‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sér (volume 2)Chapitre 6 sur 97 · ENTREE TRIOMPHALE DE LA PRINCESSE ALEXANDRA · texte numérisé non relu

ENTREE TRIOMPHALE DE LA PRINCESSE ALEXANDRA

même Jaagage, au sujet de la place que sir George Grey prétendait assigner dans le cortège aux dignitaires de la Cité. Il les voulait à la queue, afin que la lenteur de la marche et la longueur de la cérémonie ne risquassent point de trop fatiguer la princesse. Eux se voulaient h la tête, afin qu'on eût Si les voir passer en pompe bon gré mal gré, et aud^, soyons juste, de peur que le public n'eût pas le temps de savourer à son aise le plaisir du spectacle sur lequel il avait compté. Il y a eu de part et d'autre des froncements de sourcils. Vestris a déclaré qu'h ces conditions il ne danserait pas. Ah ! on le prenait sur ce ton avec te lord-maire! e!Î bien î que sir George Grey trouvât, s'il pouviiit, pour figurer dans In procession, un autre lord-maire, un autre carrosse, un autre « Coramon crier, » et un autre « Sword-bearer. > Il a fallu transiger et décidt:r que jusqu'il Temple-Bar, limite de sa juridiction, la corporation précéderait tes fiancés, et qu'à Temple-Bar, abandonnant le soin de l'escorte aux autorités civiques de Westminster, elle s'en retournerait k Hansion- HouseparChancery-Lane et Holbom.

Ces nuages dissipés, il ne restait plus qu'un Sujet d'inquiétude, l'éternel sujet d'inquiétude h Londres : le temps. Ferait-il beau temps ? Les âmes croyantes aimaient k remarquer, — ce qui est vrai, — que, depuis l'avènement de Victoria, il ne lui est jamais arrivé d'assister à une cérémonie publique sans que le soleil , par faveur spéciale, inondât tout de sa lumière, et elles se flattaient de l'espoir que la princesse Alexandra jouirait du même privilège. Jusqu'au 6 mars, en efTel, le ciel ici a été radieux. Le printemps semblait venir au-devant de ta fille adoptive d'Angleterre. Hais voilà que, la veille même du jour fortuné, un vent violent s'élève, et les nuages d'accourir. Le 7, le ciel était gris et triste, et le soleil, selon son habitude, tenait

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rigueur à l'Angleterre, absolument comme si elle n'âvait eu personne à voir passer.

Je suis sorti de grand mttin, me dirigeant vers Saint James streel parEdgewardRoad. L'itinéraire de la princesse, ai-je besoin de le dire! était marqué, sur une distance de près de huit milles, par deux haies de peuple irës-deoses, pas assez toutefois .pour qu'eutre elles et les maisons il n'y eut moyen de drculer assez librement. Gomme j'avais résolu d'étudier de près, à votre intention, la physionomie de la foule, j'avais refusé uo de ces sièges, seals^ si enviés pourtant ce joDT-lk' et dout quelques-uns ont été payés jusqu'à di.\ guinées.

Les rues, vous le pensez bien, étaient, sur toute la ligne du parcoivs, pavoisées de drapeaux ; les balcons et les galeries regorgeaient de dames eu toilette; on se pressait à toutes tes fenêtres, dans l'attente de la curiosité^ parlout le motvtelcome; partout les trois plumes blanches, couleurs du prince de Galles : elles étaient imprimées jusque sur le pain de beurre qu'on m'avait servi le matin à mou déjeuner; partout des festAus et des guirlandes de roses artificielles, et des devises, les unes simples et touchantes, comme celle-ci : Qu'ils soient heureux! les autres, ridiculement emphatiques, comme celle-ci : Vive le prince de Galles; il est l'espoir des nations!

