un chemin de fer d'une soixantaine de lieues. Il y en aura environ cent de canal proprement dit.

L'État de la Caroline du Sud, ému par l'exemple des Virginiens, s'occupe d'un immense che-

min de fer qui irait de Charlestown à Cincinnati sur l'Ohio ; mais l'on n'en est encore qu'aux études. Les habitants de Cincinnati sont enthousiastes de cette idée (1).

La Géorgie rêve aussi un grand chemin de fer qui rattacherait la rivière Savannah au Mississipi , àMemphis(Tennessée);mais ce n'est encore qu'un projet très vaporeux (2).

La Caroline du Nord ne fait rien et ne projette rien. Si jamais elle s'enrichit, ce ne sera pas qu'elle aura saisi la fortune à la course, ce sera que la fortune sera venue la chercher dans son lit.

SIXIÈME LIGNE

Canal Richelieu.

Les Canadiens établissent, sur leur territoire, un canal qui complétera une autre communication entre l'Est et l'Ouest , c'est-à-dire entre l'Hudson et le Saint-Laurent, entre New -York ec Québec. La grande fissure en ligne droite, qui forme à l'Hudson un si beau lit , entre New- York et Troy, s'est prolongée beaucoup au-delà. Elle se continue, toujours dirigée au nord, jusqu'au Saint-Laurent, par le lac Champlain, qui occupe une longue et étroite dépression au,

(0 Voir la Note g à la fin du Volume, (a) Voir la Note \o à la fin du Volume,

milieu des montagnes , et par la rivière Richelieu. Entre le lac Champlain et l'Hudson,Von n'a à traverser qu'une crête élevée de 39m,75 audessus de l'Hudson , et de 16m,45 au-dessus du .lac. La rivière Richelieu, qui sort de l'extrémité opposée du lac, et qui se décharge dans le Saint-Laurent , est interrompue par des rapides. On y achève, sur une longueur de quatre lieues trois quarts, un canal latéral établi sur de belles dimensions (1), qui sera livré au commerce avant un an; il aura coûté 1,870,000 fr., ou 394,000 fr. par lieue. La distance de New- York à Québec, par les canaux et les fleuves, sera de cent quatre-vingt-dix lieues.

Un chemin de fer, actuellement en construction , qui part de Saint-Jean, où commencent, du côté du lac, les rapides de la rivière Richelieu, et qui doit se terminer au village de la Prairie, sur le Saint-Laurent , vis-à-vis de Montréal, après un parcours de six lieues et demie, fera, pour cette dernière ville, ce que le canal précédent doit faire pour Québec. Il coûtera très peu, environ 123,000 fr. par lieue, ou en tout 800,000 fr. L,a distance de New- York à Montréal sera ainsi ae cent quarante-cinq lieues.

(.) lia iQ,m,5o de large à la ligne d'eau , im,8o de profondeur. Les écluse» ont 36m,5o de long sur 7m,ao de large. Il doit être praticable pour les goélettes du lae.

Communications entre la vallée du Mississipi et celle du Saint-Laurent.

Il n'existe entre ces deux vallées aucune chaîne de montagnes. Le bassin des grands lacs , dont les eaux réunies forment le Saint-Laurent , n'est séparé du bassin du Mississipi que par un contrefort des Alléghanys, descendant de l'est à l'ouest, dont la plus grande hauteur au-dessus des lacs est à peine de 1 50 mètres, et qui s'abaisse rapidement vers l'ouest, au point de ne plus être élevé , sur les bords du lac Michigan , que d'un petit nombre de mètres. Durant la saison des pluies qui gonflent les ruisseaux et emplissent les marais du point de partage , nos Français du Canada passaient en pirogue du lac Michigan dans la rivière des Illinois (1). Ce contre-fort occupe en largeur ce qui lui manque en hauteur. Ce n'est point une crête, c'est un plateau qui se confond graduellement par des pentes douces avec les plaines qui l'entourent. Son faîte aplati est rempli de marécages, et offre ainsi de grandes

(l) II» suivaient la rivière des Plaines.

facilités d'alimentation pour les canaux qui auraient à le traverser. Vers l'ouest , là où il est à peu près au niveau du sol , il offre souvent le caractère général d'aridité qui appartient aux Prairies avec lesquelles il se confond.

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