‹ Lettres sur l'AmériqueChapitre 8 sur 17 · NEW-YORK · texte numérisé non relu

NEW-YORK

IflHHressîoH iMctunie.— Souvenir de Suède.— Immense progrès en NcwYorK. *«- L« religtoa aoufelle. •— lie Broadway. — - Activité généralA. -- L^ M]Mrê fo^jt des i^Hs. — ioiiroauiL el litléralure*— L'argent en (ouïe 0(C/(;asl.on.~rjUi yaleur d'un homme. — Galherine Johnson contre James Reynolds. — Le Jour d'actions de grâces. — Faillites glorieqsejs. — New-York refuge dangereux. — Courtoisie de la police envers les citofeas jHoérieaiiM. •* VoH et brigandages.

A première fois que j'entrai à New^Yofii , c'était le soir. Je venais de p^fiser trente-ciuq jours »ur ua bâtiment qui , au Bavre , me faisait le» plus belles promesses du monde, et qui Qu'avait r^ndu Tai^isteu^ fort désagréable. En posant le pied sur TUe forttmée d^ Mabattan« je n'éprouvais, but il l'^youer, qu'un trés-vulgajr« désir, La dénr d^ savouier, après Y'mïimQ hoismu corrompue qu'où

nous avait constamment servie à bord , un véritable verre d'eau pure , et de me mettre au Ht. A peine le dernier de ces vœux était-il réalisé que j'entendis tinter la cloche d'une église voisine. Ce tintement me rappelait celui qui autrefois m'avait souvent frappé à Stockholm par une harmonie mélancolique; et soudain, par la magique puissance que l'assimilation des sons exerce sur l'esprit, me voilà de songer à la romantique capitale de la Suède. Je me représente le pittoresque tableau de ses édiQces gothiques et de ses maisons modernes , son port sur le lac Mélar, ses chaloupes conduites par des Dalécarliennes et son Diurgarden chanté par Bellemann. Je m'imprègne tellement la pensée de ces riantes images que toute la nuit j'y rêve , et que mon rêve m'emporte tour à tour sur les hauteurs du Mosebacka, dans le salon où le vénérable Wallin nous lisait jadis ses vers, et dans celui où le bon roi Charles-Jean daignait m'accueillir sans tenir compte de mon obscurité de voyageur.

Dans aucune ville du monde, un tel rêve ne pouvait être une illusion plus complète. Car ici, il n'y a ni monuments gothiques, ni rois, ni poésie. Le lendemain matin je m'éveillai au bruit des charrettes , des omnibus qui roulaient sous mes fenêtres, au bruit d'une foule active, pressée qui déjà courait à ses affaires. D'un côté, je voyais se dérouler devant moi les longues perspectives des magasins de Broad-

way; de Tautre, mes regards s'arrêtaient sur les milliers de navires , de bateaux à vapeur qui , de leurs larges flancs, couvrent la rivière du nord. Adiou les doux songes de mes anciennes pérégrinations, les légendes que j'allais cherchant sur les rives de la Baltique, les souvenirs de gloire semés là-bas en tant de lieux, les monuments mythologiques qui racontent les croyances des siècles passés, les coutumes traditionnelles qui se sont perpétuées au foyer Scandinave, les vertus hospitalières qui raniment, les chants populaires qui Tégayent. Adieu ce cher pays à qui je pouvais, en le quittant, adresser ces beaux vers de Goldsmith :

« Bless'd be Uiat spot, where cheerful guest reUre To pause from toil, and trim their evening fire; BlessM thaï abode> where want and pain repair And every stranger finds a ready chair \ v

Je suis dans la cité des intérêts pécuniaires, des idées positives , dans la cité qui rejette loin d'elle , comme de vaines frivolités , toute chronique chevaleresque, toute rêverie idéale, qui n'admet que le labeur positif et le rigoureux exercice des idées pratiques.

