POLITIQUE ANCLAISE DANS LA OCESTIOK DE POLOGNE
SOT ta dManrtiop d'no armistice: P»il'arœistice, répond le (irinee GortschakofT.
Le comte Russell proposait une conférence des hait pmssawes signataires dn traité de Vienne : l'idée de cette cenférence, le prince GortscbakotT l'a repoussée avec hauteur ; et ce qu'il propose i la place, c'est l'établissement d'une eDtenle cordiale entre la Riis«e, la Prusse et l'Aii- Iriebe, n'admettant ainsi à décider du sort définitif de la proie en question, que les vautours qui se la partagent et n'ont pa réussir encore i la dévorer tout entière.
Quant aux ^ points, nulle difficulté. Le diplomate rasse les déclare, en style d'une politesse ironique, parfaitement conformes aux intentions, déjii manifestées, de son auguste iDutre, donnant de la sorte à entendre que c'est à cause de cela seulemeul qu'on les juge acceptables à Saint-Pétersbourg.
Eu apparence, toutefois, sinon en réalité, il est bien certain que le prince Gortschakoiï concède plus de choses qu'il n'en refuse*, et, de plus, il refuse des choses qui, s'il les eût accordées, n'auraient peut-être servi qu'à compliquer la question.
Personne ici n'a cru la proposition d'un armistice sérieuse. Le comte Russell a presque avoué qu'un armistice était impraticable, et vous savez que tel a été l'avis de l'Autriche. L'opinion générale était même, sur ce point, qu'un arjnïstice eût été fatal aux Polonais, en le supposant possible, le som- I meîl pour toute insurrection étant la mort. Aussi la Russie n'a-t-elle probablement écarté cette clause que sous l'influence d'un sentiment d'orgueil blessé : le czaroe veut pas dans des rebtUet reconnaître des belligérants, et les inconvénients théoriques d'une semblable mesure en dissimulent k ses yeux les avantages pratiques.
n,gti7cdT:G00glc
34B LETTRES SUR l'aNGLETEHRE (iB63)
C'est aussi un seotiment de cette nature qui semble l'avoir porté à rejeter ta proposition d'une conférence des huit puissances signataires du traité de Vienne; car, pratiquemeol, qu'avait à craindre la Russie des résultats d'une conférence dont le but, proclamé d'avance, était simplement de spécifier les conditions auxquelles les prétendus droits de l'autocrate du Nord sur la Pologne recevraient de l'Europe une nouvelle et solennelle consécration? Et puis, dans no congrès pareil, où la Prusse n'aurait fait qu'un Hvec la Russie, comment eûtil été possible de discuter la domination de celle-ci sur la Pologne, sans mettre plus ou moins en question la domination de l'Autriche sur la Hongrie et sur Venise? Se figuret-on la position de l'Autriche, courtoisement invitée à prévenir le désordre dans sa maison, avant de chercher à rétablir l'ordre dans la maison d'autriii î
La vérité est donc que, dans le c.ls où la Russie aurait concédé tout ce qu'on lui demande, absolument tout, la situation n'eût pas été meilleure. Loin de là : elle eût été pire, en ce sens qu'on aurait fourni h la Russie l'occasion de dire:
<t Vous le voyez, j'ai fait tout ce que vous ave? voulu. Si maintenant les Polonais s'obstinent à réclamer leur indépendance; s'ils ne mettent pas les armes bas immédiatemeut; s'ils ne plient pas le genou de bonne grâce devant ma souveraineté; s'ils ne jurent pas foi et hommage à leur gradeiu roi constitutionnel, k eux la faute ; et vous voilà engagés d'honneur à vous unir h moi pour les mettre k la raison. •
Je voudrais savoir ce que les puissances intervenantes auraient pu répondre h un semblable langage, et comment elles auraient échappé à la nécessité logique de fournir des gendarmes à la Russie, si tant est que la Russie n'eût pas été capable de se suffire, dans son œuvre d'égorgement!
n,gti7cdT:G00glc
POUTlftUE ANGLAISE DANS LA QUESTION »E POLOGKE S49
C'a été vraiment bien de la bonté h elle de leur épargner cet embarras!
