‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sér (volume 2)Chapitre 1 sur 97 · Lettres sur l'Angleterre: 2. sér · texte numérisé non relu

Lettres sur l'Angleterre: 2. sér

Le FivMi! qui dit le Times, dit ua des produits les plus singuliers des temps moderaes, ud des phénomènes de la ciTilisatioD qui dous régit. Quel formidable pouvoir que celui du Time»! Ud inconnu — vous, lui, moi, — u'a.qu'ii tenir dans l'ombre la plume du Timts pour empêcher un potentat de dormir.

Vous avez entendu parler du livre publié parH. Kinglake, ia Guerre de Crimée. La manière dont l'auteur y décrit la naissance du Times, son développement et son action sur l'Angleterre, est curieuse à plus d'un litre. Peut-éire vos lecteurs me sauront-ils gré de leur mettre sous le^ yeux te passage suivant, que j'ai traduit à leur intention :

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2 LETTRES SUR l'aNGLBTERHE (1863)

( Longtemps avant que la guerre de Crimée éclatât, il y avait dans quelques comtés d'Angleterre certaines veuves et certains gentlemen qui étaient dépositaires d'un pouvoir destiné à exercer une grande influence sur la conduite de la guerre. Leurs voies étaient pacifiques, et, pas plus que d'autres veuves et d'autres genlîlshoinmei campagnards, ils n'étaient tournés vers la politique; mais par saile de c«ntrats et de testaments, par suite de naissances, de morts et de' mariages, les' individus en question étaient devenus membres d'une ancPenne compagnie dont l'industiie consistait ï recueillir et h disséminer des nouvelles. Tel se trouva être leur bon sens dans l'apprécialiou des choses de ce monde, qu'au lieu de se disputer entre eux pour le maniement du puissant engin dont ils disposaient, ils restèrent tranquilleiueot chez eux, et s'en remirent à quelques hommes actifs et habiles du soin de pousser à Londres l'entreprise. L'usage de la compagnie était de publier chaque jour une feuille contenant un récit de ce qui se passait; plus, des lettres écrites par des personnes de toute espèce et de toute condition, promptes à mettre sous les yeux du public leurs sujets favoris; etemGn un court essai sur let affaires du jour. En outre, quimm^e désirait insérer qaelqiie diose dans le journal était admis i le faire sous le som • d'aaaome, > moyennant le payement d'nw somme fixée par la compagnie ; et la feuille conlenaot ces qaatre sortes de matières était vendue au public à bas prix.

« Un esprit extraordinaire d'entrvprise Mgnala les efforts faits par la compagnie pour retseillir les nouveOes, et, durant les gBcrres qsi saivirent la Révolutioa françaùe, elle trouva moyen de recevoir du cunti«Mt des dépêches qui gagnaient & vitesse edles du goarerDement Ità-méme. En d'autres pays, le spéciale d'«o {««vememeBt ainsi faattn

par une entreprise particulière eût semblé un scandale; mais l'idée que chacun pouvait, moyennaDt une petite somme d sans sortir de chez lui, ea savoir autant qu'un ministre d'Ét^ plut aux Anglais, et ils se réjouirent du succès de la compagnie dans sa lutte avec le gouvernement, A partir de ce moment, la force du journal s'accrut au point qu'il devint le preniier journal du monde;et il n'eut pas été pi us U>t reconnu pour tel, qu'il gagoa encore en importance, étant le fil à l'aide duquel l'homme , saisi d'inquiétude , s'avançait , dans le dédale des affaires, à la recherche de ce qui était ou perdu, on ÏBOonnu, ou hors de sa portée. Le prince qui réclamait un royaume, le d(Hse.it)que eu quête d'une place, la mère dont l'rafant était égaré, tous :illèrent lit. lA courut la Folie, et elle y eut avec la Sagesse de salutaires entrevues. Là se rendit la Colère hoonéle, et aussi la Haine, et aussi la Méchanceté. Concours qui ne fut pas sans fruit, car à ceu.( dont le coeur était troublé et irrité il fournit, ou l'occasion d'apprendre qu'on ne prêterait pas l'oreille à leurs cris, ou le moyen d'exhaler leurs passions et d'éprouver leurs théories en sollicitant l'attention, en invoquant le témoi^aaf^ d'uan nation tout entière, bien plus, du inonde civilisé. Et ceiu qui s'érigèrent en juges de celte foule d'appelants furent des inconnus, lesquels, dans leur rude façon d'administrer la justice, se montrèrent violents peut-élre; mais corrompns, jamais. Le langage que l'exagération orientale prête an Sultan, le journal dont il s'agit aurait pu le tenir avec bien |dus de raison. En un sans, il était * l'asile du monde. *

• Jusque-là, toutefois, la compagnie n'avait fait qu'occnp»* un (eirain qui lui était commun avec d'autres spée»laleurs, et, si elle n'était pas allée plus loin, le résulut de ses travaux ne m'aurait pas occupé. Mais un jour — il y a de cela plusieurs années — les directeurs s'avisèrent qu'il

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4 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (lH6S)

leur restait une braDche de nouvelles à cultiver avec fruil. (I leur sembla que tout Ao^iais serait charmé de pouvoir, saus bouger du coin de son feu, connaître ta pensée de ses concitoyens sur les questions du moment. Déjà mis au fait jusqu'à un certain point par leurs cnrrespondants, ils pensèrent qu'eu se donnant un peu de peine et en dépensant un peu d'argent, ils parviendraient à conslaler les idées en v(^ue et la direction du courant. Ayant jeté les yeux, dans ce but, sur un homme d'église, trÈs~sagace ci qui n'avait rien à faire, ils le chargèrent d'aller flâner dans tous les lieux où il y a concours de peuple et d'y noter ce qu'on pensait en général sur tel ou tel sujet donné. Son affaire n'était pas de s'arrêter à ce que diraient les sots, encore moins à ce que diraient les gens d'esprit, mais d'épier au passage et de rapporter fi ses patrons ce que répéteraient en beauroup d'endroits beaucoup de personnes qui ne se seraient jamais vues. C'est à quoi il s'employa, et il y devint si expert, que la compagnie ne s'égara jamais, tant qu'il lui fut donné de mettre â profil les services de cet homme. Plus tard, elle ne réussit pas toujours aussi bien, mais elle n'en continua pas moins de mettre tout en œuvre pour sonder le cœur de la nation.

« Une fois armés du genre de savoir qu'ils acquéraient par ce procédé, les directeurs de la compagnie se mirent en devoir de le disséminer. Mais ils ne se bornèrent pas ^ exposer crQment ce qu'ils connaissaient de l'opinion du pays: ils confièrent à des écrivains de talent le soin d'appuyer les idées qu'ils croyaient avoir prévalu ; de sorte qu'en les supposant bien informés, ils ne pouvaient parler sans que leurs paroles tomliassent dans des oreilles coraplaisamment ouvertes pour les recevoir. Ceux qui avaient une opinion k eux trouvèrent donc leur propre pensée rendue et développée

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avec plus de talent qu'ils o'eD possédaient eux-mêmes. Ceux, au contraire, dont l'opinioa n'était pas faite se sentirent vivement sollicités à s'en faire une, dès qu'iU virent la route frayée par une compagnie dont le but était notoirement de suivre le flun et le reflux de l'esprit public. Entre l'exposé des idées qui avaient cours et I«s raisons données i l'appui, on eut soin de nouer un lien si étroit, que ceux qui prenaieDt le journal seulement pour savoir quelle était l'opinion régnante, furent frappés de la force des arguments employés en sa faveur, et, par contre, tel qui croyait n'obéir qu'à ta logique fut amené à penser comme les autres, en apprenant ce que les autres pensaient. Car de même que, quelquefois, le seul fait de prédire est un premier pas vers l'accomplissement de la prédiction , de même le seul fait d'affirmer qu'une idée a été adoptée généralement est cause qu'elle est généralement adoptée. Du double jeu de ce mécanisme, il résulta que l'opinion publique en Angleterre fut rarement en désaccord avec les écrits de. la manul'acture de nouvelles, et plus on s'habitua à regarder le journal de cette manufacture comme le véritable organe de la peusée du pays, 'plus sa publicité devint considérable.