* « Béni soit le lieu uù l'hôte vient gaiement se reposer de ses fatigues , ^ préparer le feu du soir. Bénie soit la demeure où l'on apaise ses besoins *tiM peines, ob chaque étranger a sa place préparée. »

tique sentier bordé d'aubépines à un chemin de fer paré de ses deux voies , il est clair que je ne puis pas apprécier le mouvement industriel des États-Unis, les grands travaux qu'ils ont déjà accomplis et ceux qu'ils projettent. Puisque j'ai commencé ma confes* sion, autant vaut la finir tout d'une fois, dussé-je au lieu de l'absolution à laquelle mon humilité me donne peut-être quelque droit , entendre prononcer sur ma tête une sentence qui me bannisse de cet élysée des amants de la fortune comme un profane. Eh bien ! je vous le dirai , je m'étais fait une autre image de l'Amérique. Même après avoir lu les récits de M. Michel Chevalier, le livre de M. de Tocqueville et celui de miss Martineau , il m'était resté dans l'esprit je ne sais quels fantastiques tableaux des grands fleuves , des grandes forêts , des traditions indiennes et des profondes, silencieuses savanes. En pensant de loin à New-York, je voyais cette ville s'élever comme une île enchantée entre les vagues de l'Océan et les flots azurés de l'Hudson , dans le prestige poétique d'un monde paré des charmes de la jeunesse. Et le prestige a disparu, et ma folle poésie s'est noyée dans des tourbillons de vapeur.

Je ne vois plus à présent ici qu'une vaste métropole qui, par toutes ses portes, par toutes ses fenêtres, annonce une nouvelle ère et proclame un nouveau dogme.

Pendant que Moïse était sur le Sinaï, recueillant la parole de Dieu et lisant ses lois sur les tables de marbre , les Israélites impatientés de l'attendre se mirent à fabriquer une idole et adorèrent le veau d'or.

Pendant que la vieille Europe cherchait dans les orages des révolutions les nouvelles lois qui , il est vrai , n'étaient pas toujours celles de Dieu , en dépit de l'axiome : Vox populi , vox Dei , la république des Etats-Unis a fait comme les Israélites , elle s'est passionnée pour le veau d'or, elle s'est agenouillée devant lui. Nul Moïse ne l'arrachera à ce culte idolâtre. Elle prétend au contraire nous démontt^r qu'elle seule est dans le droit chemin , et que nous n'avons fait jusqu'à ce jour que marcher dans l'erreur. Elle nous crie, en empruntant les termes mêmes des saints livres : « Adorez ce que vous avez brûlé , et brûlez ce que vous avez adoré. » Il n'y a qu'une religion, vraie , la religion du bien-être matériel. La banque est son temple , le registre en partie double sa loi, et l'or californien son soleil. Ceux qui pratiqueront dignement cette religion auront la joie infinie de contempler face à face la splendeur d'une caisse de dollars, et ceux qui la renieront languiront dans les tortures de la pauvreté.

En formulant ainsi le dogme des États-Unis et de la moderne Carthage , je ne prétends pas dire que la digne république bannisse de son sol toute autre ap-

parence de doctrine et tout autre sytnbole religieux. Au contraire, elle est à cet égard d'une complaisance sans pareille. Elle enfante des sectes dont l'énuitléra tion seule est déjà fort longue , elle paye des prêtres , des missionnaires, elle fonde des églises. A New-York, on ne compte pas moins de deux cent yîugt-deux églises, et une vingtaine de communautés différentes, depuis celle des Épiscopaux , qui est la mieux dotée, jusqu'à celle des Swedenborgiens qui ne possède en^ core que deux chapelles. Mais les fidèles ne donnent qu'un jour, une heure au prône du pasteur, et le reste de la semaine est du matin au soir dévotement consacré au culte par excellence, au culte de l'argent. Qui prononce ici ce grand mot d'argent est sûr de tenir les esprits attentifs et les oreilles éveillées. Tout autre langage n'est admis que par occasion , ou ne résonne que comme une parole vide de sens au milieu d'une foule indifférente*

New-York est la Jérusalem de cet évangile, et toutes les autres cités se conforment à qui mieux mieux à l'enseignement de New-York.

