‹ Lettres sur l'Amérique du Nord (volume 5)Chapitre 19 sur 65 · I.—iDTTroiï · texte numérisé non relu

I.—iDTTroiï

MOUVEMENT DES PARTIS

surtout parmi les commerçants. Iæs chiffres clans toute leur simplicité sont plus éloquents que les meilleurs avocats de la Banque* I! est notoire que d’excellentes valeurs s’escomptent sur le pied de i8 pour roo par au et même plusj à New-York, a Philadelphie , à Baltimore. Les prix courants et la cote des effets publics {stocks) attestent une baisse générale des valeurs de i 5 , ao, 3 o, et même p. 100. Jusqu’à présent les efforts du président pour abattre l’hydre de l’aristocratie d’argent, le Monstre, \3. Mammoth-Bank n’ont rien abattu encore, si ce n’est le crédit et la prospérité commerciale du pays; car la Banque a été administrée avec tant d’habileté, surtout depuis qu’elle a pour pré.sident M. Bicldle, l’un des citoyens les plus distingués des États-Unis, qu’aujourd’hui, après le brusque retrait des dépôts du gouvernement, après les charges à l’improviste et vraiment déloyales qui ont été dirigées sur quelques unes de ses branches, notamment sur celle dé Savannah (i), pour les forcer à suspendre les paiements en espèces , elle est incomparablement la plus

(i) Celle succursale de Savannab y Tuue des plus faibles , n’avalt en cir calaüüu que 5oû,ooo d. de billets, tes employés des douanes, à qui on les donnait en paiement, en firent eollecîinn, ei un beau matin nu cous litr se présenta à cette banque avec une masse de billets s’élevant à 38 o,üoo d. et demanda des especes. Mats les caissiers de la Banque des Élafs-tînis sur les antres points avaient eu le temps de remarquer que les biUels de la kranebe de Suvaunali avaient disj^ai u de la circwlalinn , et, en cnuséquence, cette brandie avait été munie de fonds suffisans. Le coiirlicr fuî intégralement payé à Finstant, et ne sacliaut que faire de tout ce numéraire, il fut obligé de prier le caissier de vouloir bien le recevoir en dépôt.

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solide de toutes les institutions financières de l'Union (i). En ce moment critique elle possède à elle setile autant de fiuméraire que les cinq cents banques du pays réunies (10 millions de doiL ou -53 millions de fr*) J et je sais de bonne part que dans ces derniers temps, beaucoup de jachon-men (c’est encore le nom admis) se sont estimés très heureux de ce que le dangereux reptile laissât tomber sur eux quelques gouttes de son venin.

Si ce qui arrive ici se passait dans quelque pays monarchique dé l’Europe , ceux qui veulent absolument que tous les peuples sans exception j quelles que soient leurs conditions de territoire et de population, de riche.sses et de lumières^ de caractère et de mœurs, aient un gouvernement moulé sur la forme républicaine, ne manqueraient pas de s'en faire un texte contre le système monarchique. Déroulant le tableau d'une prospérité commerciale sans pareille, arretée tout d’un coup par un caprice du pouvoir, ils démontreraient que c’est là une des conséquences inévitables de l’intérêt dynastique opposé à rintérét nationab Ils établiraient par des syllogismes géométriques, comme il est de ressence de la monarchie de mettre Tautorité en des mains inhabiles et imprudentes qui, pour satisfaire une

(1) Eli .plu?îetirs circonstances, depuis Je ccTurnencenieiit de îü erise, k Bantjiie est venue au secours des liaiifpieâ lucaJes. Il y arjueEquts jours, rune àçi banques de New-York {Chemtca/ Bank), était sur le poiul de suspendre ses paiements en <:spêces; la Rauque lui a prèié aussitôt 100,000 dollars.