Dans Edgeward-Road, où se dressait un magnifique arc de triomphe, plusieurs petites boutiques étaient ouvertes quaD4 je suis passé, attendu que ce quartier ne prétend pas aux honneurs' d'une « loyalty « fashionable; mais, dans Bond^iitreet et dans Hegent-Street, quoique en dehors de [a ligue ^ cortège, le commerce était décidément en vacances, et le seul aspect des maisons rappelait le célèbre : A demain les affairt* sérimses! Mais que dis-jeî Pour beaucoup, ce

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jour-tà, l'affaire sérieuse é(ait précisément celle qui faisait ienner les boutiques.

Dans Saiat-JameS'Slreet et PaU-HalI, le coup d'œil était irès-riaDl, YÀrihur Club, le Coniervative Club, l'Oxford aud Cambridge CltA, le Beform f^Iub, le ministère de la ^erre, étant de vrais palais, ei ces palais, qu'on avait décorés avec goAl, offrant au regard charmé tout un nonde de jolies curieuses, assises le long de galeries construites pour l'occasion. On attendait, ei l'on regardait défiler, umbour battant, musique en tête, voloDtaires gris, verts ou bleus, se rendant ît Hyde-Pork, où ils devaient se réunir au nombre de seize mille.

Le défilé avait cessé, et j'avais pris mon poste d'observation sur le trottoir de SaiAt-Jaines-Slreet avec un Français de mes amis, lorsque soudain, à deux pas de moi, dans. King-Street, j'enl«ndâ une espèce de cri surnaturel et le broit d'une musique étrange. Je cours de ce c6té. 0 néant des grandeurs humaines ! j'aperçois une troupe de nègres faux teint, que conduisait un homme babillé en poUchinelle. Ces audacieiu pau^T(s diables étaient venus là disputer ii la princesse Alexandra le bénéfice de la curiosité générale. En un l'ha d'oeil, ils ont eu leurs admirateurs el leur public.

Une chose que je ne dois pas Oid)lier, parce qu'elle ressemble fort h un trait de mœurs, c'est qu'une heure environ avant que life-guards et policemen eussent oetlejé le milieu de la me, un mouventeut s'est fait dans la foule. Puis, des hurr^u ont retenti. Alors est apparu, dans une vttilnre découverte, un perscmnage véln de oeuf, mus dont la tournure élait, s'il faut ne rien taire, celle d'un valet qui awail mis l'habit de son maître. Le personnage acclamé élait Tom Sayers, oui, monsieur, Tom Sajers, le boxeur. Y avait-il un fonds d'ironie dans ces aeclanationsî Je le suppose, et mt

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se LETTRES SUR l' ANGLETERRE (lD6S)

plais à le croire; mais ce ^ui est sAr, c'est que devant moi étaient une centaine de gaillards qui paraissaient cnerhmrak pour tout de bon. Au fait, Toin Sayers, après s'être fait écraser le nez par l'aniéneain Heenan et lui avoir poché les yeus, ne reçut-il pas une ovation à Liverpoolî

Le prof^ramme portait que le prince de Galles et sa fiancée seraient dans Saiut-James-Street vers trois beures et demie. Il était environ quatre heures et un quart, lorsque enfin an mugissement lointain, de plus en plus accentué à mesure qu'il se rapprochait, a aanoocé l'arrivée du coitple si impatiemment attendu. Les voitures royales étaient au nombre de six, contenant: la première, sirGeorgeGrey, le colonelSeyiDOur, le capitaine Lund et M. Funk; la seconde, la comtesse Hilda Reventlow et madame Vauvile ; ta troisième, le gêné- . ^ral Oxholme et madame Oxholme; la quatrième, le prince Waldemar et le prince William; la cinquième, le prince Frédéric, la princesse Dagmar et la princesse Thyra; la mième, le prince de Galles, ta princesse Alexandra, le prince Christian et la princesse Louise.

Nul journal anglais, que je sache, n'a dit, et probablement lie dira, mais je tiens de bonne source que, si le premier mouvement de la reine eût été suivi, tes voitures de la cour eussent été des voitures de deuil, tant te souvenir du prince Albert est resté vivant dans son Ame ! C'est aux inspirations incontrôlables de cette douleur, qui ne connaît pas le repos et ne permet pas un moment d'oubli, qu'il faut attribuer, et la résolation prise de ne pas célébrer le mariage à Londres, et l'invitation adressée aux membres du corps diplomatique de ne se présenter qu'avec le signe du deuil au Drawing room tenu dernièrement par le prince de Galles.