Le Broadway qui traverse cette ville est l'une des rues les plus longues, les plus animées qu'il y ait au monde. Mais ne croyez pas que vous puissiez y voir rien qui ressemble à l'aristocratique aspect de la Newsky perspective de Pétersbourg, au riant spectacle de nos boulevards, à la sévère grandeur des Tilleuh

de Beriin, ni même à YOstergade de Copenhague. Fi donc! ce sont là les vanité de l'ancien monde, les lieux de parade d'une impuissante oisiveté. Ici , chacun est occupé, chacun va, vient, à pied, en om> nibua, en fiacre, en charrette avec un but précis, une affaire en tête, un compte à régler. On ne marche pas, on court, on se heurte, on passe sans y faire attention sous les échafaudages d'une maison en construction i sur les planches mal jointes qui couvrent i'antrée d'une cave, entre les chevaux et les voitures. Nul obstacle n'arrête cette perpétuelle fourmilière qui , à chaque instant, semble se répéter la sentence du bonhomme Gorgibus :

Apprenez qu'il n'est rien Qui ûe doive céder au soin d'avoir du bien.

Quant aux charmes de ce délicieux far-niente^ de la promenade capricieuse, de la béatitude parisienne qu'on appelle la flàtierie, il n'est pas un honnête citoyen de New-York qui éprouve seulement la velléité de s'y livrer. 11 faut qu'un étranger sans emploi vienne ici pour donner l'exemple d'une telle monstruosité. Pendant le temps que j'ai passé à New- York, je suis à ma connaissance le seul flâneur qu'on ait vu errer niaisement à droite et à gauche, de la place du parc k l'hôtel Delmonico, s'arrêter devant les boutiques de libraires ou les étalages des mar-

chands de journaux , descendre sur la pelouse de la batterie, au bord de la rivière, et faire des ronds dans Teau comme le flandrin de Molière.

Non , je me trompe. Enire midi et deux heures, dans les parages les plus brillants du Broadway, on voit apparaître une quantité de femmes , de jeunes filles qui semblent aussi dominées par le démon des paresseuses fantaisies, qui s'en vont nonchalamment de magasin en magasin , contemplant la nuance d'un nouveau satin , et faisant de longs commentaires sur une forme de chapeau. Mais à voir comme elles sont chargées de tout ce qu'un pauvre corps de femme peut porter d'étoffes en soie ou en velours, de châles et de dentelles, de colliers et de bijouterie, j'imagine qu'elles ne se promènent point seulement pour leur bon plaisir, qu'elles doivent par l'exhibition de leur toilette représenter la fortune de la maison , et peutêtre annoncer par un surcroît de panaches ou de diamants chaque victoire remportée par l'ennemi dans les engagements de la spéculation.

La spéculation est le champ de bataille des Àméri> cains, et les femmes en sont les hérauts d'armes. A chaque instant, il se livre, non-seulement sur la longue ligne du Broadway , mais dans la populeuse Wallstreet , dans la Waterstreet et enfin dans tous les quartiers de la ville , de terribles assauts d'agio et d'escompte. Plus d'un hardi combattant voit entamer

son portefeuille et saigner sa caisse, tandis que son heureux antagoniste regagne ses foyers dans son màle triomphe, et que sa femme, tressaillant de joie à la vue de ses couronnes de bank-notes, entonne comme une valkyrie le màle chant de la victoire.

Une tribu d Indiens ayant un jour à recevoir cent mille dollars, pour des terrains que la magnanime république avait bien voulu consentir à acheter, les commissaires du gouvernement proposèrent aux anciens possesseurs du pays de placer leur demi-million à la banque de Philadelphie , leur disant que chaque année ils pourraient en percevoir l'intérêt sans amoindrir leur capital. Les bons Indiens se mirent la tête à la torture pour s'expliquer un tel calcul. Us ne concevaient pas comment ils pourraient chaque année avoir à dépenser cinq mille dollars, sans ébrécher leur trésor. A la 6n , Tun d'eux , plus ingénieux que les autres, leur dit que sans doute la banque de Philadelphie était un établissement où les dollars faisaient des petits comme les oiseaux dans les buissons.