( La compaguie arriva de la sorte à manier une puissance formidable; et, si je me suis exprimé avec une clarté suffisante, le lecteur doit comprendre combien cette puissance l'emporta naturellement sur ce qu'on a coutume de désigner par ces mots : ■ le pouvoir de la pretie. > Autre chose, par exemple, est de poursuivre im homme public d'arguments et d'invectives qu'on croit n'exprimer que les vues pei^nnelles de celui qui lient la plume, autre chose est de le dénoncer dans des articles qui, à tort ou à raison, passent pour des manifestes — et des manifestes où est formulé l'arrêt de tout un peuple ! Dans le premier cas, l'homme

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< LBTTRES SUR L'AltGLBTERRe (iSSS)

(fti'oB attaque est accusé sealement; dans le secoad, il est déjà cofidamné.

« Ain» fut étaUi le grand josmal anglais ; et toutes les fois (pf'oD voulait parler, soit simplement de la feuille de . papier imprimé qu'on avait sur sa table, soit de l'organisation mystérieuse qui lui donna naissance, on s'accoBtuma à dire : «le Timei... »

« Le Timeê ! » ce mot figura dans la grammaire à la façon d'un nom propre. On parla du Times comme on aurait pu faire d'un ange, ou d'un héros, ou d'un démon, on d'nn saiat, ou d'un pécheur déjk en enfer. Il fut parraitement conforme aux règles de la langue anglaise de dire : « Le Times le protégera. — Le Ttme» est en fureur. — Le Tt'me» l'accable. — Le Tim*», que Dieu le bénisse ! y a mis bon ordre. — Le Times, que te tfable l'emporte ! est cause detODtlemaL >

La façon dont M. Kinglake raconte la naissance et les développements du Times est très-ingénieuse', mais j'estime que la peinture qu'il fait de celte feuille sans pareilii; est quelque peu chargée. M. Kinglake me semble n'avoir TU du Times que l'aspect le moins favorable.

Je reconnais que te Tim^s eoncentre les fitrees, dirige les eoups de ce despotisme qu'on décore du beau nom d'opt- «lon jmbligtu; mais je ne saurais accorder que ce sott daDS nn but parement conratercial. J'avoue que la eentralisa^B, chassée de presque partout en Angleterre, s'y est Mti une forteresse inexpugnable dans le royasme de ta pensée, mais je n'admets pas que ce soit tout simplement pour assurer le succès d'une entreprise industrielle. Le règne du lieu eummun n'a nul besow, pour se transformer en tyrannie, d'être organisé cpnime affaire de gros sous, et B serait par trop fort que ta destinée du moade dépendit,

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(tt-ce «D partie sadeEsent, Aa geire de commorce entrepris

par messieurs tels el tels et conpagaie !

Ce ((Hi est rrai, c'est que le Times puise dans sa râleur iodustnelle de quoi étendre ou maintenir son ioDueiwe p»* titique. Je aie souviens d'avoir entendu dire à l'admiiùslrateur de ee journal extraordinaire qu'il perdait par tes aa* nonces, ik cause des noBibreux suppléments qu'elles nécessilaient.Celteassertioa m' étonna, e( je m'écriai: • PMirquoi donc te Jimci publie-t-il des annonces, s'il est vrai qu'elles constituent pour lui une perte? ' — Entendons-nous, me futil répondu. Les annonces ne rapportent rien au Times en argent, mais elles lui rapportent énormément en influence, eu crédit. »

Et en effet, le Times se trouve être devenu pour chacun une sorte de chose nécessaire, par l'imposante publicité payée qu'il met au service de tous les intérêts, de tous les besoins, de toutes les fantaisies même. Grâce à lui , l'offre et la demande se donnent la main, quelle que soit la distance qui les sépare. Il a, chaque jour, une réponse toute prête i fournir au père de famille qui demande dans quelle école il enverra ses enfants ; it la maitresee de maison gui veut savoir oà et à quel prix elle peut se procurer le meuble qu'il lui faut; aux professeurs qui cherchent des élèves, et aux élèves qui cherchent des professeurs; aux gens en ^uête d'un emploi ; aux domestiques en quête d'une condition. Le Times est un trésor sans pareil de renseignements de toute e^ièce. Il est plus que cela, il est un moyen de correspondance livré il quiconque est en état de payer six pence pour une ligne d'impression. Combien de rendez-vous ont été donnés dans les colonnes du Times en tennes mystérieux et convenus ! Que de fois sa publicité a servi à préparer des rencontres dant le secret n'était connu ni de lui ni du public !

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t LETTRES StR L'ANCLBTBRnE (iSfiS)

Et les plaintes auxquelles le Times prête une voix, une voix sonore ! Et les rédamatioDs dont il se fait le puissant écho ! Et les mille petits abus dont on bst quitte dès qu'il les dénonce !

n est juste aussi de remarquer que le Times doit à la position formidable qu'il occupe, depouvoir protéger le public contrôles empiétements d'autorité et des prétentions que lui seul est en mesure de réprimer efficacement et sans regarder à l'importance sociale des personnages pris k partie. Je me rappelle avoir In dans le Times, Ji propos d'un certain lord compromis dans un procès scandaleux, des articles d'une sévérité terrible ; et la façon dont il se mil, dans une certaine circonstance, h morigéner le mari de la reine, montre assez que, pour le Times, il n'est pas d'adversaire trop haut placé.

Que le Times soit rédigé avec beaucoup d'éclat; que, sur chaque question donnée , il emploie la plume d'un homme spécial et d'un homme de (aient ; qu'il ail sur tous les points du globe des correspondants, j'allais dire des ambassadeurs, et qu'il snit mieux renseigné sur les événements du dehors que la plupart des chancelleries, il n'y a pas lieu d'en être surpris : c'est ce qu'expliquent de reste sa richesse et son intelligente libéralité.

Aussi les Anglais ont-ils en général pour le Times un faible dont ils ne se peuvent défendre. Entre eux, ils se plaisent à dire beaucoup de mal du < leading journal (1 ) ; * ils lui reprochent volontiers ses allures changeantes : ilA iront jusqu'à le définir, dans un moment de mauvaise humeur, une feuille sans principes {unprincipled). Hais au fond' ils sont fiers d'un organe le plus puissant qui soît au

a) lonmil dirlfcaiit. Jouroil principal. i.KoU de Féditew.)

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monde. Peu s'en Eau( que beaucoup d'entre eux ne regardent le Timet comme identifié, pour ainsi dire, aux yeux de l'ËDrope, à la grandeur de l'Angleterre. Quand ils parlent du Times à un étranger, c'est sur le ton de l'orgueil satîsraitf absolument comme lorsqu'ils parlent du niérile supérieur des institutions anglaises. Il n'est pas jusqu'aux dimensions du Times qui ne flattent chez les Anglais le sentiment de la vanité nationale. C'est le sourire du triomphe sur les lèvres qu'ils comparent cejoumal géant aux journaux nains des autres pays, et c'est en se rengorgeant qu'ils vous apprennent, quand ils voyagent, comme quoi le Times se Tend k 60,000 exemplaires et s'imprime par heure fi 12,000. La conSance qu'il inspire au public sous certains rapports est si grande que, lors de la guerre de Crimée, on le chargea, les yeux fermés, de l'emploi et de la distribution déplus de 10,000 liv. st. (230,000 fr.), produit de donations faites en vue de secours à envoyer à l'armée. La responsabilité était lourde. Le 13 février 18K5, l'jrgent conliDuaut d'arriver de tous côtés, le Times se lassa de ses fonctions de banquier bénévole; il annonça que, passé 5,000 liv. st., il ne recevrait plus rien, et, le surlendemain, les 5,000 liv. st. se trouvaient dans ses caisses !

