PITTSBURG
n y aura plus ni forêts à abattre, ni marécages à dessécher, ni bétes sauvages à détruire. Le mal passera et passe, le bien reste et grandit en se transformant comme le grain de sénevé.
Le générât Jackson.
Loubvllle (KeQtuck^), i5 décembre iS34.
Vous avez dii être bien étonnés en France à la lecture du Message du général Jackson. Ici le ton leste et tranchant d’une portion de la presse avait préparé les esprits à quelque démonstration énergique ; mais le Message a dépassé les espérances de ceux qui voulaient prendre, par rapport à la France, nne attitude hautaine, et les craintes de ceux qui redoutaient une imprudence.
Si une telle pièce fût émanée de l’un des Présidents antérieurs, depuis Washington jusqu’à M. John Quincy Adams, elle eût dû être considérée comme l’expression des sentiments de la majorité du peuple
lE GÉW^RAL JACKSOIT.
américain. Aucun d’eux n’eût voulu compromettre ainsi les États-Unis, sans s’être assuré que telle était réellement la volonté nationale. Leur règle était de se laisser pousser par la nation plutôt que de la tirer à eux ou de la devancer. C’est en effet ce qu’il y a de plus conforme aux principes du self-government. Ils eussent établi entre les membres de leur cabinet une discussion approfondie, non seulement de vive voix, mais aussi par écrit, comme le fit Washington lors de la création de la première Banque des États-Unis en 1791. Ils eussent consulté individuellement les hommes notables de toutes les opinions et de tous les intérêts. Ils eussent longuement écouté ceux sur qui tombe directement le plus lourd poids d’une guerre, c’est-à-dire les commerçants des grands ports, Boston, New-York, Philadelphie, Baltimore, Charleston, la Nouvelle-Orléans; et enfin, après avoir pesé toutes les objections, mesuré toutes les difficultés, s’il leur eût été évident que rintérêt et l’honneur de leur pays exigeaient absolument qu’on en vînt à la dernière raison, ils eussent à regret adressé le cartel à leur plus ancien allié, au plus ferme appui de la liberté et du progrès dans l’Ancien Monde.
Le général Jackson a changé tout cela. Les règles et les allures de son administration ne sont plus celles qu’avait établies la sagesse de ses prédécesseurs. On peut soutenir que ce changement est un bien ; à cet égard, l’avenir, un prochain avenir
tETTHE XVII. 269
prononcera. Mais le fait du changement est incontestable.
Le général Jackon possède au plus haut degré les qualités nécessaires pour conduire une guerre de coups de main. Audacieux, infatigable, toujours sur le qui-vive, doué d’un coup d’œil prompt, d’un corps de fer et d’une résolution de bronze, dévoué aux siens, âpre et terrible envers l’ennemi, se jouant des obstacles, aimant de passion le danger, ses guerres contre les Creelts et les Séminoles eurent le plus brillant succès. Sa courte campagne de la Nouvelle-Orléans contre l’armée anglaise de Packenham, fut héroïque. Grâce à ces exploits, et en vertu de 1 enthousiasme qu’excitent en tout pays les services militaires, le général Jackson se trouva l’homme le plus populaire des États-Unis, quand la mort eut fait disparaître les fondateurs de 1 indépendance, et il devint naturellement candidat pour le fauteuil présidentiel On objecta son inflexibilité, l’emportement avec lequel il avait, durant toute sa carrière, accueilli la contradiction; on représenta sa disposition à suivre ses inspirations personnelles, sans égard pour les exigences de la loi, et à trancher brusquement les difficultés avec l’épée d’Alexandre, plutôt qu’à les résoudre lentement selon les formes constitutionnelles. On ajouta que ses penchants naturels, renforcés par l’habitude du commandement militaire et par les coutumes spéciales à la guerre, telle qu’il l’avait faite, avaient dû
LE GISkERAL JACKSOTf*
devenir indomptables* qu'il ne pourrait se plier à la modération que requiert Texercice de Fautorité civile. On prédit qu'il serait en politique comme à la guerre J chaud pour ses amis, implacable envers ses adversaires, violent envers quiconque tenterait de lui barrer le chemin ; qu'au lieu de rester au^ dessus des querelles des partis , on le verrait bientôt descendre de sa personne dans Fa rêne. On cita le juge mis aux arrêts à la Nouvelle-Orléans (i), les miliciens fusillés (2), Fexécution des deux Anglais Ambrister et Arbuthnot ( 3 ), Finvasion et la conquête en pleine paix des possessions espagnoles de la Floride ( 4 ) j sa colère et ses menaces lorsque le
(x) Deux mois apres la bataille de laNouvelle^Orléans, lorsque le bruit de la paix entre l’Angleterre et les États-Unis était répandu^ et quelques Joiiirâ avant qn*on en reçût à la Nouvelle-Orléans ravis officiel, le général Jackson lit arrêter un membre de la législature de la Louisiane, alors en session, pour un article de journal qi^il avait écriL Le juge de ta Cour des États-Unis s^élant interposé, le général Jackson le fit arrêter lui-même et conduire liors de la ville- Le général fut, pour ce fait,.condamné, quelques jours apres, à 1,000 dollars d^amende*
(a) Dans la guerre de iSia.
( 3 ) Ces deux Anglais se trouvaient parmi les SéminoleSj dans la deuxième guerre (iSiS), Ils lurent accusés d^a voir pris part à la guerre, quoique sujets d’uuc puissance en paix avec les Élals-ünis. Le général Jackson les livra à une cour martiale qui ne eondamua que Tua des deux k mort i il les fit cependant exécuter Fun et Vautre,
(4) A la fin delà deuxième guerre desSéminoles , au mois de mars î 8 iS, le général Jackseu enleva la forteresse espagnole de Saint-Mare, sous prétexte que les Indiens se réfugiaient sous le canon de la place et pouvaient s^eu emt>arer. Le gouverneui' de Pensacola aj'ant réclamé par une lettre, le général Jackson, qui Évacuait le pays, revint sur ses pas, marcha sur Pensacoia et s’en empara. U prit peu après, de vive force, h fortei'esse de San- Carlos de Barraneas,
LETTllE XVII, 2,^ ï
Congrès délibérait sur les accusations que ses procédés sommaires avaient soiiievées.
Néanmoins sa loyauté chevaleresque ^ sa haute probité, son chaleureux patriotisme, parurent de suffisantes garanties. Fardes raisons de politique intérieure, qu'il serait trop long d’énumérer ici, beaucoup d^hom mes éclairés, qui, dansTorigine, avaient accueilli sa candidature avec dédain, sa concertèrent pour la faire réussir j ils espéraient beaucoup de leur influence sur lui. Et, en effet, son humeur fougueuse parut modifiée après son élévation ; le souvenir de ses professions de foi, qui étaient, lorsqu'elles pa-- Furent, Texpression franche de ses sentiments, était tout frais encore. Il s'était consciencieusement promis à lui-même d’observer les principes consacrés par Washington, Jefferson, et les autres patriarches do l'Amérique 5 de se renfermer scrupuleusement dans letroite limite de la prérogative présidentielle, telle qu’il se l’était tracée ou laissé tracer; de suivre le courant de ropinion publique sans chercher à le croiser ou à le détourner de sa pente instinctive; d’ètre modéré , patient et calme. Pendant son premier terme de quatre ans, il resta assez fidèle à sa propre détermination, à ses déclarations de principes et aux avis des hommes qui Pavaient elevé sur le pavois. Mais c'était pour lui une insupportable contrainte. On ne se modifie plus après soixante ans. 11 s'en faut de beaucoup d'ailleurs que les tempéraments, disons mieux, que les qualités
LE GÉHÉRAL JACKSO».
distinctives de tous les hommes puissent s’accommoder de cette haute sphère de sérénité où il faut pourtant se renfermer quand 011 gouverne. C’était plus difficile pour le général Jachson que pour tout autre; la turbulente ardeur de la jeunesse n’avait été tempérée chez lui ni par l’âge, ni par les fatigues des guerres les plus pénibles. Les discussions politiques dans un pays de suffrage universel seraient de force d’ailleurs à user la patience des anges. Peu à peu donc on vit reparaître les orageuses tendances du planteur dû Tennessée. Peu à peu le caractère aventureux, intrépide, inquiet, obstiné, fier, indomptable du chef de partisans, de l’exterminateur des Creeks et des Séminoles, perça à travers le vernis de réserve, de gravité, de bienveillance universelle dont il s’était couvert, et déchira le manteau constitutionnel dont ses amis avaient eu tant de peine à l’entourer.
Enfin en iSSa, la Caroline du Sud lui fournit une occasion naturelle de donner carrière à ses appétits belliqueux, comprimés depuis quatre ans. Cet État avait, de son autorité privée, proclamé la nullité du tarif des douanes établi par le congrès, et armé sa milice pour soutenir son décret de Nullification. Le Président Jackson aussitôt, tout en conservant un langage plein de modération, fit des préparatifs de guerre, et obtint un acte du Congrès ( Force, bilt)^ qui l’autorisait à employer tous les moyens pour feire respecter les droits de l’ünion. Lorsque l’orage
LETTBE XVlf. 2^3
fut coiïjurG fl} 7 ic 0^GH0ràl Jsckson fut proclunit^ It^ sauveur de la Constitution ; et peut-être ne prit-on pas assez de soin alors pour prévenir une méprise naturelle à un vieux soldat, et pour lui faire sentir que les félicitations d’un peuple reconnaissant s’adressaient moins à son attitude guerrière qu’aux pacifiques démarches faites sous ses auspices.
Dans la chaleur du débat et au bruit des acclamations qui suivirent le rétablissement de l’ordre, le vieux levain guerrier acheva de se soulever dans l’ame du général Jackson ; sans prendre de repos,il entama une vigoureuse campagne contre la Banque. C’était une guerre à peu près sans provocation, et certainement sans justice. Pendant quelque temps, il sembla que le général y succomberait. Mais il tint bon : il ne plia pas et ne rompit point. Il a été dans cette circonstance ce meme Old-Hickojy fa} que les Indiens trouvaient toujours et partout acharné sur leurs traces, qu’ils ne pouvaient ni lasser ni surprendre , sur lequel ils n’avaient prise ni par la ruse ni par la force ouverte. Les dernières élections de la Chambre des Représentants lui assurent la victoire ; la Banque ( 3 ) est condamnée à subir le sort des Creeks et des Séminoles, de M. Clay et de
(i) You^ la note 12 à ïa fia du -volume^
(a) JjHickofy est une espèce de noyer qui n*exisïe pas eu Europe et qui esî très commim en Atnerique, C'est un bois dur, compact^ très dMcile à rompre* tes Indiens eu avaient dooné le nom au général Jackson , auquel ses amis Vont conservé. Le vieux général est aussi populaire , en Amérique, sou$ Je nomd'Oid-Hickor/^ que Napoléon rélait sous celui du PâiU^Çaporal ( 3 ) ^ oir la note 46 à la fin du volunie*
tDîTiow, jg
2^4 lE GiHÉRAL lACKSON.
M. Calhoiin, du gouvernement espagnol de la Floride , et du général anglais Packenham.
Il semble maintenant que l’enivrementde ce grand succès lui ait rendu toute l’ardeur de sa jeunesse , et qu’à un âge où tous les hommes n’aspirent plus qu’après le repos (il approche de soixante-dix ans), il ait besoin de nouveaux périls, de nouvelles fatigues. L’hiver dernier, M. Clay disait au Sénat, que si la phrénologie était une science certaine, le Président Jackson devait avoir la bosse de la lutte {comhativeness) ; car sa vie n’avait été qiviin continuel exercice de cette passion f a quatorze ans, contre les Anglais , puis contre ses voisins les premiers Settlers du Tennessee, gens peu traitables qui se plaisaient, ainsi que lui, à manier le sabre,le poignard,le pistolet et la carabine ; puis contre les Indiens, les Anglais, et encore les Indiens, sans compter d inoffensifs Espagnols ; ensuite contre lui, M. Clay , contre M. Calhounet la Caroline du Sud, et qu'enfin, à défaut d’autres adversaires, il s’escrimait contre la Banque. 11 semble en effet que le général Jackson soit possédé du démon de la guerre ; car à peine at-il eu appuyé le pied sur la gorge de la Banque, qu’il lui a fallu un autre ennemi ; et ne trouvant plus en Amérique que des vaincus ou des ennemis indignes de sa colère, c’est à la France qu’il a jeté le gant.