Les Américains ont beaucoup ri de cette naïveté. Cependant ils sont convaincus qu'en effet leurs dollars doivent faire des petits, et ils les palpent avec une tendre sollicitude et ils les couvent avec amour.

Pour comprendre l'ardeur avec laquelle ils s'occupent de cette reproduction, il faut penser que,

dans leur f ertueuM déinocratie , il n'y a pM d'âutf e; «gne réel de distinction , ni naissaoce^ ni titres nobi-« liaires , ni talent artistique ou littéraire. Tout ici doit être chiffré ou pesé au trébuchet de TorféTre. Tel capitaine de bfttiment s*est illustré par un vcrjrage de découverte, vous vous plaisez à citer les lieux intéressants qu'il a vus, les observations qu'il a faites. On vous interrompt pour vous demander quels étaient ses appointements. Tel peintre s'est distingué à l'e!!position et a reçu avec les éloges les plus encourageants une médaille d'or. On ne s'arrête pas aux éloges^ on veut savoir le poids de la médaille. Quand on raconte à un Américain que Murray donnait à lord Byroti mille six cents guinées pour un cbant de Child ^ Harold , il ouvre de grands yeut^ et s'écrie avec un poétique enthousiasme qu'il voudrait biep avoir composé Child-Harold. Mais si l'on ajoute que Béranger occupe une modeste maison à Passy, et qu'il n'a pour tout bien qu'une rente modique, il se moque de la gloire de Béranger, et pense qu'il eût mieux fait d'entrer dans le commerce.

Avec de telles idées / vous concevez que la littéra* ture ne prend pas ici un grand essor. Cooper, Washington Irving et le savant historien Prescott se sont bien certainement acquis une plus grande gloire en Europe qu'aux États-Unis. Car là on ne voit que le

ifkérite de leur» (Buvres , et ici on remarque grave^ ment qu'avec tou« lents écrits, ils n'ont pas &it fortune.

Cependant, quand on entre dans les libniries de. New-Tork, et quand on énumère Timmense quantité de journaux qui se publient en Amérique, on pourrait ivoire qu'il n'existe pas à la surface du globe un pays plus littéraire. Mais ces libraires ne font que réimprimer an format compacte, au prix le plus modique, les élégants in-octavo de l'Angleterre, ou traduire nos feuilletons de romans. Alexandre Dumas alimente ici plus de presses, plus de papetiers et de brodieurs qu'en France. Quant aux deux mille quatre cents journaux dont se glorifient les États-Unis, comme d'un signe de difiîision da lumière, à moins qu'on m l0s ait tenus entra seis mains et parcourus de ses propres yeux, je ne pense pa4 qu'il soit possible de se faire une idée d'un te) amas de diatribes personnelles, de chroniques grossières, d'anecdotes puériles, d'une telle confusion de notices politiques ou commerciales, entremêlées de dithyrambes en vers, ou de réclames de marchands, et noyées dans un oeéan d'annonces. Rien de ce que l'on voit en Fr^nee ne peut vous donner une idée de ces anoonees. C'est un inventaire quotidien de toutes les marehandisee imjiginabl^ entassées péle^méle comme dans une imr rnense erèoe, fi*mi le registre de toutes les iaventions

et de toutes les industries depuis celle du tavernier jusqu'à celle de l'homme d'affaires. En voici une que je traduis littéralement pour vous montrer jusqu'où s'étendent les ingénieuses combinaisons des Américains. Aux femmes et aux maris malheureux « ( To unhappy wives and husbands). Le soussigné ayant une grande expérience dans les affaires de divorce, offre ses services aux personnes qui désirent être affranchies des liens du mariage et se mettre en état de contracter une autre union, il répondra promptement aux communications confidentielles qui lui seront adressées port franc. »