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\engeance personnelle, n’hésitent pas à ébranler des millions d’existences. Ils crieraient à la camarilla, ijin , selon eux, est un des attributs distinctifs de la royauté. Malbeureuseinent pour cette théorie, elle est démentie par ce que j’ai ici sous les yeux, dans la république la plus vraie et la plus florissante qui ait jamais existé.

L’égoïsme dynastique, ou plutôt courtisan, a engendié dans le passé bien des maux, et il en engendrera encore ; mais il a son pendant au sein des républiques, surtout sous un système d’égalité absolue qui répartit le pouvoir politique par doses absolument égales entre le savant et l’ignorant, entre l’élite des commerçants et des écrivains, et le paysan irlandais, brutal et ivrogne, qui vient se faire inscrire au rang des citoyens. Un peuple absolu peut aussi bien qu’un roi absolu dédaigner pour un temps les con.seils de l’expérience et de la sagesse. Un peuple aussi bien qu’un roi peut avoir ses courtisans. Un peuple qui trône, lorsque son autorité n’est limitée par aucun contre-poids, peut, lui aussi, épouser aveuglément et coûte que coûte les querelles de ses favoris d’un jour. Qu’on vienne plutôt voir ici. L’ignorance possible des vrais intérêts du pays n’est pas l’apanage exclusif de la monarchie. Les pièces officielles émanées du pouvoir exécutif des États-Unis dans l’affaire de la Banque sont, comme science administrative et comme intelligence des ressorts de la prospérité publique,

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à la hauteur des actes du gouvernement espagnol ou de celui de Rome. Et cependant ce pouvoir exécutif est le fruit de Félection la plus réelle et la plus large* Ce n’est pas seulement dans les monarchies que Von voit quelquefois un danseur là où il fallait un mathématicien. — La camarilla! Jamais je n’en entendis autant parler que depuis que je suis aux États-Unis. On Tappelle ici Kùcken (cuisine), et, en Ti’admettant que le quart de ce que dit rOppositiou, il est difficile de ne pas croire que 1 influence du Kitchen-Cabinet sur les affaires publiques surpa'^se 1 influence du Cabinet ininistériel. Revenons à la Banque, Le Congrès est réuni depuis le 3 décembre; la plupart des législatures des États le sont aussi. Partout j et surtout au Congrès, la grau de J pour ne pas dire Tu nique question pendante est celle de la Banque. Le texte des discussions est le retrait des dépôts publics que le président a militairement enlevés à la Banque après avoir militairement destitué le ministre des finances, M. Duane, qui, tout ennemi qu’il était de la Banque, trouvait la mesure illégale et imprudente. Jusqu'à présent, les manifestations de Topinion publique et des assemblées délibérantes sont bien mêlées et contradictoires. Dans le ’New-Jersey, petit État pauvre et sans importance, rAssemblée ( 1 ) a adopté

(i) Tout^'s les législatures particulières sont composées de deux chambres- Celle qui est la plus noa^breusie: et dont les membres sont élus pour le plus court terme, porte dans beaucoup d*Étais le nom

JO MOUVEMEHT DES PAIITIS.

â une grande majorité des résoli-itioiis a 1 effet d’approuver les actes de l’Ad mini si ration j et de recommander aux délégués de l’État dans le Congrès d’appuyer le Président de toutes leurs forces; ce qui n’a pas empêché l’un des sénateurs de cet État, M. Southard, de faire un bon discours en sens contraire. L’Assemblée de l’État de New-York, qui est le premier en population et en richesses, a adopté des résolutions analogues, à la majorité de ii8 voix contre 9. Quelques personnes prétendent, il est vrai, que c’est parce que New-York voudrait avoir la Mère-Banque (i). Le jeune État de rOhio, dont les progrès tiennent du prodige (il compte aujourd’hui onze cent mille âmes; il n’en avait pas six mille il y a cinquante ans), l’Ohio, le Benjamin de la démocratie, a énergiquement exprimé les mêmes sentimens. Le petit État du Maine vient d’en faire autant. Le parti de l’Administration a eu dernièrement une occasion brillante pour faire éclater ses sympathies et ses haines. Le 8 janvier était l’anniversaire de la bataille de la Nouvelle- Orléans: ce jour a été célébré par une multitude de banquets dont chacun a été terminé par des

