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8( LETTItES SUR L'A5£LeTBR1tB (iSSS)
triche, forcerait la Russie à lâcher prise, et ferait reculer 1« roi de Prusse, qu'il a représesté > tenant la chandelle au
M. Seymour Fitzgerald a suggéré l'idée d'une adresse à la CouroBne, comme moyeo de donner aax sympathies de l'Angleterre pour la Pologne un caractère plus soleanet.
H. Stansfeld a proposé de faire savoir au roi de Pnitae que la Dation anglaise avait pris le principe de non-intervention au sérieun et ne souffrirait point qu'on le violât.
Enfin, M. Walpole a vivement engagé la Chambre à ne lier les mains au gouvernentent par aucun vote précipité, et h laisser aux conseillers de la Couronne la responsabilité des mesures Si adopter.
C'est ce dernier avis qni a prévalu.
Au fond, la motion de H. Hennessy n'avait qu'un but : fournir à l'Angleterre, telle que la Chambre des Communes la représente et telle que le gouvernement est contraint de lui obéir, une occasion éclatante de dire sans détour ce' qu'elle a dans le c«eur. Eh bien, elle vient de le dire.
C'est qu'en effet il y va d'un intérêt suprême pour l'An- ^elerre de ae pas s'annuler en cette grande circonstance. Dans la guerre de Crimée, elle ne parut qu'au second rang. Dans celle d'Italie, elle se bornait à des vœux, quand le sang de la France coulait à Magenta et à Sotferino. Ce n'est pas elle qui a recueilli te Aiiit des coups portés à la Rusùe sous les murs de Sébastopol. Ce n'est pas elle qui a donné la Lombardie k Victor-Emmanuel et humilié l'Autriche. Qu'adviendrait-il de son influence morale dans le monde; si, rappelant ses soldats de Rome, faisant la paix avec le Mexique, et s' essayant une fois encore au réie de décote réroklîen- ' naire, l'empereur des Français saiâssaU l'occasion que, par
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MANIFESTATION PAlll£MENTA]IIE EN FAVEUR DES POLONAIS 3B
la [dusécIaUlite de ses nombreuses faveurs, la forluoe vient lui offrir, de dédiirer d'un coup d'épée les traités de Vienue et de les déchirer en frappant de kaui, aux 'applaudissements de l'Europe? Convient-il à l'Angleterre, qui a produit William Pîu, de laisser uu Napoléon s'avancer vers l'Allemagoe en cachant l'armure du conquérant sous le manteaa du chevalier, et, peut-être, demander k ia victoire, comme prix de U Pologne rendue à elle-néme et de la justice vengée, le Riiin depuis Strasbourg jusqu'à Cobleotz? La libre Angleterre peut-elle sans inconvénient abandonner k un prindpe qui n'&st pas le sien la gloire de protéger les faibles, de metU'e debout les nationalités qui sont par terre, et d'exercer aux yeux de l'Europe éblouie les foncùons de la Providence?
Ce sont là des pensées qui sont présentes à beaucoup «l'esprits, de ce coté du détroit ; et elles tourmentent quiconque craiut de voir l'éclat de la liberté s'effacer comme celui d'un astre malade.
Aus^ ne néglige-t-on rien ponr remuer ici, en faveur de la Pologne, les profondeurs de l'opinion. Hier, pendant qu'avait lieu, à la Chambre des Communes, la discussion dont le compte -rendu précède, une réunion particulière, mais très-importante et très-animée, arrêtait les arrangements nécessaires pour la convocaUon prochaine d'uu grand meeting destiné à mettre en pleine lumière les sentiments, les espérances et les inquiétudes du peuple anglais.
Nul doute que l'Angleterre ne vît avec une satisfaction profonde la Pologne sortir de son tombeau, attendu qu'une Pologne vigoureusement reconstituée est de toutes les barrières que peut rêver la- prudence de l'Europe occidentale, celle qui arrêterait le plus sûrement la Russie prête à déborder. D'un autre cêté, nul dotite que l'Angleterre ne soupire
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36 LETTRES SUR l'aHCLETERRE (1868)
après !e moment de voir se rompre le lien qui, dès le leDdemain de la guerre de Grimée, se noua entre la Cour d«s Tuileries et celle de Saint-Pétersbourg. Hais si l'empereur des Français tntervetiait seul contre rintervention de la Prusse, et qu'il en naquit une guerre entre la France et la Russie, l'Angleterre ne risquerait-elle pas d'y perdre plus qu'elle n'aurait chance d'y gagner? Grave question que n'envisagent pas sans trouble ceux qui croient que, pour eux, le danger est sur les bords de la Seine autant que sur les bords de la Neva !
