ES SCANDALE MILITAIRE 3IIS
oti elle s'agite. Seulement, il nous semble — en Angleterre cette opinion commence Ji devenir universelle — qu'elles se trompent, et sur le but, et sur les moyens.
Le but, ce devrait être l'indépendance absolue de la Pologne.
Les moyens, il ne saurait y en avoir de bons, en dehors du parti pris de mettre, au besoin, la force au service dti droit.
I^n acBBdnle mlUlaIre.
Un énorme scandale militaire tient ici les esprits en éveil, agite l'opinion, a fourni déjà et menace de fournir encore la matière de mille commentaires passionnés.
La position des personnages en cause ajoute à l'intérêt douloureux etdramatique de la question. Le colonel Crawl ey, du 6* dragons, aujourd'hui dans les Indes, le général Farrell et sir William Mansfield, l'un et l'autre de service en ces contrées lointaines, sir Hugh Rose, commandant en chef dans l'Inde, et enfin le duc de Cambridge, — une altesse royale, — le duc de Cambridge, qui est investi du commandement général et suprême des forces de l'Angleterre, voilà
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366 LETTRES SUR L'ANGLETERRE (iSSS)
les hommes qui, en ce moment, sont k la bane de ce toul— puissaot tribunal : l'opinion publique.
La mort d'un sergent-major et celle de sa femme, te) est le fond du procès sur lequel la conscience humaine, en Angleterre, est, à l'heure qu'il est, appelée à se prouMieer.
C'est une lamenuble histoire.
Il y a environ deux ans, le colonel Crawley, du 15' hussards, reçut, dans les Indes, le commandement du 6' dragons. Des dissensions intestines, qui sont restées couvertes d'un voile épais, ayant fait naître entre le colonel Crawley et les officiers sous ses ordres un vif sentiment d'hostilité, le capitaine Smales, payeur du régiment, écrivit une lettre dans laquelle étaient constatés des faits qui avaient la gravité d'autant d'accusations. Entre autres choses, le capitaine Smales faisait allusion dans sa lettre à cette circonstance, que le colonel Crawley n'était jamais présent h la parade. La réponse de celui-ci consista tout simplement à traduire sou subordonné devant une cour martiale.
Parmi les témoins que le capitaine Smales se disposait à produire figuraient les trois sergents-majors Lilley, Duval et Wakefield. Le colonel Crawley redoutait-il leur témoignage? Était-il résolu à empêcher la vérité de sortir une de son puits? Ce qui est sûr, c'est que, sans attendre qu'on les interrogeât, il les manda chez lui, et les soumit, en présence de quelques-uns de ses amis, à un examen dont le but était évidemment de les avertir du dangH* des indiscrétions. Cet essai d'intimidation ne réussit pas, parait-il, car au sortir de l'entrevue les trois sergents-majors furent mis aux arrêts comme coupables de conspiration. En même temps, le colonel Crawley informait le major général Farrell de la décision prise et lui demandait l'autorisation de changer les arrêts simples en arrêts forcés. Le général Farrell porte
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UN 9CA.1BA1E nUrAIRB 331
uissitAt le cas à la ««DaissaDee de sir William Haosfield, commaiHlaiiL eo chef do district, et, eo attcDdant qtie celinà se prononce, antorise le colonel Crswley à retenir aux arrêts farcis les trois malheureux dont il s'agissait d'étouffer la roix.
Le sei^ent-major Ulley fut enfermé dans un bâtiment i l'épreuve des bMDbes; on lui donna pour cachot une pièce brÂlante que les ardeurs du climat indien pouvaient transformer en tombeau et qui ressemblait moins à une habitation humaine qu'à un four. Là, sa femme, qui se moarait d'un flux de ventre, eut un lit où à son agonie physique se joignirent les tortures d'noe agonie morale, plus terrible encore, — des 8,entiuelles ayant été placées dans la chambre même, à trois pas du lit de douleur, et celte femme inTortunée ayant h obéir, en leur présence, à ces lois de la nature auxquelles la pudeur commande le secret. Elle expira dans d'horribles angoisses.
L'article 99 du Code militaire anglais porte que nul officier ou soldat ne peut être retenu en prison, avant son procès, plus de huit jours. Dans le cas dont il s'agii, cet article ' fut violé sans scrupule. Au bout de quelques semaines, an des trois sergents étaîi fou. Quant à Lilley, il était mort!
Nulle enquête ne fut faite. On se contenta d'appeler ie chirurgien du régiment, qui dit, après avoir examiné le cadavre : ( Mort d'apoplexie. >
Dans l'intervalle, le procès du capitaine Smales avait suivi son cours ; mais, par l'effet de diverses circonstances, la cour martiale s'était ajournée avant la mort du sei^entnajor Lilley, dont la mise en liberté aurait dA au moins suivre cet ajournement. C'est ce que sir William Mansfield reprocha an général Farrell de n'avoir pas compris. Mais il était trop tard.
