‹ Lettres sur l'Amérique du Nord (volume 5)Chapitre 2 sur 65 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

La mise en rapport des deux civilisations j occidentale et orientale^ est sans contredit le plus large sujet dont Tesprit humain puisse s'occuper ; c^est révènement qui ^ aux yeux d’un ami de rhumanité^ est le plus gros d’espérances ; elle embrasse :

Politiquement ^ Fassociation de tous les peuples, Féqub libre du monde, dont Féquilibre européen n'est qu’un détail ;

Religieusement, la loi de la familfe humaine tout entière, le véritable catkolkîsîne ;

Moralement, le balancement le plus harmonique des deux natures opposées qui partagent chaque race, chaque sexe J chaque peuple, chaque familie , et que la Bible a représentées par les deux figures de Caïn et d%Vhel ;

ïiilelleeiuellement, T encyclopédie complété et k langue universelle ;

Industriellement, un plan définitif de l'exploitation du globe*

De nos jours, cette question cesse d’être purement spé-^ culative. Désormais, c'est plus qu'une pâture pour les rêves des philosoplies ; ce doit être un sujet de méditation pour les hommes d'Etat-

Depuis Louis XïV, les commerçants, qui sont les pionniers de la politique, étaient à essayer , avec une ardeur toujours croissante, d'ouvrir des relations avec la Chine , parce qu'ils sentaient l’importance d’un sysième régulier d'échanges entre l’Europe et une masse de producteurs et de consommateurs qui s’élève à deux cents millions-

L’émancipation de l’Amérique du Nord et, tout récemment, la suppression du monopole de la compagnie anglaise des Indes, ont donné aux efforts du commerce une intensité insurmontable- Devant liii> les lois qui ferment le céleste

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empire sont sans force. La Chine est cernée, au sud par les Anglais de IMnde ou par leurs Inbutaires ; au nord ^ par les Cosaques, avariUgarde de la Hussie; les flottes britanniques et les escadres améncaines Lépient du côté de LOcéan ; les Espagnols assoupis du Mexique et des Philippines, qui se souviennent des galions, tiennent sur elle leurs yeux enlr'ooyerts. Le genre humain vient d'entrer en possession de nouveaux moyens de commimication qui raccourcissent ftss distances dans une proportion inespérée. Les deux civilisations ne tarderont pas à se joindre et à se mêler. Ce sera le plus grand fait de Phistoire de Pespèce humaine.

Avant le perfectionnement de Part de la navigation, avant Christophe Colomb et Yasco de Gama, PEurope avait eu, indépendamment des caravanes qui traversaient P Asie centrale, des communications avec la Chine, par Fintermédiaire des Arabes. Conquérants et missionnaires, les Arabes, posés entre les deux civilisations, s'étaient tour à tour épanchés à PO ri eut et a FOccident. Ce peuple, si remuant par intervalles, a été pour FOrient le messager de FOccident, pour FOcridcnt surtout, le courrier et le facteur de FOrieut. Malheureosenient, depuis que la civilisation occidentale a commencé à briller du plus vif éclat dans notre Europe, la société arabe n'a plus jeté que de faibles lueurs; depuis que la Providence a mis en nous une activité dévorante, les peuples arabes sont tombés daris nn profond engoui'dissement ; de ce côté donc, les communications, qui n'avaient jamais été fort multipliées , ni fort rapides ^ sont presque nulles aujourd'hui.