Jusqu’à présent donc,le défi lancé à la France n’est que l’expression deThumeur du général Jac-
I^ETTRE XVI!*
ksoii. Malheureusement cet acte individuel émane d’un homme qui est le Président des États-Unis jusqu au 4 mars 1837, et qui est tenace dans les antipathies qu’il s’est créées, plus encore que dans son amitié. Malheureusement encore le défi a été inséré dans un document solennel qu’on est habitué à regarder en Europe comme l’exposé fidèle des sentiments du peuple américain. Enfin celui qui a mis ainsi en avant les Etats-Unis ^ vient de faire un essai qui atteste à quel point il sait faire épouser à la masse de la population ses querelles personnelles.
En politique comme à la guerre, sa tactique est de se jeter en avant, en s’écriant : Qui m’aime me suive} Cette méthode hardie lui a merveilleusement réussi contre la Banque. S’il eut demandé au Congrès de retirer à cette institution le dépôt des fonds publics, il eût certainement échoué; le Congrès eût déclaré qu’il n’y avait pas lieu. Il prit donc hardiment 1 initiative. II ordonna ce retrait malgré l’avis de la majorité de son cabinet, deux mois avant la réunion du Congrès, sans qu’il fût possible de prétexter d’urgence : J’en prends la responsabilité^ dit-il. Le ministre des finances refusait d’exécuter la mesure, parce qu’il la considérait comme un funeste abus de pouvoir : il fut renvoyé. La majorité de la Chambre des Beprésentaiits, et, dans les élections dernières, celle de la population, ont ratifié ees essais de dictature. Le général Jackson a perdu, à la vérité, la plupart des amis qui lui restaient en-
a 76 LE GKHJiRAL JACKSON,
core dans les classes éclairées et parmi les commerçants ; mais peu lui importent quelques individus, si éminents qu’ils puissent être ; en vertu du suffrage universel, c’est le nombre qui domine ici.
Cette tactique audacieuse au moyen de laquelle il a Entraîné les masses contre la Banque, lui réussira-t~elle aujourd’hui qu’il entreprend de les exciter contre la France? Il est permis de la comparer à un de ces tours de force où l’on réussit une fois, deux fois , et où l’on se casse les reins quand on veut les répéter une. troisième. On peut supposer encore que le général Jackson possède une de ces popularités dont l’influence est irrésistible pendant un court intervalle, mais dont la durée et la solidité sont en raison inverse de leur intensité et de leur éclat. Ce sont là au reste de pures conjectures. Un fait est certain, c’est que le général a la majorité dans la Chambre des Représentants; et, d’après ce qui est connu de la composition du prochain Congrès, il y a apparence qu’il la conservera durant tout le cours de sa présidence, tandis que l’Opposition, qui a maintenant la majorité dans le Sénat, pourra la perdre après la session actuelle. Il ne m’est pas démontré d’ailleurs que l’Opposition doive être unanime à réprouver les procédés du général Jackson à l’égard de la France. Les adversaires du général Jackson, tout aussi bien que ses amis, sont obligés de ménager leur maître commun, le peuple souverain. Or, en tout pays les masses sont fort peu cos-
LETTRE XVII
mopolites. Leur patriotisme est plus vif et plus ardent, mais aussi plus brutal, plus injuste et plus arrogant que celui de la bourgeoisie. En France, elles chantent avec transport : a Je suis Français, mon pays avant tout ! » Ici elles crient : Our country, right or ivrong (i)! ce qui est le beau idéal de l’égoïsme national.
Comme le général Jackson n’est cependant pas un écervelé, on ne conçoit pas au premier abord qu’il veuille faire passer les États-Unis tout d’un coup, sans intermédiaire, d’une étroite amitié avec la France à la guerre. S’il croit que la France a outrepassé tous les délais, a épuisé toute la patience qu’elle a droit d’attendre d’un ancien allié, d’une nation dont l’indépendance a été achetée de notre or et de notre sang, pourquoi ne se borne-t-il pas à proposer des mesures de douanes ? Une taxe sur nos marchandises serait même un moyen de se payer des vingt-cinq millions. II n’ignore pas que , si la France a plus à perdre peut-être que les États-Unis à une guerre de tarifs, les États-Unis, dont les affaires maritimes sont beaucoup plus étendues que les nôtres, ont plus à perdre que nous dans une guerre à coups de canon, dont la mer serait le théâtre naturel. Mais quelle est, aux États-Unis, la classe que la guerre ferait le plus souffrir? Celle du com-
(r) Noire pays, qu'il ait tort ou qu'il ait raison î
2^8 LE GÉHlÉRiL JACKSON.
merce. A qui appartiennent les bâtiments et les marchandises? Aux négociants et armateurs qui votent contre le général et contre lessiens^ ases ennemis qu’il déteste et méprise ; aux commerçants de Boston qui ont fait mutiler sa statue placée à l’avant de la frégate Constitution; à ceux de New-York qui ont fait frapper à Birmingham des médailles-caricatures provoquant à la haine et au mépris de son gouvernement } aux capitalistes de Philadelphie, amis de M. Eiddle et admirateurs de M. Clay. I^e général Jackson s’inquiète peu des interets de ces gens-la. Au contraire, une augmentation des droits de douanes, quel qu’en fut le motif, nuirait spécialement aux États du Sud, et serait très mal accueillie par eux. Comme c’est le Sud qui produit le colon, article principal d’exportation des États-Unis en France, les représailles que le gouvernement français ne manquerait pas d’exercer, retonrberaient aussi principalement sur le Sud. Or, le parti démocratique a aujourd’hui besoin du Sud. 11 ménage surtout la Virginie, l’État le plus influent du Sud. Le succès dés plans du parti démocratique, c’est-àdire, l’élection de M. VanBuVen à la présidence, dépend beaucoup de l’attitude que prendra la Virginie, non pas en 1 836, à 1 époque de 1 élection, mais cette année j non pas demain, mais anjourd hui. L opinion publique est maintenant en balance dans la Virginie. On voudrait à tout prix 1 empêcher de
LETTllE XVII.
faire un pas dans les voies de l’Opposition ; et l’on sait bien que k Virginie n’entend pas que l’onsus^ cite des obstacles particuliers aux intérêts du Sud, En ce moment la législature de Virginie est assemblée; un de ses premiers actes doit être de nommer un Sénateur des États-Unis. Si elle choisit M. Leigh, le Sénateur actuel, la voilà compromise en faveur de l’Opposition, et peut-être perdue pour le parti. La perte de la législature peut entraîner celle de l’État; la perte de l’État de Virginie peut entraîner celle du Sud, Les considérations de cet ordre ont ici beaucoup plus de poids qu’on ne pourrait l’imaginer en Europe. Au milieu des institutions mobiles de ce pays, les hommes politiques, nouveaux prolétaires, ne vivent qu’au jour le jour.
11 arrive quelquefois que les gouvernements européens sont entravés dans leur politique étrangère par la complication de leur politique intérieure. Le général Jackson eût été plus réservé s’il n’eût pas pensé que telle était en ce moment la position du gouvernement français. Croyez pourtant qu’il a lui aussi, au dedans, ses embarras qui faussent ses mouvements extéi'ieurs. Il les a plus que tout autre Président, parce que, bien plus qu’aucun de ses prédécesseurs, il est homme de parti, engagé dans des combinaisons de parti. Les intrigues parlementaires et les intérêts opposés des diverses portions de l’Union créent ici, surtout pour une Administration
280 LE GKNÜRAL JACKSON.
comme la sienne, les mêmes difficultés qui, chez nous, résultent d’une population mal équilibrée et du fardeau de notre passé- Le gouvernement français peut le tenir pour certain et doit agir en consé' quence.
XVIÏI.
JL'opîmoii publique*
Louis ville (Kentucky ), décembre iSâ4.
La première impression produite aux États-Unis par le Message du générai Jackson a été d’étonnement. Pour tout le monde, c’est de l’imprévu, un vrai coup de théâtre.
Je suppose qu’en Europe il aura excité plus que de la surprise. On se sera demandé sans doute comment il était possible qu’un acte aussi peu mesuré, aussi peu réfléchi, fut émané d’un gouvernement qui, depuis son origine, s’était signalé par son tact et par sa prudence.
J’ai déjà cherché à expliquer ce mystère, et j’ai dit que cette quasi-déclaration de guerre était personnelle au President Jackson; qu’en cela, comme
282 l'opimion publique*
en toute chose j il avait fait à sa tete* Les hommes éclairés qui rentouraient à son début et dont les sages conseils modéraient sa fougue^ ne sont plus là pour le retenir. Un à un ils se sont écartés de lui j plusieurs^ tel que M. Calhounj sonVice-Président lors de son premier teiame^ sont devenus ses ennemis irréconciliables. Sa position J comme chef du parti démocratique j Tobligeait aussi à donner, coûte que coûte, un aliment aux passions inquiètes que ses dernières luttes ont déchaînées.
On s’exposerait à des mécomptes si Ton jugeait de raccLieil que Fopinion publique doit ici faire à un document de ce caractère^ d’après ce qui se passerait en Europe. L’opinion publique n’a pas ici les mêmes arbitres que dans nos sociétés européennes: ce qu’on appelle en Europe l’opinion publique j c’est Toplnion généralement accréditée parmi les classes bourgeoises et les classes nobles^là dù il reste une noblesse^ c’cst celle des négociants^ des manufacturiers^ des savants^ des hommes d etude et d affairesj de ceux qui^ ayant reçu de leurs pères Une existence assurée^ consacrent leur temps aux artS;, aux lettres ou aux sGienceSj et souvent aussij par malheur^ à l’oisiveté ^ Voilà le monde qui, en Europe^ règle l’opinioni C’est lui qui siégé aux Chambres, occupe les emplois et dirige les organes les plus influents de la presse* C’est uil naonde poli et cultivé, habitué à se contenir, en garde contre l’enthousiasme, plus eUclin au scepticisine qu à
LETTEE XVHK
l’exaltalion; à qui toute extrémité violente répugne^ que toute grossièreté révolte; aimantj soiiveTit à Fexcèsj la modération, les demi-mesures et les termes moyens. Dans un monde pareil^ un Message tel que celui du général Jackson eût soulevé le blâme üili^ versei, ou, pour mieux dire, si le général Jackson eût puisé ses inspirations dans un pareil milieu^ il n’eût point dicté son Message.