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«6B LETTRBS SUR l'aNCLETERRB (I863}
Tous les détails de cette affreuse histoire fureut mis sous les yeux du commaDdant en chef dans les Indes, sir Hugh Rose, et l'on devait s'attendre à le voir, après avoir édaird ce mystère d'iniquité, frapper inexorablement les coupables : il n'en lit rien. Loin de là, il accrédita le bruit que Lilley s'était tué à force de boire, accusation qu'on essaya d'appuyer sur une note d'un cantinier du pays, constatant la quantité de liqueurs spiritueuses fournie au prisonnier. Celle accusation ne tarda pas à être péremptoirement démentie : il se trouva que les liqueurs spiritueuses apportées dans la prison avaient été exclusivement consommées par la femme du sergent, h laquelle on les avait prescrites comme remèdes.
Et le duc de Cambridge? Le duc de Cambridge, informé de ce qui s'était passé, crut devoir se borner .'i adresser au colonel Crawley une réprimande assez bénigne, et le m.iin< tint ik la tcte de sou régiment.
Tels sont les faits allégués. Ils n'ont pas été plus tôt connus en Angleterre, qu'ils y ont produit une explosion d'indignation qu'il vous sera plus facile de deviner qu'il ne l'est à moi de la décrire. Ils ont été dénoncés tour h tour et avec une émotion croissante, en plein Parlement, par M. Forlescue et lord Sbafiesbury. H. Conniogham n'a pas craint de s'attaquer au duc de Cambridge lui-même, lui demandant compte de ménagements que la justice condamne et contre lesquels la douleur des âmes honnêtes proteste hautement, c Une enquête ! une enquête ! » voilà le cri qui s'échappe de toutes les bouches. Pressé par des clameurs dont le bruit devient de jour en jour plus redoutable, le duc de Cambridge a dû ordonner qu'on traduisit le colonel Crawley devant une cour martiale... aux Indes. Mais cette mesure est considérée
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CE QDS L ANGLETERRE CRAIM ET CE QU ELLE DESIRE SCft
comme un moyen de sauver les coupables, et de toutes parts retentissent des murmures. Ceux qui veulent que justice soit faite o'espërenl rien que d'un procès jugé en Angleterre.
Ce qne l'AKglel«rre cri^t et ce qu'elle désiFe en ee qal concerne la Pologne.
La dernière séance de la Chambre des Communes a piéseuté des résultats singuliers et inattendus.
C'était hier que devait être discutée une motion de H. Heniiessy, concluant à ce que la reine fût priée d'intervenir di; luaDiëre h obtenir enfin justice pour la Pologne. Le jour avait été fixe, il était attendu avec impatience. M. Uennessy avait, il cet égard, la parole du premier ministre. Et en effet, fidèle il ses engagemenls envers l'honorable et persévérait défenseur de la cause polonaise, lord Palmerstou a demandé, dès l'ouverture de la séance , que la question fût, sans plus tarder, mise sur le tapis.
Mais quoi ! était-il prudent d'aborder un sujet aussi grave avant de connaître la réponse de la Hussie aux propositions des trois puissances? Pourquoi tant se hâter? Pourquoi discuter au hasard, dans les ténèbres, lorsqu'on se pressant u»
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270 LETTRES SUR l'aNCLETEME (1863)
peu moîDS, l'on pouvait se ménager ravantagu de disculer arec connaissaoce de cause ei en pleine lumière?
Ainsi ont parié M. Beanmonl, M. Kinglake, tord Enfield; et la Chambre des Communes, consultée, a décidé à la majorité de 165 voix contre HO, que le débat serait ajourné, c'est-à-dire que les engagemt^nts de lord PalmerstOD seraient considérés comme non avenus.
C'était iodirectemeut accuser d'étourderie un homme rompu aux liabitudes de la prudence et de la prudence officielle.
M. Horsman a protesté contre ce vote, dans le langage acidulé qui lui est propre. Mais la décision était prise : il n'y avait pas îi y revenir.
