‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sér (volume 2)Chapitre 93 sur 97 · fr · texte numérisé non relu

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Ce qui signifie que la terre, qui en France paye environ la lixiime partie des impAts, n'en paye que la trenUâeuatiime partie en Angleterre.'

Autre rapprochement bien digue d'être médité : la « Land Tax > est il peu près aujourd'hui ce qu'elle était du temps de Guillaume III (il y a plus d'un siècle et demi). Or, depuis «e temps-là. le rerana public en Anglâerre s'eU âeté de

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84» LETTRES SDR l'aNGLBTBRRB (tB64]

3,895,S04 liv. st. k 70,683.860 liv. st., et le revenu des c landlords > de 9,724,000 liv. st. k 64,678,412 liv. st.!

Votis le voyez, l'aristocralie anglaise a fait bon usage de .son pouvoir parlementaire, et nul ne l'accusera d'avoir négligé ses intérêts.

Cependant que demanderait la jusiice? « Je suppose, > écrit John Stuarl Hill, ■ qu'il y ait un genre de revenu dont la tendance soit de s'accroître indéfiniment, sans aucun effort . ou sacrifice de la part des possesseurs, ces possesseurs Tormaitt une classe que le cours naturel des choses suffit pour enrichir d'une manière progresâve : l'Ëlat ne violerait pas les principes sur lesquels se base le droit de propriété privée, s'il s'appropriait ce surplus de richesse à mesure qu'il se produit. Ce ne serait pas, à proprement parler, prendre quoi que ce soit k qui que ce soit : ce serait seulement faire profiter la société d'un aciroissement de richesses créé par les circonstances, au lieu de souffrir que, sans avoir éié gagné, il s'additionne k l'opulence d'une classe particulière. Eh bien, tel est le cas, à propos delà rente (1). *

La vérité est que, selon l'expression du même John Stuart Mil!, « les landlords s'enrichissent pendant leur sommeil en quelque sorte, sans rien faire, rien risquer, rien économiser. >

£t le grand penseur que je viens de citer n'a certes pas été le premier à pousser ce cri.

Non conteot d'appeler la rente un prix de monopoif, Adam Smith dit : « On [leut considérer la rente comme le produit de la puissance de !a nature dont le propriétaire prête l'usage. «

Il dit encore : < Toute augmentation dans la richesse

(1} Principlet orPoUtieal Seonomy, bonk V, dupter S.

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réelle de la société, toute augmeutatioa dans la masse du travail utile qui y est mis en œuvre, teud iDdîreclemeiit à élever la rente réelle de la terre. »

Et ailleurs : « Des trois classes (entre lesquelles se divise la masse totale du produit aunuel de la terre el du travail d'un pays, savoir celle qui vit de renlei, celle qui vit de frofiu, et celle qui vit de s<Uaires), la première est la seule ■i laquelle sou reveuu ne coûte ni travail ni souci, mais à laquelle il vient pour ainsi dire de lui-même, sans qu'elle y apporte aucun dessein ou plan quelconque. >

C'est bien, en effet, l'usage de la puissance, de la fécondité de la uature, que loue le propriétaire du sol. Ouï, c'est l'usage de l'air, de l'humidité, de la chaleur, que le cultivateur lui paye, absolument comme si )a nature elle-même lui appartenait. Et pour que le tribut prélevé par lui sur la fécondité naturelle de la terre aussi bien que sur sa fécondité acquise s'accroisse de plus en plus, tout semble conspirer à l'envi. Car, ainsi qu'Adam Smith le recounatt, les progrès dans la puissance productive du travail ont cet effet, qu'ils tendent directement k réduire le prix réel des produits ma- Dufaciurés, el tendent indirectement h élever la rente réelle de la terre. N'est-ce pas contre des produits manufacturés que le propriétaire foncier échange cette partie de son revenu qui excède sa consommation personnelle? Et quand leur prix baisse, ne se trouve-t-il pas en état d'acheter avec Je même revenu une plus grande quantité d'objets de commodité, d'ornement ou de luxe?

Il n'a donc pas besoin de travailler, pouf ajouter h ses richesses : le temps se charge de l'enrichir, sans qu'il ait k s'en mêler.

Quelle différence, sous ce rapport, entre lut et le capitaliste 1 Plus les capitaux autres qne b terre'abondenl, plus

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950 LETTRES SGR l'aNGLKTBRRB (L8S4)

ils se déprécient : risque auquel o'est point exposée la terre, qui est une quantité -Umitée. Cent mille francs en valeurs mobilières sont très-loin de valoir aujourd'livî ce qu'ils valaient il y a un siècle, tandis qu'une terre qui valait cent mille francs il j a un siècle vaut aujourd'hui bien davantage.

La richesse générale et la pcqwlalion sont sosc^tiblfls d'un accroissement presque indéfini, et ne cessent effectivement de s'accroître; le cammeice detnande pour ses opàitîoos une base territoriale de [dus en plus large ; on agrandit les villes et ou en construit de nouvelles; l'établissement d'uD chemin de fer vient tout ^ coup donner à UA Eaubonrg, à tel district une valeur artificielle considérable. Tout concourt de la sorte à faire hausser le prix de la terre.