La minorité, qui en Europe fait Fopinioii publique et par elle est souveraine, délogée ici de position en position, a fini par ne plus diriger Fopinion que dans les rares valons des grandes villes, et par être gouvernée d’aussi près que les mineurs^ les femmes et les imapabks. Jusqu’à Favénement du général Jackson, elle avait cependant exercé de Fiiifliience sur tous les Présidents, qui généralement étaient ce qu’on appelle ici des seholars (i)? et qui tous, quelles que fussent leurs liaisons de parti, avaient de ce côté leurs relations de famille et d’amitié, ainsi que leurs habitudes. Jusqu’à ce jour elle avait conservé une sorte de contrôle sur les deux Chambres- Aujourd’hui elle a complètement rompu avec le Président; ou plutôt c’est lui qui a rompu avec elle* Aujourd’hui elle n’a plus de crédit que près d’une seule des Chambres, parce que le Sénat se trouve encore composé d’hommes qu’elle peut revendiquer comme siens à cause de
(i) des kdmûiesà éduéàtida litïérâife ei àcieTttiiSqüe,
284 l’oPIWIOIÎ PUBLIQUE.
leur supériorité de lumières, d’éducation ou de fortune. Aussi la démocratie ne manque pas de qualifier le Sénat de corps aristocratique, et lui donne le nom de Chambre des Lords, La masse, qui en Europe est habituée à porter le bât et à recevoir la loi, ici a mis le bât sur les épaules des classes éclairées et policées, qui sont chez nous les classes supérieures, et fait la loi à son tour. Le farmer le mechanic sont les seigneurs du Nouveau-Monde; l’opinion publique, c’est leur opinion; la volonté publique,' c’est leur volonté’; le Président est leur élu, leur mandataire, serviteur {sen>ani). S’il est vrai que les classes dépositaires du pouvoir en Europe se soient montrées trop disposées à en user à leur profit, sans consulter les intérêts et les vœux de la foule qui s’agite au-dessous d’elles, il faut reconnaître qu’en Amérique les classes qui tiennent le sceptre ne sont pas plus exemptes d’égoïsme , et qu’elles prennent moins de peine pour le déguiser. En un mot, l’Amérique du Nord, c’est l’Europe la tète en bas et les pieds en haut. La société européenne, à Londres et à Paris comme à Saint-Pétersbourg, dans la république helvétique cojnme dans l’empire d’Autriche, est aristocratique, en ce sens qu’aujourd’hui encore, même après les grands changements survenus depuis cinquante ans, elle repose d'une manière plus ou moins prédominante sur le principe d’inégalité ou de hiérarchie. La société américaine est essentiellement et radicalement
LETTRE XVîlL
une démocratie, non de mots, mais de choses. Aux Etats-Unis l’esprit démocratique s’est infiltré dans toutes les habitudes nationales, dans tous les usages de la vie. Il assiège , il importune par tous les pores l’étranger qui ne soupçonnait pas, avant de débarquer , a quel point 1 éducation européenne avait imprégné d’aristocratie sa fibre et ses nerfs. Il a effacé toutes les différences, sauf les différences de couleur; car ici une nuance dans la peau met entre deux hommes plus de distance qu’en tout autre pays du monde. Il domine en tous lieux, un seul excepté; et c’est précisément celui qui, dans l’Europe catholique, est consacré à l’égalité, c’est l’ÉgÜse; ici tous les blancs sont égaux partout, excepté en piesence de celui pour qui les distinctions de cette terre ne sont que misère et vanité (i). Bizarres exceptions, ou plutôt protestations solennelles, qui attestent que le sentiment de hiérarchie est chevillé dans le cœur humain à côté de celui de l’égalité, et qu’en toute circonstance comme en tout pays il faut qu’il ait sa place !
En tous lieux la démocratie a peu de douceur dans la voix, peu de souplesse dans les formes; elle s’entend peu aux ménagements et aux détours; elle est sujette à confondre la modération avec la faiblesse, la violence avec l’héroïsme. Peu habile à se maîtriser, elle se livre à ses amis sans réserve et se
(0 Voir la note 47 à la Fm du volume*
a86 l’opinion publique.
fait des idoles qu’elle encense; elle exprime rudement, du ton de la menace et de la colère, ses griefs et ses soupçons conti'e ceux dont elle croit avoir à se plaindre. Elle est extrêmement peu tolérante à l’égard des nations étrangères, La démocratie américaine en particulier, nourrie dans la persuasion que les peuples d’Europe gémissent ignoblement sous le joug de despotes sans frein, les a pris en pitié dédaigneuse. Quand elle jette un regard de l’autre côté de de l’Atlantique, elle affecte 1 air de supériorité d’un homme libre qui arrête ses yeux sur un troupeau d’esclaves. Son orgueil s’épanouit à l’idée d’abaisser le principe monarchique dans la personne d’un des « tyrans qui tiennent 1 Europe sous leurs pieds. »
On peut donc s’attendre à ce qu’ici l’opinion publique approuve le Message dans le fond et dans la forme; quelle le trouve plein de mesure et de convenance, Il est probable que la plupart des hommes et des journaux de l’Opposition n’oseront le critiquer que très faiblement. Ce n’est pas que les Jacksonmen eux-mêmes soient unanimes en sa faveur; c’est que les orateurs et les journaux de l’Opposition, comme ceux du parti de l’Administration, se croient et sont tenus à l’hommage-lige envers la souveraineté populaire ; c’est qu’ils sont tous obligés de ménager les susceptibilités de la masse, qui est peu maniable en matière de dignité et de vanité nationales. Un certain nombre de feuilles et d’hommes
IiETTBF XVirj.
poiitiques se sont exprimés avec iiidépentlance sur l’opportunité et sur les conséquences d’une déclft-ration de guerre, et ont su concilier leur patriotisme avec une haute courtoisie envers Rallié le plus ancien et le plus fidèle de l’Amériqvie; mais ce ne sont que des exceptions, Quelque,Huis des jour» naiix les plus éclairés et les plus influents de l’Op-^ position ont, à la surprise générale, fait volte-face par une manœuvre soudaine, et accueilli par de bruyantes acclamations la partie du Message qui est relative à la France. Les voilà plus dénnocrates que la démocratie, intraitables sur le point d’honneur , prêts à tout sacrifier pour obtenir réparation d’un outrage dont ils s’aperçoivent pour la première fois après vingt ans. Tel qui était hier un écrivain pacifique et raisonnable, est aujourd’hui un foudre de guerre, ne parle plus que de la dignité nationale offensée, ne songe plus qu’à souffler le feu. Voici le secret de cette métamorphose subite : Si les États-¬ Unis étaient en guerre, il leur famlrait heaucoiip d argent, et une banque serait alors indispensable aux transactions du gouvernement fédéral. Or, une Banque et la Banque, au fond, c’est tout un. Cela s’appelle de la politique, de l’habileté. Il reste à savoir si le parti démocratique en sera la dupe, et si ceux qui sont le plus intéressés à l’existence de la Banque, c’est-à-dire les négociants de Neiv-York, de Boston, de la Nouvelle-Orléans, et même ceux de
288 l’opinion publique.
Philadelphie, voudront ainsi de la Banque à tout prix.
Heureusement pour la paix du monde, le Sénat des États-Unis est en majorité composé d’hommes éminents par leur expérience, leur capacité et leur patriotisme, qui jugent de haut les intérêts de leur pays, et qui, entre autres questions, se poseront celle de savoir si le pire moyen d’assurer, selon leur désir, la liberté des mers, ne serait pas d’employer la marine française et la marine américaine à s’entre-détruire. Ils n’hésitent pas à se mettre, quand il le faut, au-dessus des exigences d’une popularité éphémère, et à aborder les difficultés en face. Dans cette illustre assemblée, l’hiver dernier, une poignée d’hommes éloquents et fermes suffit à soutenir le choc des masses populaires, à les faire hésiter et reculer. Le Sénat n’a quà rester égal à lui-même pour bien mériter de son pays et de l’humanité.
CindunatL
Mempliis (Tennessee), janvier iS35,
Cincinnati a été rendu célèbre par M"' Trollope, dont les sens aristocrati(ju.es se sont soulevés contre le commerce de salaisons (jui s'y fait sur une grande échelle. Sur sa parole j bien des gens ont cru que les habitants de Cincinnati étaient tous des marchands de cochons, et leur ville un abattoir. Le fait est que Cincinnati est une grande et belle ville, admirablement située dans Tun de ces plis que décrit 1 Ohio a regret fugitif Les montagnes qui bordent cette Belle-Riviere (i) tout le long de son cours, semblent s'être reculées pour laisser sur la rive un plateau élevé et uni auquel elles servent de murailles
(r) C'est le nom que tes Fi-atiqais lui ntnleiit dmmk
iO
■- KT>rTïc>X<
CINCINNATI
de tous les côtés où l’Ohio ne lui sert pas de fossé , afin que les hommes pussent y bâtir une ville spacieuse à l’abri des terribles inondations du fleuve (i). Les géologues, qui ne croient pas aux complaisances des mythologiques Oréades, diront tout simplement que ce plateau est le résultat del ci osion creusée aux temps diluviens, dans le massif des montagnes, par le choc des eaux d une rivière bien modeste aujourd’hui, appelée Licking, qui descend des cimes du Kentucky et vient déboucher dans l’Ohio vis-<à-vis Cincinnati.'Quoi qu’il en soit, il n’y avait pas sur tout le cours du fleuve un seul point qui naturellement fût plus à même de séduire des fondateurs de ville.
I.a physionomie architectonique de Cincinnati est à peu près celle des quartiers neufs des villes augUi^es. Ce sont généralement des maisons de briqvies, de deux étages le plus souvent, aux vitres luisantes de propreté, disposées chacune pour une seule famille, végulièrement alignées le long de rues larges de soixante-six pieds anglais (20 mètres) et fort bien pavées. Çà et là, rnniformité de ces constructions est interroirnpue par des édifices d’une apparence plus monumentale. Ce sont, par exemple, des maisons en pierres de taiUe, d’excellent
(ï) Les crues de TOhio sont énormes. Eu février 1SS2, il moula de soixante-SiX pieds anglais (vîugt mèlrcs) avi-dessus du niveau des basses eauîf. Pendant plusieurs jours on alla en bateau à vapeur dans quelques rues de Cincinnati.
LETTRE X[X
goût, vrais palais en miniature avec un portique eu raccourci, qu’habite l’aristocratie des marchands de cochons de M'"' Trollope, ou de petits manoirs entourés de jardins et de terrasses. Ailleurs, ce sont ^es écoles publiques (Common Schools), où filles et garçons apprennent ensemble la lecture, l’écriture, la géographie et le calcul, sous la direction simultanée d’un maître et d’une maîtresse (i). Sur un autre point, vous apercevez une église,petite, étroite, simple, sans sculpture ni peinture, sans vitraux coloriés ni arceaux gothiques, mais bien close, garnie de tapis épais, et murâe d’excellents calorifères qui garantissent les fidèles du froid pendant les longs offices du dimanche. Il y a à Cincinnati, comme dans toutes les villes des États-Unis, une multitude d’églises ; il y en a pour toutes les sectes, depuis l’épiscopalisme anglican, quia sous sa bannière la richesse du pays , jusqu’au baptisme et au
(r) Ces écoles soïü pniretenues au moyen d’une taxe analogue à nos centimes üddiiionuels* L'Ênseignemenisimuliané y est préféré à renseignement mutiieL Elles soiit sîttiées dans de grands bâliments carrés, porlant en lettres d’or le nom du qnarlier. D’après le rapport ofïïdel des administrateurs et
visiteurs ( Trustées and Fiskcrs)^ eu date du 3 o juillet 1833, il y avait alors à Cincinnati six mille eufauts de six à seize ans, sans compter deux cent trente enfants de couleur pour lesquels il y a une école à part. Environ deux mille trois cents enfants fiéquentaient les common scfiooU^ et mille sept cents les écoles particulières. Le nombre des common schools de dixduiit, ïl y a douze maîtres et cinq sous-maitres, six maiiresses et sept sous-maîtresses. Les maîties reçoivent 40G dollars, ks sous-maltres aSo ; les maiticsses 316, et les sous-maitresses 168, Ces sala ires sont réunies insuffisants.
