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et moyens. Le débat s’établira ensuite sur les rapports de ces comités^ sur les pétitions et adresses, sur les incidents, jVntends dire qu’il y en a pour deux ou trois mois encore. Ces lenteurs sont au premier abord difficiles à concevoir au sein d’un peuple qui cherche en tonte chose à économiser le temps, qui est passionné pour tout ce qui est rapide, bref, expéditif, à tel point que, si Ton voulait le figurer par un emblème, on ne saurait mieux faire que de l’identifier avec un bateau à vapeur ou une locomotive de chemin de fer, comme jadis on confondait les centaures avec leurs chevaux.
De toutes les grandes villes du Nord, des comités nommés par des réunions imposantes viennent à Washington présenter despétiîions revetues 'de signatures par milliers, et réclament des mesures promptes et efficaces qui mettent fin à la crise* D un autre côté, les partisans de l’Administration accusent la prolixité des législateurs. Le calme, ou plutôt le flegme que les Américains ont reçu des Anglais leurs père^s, se conserve cependant imperturbable dans les deux chambres du Congrès. Les solennelles harangues poursuivent leur cours. Il y a tel orateur, M. Benton, par exemple, dont le discours a rempli quatre séances, quatre grands jours* Ce qui a fait dire à M. Calhoiin, que le sénateur du Missouri avait b<"Soin de plus de te[nps pour exprimer son opinion sur un fait bien simple, qu'il n’en fallait au peuple français pour faire et parfaire ime révolution.
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Mais ces interminables délais ne sauraient être condamnés légèrement 5 et, pour mon compte, je hausse les épaules lorsque j’entends dire âUx impatients que les membres du Congrès seraient pln§ alertes sansrin* demnité de 8 dollars par jour qui leur est allouée pendant toutela durée de la session. Cét te temporisation abeau jurer avec l’un des traits distinctifs du caractère américain; elle n’en est pas moins cotnmandée impérieusement par la forme et l’esprit du gouvernèmènt des États-Unis, par les institutions èt lés moeurs politiques du pays.
Laxiiscussion générale du Congrès n’a pas d’àutre objet que d’ouvrir devant le pays une enquête large et publique qui permette à tous et à chacun de se faire une opinion. Elle soulève celle d’une presse innombrable (il y a aux États-Unis douze cents journaux politiques), celle des vingt-quatre législatures
particulières, composéeschacunede deux Chambrés,
celle des meetings dans les villes et villages. C’est un échange prodigieusement animé d’arguments dé tout calibre et de tout aloi, de résolutions contradictoires, mêlé d’applaudissements et de sifflets, d apothéoses Lyperbuliques et d’injures brutales. Un étranger qui sè trouve brusquement transporté au milieu de ce fracas est déconcerté, stupéfait. Il lui semble assister au tohu-bohu primitif ou à la fin du monde, ou au moins à la dislocation générale de rCnion. Mais ton jours à travers Ces épais nuages, du sein de cette confusion, il s’échappe apres un certain
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temps des traits de lumière ^ des éclairs que le bon sens du peuple saisit avidement ^ et qui illuminent le Congrès. C’est la réalisation du sur une
gigantesque échelle., du Forum avec sa cohue, ses criailleries, ses pasquinades, mais aussi avec ses instincts droits et ses lueurs de génie natif et inculte* C’est un spectacle qui, dans les détails, est ça et là prosaïque et repoussant, inais’qui, dans son ensemble et sa masse, est imposant comme l’Océan soulevé.