Quoi qu'il en soit, les voitures que j'ai.vu rouler devant moi ne rappelaient, grlce au ciel, aucune idée lugubre. Dans

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\a dernière, que précédaient et suivaient deux détacbemeuts, très-maigres d'ailleurs, de life-guards, était la jeune princesse. Quand elle a passé, saluant !i droite et h ^auclie avec beaucoup de naturel et de grâce, un cri a été poussé, qui a dA aQer à son cœur \ car il semblait bien véritablement partir do cœur de l'immense multitude entassée sur son passage. Quelques instants après, elle était reçue par le duc de Cambridge au tournant de Hyde-Park, traversait le parc aux acdamations des volontaires rangés en bataille, et pliait prendre le chemin de fer dePaddington, partout fêtée, partout la bienvenue.

Le soir, it me restait à aller voir les illuminations; mais il s'est mis il pleuvoir. Du reste, j'avais vu, dès la veille, la plus belle de toutes, celle pour, laquelle Poole, tailleur du priuce de Galles, a eu l'esprit de dépenser 1 ,0001iv. st. Le fait était annonce, le jour même, à tous les journaux d'Âogleterre par dépêche télégraphique. Jamais la fidélité d'un loyal sujet n'aura eu pour effet un meilleur placement de fonds.

Et maintenant, si vous me demandez ce que je pense de tout ceci, je vous dirai d'abord que, comme fête, c'a été une fête manquée. Rien de plus vulgaire et de plus usé que la procession jusqu'à Temple-Bar; et, h partir de Temple-Bar, rien de moins imposant que le cortège, composé de six voitures et de quelques cavaliers. La part du gouvernement dans l'affaire, de quelque façon qu'on explique le fait, a été nulle, absolument nulle. A vrai dire, les s]»eclateurs formaient le spectacle.

Mais ce qui m'a intéressé vivement, ç'aété l'attitude de la population, dont la presse anglaise, j'ignore pourquoi, s'étudiait depuis un mois à chauffer à blanc l'enthousiasme- La réception que le peuple de Londres a faite à la princesse Alexaodra a été justement ce qu'à mon avis eUe devait être :

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59 LETTRES SUK L'ANGLETERRE (1868)

fraiicbe, respectueuse^ cordiale, niais saos rien qui se resseDiit de cette esfèix de fétichisme auquel !e langage des joumaux nous avait préparés. En réalité, le peuple, en cette circonslancd, a donné à ses instructeurs habituels une haute leçon de convenance, de dignité et de bon goût. Chose qu'U importe de noter, parce qu'elle boiiore les mœucs de la liberté et prouve que là où la presse est libre, son empire cesse te jour où elle néglige d'avoir raisou. Si eo effet le peuple de Londres avait cédé à l'impulsion que voulaient évidemment lui donner ta presse en général, et le Times en particulier, nous aurions assisté à des miracles d'enthousiasme, à des transports'indescriptibles, et, pour me servir des expres^ôns du Times lui-même, à un spectacle sans précédent, peutêtre, dans l'histoire. El pourquoi, je vous prie ?

Si les meneurs du mouvement entendaient que l'Angleterre profitât de cette occasion pour se rendre honmuige k elle-même, c'est pour le coup que la mesure était commaadée par le goût, qui est la quintessence du bon sens.

Leur but était-il de mettre en relief d'une manière saisissante le culte des Anglais pour la monarchie constitutionnelle? A quoi bon? Pas n'est besoin d'acclamer avec fureur un principe qui n'est nullement menacé, comme s'il s'agis^ sait d'un trésor qu'on est k la veille de perdre.

