‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sér (volume 2)Chapitre 58 sur 97 · MORT DE LORD LÏNDHURST SS · texte numérisé non relu

MORT DE LORD LÏNDHURST SS

Ce fut pur cette porte qu'il entra duos la carrière du pou- Toir. Lord Liverpool l'avait tout de suite deviné. Que fallaitil de plus? La réforme parlementaire n'avait, pas encore balayé, en matière d'élections, les écuries d'Augias. On s'arrangea de manière à pourvoir John Copley d'un siège au parlement. Dès 4819, il était solicitor général, et en celle qualité, il eut k soutenir, à la suite de Gifford, la scandaleuse accusation d'adultère intentée par George IV contre la reine Caroline. Nommé attorney général en 1833 et maître de rôles en 1826, qu'une occasion favorable se présentât, et il devenait lord-chancelier. U le devint par l'élévation de Canning à la dignité de premier en 1821. La veille, il n'était que sir John Copley : le lendemain, il fut lord Lyndhurst, ayant pris son titre du nom de l'endroit oti il avait vu pour la premièfe fois celle qui depuis fut sa femme.

Ici le caractère de l'homme va se dessioer.

La question vitale du moment était alors l'émancipatioii des catholiques. Dans le ministère précédent, un homme la voulait, c'était Canning, et un homme la repoussait, c'était le chef même du cabinet, lord Liverpool. Tant que celui-ci fut à la léte des affaires, sir John Copley, non content de repousser, lui aussi, l'émancipation des catholiques, prononça contre cette mesure des discours véhéments. Mais les réoes de l'État ne furent pas plus tôt passées des mains de lord Liverpool à celles de Canning, qu'on vit sir John Copley changer tout à coup, à l'égard des catholiques, d'attitude et de langage.

U s'était prononcé contre eux quand le premier ministre, lord Livei^oot, les combattait; il se prononça pour eux ^uand le premier ministre, Canning', crut devoir les soutenir. Serait-ce que, du jour au lendemain, la lumière s'était

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faite dans son esprit? 11 est, hélas! une circonstaDce qo) dëmeut c«tt€ supposition charitable. Canuing avait besoin d'un lord-chancelier qui appuyât l'émancipatioD des calbo- Itques, et lord Eldon aimant mieux renoncer an sac de laine que de manquer de respect aux conviclions de sa vie entière, sir John Copley, pour te remplacer et devenir lord Lyndhurst, consentit à brûler ce qti'i) avait adoré et adora ce qu'il avait brûlé. C'est peu : Canning étant mort Vannée m^e de son avènement, c'est-à-dire en 1837, le duc de de Wellington lui ayant succédé, et le cours des événemeots, le progrès des idées, ayant fait de l'émaBcipation des catholiques une réforme désormais impossible à éluder, cette réforme trouva dans lord Lyndhurst, resté lord-chancelier, un de fies plus chaleureux avocats. Il parla pour, en 1829, avec autant de zèle qu'il avait parlé conlre, en 1896. On juge si ce fut impuDément.

Lord Eldon avait présenté contre l'émancipation des callioligues nue pétition de la cumpagnie des tailleurs de Glasgow. Lord Lyndhurst demandant ce que les tailleurs avaient à voir là : ■ Il est tout simple qu'ils iutervieonent, « répon- ' dit lord Eldon d'une voix amëre et en jouant sur le mot turncoat, qui signiiie à la fois en anglais un homme qui retourne son habit et un renégat, < les tailleurs n'aiment pas les tumcoats. > La fureur contre le lord-chaiicelïer si subitement converti à la tolérance, était grande parmi tons les pairs protestants, et ils applaudirent fort à ce rapproche* ment de lord Winchelsea : < Un jour, il arriva que, dans le comté de Kent, une femme accoucha de deux jumeaux, l'nn blanc, l'autre noir. Eh bien, ce caprice de la nature n'a rien d'aussi extraordinaire que le fait des deux discours dont le noble lord a accouché dans la question de rémancîpatitHi des catholiques. >

