I. HT. E
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66 LETTKBS SUB L'AXeLETERRE (iSes)
sans loi en imposer l'iMigation, > pArolea d'oae babileté SHspecte, au moyen, desquelles il demandait à l'Angleterre de se réserver la faculté d'agir comme eUe l'enlaidrait, dans le 8608 de ses intérêts et en dehors de toute idée de devoir.
D'autre part, la Cliambre des Communes n'avait donné à la motion de H. Hennessy aucune conclusion pratique, s'en remettant à la sagesse du gouvernement d» soin de raidre effectives les sympathies hautement manifestées de l'Ao^eterre pour la Pologne.
Or, il faut bien le reconnaître, les précédents de lord Patmerston, dans le manieme'nt de la question polonaise, n'étaient pas de nature à rassurer les vrais amis de la Pologne, dans le cas où la solution du problème serait abatdonnée au vétéran diplomate.
Le premier minisire actuel de l'Angleterre est-il Ké îi la Russie par im pacte secret? C'est ce que son implacable adversaire, M. Urquhart, n'a cessé de prétendre, mais ce que ne croient pas les hommes en qui la subtilité de l'esprit n'a pas, comme chez H. Urquhart, obscurci les in^irations du bon sens. Pour moi, je liens qne soupçonner lord Palmerston d'être vendu i la Russie est tout simplement une énorme absurdité. Mais ce qui est certain, c'est que, s'il est un personnage politique en Europe dont l'action ait été funeste i la Pologne, dans le passé, c'estlord Palmerston. Ce fiit Itti, en effet, lui seul, qui, en f83t, qnand ia Pologne aux abois criait au setwnrs, refusa de concourir avec l'Anlricbe et 1» France à l'œuvre sainte de la délivrance, arrêta l'élan 4» cabinet de Vienne, fournit nu prétexte d'inaction h la politique timorée de Lonis-Philippe, et livra ainsi la Polo^e as couteau.
Ce sont lli des faits, ou tn^ peu coenus, ou trop enblié».
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LOttO PALIEKSTO!! ET LA POLOGNE »
11 importe de les rappeler, le passé pouvaal jeter i^ur le présent d'utiles Ineurs.
Eu 1831, lorsque, de ses chaines brisées, la Pologne , s'efforçait de fnpper ses oppresseurs à la télé, rAutriche comprit, ainsi qu'elle semble le faire aujourd'hui, <{ue son véritable intérêt était de pousser à la reconstitution de la Pologne, seule barrière pent-étre qui puisse eflieaceaient saurer, et l'empire autrichien, et l'Europe occidentale, des dëbordements de la Russie.
Haisquedis-je? Bien longtemps avant 1831, et dès la fin de 1814, cette pensée était celte du cabinet de Vienne, et elle l'emportait, dans l'esprit des liommes d'État autrichiens, sur la tentation de garder la part faite à l'Aulriclie dans les dépouilles de la Pologne par cette politique de brigands : le partage.
. (ta sait qu'un des quatre prujeLs mis en avant au congrès de Vienne fut l'érention de la PologiK avec tes oHctenneg limiu» en royaume indépendant. El par qui furent appuyés lord Casllereagh et le prince Talleyraad, qui proposèrent celte solution ? Précisément par le prince de Metternicb.
Rien d'étonnant il cela. La Rnssie, qu'avaient forliliée et grandie d'une manière si inenaçanie la conquête de la Finlande, ses acquisitions en Bessarabie, et ses succès du côté de la Perse, la Russie ne s'éiait-elle pas avancée des bords du Niémen jusque dans le cœur de l'Allemaguet Si l'on admettait la prétention du czar Alexandre k prendre pour lui la presque totalité du duché de Varsovie, Ji l'ajouter îi ses autres possessions polonaises, et à iâire du tout un royaume de Pologne entièrtiment soumis h son autorité, qui l'empéiïherait, une fois maître des forteresses du ductif, et en l'absence d'une ligne de frontières sérieuse, de menacer la capitale Je l'Àutricbe! La pente delà Russie d' était-elle pas vers le sud-
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es LËTTIIES SUR l'aNGLETERHE (18SS}
ouest, et, sur cette pente, si I'od n'y prenait garde, u'élaii-il pas h craindre qu'elle ne roulât avec le poids d'une avalanche? Et que serait-ce si, s'étendant de plus en plus le long de la mer Noire et pesant de plus en plus sur la Turquie, elle en venait à envelopper l'Autriche, au nord, à t'est et au sud ?
Oui, voilà ce qui, dès l'origine des négociations fameuses qui aboutirent aux traités de Vienne, dut être présent et fut présent à l'esprit du prince de Melternii-h. Alors même que, conformément à l'un des quatre plans proposés, on eût divisé le duché de Varsovie en trois portions destinées aux trois puissances entre lesquelles avait été noué le pacte impie du premier partage, l'Autriche se serait trouvée avoir conclu un triste marché. Car, pour elle, le point capital était, non pas de s'agrandir dans telle ou telle direction donnée, mais de se prémunir contre le danger d'être tôt ou tard engloutie!...' £t ce danger, elle n'avait qu'un moyen décisif de le parer -. la reconstitution de la Pologne comme État indépendant.