Le Times s'applaudissait dernièrement de ce qu'à l'occasion de l'arrivée de la princesse Alexandra, les réjouissances publiques dépasseraient de beaucoup en éclat tout ce qui s'était fait lors de l'avéuement de la reine actuelle et lors de son mariage. Et les hommes d'esprit du Timet n'ont pas compris qu'aller avec tant de transport au-devant d'un règne futur, c'était traiter bien rudement le règne actuel, et paraître oublier ce que l'Angleterre lui a dû d'années tranquilles et prospères.

ENTREE TaidUPHALE DE LA PRINCESSE ALEXANDRA 59

Le peuple, lui, a senti cela d'instinct. U a fait a la fiancée de celui qui sera un jour le roi d'Angleterre un accueil affectueux, mais exfimpt d'exagération et de servilité.

Dire aux princes qu'ils sont TËspoir de la terre; vouloir qu'un grand royaume soit mis sens dessus dessous, parce que deux amoureux se marient ; trouver admirable qu'nn grand peuple s'absorbe dans la préoccupalion d'une question de ■ Dopces et festins, > lorsque des Dations comme la Pologne sont à l'agonie, et qu'un hémisphère nage dans le sang, cela est bon pour !es sodétés qui ne sont pas sorties de l'enfance, ou qui y soDt retomba. Hais le peuple anglais, — il ne faut pas se lafser de le répéter, — est un peuple majeur. De telles puérilités sont iudigoes de lui.

U'uD autre cdlé, c'est une mauvaise éducation constitutionnelle à donner ï un jeune prince que de lui saufDer l'idée {ju'il appartient i une espèce particulière î qu'il est de la race des demi-dieux. Si vous tenez à ce qu'il soit sobre, ne lui versez pas le vin de Champagne à pleins bords. Que doit être, après tout, le prince de Galles, quand il occupera le trAue d'Angleterre? Le premier de ceux qu'on y appelle de ce beau nom, public servants, — beau nom, parce qu'il ii'esl qu'un maître qu'on puisse servir avec dignité, le peuple. Quant à moi, fussé-je le dernier des chiffonniers, je rougirais d'avoir pour devise, si elle signifiait autre chose, la devise du prince de Galles ■ : Ich dien; Je sers. >

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LETTRES SUR l' ANGLETERRE (l363)

Le piéliaeinent de plusieurs centaines de mille hommes; le flux et reflux d'une muttidide ianombrable; le mugissement non interrompu d'un océan de voix humaines; les clameurs lointaines augmentant <le volume h mesure qu'elles se rapprochent et finissant par un éclat de tonnerre... c'est en ces termes pompeux qu'un journal anglais, très-répaudu, s'étudie à donner aux étrangers une idée de ce que les Angkiis sont convenus d'appeler I'entrée thiohphalb de la PRINCESSE ALBxAKDttA, quoIque, soit dit enlre nous, la princesse Alexaudra n'ait jamais triomphé que du prince de Galles.

Et le même journal ajoute, toujours dans le style de l'épopée : I II y a trois clioses qu'on ne décrit pas : la mer sans bornes, la prairie qu'aucun pas n'a foulée, ei les multitudes immenses. »

Descendons un instant, monsieur, des régions sublimes où cette rhétorique nous traR.spor(e, et ne nous exaltons pas, s'il est possible.

J'étais là, j'ai Jout vu; et, sans prétendre nier qu'il y eût dans les rues de Londres, le 7 mars 1863, un prodigieux concours de monde , je ne puis me décider à faire chorus avec les Journaux anglais, qui semblent s'être donuéle mot

pour ne parler de la cérémonie d'hier qu'en enflant la voix d'une manière démesurée, et comme si, depuis l'origine des choses, nul peuple au monde et nulle ville au monde n'avaient élé capables d'offrir un pareil speclacle.

Et d'abord, je puis vous assurer que l'aspect général de Londres comme aspect d'une elle en habits de fête, ne se distinguait en aucune sorte de ce qui se remarque partout en des occasions, semblables : arcs de triomphe, maisons pavoisées de drapeaux, balcons disparaissant à demi sous le feuillage et les fleurs, longues galeries construites à la hâte et pliant sous le poids des curieux , haies vivantes s'allongeant aux deux câtés de certaines rues, dames se pressant aux fenêtres et se tenant prèles à agiter leurs mouchoirs, préparatifs d'illuminations , toiles plus ou moins grossièrerement peintes s' étalant C''' et là, devises plus ou moins ingénieuses, inscriptions plus ou moins conformes aux lois du bon goAt.