Ce n'est pas que son influence n'ait quelquefois subi de rudes échecs. On pourrait citer plus d'une mesure importante adoptée sans lui, malgré lui, et même contre lui. Quelles clameurs ne poussa-t-il pas, par exemple, et sans succès, contre la réforme introduite dans le système fiscal de la transmission des journaux par la poste! S'il n'avait tenu . qu'à lui de déjouer les efforts de HM. Cobden, Bright et Hilner Gibson en faveur de U presse à bon marché, il est permis de croire que les feuilles k un penny n'existeraient pas. Elles existent cependant el prospèrent. La circulation

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10 LETTRES SUR L'UGLETEnRË (l86s)

dv Moning Star est Irès-sémnse, eelle du Standard eemsidânble, ceBe du Daihf Ttltyraph nuMDse. De ptas, l'MlioD du • Itadmg journal » est en partie remplacée dus les provinces pai l'action des feuilles locales, dcot quelipies-uses sont rédigées avec beSHcoup de talent. Qu'importe? Tout cela n'empêche pas le rt«e* d'exercer un pouT«îr souverain. Les- ■ peany-papers > peuvent bien lui disputer \» rue; mus, î cause de cela même, ils saot forcés de lui céder le pas, en ce puys de la reapeeudntité, des qu'il alagit de figurer au salon. Et puis, le Time* a je ne sais quel prestige qui fait que, dans ses colonnes, la même nonvelle, ta même réciamatiouT le même compte reodn, ont une împorlance qu'ils n'o«t pas dans les colunoes des autres journaux. Est-il un homme de lettres qui ne considère eomtueime bonne forluoe d'avoir attiré l'attention du Time» ? Ëst-il une blessure faite par le Times qoi ne risqie d'être mcHrlellet

Reste à savoir s un pareil jonroal ne présente pas autant de dangers qu'il rend de services. Franehemrat, je le crains.

Etd'abord, le Timei est en général rédigé dans un esprit qoi n'a rien dont paissent s'accommoder It» natures prunesautières et généreuses. Les questions sont traitées par lui sous un point de vne étroitement pratique et avec une sorte de peur de tout ce qui est originalité d'^qierças, hautettr de mes, élévation de sentiments. Dans sa politique exlérienre, le Tîntes est toujours an^ais, profondément anglais, mais il n'est jamais que cela. Ne lui denandez pas de s'éinouvair en faveur d'un peuple oppriaié, si la délivrance de ce pe^tle n'a pas avec l'intérêt de l'Angleterre un lien facile à saisir. Ne lui demandez pas de faire la guerre au despotisme avec . persévérance et vigueur, si le despotisme qu'il s'agirait d'atfetqner pèse sur une nation que l'Anglelerre ne se croît anm intérêt à défendre. Libéral quelquefois dans les affaires

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da dedaBS, le Timei est esBentienement conservateur en ce qui concerne les affaires du dehors. Pas de joiimal qui se ]Hque moins de dbpoeitions cheTateresques; pas de journal qm se garde avec ptas de soin de tomber dans le piège d'uoe polilîqm senlînieiilale. Or, si une politique sentîmentate a des inconvénients, n'y en a-^nl asem dans la prépondérance d'une politique diamétralement (^pesée?

n est un autre rapport sous lequel Ténorme influence du Times, — cette influence dont ehanin nie et subit l'excès, — mérite' qu'on s'en préoccupe.

Il importe asEurément que la tiberté de la presse soit gamUe contre les injustices possibles du gouvernement; mais il importe aussi que l'bonnenr d« citoyen isolé soit garanti contre les injustices possibles de la presse. Qu'arrive-t-il cependant en Angleterre? Vous êtes attaqué dans un jouroal, H vetis répondes h celte attaque qui n'est pas fondée. L'insertion de votre réponse dans la feuille qui vous a iojostement assailli est-elle obligatoire? Non. Si votre justification est admise, — et je me hâte de reconnaître, k l'honneur des journalistes anglais, que c'est presque toujours le cas, — rendeK-en grâce k la loyauté de votre adversaire; car la loi ne lui prescrit rien U cet égard, et votre honneur est de la sorte à sa merci. Cela étant, que pourrait contre un- journal comme le Tinus hu individu qu'il serait bien décidé à écraser? Qui ne sent que, dans cette hypothèse, ce qu'on nomme la m>erté de la presse servirait k csuvrir le plus redoutable de tous les genres de despotisme?

Et si à ce pouvoir que possède un jitumal de repousser, quand bon lui semble, uue réponse provoquée par ses attaques, vous joignez le pouvoir que lui confère l'anonyme, qu'imaginer de plus alarmant? Un homme est caché derrière vn buisson; vous passez; il vous vise au cœur; vous êtes

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frappé : qui a fait le coup? vous n'avez pas le droit de le savoir; qui répond de l'acte? personne.

Il est vrai que le système de l'anonyme doane à la presse un prestige considérable, et qu'il y a, par exemple, quelque cliose d'irrésistible daus l'influence exercée sur les imagioalioDs parce personnage invisible, impalpable, le Timeg. Hais là est précisément le danger.

Quant k l'habitude où est le Times de changer d'opinion selon tes circonstances, on a coutume de l'excuser, sur ce point, en disant qu'il a été fondé pour refléter les phases changeantes de l'opinion, comme la mer reflète les mobiles aspects du ciel- Ceci, k mon sens, n'est exic} que dans une certaine mesure et beaucoup moins qu'on n'aime à le croire.

Le Timei, en réalité, ne représente l'opinion que parce qu'il la /ait, et ce qui lui donne justement le pouvoir de la faire, c'est la supposition, généralement répandue, qu'il la représente. Le Times n'est nullement une tribune dont l'accès soit permis à chacun; c'est un laboratoire où quelques hommes habiles, très-versés dans la connaissance du génie .inglais et partant toujours d'un point de vue étroit qu'on appelle un point de vue pratique, travaillent la matière dont se compose, en Angleterre, la circulation de la pensée. Étrange phénomène que celui-là! Chaque matin, l'Angle- (erre se votre dans une feuille de journal où elle est charmée de se voir en toilette, sans se douter que le miroir a contribué maniquement à créer l'image qu'il réfléchit. Que de gens ici prennent te qui n'est que la voix du Times pour l'écho de leur propre voix, et croient penser ce qu'il pense pour eux !