(i) New-T«rk est ]a principale place de commerce des Étah-Unîs, Sous ce rapport J ü a des droits à po^^éder la More-Banque. Pliibdelpliie a TavantagÊ position un peu plus cenïraîe, Ensuile, en faisant de New- Tork le siège principal de la Banque, il faudrait y transférer quelques éîabUsseraenU puidics^et m^lamment la Munuaii^, qui esté Phiiadi Lphie^ Cette trau^lalion ne ae ferait pa^ sans dépemieâ. PhiUdelplüe est d'ailleurs ta ville des capitalistes amèricaitia^

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toasts innombrables. Le président Jackson a été le héros delà fête; la Banque en a été le bouc émissaire. Yoits ne sauriez concevoir le débordement d’accusations, d’injures et de menaces dont elle a été l’objet. Tout cela était mêlé de lazzis dans le goût du pays, sur lesg'on.t.îefjde M. Biddle, par exemple. L’un des convives a porté un toast contre la Banque, qui, a-t-il dit, est gouvernée parle jeune Niek t'ie prénom de M. Biddle est Nicolas) dans les principes du vieux Nick ( i).

Mais la population du Nord-Est, celle de Mas- SRchuselts surtout, est opposée à l’Administration. En Virginie, la même opinion semble prévaloir, et il en est de même dans plusieurs des anciens États du Sud (9.). Les négociants et fabricants deNew- York, de Philadelphie, de Baltimore, de Boston et de cent autres points du territoire, réunis en meetings J ont adopté des résolutions qui blâment énergiquement la conduite du gouvernement contre la Banque et qui leur attribuent la crise actuelle. La plupart des banques locales de Philadelphie ont pétitionné clans le même sens. A Boston et en Virginie plusieurs banques ont refusé de recevoir les fonds que le président a retirés à la Banque des États-Unis. A Charleston elles ont été unanimes dans ce refus. La majorité <les hommes de lumières, d’expérience et de modération, et la plupart des

(t) C’esl le nom ]m|mlâire du diable.

(a) Ymr Ea 19 à (a fin du volume.

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commerçants et manufacturiers, sont en faveur de la Banque. La campagne, surtout dans les États du Centre et de l’Ouest, de concert avec les ouvriers des villes, tient pour le général Jackson.

Dans le Congrès , la majorité du Sénat est pour la Banque, et la majorité de la Chambre des Représentants pour l’Administrationf i). Les honneurs de la discussion y sont jusqu’à présent pour les défenseurs de la Banque. Au Sénat, les trois hommes d’État qui passent pour les sommités du pays, MM. Clay, Webster et Calhoun, sont de ce bord. MM. Clay et Calhoun ont fait des discours qui ont produit beaucoup de sensation. Dans la Chambre des Représentans, M. Binney, de Philadelphie, et M. Mac-Duffie, ont plaidé la même cause avec talent. De l’autre côté,il y a eu plus de grands mots que de bonnes raisons. J’ai été frappé de la ressemblance que présentent la plupart des discours et des articles de journaux dirigés contre la Banque, avec nos tirades républicaines de 91 et ga. C’est le même ton déclamatoire, le même style ampoulé, le même appel aux passions populaires, avec cette différence que les faits allégués ici sont vagues, creux et insaisissables , tandis que les griefs étaient réels chez

(i) Le Sèaat se compose de ([UEirante liiiit mefnbres, deux par ÉtaL Le coiilittgeiit de chaque ÉlEit» dans h Chambre des Représentants , est proportionnel à sa population. Cette Clianihrü a maintenaïil deux cent quarante membres, un par quaraule-sept niiüe sept cents âmes* Les Sénrtteurs sont élus par les législalurt^B ; les Hcprésenîants sont élus par les ciloyens et par districis*