Quant au cortège, qu'est-il possible d'en dire? Il n'y eu avait pas, à moins qu'on ne veuille absolument nommer de ce nom la procession des dignitaires de la Cité, laquelle ne présentait rien de plus eurieux qu'une file de voitures et une série de bannières qu'on voit à toits les shotot du lord-matre — procession, au surplus, qui n'est pas allée plus loin que Temple-Bar, limite extrême du territoire placé sous ta juridiction d'e la corporation de Londres. En somme, six voitures de cour d'assez piètre apparence — dans un pays fameux pour la beauté de ses équipages — et une poignée de life~ guardt (gardes du corps) sur leurs noirs coursiers, voilà en quoi consistait le spectacle, en tant que speclacle. A la vérité, op doit tenir compte du détîlé des volontaires se rendant à Hyde-Park, musique en télé; mais, depuis un an, c'est un spectacle de tous les jours que celui des volontaires parcuu-

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62 LETTRES SUR l'aSCUTERRE (186S)

rani les mes. Le fait est que les autorités n'avaient rien teoté,. mais absolument rien, pour ajouter à l'éclat de la pompe. On aurait presque pn croire que la cour et le gonvernement boudaient.

Cette remarque, croyez-le bien, n'est pas de moi seul. La presse anglaise glisse là-dessus ; cependant la cliose était si frappante, que les efforts de certains journaux pour l'ignorer sont vains, et que le Times lui-même laisse échapper ce cri : « Le joyau était IJi, mais la monture manquait. ■

Restait donc — à part, bien entendu, l'intérêt qui s'attachait à la personne de la princesse — restait, comme objet de curiosité, quoi? la foule des curieux.

Maintenant, que ccUe foule fût immense, d'accord ; mais quoi d'étonnant à cela? Est-ce que Londres n'est pas une ville plus peuplée que beaucoup de royaumes? D'ailleurs, quelle est la fête qui, dans un espace donné, n'offre pas le spectacle d'une inondation d'hommes? En fait d'entassement d'iîtres humains , les fêles de Paris, relies devienne, même celles de Bruxelles, n'eurent Jamais rien à envier à celle dont Londres vient d'être le théâtre. La foule ici n'est plus considérable, si l'on prend l'ensemble, que parce que l'espace Ji couvrir est beaucoup plus vaste; mais ce vaste espace, l'œil ne l'embrasse pas. Je me trouvais i Bruxelles, au mois de septembre dernier, lors de la réception qui y fut faite au roi Léopold , et l'effet que la vue de lu foule amoncelée y fil sur moi fut enactement le même que celui qu'elle a fait sur moi avant-hier dans Londres.

Quant au mobile qui mettait cette prodigieuse ville en mouvement, je n'ai garde d'y trouver k redire. Le prince de Galles est le lîls aîné d'une reine qui est populaire et qui, sous bien des rapports, est digne de l'être. Lui, sans avoir encore en le temps de mériter l'amour du peuple, il n'a rien fait

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qui valorise les crÙDtes et décourage l'espérance. La femme qu'ïcboisie soo cœur a ces d&tx grands enchantements : la jeunesse, la beauté; et elle passe pour une personne accomplie. Il est donc nature! que les Anglais reçoivent celle qui devient la fille adoptive de l'Angleterre avec un mélange de respect et d'affection. Et c'est ce qui a eu lieu.