Voyez quel progrès! M. Foy a pris sous son patronage les célibataires. Mais M. Foy en est encore à la vieille école des romanciers. Une fois le mariage conclu, on s'embrasse et tout est fini. Voici un sage Américain qui sait que les choses ne vont point ainsi dans le monde réel, qui prend en pitié ceux que cette dernière page des romans a trompés, qui leur offre son expérience. Notez ce mot d'expérience. Le brave homme a peut-être divorcé plusieurs fois. Il sait comment on s'y prend, et dans sa généreuse philanthropie, il répondra immédiatement à ceux qui lui adresseront franco leurs élégies matrimoniales. Nonseulement il brisera leurs liens odieux, mais il les aidera à en nouer de nouveaux. Ah! que les Américains sont des gens habiles, et que nous sommes

en arrière nous qui nous vantons de notre intelligence!

Après avoir rendu ce juste hommage aux annonces, je dois ajouter qu'à part l'Abeille de la Nouvelle-Orléans, et le Courrier des États-Unis^ je ne connais pas un journal américain, pas même le meil-. leur de tous, celui d'un poète distingué, M. Bryant, qui pour Tordre des matières, pour Texposé des faits puisse être comparé à nos plus simples journaux de province. Comme chaque cité considérable en publie au moins une douzaine et chaque petite ville deux ou trois, il en résulte que pas un n'arrive à une assez grande extension pour pouvoir offrir une juste rémunération à une phalange d'écrivains de talent. Les uns sont soutenus par les cotisations des hommes de parti auxquels ils servent d'organe; et la plupart ne vivent que des produits des annonces.

En résumé, la profession d'homme de lettres, de savant, de privât gelehrte, comme disent les Allemands, n'existe pas ici , ou n'y existe que dans des conditions d'humilité et de souffrance. L'unique profession convoitée, honorée, est celle de l'industriel et du négociant. C'est celle qui ouvre le difficile sentier de la fortune, et la fortune est la première, sinon l'unique ambition de l'Américain.

On emploie aux Ëtats-Unis, dans la conversation habituelle, dans les livres et les journaux, une ex-

pression qui mérite d'élrs entée eomniâ un trait de mœurs, et que j'essayerai de faire ressortir plus nettement par UBB comparaisop. En France, lorsque nous parlons de la situation matérielle d'un individu, nous disoas : il possède tant de terres ou tant de capitaux. Il possède ! c'est-à-dire, il est le maître de ce domaine. Il en use comme d'un instrument, selon son bon vouloir. Par cette énonciation, la propriété est placée dans l'ordre secondaire, l'hoaune la domine. Dans le langage des Ëtats-Unis, l'homme au contraire tombe non-seulement dans un ordre inférieur, i) est absorbé et annulé dans le chifire de ses propriété3. On vous dit : cet homme vaut un million. Peu importe qu'il soit iostruit ou ignorant, beau ou laid, élégant ou vulgaire. Il vaut un million, voilÀ le fait, et si demain il était frappé par une banqueroute, il ne vaudrait peut-être plus que cinq cent mille francs, et après<-demain, peut-être plus rien du tout.

C'est qu'en effet, de même qu'en France, d'après notre organisation décimale, nous n'avons pour les distances et les pesanteurs qu'une mesure uniforme, il n'existe ici qu'un mode d'appréciation : l'argent. De même qu'en Russie, les rangs de la hiérarchie sociale sont assimilés h difierents grades militaires, de même chaque position est ici çl^sée suivant une certaine quantité d'argent. Si les Américains, qui se vantent de faire upe étude assidue de la Bible, pensent

quelquefois à l'échelle divine de Itieob, )e Mi][)po9e (Jtté beaucoup d'entre eux doiteni se Ia teprésenter comme un édifice magique où Ad nlvesu du âol, le génie de Tiildustrie n'entasse que 6eé scbélliligd, ou plus baui résonnent les écus ^ 0i plus bâtttt én(^e les obères pièces en or qu'on appelle des di^es. Succès et défaites, peines et récompenses, tout est Ut* riié, réglé sur une somme d'at^eât. Un crime se pârjre par une amende, une promesse solennelle de ccetir s'acquitte par tant et tant de dollar^« En tcmlez-^oUA une preuve? j'en ai plusieurs à votre service.