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nous il y 3 cinquante ans. Le plus souvent ce sont des tableaux fantastiques qui représentent Taristocratie d'argent envahissant le pays avec une escorte de corruption, de séduction, d’esclavage. Que sais-je encore? C’est M. Biddie qui veut être roi! A peine parmi cette nuée d’écrits et de discours, en iencüntre4-on qui attestent des études sérieuses et une certaine connaissance du sujet. J ai pourtant remarqué le discours d’un des Représentants aniis de r Administrât ion, M. Cambreleng, qui a émis de fort sages idées sur les réformes qu’exige le système actuel des institutions de crédit.

Car, il faut le reconnaître, cette animosité du Président et des masses contre la Banque des Etats-Unis, si aveugle et si déraisonnable qu’elle soit, cache un besoin réel, celui d’une réorganisation générale des banques. Quand ,en i 835 -, le Congrès renouvela pol'ement et simplement la charte de la Banque des États-Unis, il eut tort. Il y avait à saisir cette occasion pour asseoir le système financier du pays sur des bases plus solides ; et si le général Jackson était resté dans lesternies du message parlequel il exprima son veto (il disait alors qu’il ne s’opposait pas en principe à rétablissement d’une Banque nationale (1), mais qu’il pensait que la Banque actuelle ne pouvait être maintenue sans modifications), il aurait pu devenir le bienfaiteur de TAmérique. II n’eut pas ob-

(r) L’on désigne aussi parce nom ïa Kanque des États-Unis,

MOUVEMENT DES PARTIS

tenu, U est vrai^ les félicitations de Cobbett (i), mais il aurait eu les acclamations de tous les hommes d’Étatet de tous les hommes de sens de T Ancien Monde et du Nouveau. Au reste^ quoi qu’en disent les amis du général Jackson, comme il ne s’attendait aucunement à la détresse qui désole aujourd’hui le com* merce américain, et qu’il est impossible de douter de son patriotisme, il ne faut pas désespérer absolument de le voir se ranger enfin à cette opinion salutaire.

La crise actuelle prouve surabondamment combien ie système de circulation (lu pays est encore imparfait, car la cause première et matérielle en est légère. C est un simple déplacement, d'une caisse de banque à une autre, de cinquante millions, somme peu considérable relativement à la masse des affaires du pays. Si les banques locales, malgré le contrôle exercé sur elles par la Banque des États- Unis, n’avaient pas préalablement dépassé toute mesure, elles auraient pu, lorsque la Banque des Etats-Unis était obligée, par suite du retrait des fonds du gouvernement, à réduire ses escomptes,-augmenter les leurs dans la meme proportion , puisque ces fonds étaient transportés de ses coffres dans les leurs* Mais réchafaudage de ces banques est si mal assis, qu’elles tremblent au moindre souffle. Le

[i) Cobbell a écrit au présiJeDt Jackson upe Innguo lettre où il le félieite de ses efforii pour démolir la Ranque des États-Uniç, ajoutaut qu’il espère Itieii quecesfuu piomier pas Ters l'^tboliMou générale des banques.

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simple émoi produit dans Tatmosphère politique et commerdafe, par le coup que le Président a porté à la Banque en lui enlevaiit les dépôts publics a suffi pour les faire chanceler* Ce sont des colosses aux pieds d’argile à qui il faudrait des pieds d’or, c’est-àdire du numéraire dans leurs caves*