Par malheur, Alexandre était en mesure de se faire adjuger la part du lion. Aux représentations de Talleyrand, il opposa l'argument favori des empereurs, des rois, des czars, et de tous les logiciens qui ont des canons à leur service : a J'ai deux cent mille hommes dans le duché de Varsovie t chassez-moi de là si vous pouvez. »
On espéra mettre quelque obstacle au développement prévu de ce brutal abus de la force, en stipulant certaines garanties dictées par l'intérêt de l'Europe au moins autant que par celui de la Pologne, savoir : que le nouveau royaume jouirait du bienfait d'une constitution; qu'il aurait une administration distincte, etc. Garanties illusoires! Toiles d'araignée sur le passage d'un frelon! Les événements qui,
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LORD PALHERSTON ET LA POLUCNB 6»
en ce moment même, émeuvent l'Europe entière, rendent ici tout commentaire inutile.
Il était donc à l'adresse de l'Autriche, non moins qu'à l'adresse de la France et de l'Angleterre, le noble et touchant manifeste que les Polonais publièrent en i83{ : i Convaincus que notre liberté et notre indépendance, loin de menacer les États circonvoisins, ont toujours servi de rempart Jt l'Europe, et peuvent lui devenir plus nécessaires que jamais, nous comparaissons devant les gouvernements et les peuples avec la certitude que la voix de la politique se fera entendre en notre faveur comme celte de l'humanité. Si la Providence a condamné ce pays à une servitude éternelle; si, dans ce dernier combat, la liberté de la Pologne doit être enterrée sous les ruines de ses villes et lescadavres de ses défenseurs, notre ennemi ne régnera que sur des déserts, et tout bon ' -Polonais aura cette consolation, à son heure suprême, d'avoir protégé, ne f(tt-cfi qu'un moment, la liberté menacée de l'Europe. ■
Aussi, l'Autriche tit-elte , dès cette époque, des efforts sérieux pour sauver la Pologne. Le gouvernement polonais sut, par le consul autrichien, qui n'avait point quitté Varsovie, que l'Autriche était disposée à favoriser le rétablissement de la nationalité polonaise, à deux conditions : la première, que la Pologne accepterait pour roi un prince autrichien; la seconde, que cette proposition serait faite conjointement par la France et l'Angleterre. M. Walçwski partit pour aller sonder les dispositions du cabinet des Tuileries d'abord, et ensuite celles du cabinet de Saint-James. La réponse du gouvernement français !t ces ouvertures ne fut pas défavorable, — et remarquez que Louis-Philippe était alors sur le trône ! — Mais quelle fut la réponse de lord Palmerslon? L'auteur de la présente lettre fut le premiw, s'il n«
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1D LerniGS Sun l'angletgrub (isns)
se trompe, à faire connaître aux peuples, dans V Histoire de dix ansy le document en question, qui ne saurait tir« trop attentivement médité. Le voici :
( Le soussigné, et^..., et£..., en répoase à la note qui lut a été présentée par l'ambassadeur de France , ayant pour objet d'engager le gouvernement de la Grande-Bretagne à intervenir de concert avec la Frauce dans les affaires de Pologne , pour arrêter l'eâ'iLsion du sang et procurer k cette contrée une existence politique et nitionale,
t A l'honneur d'informer Son Excdlence le prince de Talleyrand que, quelque disposé que soit le roi de la Grande- Bretagne à concourir avec le roi des Français à toute mesure propre à consolider la paix de l'Europe, et plus particuliè- . repient, à toute mesure qui aurait réellement pour effet de Qiettre tin à la guerre d'extermination dont la Pologne est en ce moment le théâtre, Sa Majesté se voit forcée de déclarer ;
« Que, dans les circonstances actuelles, «ne simple médiation ordinaire ne pourrait manquer d'être rejelée par la Russie, d'autant que !a cour de Saint-Pétersbourg vient de repousser les propositions de ce genre îi elle faîtes par la France; que, conséquemmenl, Tinter vention des deux cours, pour être effective, devrait être une intervention de nature à être imposée, en cas de refus de la part de la Russie.
« Que le roi d'Angleterre ne croit en aucune façon devoir adopter cette dernière alternative, attendu que les franches el amicales relations qui existent entre la cour de Saint-Pétersbourg et Sa Majesté ne le permettent pas. Sa Majesté Britannique est donc contrainte de refuser les propositions transmises par Son Excellence le prince de Talleyrand dans sa note du 20 juin (1831), son opimoD étant que le moment
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LORB PALM^tSTON ET U POLaCNE 71
n'est pas eicore venu âe ies adopter arec succès contre la volsDlé d'un souverain dont les droits sont incontestables.
■ Du reste, Sa Majesté a chargé le souligné d'exprimer k Son Kicellence l'ambassadeur de France la profonde douleur dont son âme est remplie à la vue des rarages-qui ont lien en Pologne, et de lui donner l'assurance qu'elle fera, ' pmr y couper court, toutes les démanges qui ne seraient pas incompatibles avec les relations amicales qui existent entre elle et la Russie. DéjS des instructions ont été envoyées à rambsssadeur de Sa Majesté Brilaonique à Saint-Pétersbourg, pour qu'il ait à déclarer que Sa Majesté insistera sur le maintiai de l'existence politique de la Poljigaie, telle qu'dle a été établie en iSlâ, et sur le maintien de ses inslitnlions nationales.
< Signe : Palherston. ■
Ainsi {>ensait, parlait et agissait lord Palraerslon en 1831. Ai-je besoin de rappeler quels résultats meurtriers eut pour l'béroique et infortunée Pologne cette politique d'aèstention? Louis-Pbilippe n'était pas homme à courir seul les aventures d'une moderne croisade, et l'Autriche avait déclaré d'avance qu'elle ne ferait rien sans l'Angleterre. Dût Utis eacwe.au ^and scandale delà famille bumaine, la Pologne fut foulée aux pieds.
