POUVOIRS NOUVEAUX
trigue encore long-temps pour devenir gîvomqfthe stole. Il n’y a plus de connétables, ni de grands vassaux, ni de preux chevaliers, ni de pairs de France dans le sens antique du mot. L’aristocratie française, si brillante encore il y a cinquante ans, a disparu comme une moisson qu’on fauche. Les manoirs des anciens héros sont devenus des fabriques ; les couvents se sont changés en filatures ,et j’ai vu des nefs gothiques du meilleur style transformées en ateliers ou en magasins à fourrages. Nos braves soldats se métamorphosent en pacifiques cantonniers, et ouvrent des routes stratégiques.
Des réunions de petits clercs, que les châtelains employaient pour minuter les arrêts de leur justice souveraine, étaient devenues des parlements rivaux des rois et gardiens des lois du royaume. Aujourd’hui les maîtres de forges de la Bourgogne et du Nivernais, les distillateurs de Montpellier, les drapiers de Sédan et d’Elbeuf ont pris la place des parlements. Les princes allemands à cinquante quartiers font antichambre chez les empereurs, chez les rois et chez les ministres, pendant que Leurs Majestés ou Leurs Excellences sont à s’entretenir familièrement avec quelque banquier qui n’a pas de parchemins, ou qui a daigné en accepter pour obliger ses royaux amis. La Compagnie des Indes, compagnie de marchands s’il en fut, a plus de sujets (i) que n’en comptent ensemble les empereurs
(i) Coinpagn:e des Indes a quatre vingt-trois millions de sujetsdii‘ect<^^
LETTRE VI
lOI
de Russie et d’Autriche. Si dans le Vieux Monde, où 1 intérêt ancien avait marqué chaque coin de terre de son séeau, l’intérêt militaire ou avocat, l’intérêt ancien sous toutes les formes, est obligé de transiger ainsi avec l’intérêt nouveau de l’industrie, avec la puissance de l’argent, comment serait-il possible que dans le Nouveau Monde, où les institutions du passé n’ont jamais eu de racines profondes, où toutes les pensées sont dirigées vers le négoce, vers 1 argent,' cette puissance ne parvînt pas à se faire jour sur la scène politique, en dépit de ses adversaires et de ses envieux ?
«Uiuaranle millions de tributaires: total, cent Tingt-trois millions. Il ne reste plus dans-l’Inde que onze millions de populations indépendantes. La population de la Russie est d'environ cinquante millions ; celle de l’Autriche est de irenle-cinq millions: c’est en tout, pour les deux empires, quatre-
fer en Amérique.
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Il y a trois mille ans, les rois de la terre étaient heureux, heureux comme des rois ; le proverbe est devenu depuis bien menteur. Alors il n’y avait pas de Constantinople convoité ; les citadelles d’Anvers et d’Ancône n’étaient pas bâties. Personne ne songeait à la frontière du Rhin ; le naïf Hérodote faisait des contes des Mille et une Nuits sur les pays qu’il arrose. Les bords du Danube étaient d’impraticables marais ; Vienne n’existait pas, ni le traité de Vienne par conséquent. La paix régnait entre les souverains , ou du moins leurs luttes étaient tout académiques, philosophiques et littéraires. Le bon roi Nectanébo, prince éclairé, protecteur des arts, jouait
lETTi^E VU.
aux charades avec Igs puissants îponarques d’Asie ses voisins; il dpvinait Ions leursIpgngryphes sans qu’ils pussent déchiffrer lessiensà leur tour- Sa glpire était sans égale; ses peuples nageaieiit dansiaprospé" rité. La condition des gens de lettres et de science était, il est vrai, des plus humbles; les grammairiens et les philosophes étaient parfois traînés au marché comme d u bétail, la corde au cou, pour y être vendus ; ce qui du moins n’arrive plus qu’aux nègres. Mais pour peu qu’ils fussent des hommes de génie, leur bonne étoile les faisait tomber entre les mains des meilleurs des maîtres; c’étaient tantôt Xanthus, l’homme le plus patient et le plus accommodant que la terre ait jamais porté ; tantôt des princes de bonne humeur, appréciateurs du vrai mérite, comme le roi Nectanébo. Ésope , devenu la propriété de cet excellent prince, ne tarda pas à être son conseiller, son ami, sdn confident. Il révisait charades,énigmes et logogryphes. Il eu soufflait au roi avec tant de modestie, que Nectanébo croyait les avoir inventés lui-méme. Un jour, par son conseil, Nectanébo proposa aux monarques ses rivaux ce problème dif» ficile ; « Comment bâtiriez-vous un® ville dans les airs? «Quand ils eurent jeté leur Igngue aux chiens, et que Nectanébo dut donner sa solution en présence des ministres plénipotentiaires des puissants souverains d’Asie, solennellement convoqués, Ésope mit des petits garçons dans des paniers, et deg aigles qu’il avait dressés secrètement, venant prendre