La proportion des métaux or et argent, dont nous avons excès en France, est ici extrêmement bornée. Dans beaucoup d’États, entre autres dans celui de New-York, il y a une énorme quantité de billets de banque d’un dollar (5 fr* 33 c*\ deux dollars, trois dollars* Dans la Caroline du Sud il y en a de a 5 cents (1 fr* 33 c*), et même de *2 xjo. cents (67 c*)* En Pensylvanie, en Virginie et ailleurs, il n’y en a pas au-dessous de cinq dollars* La Banque des Etats- Unis n'en émet pas au-dessous de ce dernier chiffre* Mais c’est un minimum trop bas. La plupart des économistes, et surtout ceux d'Angleterre, proclament comme un axiome que la monnaie à l’état le plus parfait, c’est du papier* Cela est vrai, en supposant un peuple che^ qui toute perturbation industrielle, par suite ou par prévision de guerre, par fausse spéculation, par encombrement ou par panique, soit impossible* Dans ce pays de Cocagne, dans ce paradis terrestre, une inaltérable confiance présiderait à toutes les transactiotis et consoliderait tous les intérêts* Les métaux n’y serviraient qu’à frapper des médailles et à graver des inscriptions destinées à conserver le souvenir de cette ineffable

yfi MOUVEMENT DES PAETIS.

béatitude* Le papier y serait prisé à Tégal de For» et même plus, ainsi que quelques écrivains anglais ont prétendu que cela devait être* Je ne sais s’il existera jamais un peuple dans cette condition de prospérité céleste* J’en doute, parce que dans le monde financier comme dans le monde des passions, je tiens le fleuve de Tendre pour une fable et les idylles pour un jeu d’esprit ; mais ce qui est évident, c’est qiTun tel peuple n’existe pas aujourd’hui et qu’il n’existera pas de quelque temps encore* Or, aux États-Unis, le système de banques maintenant en activité, comme celui qui a été en vigueur en Angleterre, de 1797 à 1821 et meme à 1826, repose sur cette théorie de la monnaie parfaite. Il est stipnié, à la vérité, que les banques donneront à volonté de For en échange de leur papier; mais à côté de cette clause, qui tend à faire rester dans le pays une certaine quantité de métaux, on en a mis une autre qui la neutralise ; c’est la faculté d’émettre des billets en quantité illimitée, et d’un calibre de I ou de 2, 3 , 5 dollars. Dans les momenls où les affaires sont prospères, l’émission du papier est abondante, indéfinie* Comme alors, en raison de la confiance qui règne, la nécessité d’un gage métallique ne se fait pas sentir, le métal fuit devant Fexcés de papier* Il en reste à peine dans le pays* Aussi, depuis que je suis aux États-Unis, je n’y ai pas vu une pièce d or, si ce n^est sous les balanciers de'la Monnaie* A peine frappé, For est embarqué pour

LETTllE V.

l’Europe et refondu. Lorsqu’une crise survient, la demande des métaux précieux augmente rapidement, parce que chacun alors attache plus de prix à un gage positif qu’a du papier, et plus ou tarde à suppléer à ce besoin de métaux, plus la crise se prolonge et devient sérieuse.

Dans un pays neuf ou les capitaux sont nécessairement peu abondants, car les capitaux de toute nature, approvisionnements et métaux précieux, sont les fruits accumulés du travail, il est naturel que la proportion du papier-monnaie égale et surpasse celle de la monnaie métallique. L’existence du papier-monnaie est même un grand avantage pour tout pays. En France 5 .nous avons une valeur énorme de 3 milliards environ sous forme de numéraire ^ or et argent ( r). Aux États-Unis^ 200,000^000 de numéraire suffisent à toutes les transactions dVn commerce qu’il est permis de croire à peu près aussi considérable que le notre. En Angleterre, en ce moment, le numéraire, presque tout en or, ne dépasse guère ï milliard. Les billets de banque, qui complètent la circulation du pays, s’élèvent aux Etats-Unis en ce moment à 500,000,000 , c’est-àdire à deux fois et demi le numéraire , et en Angleterre a un milliard, c’est-à-dire à peu près au même chiffre que le numéraire, ce qui donne pour la circulation totale du pays ;

(i) Voir la note ao à la fm du, volume.

MOUVEM'RNT DES PARTIS.

