‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sér (volume 2)Chapitre 26 sur 97 · E INTERVENTION DIPLOMATIQUE B6S · texte numérisé non relu

E INTERVENTION DIPLOMATIQUE B6S

comme en ADgleterre, mais il peut aussi n'être qu'un point de mire pour rinsolence d'un ministre, comme en Prusse. > Si la ConslilutioD donnée au\ Polonais par Alexandre I", et si brutalement mise à néant par son successeur, n'a pu faire que la Pologne consentit ii âlre russe, comment se flatierait- «n d'arriver à ce résultat aujourd'hui, — aujourd'Iiui qu'eaire la Russie et la Pologne existe un nouvel abîme, qu'un million de cadavres ne comblerait pas t

Quelle est d'ailleurs la Pologne que le gouvernement hritannique, parlant par la bouche du comte Russell, entend reconnaître? C'est celle qui, à Vienue, fut composée du grand-ducbé de Varsovie, et celle-là seulement. Or, l'insurrection, qu'on ne l'oublie pas, s'étend presque des bords de la mer Noire aux bords de la mer Baltique. Comment imaginer que les Polonais de ce qu'on nomme ici < Congress Poland > séparent leur cause de celle de leurs Irères soulevés au loin? Il y va de leur devoir le plus sacré de ne rien faire de semblable, et il y va aussi de leur intérêt le plus cher, leur salut n'étant que dans l'immensité du rayon qu'au ront i parcourir leurs oppresseurs.

Les choses étant ainsi, qu'espérer de l'intervention de la lUplomalie, telle qu'elle a éié décrite et dérmie parle rninislre des affaires étrangères de la Grande-Bretagne?

On a mis en avant l'idée d'un armistice; et il est bien certain, comme l'a expliqué le comte Russell, que des négociations ayant pour but avoué la réconciliation de la Russie et de la Pologne, ne sauraient avoir lieu fruclueusemeut, tandis que Russes et Polonais s'en tr' égorgent. Mais, d'un aulre côté, comme l'a expliqué lord Ellenborough, qu'imaginor de plus chimérique, et, si ce n'était pas chimérique, de plus fatal aux Polonais qu'un armislice? Le comité qui dirige les eflbrts de ta Pologne insurgée est un comité se-

n,gti7cdT:G00glc

364 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (iSSS)

cret, qui agit à la manière des esprits invisibles : le moyen de traiter avec ce qui est pour tes Polonais quelque chose de très-vivant, mais pour l'Europe des gouvernements un fantdme? Et puis, jusqu'à quel point ne faut-il pas compter sur la folie des Polouais, si od se les figure capables de souscrire à un armistice ? Le leur demander, c'est les pousser k un suicide. Un armistice, dans les circonstances actuelles, est ce qui servirait le plus puissamment les intérêts de la Russie; une suspension d'armes lui permettrait de rassembler à loisir ses forces, d'organiser ses moyens d'attaque, de se préparer h reprendre l'action avec un ensemble et une énergie décisives. Où serait, au contraire, l'espoir de la Pologne, si elle avait l'imprudence de poser les armes, ne fût-ce qu'un instant? Malheur aux insurrections qui suspendent leurs coups ! Malheur aux révolutions qui se reposent avant d'avoir vaincu !

Voilit ce que, grâce à Dieu, les Polonais n'ignorent pas. Od doit donc s'attendre à les voir repousser un genre de prolection «qui , en réalité , ne protégerait que leurs ennemis. Et qu'arrivera-t-il si l'empereur de Bussie affecte de se montrer de meilleure composition, ainsi que son inlérét le lui commande? Accusera-t-on les Polonais d'opinîAtrelé î Entonnera-l-oo, dans les chancelleries, des hymnes en l'honneur de la modération de l'empereur Alexandre, magnanime et auguste? La diplomatie n'aurait donc, dans ce tas, étendu sur les Polonais son égide que pour arriver i les i mettre dans leur tort > en apparence, et k déjouer ainsi les sympathies des peuples? Mais non : de pareilles suppositions ne sont pas admissibles. Nous devons croire et nous croyons que les puissances intervenantes ont effectivement en vue de secourir la Pologne d'une manière efficace, tout en aidant la Russie à sortir du bourbier sanglant

Page 1