LES RETBNUS DU BRINCC OE GALLES

Courage! Que la Pologne ail bon courage! Sa cause, qui est celle de la justice et de l'humanité, ne reslira pas, celte fois, sans défeuseurs. Dieu esl-il trop liautî La France est-elle trop loin? Nous verrons. En attendant, voici que l'Angleterre se prononce. Elles retentiront jusqu'aux exlrémîtés du monde, les paroles par ofi a éclaté, hier, dans la Chambre des Lords, l'indignation de Lord Ellenkirough. Et lord Russell, donc! Avec quel fier dédain des ambages diplomaliques il a décrit les violences qui ont poussé l'infortunée Pologne au désespoir ! Avec quelle douleur, — laisser deviner, c'est plus que dire en propres termes, — il a dénoncé la conduite du roi de Prusse, faisant pour le compte du czar la chasse aux hommes ! L'Angleterre battra des mains à cette politique de l'honnêteté et à ce langage. Lord Malmesbury, au nom du parti conservatisie, a déjà témoigné des sentiments de consternation dont son âme est remplie. Le Tiin», qui ne s'émeut pas aisément, le Times, en parlant de Saint-Pétersbourg, en parlant de Berlin surtout, menace et gronde. Hais je n'en dirai pas davantage â ce sujet, pensant que vous reproduirez dans vos colonnes le très-important discours du comte Russell, qui, grâce au «el, en dit assez. Quel commentaire est possible, ea présence d'au pareil texte?

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14 LBTTRES SUR l'aNGI^TEME (18«s}

Ce qui, peat-étre, a moins de chance de fixer votre attention, c'est ce qui s'est passé avant-hier k la Chambre des Communes. C'est pourquoi je m'y arrêterai depréférence, d'aulant que là aussi, quoique à un moindre degré, il y a matière i réOexions pour qui va au fond des choses.

Il s'agissait du prochain mariage du prince de Galles.

Chose remarquable ! en venant demander pour ce prince un don annuel de 40,000 livres sterling, plus un don annuel de 10,000 livres sterling pour celle qui va devenir sa femme, lord Palmerstoa a étonné la Chambre de^ Communes et la nation. Quoi? si peu I tel esl le cri qui est monté à loiâes les lèvres. H. Disraeli a fort hien expriioé le sentiment général, kirsqu'il a dit : < Personne ne trouvera que c'est trop ; e^é- COQ^ que ce sera suffisant. >

Que signifie cer.iT Serait-c£ que le prince de Galles, si la nation ne venait à son secours, serait réduit h la portion congrue? Non pas. A La différence de ses frères et sœurs, le prioc« de Galles a une fortune i lui, et considérable. Il jouk d'une reate de 16,000 livres sterling sur les fonds publics; il louche les revenus d'un domaine d'acquisilion récente, et ceux du duché de Cornouailles, lesquels n'étaient guère que de 12,000 livres sterling au commencement de ce r^ne, mais qui, aujourd'hui, grâce à l'admiraUe administration du feu prince Albert, ne sont pas évalués à moins de 40,000 livres sterling.

La question était donc de savoir si, l'héritier présomptif de la couronne jouissant déjà d'un revenu annuel d'i ^u près 60,000 livres sterling, il était bon de porter ce revenu à 100,000 livres, c'est-à-dire à 2 millioas S00,000 francs.

Eh bien, la chose n'a pas fait l'ombre d'un doute. Seulement, un membre de la Chambre, H. Auguslus Smith, sans crier toutefois à l'exagération, a fait observer que le jeune

LES BETBHDS OC PRINCE SB CALI£S 16

princefigurattpinni tes gros mitwrs-,qi* on hûaiiit payé son voyage ea Amérique, et qv'aprës tout Û pouvait se passer de la manificence du Parlement. A part cela, et quelques regrets timidement exprimés sur ce que le ministère n'avait pas cru devoir présenter i b Chambre le budget du ducM de Coroouailles avec pièces justificatives, la proposition de lord PalmersttB n'a eu k vaincre avcune résistance. Le vole a été naaninie su dedans, et unaiiimemeut applaudi au dehors. Jamais lettre de change, tirée par les ministres d'an soveverain, n'aura été, avec plus de plaisir, acceptée par un peuple.

Gomment expliquer ce pfaéoMnëae? Est-ce que l'Angleterre, qui pde sous le fardean des taies, n'a pas les taxes en horreur! £st-ce que la popularité d'un winistre n'y dépend pas bien souvent de sa disposilion h rogaerles appointements des fonctionnaires [Hibiics, à éconrter le chapitre des dépenses? Est-ce que la < politique du ftlranchement, > comme on dit ici, n*esl pas celle qui parle au ccëur de la nation! D'où vient donc qu'il n'y a rien d'hyperbolique dans cette assertion du Times : < Si le peuple anglais était rassemblé, consulté, et qu'on expliquât k chacun la part qu'il aura à fournir daus Us 40,000 livres sterling de rentes offertes au prince de Galles, il n'y aurait qu'une voix, nous en stnnmes sûrs, parmi les Anglais, p»ur qu'on donnât à leur prince deux fois (dos que la somme unanimement votée la mitdeni&v! «

Inutile de chercher longtemps la solutim d'un pareil piv- Mkne. Tout le mystère, c'est que l'Angleterre n'appartient pas à iet princes; au contraire, ses princes lui appartienD«iL % le savent, et elle le sait. Ce qu'dle leur donne, elle ■'ignore poiat qu'elle se le donne k eUe-méme ; elle s'enorga^it de leur s{dendenr, parce que cette splendeur ne peut

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le LETTRES SUR l'aNGLETERRE (iBSs)

jamais être considérée que comme un refiet de la sienne propre.'Si elle veut que son roi futur, même avant de monter sur le tr6ne, ne soit éclipsé par personne; qu'il s<Ht eo état d'être généreux à -son aise ; qu'il ait le inoyeD de protéger, comme on dit, laidement les aris; qu'il vive aussi conrortablement que le plus riche des « country gentlemen; > qu'il occupe enfin son rang parmi des nobles dont le revrao se compte par millions, c'est qu'elle est armée du pouvoir d'empêcher que sa munificence ne tourne contre elle.

DermèremcDl, le prince de Galles était à la chasse. Ses plaisirs furent troublés par les occupations d'un fermier qui ne jugea pas à propos de se déranger. Le jeune homme en marqua quelque humeur. Qu'arrira-t-ilî que le lendemain le Morning-Star lui adressa une verte mercuriale : puisqu'il élitil destiné à régner sur les Anglais, il convenait qu'on l'avertit d'avance que charbonnier est maître chez luil Quel prix n'a pas l'éloge dans un pays où le blâme porte à haut? Comment soupçonner d'adulation basse l'empressement d'un peuple à enrichir des princes qu'il lui est libre de gourmander, le cas échéant, de cette rude façon?

— Mais l'exercice d'une semblable liberté ne risque-t-elle pas de conduire au dénigrement? Et que gagnerait une nation h désapprendre le respect î

Voici la réponse. La ville de Londres s'attendait à voir célébrer dans Londres le mariage du prince de Galles, Marchands, modistes, spéculateurs de carrefour, débitants de tout degré, vendeurs de toute espèce, avaient bâii sur cette espérance mille châteaux en Espagne. La capitale de l'Angleterre allait regorger de visiteurs opulents, peosait-oiT; l'or allait être jeté à pleines mains... Jugez le désappointement, quand on a su que, par ordre de la reine, le mariage serait célébré au château de Windsor ! Que cette décision ait

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LES REVENDS DU PHIKCE DE GALLES il

mécontenté beaucoup de gens; qu'elle ait donoé lieu !i quelques cbucholements sur le devoir imposé aux souverains de Taire taire leurs sentiments personnels quand il s'aj^il du bien pnblic, je ne prétends pas le uiei*, mais ce qui est digne de remarque, c'est que pas une plainte qui pût être entendue à Windsor ne s'est élevée; c'est que pas un journal n'a laissé échapper un mot amer ou même une allnsion chagrine^ La reine est en deuil, et l'on aime la reine : il n'en a pas TaHn davantage pour que chacun s'abstint de parler haut. On le pouvait cependant, sans qu'on eût à craindre police^ procureurs ou gendarmes!