CINCIHNATI.
méthodisme, cultes des ouvriers et des nègres (i). Sur un autre point, c’est un vaste hôtel que vous prendriez au dehors pour une résidence royale, mais ou je puis vous certifier qu’on ne trouve pas une hospitalité princière j ou un musée qui est une spéculation particulière, comme tous les musées américains, et qui se compose, selon la formule générale, de quelques cristallisations, d’ossements de mammouth fort abondants aux États-Unis, d’une momie égyptienne, de costumes et d’armures à l’usage des Indiens, d’une demi-douzaine de statues de cire représentant, par exemple, Washington , le général Jaclïson et les chefs indiens Black-Hawk et Técumseh ( 2 ) ; d’une figure de Napoléon à pied ou à cheval ; d’une cuirasse française provenant de Waterloo, d’une collection de portraits de notabilités américaines en général, y compris celle de Lafayette, et de celles de l’endroit en particulier ; d’une autre d’oiseaux empaillés , de serpents conservés dans
(1) Il y a aussi bon nonibre de ealholiques à Ciucîuîiaii. Ce sont des émigranls d’Irlande et d’Aïiemegne, gens pauvres pour la plupart. Je liens de M- révêque de Cinciouaii ^ <|u 1 l y a environ vingt mille ealhoiiqaes dans l’Etat d’Ohio , dont la population est de onze cent mille âmes*
(3) Técumseh , et son frcre le Prophète ^ avaient oigaoisé du ïïord au Sud une confédération générale des Indiens contre les Etats-Unis, Ils commencèrent les hostilités un peu avant la guerre de : peudant cette
guerre, ils s’unirent aux Anglais qui avaient été leurs instigateurs, Técumseh a laissé des souvenirs d’un homme supérieur, Elück-Hawk est un moindre personnage | qui^ à la tète des petites tribus indiennes des Saks et des Renards^ fit une guerre de frontière, en i 83 a, sur le haut Mîssissipi. Il fut bieutot battu et pris: on le promena dans les grandes villes du Hord, ce qui lui a donné une certaine célébrité.
LETTilJÏ XIX. 2g3
I esprit-de-vin , et surtout d’un grand serpent vivant, boa constrictor ou anaconda. L’un des musées de Cincinnati se distingue cependant par des antiquités indiennes remarquables, tirées soit des vastes cavernes du Kentucky, soit des tumuU très nombreux sur les rives de l’Ohio, et dont plusieurs existaient sur l’emplacement où Cincinnati s’élève (r).
Quant aux banques, elles sont modestement logées à Cincinnati,mais en ce moment on discute le plan d’un somptueux édifice, digne de leur haute fortune, où elles réuniraient leurs bureaux. Les fonderies où se coulent les machines à vapeur, les chantiers ou se charpeutent les steam-boats, les atelers bruyants, insalubres ou incommodes,sont aux extrémités de la ville ou dans la municipalité attenante de Fulton, ou dans les villages de Covington et de Newport, situés sur l’autre rive, dans l’État de Kentucky, ou même au loin dans la campagne.
(0 Cemusee possède aussi une merveille que je n’ai ren«mtrée nulle au re part. C est une représentation de l’enfer où les jeunes filles de Cineiuaaa von. Percher les émotions que leur refuse une existence eomfortable et paisible, mais fi'oide et monotone. On les y fait assister aux contorsions et ux cns de damnes a ressorts, aux fureurs d’un ours empaillé qui burle de raseetfmt claquer ses mÛehoires. On leur y montre encore un gigantesque serpent de papier qm se replie et se déroule .tantôt avec une majestueuse Ion eur, tanlôt avec une impétuosité menaçante. Cet Étrange spectacle, mêlé aalternauves de lumière c. d’obscurité. de quelques effet» de peJite fantasagorie de coups de tamtam. et des tcessaillemcals que communique aux assmants une machine électrique cachée dans les coulisses, paraît e^branler dehecusement les nerfs de la jeune portion des Cincinuatiens et surtout des t^tncmuatienues. C’est la principale sonree des receltcs du Musée
CIHCIWIfATI.
Quant à l’immense tuerie de porcs, environ 1 5o,ooo par an, et à la préparation de graisses qui s’ensuit, Cincinnati n’en est ni sali ni infecté. Tout se passe hors de la ville, sur les bords d’un petit ruisseau {Beer creeA), à qui ses eaux toujours rougies dans la saison par ce vaste massacre, ont valu le surnom de Sanglant {Blooefyrun), ou près des bassins d’un canal qui va de Cincinnati à Dayton, dans l’inlérieur de l’État, et qu’il est question d’étendre cent lieues plus loin, Jusqu’au lac Érié. Cincinnati n a d’ailleurs ni squares plantés à l’anglaise, ni places, ni avenues, ni fontaines jaillissantes, quoiquil soit fort aisé d’y en établir. On attend pour s’occuper d’embellissements proprement dits, que le goût en vienne aux habitants : jusqu’à présent on n’a songé qu’à l’utile. Il faut dire aussi que toute amélioration exige un surcroît de taxes, et qu aux États- Unis on ne décide pas aisément la population à les supporter (i). Cincinnati manque, aujourd’hui encore, d’un éclairage public; c’est cette résistance aux impôts qui en est cause.
Il y a environ vingt ans que Cincinnati possède un système de distribution d’eau 'fmuïc/’-tuo/’/fj'). Moyennant une redevance annuelle, qui pour une famille est de 8 à 12 dollars (43 ^64 fr-)’ chacun a une petite prise d’eau plus que suffisante pour sa consommafion. Une machine à vapeur placée sur
(i) Voir 1 » note 4 ^ à la ûn du volume.
LETTRE XIX, 2^5
le bord du fleuve , envoie Feau à une hauteur de trois cents pieds dans un réservoir situé sur Une des collines qui entourent la ville. De là, par des tuyaux de fonte, elle descend dans tous les quartiers* L élévation du réservoir est telle que Feau s^élève naturellement dans chaque maison jusqu’au faîte* Des bornes-fontaines placées le long des trottoirs, de distance en distance, sont destinées à alimenter les pompes et tuyaux en cas d^incendie, et ne jouent cFailleurs que dans ces tristes occasions. Plusieurs des villes neuves des États-Unis sont pourvues d’établissements hydrauliques. Parmi les ancienUes villes, Philadelphie en a un inagoifique (i), qui a coûté fort cher (au moins i5 millions) par suite de tâtonnements malheureux. En ce moment il est question d en créer un à Boston qui coûtera des miU lions aussi, parce qu’il faudra aller chercher Feaü bien loin pour qu elle arrive naturellement à une hauteur suffisante* New-York va s’en donner un qui par la meme raison est évalué à 2 5 millions* Celui de Cincinnati, quoiqu’il ait été trois fois mis à bas et Renouvelé, coûte à peine 800,000 fr* On pense généralement aux États-Unis que les doivent
(ï) L^eaii consommée à Philadelphie est fournie parle Schuyikiil, qui horde la viiîe au snd-ouest. Une chute d^eau, prise dans In rivière, met en jen les poiniics qui remplissent les réservoirs. L'établissement de Fairmoimt cûmprenaiu les roues hydrauliques, pompes et réservoirs, a été décoré avec beaucoup de goût et à fort peu de frais; la décoration, proprement dite, se compose de quelques gazonnages, de bahisErades en bois et de dehîc matr^ vais es staLucâ, L^effet en est pourtant d’une grande élégance.
3g6 CINCIHNAÏI.
appartenir aux villes. A Cincinnati pourtant ils sont à une compagnie, et pour cette raison l’eau s'y paie plus cher qu’à Pittsburg et qu’à Philadelphie (i). La ville a été trois fois en marché avec la compagnie , et trois fois elle a refusé d’acheter à des prix avantageux. La première fois on lui offrait l’établissement moyennant 175,000 francs ; la seconde fois, moyennant 4oo,ooo fr. ; la troisième fois on lui en a demandé 670,000; elle finira par le payer I million SoOjOoo fr. ou 2 millions. En cette affaire comme dans celle de l’éclairage, les refus de la ville ont eu pour principale raison la difficulté de faire tolérer des taxes nouvelles.
L’abord de Cincinnati est imposant quand on y arrive par eau ; il .l’est encore plus quand on le regarde du sommet de l’une des collines qui le bordent. L’œil embrasse alors rOhio qui serpente, avec le Licking qni vient s’y jeter à angle droit, les bateaux à vapeur dont le port est rempli, le bassin du canal Miami avec les magasins qui le bordent et les dix écluses qui le mettent en communication avec le fleuve, les filatures blanches de Newport et de Covington avec leurs grandes cheminées, le dépôt de l’armée fédérale où la bannière étoilée se déroule à l’extrémité d’un mât, et les flèches aiguës des clochers de bois qui couronnent les églises. De tous les
(ï) La làXÉtie l’eau à Philadelphie et à Pîiîsburg e,'»! de 5 à 6 duiïaps pour une famille orditiairep A 6 dollars ( 3 a fr,) par an, c’est seulement neuf ceutintes par jotir.
lettre xïx.
côtés, k vue se termine à une enceinte de montagnes et de coteaux dont l’amphithéâtre est couvert encore de la végétation puissante des forêts primitives. Cette riche verdure est coupée de loin en loin par quelques maisons de campagne entourées de colonnades dont la forêt a fait les frais. On est heureux de se dire que la population qui s’agite daua ce panorama vit au sein de l’abondance, qu’elle est industrieuse, sobre, économe, avide de s’instruire; que si, sauf un très petit nombre d’exceptions, elle est absolument étrangère aux plaisirs délicats et aux manières élégantes de la civilisation rafânée de nos métropoles européennes, elle en ignore aussi les vices, la dissipation, les folies.
On ne voit pas, au premier coup d’œil, qu’il y ait de différence entre la rive droite et la rive gauche.
Il semble de loin que la prospérité de Cincinnati s etende a 1 autre bord. C’est une illusion. Sur la rive droite, c’est-à-dire dans l’État d’Ohio, il n’y a que des êtres libres; l’esclavage est vis-à-vis. Vous pouvez descendre sur le fleuve des centaines de milles et des centaines de railles encore, et vous avez toujours à droite la liberté, à gauche l’esclavage, quoique ce soit le même sol que le travail de l’homme blanc puisse également fertiliser. Quand vous entrez dans le Mississipi, il y a égalité entre les deux rives : des deux côtés l’esclavage. Un laisser-aller aveugle, ou plutôt une désespérante impuissance de la part des gouvernants, un déplorable égoïsme de k part
CmCmNATI*
des gouvernés, ont laissé cette peste s’enraciner sur une terre où aucune nécessité ne l’appelait. Qui peut dire quand et comment, et avec quelles douleurs il sera possible de l’en extirper ?
J’ai fait, à Cincinnati, une rencontre dont je garderai long-temps le souvenir. J’avais remarqué à la table deTbotel un homme de moyenne stature, d’un tempérament sec et robuste, de soixante ans environ, qui avait encore l’air vif et la démarche alerte de la jeunesse. J’avais été frappé de sa physionomie gaie et expansive, de l’aménité de ses manières et d’un certain air de commandement qui perçait à travers ses habits de lindsay (i). «C’est, me dit-on, le « général Harrison, greffier ( derk ) de la cour des (c Plaids Communs ( Common Pleas ) (2) de Cincina nati. Est-Ce le ge'néral Harrison de Tippecanoe « et de la Tamise ( 3 ) ? — C’est lui-méme; c’est l’ex- « général en chef, c’est le vainqueur de l’Indien Té- « cumseh et de l’Anglais Proctor; c’est le vengeur « de nos désastres de Détroit et de la rivière Raisin j « c’est l’ex-gouverneur du Territoire d’Indiana, l’ex- « sénateur au Congrès des États-Unis, l’ex-mipistre
(i) Le lindsay est une étoffe qîiî se fabrique pendant dans les
fermes , eo mêlant le fîl de coton fourni par les &l al lires à la laine filée dans la maison. L’un de cea lils sert de Irarac et Tanlré de chaîne»
(a) La Cours des Plaids Communs correspond à nos tribunaux de première instance.
(3) Ce sont deux batailles célèbres de ce côté de la mer, fort glorieuses pour les Américains et particulièrement pour leur généraL La première eut lien eu rSii contre les lodiens^ la seconde en i8i3 contre les Anglais et les Indiens réunis : TécUtnseh y fut tué»
letthf: Six.