I^TBODÜCTION*

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Mais si, comme quelques personnes le supposent^, la race arabe est sur le püitit de se relever de sou long affaissement, à lu voix et par les soins de T Europe occideulale , EEuropc aura en elle un puissant auxiliaire dans ses efforts, soit pour saisir TAsie et rétreindre, soit pour transmettre à celle-ci l"instrument avec lequel elle se remaniera ; et celle race illustre contribuera ainsi puissamment au mariage des deux civilisations*

Notre civilisation, dans sa marche vers TOccident, s'est aussi quelquefois retournée vers l'Orient, C'est ainsi qu'elle a eu ses Argonautes, ses Agamemnon et ses Alexandre ; puis, ses héros des croisades et ses capitaines portugais. Ces mouvements, d'un ôrdrt subalterne, n'interrompaient que momentanément sa marche solennelle vers les régions de l'Occident; c'étaient des contre-courants tout-ù-fait comparables aux remous qui existent toujours dans le cours général des fleuves* Jusqu'à nos jours, l'Ivuropc n'avait fondé dans l'antique Asie aucun établissement de quelque valeur et de quelque durée, A mesure que notre civilisation s'avancait vers l'Occident , les pays qu'elle laissait derrière elle se dérobaient à son influence, et l'espace s'agrandissait entre elle et la civilisation d'Orient, Alexandre est le seul dont la Chine ait pu s'alarmer, et il passa comme un éclair* Les Parihes, les Sarrasins ou les Turcs étaient pour le fond de l'Orient d'inexpugnables boulevards. La mission de l'Europe était avant tout d'atteindre et de coloniser le nouvel hémisphère*

Maintenant, la supériorité incontestablement acquise

iDfTEOBUCTiOH.

aux Occidentaux en richesses » en ressources mécaniques, en moyens de transport, dans l’art de l'adunnislration ei dans celui de la guerre, leur permet de se faire jour vers TAsie la plus reculée, au travers de rancieii monde. Les peuples que nous avons riiahiuide d'appeler Orientaux, mais qui ne sont que du Pelà Orient, ont cessé d'ètre pour l'Europe des adversaires redoutables* Ils lui ont rendu leurs épées sans retour à Héliopolis, à Mavariri, à Andrinople* Aujourd'hui enfin , la colonisation de î'Amérique est achevee, de la baie d’Hudson au cap Horn. l’Europe peut et doit se mouvoir dans la direction du Levant tout aussi bien que vers le Couchant. L'islbine de Suez a autant de chances que l'isdime de Panama pour devenir le passage de la civilisation occidentale dans ses expéditions vers le Gra7id Orfdnt^i

Notre civilisation européenne procède d'une double origine, des Romains et des peuplades germaniques* En faisant, pour un instant, abstraction de la Russie, qui est une iioiivelle venue, et qui déjà pour tant égale les plus puissants des anciens peuples , elle se sous-divise en deux familbs, dont chacune se disiingue par sa ressemblance spéciale avec l'une des deux nations mères qui ont concouru à les enfanter l'une ^et l'autre* Ainsi, il y a l'Europe latine et l'Europe teutonique; la première comprend les peuples du Midi ; la seconde, les peuples continentaux du Nord et l'Angleterre- Celle-ci est protestante, l'autre est catholique* L'une se sert d'idiomes où le latin domine, Tautre parle des langues germaines.

Les deux rameaux, latin et germain, se sont reproduits

lîSfTllOBUCTlON.

dans le Nouveau-Monde, LMmérique du Snd est, comme TEurope méridionale, catholique et latine, L'Amérique du Nord appartient à une population prolcslante et anglosaxonne.

Dans la vaste entreprise du rapprochement des deux grandes civilisations de TEurope et de EAsie, les peuples germains et latins peuvent les uns et les autres tiouver une tâche à remplir. Les uns et les autres occupent en Europe et eu Amérique, sur terre et au milieu des mers, d'admirables postes avancés, et d'excellentes positions autour de celte iiimiobile Asie où il s'agit de pénétrer.

Mais depuis un siècle, la supériorité, qui était autrefois du côté du groupe latin, est passée au groupe teutonique, soit par les efforts des Anglais dans 1 Ancien-Monde, et par ceux de leurs fils dans le Nouveau, soit par l affaiblissement des liens religieux et moraux parmi les nations latines. La race slave, qui est récemment apparue , et qui maintenant constitue dans notre Europe un troisième groupe distinct, semble même ne vouloir laisser aux peuples latins que le dernier rang. Il n'y a plusaujourd'hui que les Russes et les peuples d'origine anglo saxonne qui se préoccupent de l'Asie lointaine, et qui se pressent sur ses frontières de terre ou de mer.