Pour en revenir k h dotation dn prince de Galles, elle lui servirait de peu en ce pays, s'il ignorait que l'argent seul est impuissant h gagner les' cœurs; qu'il y faut la grâce des manières, la bonté de l'àrae, Ja pratique des vertus douces; en un mot, tout ce qu'il ne dépend pas aux peuples de donner à ceux qui les gouvernent.

Il aura aussi k se rappeler qu'en Angleterre on attend des princes qu'ils dépensent en proportion de ce qu'ils reçoivent, pour récompenser des serviteurs utiles, pour secourir le malheur et venger le mérite des injustices de la fortune.

Ce n'est pas, il faut bien l'avouer, ce qu'ont toujours fait les devanciers du jeune prince dont il s'agit, et l'histoire de sa maison lui fournira des exemples à éviter. Qui ne se rappelle, par exemple, la scandaleuse vie de George IV, lorsqu'il était prince de Galles? Pour être juste, on doit recenuaitre que les fêles de Carlton-House ne durent pas seulem'jnt leur célébrité à l'étalage d'une vaine et ruineuse magniflcence. Quel attrait ne devait pas naturellement leur donner l'esprit de Selwyn et de Sheridan, l'inépuisable gaieté de Hare, les saillies de Curran, I:i nerveuse éloquence d'Ërskine, le génie de Fox, l'admirable beauté de mislress Crewe, cette

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Il LETTRES SUR l'a^GLETERRE (iSSS)

déesse dn parti whig d'alors, «t la ^ce inefl^bte de ceitç . cliamiante duclesse de Devonsliire, la première des grandes dames d'Angleterre pi ait allaité ses enfantsl Ce ftif le cSté brfllaDt de la médaille; mais le revers 1 n est impossible de prononcer aujourd'hui les mots prince âe Gailes, sans se représenler aussitôt ramant de mistress Mary Robinson, le mari douteux de mistress Fitzherbert, tendant la main âla nation sans fin ni cesse; faisant demander à la Chambre des Communes le payement de ses ddies, tantôt par Fox, tantôt par l'aîdennan Newnham; réduit à fermer Carltnn-House, après en avoir, pour ainsi dire, ouvert les portes 9i la (erre enliËre ; puis , nu beau jour, condamné h l'humiliation d'abandonner le turf, sur un arrêt du lockcy-Club, qui le plaçait dans rallemalive ou de prendre ce parti, ou de renvoyer un de ses domestiques, plus que soupçonné de manœnvres déloyales. Qu'il y a loin des mœurs d'aujourd'hui, en Angleterre, aux mœurs de ce tenips-Iil Lorsqu'en avril 1*793, te fils aine de George lit épousa pour la forme Caroline de Brunswick, la liste de ses dettes, telle qu'elle fiit présentée au Parlement, atteignait le ctiifiire énorme de 680,000 liv. st. Il serait curieux de savoir ce que dirait la nation anglaise si le prince de Galles d'anjoanThai avait à faire un aven semblable, à Toccasion de son mariage arec la princesse Alexandra. En 179S, on murmura, maïs on paya. Le revenu annuel du premier gentleman dn siècle fut fixé à 113.000 liv. st., ^condition qu'on en déduirait 25,600 lir. st. peur le payement graduel de ses dettes. Les Anglais ont bien raison de trouver fort modeste le clâflre de 40,000 tïv. ^. demandëparlord Palmerston, quand cehii de 115,000 lir. st. leur revient en mémoire.

Le fait est que, grâce il la liberté, les idées ont pris un toor qui rendrait difficile, smon impossible, de m» jours, od

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LBG itevBinrs m mince de «allés 19

prince de Galles à la façon de George-Auguste-Frédéric. Le Moming Post l'a constaté avec raison : une dette royale esl chose dont on n'entend plus parler en Angleterre depuis nn quarl de siècle.

Toutefois, le mariage de la reine avec le prince Albert, celui de la 611e aînée de la reine avec le prince royal de Prusse, et celui de la princesse Alice avec Louis de Hesse, n'ont pas été sans coûter quelque chose au peuple anglais; car, après tout, la monarchie constitutionnelle n'offre pas ses avantages gratis. Ainsi, la nation a eu à payer, coinme anm\\és : dans le premier cas, 30,000 liv. st.: dans le second, 8,000 liv. st.; dans le troisième, 6,000 liv. st.

mis, d'un antre cAté, à quelle somme s'élève, en Angleterre, h liste civile? A 3S5,000 Ut. st., pas davantage, c'est-à-dire neuf milliont six cent vinf^dnq mitte franci seulement, pour la reine d'un des pins puissants pays et du ptns riche pays de la (erre )

Cesl qu'en effet si les Anglais n'entendent pas marchander à leurs princes les moyens de soutenir leur rang d'une manière convenable, ils n'entendent pas nos plus les mettre en état de se livrer à des prodigalités folles, et, comme j'ai eu occasion de vous le dire d^Ji , ils n'oublient jamais de rapprocher ce qu'une ctrase leur rapporte de ce qtt'^ leur

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90 LBTTRBS SUR l'aNGLETEIUIE (iSes)

M féTrier.

• Quelle que soit notre hostilité à l'égard de l'ours, il ne

< saurai) y avoir de doute sur la nature de nos sentiments

< à l'égard du chacal. »

Qui s'exprime ainsi? Par qui la Russie est-elle désignée sous ce nom ; l'ours, et )a Prusse, sous ce nom, plus méprisant encore : le chacal?

Le journal anglais qui parle cet âpre langage est ua journal qui, d'ordinaire, ne prononce pas un mot sans l'avoir bien pesé d'avance, sachant qu'il est des paroles qui, lancées dans de certaines circonstances et par de certaines personnes, portent plus loi» qu'un boulet et quelqutfois contieuDcnt plus de morts qu'un canon chargé à mitraille; c'est un journal qui, dans les grandes occasions, est la voix même de l'Angleterre, et qui a la conscience de sa responsabîh'té parce qu'il connaît son pouvoii*^ c'est un journal auquel, dans les complications européennes, h réserve est commandée plus impérieusement qu'elle ne le fut jamais a aucun diplomate : c'est le rtme».

L'indignation rst profonde, en effet, dans le puissant pays que représente cette feuille puissante. Pour la Pologne, et contre la cour de Saint-Pétersbourg, contre celle de' Berlin surtout, ÎI n'est qu'un cri en Angleterre. Ce cri, le monde l'entendra.

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STMPATHIES DE L AH«IATBHRE PODR U POLOCXB 21

Hier, à la Chambre des Lords, de vifs applaudissements ont éclalé, lorsque, après avoir décrit, eu termes graves mais au foud desquels groudait la passion, les causes qui ont changé la résignation des Polonais en désespoir et leur désespoir en insurrection, lord Ellenborough s'est écrié;, ( L'insurrection de la Pologne a-t-elle été provoquée ? J'espère entendre le gouvernement répondre : oui, et se placer de la sorte là où un gouvernement doit être — à la léte de l'opinioD publique. > C'est avec lran<^port que l'assemblée a applaudi l'orateur, lorsque, comme conclu^on de son diâcours,' il a prononcé ces paroles solennelles : < Quaud je songe aux moyens inscniiables dont la Providence se sert pour accomplir ses desseins et comment elle fait sortir le bien du sein même du mal, j'ouvre mon cœur ï l'espoir que ceci est le commencement d'une ère plus fortunée, et que nous vivrons assez pour voir la réalisation d'une pensée dont tous les hommes d'Etat poursuivent le triomphe depuis quatre-vingts ans, c'est-à-dire le rétablissement, sinon dans son intégrité, du moins dans sa force, et sous .un régime constitutionnel, de la noble nation polonaise. »

A son tour, le- comte Russell a parlé; et, chose remarquable, la retenue que son caractère ofïciel lui imposait ne l'a pas empêché de flétrir h mots couverts la mesure souf- Sée au grand duc Constantin par le marquis Wielopolski, — cette mesure affreuse qui consistait ii dresser la liste de tous ceux des enfants de la Pologne qu'on croyait porter daos leurs souvenirs, dans leurs espérances, la pairie vivante, et à les enlever, à les incorporer en des régiments destinés à la mort dans Vexil.