J'ouvre un jdumal de New-* York et je vois que le maobinistéf aeeusé d'un petit i^ime : l'explosion du bateau la Louisiane^ qui n'a massacré que deux cents personnes j fournit une cauti<Hi de huit mille dollai^ et se promène en attebdàilt son jugement comme un honnête citoyen, dans les rues de la Nouvelle-Or-^ léans<

J'ouvre le journal de Syracuse du d6 novembre^ qui par hasard me tombe entre les mains, et j'y lis à la seconde page ce curietix entre^fllet, que je vous ^A^ duis textuellement < « Rupture d'engagement* L'affaire de Catherine Johnson contre James W. Reynolds, pour rupture de promesse de lâariage^ a été jugée à Pittabourg vendredi d^trnier. Les deux parties occupent dans la société une poéition Respectable. Il a été prouvé que l'amant valait (was worlb) trOia mille dol^

lan, et après vif débat, le jury Ta condamné à donner à la plaignante, à titre de dommages et intérêts, une somme de cent dollars. »

Voyez-vous tout ce qu'il y a de notables incidents contenus en ces quelques lignes ! Voilà un individu qui a séduit une femme par une promesse de mariage, qui Ta conduite par cette promesse, Dieu sait où, et à qui il plaît ensuite de dire : c'en est assez , je ne veux plus me marier. La pauvre créature trompée ne s'arrache point les cheveux , ne va pas se jeter dans le lac, et n'en appelle pas aux souvenirs, à l'honneur de son infidèle. Elle sait qu'aux Ëtats-Unis les choses ne se traitent point d'une façon si romanesque. Elle envoie une sommation à celui qui l'a trahie, elle le traduit devant le tribunal comme un débiteur de qui elle a le droit de réclamer la solde légale d'un sentiment. L'un et l'autre comparaissent face à face devant le jury, et l'un l'autre occupent, dit la chronique, une position respectable dans la société. On ne dit point ce que vaut la femme, mais Tamant vaut trois mille dollars, c'est là sa position. Par malheur pour lui, il paraît qu'il a vraiment trop abusé de son éloquence el de ses serments. Le jury, après un sérieux examen de la question et un vif débat {warm contest), le condamne à donner à celle qui le poursuit si vivement un billet de cent dollars. Après cette sentence, l'amant vaut cent dollars de moins, et sa maîtresse cent dollars

de plus. Voilà comme aux Ëtats-Unis le crime est puni , et la vertu récompensée.

Mais ce n'est pas seulement envers la chétive race humaine que ce jury d'argent s'exerce. Il possède à un si noble degré le sentiment de sa mission qu'il s'élève jusqu'à la Providence. Quand l'année a été assez fructueuse, quand chaque champ a rendu à peu près ce qu'on devait en attendre, qu'il n'y a pas eu trop d'épidémies sur les bestiaux, de ravages de grêle dans les sillons, et de naufrages sur mer, quand Dieu enfin s'est assez bien conduit envers sa fille américaine, on lui sacrifie par reconnaissance vingtquatre heures de travail. Le gouverneur, interprète de la justice du peuple, ordonne que tel jour les magasins seront fermés et le mouvement commercial interrompu. Et vraiment on fait à Dieu ce jour-là , le sacrifice de l'argent que l'on pourrait gagner. Je me suis trouvé à New-York dans une de ces occasions solennelles. Toutes les portes des magasins étaient closes, tous les commis absents. La ville entière célébrait les bienfaits du Seigneur par le plus morne silence, un silence de dimanche, c'est assez dire. Dans la matinée, le bateau à vapeur anglais avait apporté la nouvelle que le prix des cotons était augmenté de trois cents par livre sur le marché de Liverpool. Aussitdt voilà un journaliste qui prend la plume, fait un calcul , trouve que cette élévation de pirix donne aux Ëtats-