Ce qui est étrange, c'est qu'un îocident qui semblait devoir écarter, au moins pour ce soir-là, tout ce qui a rapport â la question polonaise, a précisément donné lieu à un exposé officiel du contenu des trois DOles diplomatiques adressées à la Russie. Sans y être obligé, sans y être provoqué et même sans que personne s'y attendit, lord Palmerston, si réservé d'ordinaire, a informé la Chambre que les recommandations {recommendtUiont] soumises k l'appréciation de la Itussie par l'Anglelerre , agissant en ceci de concert avec la France et l'Autriche, comprenaient six clauses, savoir : amnistie générale et Cffmplète; — représentation nationale, basée sur le iprincipe adopté par Alexandre !*■' en 181S, conformément aux stipulations du traité de Vienne; — administration exclusivement composée de fonctionnaires publics polonais; — entière liberté de conscience; — emploi de la langue polonaise dans toutes les occasions publiques et dans tout ce qui touclie à l'éducation du peuple; — système régulier de recrutement. « Nous avons fortement insisté (slrongly
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CB QUE LAXeUTESItE CHAINT GT CB Qt) EL[£ DESIRE 211
wged), a ajouté lord Palœerslon, sur U ccssalion des koslilitës. >
Voilà doiif. le voile loul ;i fait déchiré. Nous savons, à n'en (dus douter, ce que signifie l'intervention de la diplomatie dans celle aflaîre. Les objections que le programme dont il s'^t soulève, H. Disraeli les a résumées avec bonheur lorsqu'il a dit : ■ A ce problème il n'y a que deux solutions possibles, l'unité du l'empire russe ou l'iodépendance de la Pologne. >
On a beau, en effet, s'ingénier à découvrir des palliatifs, à inventer des combinaisons , il faudra toujours en venir, ou 1 prendre décidément fait et cause pour la Russie, ou à prendre décidément fait et cause pour la Pologne. Tout moyen terme est évidemment hors de saison.
El, par exemple, comment concevoir qu'on ait songé à donner pour base aux relations futures de la Russie et de la Pologne tes traités de Vienne? Outre que ces traités sont justement odieux aux Polonais, dont ils n'out fait que légaliser l'asservissement et sanctiouner l'oppression, est-iî comprdiensible qu'en présence des résultats qu'ils ont produits, on croie encore h leur efficacité? Pour empêcher les «ffels de se reproduire, revenir à la cause! Pour trouver le remède, s'adresser à la maladie ! Mais l'expérience ne sert donc pins de rien? Mais la logique n'est donc plus de mise ici-bas ? Mais le monde est donc atteint de folie î
Au lieu de chercher k rendre aux Polonais, qui ne la denandent pas et'n'en veulent pas, une conslitulion semblable à celle qui leur fut octrojée par Alexandre 1", en exécution da<traité de Vienne, que n'a-t-ou pris la peine de réfléchir nn moment sur ce qui a empêché cette constitution de vivre, ou plutél l'a empêchée de naître viable? Il est une force contre la^pielle tous les diplomates de la terre réunis ne
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S~2 LETTRES SUR l'aHGLBTERRB (lecs)
peuvent rien^ c'est la nature des choses; et ^la constitution d'Alexandre I*' a péri, c'est tout simplement parce qu'elle avait la nature des choses contre elle. Le même homme ne saurait ëlre à la fois un despote et un roi constitutionnel; il ne saurait gouverner une partie de ses sujets suivant «n certain ordre d'idées et une autre partie .de ses sujets suivant un ordre d'idées radicalement contraire. N'avoir pour chaager de fonction qu'à changer d'habit, c'est bon pour les cuisiniers de comédie; mais l'histoire prouve qu'il ne faut pas demander aux dieux mortels l'aptitude miiverselle de maître Jacques. L'idée d'assujettir un peuple libre i un peuple esiflavc, avec l'espoir que le premier n'emploiera jamais sa hberté ii reconquérir son indépendance, et que le second ne sera jamais tenté par l'exemple de devenir libre, est, tranchons le mot, une idée boutTonne. D'où vient, puifqB'on tient à faire revivre, en ce qui concerne le Pologne, les stipulations du traité de Vienne, qu'on ne propose pas, en même temps que le rétablissement d'une administratioD polouaise, celui d'une armée polonaise? J'entends : Si l'on mettait une épée dans la main de la Pologne, elle s'en servirait aussitôt pour couper le lien odieux qui l'unit à la Russie. Eh! sans doute; mais quelle preuve plus décisire pourrait-on donner de l'impossibilité absolue de ce qu'où propose? Il n'est pas une hberté constitutionnelle, parmi celles qu'on vaudrai^ voir accorder par la Russie et accepter par la Pologne , non , pas une seule qu'il ne fât du droit et du devoir des Polonais de convertir, s'ils Itf pouvaient, en instrument d'indépendance.
Ce droit, ils ont assez montré qu'ils le comprenaient;.ce devoir, ils ont assez montré qu'ils étaient hommes à le remplir.
Mais il quoi bon raisonner à perle de vue sur le peu de
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