Hérode ayant appris qu'un enfant venait de naître auquel était promis le royaume de Judée, fit eiiterminer tous les enfants mâles de BeUiléem âgés de moins de deux ans : par

a LETTRES Srt L'ANGL&TeBIIK (tSAS)

le sjslème de conscriplioa îmagiDé cootre la PaIi^m, il s'afpssait tout simplemeot de lui arracher Vime. Uéphistophélès se donna jasaaifi à Faost ira conseil pliis cmel, mais en même temps plus fatal. L'oppressioa joue gros jeu quand elle amène l' opprimé i cette ccoviction qu'il est moins dan- 'gereux de devenir rebelle que de rester esclave. Et telle ' était la situatûm faîte aux Polonais. En les <onda«i»t à aller pourrir dans des garnisons loinbines et empestées ou périr sous ruDifarme russe, «n ae leur laissait plus qu'un parti k prendre : fuir dans les bois^ pour en sertir bientôt aprè-s résolus et menaçants; saisir un mousquet on,' à début d*un mousquet, une îaaâiiitf ou, à défaut d'une fandite, un bàtoD, parce qu'on a c des fusils avec des bâtons, et des canons avec des fusils; • combatlre, aux applaudi»semeuts de U terre entière ; vmcre, peul-élre, et, si la force l'emportait sur le droit servi par ]e courage, mourir libres.

Ce n'est pas absolument en ces tenues que le comte Bu&sell s'est exprimé, non sans doute : il faut qu'un minisUe des affaires étrangères s'applique à désosser la gramnaire; il faut qu'un dipl(»nale évite de donner à sa pensée une physionomie virile, la physionomie vraie — c'est une des misères de ce métier. Mais, tout considéré, le ministre anglais a exprimé sa désapprobatioa de la politique russe avec nse clarté, une décision, dont il est iuipossiblti de méconnaître la portée, c Celte mesure *, a-t-il ^t en parbut du mode de conscription appliquée la Pulogne, > est de celles qu'aucum ministre de la Grande-Bretagne ne se hasarderait à justifier. J'ai dit au ministre russe, j'ai écrit k notre ambassadeur en Russie, que je ne pouvais m'empécLer de la regarder comme la mesure la plus in^rudente et la pUis injuste k bupieUa le gouvernement russe pfit avoir cecoars. ■

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STHPATHIES DE LaSGLËTBBRE POU» lA POLOGNE 23

U est à Doter que c^tle dédaratioD a été accueillie, dans la Cbambre des Lords, par de graods applaudissements, et ^uionL redoublé, quand le comte Russell a ajouté .-■ J'ai dû faire remarquer à l'ambassadeur de Prusse que, dans mon opinion, le gouvetnemeat prussien, en prenant pan ii la suppression de l'insurrection polonaise, se rend en quelque sorte responsable du système adopté par la Russie. »

Les Sénats, en général, sont peu portés à l'eiithwnasHlt, anrlool fuanà l'entkoiBiuine a noe teinte révohititnuaire. Ob peot donc appréàef par ce qn s'est passé à la Cbanhie des Lords le degré de Bynpalhie qa'ô^irfe en Anf^ekfr»la cause de la Pologne au désespoir, d FemporteaieBt des colères qu'y a suscitées ki pabtique TÛtenle de Saint-P^ tasbowgy « TitrieBmeot enditssée par le cabineL de Berlia.

Contre le roi de Prusse en particulier, je le répète, le déchaînement est extrême. La convention militaire qui traosftnne ou menace de transformer tes soldats prussiens en gendarmes de la Russie, est dénoncée par Tes divers organes de Topinion pablique comme une violation audacieuse du principe de non-intervention, comme nne provocation S l'Europe, comme uoe insulte !t la conscience hnmaine. En <849, la Kussie aida l'Autriche à écraser les Hongrois; mais du moins elle attendit pour cela qne l'Autriche fât vaincue on sur le point de Fëtre; ici, rien de semblable. Cest au Oébut même de la lutte, c'est pour aider im demi-miflîon de soldats à exterminer nn peuple armé de ses chaînes, qne le rai de Pmsse intervient! Comme si la partie n'était point déjjt assez inégale! Comme si la justice n'avait pas déjà assez de chances contre elle! Comme si le canon avait besoh) d'auxiliaires dans ses démêlés avec le bon droit!

Ainsi s'exprime Lt presse anglaise, sans distioclioo de

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«4 LBTTItBS SUR l'aNGLATERRE (1869)

partis ou de QuaDoes. Par elle, le gouverDement de Prusse est en quelque sorte mis au Itao de l'Europe.

J'ai cilé le Timet : le langage des autres journaux c'est pas inoins, passionné.

Le Daily Nev>s déclare que Guillaume I^' est désormais un souverain hors la loi.

Le Morning Adverliter lui prédit et lui souhaite le sort des Sluarts.

Le Daily Teltgraph le représente portant secours à un ours qui a renversé sur lui une ruche et autour duquel tourbilloDoent des milliers d'abeilles en Tureur.

Le Morning Star adjure les Anglais d'ouvrir une vaste souscription, et de jeter le poids de leur argent dans un des plateaux de la balance où le roi de Prusse voudrait jeter le poids de son épée.

La Saturdojf Revitw dit que la convention conclue entre la cour de Saint-Pétersbourg et celle de Berlin est un sujet trop irritant, même pour qu'on te discute.

Le Specuaor s'écrie : < Elst-ce que les puissances de t'Occidenl souffriront que leurs lois et celles de Dieu soient de la sorte foulées aux pieds? >

L'élat de l'opinion en Angleterre étant tel que je viens de le décrire, que fera le gouvernement frauçaisî

Si Napoléon 111 a jamais regardé les provinces rhénanes d'un œil d'envie, et attendu l'occasion déjouer un jeu éclatant, la fortune semble lui mettre les cartes dans la main. Ne dirail-on pas que l'intervention de la Prusse contre la Pologne a été imaginée tout exprès pour justifier l'intervention de la France contre la Prusse?

Si l'empereur des Français en jugeait ainsi, qui pourrait r«rréterî

Les Polonais ont combattu sous le drapeau de la France;

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SyHPAIHIES DE L ANGLETERRE POUR LA POLOGKB as

lenr sang a coulé, mêlé aa sien, sur vingt cliamps de'bataiUe; des souvenirs ineflTaçables, d'impérissables liens, unissent les deux pays. Toutes les fols que la Pologne, un instant debout, a élé terrassée, qu'a-t-elle dit T ■ Dieu est trop Aaul et la France trop loin! i Et toutes les fois que la France l'a sii, qu'a-t-elle fait? Elle a pris le deuil. Qui ne se rappelle avoir tu, sous Louïs-Pbilippe, des milliers d'étudiants traversant Paris, le regard morne, la pâleur des grandes émotions sur le visage, et le crêpe au bras? La Pologne venait de sucGOoiber. On peut hardiment ranger au nombre des causes qui ont précipité la chute du irdne de Louis-Pliilippe, cette fameuse phrase àa général Sebasiiani : < L'ordre règne à Varsovie. » Et en 1 84S, est-ce que le jour où l'on a parlé d'aller présenter à l'assemblée une pétition en faveur de la Pologne, tout Paris n'a pas élé sur pied? mouvement à jamais lamentable, si l'on en considère les résultats, mais qui montre assez quelle place la Pologne occupe dans le cœur de la France.