Aux États-Unis. ...... 700 millions,

En Angleterre. 2000 millions.

Si en France nous avions les habitudes industrielles des Anglais et des Anglo-Américains, il est probable qu’un milliard de circulation, moitié en numéraire, moitié en billets, suffirait à toutes les transactions. Eu égard à notre infériorité commerciale, admettons qu’un milliard et demi nous soit nécessaire , et qu’il doive être composé de deux tiers de métaux et d’un tiers de papier ; il en résulterait toujours que nous pourrions utilement disposer d’une valeur de deux milliards qui est improductivement absorbée aujourd’hui sous la forme de numéraire, et qui n’ajoute rien ni à nos jouissances, ni à notre comfort, ni à notre puissance industrielle.

Mais si nous avons,nous, grand bénéficeà attendre des banques de circulation et du papier-monnaie quelles émettraient, il est clair que, parvenus au point de riche.sse où ils en sont,eu égard à la masse de capitaux qu’ils possèdent actuellement, les Américains auraient avantage à se limiter sous ce rapport. 11 y aurait donc lieu à élever ici le minimum des billets et à le porter à 10, 1 5 ou 20 dollars pour la Banque des États-Unis, de même qu’en Angleterre on a fait disparaître les billets au-dessous de 5 livres sterl. La Banque Nationale, si elle était convenablement puissante, saurait bien obliger les

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banques locales à se restreindre de même } voilà pourquoi il y a lieu d’accroître le capital de la Banque actuelle. Il resterait alors dans le pays la quantité de métaux nécessaire à toutes les transactions dune importance moindre que le minimum des billets. Et dans le cas d’une perturbation, la circulation serait beaucoup moins prompte à se déranger.

Ce n’est pas seulement sous ce point de vue qu’il convient de revoir les statuts de la Banque des Etats-Unis. L’on devrait aussi modifier ses relations soit avec le gouvernement central, soit avec les gouvernements particuners(i> 11 a été émis sous ce rap* port des projets dignes de considération et d’étude. Déplus, il y aurait probablement, ainsi que M. Caiiibreleng l’a dit, à changer les réglements relatifs aux dépôts publics et privés, et à statuer qu’à l’avenir ces dépôts porteraient intérêt, ainsi que cela se pratique dans les banques d’Écosse. Si ce système était adopté pour toutes les banques américaines en général, elles y gagneraient en solidité, elles embras-

(0 la Banque aiijûurd hiii n’a de rapport qu’avec le gouvernement fédéial qni est aciionua.re pour 7.dod.ooo de J-llara, et qui nomme cinq direeteura aur vnigt-cinq. Bile eat complètement intèpeudante de* gouvernemenlspai l.culiers. Selon te prpjVt souini* an* légialalures de Massaehiisetlî et de Penaj!vao.e, projet qneM. Wehsier a cité au Sénat, tes gouverne menu part,entiers deviendraient ou pourraient devenir actionnaires, süivartl une proportiou deternunée. Ils nommeraient nne porliou des directeurs locaux. Leur aulorisat-on serait indi»pcn.,al,'c à l’étabüssement d’une s.,ceursatesue leur lerritoite Suivant le mê,he projèt, le capital sera.t pdrté de de dollars à

8o HOUVEMENT DES PARTIS*

seraient les intérêts de toutes les classes , et deviendraient des institutions de prévoyance au bénéfice

de tous; taudis qu’au]ourd’hui leurs produits directs, les dividendes, sont exclusivement le lot des actionnaires qui appartiennent à la classe riche; ce qui ne contribue pas peu à l’impopularité du BankingSyslem.

Enfin il y aurait lieu à examiner jusqu’à quel point l’avantage immédiat du crédit pourrait être mis à la portée des artisans et des cultivateurs. A cet égard encore les banques sont ici des institutions absolument aristocratiques. En fait de banques,les Américains ont conservé, presque sans y rien changer, les traditions des Anglais leurs ancêtres. Les banques américaines sont avant tout à l usage du gros commerce et des spéculateurs.