UiiUi pour l'Mtiàê IMf I un MnélUm ifiMfNiré àë plu» Mifiir/» million/» An il/zllurif «i A lu tto du iofi A^diUofi « •ppinudit k lu iiMMéii qtm \m $ffnà^t$fnmïumi « «M àa 0inm»fm e«iU» dliiM dif ¥ifi(|tw|uiir4f bmirM è r£ir« iuprAffi».

Ob ! Dira d4 boitte, bit qiMi Tiiallé* proeb«iM l# Kotim ttugmimU du iift cMiU ptr Uirr«, #1 Tm Ui yaUnrn 4êu% Jours d'iu^iioM d4 ^fàii4m,

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I rodo ffoi itffilimoffiUt il p«ff#rlii Juiqu'Aui prwniori

l prioeipoi do uiotaIo oi do loyauté. Il ^f^iilrnodoo faite

1 i}uo U0U% fmpfi^HM d'unoJu»(o réproioiiion ^ otglorilio

) do« numm i|uo luitt» ouriont liooto d'ovouor.

Kfi Fmie^f^ il nous oH doux do lo diro, un iolo d'iniprokité comniorcioii^ odi flétri por l'opinion, Uno lMin/|uoroulo oti uno toolio i|ui no m Iovo pM on Irohi flou do géf»éroiion«. Aui^ £toU«Unii/ il n'y do ion-» tonoo rigourouiMii quo p^^iur aatui nul éeïu$m doni uno do (MM ofiin^priMw ttiiiiru;i^ro«, do irioinplio quo pour «olui qui r/iuiK^il, n1ni|i«/rto lo« inoyofi« i|u1l otnploio, kut f^/UtikUiiii», on (mrli^ d'uno faillilo ^fofnnio d'un «iinplo mu'MUiuif quo|/|U4ffoi« miiuMt cornnio d'un^f 1 lè^iroiUi invonlion. On v//u«nionlro una nmifon tidon*

dide m voot diMflt s cot homme qui a tometi de bil« letM de banqui la préeiettk tettaiii oh il voulait élever cet édifice, qui a fait dessiner cette façade et ciseler ceft colonnes^ qui pour parer coUveoablemeut sa ié-^ meure a commandé à Paris les plus riches tentures et les plus beaux meubles, cet homme-là a failli trois lois, mais c'est un gaillard habile ; il a su se tirer d'em^ barras, et à présent il a de Tor plein les maitiS/ Ce que pensentsescréanciers, en mesurant de Tœil la hauteur de son palais, je ne sais. Peut-être qu'ils reconnais^ sent aussi son habileté et se blâment de n'avoir pas su' profiter de son exemple^

Si la faillite ne suffit pas pour sauver un négociant d'une crise inattendue, pour couvrir ses folies, pour accroître son capital , il a recours à un moyen plus énergique^ il met le feu à sa maison. Il expose ses voisins aux plus grands désastres, mais sa maison est assurée pour une somme qui en dépasse la valeur réelle^ et ses registres et les preuves de son déficit périssent dans les flammes. C'est un fait bien connu que nulle part , pas même à Constantinople, les incen^ dies ne sont aussi fréquents que dans les villes d'Amérique, et il est certain qu'un grand nombre de ces incendies sont allumés par ceux*là mêmes qui le len^demain poussent des cris de désespoir et se lamentent sur leur catastrophCi La police ne les soumet qu'à une débonnaire enquête; le jury ordinairement les ao^

quitte, et cette belle invention est tellement mise en pratique que vous entendez des Américains vous dire avec un grand sang-froid : les aflBiires vont mal, les f^héances sont lourdes ; dans le courant du mois les pompiers auront de Touvrege.