D'où viendrait l'opposition, s'il s'agissait de secourir la Pologne? Elle est catholique, et les cléricaux soupirent après sa délivrance. En réalité, la question de la Pologne est la seule qui offre ï tous les partis en France un terrain absolument commun, la seule dont la solution promette au gouvernement qui oserait l'aborder une popularité sans nuage.

La tentation est forte; d'autant plus forte, que la Russie et la Prusse semblent naguère avoir pris à tâche d'armer contre elles tout ce qu'il y a en Europe d'instincts généreux; d'autant plus forte, que l'Autriche elle-même se tient à l'écart avec une sagesse très^énéralement admirée; d'autant plus forte, enfin, que la cour de Berlin s'est chargée d!.illéger i l'empereur des Français le fardeau des soucis dont la vigilance inquiète et la jalousie de l'Au^eterre auraient été

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ae LBTTKBS SUR l'incletehre (ibm)

ponr hù la aouiee, sans ce prodigtoii cancours de circoii&-

Udc» fiTorables.

Cependaat, et que! que soil ici l'élan' des sympathies pu- UiquGs en faveur de la Pok^e, il ne faut pas croire que les eooséqiKnces possibles d'une ioterveation de la France, pour peu qu'elle fbl effective, y soieat eivisagées de sangfroid. L'Empire sur le Rhin e^ use perspective qui cause de sérieuses alarmes k eeux des Aiigtais qui ainient l'AuglAlerre noD-seutement parce qu'dle est leur pays, mais pure q/à'fUe rc^tréseDle dans le Bsonde le principe de liberté. Il leur serait dur de voir ce priacipe rejeté dans l'oubre par l'écLd que répandrait autéttr de lui le principe contraire se nettam au service d'une cause juste. La perle ou l' ajournement de la liberté est le grand danger qui s'attache au fut des aventures nulitaires, même quand leur but est condamnable; k plus ferte raison quand il est véntableinent ^orieuL

Que désirer? Qu'espérer?

Peut-être dé^tend-il du parti libéral ea Prusse de détouraer le génie de la conquête, en servant la cause de la justice avec u courage digne d'elle. Les libéraux pnssitns peuvent beaucoup pour la Polojpie^ ils peuvent tout, pûulâtre; et, en ce moment, leur lespoasabilité aux jeux du monde esl immense. Par la convention militaire, objet d'une proteslaliou sî générale et si vébéineiite, ce n'est pas seulemeut la Pologae russe qu'on frappe, c'est h Polofue pnu>sidRoe qu'on outrage. L'appui des députés polonais ne saurait donc nunquer, dans le parlement de Berlin, aui d^tés allemands, dans le cas où ces derniers winpreadraieat que l'iotérét bien entendu de leur pays est inviociblement lié, m cette occasion, au triomphe de la justice. Si l'énergie de leur attUude, si la puissance de leurs efforts, facilitaifint un

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UN MkOCIMni HUIACE

résultat qui r^xHidU itux sympathies des amis de la liberté ' tau demier lieu à leurs alarmes, iis auraient roidti à l'Eu* rope un service iae&liiuable, ioat l'ADglelerre, plus partiodièremeDt, leur garderait uoe recoonaissaace éUmeUe. Que le ciel les iit^reE 11 s'agit d'assurer au priocipe de Uberté et, s'il est possible, i lui seul, la gloire d'avoir déiMiti cette puole. faussemest attribuée à Koseuizko Taiaci : Finis Pahnia.

Le prochain mariage du prince de Galles tounie ici toutes les têtes. Oq ne penserait pas à autre chose , n'était l'iosurrectiou de Pologne, qui, pour l'hoaueur de la gravité anglaise, est venue fort à propos réclamer sa jiart des préoccufalions générales. C'est pour le i:oup que l'Angleterre a droit de se qualifier, en dépit de ses brouillards^ la ■ joyeuse Angleterre ■ (mcrrij Englaad}. Le bonheur j est à l'ordb^ du Jour; et la raison, c'est que le prince de Galles se marie.

Pas un gros village qui n'ait son • comité d'organisation » , eu vue des réjeuissaoees attendues. Dans les villes qui ont une cathédrale, les chceurs de musique sont déjà prêts. Là oit il j a un corps de volontaires tant soil peu présealable.

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28 LETTRES SDR L'A^GI.ETERRE (1868)

on ne rêve que parades. Dans chaque hfttel ée viUe, la table esl dressée pour des banquets dignes de Gargautua, tels que les Anglais ont seuls le pouvoir de les payer et de les dévorer. Aux pauvres — et c'est la partie du programme qui est le plus de mon godt' — des < dtners substantiels ■ sont promis. Il y aura d'un bout i l'autre du royaume, c'est certain, des bals, des concerts, des feux de joie, toutes sortes de jeux athlétiques, toutes sortes de merveilles pyrotechniques, toutes sortes de fêtes champélres.

Quelques vieux i dergymen » hochent la télé d'un air boudeur, et trouvent mauvais qu'on ait fait du Carême la saison du rire ; mais on les laisse murmurer daus leur coin, les Anglais ne pouvant croire que Dieu les damne pour s'éU^ montrés les loyaux sujets de leur reine.

Quant aux présents sur lesquels la princesse Alexandra a droit de compter, ils pleuvront comme grêle. £t d'abord, il y a le cadeau de noces de ta reine. C'est un collier contenant 3,000 brillants et 118 perles. Un fragment de la croix attachée au collier a, dit-on, appartenu à la vraie croix. 0 Calvin, si, lorsque lu écrivais ton terrible livre sur le culle superstitieux des rdiques, tu avais pu prévoir qu'au dix-neuvième siècle il y aurait des gens qui croiraient cela dans la protestante Angleterre! Passe encore pour le morceau de soie tiré du tombeau du roi Canut , patron du Danemark. Aulre cadeau de grand prix. Sur la proposition de lady Itachel Butler, les blondes Biles de la verte Ërio ont décidé qu'elles feraient présent ii la princesse de Galles, comtc^e de Dublin, d'une toilette complète composée de la plus belle denttlle qu'il soit donné à l'Irlande de produire. Une souscription esl ouverte à cet effet, et les dames irlaadaises de souscrire en foule.

C'est le 7 mars que la jeune princesse est aiteodue à

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tN PROCU!» KARIAGE S»

Gravesend, où doit U porter uo vaisseau de gueire danois, \sSddeimg. Toute la ville est déjà en rumeur, toute la ville est sur pied. Les maisons devant lesquelles la fiancée do prinee de Galles passera jusqu'à la stalioQ du chemin de fer ont été confiées à un décorateur de profession. Le long de la route, elle s'avancera, presque k la lettre, sous un toit formé de guirlandes. Il va sans dire que le < lown clerck » est chargé de présenter une adresse à la reine future des Angbis, mais il a été convenu que ce morceau d'éloquence ne lui serait pas lu, attention délicate que certainement elle appréciera.