Les peuples de souche latine ne doivent cependant pas rester inactifs dans ce qui se prépare ; ils ne le peuvent pas sans encourir la déchéance. C'est une admirable occasion qui leur est offerte pour reconquérir le rang qu'ils ont perdu.

Dans notre Europe à trois têtes, latine, germanique et

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slave, deux natîons , la France et l’Autriche (1), se présentent avec un caractère moins spécial et des facultés moins exclusives que les autres. La France participe des deux natures germanique et latinet en religion elle est catholique par sentiment, et protestante par humeur ; elle reunit le nerf intellectuel des Allemands avec le goût élégant des Méridionaux. L’Autriche, par l’éducation et l’origine des populations de ses Étais divers, est mi-slave, mi-germaine. Elle a un lien avec les Latins par la religion.

La France et I Autriche sont les intermédiaires naturels, l’une entre les Germains et les Latins, l’autre entre les Germains et les Slaves. L’Autriche a eu aussi pendant fort long-temps et conserve encore la prétention d’étendre son patronage sur plusieurs membres de la famille latine. C’est en vertu de celte tendance au Midi, qu’elle relient aujourd hui le royaume lomhardo-vénitien.

Cependant l’Autriche est principalement germaine ; de meme la France, par l’ensemble de ses traits distinctifs, se range dans le groupe latin.

De la nature mixte de la France et de l’Autriche, on peut conclure que toutes les fois qu’il s’agira de la balance de l’Europe, ou d'harmoniser les efforts de tous les Européens vers un but déterminé , l’une et l’autre e.xerceront une influence décisive, et que de leur loyal concours résulterait une force irrésistible.

L'Autriche a en Europe une situation plus centrale que la France. Elle possède une plus grande multiplicité de

(() Diverses put )Ii cal ions récentes , et rnlre antres les Deux Mondes, de M. Gustave tlEichthai, ont eu pour objet de signaler le véritable caractère de l'Autriche.

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points d'attache avec les divers types de la civilisation occidentale , y compris ceux auxquels s'étaient superposés les Turcs. Mais la France combine les inestimables avantages d'une constiïnîion plus homogène, et d'un tempérament plus flexilde ; elle a une physionomie mieux dessinée J une mission mieux arrêtée; elle a surtout une sociabilité plus forte- Elle forme la sommité du groupe latin ; elle en est la protectrice*

Dans les évènements qui semblent devoir bientôt poindre J la part de la France peut donc redevenir grande. La France est dépositaire des destinées de toutes les nations du groupe latin dans les deux continents* Elle seule peut empêcher que cetie famille entière de peuples ne soit engloutie dans le double débordement des Germains ou Saxons et des Slaves. Il lui appartient de les réveiller de la léthargie ou ils sont plongés dans les deux hémisphères, de les elever au niveau des autres nations, et de les mettre en mesure de figurer dans le monde* Elle est appelée, peut-être aussi plus que toute autre^ à favoriser le développement de la vitalité qui paraît se ranimer parmi les Arabes, et à secouer par eux l'extrême Orient*

Ainsi, la scène politique, examinée du point de vue français , offre sur le second plan, à distance encore, le contact des deux civilisations d’Orient et d'Occident, auquel nous sommes appelés a contribuer par intermediaires, et J en avant, 1 éducation par la France de tous les peuples latins, et d une grande partie des populations arabes voisines de la Méditerranée.

On peut différer d'opinion sur le degré d'^imminence des

INTBOBÜCTÏON*

révolutions dont le fond de TAsie doit être le théâtre.' Je suis pourtant de ceux qui les croient peu éloignées* Je concevrais aussi que Von voulût rétrécir le cercle de Tinfluence française^ et le réduire aux pays méridionaux de FEurope occidentale , quoique la France me semble appelée à exercer un bienveillant et fécond patronage sur les peuples de FAmérique du Sud, qui sont encore hors d'état de se suffire à eux-mêmes, et quoique les vieilles traditions des croisades, la conquête d'Alger et les souvenirs de Fexpédï lion d’Egypte, semblent nous promettre un des premiers rôles dans le drame qui doit se passer sur la rive orientale de la Méditerranée.