Dans un pays tel que celui-ci, Ton ne saurait éviter ces lenteurs, d’abord parce quil faut longtemps pour que les paroles s’échangent entre les frontières du Canada et le golfe du Mexique, et ensuite parce que rien n’est dangereux comme la précipitation dans un Forum, quelle qu’en soit Fétendue, soit qu’il ne couvre que l’espace des Ros^ tra à la roche Tarpéienne, soit qu’il s’étende du lac Champlain aux bouches du Mississipi et des Illinois à la pointe de la Floride. Malheureusement cette fois la séance au Forum dure plus que d’habitude. Les démagogues ont mis les passions populaires dans un violent émoi. Le peuple souverain s’est laissé magnétiser par ses flatteurs; il lui faudra quelque temps pour secouer l’influence extatique qui le domine. L’éclair réparateur qui fixera les regards de la multitude et dissipera le charme dont elle est enveloppée, • ne s’annonce encore ni à l’orient nia Foccident; les négociants et manufacturiers, qui
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sont sur le brasier, se désespèrent en vain; rien ne répond à leurs cris de détresse,
La Banque pendant ce temps s’eÉface et se tait. Elle continue ses affaires sans bruit et s y renferme prudemment. La meilleure politique qu’elle puisse adopter est de faire parler d’elle aussi peu que pos~ sible* Les démagogues ont tant crié au monopole et a Tanstocratie qu’ils ont fini par persuader à la multitude que la Banque était un colosse d’aristocratie, un suppôt du monopole. Ces mots de monopole et ^aristocratie sont ici ce qu’était le mot jésuites en France il y a quelques années. Si les ennemis d’une institution parviennent à lui écrire sur le dos cette espèce dlabracadabra^ elle est moii' trée au doigt, huée, sifflée par la foule. Telle est la puissance mystérieuse de ces mots, que les spéculateurs les emploient à tout propos en guise d’amulettes pour attirer les chalands. Et, par exemple, en tète de toutes les affiches des bateaux à vapeur,
I on voit écrit en gros caractères : TÇo monopolflll
II est pitoyable de dire que la Banque des États- Unis exerce un monopole, puisqu’il n’y a pas moins de cinq cents autres banques dans le pays. Avec cette maniéré de raisonner, on arriverait jusqu’à accuser le soleil d’avoir le monopole de la lumière. Mais le grand nombre Ta cru et le croit encore. Or la politique qui convient le mieux à ceux contre lesquels un orage d’impopularité s’est soulevé, c’est de s abstenir, de mettre à la cape^ comme font les
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bâtilîtènts pendant la tpnTpéte, D^ux foi^ la Banque a voiilü profiter des fautes de ses etifiemis pour leur porter un eolip à son toiir^ et deux fois son essai d'offensive a toiirné contre elle*
La première fois il s’agissait de la traite stir lê gouvèrneiîïèht français J que Tan passé le gouvernement dés États-Unis avait vendue à la Banque, et que le gouvernément français refusa d’acquitter, ce qui amena un protêt, à la suite duquel le correspondant dè la Banque des États-Unis à Paris solda la traite pour faire honneur à la signâtùre de rinstilution* Dans cette affairé le pouvoir exécutif des États-Unis avait tort H avait fait acte de légèreté en tirant sur le gouvèrnéinéiït français avant que les Chambreà françaiîses eusseni alloué les fonds nécessaires pour acquitter riridemnité convenue dé vingt cinq millions; au lieu dé tirer par lettre-de-change sur le gouvernement français et de vendre cette lettré-dé^change à la Banque, sans savoir si elle serait âcceplcéi le pouvoir exécutif eût agi plus convenablement envers lui-même, envers la France et envers la Banque, en autorisant cette dernière à recevoir les versements du gouvernement français en qualité d'agent ou de fondé de pouvoir. En vertu dés usages commerciaux de tous les pays et des États-Unis en particulier, la Banque avait droit à réclamer des do mm âges-intérêts* Elle le fit* Son but en célà était bien plus de faire ressortir tout ce qtfil ÿ avait dé blârhàblê dans la démarché du pôu-
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voir exé< 5 utif, que d’encàiss^r tine soiPH^ittaB dé 5é,ooo ou 8a,ooo dollars. Mais aussitôt ses adversaires se mirent àtcriér qu’il ne suffisait pas à la Banque'dé prélever sur les sueurs du }>etrprlé des soniînéé énormes aii profit de ses actionhaires (^^ez que les dividendes delà Banque sont modérés,comparativemettt à ceux des autres cotnpagnies fiuaUcièi'es du pays, et que le gouvernement fédérai ésl le plus fort de ces actionnaires); que dans sa cirpidité, elle voulait, à l’aide de misérables chicanes, extorquer encore une portion du revenu public, enfouir Vargent du peuple ïlans le^ goüssets de M. Biddle, A cette raison, car cela est pris pour raison démonstrative, la multitude a répondu pur des imprécations contre le monopole et contre l’aristocratie d’argent, et par le t^ri millè fois répété dé Hurru h for Jackson!