Aujourd'hni, il s'agit de savoir si le lord Pabuerstou de 1863 est toujours le lord Palmerston de i831, et si, en siq>posant que cela soit, l'Angleterre de nos jours est disposée à souflrir ce que souffrit l'Angletore d'alors.
Quant à moi, j'avoue que, sur ces deux points, je me plaissi& i ouvrir mon espilt à des suppositions qui rassurassent mon cœur. Comment croire, en effet, que les derniers évé- Bements de Pologne n'auraieBl pas éclairé un homme de la
12 LETTRES SUR l'aNGLETEKRB (1863)
'tFemp< de lord Palmerston sur l'impossibilité où la Pologne est de mourir, et sur l'intérêt souverain doat il est pour l'Europe entière d'aviser k ce qu'elle vive! Comment croire que les protestations si ardentes, dont la Chambre des Communes retentissait naguère, auraient ^ peine la valeur de la famée qui aunonce le feu! Comment admettre qu'un peuple qui se pique d'être pratique encourrait le reproche d'avur laissé son enthousiasme pour une cause juste s'évaporer en paroles vaines et en stériles ébullitions de sympathie, ou, ce qui serait bien pire encore, d'avoir joué la comédie de l'indignation î
Voilà pourtant, j'ai regret à le dire, à quelles accusalioDS semblent donner Heu, et la pulitique inerte du premier ministre, et l'attitude incertaine de la nation. Il y a dans le refus du gouvernement anglais d'agir de concert avec la France et de borner son action à des proleslations isolées, quelque chose de déplorable, et, tranchons le mot, de peu honorable; mais, si la nation voulait ce concert, il faudrait bien que le gouvernement s'y prêtât. Que veut la nation? Jusqu'ici, je doute qu'elle le sache elle-même. La perspective d'une guerre fait peur, voilà la vérité; et, d'uu autre côté, on craint de s'engager avec Napoléon III dans une route où il irait plus loin, peut-être, qu'on ne se soucie d'aller.
Au surplus, ceci ne s'applique pas aux senfimenls de la classe ouvrière, qui montre, en ce qui concerne la Pologne, une détermination virile. Vendredi deniier, une députation nommée par un imposant meeting allait trouver lord Palmerston, et le pressait, au nom de la classe ouvrière, de s'entendre avec les autres puissances pour la résurrection d'une Pologne indépendante. — n Mais c'est donc la gfierre que vous désirez? > s'est brusquement écrié le vieux diplo-
lyGOOgIC
LA PEUR DE LA GUBRHE ET LA POLOGKE -;a
mate. — «Va p«ir ia guerre! s'il le faut, » a-t-il été répondu.
La réponse est noble. Il reste à montrer qu'elle est au plus haut point politique et intelligente. C'est ce que j'essayerai de faire dans une autre letire, heureux si je réussissais k prmiver que la prudence taiu vantée des diplomates est quelquefois un guide moins sûr que l'insliDCt du peuple !
La tvux de la («erre et la Pal*(Be.
Hier a eu lieu à Guildhall, en faveur de la Pologne, le grand meeting annoncé depuis quelques jours. Il devait élre présidé par le lord-maire; mais lé lord-maire s'est trouvé malade comme à point nommé, et c'est le shérïf Lawrence qui a occupé le fauteuil. L'assemblée était nombreuse, très-animée; el ce qui lui donnait un caractère particulier d'importance, c'était la présence de beaucoup de personnages politiques considérables : représentants de l'aristocratie, représentants du monde officiel, membres delà Chambre des Lords, membres de ia Chambre des Communes. Figuraient, par exemple, sur la plate-forme, le prince Azem Jah, te comte de Shaflesbury, le comte de Harrowby, le comte de
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14 LETTRES SDR l'&HGLETERRE (iMs}
ZeUand, loril (Parles Fitzroy, lord Tmro, lord Ebury, le colonel .Wilson Patlen, le colonel Stuart, l'amiral King, M. David Urquhart, sar G. Bowyer, sir Goldsmid, sir R. Clifton, HAf. Pope Hennessy, G. Dennian, A. Kinnaird, Abel Smith, H. Lewis, R.-W. Grawf«rd, et£., t«tts meml»^ de la Chambre des Communes.
Que penser de ce meeting? Quelle est la portée Aes discours qui y ont été prononcés? Qu'attendre des résolutions qui y ont élé prises?
Avant de répondre â ces questions, je vous demande place pour quelques obsenations qui me paraissent nécessaires.
Le diraî-je? je crains qoe, lorsqu'il s'agit de l'Anglelerre, nous ne soyons trop disposés, nous autres Français, h admettre <le noires hypothèses. Les fantômes du passé n'ont pas cessé de hanter notre esprit. C'est toujours le sombre refrain Pitt et Cobourg, Pitt au moins. Je ne suis ni anglomane, ni anglophobe; J'ai longtemps vécu dans ce pays, avec le parti pris de l'étudier, avec le désir de le connaître; je crois le juger sans passion : eh bien ! sans prétendre l'absoudre du reproche d'égoîsme national, je ne puis m'emp^cher de trouver absurde tout ce qu'on se plaît i) dire, en France, de la profonde mauvaise f«, de l'éternelle duplicité, du maciiiavélisHfe inoessammou en action de l'Ange terre.