« de notre nation près Tune des républiques de TAmé- « riqne du Sud. Il a vieilli au service de son pajrs ; il a a passé vingt ans de sa vie dans ces rudes guerres ïf contre les Indiens où il y avait moins de gloire à recueillir qu’à Rivoli ou à Austerlitz, mais où il y « avait plus de dangers. Le voilà maintenant pauvre, « chargé d’une nombreuse famille, délaissé par le « gouvernement fédéral ^ quoique plein de vigueur « encore, parce qui! a une pensée indépendante* « Comme rüpposition est ici en majorité, ses amis « se sont avisés, pour venir à son aide, de destituer a le greffier de ta cour des Plaids-Communs, qui était a un Jackson-man^ et de lui donner^ la place, qui <£ est d’un bon rapport, en guise de pension de re- « traite* Ses amis des États de PEst parlent d’en faire un Président des États-Unis. En attendant, nous, « ici, nous l’avons fait greffier d’un petit tribunal. y> —- Après une pause, mon interlocuteur ajouta : « Vous pouvez voir à cette mauvaise table d’hôte un « autre candidat à la présidence, qui paraît avoir «plus de chances que le général Harrison : c’est cc M. Mac-Lean (r), juge à la Cour Suprême des États- « Unis. »
Les exemples de cet abandon des hommes dont la carrière a été la plus honorable ne sont pas rares aux États-Unis. J’avais déjà vu à New-York Tillustre M. Gallatin qui, après avoir vieilli au service de la
(ï) Voir la Dote 49 à U fîü du vo[ume.
3oo
CmClNNATl,
république , après avoir été pendant quarante ans législateur J ministre au dedans ^ négociateur au dehors, après avoir pris une part active à tout ce qui a été fait de bon et de sage par le gouvernement fédéral , s’est, un beau jotir, vu remercier purement et simplement, et qui eût terminé dans le dénuement sa laborieuse carrière, si ses amis ne lui eussent offert la place de président de l’une des banques de New-York. On sait la détresse du Président Jefferson dans sa vieillesse, et comment il fut réduit à solliciter de la législature de Virginie la permission de mettre ses terres en loterie; pendant que le Président Monroë, plus pauvre encore, après avoir dépensé son patrimoine au service de TÉtat, était contraint d’implorer la compassion du Congrès; eux à qui leur pays devait les incomparables acquisitions de la Louisiane et des Florides !
Le système des retraites est inconnu aux États- Unis. Il n’y a aucune prévoyance sociale pour les vieux jours des hommes éminents qui acceptent les emplois supérieurs, quoiqu’il leur soit impossible de faire des économies sur leurs appointements relativement modiques, et que plusieurs même aient vu leur fortune se dissiper avec leur santé dans l’exercice de leurs fonctions* Les fonctionnaires publics sont traités comme les plus humbles serviteurs. La domesticité est tellement constituée aux Etats-Unis, que tout Américain, dans la vie privée, a plus d’égards pour le dernier des domestiques
3oi
LETTRE XiX,
blancs, que le plus grand nombre n’en témoigne, dans la vie publique, aux fonctionnaires de l’ordre le plus élevé. On les avertit à tout propos et sous nulle formes qu’ils ne sont que poussière, et qu’un froncement de sourcil du peuple peut les faire rentr6r aussitôt dans le néant.
Cette manière d’étre des Américains à l’égard des fonctionnaires est une conséquence mathématique U principe de la souveraineté du peuple. J^ose croire cependant qu’elle n’est conforme ni à la raison ni a la justice. S’il est vrai que les peuples aient un droit imprescriptible à ce que leurs intérêts fixent a règle de conduite des dépositaires du pouvoir, il est également vrai que les hommes vraiment supérieurs ont un droit naturel et sacré à être investis des hautes fonctions sociales. S’il est criminel de se jouer des besoins des masses, il ne l’est pas moins de fouler auxpieds les hommes de talent et-de cœur. Et si ceux que leur capacité et leur dévouement à leur pays appellent aux emplois, en sont écartés par la perspective de l’ingratitude et du dédain, à quelles mains sera confié le soin du bien public ? Qu’adviendra-t-il alors de l’avenir du peuple souverain ? Dans le fait d’un peuple qui, impatient de toute supériorité, ne paie qu’avec des dégoûts les services de citoyens illustres, et qui, sur un caprice, les jette a la porte comme une vile matière, il u’y a pas moins de despotisme que dans le fait d’un de ces princes asiatiques qui imposent à tous indistincte-
CISC! WW ATI.
ment le même niveau de servitude, traitent tous avec une égale insolence et une égale brutalité, et croient le génie et la vertu trop récompensés par l’honneur de s’être agenouillés sur les marches de leur trône.
Par suite des idées dominantes aux États-Unis sur les fonctions et les fonctionnaires, on n’a daigné instituer en leur faveur aucune garantie. Ils sont révocables sans formalité d’aucune espèce, sans qu’on leur doive aucun compte des motifs de leur renvoi, sans qu’on prenne la peine d eu instruire le public. U se trouve que par là on a créé un redoutable instrument de tyrannie. Sous 1 administration bienveillante et modérée des anciens Présidents, il n en avait point été fait usage (0 ; mais depuis l’avénement du général Jackson, il s’est établi un régime de destitution systématique. Les emplois publics sont devenus une curée; il est entendu qu ils sont le prix de la victoire dans les luttes de partis {spoihof'vw- Cojj){p). Le Président Jackson a inféodé à ses créatures toutes les places de radministration des douanes et des postes. Cette méthode a gagné les États particuliers, les comtés, les villes; à chaque
(i) M. Jefferson seul enleva un petit, nombre de fonctions non poUliques à des houimes du parti opposé, pour les donner à ses amis.
(i) C’est le terme dont s’est servi, il y a trois ans, en plein Sénat des Elats-Onls, M. Marcy, aujourd'hui gouverneur de l’Ktal de New-TCork, alors Senatenrdu même Etat, et l’un des principaux amis du général Jackon. « Wons n'bésltons pas à proclamer, dit-îl, que les dépauilles de la vie- ^toire doivent appartenir au vainqueur, *
LETTRE XIX
revirement d’opinion, les États changent leurs administrateurs; les législatures, leurs secrétaires, leurs imprimeurs, et jusqu’à leurs huissiers; les tribunaux, leurs greffiers ; les villes, leurs trésoriers, leurs inspecteurs des marchés, leurs vérificateurs des poids et mesures, jusqu’à leurs balayeurs et leurs watchmen. Les fonctionnaires savent maintenant que la conservation de leurs places et le pain de leurs familles sont mis en question à chaque élection municipale ou d’État, ou fédérale (i), selon qu’lis relevent des communes, des États ou du gouvernement central. Jadis ils ne prenaient aucune part aux manœuvres électorales; les Présidents l’avaient formellement défendu à tous les fonctionnaires de la fédération; ils en sont aujourd’hui les agents les plus actifs. Le Président a aujourd’hui à son service, dans les élections, une armée de 60,000 hommes (al qui dépendent de lui, dont l’intérêt est étroitement lié au sien, et qui sont ses âmes damnées. Tant il est vrai que les extrême.s se touchent, et qu’en pressant indéfiniment un principe unique, si vrai qu’il puisse être, on finit par en faire sortir des conclusions dont la mise en pratique serait le renversement du principe lui-même. C’est ainsi qu’à force de tirer à la filière le principe de la souverai-
(i) Le5 élections reviennent en général tous les ans ou Ions les deux ans
dans les Etats et dans les villes. L'élection présidentiel le a lieu tous les quatre ans» ^
(a) Voir la note So à h fin dn volume.
3o4 cihciwnati.
neté du peuple, on peut, de proche en proche, arriver à la tyrannie et à l’oppression du peuple, îî’est-ce pas une preuve que la logique n’est pas toujours la raison, et que celle-ci peut se trouver souvent, sinon toujours, dans le balancememt harmonique de deux principes en apparence contradictoires?
Cîncinitat] *
Nalcliez (MiîSÆïssïpi), 4 janvier t835,
Cincinnati compte près de quarante mille âmes, en y comprenant les villages attenants. Fondé depuis une quarantaine d’années, ses développements rapides datent de trente ans environ. Toutes les nations s y sont donné rendez-vous : il y a des Allemands et des Irlandais en grand nonabre, et une certaine quantité d’Alsaciens. J’y ai souvent entendu dans les rues le français durement accentué que l’on parle sur les bords du Rhin. Le fonds delà population , qui donne le ton atout le reste, sort du Nord- Est de la confédération américaine. Ce qui rend les progrès de Cincinnati plus surprenants, c’est que cette ville est fille de ses propres oeuvres. D’autres
ClWCmNATI.
cités improvisées des États-Unis ont été construites par actions, pour ainsi dire. Lowell, par exemple, est une entreprise des négociants de Boston qui, après avoir réuni leurs capitaux , ont fait venir des ouvriers, et leur ont dit : « Bâtissez-nous une ville. » Cincinnati a été élevé et embelli peu à peu, presque sans intervention extérieure, parles habitants euxmêmes, et ces habitants y étaient tous arrivés pauvres. Pour tout bien , les fondateurs de Cincinnati avaient apporté dans leur nouvelle résidence cette industrie clairvoyante, alerte, infatigable, seul patrimoine que leur eussent légué leurs pères de la Nouvelle-Angleterre, et dont les autres, a leur exemple, se sont fait une loi religieuse. On dii-ait qu’ils ont choisi Franklin pour le patron de leur cité, et le discours du bonhomme Richard pour cinquième évangile.
Cincinnati, vous ai-je dit, est admirablement situé. Cela est vrai en ce qUi doncerne sa situation topographique ; mais en suivant sur la carte le co'-irs des fleuves, et en consultant les ressources dû sol, on reconnaît qu’il y a sur la longue ligne des rivières de l’Ouest un bon nombre de positions aussi avantageuses sous le rapport commercial du manufacturier, et qu’il en est même quelques tines qüi, à cet égard, sont plus favorisées. Pittsburg, qui a sdiis la main le fer et le charbon, c est-à-dire le pain quotidien de l’industrie ; qui est assis au sommet de l’Ohio, au point de départ de la naviga-
lettre XX.
tion à vapeur, au confluent de Monongaliéla et de l’Alleghany, qui viennent, lun du Midi,l’autre du Nord ; Pittsburg qui est voisin du réseau des lacs j se présente comme devant être le pivot d’un vaste système de communications, de routes , de canaux et de chemins de fer^ dont plusieurs sont exécutés ou vont l’ètre. Pittsburg était indiqué par la nature comme devant être à la fois un grand centre manufacturier et un riche entrepôt commercial. Louisville, bâti aux chutes de l’Ohio, à l’endroit où corn* mence la grande navigation à vapeur, est un intermédiaire naturel entre le commerce du Haut- Ohio et celui du Mississipi et de ses affluents. En fait de ressources manufacturières, Louis ville est tout aussi bien partagé que Cincinnati j et celui-ci, abstraction faite de son site enchanteur, semblait n’avoir été destiné à rien de plus qu’à devenir le magasin et le débouché du lambeau de terre
fertile qui est compris entre la grande et la petite Miami.
