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c l>0pott le jour où mon coonier m'emportant hors des bois de Workworth, je m'en allai étranger à mon nom, à mon «ing, comme un vil rebut condamné à la deatruction.
« Depuis llieare où, jetant encore un regard en arrière, je vis une tourelle briOef dans le crépuscule du mr, et à b fenAtre une main blanche qui me faisait un signe d'adieu.
« Cooutte celui qa\, du milieu du désert, découvre llle verdoynte du repos, et qui aspire vainement à l'atteindre sous les vastes cieux, dans les larges
• Ainsi do désert de mon destin, je contemple le passée et un nuage s'étend sur le cadran de ma vie.
« i'ai erré de plsge en plage. Je me suis agenouillé devant phis d'uUe cbàsse vénérée, j'ai courbé le front sur le sol rocaiUeuit où tmllrat les flambeaux de Bethléem.
M J'ai dévoué mon épée de chevalier au saint^sépulorei k l'Église, au Christ et à sa divine Mère.
« Inutile vœu ! Inutile combat I Tout me semble iniitile* Mon tene n'existe que dans le passé, et la vie présente ne m'apparalt que comme un rêve.
<t En vain je me suis astreint à une longue et dure pénitMce, j'ai pri^, j'ai jeûné, j'ai porté le cilice et le ne de crin.
« Les yeux de la mémoire ne peuvent s'assoupir, ses
oreilles ne peuvent se fermer. Soit que je lui cède, ou soit que je lui résiste , ma mémoire veille avec le passé.
u Et Tamour et les espérances d'autrefois s'emparent de mon esprit; et je vois flotter des boucles de cheveux blonds et reluire des yeux azurés.
ti Hélas ! ces cheveux tombent sur un autre sein que le mien, ces yeux qui étaient à moi sourient à d'autres yeux.
« J'entends le maître s'écrier : Prêtre infidèle I parjure chevalier! chasse au loin cette coupable pensée, tu dois être mort à la terre et à la nature.
M L'Église de Dieu est ton épouse. Que tout ce qu'il y a d'humain dans ton cœur soit subjugué par tes vœux.
M Inutiles remontrances! Ce cœur ne cessera de souffrir que lorsqu'il aura cessé de vivre. Le même coup mortel tuera à la fois et l'amant et le prêtre.
« Oh ! mère compatissante ! Oh ! anges de lumières, saints et martyrs, priez pour un faible pécheur. Soutenez un malheureux homme.
«« Et que les païens accomplissent leur œuvre, et que la mort me délivre de mes chaînes avant que le soleil disparaisse derrière les cimes bleues des Carpathes. »
L'histoire du chevalier de Saint-Jean m'a éloigné du spectacle de mon wagon et de la terre qu'il sillonne. J'y reviens.
La contrée que nous avons à traverser en venant de Buffalo n'est pas montagneuse. Néanmoins, elle présente aux regards une quantité de sites très-variés et très-pittoresques. Tantôt on longe le canal Érié, cette riche artère du commerce de New -York, qui s'étend sur un espace de trois cent vingt-cinq milles, qui rejoint l'Hudson au lac dont elle porte le nom, et par là l'océan Atlantique aux immenses cours d'eau du nord. Tantôt on passe près des bords d'un lac riant où flotte la voile blanche du pécheur ; tantôt au milieu d'une forêt sauvage pleine de broussailles touffues, hérissées de tiges de sapins qui sont morts de vieillesse ou qui ont été renversés par le vent, brisés parla tempête. Ce ne sont pas les magnifiques forêts vierges de l'Amérique du Sud, avec leurs arbres gigantesques, leurs réseaux de lianes, leurs splendeurs de végétation. Pendant un nombre incalculable d'années, elles ont été soustraites au bras destructeur de l'homme, elles ont péri, elles se sont renouvelées sur leur sol désert. L'Indien seul y pénétrait d^un pied furtif, en allant à la chasse, ou en poursuivant ses ennemis. Maintenant elles sont cadastrées, entourées d'une barrière, livrées à l'exploitation. Sur leurs lisières s'élève çàet là un hameau naissant, ailleurs une habitation isolée, un loghouse, premier noyau d'un village, d'une bourgade, d'une ville future.