Eo Angleterre, cette hausse, dans les grands centres industriels ou comiuerciaux, présente quelque cbose de vraiment fabuleux.

A Londres, le tout petit emplacement qui se vtnt ai coin de l'église Saintr-Paul, du côté du sud-est, ne vaut pas moins de 60,000 liv. st. (1,500,000 fr.}.

Lorsqu'on bâtit New-Oxford, le sol ne coûta pas moins de S7,00Û Uv. st. (1,1£S,OQO fr.) l'acre.

A Mancbesler, dans les parties les miein situées de la ville, on a payé le terrain jusqu'à 300,000 lir. st. <5,ÛOO,000 fr.) l'acre.

A Birmiagham, le terram occupé par un chemin de fer, le ■ London and North-Weslem Rtitlway, > a été veidn 60,000 liv. st. (1,500,000 fr.).

Mêmes résuluis ii ^effield. h Leeds, h Bradibrd, à t^asgûw, à Belfast.

S'il est h L(»dres des hdpiUux qui jsuissent de revenus princiers, c'etf parce que, au heu de leur kisaer une somme

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LA TERBB, UN MLITCLE BE UTXE EU jUKLETEBRE SBl

« aifcnt, les fondateurs ievr OBt légué de» terres doot la Tateur vénale était fort nnanK alors et est deveose immense depuis, à cause des maisous qu'où y a bâties et par le seul elfct éa. progrès de la nehesse générale joiut à celui de la popilatioB.

Ceci bien constaté, en vertu de quelle logique, en vertu ée qielle loi d'intârët public, en vertu de qse) principe de justice, la société prise dans son enemble seraitr^lle exclue, aa profit de quelqves-uus de ses membres, de tonte participation h ce surcroît de richesses qui est dû à la fécondité du sol, k l'air, à l'humidité, à la dialenr, aux rajous du soleil, i l'augmentaiioB de la population, k la eonstructton des villes, aux inventions de la sdence, au progrès du craa- QMrce, au travail de la société tout entière?

La tcn« *»9vmimm tm AaicIManw wm n>«1«I« ë» I«x«.

Après avoir exposé sur quel prisdpe reposait, en Asglel«rre, la tenure du so);

Après avoir rendu compte des pitwédés aa nojea desquels on était parvenu à j concenlrer et à y perpétuer dans BR nombre limité de grandes faustles )a possession de la tarre;

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SSS LBTTRBS SUR L'U(6LETBRR£ (iM4)

Après avoir exprimé en chiffres l'immense accumulalton de richesse qui, pour l'aristocratie, résultait de ce sys-. lème;

Après avoir montré enfin cette aristocratie exerçant le pnuvoir politique par la Chambre des Communes aussi bien que par la Chambre des Lords,

J'ai cherché dans l'histoire de la taxe sur la terré (< Land Tax >) une preuve de la sollidlude et du succès avec lesquels l'aristocratie anglaise avait fait tourner à son profit le monopole dont elle était investie, et j'ai dit :

Qu'en 1 799, sous le règne de Geoi^e III, la ■ Laod Tax >. transformée en taxe perpétuelle, avait été ^^ée à la somme de 2,037,627 liv. st., ou 50,940,673 fr.;

Que, cette taxe ayant été, à la même époque, déclarée rachetable et divers rachats ayant été opérés depuis, elle ne s'élevait aujourd'hui qu'à l,âS7,808 liv. st., oh 31,445,200 fr.;

Que, par conséquent, la taxe sur la terre ne figurait ici dans l'ensemble des impôts que pour un chiffre comparativement fort minime; et que ce chiffre était resté presque stationnaire, pendant que le revenu des propriétés territoriales, en vertu du cours naturel des choses, et sans aucun effort ou sacrifice de la part des propriétaires, n'avait cessé de s'accroitre dans des proportions énormes.

A l'appui des explications d'Adam Smith sur les causes naturelles dout l'action tend à augmenter indéfiniment la ricl^esse des propriétaires fonciers, lesquels s'enrichissent en restant les bras croisés et par le seul effet du progrès général, j'ai cité des chiffres caractéristiques et précisé le fabuleux surcroît de valeur qu'avait acquis un acre de terre dans ce pays, surtout là où l'industrie et le commerce ont é leur puissance, comme à Londres, à Handiester, à

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LA TBBRE, ON ARTICLE DE LUXE EN ATIfil^TERRE «53

Binniagham, à Leeds, à Sbeffield, à Glasgow, à Belfast.

Peut-être uae objection se sera-t-elie présentée à l'esprit de vos lecteurs. .

Il y a quelque temps, le 7tmei faisait observer que l'achat d'un domaine était le plus piètre des placements. Il est certain, en effet, qu'un homme qui vise à ua emploi lucratif de soo a^ent n'en tirera pas aussi bon parti en achetant de la terre qu'en le plaçant da'ns les fonds publics, ou en l'assodaot k quelque entreprise sérieuse, ou en le prêtant sur hypothèque.