Mais la puissance des hommes, lorsqu’ils s’accordent à vouloir quelque chose et à le vouloir avec persévérance, suffit à balancer et à vaincre celle de la nature. En dépit des avantages de Louis ville comme entrepôt de denrées, en dépit des ressources de Pittsburg pour tout ce qui est grande fabrication, Cincinnati suffit à soutenir une population qui est double de celle de Louisville et moitié en sus de celle de Pittsburg, dans un état d’aisance
CINCINNATI
qui égale, s’il ne la surpasse pas, l’aisance moyenne (i) de l’im et de l’autre. Les habitants de Cincinnati ont fixé cette prospérité chez eux par une de ces vues instinctives que leur génie éminemment pratique et calculateur inspire aux fils de la Nouvelle-Angleterre. Les- gens habiles s’entendent à demi-mot, dit-on. Plus habiles que les plus fins, les Yankées s’entendent sans se rien dire. Ils se sentent les uns les autres, et, par un accord muet, savent faire converger leurs efforts vers le même but. Travailler à la manière de Boston signifie, aux États-Unis, exécuter quelque chose avec un parfait ensemble et sans phrases. Le but que se sont proposé les Cincinnatiens presque dès l’origine, n’a pas été moindre que de faire de leur ville la métropole, c’est-à-dire le grand marché intérieur de l’Ouest. Le moyen indirect qu’ils ont employé a été de s’emparer simultanément d’une foule de fabrications , secondaires quand on les mesure une à une, mais dont la réunion forme une masse considérable ; et prenant les devants sur tous leurs voisins avec cette diligence qui est encore une des vertus de l’Yankée, ils se les sont partagées entre eux* Ce procédé leur s. réussi.
Aussi 5 à part les salaisons, Ton est tout surpris de trouver cjue Gincinnatiri a aucune de ces grandes industries qui ont fait la fortune des centres manu*
(t) ALoiiîsYille il y a des esclaves*
facturiers d’Angleterre et de France. Les Cindnnatiens fabriquent une grande variété de meubles et d’instruments agricoles,beaucoup de charronnage, des ustensiles de ménage de tout genre (i),de l’horlogerie (2), et mille objets de consommation courante, savons, chandelles, papier, cuirs, quincaillerie, etc., qui trouvent un débouché indéfini parmi la population croissante en nombre et en bien-être des États de l’Ouest, ainsi que dans les nouveaux Etats du Sud qui sont uniquement voués à l’agriculture, et surtout à la production du coton, et ou, à raison de l’esclavage, toute manufacture est à peu près impossible, La plupart de ces produits sont dequalité commune. Les meubles, par exemple, seraient rarement avoués par le goût parisien ; mais ils sont à bas prix et propres. C’est ce qu’il faut dans «n pays neuf où il ya, sauf dans la partie du Sud, une aisance générale et peu d’opulence, où l’on comprend beaucoup mieux l’abondance et cette espèce de comfort qu’on pourrait appeler élémentaire, que lesraffinemeùts de la vie. La prospérité de Cincinnati repose ainsi sur le bien-être des populations de 1 Ouest, sur les nécessités premières du plus grand • C’est là une garantie autrement solide que ,-,ices de la mode qui tient pourtant entre
(i) Voir la note 5i à la fin du volume.
ï>ois. Elle en met dérés.
^ line fabrique de pendules dont les mouvements sont en
^^EUe en met en circnlabon six àsept mille par an, à des prix trè. mo^
CmCINNA-Tl,
ses mains les destinées des industries que nous affectionnons le plus en France. On s’y occupe aussi de l’intellectuel. D’abord il y a à Cincinnati une grande fonderie de caractères qui fournit aux besoins de tout l’Ouest, et de l’année de journaux qui s’y imprime. Selon la méthode anglaise ou américaine, le travail de l’homuie y est autant que possible remplacé par celui des machines, et j’y ai vu entre autres deux petits appareils, l’un pour mouler les caractères, l’autre pour les ébarber à la sortie du moule, qui manqüentprobablement à l’Imprinierie- Royale et aux Didot (i). Ensuite il y a plusieurs imprimeries, et il ne sort de leurs presses que des publications d’usage universel, telles que journaux, livres d’église et d’école (^5). A 1 aide de cette multiplicité d’industries, peu apparentes isolément, Cincinnati s’est fait une position qu’il sera fort difficile de lui enlever, car en industrie ce n’est pas un mince avantage que celui de la priorité. Le mar-
(i) Ces appareils sont de l’intention des propriilaire» de rétablissement, MM. Guilfort et Whlle, Le premier sobstilne au Iravail de deux hommes payés à raison de 8 fr, chacun, celui d’im enfant auquel on donne a fr. 70 c.; le second réduit la main-d'œuvre dans le rapport de 1 à 8.
fa) Dans 1 è trimestre commençant an janvier iS 3 ï , il a été imprimé à Cincinnati environ quatre-vingt-liuit mille volumes, indépendamment des journuuKa Ils peuvent être classés ainsi ;
Éducation primaire. 36 j£iuû
Religion..
Agriculture* - - lijooo
MatièrcA diverses. . . ^ * * * 13,700
lettre XX.
chand de l’intérieur qui fait commerce des choses les plus hétérogènes, et qui réunit dans son petit magasin tout ce qui est vendable sur la terre est sur de trouver à Cincinnati son assortiment à peu près complet. Il y vient donc faire ses approvisionnements de préférence à tonte autre place. Cincinnati est ainsi de fait le grand marché central de l’Ouest; une multitude de produits viemienty chercher leur écoulement, en dépit de la supériorité que paraissent devoir donner à d’autres localités la disposition hydrographique du territoire ou la tiistrihution des richesses minérales au sein de la terre.
Pour caractériser la tendance du dix-neuviéme siècle, on a prononcé le mot de féodalité industrielle (i). L’espèce humaine, ont dit quelques penseurs, a quitté un joug pour en reprendre un autre moins dur peut-être, mais aussi moins noble. Les seigneurs guerroyants du moyen-âge s’en sont allés; voici venir les barons industriels, les princes des nianufactiires, de la banque et du commerce- Ces nouveaux maîtres assaisonneront rexistence du pauvre de moins de privations et de douleurs, mais aussi de moins de gloire. Ils augmenteront la pitance du corps, mais diminueront celle de Famé, A voir les grandes fabriques d’Angleterre et quelquesunes de celles qui existent sur le continent européen, celles qui se multiplient au Nord-Est des Etats
(i) M. Charles Fourrier.
CINCmiTATI.
Unis, dans ce merveilleux Loweli, la féodalité industrielle semble en effet là presque constituée, ici se glissant sous les in stitutions démocratiques comme le serpent sous l’herbe. Ceux qui ne croient pas que le genre humain en masse puisse rétrograder, et qui aiment mieux se bercer d’espérances que de s’abandonner au désespoir, tout en admettant cette tendance comme un fait, se rassurent cependant à cause d’autres faits non moins caractéristiques de l’époque, en tête desquels il faut ranger une tendance générale a 1 affranchissement, qui se joue des obstacles. Si en Angleterre, par exemple, il y a dans les fabriques mille germes de despotisme, il y a dans les classes ouvrières mille germes de résistance, il y a dans la population mille germes de libéralisme;, il y a les Trade’s Unions , il y a les radicaux. Ce n’est ni l’une ni l’autre de ces forces opposées qui fera seule les destinées de l’avenir. De leurs impulsions diverses résultera une autre impulsion unique, différente de toutes deux, et qui cependant les impliquera l’une et l’autre. La force d’affranchissement fera que ce qui semble à quelques-uns devoir être féodalité, sera simplement patronage.
Le patronage n’a pas fini son temps sur la terre. Il durera tant que la Providence ne jettera pas tous les hommes dans un seul et même tnoule ; il subsistera pour le bien du faible et du pauvre, et pour celui de cette nature d’hommes, si nombreuse dans les pays de l’Europe méridionale, par exemple,
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qui ont besoin de sentir leur personnalité appuyée sur une autre plus puissante. Mais il se modifie en passant successivement par des formes de moins en moins violentes, de plus en plus douces. L’inférieur a été esclave, il a été serf, il est salarié libre; il peut, dans un délai qu’il n’est pas possible de déterminer, devenir associé , sans cesser d’étre inférieur. Quoi qu’il en soit, il n’y a pointé Cincinnati de germe de féodalité industrielle ; il n’y a point de grands ateliers. L’industrie y est divisée à peu près comme le sol l’est chez nous. Chaque chef de famille y a son domaine avec ses fils et quelques nouveaux débarques pour aides et pour serviteurs. Cincinnati est donc constitué aussi républicainement sous le rapport industriel que sous le rapport politique. Ce morcellement manufacturier n’a pas eu d’inconvénients encore, parce que, dans ce vaste Ouest qui se développe à vue d’œil, la production a peine aujourd’hui à se tenir au niveau des besoins. Qu arrivera-t-il dans un siècle, dans cinquante ans peut-etre ? L industrie de Cincinnati ne subira-t-elle pas alors quelque métamorphose, ou plutôt le pays tout entier n’éprouvera-t-il pas dans ses conditions d’existence une transformation entière qui entraînera une réorganisation industrielle?
La physionomie morale de Cincinnati est ravissante aux yeux de celui qui aime le travail avant tout, a qui le travail peut tenir lieu de tout. Quiconque aurait des goûts de plaisir et de dépense,
.CIHCINWATl.
quiconque aurait besoin, pour être avec cœur au travail, de se retremper souvent au sein des distractions et de ia gaieté, trouverait que cette belle ville, avec ses pittoresques alentours, est un séjour insupportable. Ce serait bien pis pour l’honinie de loisir, désireux de consacrer une bonne partie de sa vie au culte des beaux-arts, et le reste au plaisir. Pour celui-là, la vie n’y serait pas possible; il s’y verrait flétri par la politique, car on sent très bien aux États-Unis que les gens de loisir sont autant (le pierres d’attente pour une aristocratie; U serait anatliéniatisé par la religion, car ces sectes si diverses sont toutes d’accord pour cpndananer tout ce qui est plaisirs , luxe, galanterie, beaux-arts même. Et les États-Unis ne ressemblent pas à quelques pays d’Europe, à notre France surtout, où l’on peut braver impunément les idées religieuses et l’influence de la chaire. Cerné, traqué par les habitudes laborieuses du pays, par les axiomes politiques et par la religion, il lui faudrait se résigner à une existence a.nalogue à celle (Je la foule, ou fuir et aller chercher un sol moins antipathique à ses goûts dans les grandes villes du littoral, à Philadelphie (i), à New-Vork, à la ]Nf(?uvel!e-Orléans, ou même en Europe. Aussi la classe des gens de loisir,
(i) Pîlîtadelpliîe a considérablement augmenté eo population depuis quinze ans, sans (]oe les affaires s'j soient étendues dans la même proportion. Jl est hors de tjonle qn’elîe doit ses accroissements à J’influeoce de famil f es ïicjies ou aisées qui, ne pouvant yivre selon leur gont dans l’intérieur^ y ont transporté leur élomicile, Haltimore est dans le même cas.
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vivant, sans profession arrêtée, de revenus que leur auraient légués leurs pères, ou qu’eux-mémes auraient acquis à un âge peu avancé, manque absolument à Cincinnaii, quoique la richesse n’y manque pas, et qu’il y ait bon nombre de gens possédant cinq cent mille francs et plus. J’y ai rencontré un jeune homme appelé à être l’héritier d’un patrimoine de plusieurs millions, qui, après avoir été élevé à l’école militaire de West-Point (i) et avoir obtenu un brevet d’officier, avait donné sa démission pour rentrer dans sa faïuille. Là, fatigué de son désœuvrement solitaire, harassé du poids de sa propie personne, il pa pu trouver d’autre moyen de se désennuyer que d’ouvrir un magasin de nouveautés.