Que, dans la gestion de la Pidog&e, elle nous vit avec plai^r frapper dans la Russie une puissance qui l'inquiète, sans avoir à courir elle-même les hasards d'une grande aventure, c'est possible; mais, étant donné le fatal principe qin divise en nations jalouses l'une de l'autre les grandes fractions de la famille humaine, ce sentiment n'a tien ^ui soit particulier à l'An^eierre.
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LA PEim DE LA GDERRE ET U POLOCNE -,S
Qaant au gouvern«n>ent anghis, en taot qu'il obël ah\ inspirations de lord Palœerstoii, qu'il y ait k se défier de lai, je l'admets. Lord Palnierston est un diplomate anglais de la vieille école ; cela suflit. Hais il oe faut pas oublier que, dans ce pays, c'est l'opinioD qui gouverne. Quand on fn TAngleterre , cela ne signifie pas tel m tel homme, cela signifie tout simplement l'Angleterre.
La question est donc de savoir s'il est juste d'accnser la nation anglaise de n'avoir exprimé des sympathies aussi ardentes pour la Pologne qu'en vue d'un piège k nous tendre, et par saite d'un calcul perfide; la question est de savoir si, dans les imposantes manifestations qni se sont produites el se produisent encore, nous sommes fondés à ne voir qit'un acte d'hypocrisie nationale.
Franchement, je ne le pense pas. J'estime que les sympathies exprimées par le peuple anglais en faveur de la Pologne désespérée sont sincères, quoique associées aux alarmes que le développement de la Russie inspire. M^is on craiAt la guerre; on la craint d'une manière démesurée; on la craint sans intelltgence, et comme » le meilleur moyen de révita* n'était pas de ne pmnt trop la craindre : W est , sni^'ant moi, le nœud de la situation.
Qnel changement s'est o^éré dans les- dispositions de ce pa>'s, depuis tri petit nombre d'anoéesl II fat un temps où l' Angleterre semblait ne respirer qae combats. Pitt dut sa popularité et son as<ïendant k l'énergie d'une passion que n'intimida jamais cette idée terrible : mettre le feu au monde. Aujourd'hii, l'Angleterre doute de sa force, c'est dair. Qoand la guerre dvile vint, en déchirant l'Amérique, la présenter comme nne proie facile à dévorer, une immense clameur belliqueuse s'éleva de ce côté de l'Atlantique; mais, anparavant, qne d'aflronts, infligés it son orgueil par les
70 LETTRES SUR L*A\GLRTBRRB (leos)
États-Uiiis, l'Angleterre n' avait-elle pas dévorés en silence ! £d Crimée, elle tira Tépée du fourreau; mais la France était là. En ce qui concerne l'Italie, ses efforts se bornèrent à des rœux.- Et, le lendemain d'un coup d'État, l'empire, quelle était sa préoccupation dominante , quel était son tourment de chaque jour, son rêve de chaque nuit? Le spectre de l'invasion.
A Dieu ne plaise qu'en thèse générale, il faille se plaindre de ce triomphe de l'esprit pacifique chez un peuple puissant ! De tous tes malheurs que la guerre entraine : hommes tués, villes ravagées, familles en deuil, peuples partagés comme de vils troupeaux, sources de la richesse publique taries, les plus sérieux, peut-élre, ne sont pas ceux qui saisissent le plus immédiatement l'imaginatioR, parient le plus vivement au cœur, et affectent les intérêts matériels.
La guerre a des dangers auxquels ne saurait fermer les yeux sans imprudence un pRuple inlelligent, qu'il soit libre au qu'il aspire à le devenir. Mais s'il faut maudire, à l'égal du plus détestable des Héaux, toute guerre qui a pour mobile l'ambition : pour principe, la gloire des armes ; pour but, la conquête, il n'est ni généreux ni sûr d'oublier que la Justice est créancière de la force ; que dans l'oppression exercée sur UD peuple, il y a, pour tous les autres peuples, un défi et une menace, et que le principe de \ solidarité humaine ne se bisse pas violer impunément. La décision, d'ailleurs, économise le péril. Lorsque deux hommes sont face il face, si l'un recule, l'autre avance : il en est de même de deux peuples. Plus enwre que la témérité, l'excès de prudence appelle le danger, et, comme on ne fait jamais pacte à demi avec l'injustice, le moment vient où il faut choisir entre tout empêcher et souffrir tout.
Ainsi, r& qui manque aux sympathies de l'Angleterre pour
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LA PEUR DE U CtEnRE ET LA POLOGNE 11
la Pologne, ce D'est pas la sincérité, c'est l'élévatioo. Elle voudrait qu'il lui fût possible de s'enthousiasmer saDS se eomprometire, de ressentir une compassion qui ne lui coâtiit rieo, de se montrer équitable à bon marché.
C'est ce que le meeting de Guildhall a prouvé surabondamuent.