Il y a quelques jours, nous avons assisté à Im autre épisode du meme génre. La Banque est chargée, en vertu dactes du Congrès, du soin dé payer les pensions décernées aux vieux soldats dé l’Indépendance. C’est iin service qu’elle remplit gratuitement et qui hü est notoirement onéreux. Elle a reçu diverses sommes à cet effet, et, en ce moment, elle a en caisse 5oô,ooo dollars environ destinés au prochain terme des pensions. L’Administration a voulu lui retirer ce service, et lui a demandé les fonds, livres et papiers qui éti dépendent. La Banque a répondu qu’ëh ayarit été bon-
stituée dépositaire en vertu d’actes du Congrès, elle ne pouvait, ne devait et ne voulait s’en dessaisir qu’en vertu de nouveaux actes du Congrès. Au fond la Banque a raison ; son refus est fondé en droit. Mais voici ce qui est arrivé ; ses adversaires se sont apitoyés sur le sort des illustres débris de l’Indépendance que routrecuidance de la Banque va, disent-ils, plonger au terme de leur carrière dans le plus affreux dénuement. Ils ont poussé des gémissements pathétiques sur ces glorieux défenseurs de la patrie à qui une corporation dargent veut ravir les dons que la reconnaissance nationale s’était plu à leur offrir aux jours de leur vieil¬
lesse. Vous concevez tous les arguments ron¬
flants , toutes les tirades patriotiques qu’on peut débiter sur ce texte. Le 4 février, le Président a
adressé au Congrès un message dans ce sens. Tout
cela n’est que de la déclamation, et de la plus commune, de la plus hypocrite ; car, qui empêchera les libérateurs de l’Amérique de recevoir leur pension, sinon ceux qui leur refuseront les traites sur la Banque, que la Banque acquitterait aussitôt? Mais un peuple fasciné ne s’arrête pas à la logique. I! est donc admis en ce moment par la multitude que la Banque a résolu de faire mourir de faim les nobles vétérans de l'Indépendance; et encore une fois anathème au monopole, haine à l’aristocratie d’argent! Hurrah for Jackson] Jackson for everl
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entraîner sur le terrain de la polémique, qui est le terrain de ses adversaires, elle a eu tort, quoiqii elle eut dix fois raison. Au contraire, lorsqu’elle s est tenue dans la ligne des escomptes et des crédits, elle a trouve occasion de prouver péremptoirement, sans ouvrir la bouche, à quel point sont dénuées de sens les accusations de ses ennemis, qui ne lui imputent- pas seulement le crime affreux d’être suspecte d’aristocratie et de monopole, mais qui lui attribuent maintenant la détresse publique dont ils niaient la possibilité il y a quelques mois, et qu’eux seuls ont provoquée. Tout récemment la Banque est venue au secours de quelques banques locales qui étaient menacées defailUr.il y a quelques jours, elle a largement ouvert ses coffres à une des plus puissantes maisons de TUnion, la maison Allen et C’‘,qui, avec un actif bien supérieur à son passif, se trouvait obligée, vu la dureté des temps, de suspendre ses paiements; la faillite de cette maison j qui n a pas moins de vingt^qiiatre suceursales, en eût entraîné d’autres par centaines. C’est ainsi que la Banque doit prendre l’offensive. De tels actes, sans un mot de commentaires, lui assurent 1 amitié et 1 appui de tous les hommes éclairés et impartiaux, et la reconnaissance de tout le commerce,, bien mieux que ne sauraient le faire les plus éloquentes remontrances contre les prétentions de tel ou tel ministre ou que les mémoires justificatifs les mieux raisonnés.
PEOGEÈS BE LA LTÏTTE.
Je suis de plus en plus Gonvaiiicu que les Etats- Unis mettront à prolit cette ci'ise. Il doit en sortir, tôt ou tard, un principe de réorganisation pour le système des banques. Très probablement la Banque Nationale, si elle est maintenue, et les banques locales, seront désormais moins isolées de l’autorité fédérale et des pouvoirs locaux, c’est-à-dire que les gouvernements fédéral et particuliers entreront dans les banques, et par conséquent que les banques entreront dans le gouvernement du pays. Par là plusieurs des abus du Banking-SYstem seront réformés, et l’influence normale et légitime des banques renforcée. Il serait facile de citer une foule de faits qui déjà concourent vers ce résultat. C’est ainsi que dans quelques États, les législatures ont institué ou s’occupent d'instituer des banques où l’État est actionnaire pour moitié ou deux cinquièmes du capital, nomme une partie des directeurs, et se réserve un contrôle étendu. J’ai déjà dit qu’il y avait des États, tels que llllinois, où toute autre espèce de banque était formellement défendue par la Constitution.
Les publicistes du gouvernement représentatif ne reconnaissent que le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire. On en viendra bientôt, aux États-Unis, à avoir aussi le pouvoir financier, ou du moins les banques y formeront bientôt une branrhe du gouvernement tout aussi vigoureuse qu’aucupe autre. La Banque des Élat.s-Unis est plus essentielle à la prospérité du pays que le