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Lettres sur l'Amérique du Nord

Cet ouvrage a été sinon achevé ^ du moins tracé pendant un voyage en Amérique ^ de la fm de i833 à celle de 1 835, Plusieurs des lettres qui le composent ^ formant environ un tiers de cette publication y ont paru dans le Journal des Débats y auquel elles furent successivement adressées. L’auteur ne s’est pas borné à visiter les États-Unis; il a aussi séjourné pendant plusieurs mois dans la partie espagnole du Nouveau-Monde J au Mexique et à Pile de Cuba. Son intention avait été d’abord de réunir à ses observations sur les États*Unis celles qu’il avait recueillies

A.VJS DE l’ÉDITEDR.

sur les Hispano-Américains, ainsi que sur les Noirs et les Peaux-Rouges auxquels ils sont mêlés. Après réflexion , il a cru qu’il était plus convenable de séparer ce qu’il croyait avoir à dire sur deux sujets aussi différents que le sont les deux Amériques, espagnole et anglaise. Ainsi , ces deux volumes roulent exclusivement sur les États-Unis, ou du moins ont été faits entièrement à leur occasion. La même pensée qui a déterminé l’auteur à réserver ses notes sur le Mexique et l’ile de Cuba, l’a décidé à faire précéder les Lettres sur l’Union américaine de deux Lettres écrites d’Angleterre lorsqu’il allait s embarquer à Liverpool pour New-York.

INTRODUCTION

La cWîlisation à laquelle appartiennent les peuples de LEarope marche sur le globe terrestre d'^Orient en Occident, Du fond de la TÎeille iisie et de la Haute-Egypte^ qui furent son double berceau, elle s^est avaiicf^e par une série de stations jusque sur le littoral de rAilanlique ^ le long duquel elle s'est rangée j depuis rexlrén>ité méridionale delà péninsule espaguole jusqu'à la pointe septentrionale des îles britanniques et de la presqu'île Scandinave, Elle semblait au terme de son voyage, lorsque Christophe Colomb lui apprit le chemin d'un nouveau monde.

A chaque station, elle a adopté d'autres croyances et d'autres mœurs, d'autres lois et d'autres usages, une

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antre langue, un autre costume, un au lie régime hygîénique et aliuientaire, une aurre vie publique et privée. A chaque fois, la grande question des rapports de Tliomme avec Dieu, avec l^liomme et avec l\iuivers, celle de la hiérarchie politique et sociale, celle de la famille, qui toutes avaient reçu une solution au commencement de la halte, ont toutes été remises en discussion après un certain temps, et alors la civilisation , rentrant en marclie, est allée leur donner une solution nouvelle, un peu plus loin, vers rOccident^

Ce courant, qui s'avance ainsi de l'Est à TOuest, résulte de la réunion de deux autres qui dérivent des deux grandes races de la Bible, celle de Sem et celle de JapheL, et qui, venus pour se confondre, Tun du Midi, Tautre du Nord, se renouvellent de leurs sources respectives à chaque période de notre civilisatjon , pendant les épisodes qui coupent et varient ce majestueux pèlerinage»

Tour à tour chacune des impulsions du Nord et du Midi, dont la résultante constitue la force motrice qui pousse rhumanité en avant, Ta emporté sur l'autre. De là vient que notre civilisation, au lieu de s'avancer en ligue droite d'Orient en Occident^ s'est balancée du Nord au Sud, et du Sud au Nord, décrivant ainsi une ligne sinueuse, et ramassant alternativement des gouttes plus pures du. sang de Sem et de celui de Japliet. Il y a pourtant cette différence entre le Nord et le Midi, que le Midi a le plus souvent agi sur le Nord en lui envoyant les germes de la civilisation , sans lui imposer sa race, et que le Nord, ptmr réveiller la civilisation endormie dans le Midi, lorsque les populations s'y étaient én ervées, y a vomi des essaims d'énergiques barbares, « au,dû^ Japett £e7ius* p C'est ainsi

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que s^aceomplit sans cesse la grande prophétie sur Japhet, rt £t inhabiut in tahernamlis Sûm* »

ïndépendamment de notre civilisation, il en existe sur la terre une autre qui embrasse des populations non moiijs nombreuses, car elle compte par centaines de millions. C'est celle de l'Orient le plus reculé, celle dont les avant-postes sont au Japon, et le corps d'armée en Chine*

Au rebours de la nôtre, celle-ci a marché d^Occident en Orient* Sa faculté de locomotion sur le globe est très limitée* On pourrait presque comparer les vitesses respectives des deux civilisalions à celles des deux grandes révolutions du globe : la révolution annuelle, et celle qui produit la précession des équinoxes.

La civilisation orientale s'est régénérée à diverses époques, tout comme celle de l'Occident, par un nouveau mélange des hommes du INord avec ceux du Midi* La race de Japlict, qui nous a donné Eios Barbares, avant les Barbares, les Pélasges, les Scythes, les Celtes et les Thraces, après eux, les Turcs et les Slaves, lui a fourni à elle ses Mongols et ses MatUchcoux* Il est même arrivé une fois que la famille de Gengis-Kan , qui Tavait conquise, ait fait en même temps apparaître ses hordes jusque dans le voisinage du Rhin*

La civilisation d'Orient, moins mobile et moins active que celle d*Occident, probablement parce qu'elle n'a pas assez de sang de Sem, et qu'elle en a trop de celui des races inférieures , ne s'est pas élevée au même degré de perfection que sa sœur. Il faut cependant lui rendre

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celte jüslice d^avouer qu'à elle appartient la gloire de beaucoup d^'inveniions capitales j telles que la boussole j Vimprimerie > la poudre à caiioii, dont nous nous faisons honneur* U faut surtout reconnaître qu'elle a résolu le problème de maintenir sous une seule loi, pendanl une suite indéfinie de siècles , une population plus considérable que celle de TEurope* L'empire romain ^ qui était moins peuplé que la Ciiioe, n'a subsisté dans son inrégrité que trois cents ans* L'autorité purement spirituelle des papes s est étendue sur un moindre espace que celui de l'empire romain > et elle n'a positivement été reconnue que depuis Charlemagne jusqu'à Luther.

Les deux civilisations occidentale et orientale j ramassées en faisceaux serrés aux deux extrémités de rancicn continent et se tournant le dos ^ étaient séparées par un espace immense, avant que la première ne fut allée s'établir en Amérique* Aujourd'hui plus de. la moitié de la distance est fi anchie ? le Mexique et l'Ainetique du Sud sont couverts de rejetons de la civilisation occidentale, aussi bien sur le versant qui regarde l'Asie, que sur celui qui est en face de nous j les Etats-Unis ne peuvent larder long-temps à s'étendre, eux aussi, d'une mer à l'autre; les îles de la mer du Sud commencent à se peupler d'Européens*

De ce point de vue , il est clair que l'Amérique , posée entre les deux civilisations, est réservée à de hautes destinées y et que les progrès réalisés par les populations du Nouveau-Monde importent au plus haut degré au progrès général de Tespèce,

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