Partout aux États-Unis, là où il n’y a point d’esclaves, et hors de quelques grandes villes du littor^, il existe, à 1 égard des gens de loisir, une surveillance rigoureuse qui oblige ceux que ce genre de vie pourrait séduire , à rentrer dans la ligne commune et à travailler au moins jusqu’à l’âge où fe repos est indispeusable à l'homme. L’opinion publique est aux aguets pour refouler tout ce qui pourrait acclimater sur le sol des habitudes de dissipation
^ (i) Celte école, tjui est l’École Polyteclinique dos Elats-Unit, est auiourd luiisur UQ excellent jjied. Elle fournit tous les officiers de rarmée fédérale. Elle est redevable de sa bonne organisation à M. S. Thayer, colonel du genie. Cet officier distingué en,a récemment quitté la diieciion , parte qu’on voulait l’obliger à rouvrir les portes de l'école à un élève qu’il avait renvoyé, et qui était le fih d’uu des ckefs du parti Jaek^ûüiea^
CINCINNATI
même fort innocentes ^ et rendre tolérable la vie de loisir. Des sociétés philanthropiques et religieuses, instituées sous des noms divers, se chargent de renforcer les arrêts de Topinion publique. Sentinelles vigilantes, elles tiennent la main à la stricte observation des austérités, ou, si vous voulez, des ennuis du dimanche, à la répression de Tivrognerie, à Textirpation de la passion du jeu, qui, chez un peuple dévoué au make-monej^ pourrait, si elle se répandait, faire affreux ravages. Ces sociétés et ces comités poursuivent leur tâche avec une persévérance plus que britannique, et quelquefois avec un fanatisme puritain. Lorsque M, John Quincy Adams était Président, il fit placer un billard dans le palais présidentiel. Telle est ici la réprobation réelle ou affectée qui s'attache à tout ce qui s'appelle jeu, que ce billard a compté sérieusement parmi les arguments opposés à la réélection de M, Adams à la présidence. «C'était, s'écriait-on, un scandale, « Fabomination de la désolation, »M. A dams, dont les vertus privées sont au-dessus de tout soupçon, était, à en croire certains journaux de TOpposi lion d'alors, un professeur d'immoralité, parce qu'il avait chez lui un billard ; et sans doute le général Jackson, en venant remplacer M. Adams dans la W hite-Hùuse{\\ a dû faire briser et jeter au feu ce meuble malencontreux.
(r) Habitation du PrésidÊÉt à Washington.
LÜTTHE XX.
Ailleurs, ce rigorisme serait taxé d’intolérance, d’inquisition, de dévotion de place. Ici l’on s’y soumet sans murmurer, et peu de personnes s'en trouvent gênées ou témoignent de l’être. L’Américain peut supporter une application au travail constante et sans relâche. Il n’éprouve pas le besoin de se distraire et de s’amuser. Le silence et le recueillement de son dimanche paraissent être pour lui un plus sûr délassement que la joie et les fêtes par lesqueUes le nôtre est marqué. Bien plus, on peut dire que le sens des jouissances lui manque. Toutes ses facultés sont admirablement et énergiquement combinées pour la production; il est dépourvu de celles en 1 absence desquelles la consommation est sans joie, et le plaisir une occupation pénible. Or, travaü pour travail, il préfère celui qui rapporte à celui qui coûte.
Une organisation semblable est incomparable pour un peuple pionnier. Sans cette fièvre de travail, sans cette tension perpétuelle de l’esprit vers les entreprises utiles et les spéculations, sans cette indifférence pour les plaisirs, sans ces idées politiques et religieuses qui répriment impérieusement toutes les passions dont le but n’est pas de travailler, de produire, de gagner, croit-on que les Américains eussent accompli leurs prouesses industrielles? Avec un autre système moins exclusif pour la production, ils en seraient peut-être encore à projeter de franchfi
CIÎÏCIWNATI.
les Alléghaiiys. Au lieil travotr devant eux défriché, ouvert, sillonné de routés, sènié de fermes, de villages et de villes cè domaine de l’OùéSt, immense en étendue et en fécondité, ils seraient encore réduits peut-être à la bande de terre sablonneuse qui s’étend le long de l’Atlantique. Il faut convenir qiie cette préoccupation ardente et exclusive pour les affaires jette sur la physionomie dii peuple des États- Unis line nuance étrange aux yeux d’uii Européen. De là vient que les Américains réussissent peu à se concilier les suffrages des touristes^ et que même ils n’ont eu le don de plaire qu’à la minorité des étrangers qui lés ont visités. Mais en revanche, ils sont certains de mériter la reconnaissance de la postérité innombrable pour laquelle ils préparent, avec tant d’énergie et de sagacité, un séjour d’abondance, une terre promise. Cette postérité, dira-t-on, changera le- régime de vie de ses pères, adoptera d’autres goûts et même des institutions différentes. Peu importe! Il ne s’agit pas de savoir si les Américains du XXI* ou du XX* siècle conserveront le caractère national, les coutumes et les lois des Américains actuels. La question est bien plutôt de décider si les Américains de nos jours né remplissent pas, avec toute la perfection qu’il est donné à la nature humaine d’atteindre, la mission que leur a confiée la Providence, mission du peuple pionnier et défricheur, et s’ils ne méritent pas qu’on les excuse
LETTRE XX
d’avoir, comme tous les individus et tous les peuples, les défauts de leurs qualités. La question, ainsi posée, sera facilement résolue par quiconque attache quelque prix aux intérêts de l’avenir.
notes.
Note I, (Page a*)
Dëii^ ûhcmlits de fur de Paris à rersi^iilàs.
Pendant la dernière session f r836) les Chambres ont voté la mise en adjudieation de deux chemins de fer de Paris à Versailles l'un par la rive droite, l’antre parla rive gauche de la Seine.
Note a. (Page 3.)
rélecirîcité voltaïque^
On sait que les plténomènes dns à l’électricité en mouvement furent observés pour la première fois par le physicien Galvani, pendant qn d faisait des expériences sur des grenouilles. Cette découverte improductive entre les mains de Galvani, qui ne la comprit pas, in-' spira a Voita l’invention de l’instrument électrique connu sous le nom de Pile Voltaïque, que l’on a exécuté depuis sous mille formes et sur toutes les échelles, depuis la dimension microscopique jusqu’à celle des plus volumineux appareils, et qui est devenu un admirable I* - 3^^ iomoiT, „ .
WOÏES.
agent d’expé.-i me «talion. Aujourd’hui l’on coneidÈre la plupart des phénomènes chimiques comme s’accomplissant sous une .nfluence voltaïque. M- Ampère a prouvé, par de savants calculs et par de belles expériences, que tous les phénomènes magnétiques n’éta.ent qu uu produit de l’électricité en mouvement. En géologie, la Iratisformalion sur place qu’ont subie dans leur eomposition des masses énormes, des pays entiers, et, par exemple, la conversion d’une partie considérable des Alpes, de carbonate de chaux en dolomie, peut s expliquer naturellement par l’influcneede courants électriques. La meme cause rendrait compte d’une multitude de phénomènes de cristallisation lentement accomplis pendant la suite des siècles, et qui se poursuivent sous nos yeux. Les physiologistes n'ont fait que jnuer
encore avec l’électricité voltaïque. Ils ont qnasi-ressuscilé des snp-
pliclés; ils ont fait marcher et gesticuler des cadavres; ils les ont même fait digérer ; ils ont ainsi prouvé qu’il existait des rapports étroits entre le Voltaï=me et les fonctions vitales; mais ils n ont aucunement déterminé ces rapports (.)• lU ont fourni des arguments irrésistibles à l’usage de quiconque entreprendrait de démünlrer que cette nouvelle donnée doit régénérer la physiologie, mais ils n ont pointcommencé celle régénération. Le Voltaisme peut être considéré comme une vitalité secondaire, la seule à laquelle puissent s’élever les corps du règne minéral, qui domine peut-être dans ic régné végétal,
Êfquiiotipfnçpre un grand rôle dans l’économie des animanx.Toutes
les Irrancbcsde Thistoire naturelle ont à tirer le plus grand parti de la notion de japolariléou duwn/ièa.
Nate 3s (Page 7 *)
Clearing-ho üie à Londres *
Les commerçants de Londres, an lien d’avoir chacun sa caisse, font leurs paiements et leurs recettes par l’intermédiaire des banquiers. Toutes les transactions financières proprement dites sont ainsi concentrées entre les mains des banquiers, ce qui est une premicre et
(,1 M. le docleur Donné a établi qun fenvetoppe «lérieure cl le régumciit intntieur de l’boLe, ta peau et la .ooqoeose, fetmaieot une plie on cae^e voltatqoe, dont la peau es rélétnent posnifooaeida, alla ntoqoease l'éléiiteot oépatlt ou akalm H est pt ohable que l’on trouvera dans l'oi'ganiauie buiualii beeucoup de Mup/ej seuiblablcs, et que uiije tara aoasi éu jaur sur beaueoop de fo.ielious, sur toutes eeUes, par exeotple, ou uue se-
«rétLon quclctïiiqües'opvre* 3
NOTES
grande simplification. Les bananiers ensuite les simplifient encore au moyen de l’inslilption du clearmg-house ou bureau de dépouillement. Voici comment les choses s’y passent:
Dans une grande salle siltréc dans Lombard-Street, environ trente conimiSj attachas dilféreptos maisons de banque de Londres, se placent, suivant l’prç|re glpliabélique, à des pupitres disposés autour de l’appartcinen!. Chaque commis a une petite boite ouverte à côté de lui, et le nom de la maison à laquelle il est attaché est écrit en gros caractères sur la muraille, au-çlessps de sa tête. De temps en temps, d’autres commis, appartçnaut aux diverses maisons de Londres, entrent dans !a salle, la parcourent, et déposent dans la boite de chaque maison de banque les mandats tirés sur elle au profit de leur propre maison. Le commis-banquier placé auprès de cette boite, inscrit çes divers mandats sur un livre préparé d’avaucc, et y joint le uon> 4u
Les Loues pe sont oQvei tes pour recev oir les niapdats que jusqu'à
quaii’eheures(iusojr,Queît|uesmmQfesavantleirjonfientouçettehettre
sonue, cette sqlle tr^nquilb, et qui nWrait que le sileuce du travail, commence a s'animer; de nombreux commis arrivent, pressés flç déposer dans ies boites, jusqu'au dernier moment, ies mandats qp'oüt délivrés leurs maisons,
A quatie heures toutes les boîtes sont enlevées de leur place. Chaque comiius atlditjonne lo montaut des mandats déposés dans la boîte, et pajahles par sa propre maison aux autres maisons de banque. Il reçoit aussi de cette même niabon un autre livre qui contient le montant de tous les mandats que son commis dïstriliuteur a déposés dans la boite de chacun des autres banquiers. 11 compare, pour chaque maison de banque, les deux sommes, et écrit la balance que sa maison doit payer ou recevoir, avec te nom de chacun de ces banquiers en regard; d vérjfie cet étal, en îe comparant à celui que dressent les commis de ces maisons; pub il envoie àsa mabon la balance générale qui résulte de son calcul, et si, d’après cette balance générale,
sa maison doit aux autres, die lui renvoie le montant en billets de banque,
A cmq heures, nnspectenr se place sur son siège. Chaque commis qui, d après iesrésuliais de tous ses calculs, doit payer une diHéreuce à diverses autres maisons, la paie à rinspccteur, qui lui donne un
1 \Ü£JlS.
reçu égiïl à la soinme versée. Les cointuis des dlfïérenies uiiaisons a qui cetLesomme est due reçoivent ce qui leur revient des mains de rinspecteur, qui prend de cbacun d^eux un reçu d’une valeur égale. Ainsi b totalité des paiements se trouve laite par un double système de balance , en ne taisant passer de main en main qu'un très petit nombre de billets de banque, et très rarement de la monnaie métallique,
174, Il est diriicUe de former une évaluation exacte des sommes qui passent par jour ace bureau; elles varient depuis a jusqu’à x5 millions de livres sterling ( de So à 37S millions de francs ), La moyenne peut aller à a luillions et demi de livres sterling en billets et ao livres sterling en espèces. Par une convention faite entre les diverses maisons de banque, tous les mandats qui portent te nom d*nne maison de Londres doivent passer au Cleaiifig^-kùase : conséquemment, si un de ces mandats était égaré, la maison sur laquelle il est tiré refuserait de le payée ; ce qui est une garantie de plus pour le commerce.