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Que si maiotenant nous passons du ministère du duc de Wellington à celui de lord Grey, et de rémanctpaCion des cirïboliques, en 1829, à la réforme parlementaire, en 1832, q^ui trouverons-nous à la tfite de l'opposition coutre celte dernière réforme, la plus grande conquête de l'écrit de liberté en Angleterre? Qui? Lord Lyndhurst. Inutile de renoarquer qu'il avait cessé alors de faire partie du pouvoir. Il ; serait rentré par le rejet de la mesure proposée. Aussi conduisit-il l'attaque avec le courage de l'ambition haletante. Lors de la seconde lecture du bill de 1831, l'ardeur de la lutte lui inspira une éloquence qui lui assigna d'un coup sa place k l' avant-garde des orateurs militants et des orateurs d'élite; D'autres fléchirent, hésitèrent, reculèrent. Lui fut inébranlable. Un instant, il rendit la victoire douteuse, en faisant ajourner la prise en considération de la clause connue sous le nom de ■ disfranchisement clause *. Ce fut au point que Guillaume IV lui proposa de former une Douvelle.admiuistration, de l'essayer au moins, et quoique à cette époque un ministère tory eût été sur ud volcan, peut-être la tentative n'aurait-elle pas avorté, si gouverner en sous-ordre eût pu convenir à sir Robert Peel.

Quoi qu'il en soil, la réforme parlementaire triompha des efforts passionnés de tord Lyndhurst, et il y eut un moment où te déchaînement contre lui fut extrême. C'était pour le part) libéral un spectacle si irritant que celui d'un plébéien jouant avec tant de zèle la partie de l'aristocratie, et mettant toutes les ressources de son esprit i barrer au peuple, dans les rangs duquel il était né , le chemin de la 4'ie publique! Il aimait les plaisirs, les meubles somptueux, . le luxe, les fêtes, et sa femme était de celles qui se piquaient de donner le ton à la mode, ce qui est toujours coûteux : les uns chuchotèrent le mot de vénalité ; les autres.

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plus hardis ou moins scrupuleux, l'imprimèrent dans des libelles pleins de veiiiu.

Lord Lyndhiirst poursuivit les libellisles, les réfuta, les confondit, et tint tête à l'orage avec une intrépidité que ses ennemis cherchèrent à décrier, en disant qu'il avait un front d'airain. Ce qui estsâr, c'est qu'k celte période de sa vie, il ne lui fallut pas une médiocre fermeté de caractère pour faire face à des colères qui se croyaient le droit du m^ris.

S'il lut fût arrive de mourir alors, qui sait quelle figure il ferait dans l'histoire? Mais il lui fut donné de vivre assez longtemps pour effacer de l'esprit de ses contemporains ces impressions funestes; pour mettre, si l'on peut s'exprimer ainsi, entre elles et la postérité, les souvenirs d'une vieillesse sereine, imposante, devenue graduellement étrangère aux petitesses comme aux fureurs de l'esprit de parti, et néanmoins ouverte aux inspirations d'un patriotisme incapable de lassitude.

Il possédait d'ailleurs des qualités précieuses. Toujours, en lui, les vertus de l'homme privé tendirent k racheter les défauts de l'homme public. L'amertume des débats poUUqties n'engendra point daos son cœur des rancunes personnelles. La générosité qui manquait à ses conceptions et à ses idées, il l'eut dans ses relations d'individu à individu. Hais, encore une fois, sa longue carrière n'offre rien d'essentiel dont la génération qui suivra puisse faire son profit. On a vu pourquoi et comment il s'associa i( l'émandpation des calholiques, dont il avait commencé par ne pas vouloir. De mëoie, plus lard, après qu'il fut remonté sur le sac de laine, par SHite du retour de sir Robert Peel au pouvoir , il ne se déclara en faveur du libre échange, lui protectioniste , que parce que, le ministère dont il était faisant volte^ace,il crul devoir faire volte-face avec ses collègues.

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