Oli! certes, si, pour désarmer le czar ou le convaincre, il suHîsait de proclamer bien haut, en faveur de la Pologne, le droit à la vie; si, pour en finir avec les traités de 1815, il n'y avait qu'il dénoncer en phrases sonores l'acte de brigandage qu'ils ont consacré; si, pour sauver la Pologne, il n'y avait qu'à donner lecture de son martyrologe, que te monde entier connaît, les discours du comte Harrowby, de l'honorable G. Denham, de M. H. D. Seymour, du comte de Shaftesbury, ne laisseraient rien à désirer. Si les applaudissements d'un auditoire ému avaient pouvoir de faire taire le bruit du canon, la Russie, à l'heure qu'il est, s'avouerait vaincue; car, dans le meeting de Guildhall, ce ne sont pas les applaudissements qui ont fait défaut. Dieu merci I Mais croit-on que l'empereur Alexandre soit fort disposé à rappeler ses armées de Varsovie, lorsqu'il lira dans la harangue de lord Harrowby : « En ce pays, nous ne pouvons pas faire grand' chose, j'en ai peur;» et dans celle de l'honorable G. Denham : a Je ne conseille pas uneguerre à la Russie; » et dans celle du comte de Shaftesbury ; • Il n'est pas nécessaire, au temps où nous sommes, de dire : Voici mon opinion, et je suis prêta la faire suivre d'un coup! »
Le Times se moque aujourd'hui du meeting de Guildhall, par le motif qu'une agitation qui a soin de s'abriter sous des déclarations semblables, est une agitation nécessairement stérile. Le Times a tort, mais en ce sens seulement qu'il va trop loin. Les canons' sont une force, l'opinion publique est une
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la LETTRES Sti l' ANGLETERRE (lS63J
forée, elle aussi. Exprimée svec édal, uDaiiimeineHt, fu us des )tf entiers peuples du monde, elle se saurait être sans effet. Le meeting de Giiildlull n'eftl-it d'autre résultat que d'aiguillonner le gouveraement anglais, il y anmit iieti de s'en fétieiler. EX puis, il Faut bien le reconnaître, des paroles énergiques ont été prononcées, et l'entlionsiasme avec lequel elles ont été uccutsillies montre assez combien avant elles sont entrées dans le cœur des assistants; des déclaralioas d'usé haute portée ont été faites et passionnément applandies. Sir H. Boare ne s'est-il pas écrié : « Permettre que la noble insurrectioD de Pdogne soit foulée aux pieds; que le silenee de la mort rè^ne à Varsovie ! Non, plnlât la guerre! • La. première résolution adoptée porte ■ qoe la Russie, es violant les eogagemenis pris par elle i l'égard de la Polo|pie, «t en y sRbstitutmt un ^stëme de confiscation, de proscription, de massacre, a perdu tout droit à îapostession de Im Pologiu '. 1 La seconde résolution conclut à ■ la cess^itioo de tout rapport diplomatique avec la Russie, jusqu'il ce qu'il ait été coupé court à cet état de choses. » Ce n'est point tout h fait là un vain bniil de cymbales ; et si la fori'e morale de l'opinion ne méritait d'être signalée aux hommes que par les risées du Times, que représenterait-il lui-même, loi qui se donne comme le phis accrédité de ses organes? Il représenterait donc le néant ! '
Ce qm est vrai, c'est que ta peur de la guerre, dans le meeting de Guildhall, a été trop accentuée pour ne pas dter beaucoup de leur efficacité aux protestations si ardemment, si nuanimement votées.
Et néanmmis, s'il est une question qui raille qu'on ea regarde les difSetdtés «u face, avec résolnlion, sans défailliince de cœur, c'est cette tragique et imposante question ée la Pologne. Il en serait ainsi, alors même qu'elle n'iotâ'esse-
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l!N )IEETI!(C A. GOIUHALL, AU SUJET DE LA POLOGNE ■79
rail que la justice, qui est le plus réel des intérêts comme il en est ie plus noble. Qu'est-ce d«nc, quand on soDge aH lien qui unit le salut de la Pologne à la sécurité de l'Europe!
Le meeting qui vient d'avoir lieu à Guilâhall, sous la présidence du shérif Lawrense, — le lord-maire s'étant trouvé saisi d'une indisposition subite, — prouve deux choses : la première que les Anglais ressentent pour la Pcdogne H«e sympathie très-vive , la seconde ji^u'is ont une peur affreuse de la guerre.
Tout ce qu'il était possible de dire sn* le caractère odieux des trois partages succesafs qui mirent la Pologne en lambeaox et seront à janiAÏK la honte du dix-huitième siècle ; sar l'iniquité des traités de 1815, par qui ces actes de brigandage forent sanctionnés ; sur la violation ]iar la Russie des clauses de ces traités, pi promettaient quelques garanties aux malheureux Polonais ; sur l'impression ^i n'a cessé de peser sur en; sur leur toBcfaante résignation d'»bord, pnis SOT leur déseqioir, et enfin snr Vkéroîsme de leur ré-
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SO LETTRES SUR l'aSGLETBRRE (iBSS)
volte.... lord Hanrowby, l'honorable G. Denham, le comte Shaftesbury et les autres orateurs entendus l'ont dit certainement , et en termes empreints d'une émotion sincère, el aux applaudissements. passionnés d'un noi&breux , d'un imposant auditoire. Mais quand s'est présentée la question, la question décisive : Que fera l'Angleterre? aucune conclusioo pratique n'a été donnée à la doideur qui s'était si vivement épanchée, à l'indignation qui s'était répandue en si terribles anathèmes. « Nous ne pouvons rien faire inalbeufeusemeni, > s'est écrié l'un; « Dieu me garde de prétendre que nous devons aller jusqu'à la guerre, > a dit un autre; • Dans le temps où nous vivons, le pouvoir de l'opinion suffit au triomphe d'une cause juste, > a remarqué un troisième; et lord Shaftesbury a exprimé, ou peu s'en faut, l'opinion que, puisque Dieu combattait pour les Polonais, il n'y avait qu'à le laisser faire, Dieu n'ayant pas besoin d'auxiliaire.
Cela étant , quelle valeur réelle attacher aux résolutions du meeting?