Quant aux nations européennes de la famille latine, je ne suppose pas qu'il reste de doute à personne sur la suprématie que nous avons à exercer à leur égard, ni sur les devoirs que dans leur intérêt comme dans le noire nous avons à remplir vis-à-vis d’elles* Nous sommes notoirement les chefs de cette famille depuis Louis XIV; nous ne pouvons reculer ni devant les béiiélices, ni devant les charges de notre position. Notre droit d'aînesse est reconnu par les peuples qui la composent ; notre protectorat a etc accepte par eux, toutes les fols que nous Favons offert sans 1 arrière-pensée d'en abuser* Heureuse la f rance, si, satisfaite de cette haute prérogative, ses princes et surtout celui qui a rehaussé Féclat du nom d'empereur, ne s'étaient obstinés dans des tentatives contre nature, afin d'établir leur suzeraineté sur les nations de la famille germanique I

Depuis que la prépondérance dans Féquillbre du monde est passée aux peuples d'origine saxonne, depuis que la

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race anglaise Ta emporté sur la France et sur FEspagne, en Asie, en Amérique et en Europe, des institutions riouyelîes, de iiouyelles règles de gouvernement, de nouvelles idées et de nouvelles pratiques , toucliant la vie sociale, politique et individueye, se sont développées chez les Anglais, et plus encore chez leurs continuateurs du Nouveau-Monde. Tout ce qui se rattache au travail et à la condiiion du plus grand nombre des travailleurs, a été perfecUonné chez eux à un point inouï. ïl semble qu^à la faveur de ces nouveautés, la prééminence des Anglo- Saxons sur les nations du groupe latin tende à s'accroître encore.

Nous Français, nous sommes, de tonte la famille latine, les mieux placés, les seuls bien placés, pour nous assimiler ces progrès en les motfifiant conformément aux exigences de notre nature. Nous sommes pleins d’énergie; jamais notre intelligence ne fut plus ouverte; jamais nos cœurs n'ont plus demandé à battre pour de nobles entreprises.

H est indispensable que nous nous mettions à Fœuvre sans plus de retard. Il le faut, abstraction faite de toute conception sur la politique universelle, et sur le contact plus ou moins prochain des deux grandes civilisations. C’est pour nous un besoin et une nécessité rigoureuse, même en supposant que nous n'ayons point à transmettre aux Méridionaux, dont nous sommes les aînés, et aux peuples qui habitent FEst de la Méditerranée, les améliorations que leur situation réclame, et qu'ils sont disposés à recevoir de nous. II s'agit pour nous-mêmes, dans notre intérieur , d'être ou de n'êtrc plus.

Comment et sous quelle forme p ai viendrons-nous à nous approprier les innovations de la race anglaise? Cette

mTB.ODUCTÏON*

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question difficile et complexe a été ma principale (1) préoccupation pendant mon séjour dans le Nouveau- Monde- Je ne prétends aucuneinent à Thonneur de Tavoir résolue^ même imparfaitement- Je m’estimerais heureux si les pensées que m'a suggérées le spectacle d^’un ordre de choses si différent du nôtre, tombant sous les yeux d'un homme meilleur et plus clairvoyant que moi, pouvaient contribuer à le mettre sur la voie de la solution.

(i) Moo voyage en Amérique avait pour objet Vexamen des ti’avaux publics en général et des chemins de fer en pariiculier* Comme j'avais élargi le cercle de mes éludes, le temps qui m'avait éléassigné et qui, d’ailleurs , éiait fort court, sW trouvé insuffisant, M, Thiers , alors Ministre de l'Intérieur et des Travaux Publics , et M, Legrand, Directeur-Général des Ponts-et- Chaussées, ont, à diverses reprises, prolongé ma mission avec une bonne grâce que je tiens à honneur de reconnaître publiquement.

lie cheinm de fer de Rarîs à Londres.