Il est difficile de démêler, au milieu de tant de démonstrations contradictoires, quel sera le résultat définitif de la lutte. Les amis de l’administration prétendent que le président Jackson et le vice-président Martin Van Eiiren sont ennemis non seulement de la Banque telle qu’elle est, mais de toute Banque Nationale, et qu’ils ne céderont pas. Le Globe de Washington, qui est le journal avoué du président, a dit à M. Clay, qu’<i moins qu’il ne trouvât un Brutus (pour assassiner le général Jackson) , la Banque n’aurait ni les dépôts publics, ni une nouvelle charte. Toutefois il est permis de douter que la résolution du président soit aussi formel-

LETTRE Y

leinent arretee. Après tout, une majorité des deux tiers du Congrès suffit pour annuler son veto. Quant au vice-président J que ses adversaires appellent l’astucieux Van Buren, comme il aspire à succéder au président actuel, bien des personnes affirment que son but est de se concilier le suffrage du puissant État de New-York (il appartient lui-méine à cet Etat), en y faisant transférer le siège de la Mère- Banque, mais qu’il entend trop bien les affaires pour vouloir sérieusement la destruction d’une institution aussi essentielle à la prospérité du pays.

Quoi qu’il en soit, il serait surprenant que la crise actuelle ne fut pas suivie tôt ou tard d'une réaction favorable à la Banque des Etat-Unis convenablement modifiée, ou à une autre Banque nationale; ce qui, comme 1 a fait observer M. Webster, revient à peu près au même, pourvu que les actionnaires de la présente Banque ne soient pas sacrifiés. La démocratie ombrageuse de ce pays a cet avantage sur les autres démocraties, qu’elle a le sens très droit. Par souvenir de ses vieux griefs contre les abus des banques, par jalousie contre toute supériorité, elle apu écouter beaucoup de déclamations'ronfiaiites contre l’aristocratie d’argent, surtout lorsque ces déclamations étaient mêlées de cajoleries pour elle-même. Elle a pu, lorsqu’on lui parlait de ses prérogatives, se laisser égarer un instant, comme il arrive aux rois du droit divin lorsqu’on les alarme sur les leurs. Elle a pu, fiére qu’elle est de ses œuvres gigantesques,

r. « 3'KmïToaL (j

8^ QUESTIQN BANQUES.

croire que tout lui serait permis et facile, et qu’ellen’avait qu’à froncer le sourcil pour que la Banque croulât à ses pieds en poussière, sans qu’autour d’ellentéme le sol fut ébranlé par celte pesante chute. Des faits positifs, inexorables, lui attestent maintenant qu’elle s’est trompée, qu’elle s’est trop fiée à sa puissance et à son étoile; que la Banque des Etals-Unis est lin agent indispensable. L’influence des faits sVst étendue de proche en proche jusqu’aux habitants des campagnes qui ne trouvent plus comme autrefois d’acheteurs pour leurs denrées. L’argument est saisissant, et il doit être compris. Il est difficile avec des gens de bon sens que la passion résiste longtemps à de telles pvtuives; car les gens de bon sens sont ceux qui ne croient pas aux théories quand inênie, et qui admettent que toute théorie qui vient se heurter carrément contre les faits , est vicieuse ou incomplète. Voilà pourquoi le bon sens en politique vaut au moins autant que resprit.