Ce n*est pas tout. J*oseafBnnerqu*en aucune capitale d'Europe, dans aucune whiteehapei de Londres ou de Paris, la misère ou la cupidité n'enfonte des crimes aussi monstrueux que ceux qui se commettent périodiquement aux États-Unis, et dont les journaux de chaque ville, de chaque bourgade, semblent se complaire à narrer les affreux détails. Nevir-York est le refuge d'une immense quantité d'aventuriers que la police de Tancien monde a la cruauté de troubler dans leur industrie ; c'est le Botany-Bay volontaire du crime et du vagabondage de TEurope. Comme on entre là sans passe -port, comme on peut en posant le pied sur cette terre de liberté, échanger sans la moindre difficulté un nom mal sonnant contre un nom encore vierge, comme il est très-aisé ensuite d'obtenir le titre de citoyen américain et de jouir de tous les privilèges qui y sont attachés, il résulte de cette bienfaisante organisation que tel individu qui ne pourrait sans quelque danger prendre l'air dans les rues d'une de nos capitales, peut ici se montrer tranquillement au grand jour et se livrer en paix à ses chers petits trafics. Nulle part, j'en suis convaincu, il

n'existe dans la proportion de la population autant de fripons patentés et de filous de grandes rues qu'à New- York. L'étranger y est à tout instant exposé à se voir très- doucement dupé, ou audacieusement volé. En pareil cas, ce qu'il a de meilleur à faire est de se résigner en sileace à son accident, et de s'en souvenir comme d'une bonne leçon. S'il essaye de réclamer, il peut fort bien arriver qu'il ne soit pas entendu. S'il persiste, s'il a le courage de s'aventurer dans la filière judiciaire, on appliquera peut-être à sa blessure un remède qui la lui rendra plus cuisante. Juges et commissaires sont ici élus par le peuple, et ils ont de touchants égards pour ce bon peuple qui leur donne un titre, des appointements. Quant à l'étranger, ces honnêtes gens ne lui doivent rien. Il n'a point voté pour eux aux dernières élections, et il ne votera point aux prochaines élections. L'étranger volé est à leurs yeux une espèce de naufragé sur lequel un citoyen américain prend un droit d'épave. En conscience, est-ce là un si grand mal? Ce que je dis ici, je pourrais l'appuyer d'une quantité de faits authentiques. Et ce n'est là qu'un des côtés de l'immoralité de New- York. Quel effrayant tableau il pourrait peindre celui qui a observé de ses propres yeux l'intérieur de ces antres de rapines, où un hâte famélique héberge à leur arrivée les innocents émigrants, celui qui a pénétré dans ces quartiers maudits, dans ces cours des miracles de la

métropoto commerciale^ J'en ai entendu citer àeê traits, raconter des scène» qui font frémir.

Après cette esquisse, comprendrez^fous que New- York soit une ville agréable I Et cependant c'est vrai, non au premier abord, mais dans un séjour de quelque durée. Il y a là tout le caractère «l'une irèsh§rand€ fille y puis il y a dans sa romantique situation ^ dans les magnifiques points de vue qui l'entourent « dans ses ressources infinies ^ dans ses acUvetl relations avec Funivers entier, je ne sais quel charme d'une forte et étrange saveur qui finit par séduire les plus rebelles et les attacher à cette puissante Carthage. Pour mon compte, j'avoue qu'après l'avoir maudite, j'en suis venu comme tant d'autres à fléchir sous son singulier magnétisme. Après l'avoir quittée pendant un mois, j'y rentrais avec plaisir, j'étais heureux de revoir son Broadway et du plus loin que je pouvais l'apercevoir, je saluais avec joie ma jolie chambre de l'hôtel Delmonico, le seul bon hôtel du reste que j'aie trouvé aux États-'Unis.

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