Londres, novembre ïS33,

P6ncîaTit (ju^à Pâris on parle clietnios de fer^ ici Fon en fait. Celui de Londres à Birmingha m est en commencement d’exécution; il aura quarante-cinq , lieues; et la totalité des actions, montant à 6» millions et demi, a trouvé des souscripteurs. Ce chemin sera suivi d’un autre presque aussi long, de Birmingham à Liverpool. Liverpool et Londres, dans cinq ans, ne seront donc plus qu’à huit heures de distance. Tandis que les capitalistes anglais réalisent d’aussi vastes entreprises, les capitalistes parisiens qui les voient faire ne s’en émeuvent pas davantage ; ils n’en sont même pas à faire des pro-

J, ^ Kï>iTiot:,

2 r,E CHEMIN BE FER BE PARIS A LONBRES-

jets. Aucun d’eux ne paraît avoir encore sérieusement remarqué que déjà, dans l’état actuel des choses, le nombre des voyageurs entre Paris et Versailles est plus que double du nombre des voyageurs entre Liverpool et Manchester, aujourd’hui, en i 833 , trois ans après la mise en activité des chemins de fer(i).

Aussi, à Londres, l’on paraît fort peu compter sur le concours des capitalistes français pour l’établissement du chemin de fer de Londres à Paris. On le désire; on serait ravi de pouvoir, en quinze heures et à peu de frais, faire le trajet de l’une à l’autre capitale ; dans toutes les classes on s’eo fait d’avance une fête. Mais on sent qu’il n’est ni convenable ni possible qu’une pareille œuvre ait lieu autrement que par l’accord des deux pays, et comme l’on n’ose pas croire à la coopération de la France, on en parle peu comme affaire.

Parmi toutes les acquisitions qui, depuis la fin du siècle dernier, ont agrandi le domaine des sciences d’observation, nulle n’a ouvert un champ plus vaste que la conception de Volta sur le développement de l’électricité par contact et sur son mouvement. Les phénomènes résultant de la communication des deux pôles de la pile voltaïque offrent aux savans

(i} Be Paris à Versailles il y a na million de Toyaeeui s par an, en comptant taller et Le retour. Entre Manchester et Liverpool il n^y en a aeluellement que îSo à 400,000. Avant rétablissement du chemin de fer il y en avait trois foismoins. (Voir la note i à la fin du volume.)

MTTRE I.

uue raine inépuisable à exploiter. Il n’y a pas clans lasciencede fait plus général, puisqu’il suffit que deux corps quelconques se touchent pour que, aussitôt réagissant l’un sur l’autre, ils forment une pile plus ou moins active. Les conséquences de cette inspiration du génie sont incalculables, même après lès brillantes découvertes de Davy, les admirables travaux de M. Ampère et les ingénieuses expériences de M. Becquerel (i). Ce fait physique, matériel, a un analogue évident dans l’ordre moral. Lorsque vous rapprochez deux hommes qui jusque là avaient vécu éloignés l’im de l’autre, pour peu que ces hommes aient quelque qualité éminente, leur frottement produit inévitablement quelque étincelle. Si au lieu de deux hommes, les deux pôles de votre pile sont deux peuples, le résultat s’élargit dans la proportion d’un peuple à un homme. Si les deux peuples sont l’Angleterre et la France, c’est'à-dire les deux nations de l’univers les plus riches encore en lumières et en puissance, cette espèce de phénomène voltaïque prend une intensité prodigieuse. Il n’implique alors rien moins peut-être que le salut d’une civilisation ancienne ou l’enfantement d’une nouvelle civilisation.

Il est aisé de reconnaître que les qualités et les défauts dominans de la France et de l’Angleterre peuvent être disposés en séries parallèles dont les

(i) Voir la noie a à la fin du rolume.

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