Si toutes les maisons de banque avaient des comptes ouverts à la Banque d’Angleterre^ il serait possible d’effectuer tous les réglements avec une quantité encore moindre de valeurs en circulation,
( B ab bage, de £*Écon omîe des machines , trad U Cti 0 U de M, Biot, n, ïjS,)
Note 4, ( ï*age ro,)
Communhatiûïis entre la France er l'Angleterre*
La communication entre la France et TAngleterre est peu active. Par Calais, et c'est principalement par là qu'elle a Ueuj elle se réduit à 40,000 voyageurs, tout compris pour les deux directions à la fois. En r83G, il est entré par ce port ySo paquebots avec i5,oig passagerSi 4^5 voitures et 6o5 chevaux. Le nombre de paquebots sortis a été de 914, qui ont transporté iS,x6i voyageurs, 368 voitures ei 66 chevaux. En élevant à 6 ou 7,000 les passagers transportés par les navires à voile, on trouvera un total de 40^000 voyageurs passés à Calais pendant la dernière année.
Ce n’est pas plus qu’entre le Havre et New-York,
Voici quel a été le nombre d’émigranls passés d'Angleterre à Qtié-
IfOTüS. 3^^
bec et New-Yoek ( de à .S34 ). d’après des renseignements eças d Atnertqne par M. Porter, du Board cf Trade de LonLes.
i83i ^ 7a,8;ïa, iS 33 —‘ SojOag, ï 833 57 ,S 5 î.
( Pi-ogress oftke nation^ vûl i, pag, )
Lo plus grand nombre de ces émigrants s’établit aux États-tJnis.
Note S, (Page i3.)
Usage du fer.
Il faut venir en Angleterre pour apprécier l’ntiliié du fer. La néceastté ou les Anglais se sont trouvés de l’employer à la place du bois qu. leur manque, les a conduits à le fabriquer à très bas prix, et à 1 appliquer aune foule d’ouvrages auxquels sur le continent nous ne crmnons pas qu’on pût te plier. C’est la fonte, c’est le fer en barres,
nouvelles; maclunes. pdiers, colonnes de toute dimension, depuis deux pouces jusqu’à quatre pieds de diamètre, conduites dLi.
toiil?"’
0 tares, quais entiers, chemins. San., la fonte et le fer, ces construc tmns b,eu aérées et bien éclairées, si légères en apparence, qni s„ppoitent n anmoins d’énormes diarges, comme les magasins à s^ tages du dock de Sainte-Catherine à Londres, seraient des bastilles épaisses et obscures, avec de lourds et épais poteaux de bois, des mastfe e des contreforts en briques. Ce gaz, qui vient d’une distance de OIS beues. cest la fonte qui famène. et le fer qui le distille. Ces ponts dances, ces passerelles élégantes sur les canaux, entre lesbas-
e est de la fonte et du fer, tout comme les colonnes cannelées qui bornent R^gmt^s^Street. ^
U fabrication actuelle de l’Angleterre s’élève à 900,000 tonnes de fonte qui sert soit au moulage soit à l’affinage. En France, de rSao à 3 , elle a etc a peu près invariablement de saS.oon tonnes de fonte la quantité de fer forgé obteuneen France,y compris celui des forges catalanes qui pcoduisent du fer directement sans faire d’abord de la
foute, a été pendant le même temps de i5o,ooo tonnes par an. En 18 34
nous avons fabricinéafîg.ooo tonnes de fonte et 177, «<>« tonnes de fer. L-angmentation s’est son len ne en v835. Les qualités comuumesde fer forgé, qui, en temps ordinaire, valent,en Angleterre, 1:5 ir. ia tonne, coûtent chez nous le dov ble à peu prés, 3so à 35o fr. Pour la fonte, la différence relative est à peu près la même.
Je ne pense pas que cette infériorité de la France doive toujours durer Si l'AnMeterre est plus riche que nous en houille, nous sommes beaücout, mieux pourvus qu’elle en minerais, sous le double rapport de la qualité et de la quantité. Nous avons cru en France que le progrès de notre industrie du fer devait consister à imiter les forges anglaises ; c’est une erreur. Nous ne pourrons jamais fabriquer la majeure partie de notre fer par la méthode anglaise, c’est-à-dire à la houille, parce que la houille est rare sur notre territoire. Toutes nos mines de houilles cohsidérahies, à l'exception du groupe d’Anzin qui est situé à la frontière du Nord, sont comprises dans un triangle qui aurait pour hase la ligne du Rhône et de la Saône, de la mer à la CÔted’Or, et qui aUrait son sommet au coin des départements du Lot, du Cantal eide la Corrèze. Précisément nos meilleurs gîtes de minerais sont hors de là, dans le centre et le bord delà France;!! faudra que l’on continue à les exploiter en tout ou en partie au charhoti de bois.
Le perféctionnemenl de notre i nd «strie du fer CG nsistera donc surtout à
transformer le travail an charbon de bois, qui est évidemment barbare.
Le haut prix du fer alfecte le prix de toute chose. L’amélioration de la fabrication du fer aura donc des conséquences économiques fort étendues. La pensée dont le gouvernement s’est montré animé depuis quinze ans, de développer chez nous l'industrie du fer, est fort sage. Il est à regrélter que l’on s’y soit pris par des moyens Ires médiocrement etficaces. Un droit d’entrée prohibitif est un enconragementqui, lorsqu’il est seul, n’agit pas on n’agit que très lentement. Douze ans après les lois de douanes de la Restauration, la Fi ance ne produisailpas davantage de fer et ne le produisait pas a plusb.is prix. Les droits actuels sur les fers grèvent le pays d’une taxe annuelle de a5 à3o millions au prollt de l’indostrie des forges, tloesommé annuelle de 5oo,noo fr. on d’un million, appliquée à des expériences en grand bien conduites, eût donné, selon toute apparence, de tout autres résultat». Il faudrait même une dépense beaucoup moins considérable
pour fonder et entretenir une grande forge-modèle, quî servirait en même temps d'école pratique pouf ïe corps des logénieura des Mines. Sous rem pire, ce corps possédait deux êtabtissemenia dont |[ a été dépoulUé parles évènements de 1814 et ï8i5.
L*abaissemeni du prix du fer peut avoîf des COhséquènees importantes sous le rapport de Tart. Peut-être fï^èh résülteraltdl Hfen moins qiVuue révolution dans Farchilecture.
Jusqu'à nos jours ^architecture n'a employé d'autres matériaux que la pierre, louies les fois qu’iî s’est agi d’ouvrages permanents. La pierre douée d'une force de cohésion mfïnîmènt rrioindréqüè celle du fer, ne '■'adapte bien qu'aux formes employées par les Ëgyptîehs, les Romains et les Grecs. Dana rarchitecturo deoteléè du dans ces clochers à jour, ces pilastres aéldens, Cès balustrâdés étIdées, la pierre subissait une opération contre nature. C^é formes éïégantêà^ sveltes, déliées, vaporeuses, ne sauraient eohVenir qtt'à une matière possédant imc grande force de résistance sous uü faible volumé, c’est* à-dire qu'à des métaux. Déjà des essais ont été refilés pOür apptîqüËf le fer fondu à des constructions de style gorhîqne, à h Cathédrale dc Rouen (i), et dans quelques villésderÂllemàgne.
Ou a tiré de la pierre tout le parti qu'il était possible d'en eépérer. Il n'est plus possible de faire du neuf eu architeetui-e, Si ce nWt avec des matériaux nouveaux. Je crois que le fer forgé et le fer fondu fourniront cet élément de la régéfiération de l'aft, Vm èi
I autre sont assez à bas prix déjà pour Remplacer aVafiîàgeusefriëilt la pierre dans la consiruclîon des ponts. En cè ifiomeni fa fonte brute,
II est vrai, et très inférieure à celle qüî se convertît en molilagcs, Sé fabrique en Angleterre à raison dfc 90 fr. les i,oofi kilogrammes. Il est probable que ce n'est pas encore le dernier mot des màllr^s dê forges. A ce prix, lï semble qu'un édifice tout entier en fonte poüti’aft être construit au même prix qu’un édiûfie en pierres de mille. Pour apprécier combien ce ebiffre est bas, il suffit de se rappfelcr qufe lé bronze brut vaut trente fois autant. Je fie prétends déterminer ni quelles seront les formes qu'adopieraii rarchiteciure pour faire usage du fer fondu et forgé, comme matériaux habituels, ni jusqu’à qud
fij L’essni (le flonen pas tié heurfelii. La cîiiiqii^ie en Knaifîi flî &11e a heauconp trop de jours. Ce n'esl pas vnt loar,
NOTESP
poîtit il serait possible et convenable de les associer au marbi'e et à la pierre; j^aî voulu seulement soumettre aux homines compétents une idée que je crois ne pas être indigne de leur attention.
Les deux piles du pont de Cub^ac, sur la Dordogne^qui auront So mètres de haut, seront en fonte.
Il est à regretter que pour le monument populaire de la Bastille Ton n'aît pas préféré la fonte au bronie (i).
Note 6, ( Page i 3 .)
Extrucnon de la houtlk en France^ ea Angleterre et en Belgique,
La houille extraite en Angleterre est estimée par M, Mac Cullocli ( Bîctîonary of Commerce ) à plus de 16,000,000 tonnes, y compris 600,000 tonnes exportées à Tétranger. Les évaluations de M. Porter font monter ce chiffre à près de 17,700,000 tonnes, non compris ce qui est consommé sur les mines*, 750^000 tonnes sont transportées soit aux colonies soit à ^étranger. Les recherches approfondies de M. Le Play, Ingénieur des Mines, quia soigneusemeni visité tous les bassins liouil* lers de TAngle terre, font conduit à un chiffre beaucoup plus élevé. On peut estimer la production de la houille, en AngleterrÉ,à 5 o,ooo,ooo de tonnes, dont 5 ,000,000 sont consommées pai' les usines à fer.
M. Maoh Cullüch estime le capital engagé dans ceLte industrie à 3 50,000,000 de francs, et le nombre de personnes qui y sont employées a 160 ou ï8d,ooo* D'autres évaluations portent ce dernier nombre à ao6,ooo, dont 1 aï,000 dans les mines.
En iS 34 , la France a extrait a, 5 oo,ooo tonnes. Le nombre des ouvriers des mines est de 18,000. La France importe en outre des houilles belges et anglaises, ce qui éïève la eonsonimalîon nationale à 3,300,000 tonnes.
Après rAngleterre, la Belgique est le pays d’Europe le mieux partagé en mines de houille. Elle extrait, dans les trois grands bassins de Mons, Charleroi et Liège, et dans quelques autres moins importants, 3 ,300,000 tonnes, dont elle consomme les trois quarts.
fi) Le bronze ileni t-Uc se compose doit cire au priliï de 4 fi'- le kilog^.j ou .^,000 fr. par i.oDR kilûg. tes lamboiir^, de 4 mètres de diamètre et d'un seul inorceaii. sont do très belles pièces ; ils font le plus ^rand btîtineur è la fouderie de Ft'urcli.iiinbüiilt, ou Hs ont éic coulésmais on eût pu avoir tout aussi bien eu fonte [luur im prix cinn k six foiv mcindre.
NOTES
Note 7. (Page 18.)
De la 'vitesse sur Us chemins de fer.
Celte vitesse a été depuis lors bien dépassée sur les chemins de fer anglais; je tiens d'une personne digne de foï^ qui a visité TAngleterre en 1 836 , que sur le chemin de Newcastle à Carlisle on allait par moments avec une vitesse de ^24 lieues à Pheure.
Noie S. (Page a 5 .)
Chemins de fer en Angleterre.
Yoîcî, d’après les derniers renseignements publiés en Angleterre * Pétat des chemins de fer qui y étaient terminés ou en construction au commencement de i 836 .
Chembis^ de fer terminés.