En atlendant, Londres s'apprête à étonner la jeune fiancée par us étalage de magnificence dont elle n'a probablement pas d'idée. De la station de • Briclilayers anns > jusqu'au chemin de fer de Paddington, elle va avoir à traverser un océan de peuple ; elle va se convaincre que Londres est plus peuplé que le Danemark. 40.000 liv. st. (1,000,000 de francs), tel est le chiffre auquel est évaluée la dépense des préparatifs faits par les souverains de la Cité, Hiaîre, aldennen, et le reste. Le luxe des illuminations s'annonce comme devant être si énorme, que tes compagnies de gaz se déclarent d'avance incapables de suffire aux demandes dont elles sont assaillies. On parle de transformer l'église de Saint-Paul en une véritable montagne de feu, semblable à ce qn'est Saint-Pierre de Rcune dans les grandes solennités papales. Les fenêtres qui se trouvent sur le passage de l'heureux couple, dans Londres, se louent avec fureur et sont payées des prix fabuleux. J'en sais une, dans mon voisinage, qui a été retenue pour 30 liv. st. Vous figurezvous qu'on paje. 750 fr. le privilège de se mettre à la fenêtre pendant deux heures?

. INs une importante question reste à^ résoudre. Les' ma-

s» LETTRES SIH L'ARGUSTEniE (l868)

gistnls de h.Cîté et leor pompeMx cortège préeéderont-ilK on suivront-ils le prince rt fa princesse dans le passai de cenx-d i travers Lemtres? Grave difficulté, s'il en fut! I n'y a donc pas de cîHsaas nuage, bêlas! Il faut donc qu'il y ak toujours BD pmnt noir 1- rberinta ! Le rainïstre de Tinlérieor, sir Grorge Grey, ve«l que, dam la procession, la eorperalioB de Londres marche !i la qneue, et la cerporation de Londres, elle, veut absotomesL tenir la léle.

Quoi ! te prince et la princesse seraient obligés de régler leur marche sur celui ds moaarqne bourgeois de la Cité, et des aldermen, et des conseillers, gens qui, comme on sait, vont k pas de tortue! Les angiistes personnages que nous attendons sentent forcé» de nrbir feannî de fendre des flota de curieux, darant deux merteMes heures peut-être, à la mani^ du lord-mure dans la solennité du c lord mayor's show ■ ou du bœuf gras à Paris ! Allons donc !

Ainsi raisonne sir George Grej.

Quoi 1 vous prétendez mettre h charrue devant les bceofs! Onand Londres tout entier est sur le chemin de la princesse pour la bien contempler, la bien applaudir, vons préleodei qu'elle pas^ avec h rapidHé de l'éclair! Avez-vons songé an nombre de gens dont tous ntinertez de la sorte les espérances? Ne vo^ez-vons pas que la proeesâioa est une affaire manquée si nous n'en rormons l'avant-garde? Qui restera pour nous vnr passer si le prince cl la {HÎncesse ptnent les premîersT

Ainsi parle la corporation.

Et, dans sa juste indignation, cffeBEnaoe, nronpcrstsle Il Ini assigner la place des bagages dans une armée, àc s'abstenir fièrement, au risqae de comprBmetm sa ripit»tina de < loyalty >. Fais ce que doîSf advieBBe que (Nton. Addte se rei&tnt soi» sa tente k ttéploya pu n phsb*

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UN mOCHATIt HARIACe 81

rouche orgueil. Le mal estque sir George Grey s'obstine; sur quoi, le lord maire se propose d'en appeler à lord PalmerslOD, et, si tord Palmerston donne raison h son collègue, ob, ma foi ! alors romme alors!...

Remarquez, monsieur, je vous prie, que de' tous les . peuples du monde le peuple anglais est encore le plus raisouDable.

Je seraifi carieux de savoir l'effet que produira sur le prince de Galles b miraculeuse réception qu'on est en train de préparer à sa fiancée. Si une pareille réception ne donne pas i ce jeune fiomme l'idée qu'il est un être \ part dans la créaUoD, qu'il appartient à une espice dont novs ne sommes ni TOUS ni moi, il faudra que la nature Tait doué d'une dose de bon sens bien rare.

«Cest on fait avéré >, raconte Chamfort, «qoe Madame, GHe dn roi, jouant avec use de ses bonnes, regarda sa main, el, après avoir compté ses doigts, s'écria d'an air suqtris t — Comment? Tous xnt cinq doigts aussi, sbsoInMMt < coonme moi! > Mais ChaiAtfort parlait td de la France, el de l'ancieD régime en France...

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LETTRES SDR L'ANGLETERRE (iSftS)

■wBlfeMktUa pavIemsatMlpe vm taT«ar des P»I»BkU.

L'Angleterre vient de sonner du dairon, et cela de manière à faire tressaillir Saint-Pétershotirg.

S'il est vrai qu'il y ait une vertu souveraine dans la sympathie, hautement et unanimement déclarée, du seul peuple qui, en Europe, soit à la fois puissant et libre, la Pologne soulevée a lieu de se réjouir. Non, jamais ta Chambre des CommuDes, en Angleterre, n'avait d'une voix plus forte, plus passionnée, et avec un plus saisissant accord, exprimé sur une question donnée les seniiments de la nalion.

Fallait-il que la Grande-Bretagne intervint en faveur de la Pologne, au nom de la lui publique, au Jiom du respect que la conscience humaine doit h des engagements solennels? Cette question, H. Hennessy est venu la poser devant le monde; et, lorsque, dans nn discours palpitant d'émotion, il a montré la Pologne livrée à l'inRuence funeste de Wielopolski sur le grand-duc Constantin ; les nobles de Podolie, poussés par lesconseils du comte Kussell k demander quelques réformes et, pour prix de leur docilité, à suivre les avis d'un homme d'État anglais, enterrés vivants dans une forteresse i le conseil municipal de Varsovie constatant, à la date du 30 juillet 1862, que, depuis le commencement de l'année, le nombre des hommes et des femmes entassés dans

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MAMFEàTATIO» PARLEMENTAIRE EX KAVEUR DES POLONAIS S3

une seule prison de Varsovie, s'éEatt élevé à 14,833 ; les ravages de la conscriptioD perlés h ce point qu'en Bovembre 1863, elle ne laissait plus au commerce que 683 personnes sur une population de 184,000 âmes; le comte Andrew Zamoyski puni par l'exil, du crime d'avoir présenté une pétition respectueuse; le pciuce GonsdiakoS* menaçant d'inaugurer une police d'extermination et de faire de la Pologne uq monceau de cendres ; les casernes, les forteresses, transformées en prisons politiques ; et, enfin, dans Taffreuse nuit du 15 janvier 1863, les maisons des citoyens enveloppées, envahies, à une heure du malin, et les citoyens arrachés de leur lit pour être engloutis dans une armée russe, lorsque, dis-je, M. Hennessy a tracé ce tableau funèbre, un frisson de colère a électrisé l'assemblée.

Sur le parti à prendre, lesopinions ont légèrement différé; mais sur l'urgence d'une manifestation de senlimeols non équivoque, il n'y a eu qu'une voix.

M. Buxton a demandé que toutes les puissances de l'Europe, grandes ou petites, fusseot invitas à s'unir à l'Angleterre, pour condamner la politique russe dans le passé et la presser d'être plus juste h l'avenir.

H. MonklOD Milnes a exprimé le désir qu'on s'adressât k la Prusse eii termes mesurés, mais qu'à l'égard delà Russie, on pariât le langage d'une indignation virile.

M. Walier a insisté sur la oécessilé de ne rien dire qu'on ne fût prêt & soutenir, s'il le fallait, l'épée à la main.

M. Oenman a appuyé l'idée d'une inlervention diplomatique, à la condition qu'on laisserait la porte ouverte pour une intervention d'un autre genre, si elle devenait nécessaire.

Lord Fennoy a déclaré que, suivant lui, uiie remontrance . énei^ique, venant de la France, de l'Angleterre et de t'Au- '

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