La première déclare que l'empereur de Russie, par sa conduite envers les Polonais, a perdu tout droit Ji la possession de la Pologne; mais d'abord il ne saurait perdre un droit que, moralement, il n'a jamafs eu ; et ensuite, que lui importe, sur ce point, l'opinion de ces messieurs, si cette opinion ne doit pas se traduire en actes, et si eux-mêmes ont soin de lui en donner l'assurance ?
La seconde résolution propose comme mesure comminatoire la cessation de tout rapport diplomatique, jusqu'à ce qu'il soit remédié aux maux de la Pologne ; mais, sans parler de ce qu'une proposition pareille a de vague, quel sens a-t-elle si elle n'est pas un premier pas vers la guerre?
Il y a quelque chose de puéril à croire que des protestations quîs' évaporent en paroles el des menaces qu'on annonce
UX MEETING A GtllLDHALL, AU SUJET DE LA POLOGNE 31
ne poin-oir éiré suivies d'effet désarmeront le czar ou lui ■ feront peur. L'opinion d'un grand peuple, d'un peuple tel que celui-ci,'a, sans nul doute, son poids dans la balance des affaires humaines ; mais c'est surtout parce qu'on sait que cette opinion répond à une puissance considérable. Imaginer qu'on touchera le cœur d'un autocrate en s'apitoyant sur les résultats de l'oppression, ou qu'on l'eiTrayera en s'en remettant à Dieu du soin de le vaincre, c'est pousser la naïveté bien loin , et l'on est tenté de se demander si c'est sérieusemenl qu'une politique de cette espèce est recommandée chez une nation qui se pique d'être éminemment pratique. Que l'Angleterre ofTre son appui moral à la Pologne, c'est trèsbien ; mais un peuple engagé dans une lutte horriblement inégale et que ses oppresseurs se préparent, suivant l'e\pression du prince GortschakofT, à exterminer, a besoin d'un appui plus réel. Les sympathies témoignées par l'Angleterre à la cause de riadépendance îLalienne n'auraient pas, j'imagine, donné la Lombardie ."i Victor-Emmanuel et refait la carte de cette partie de l'Europe, si les canons de Solferino De s'en étaient un peu mêlés.
Ceux des journaux anglais auprès desquels le meeting de Guîldhall a trouvé grilce cherchent à justitier l'attitude indignée, mais passive, qu'il tend à assigner au peuple anglais, en observant que c'est là tout ce que les insurgés polonais demandent et.aliendent; qu'ils ne voudraient pas d'un secours o^ert autrement; qu'ils repoussent l'idée d'une intervention active des gouvernements européens; qu'ils se jugent eo état de se suffire ; que Langiewicz n'a pas même accepté l'offre d'une épée bien connue de la victoire , celle de Garibaldî, et qu'un peuple incapable de conquérir lui-même son indépendance serait incapable de la conserver.
Sophismes de l'égoïsme que tout cela ! Une conversation
B2 LETTRES SDR l'aNGLETEHRE (iSSa)
que j'eus hier au soir avec un euvoyé de l'insarrection me met en mesure de les réruter.
n n'est pas vrai que les Polonais es armes refasatt lessecours qui peuvent leur être offerts : ce qui est vrai, et la chose est bien différente, c'est que, par un sentiment de fierté magnamme qui les honore, ils s'abstiennent de le» demander. Ce qui est vrai encere, c'est qu'ils ne voudraient pas d'un semblant d'indépendance acheté au prix de concessions telles que la politique des chancelleries est probablement disposée à leur im)toser. La diplomatie ne g^te qoe trop souvent ce qu'elle touche , et ur peuple qui sacrifierait sa liberté pour recevoir l'aumône de son mdépendance ne mériterait de posséder ni l'un ni l'atitre de ces denx trésors.
Mais suit-il de \k que ceux qui aiment la justice, détestent l'oppression et battraient des mains à la résurrection de la Pologne, doivent se borner h des vœux stériles? Suit-il de Ik qu'une nation de premier ordre comme l'Angleterre doive être assez peu soucieuse de sa dignité pour tolérer ce qu'elle quaiJGe de crime. et avouer, à la face de la terre, que ses sympathies ne servent de rien à ceux qui les excitent?
Qu'est-ce à-dire, d'ailleurs? La question polonaise n'eslelle point par essence une question européerme? La Pologne reconstituée dans ses anciennes limites n'est-elle piis la seule digue qui puisse cfGcaccmeut protéger contre- les débordements de la puissance moscovite l'Europe occidentale? L'Autriche, que la Russie enveloppe insensiblement' et qu'elle tiendrait, pour ainsi dire, dans, le creux de sa main te jour où, maltresse absolue de la mer Noire, elle frapperait aux portes de Canstantisople , l'Aotricbe n'a-t-elle aucBD intérêt à l'existence d'une barrière qui arrête un pouvoir dent la pente est vers le sud-ouest? Et l'Angleterre, faut-il lui mon-
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UN MEETINfi A GIULHALL, AD SUJET DE LA POLOGNE SS
trer le lùn ifti ueit la coosenration des ludes aa rélabtiasemeatdelaiiatiaiialitép(4onaise?
Si dvnc la jnslice ae suffît pas pour inspirer Ji l'AD^^rre le courage de ses sympathies, qu'eBe écMte à» noiBs la VNX de SOD intérêt.
Se fienit-elle d'aventire, poarle rétaAtlissenieftt de la Potogae, aox ctnxfs que Napolèfm pourrait être tenté de porter, saBs qu'elle eût, elle, i dépenser nn homme ou nn éca? Ce calcul serait absurde.