SrmpKthlea tempérées pmr 1» prndeaec.
Il est d'une grande importance pour noire paj's, dans les conjonctures actuelles, de ne pas se tromper sur les ^Tais senilraents de l'Angleterre à l'égard de la situation que crée aux diverses puissances l'héroïque désespoir de la Pologne.
Pour mon compte, j'ai suivi avec une attention inquiète les mouvements de l'esprit public en Angleterre depuis que les Polonais ont couru aux armes. Voici quelle est mon impression.
Et d'abord, que les Anglais sympathisent de bonne foi avec la Pologne, cela me parait certain. Est-ce parce que la
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SINfATUIES TEMPÉRÉES PAU LA PRUDENCE 37
Russie leur fait peur, parce qu'ils la détestent, et que la Bologne est une épine daus la chair du colosse? Craignons de câloiuuier la nature humaine. Ne faisons pas à la justice cette injure de la déclarer incapable par elle-même de parler au cœur des hommes. Non, ce n'est pas seulement sous l'inspiration d'un étroit égoïsme national que, l'autre jour, lord Ëllenborougb est venu dénoncer au monde, du haut de la Chambre des Lords d'Angleterre , les horreurs qui ont fait prendre à la Pologne aux abois la résolution, si elle ne pouvait vivre, de mourir au moins debout. Non, elle n'était pas feinte, l'émotion du comte Russell, flétrissant la nature et déplorant les résultats de l'influence exercée sur le grand-duc ConstantiD par le génie machiavélique de Wielopolski. Non , la Chambre des Communes ne jouait pas la comédie, lorsque, avant-hier, avec une uDanimité dont les annales parlementaires offrent peu d'exemples, elle se déclarait du parti du droit contre la force, et, par l'oi^ane de tous ses orateurs, criait aux Polonais : Le cœur de l'Angleterre est avec vous!
Il est II noter que M. Hennessy , dont la motion a provoqué cette imposante manifestation, est un fervent catholique. C'est un catholique qui a donné le signal des hommages rendus à la Pologne catholique par les représentants de l'Angleterre protestante.
Quand cette lettre vous parviendra, le compte rendu de la séance dont je parle sera déjà sous vos yeux, et vous y aurez sans doute remarqué avec quelle âpreté lord Palmerston flétrit la mesure qui a mis le feu à la situation : mesure qu'il a qualifiée sans détour de barbare, et qu'il n'a pas craint de présenter, lui diplomate, lui ministre dirigeant de ce pays, comme une justification absolue de l'insurrection de la Pologne.
88 LETTRES SCR l'aXCUSTERRB (iSSS)
11 est vrai que lord Palmerston a eu soin d'ntténuer l'imporUnce pratique de ces déclarations par certaines réserves sur lesquelles je revieudrai tout ii l'heure; mais si le langage de lord Palmer^n doit être attribué moins h un ^an spontané de son âme qu'à la crainte de heurter l'opinion par un maladroit étalage d'indifférence, cela même ne montre-l-il pas quelle est la direction du courant!
Cette direction, d'ailleurs, a été accusée, grâce au ciel, d'une manière suflîsamnient claire, et par M. Henoessy, demandant, contre la Russie, la mise on vigueur des traités de 1815; et par H. Sejmour Fitzgerald, appuyant cette motion de toutes ses forces; et par lord Robert Cecil, définissaut la conscription une violation honteuse de la foi publique ; et par M. Stansfeld, invoquant, contre le roi de Prusse, le respect dft au principe de non-intervention ; et par M. Disraeli, mettant au rang des obtigatîont moralet de l'Angle' terre le soin de veiller à l'exécution des engagements contractés envers la Pologne. Tous ces discours n'ont pas abouti h la même conclusion, relativement au parti à prendre, sans doiit« ; mais tous ont exprimé les mêmes voeux en faveur d'un peuple aussi cruellement opprimé; tous portent l'empreinte du même sentiment. Sous ce rapport, l'unanimité de la Chambre des Communes est un fait incontestable. Voilà le premier point à établir.
