‹ Lettres sur l'Amérique du Nord (volume 5)Chapitre 22 sur 65 · PROGRÈS DE LA LUTTE · texte numérisé non relu

PROGRÈS DE LA LUTTE

des intérêts nouveaux. Ils n’oni pas de voisin qui leur fasse ombrage. La politique des États-Unis j o’est rextension de leur commerce j et Tenvahisseiiientj par leur agriculture ^ du domaine immense que la nature leur a donné* La masse de leurs intérêts généraux et particuliers est là* C’est Fobjet pour lequel s’enflamment leurs passions politiques et individuelles. Comme les banques sont Famé de leur commerce, de leurs manufactures naissantes et même de leur agriculture, il est évident que le succès de \ewtpolitique est intimement et directement lié à la bonne organisation de leur système de banques* Le gouvernement vrai et réel du pays , c’està dire la direction des intérêts essentiels , est autant dans les banques que dans tel autre corps ou pouvoir créé par la Constitution* Le moment est venu où ce fait doit être reconnu et sanctionné* De même que chez un peuple guerrier la charge de connétable ou de feld-maréchal est la première du royaume, de même chez un peuple qui n’a que faire de la guerre, et qui n’a qu’à s’occuper de Findu strie, celle de président de la Banque centrale, par exemple, doit être une charge publique, politique , dans l’acception du mot la mieux adaptée à ce peuple , et une charge du premier ordre.

De ce point de vue, on peut dire que ce qui se passe aux États-Unis est une lutte où les combattants sont, d’un côté, l’intérêt militaire et Fintérêt avocat qui jusqu’ici s’étaient partagé le domaine des

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affaires publiques, et de l’autre,l’imérêt financier qui en réclame sa part. Les deux premiers se sont coalisés contre le dernier pour lecarter de la place. Ils sont parvenus à ameuter momentanément contre lin la multitude ; mais ils échoueront à la fin, parce que la multitude a plus à gagner avec lui qu’avec eux. On assure que lorsque la députation envoyée par les négociants de New-York vint à Washington présenter une pétition revétuede dix mille signatures

en faveur de la Banque,le président Jackson dit aux commissaires qu’ils exprimaient les griefs des capitalistes, courtiers et commerçants de Wall-Street et de Pearl-Street (i), mais que Wall-Street et Pearl- Street, ce n’était pas le peuple. Je ne sais si le mot a été dit; mais je sais qu’il exprime l’opinion du parti dominant. Au rebours de la vieille école des tories européens, pour qui le peuple se réduit aux classes élevées, et qui mettent le grand nombre hors U peuple, il y a ici une école qui élimine du peuple les classes riches. Rien n’est plus injuste, car si l’on veut avoir la mesure de l’importance réelle des gens de Wall-Street et de Pearl-Street, on n’a qu’à se demander ce que serait New-York sans eux.

Depuis cinquante ans la population de New-York a décuplé ; sa richesse a centuplé peut-être ; son influence vivifiante a fécondé le pays à cent lieues à la

(iJ WalKStreet est une nie de New-York c mateui-A ont ieurs bnreaus. Les magalins des «ont dans Pearl-SlreeL

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POUVOIRS WôUV eaux.

ronde. Ce dévelojipeiiient inoiii n’est point l’œuvre des avtfcats ou des militaires. Le mérite en appartient principalement au travail ^ aux capitaux ^ à l’esprit inventif et entreprenasit de cette minorité, imperceptible numériquement patlatitj de Wall- Strcet et de Pearl Stréet. Il est bien facile de pérorer contre l’aristocratie des écus èt contre ces vils métauXqu’on appelle or et argent. Pourtant,ne croyezvoüs pas que ces vils métaux ont cessé d’être vils depuis qu’ils sont, entre lés mains de ceux qui les possèdent J le fruit dit travail et de l’indUstrie? S il est un paÿ'S au monde où il soit déraisonnable de déclamer contre l'aristocratie des écus et contre les vils métaux J c’est celui-ci. Car ici bien plus qué partout ailleurs tout lê monde a une profession ; quû cotlqiie a des Capitaux les fait Valoir j et ne parvient à les accroître et même à les conserver que moyennant beaucoup d'activité et de vigilance. Par cohséqüèni la richesse d’un homme y est assez généralement en rapport avec son importance, et même sa capacité agricole, mannfacturiêre ou commerciale. Les négociants ont leurs défauts J ils Sont enclins à peser tout dans leur balance à doublons; il faudrait plaindre tin peuple qui ne Serait gouverné que par des marchands. Mais un peuple qui ne serait gouverné que pâr dès militaires OU quô par des avocats ne serait ni plus beurtmx ni plus libre. La politique du Sénat de tïambourg, livrant lâchement au bourreau anglais de malheureux proscrits ) mérite

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]e tnépi’is de tout homttie de cœur ; mais le régime des baïonnettes russes ou même napoléoniennes, et 1 anarchie babillarde du Directoire, sont-ils donc moins antipathiques à ceux ciiez qui vibre fortement la corde de la liberté ou celle de la dignité nation ale et individuelle?

Les révolutions des siècles qui renouvellent la religion , les coutumes et les mœurs, modifient âllssi la nature des pouvoirs sociaux. La Providence abaisse de leurs sièges ceux qui étaient puissants, lorsqu ils s obstinent a méconnaître le nouveau génie des peuples, et elle exalte les humbles qu’anime C6 génie nouveau. Il y a quatre mille ans, ce devaient être eu Égypte des fonctions fort importantes que d enibiuuuer les oisértux sacrés ou de faire la litièrê au bœuf Apis. Dans l'Empire d’Orient, la charge de prolùvestiaira était tinê des hautes dignités de l’État. Et sans remonter si loin , il y a quatre ans à peiné que chez nous, en France, l’objet de l’ambition d’uti grand nombre était de devenir gentilhomme de la, chambre. Aujourd’hui éneoré, parmi les grands dignitaires dé la monarchie anglaise figure le gtootn oj the slùle, ce qui signifie littéralement le 'Valet de la garde-robe.

Personne aujourd’hui n’embaume les oiseaux sacrés ; personne ne fait la litière au bœuf Api.s. On n’intrigue plus pour devenir protovestiaire, ni genlilboiiiiiie de la chambre j et du train dont vont les choses en Angleterre, je ne crois pas que l’on in-

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