« L'iuterventioD impériale, enveloppée en quelque sorte dans uDC intervention européenne, ne présenterait pas beaucoup de dangers. I] serait difficile à Napoléon, agissant comuie membre d'une coalition, où figureraient à cûté de lui l'Angleterre et l'Autriche, de faire tourner au profil de ses vues personnelles les sympathies de la France et l'émotion produite dans l'Europe entière. Allié de l'Angleterre et de l'Autriche dans la question polonaise, il ne pourrait jamais faire de la possession des bords du Rhin le prix de son ardeur.à défendre une cause juste; il ne pourrait jamais donner une croisade pour prétexte à une conquête. Mais en serait-il de même si, s'apptiyant sur l'adhésion passionnée et, cette fois, unanime àe ia France , saîussant bd ans» beai préiexle pour sortir da raibarras de l'eipédiltâD du He»que , coDclntnt la paix «Tce iuarez, et appoint les légions qui oBt fiit une Italie à faire use P^ogse, Napf4éon se posait, seul, comme l'adversave de- l'iniquité trop longtemps impouie, comme le cbampiw du droit foulé aux pieds, comaie le protecteur de l'Eivope? Que gagnerait l'Angleterre à ce que l'occasion de jooer une aussi imposmte partie fût [ournie à l'homme qui, depuis son afénemeut, l'a teflse sous le coup d'incessantes daimes et l'a forcée de chercher des garanties.de sécurité dans le mouvement des voloBtaires? Qui ne seai qn'eHe
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84 LETTRES SUR L'aMGLETBRBE (tB63)
force morale donoerait il'Empire, ayaot à combattre un tel combat, le fait même de son isolement arméî Qui ne comprend i'éclat du rôle que l'Angleterre se trouverait de la sorte avoir ménagé i un principe rival de celui que sa gloire est de représenter dans le monde? A elle, à elle surtout, il appartient de veiller à ce que la liberté ne soit pas humiliée, fi ce que son influence ne reçoive aucune atteinte, k ce que nul ne soit autorisé k accuser les gouvernements libres d'égoïsme ou d'impuissance.
Lk Polas«e abandonnée â dcntl. .
J'étais en train de vous rendre compte de l'impression produite en Angleterre par la discusàon qui a eu ilieu dernièrement dans le sénat, et par le discours du prince Napoléon, et par celui de H. Bitlault, lorsqu'on m'a apporté la fatale nouvelle... La plume m'est tombée des mains. En même temps, je Jisais dans le journal qui venait de rn'éU^ remis que le discours de M. Billault exprimait la pensée de l'emperenr; que le Moniteur en contenait la preuve; que cette preuve résultait d'une lettre écrite à M. Billault par l'empereur lui-même. Après cela , je n'avais plus qu'à jeter au feu ma lettre, qui était presque achevée.
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U POLOGNE ABANDONiSéE A DEKI B5
Comment vous Iransmellre les commentaires auxquels la harangue du ministre stms porlefeuitle a donné lieu ici de la part des amis de la Pologne, dès que ces commentaires, par suite de la lettre eu question , se trouvent passer pardessus la tête du ministre et porter plus haut?
Avant-hier, le Daily-NetDs disait : « Janus avait deux faces, mais il n'avait qu'un temple. Or, suivant un proverbe français : ■ Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée; ■ malheureusement, avec le prii^ce Napoléon d'un côté et H. Billault de l'autre, les portes du temple de ia»us, en France, restent entr' ouvertes. « Aujourd'hui, plus d'incertitude à cet égard : lés portes du temple de Janus ont perdu leur position équivoque. L^ lettre de l'empereur à M. Billault est là; et, du même coup, nous apprenons que Langiewicz, vaincu par les Russes, est prisonnier des Autrichiens.
Le dirai-je, hélas ! je tremble que cette noire nouvelle ne délivre le cœur de l'Angleterre d'un poids énorme. Que de gens, de ce cAlé du détroit, nous voyaient déjJi prenant eu main la eause que l'Angleterre semblait abandonner à demi, faisant pour'ta Pologne ce que nous avions fait pour' l'Italie,' ressuscitant la grande France des croisades avec la superstition de moins et te sentiment de ta solidarité humaine de plus, punissant les oppresseurs, sauvant les opprimés, opposant une barrière aux débordements prévus de la Russie, pour le compte et aux applaudissements de l'Europe entière ; centuplant ainsi notre force morale, et, — puisque la destinée plaçait le roj de Prusse sur notre route, — ayant le droit de réclamer et réclamaut la frontière du Rhin, pour prix du droit défendu, de la justice vengée, de la sécurité de l'Europe garantie ! Ces appréhensions, de quelque manière qu'on les juge, sont maintenant dissipées. L'Angleterre, qu'elle ait en cela tort ou raison, a cessé de craindre l'ombre d!un hu-
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8S LirTBES SUR l'&SGLETIRIE (ISII3}
miliaot contraste. Sons ce rapport, en tout cas, elle est satisfaite.
Non que je mette en questno l'intérêt qu'elle porte ï la Pologne; je l'ai dit et je le répète, je crois les sympathies qu'elle a manifestées parfaiteoeu sÎHères; mais, me fois décidée à ne rien faire qui ceaduislt à un conflit, il était naturel qu'elle ne désiril point voir une puissance rivale s'emparer du rôle imposant qu'eUe-méme n'osait aborder et en recueillir les bénéfices, après en avoir dédaigné les périls. Quand je dis périb, j'entends ceux qui meuacent les populations en temps de ^rre , car il ra sans dire que ce sont ceux-U principalement qne l'Anglf terre redoute. Quoi ! encore nn surcroît de taxes! Tel est le cri qui s' échappe de la bouche de tout Aufjlais, chaque fois que la conserTaiion de la paix devient probléoutique.