Mais, ceci une fois admis, il est impossible de se dissimuler que cette sympathie de l'Angleterre, pour éclater, diraîs-je pour exister, a eu grandement besoin d'un genre d'exdution que te culte platonique du droit n'aurait certes pas sufS il créer. En leor qualité de peuple pratique, les Anglais oat peu de di^osition ^ se prendre de passion pour les causes qui n'ont pas la force de se défendre eQes-mêmes. Si l'eau coule à la rivière, même en France, jugez ce que ce doit
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SYH>ATH!ES TEKPEREES PiR LA PRUDENCE 89
être en Angleterre! Ainsi que k Do^y New en faisail la raoïarque arec une généreuse Uistesse, ce n'est pis d'hier ' que le droit, en Pologne, a été foulé aux pieds, au m et au su de l'Europe entière. La violation des traités, en ce qui concerne ce oialfaeDrenx pays, est un crime qui dure depuis bientAt cinquante ans, sans parler de «et autre crime famevK : le partagé 1 On a singulièrement tardé h découvrir que la tolérance de ce ^ècle, en ce qui toncbe l'oppression delà Pologne, Usait suite aux attentats du siècle dernier, et qae le t^-nenvième siècle était ainsi complice du dixfautiëntel Chose navrante! On n'a pas semblé entendre les gémissements de la Pologne aussi longtemps qu'elle n'a pu que gémir; mais ou a entendu le bruit de ses chaînes, dès qu'elle les a agitées de manière k laisser croire qu'elle en écraserait ses lyraos. Il a fallu au droit, pour qu'on ne refusât point jusqu'au bout de le reconnaître, la reconimandalion de la force, ou de quelque chose qui y ressemblât.
Hais passons. Tardivement ou non, la sympathie de l'Angleterre pour la Pologne s'est déclarée. C'est lit u fait et la question n'est plus qu« de savoir ce qu'il est permis d'en attendre.
£a premier Heu, partez de ceci, qse l'An^terre redoute la guerre par-dessus tout. Avaat-hter, à la Chambre des Communes, il y a eu ctumne .l'effet d'uu coup de théâtre, lorsque, de l'air qui lui est particulier, et sans se mettre en frais d'éloquence, M. Walter, te principal propriétaire du Titnei, a dit ce simple mot : « La motion de !tl. Hennessy, c'est la guerre. » Plus d'un visage a changé de couleur. On se regardait les uns les autres. La guerre! Un torrent d'eau froide venait d'être versé sqt le feu. Aussi la motion a-l-elle été retirée, sur celle observation de H. Walpole, qu'il coavaiait de ne pas lier les mains au gouvernement, çt que le
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40 LETTRES SUB l'aNGLETERRE (iBâS)
mieux élail de s'eo remettre à sa sagesse du soin de prendre un parti. Quel parti? On savait à merveille, quand le retrait de la motion a été voté, que lord Palmersion, eu cette occasion, n'était pas horoine à donner dans les extrêmes. Ne venait-il pas de déclarer, en vrai diplomate cette fois, que les traités de f 815conféraient k l'Angleterre le (frot( d'intervenir, mais sans lui en imposer Yobligatiûti. Et tout eu protestant de l'indignation qu'avait éveillée en lui une <c mesure harbare >, ne venait-il pas de prononcer un pompeux éloge de l'empereur de Russie, se portant presque garant de ses bonnes intentions, et lui faisant honneur de plusieurs grandes idées, celle entre autres de l'émancipalioD des serfs? La Cbambre des Communes était donc bien sûre de ne pas aller trop loin, sur les pas d'un pareil guide.
Sans partager la monomanie de H. Urquhart, qui semble D'avoir été envoyé dans ce monde que pour accuser lord Palmerston d'être vendu it la Russie, on peut, je pense, rappeler que si, en 1831 , la Pologne succomba sans assistance, ce fut beaucoup moins la faute de Louis-Philippe que celle de lord Palmerston.
M. Walewski ne doit pas ignorer cela, lui qui, à celle époque, fut envoyé à Londres pour sonder, au nom de la Pologne insurgée, les dispositions du cabinet de Saint- James.
L'attitude que l'Autriche prend aujaur4'hui, et qui étonne les personnes peu au courant de l'histoire contemporaine, était précisément celle que l'Autriche prit, alors. Alors comme aujourd'hui, elle sentait de quels dangers la menaçaient les progrès des Russes le long de la mer Noire et dans la direction de Constantinople. Alors comme aujourd'hui, elle comprenait la nécessité d'une Pologne qui servit
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