Il est bon d’ailleurs de se rappeler que toutes les difficultés politiques dans lesquelles les États-Unis se sont trouvés engagés, et qui menaçaient l’existence de rUnion elle-meme, ont élé levées au moyen des mesures qu’on appelle ici des compromis, et qu’en France on appellerait des jiistes-milieux. C’est ainsi que s’est terminé le grave débat du Missouri, qui faillit mettre rUnion en feu. Il s’agissait de savoir si le Mi^ouri serait reçu dans 1 ? Confédération avec resçlavage. Après (\e longs débats sans résultat,

LETTRK V*

M. Clay proposa que le Missouri fût admis sans coaditioo ; mais qu'en même temps il fût déclaré qu'à Tamiir ancun nouvel État situé au nord de 36 “' 3 o” de latJ Eude ne serait reçu dans TUnion avec la clause de lesclavage; cetle proposition rallia tous les espritSj etradmissioo du Missouri fut proclamée. 4 la session; suivante cepeiulaut la querellerecommença plus amère et plus vive entre le Sud et le Nord, à roccasion d'un article de la consfitution du nouvel État qui en interdisait TenErée à tout homme de couleur libre. Un autre compromis^ proposé par M. Ciay, vint terminer définitivement en 1821 ce débat, qui J pendant trois ans,, avait tenu les États- Unis dans raiigoisse. En x 833 , ce fut encore par un ju&te^milieu que la question du tarif fut résolue , et rhonneur en appartient encore à M. Clay. Cette fois, lin compromis lèvera la difficulté un peu plus tôt ou un peu plus tard. yUiiion ne peut se passer d'une Banque Nationale ; elle en aura une.

11 y a des gens heureux à qui tout réussit II y a des peuples heureux au profit de qui tournent tous les évènements, ceux-là mêmes qui semblaient devoir les ruiner de fond en comble. l^Amérique du Nord est un de ces pays privilégiés. Quand Villeroi, battu, revint à Versailles, Louis XIV lui dit : « Monsieur le maréchal, on n'est pas heureux à notre âge. » Charles- Quint, devenu vieux, disait de meme, que la fortune était comme les femmes, qu'elle préférait les jeunes gens aux vieillards. Louis XIV et Charles-

QUEâTiOIN' DES BA3?rQÜES.

Quint avaient raison en ce sens,que lorsqu’un homme; jeune ou vieux, a fini sa mission, la prévoyance, rhabileté et la persévérance ne sauraient lui profiter ; il échoue, quoi qu’il entreprenne; tandis que tout réussit à celui qui aune mission à remplir; les crises les plus violentes, au lieu de l’affaiblir, lui donnent une vigueur nouvelle. Cela est vrai pour les peuples comme pour les individus. Le peuple américain est un jeune peuple qui a une mission ; ce n’est rien moins qu’un monde à conquérir sur les forêts sauvages, sur les panthères et sur les ours. Il marche à grands pas vers son avenir ; car il n’a pas, comme les peuples d’Europe, le fardeau d’un lourd passé sur les épaules. Il pourra rester engagé quelque temps dans la crise actuelle ; mais il en sortira sain et sauf, plus robuste qu’il n’y est entré. Il en sortira avec des ressources de plus, avec un système de banques épuré, et meme, selon toute apparence, avec nue Banque Nationale perfectionnée. Biiissent les peuples du continent européen ne pas attendre long-temps des institutions qui ont si puissamment aidé l’Angleterre et ks États-Unis dans le cours de leurs progrès matériels !

Progrèf de la lutte. — Pouvoirs nouveaux.

BaUimore, le mars i834.

La faillite commence à sévir aux États-Unis, surtout dans laPensylvanieet à New-York. Les grands établissements commerciaux et manufacturiers sont ébranlés. Au Sénat et dans la Chambre des Représentants, 1 on fait pendant ce temps des discours sur la crise, ses causes et ses résultats. Voici trois mois que 1 on discute la question de savoir si le ministre des finances avait ou n’avait pas le droit de retirer des coffres de la Banque les dépôts publics, sans que cette institution eût donné aucun sujet positif de plainte, et seulement parce qu’elle était véhémentement soupçonnée de tendance aristocratique. Les propositions qui ont donné lieu à cette discussiôn on tété renvoyées parle Sénat au comité des finances, parla Chambre des Représentants au comité des voies

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