Voulez-vous savoir jusqu'à quel point l'Angleterre tenait à n'être pas éclipsée par la France dans celte grande questioa de la Pologne? Vous n'avez qu'à remarquer avec qudle complaisance les journaux anglais ont appuyé sur les drcoi— Stances qui leur paraissaient de nature à faire- croire aux peuples que la France s'intéressait médiocrement à la Pologne. N'ont-ils pas compté sur leurs doigts, avec un sourire ironique, le nombre des »gnatures apposées aux pétitions T N'onl-lb pas demandé d'un air railleur si c'était là tout ce que nous avions a montrer comme symptâme de notre amour fraternel pour un peuple diHit le sang avait coulé , mêlé au nfttre, sur tant de champs de bataille t
Au moment même où j'écris, des'feuilles libérales, telles, que le Moming Adverliser, n'annoncenl^eUes pas, sur la foi de leurs correspondants, que les Parisiens, à part les écoles et les ateliers, se préoccupent fort peu de Langiewicz et de ses compagnons d'armes ; que, fidèles à leurs habitudes
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LA POLMKe ASuCtftONB^E: A BEai SI
de frivolité, ils ont suivi d'un œil distrait les péripéties d'une lutte héroïque; que leur attention est absorbée par l'espèce de draote dont la maison de mademoiselle Barucci a été le tbcàtre et par les aventures plus ou moins piquantes du dtmi-monde; que celle apathie de b France en ce qui touche U Pologne est chose certaine, et qu'il n'y a pas h en douter. C'est à vous, Monsieur, qui êtes sur les lieux, qu'il ^-ippartient de relever cesallégalions; mon devoir, Ji moi, est de les noter, parce qu'elles prouvent que ceux-I.^ ont joué en France le Jeu' de l'Angleterre qui, ft l'instar de M. de La Rochejaqueleia, ont cru jouer U partie de l'ordre.
Vous pailerai-je de la façon dont la nouvelle du malbeur de Langiewicz a été accueillie ? 0 sinistre puissance des faits accomplis! 6 prestige abominable du succès I
Et d'abord, c'est merveille de voir combien de p^iseurs protonds, combien d'obâ^valeurs sagaces se trouvent tout à «oup avoir prévu et avoir prédit qu'use pareille insurrection serait Béoessairement écrasée; qu'il y aurai! folie à être sublime; que les inwrgés pourraient tenir, peut-être, taut que les bois leur serviraient de refuge ; mais qu'ils seraient perdus ^e jour où ils livreraieut bataille. Laissons ces prophètes et le MortUng Herald, leur organe, se fétiriter de leur sagesse, et en attendiint que la situation se dessta« un peu mieux, cbercboos i démêler dans les premiers cris échappés à la presse anglaise les sentiments du public qu'elle représeMe.
A l'exception du Daily iVe*c<, qui se permet de ne pas «roire à U magoanimité de l'empereur Alexandre, dont , au dire de H. BiUault, « la bieaveillaoce, rhuBianili et les dispwsilivis conciliantes oat abouti à une insurrection , > — ce <fiù seoobla'ail un motif pour qu'il donte, à l' avenir, de l'efficadté de di^>ositii)BB semblablesi, — t4Mis les jowrnaux «pie
n,g -ccT'GoOgIc
a» LETTRES SDR l'aNGLETERRE {iStsi)
j'ai sous les yeux, à commencer par le Times, proclamenl leur confiance daus la grandeur d'âme du czar.
Hier, à les enlendre.'il était de la famille des oppresseurs : aujourd'hui, on s'attend à voir revivre en lui l'Auguste de Corneille : Prends un tiége, Cinna. Sur ce point, le Times ne parte pas autrement que la France, et le Morning Herald autrement que le Constitutionnel. Quelle admirable occasion pour Alexandre H de déployer ses vertus ! Màulenant qu'il en a fini avec l'insurrection, c'est le cas ou jamais de s'engager h respecter les traités de 181ÎS. Allons ! qu'un bon décret d'amnistie soit publié; que les garanties si souvent promises aux Polonais leur soient promises de plus belle, et tout est oublié, tout est terminé. L'insurrection, cette insurrection qu'on déclarait , hier encore, fille légitime de l'oppression et du désespoir, n'aura servi qu'à mettre en pleine lumière la clémence des czars; assez d'hommes ont péri pour que la question polonaise reste enterrée sous leurs cadavres; et le Times est prêt à s'écrier, comme fît autrefois te général Sébastiani : L'ordre règne à Varsovie !
Sur ce qui concerne les éloges que mente l'empereur Alexandre dans ses rapports avec la Pologne, je laisse â la presse anglaise d'hier le soin de répondre à la presse anglaise d'aujourd'hui, et au prince Napoléon, si cela lui platt, le soin de répondre ù H. Billault. Mais ce qu'il m'est impossible de ne pas signaler, c'est l'aveuglement de ces journalistes anglais qui jugent possible une paix permanente entre la Russie et une Pologne forcée d'être russe. Admettons pour un instant que l'insurreclion soit étouffée, ce qu'on se presse beaucoup trop d'aflirmer et ce qui n'est pas; supposons, en outre, qu'une amnistie soit accordée; que la Pologne obtienne une administration distincte ; qu'on lui octroie cette constitution qui, dans l'esprit des traités de Vienne, devait
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