Ainsi, de quelque façon que la chose touroât, la question avait éié posée de telle sorte par la diplomatie, qu'un résultat satisfaisant était impossible. Et ce qu'il y a de trislemenl curieux, c'est que, — en Angleterre du moins, — tout le inonde le disait d'avance : la presse, la Chambre des Lords, la Chambre des Communes, les ministres enfin, à commencer par le comte Hussell. Non, je ne sache pas d'autre exemple, dans l'histoire, d'un grand pays faisant, de propos délibéré, ce qu'il sait être absurde ; insistant sur ce qu'il déclare être inutile ; proclamant bien haut te droit d'un peuple è .l'indépendance, el invoquant en sa faveur les traités m<!iiies qui la lui ravirent ; reconnaissant d'après l'expérience du passé, que ces traités sont inobservables, et demandant qu'on les observe à l'avenir; dictant des conditions, et prévenant ceux auxquels il les dicte qu'il ne tient qu'à eux de les rejeter ^ ordonnant presque, et répétant i satiété qu'il ne peut ni ne veut se faire obéir.
Telles sont les difficultés qu'on se crée, lorsque, n'ayant pas le front de pactiser avec l'injustice ou de la tolérer, on n'a pas non plus le courage d'être tout à fait juste, d'être juste sans regarder de trop près à la dépense !
Nul doute qu'en présence des atrocités commises en Pologne par la Russie, une abstention complète de la part de l'Angielerre n'eût été une honte : c'est ce que, l'autre jour, le comte Russell a prouvé péremptoirement contre lord Grey. Hais, d'un autre côté, nul doute qu'en faisant des remontrances qu'elle se disait résolue à ne pas appuyer par la force, l'Angleterre ne provoquât un refus et ne jouât sa dignité à croix ou pile : c'est ce que, très-péremptoirement aussi, lord Grey a prouvé contre le comte Russell. Que con-
n,gti7cdT:G00glc
3nO LETTRES SUR l'aNCLETERRE (iSfiS)
dure de là, moa qu'il Tallait oser bien faire, puisqu'on ne pouvait impunéiueut ni s'abstenir de faire, ni faire mal î ■ Les remoBtrances des graads {Muvoirs >, disait dernièrement la Satmrday Aevtmc, c sent comittC les flècbes, lesquelles ne tirent leur force que de la vigueur du bras qui a bandé l'arc. »
Le discours de M. Horsmao, dans la séance d'avant-hier, n'a été que le développeineat énergique, passiofloé, de celle vérité inconlestable. Que ta reslauralion Ae la Polo{^e ne soit pas un prcAlème facile à résoudre; (pK la solation de ce prcAlèiae reofenne des éventualités redoutables; qu'il existe on lien étroit, ûnpossible à ne pas voir, entre le royaume de Pologne et la Gallicie, le duché de Poseo, etr. ; qu'à la question de la Pologne ressuscitée st raUacht-nt, par conséquent, des considérations territoriales d'une importance eitréme, et que des compUcalions sen^tlaUes soient trop graves pour être envisagées légèrement : voità ce que H. Gladsloue s'est étiidié k bieD mettre en lumière. Mais personne ne conteste la portée de la qteslioa ; ce qu'il s'a^ de savoir, c'est si l'oo a pris, pourarriver i un dénoAment devenu nécessaire, le cbemiu le pins court et le fias sAr. Quand l'heure d'une grande décnim a semé, et que, laia de diminuer le péril, l'hésilalion à l'affrûaier l'augmente, fl ne suffit pat, (tour pré«eiir les co«plicitiens qu'on redoite, d'en constater la gravité. < Nous avens exaspéré la Bussie; nous avons cncMragé la Pologne ; et, dans l'un et l'autre cas, aotts avons trop fait, mi mus n'avons pas fait assei. » A ce reprodie de H. UorsinaD, qu'avait à retondre M. GladstoneT Rien. Et il n'a rien répondu. Craindre la guerre, qû est effectivement le pitis horrible de tous les fléaux, c'est i merveille; nuis depuis qnand l'évite-t-on, en li craignant i l'escès et en le laissant voiri Le c^inet de lord Palmerslon
n,gti7cdT:G00glc