J'éprouvais un intérêt extrême à regarder ces es-
aai* de défricbementt, ces petites maisons de colons, dont quelques-unes ont déjà leur jardin, leur enclos d'arbres à fruits, leur pâturage où le bétail broute rherbe d'automne. Que d'angoisses secrètes ces lieux ont cachées dans leur solitude I Que de larmes ont été versées à la dérobée sur ce sol, depuis le jour où la famille qui vint s'y établir commença à le défricber, à en arracher les racines jusqu'à celui où, ayant achevé sa conquête, elle se bâtit sa demeure I Que de fois la pauvre femme allemande a dû, sur cette terre inculte, sous ce ciel étranger, tourner ses regards vers le foyer paternel et regretter les rives fleuries du Hhin, les verts coteaux du Wurtemberg ! On ne sait pas à quelle souffrance sont condamnés les pauvres émigrants que le désir de foire fortune , ou une fatale inquiétude, quelquefois aussi la pauvreté amènent des États d'Europe dans ces lointaines contrées. Je les ai vus en Alsace s'arrachant en pleurant des bras de leurs parents et de leurs amis , emportant comme un dernier souvenir tout ce qui parait leurs pénates. Je les ai vus entassés par centaines dans le hideux entre-pont des navires qui les portent au delà de l'Atlantique, et jamais je n'oublierai ces douloureuses scènes. Arrivés à New-York, dans leur ignorance du pays, de la langue, ils tombent entre les mains d'une légion de brigands patentés qui les guettent au passage, les séduisent par leurs offres de service, les entraînent dans d'infâmes
anbergêi, leur vendent des billets de transport sur des cheminé de fer qui n'existent pas ou sur des canaux Imaginaires, et ne les lâchent que lorsqu'ils ne peuvent plaa leur voler un dollar. 11 en est de ces pauvres étrangers qui échappent à ces misères et à ces périls. U en eat qui trouvant dès leur arrivée en Amérique une direetion sûre, un appui honorable, s'établissent convenablement et prospèrent. Mais la chronique ne dilpds combien il y en a chaque année qui succombent dans le dénûment et Tabandon.
Dans les villes d'Europe, la police surveillerait les tavernes où ils se laissent débonnairement conduire et qui sont de vrais repaires de filous. La justice les prendrait sous son patronage. Ici, la police est essentiellement passive, et la justice a besoin , pour con> damner un coupable, de Taccord unanime des jurés.
Si un seul membre de ce tribunal populaire composé de bourgeois et d'artisans, refuse d'adhérer à la sentence de ses collègues, Taccusé est absous.
J'ai moi-même un jour été pris au piège par un de ces vendeurs de tickets qui flairent comme les chiens de chasse la piste d'un européen. J'ai payé, en partant de NeW'Tork, huit dollars un billet qui devait me conduire à Montréal et qui m'ajuste délaissé à moitié chemin. Pour six dollars je devais faire le trajet entier. Quand je suis revenu à New-York j'ai vu mon marchand assis tranquillement à son comptoir et souriant
à d'autres dupes. J*ai demandé si ce n'était pas un devoir de signaler sa friponnerie. « À quoi sert? m'a-t-on répondu. Si vous le traduisez devant la police, cet homme dira que vous avez fait avec lui un libre marché, qu il ne vous a point obligé à prendre son billet, que s'il en tire un bénéfice c'est un bénéfice légitime, et que si vous n'avez pu aller avec sa contre-marque jusqu'à Montréal, c'est votre faute, ou celle des agents canadiens auxquels vous pouvez adresser votre réclamation. Cet homme paye du reste probablement avec régularité son loyer, ses impôts. Il est citoyen américain. 11 prend part à l'élection des membres du congrès, des magistrats, des fonctionnaires publics. C'est un honnête homme... »
Le soir, le chemin de fer de Buffalo m'a déposé sur un de ces bateaux superbes qui, chaque jour, descendent à New-York. Le ciel était pur, l'air doux. La lune n'éclairait que les flots où notre bâtiment traçait un long sillage. Les rives du fleuve ne m'apparaissaient dans l'ombre que comme des lignes vaporeuses. On n'entendait aucun bruit, on ne distinguait aucune agitation, on ne voyait d'autre lumière que celle de l'astre nocturne luisant sur notre tête comme un phare pour guider notre marche, et celle des flammèches de nos cheminées qui voltigeaient au souffle de la brise et tombaient dans l'onde comme des étoiles filantes. Debout, à l'écart sur le pont du
baleaa, je contemplais en silence la vaste et noble rivière de THudson , ses côtes qui paraissaient inhabitées, et il me semblait voir le fleuve au temps où le hardi navigateur hollandais le remontait pour la première fois avec son aventureuse chaloupe, au temps où le travail de l'homme n'avait point encore altéré l'image primitive de ces lieux et détruit leur caractère de solitude auguste. C'est une des meilleures impressions que j'aie éprouvées.