Abus il .y a loin de là au langage enOé , hyperbolique , et, Iranchoas le mot, sottement servite, de beaucoup de jour- ■aux anglais. A les entendre, l'Angleterre, en regardant ' passer un jeune homme et une jeune fille qui allaient se m,ia fier, aurait donné k la terre une grande leçnn et un grand exemple; elle aurait fourni à ^l'histoire une page immortelle; elle aurait montré ce que pèse un principe aux yeii\ de la race saxonne : en un mot, nous n'aurions plus, tous tant que nous sommes, qu'à nous humilier désormais devant la grandeur et la sagesse .d'un pareil peuple. ,

Tout cela est simplement ridicule. Moi, qui ne suis ni Anglais ni Belge, je déclare avoir été mille fois plus touché par la réception faite au roi Léopold à Bruxelles , l'année dçrnière, que je ne l'ai été par celle que Londres vient de faire k la princesse Alexandra. Et pourquoi? Par cetie rai- SOD bien simple que, dans la première de ces fêtes, il y avait plus qu'un hommage rendu à un homme, il y avait le culte d'une idée. On sentait que, dans le roi, la population saluait la loi respectée, la liberté garantie, l'indépendance uationale défendue. Hais ici, quoi de semblable? Pour donner un caractère sérieux à ses emphatiques recommandations et écarter de lui (ont soupçon de .servîlisme, le rime* a soin de nous dire, et les journaux k la suite répètent en efaœur, que la ■ loyalty > anglaise a voulu se manifester arec éclat, avec un éclat tel qu'on ne pflt jamais rien voir de semblable dans le monde. Et !k quel propos, je voos le de-

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C4 LETTHES SUR l'aNGLETERRE (lOes)

mande? Est-ce que, d'aveoture, on mettait en question la fidélité des Anglais à l'égard de leurs priuces — fidélité trèsconditionnelle, soit dit en passant, et qui ne les empêche pas de les délrâuer, quand il y a lieu , de les chasser, ou meute de faire pis?

Mais, me direz-vous, rien n'a donc pu désanner l'oi^ueil misanthropique de vos dédains dans cette cérémouie du 7 mars doùt on a tant parlé, dont on parle tant? Pardon. 11 y a une chose qui m'a touché. Ce quelque chose, c'est Vatlilude du peuple. La nuance entre l'hospitalité el la servilité, entre un intérêt tendre et une cariosité indiscrète, entre le respect et le féiichisme, le peuple de Londres l'a trouvée d'instinct.

C'est là ce qu'il y a eu de grand dans cette fête.

Lord P*lmerjt*B «t la Pologne.

La princesse Alexaiidra de Danemark est, à l'heure qu'il est, princesse de Galles. De son entrée iriomphaie dans Londres, il ne reste qu'un souvenir. Les arcs de triomphe élevés en son honneur ne seront bientôt plus que de gigantesques squelettes, en attendant qu'ils ne soient plus même cela. Les galeries construites le Joug des rues de la vil!e

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LORD PALNERSTON ET LA POLOGNK 6S

monslre ont disparu. Les itlumiaatioDs sont éteintes. Les fleurs qui ornaient les batcons.som fanées. Les hommes et les femmes qui ont péri étouffés dans la foule sont enterrés. L'Angleterre, reprenant ses graves habitudes, veut bien enfin s'occuper d'autre chose que d'épilhalames. Faisons comme elle, et parlons de choses sérieuses : il en est temps!

Daos mon avant-dernière lettre, je vous entretenais des sympathies qui ont éclaté ici en faveur de la Pologne. Ces sympathies sont sincères. £t elles se manifestèrent avec tant de force dans la séance de la Chambre des Communes dont je vous ai rendu compte; elles furent caracLérïsées par une lelle unanimité; elles arrachèrent à lord Palmerston luimême des déclarations si peu conformes h ses traditions de réserve diplomatique, qu'on devait naturellement s'attendre à des résultats importants. La presse, d'ailleurs, n'avait-elle pas fait écho avec un enthousiasme qui scnlait presque li| poudre, aux protestations passionnées du Parlement! Le Tinus ne semblait-il pas décidé à souffler de puissantes colères h cette opinion publique qu'il dirige si souvent par cela seul qu'il passe pour la représenter? N'éiait-il pas question partout d'ouvrir des souscriptions, de préparer des meelifigsy d'oi^aniser d'un bout à l'autre de l'Angleterre ce qui, en généra), y précède lès grands coups .'i frapper : une

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