Mais il importe de ne pas confondre ce que la terre rapporte à UD homme qui l'achète aujovrtthui avec ce qu'elle rapporte i un homme qui la possède dcpuit Irit^ngtemps.

Car c'est précisément parc« que la valeur v^le on nominale du sol a pradigieusemeot augmenté que l'acheteur est obligé d'en donner uo prix hors de toute proportion avec le revenu qu'il a ctiance d'en tirer. Il faut effectivement que dans ce revenu il retrouve Yinlérét du capiud employé ï l'achat; et s'il a payé u» prix comparativement trèt^levé, son revenu sera diminué d'autant. En d'autres termes, U rente du domaine acquis par lui ne constituera pas pour lui nn bon revenu, parce qu'il aura eu à en payer la jouissance très-cher.

Oui, si les acquéreurs actueli ne peuvent s'attendre ï tirer qu'un fort mince revenu des terres qu'il leur a pris fantaisie d'acheter, c'est précisément parce que, entre les mains des fropriélairet de vùille dàu, la valeur vénale du sol s'est prodigieusement accrue. Si l'aident, ouyour- <f Aut placé en biens-fonds, rapporte peu, c'est précisément \ cause du renchérissement progressif de la terre, reochérissement proportionné a cette augmentation progressive de

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tu LETTRES SDK l'aRGISTHHIE {iSU)-

la rente, qui, tomme je l'ai déjà dit, est le résultat, noa dei efforts et des sacrifices des propriétaires, mais du dévdoppemeot naturel de la richesse générale, dâi progrès de l'îDdastrie, des progrès du conamerce, des inventions de la science, du travail de tous, ea un mot.

Ceci a été très-bien tu et Ifès-bien rendu dans un livre' remarquable de M. Vidal : c Un domaine qui valait 100,000 h. il y a un siècle, et qui était affermé alors B,000 fr., paye aujourd'hui 10,000 fr. de rente; mais il a coûté au propriétaire actuel 300,000 fr., et peut-être davantage. La rente de cette terre a doublé réeilement; cependant l'tnt^^f du eapiuà, pour Je propriétaire aetu^, comparé au revenu de Yancien possesseur, a baissé. Le domaine qui donnait autrefois cinq mille francs de rente en donne aujourd'hui dix mille ; cependant l'ancien propriétaire retirait de son capital cinq pour cent, tandis que le propriétaire aetwl ne retire que trois et un tiers (1).

Cet exemple montre d'une maniÈre aussi claire que décisive eomment il arrive qu'il n'y ait pas avantage aujourd'hui à placer son capital en biens-fonds, — à moins qu'il ne s'agisse de terrains achetés en vue de quelque entreprise commercùle, — quoique le fait de l'augmentatioB progressive de la rente soit un fait absolument hurs de doute.

De là ces deux conséquences ;

1*^ Que les grandes familles entre les mains desquelles la possession du sol, en Angleterre, s'est perpétuée, au moyen des droits de primogéniture et de substitution, n'ont cessé et ne cessent de s'enrichir, sans se donner pour cela la moindre peine;

2» Que, pour adieter de la terre anjourd'hui en ce pays,

(1) D» la MpartUim dn ricàetui, p. tm.

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LA TERRE, VU ARTICLE DE LUXE BS AWLETËRRe aftS

— si «M Tariiète, bien eutenda, au poiBft de <nie de la propfMé tft non de la spéculation eeniBUCMie, — il faut non-seulement être riche, mais ne savoir en quelque sorte (pe faire de son argent.

Le T\mt$ a dit un nMl d«nl il tire sne oonclnsion parf»teneot fausse, nais qni est parfaitement vrai : < La terre est devenue ici une chose de fantaisie, vn article de luxe. > On en ach^te quand on le peut, doo pas k cause du profit qu'elle offre, mais à cause de la position sociale qu'elle donne. De fait, l'homme qui parvient à monter au rang de propriétaire foncier par l'achat d'un domaine quelque peu considérable, se croit et est bien près de devenir un personnage. Il prendra sa place parmi ceux qui, dans sa province, se font gloire d'appartenir à la Gentry ; il sera du Grand Jury, aux assises; le duc un tel l'admettra peut-être à l'honneur de sa table, quand l'heure des élections sera Tenue ; les produits de son domaine auront chance d'être admirés aux fêtes de l'horticulture, et ses filles feront figure dans les bals du comt^.

Aussi la propriété foucière possède-t-elle ici un appût incomparable. Le rêve d'or de tout marchand saxon est de parvenir un jour k être classé parmi les f landlords ». Le manufacturier soupire après l'heureux momenl où il pourra dire, en faisant sa promenade du matin : < Ceci est à tnoi *. Si, loin, bien loin, de la mère patrie, le colon tourne les yeux vers elle, c'est dans l'espoir d'y revenir comme eountry gentleman.

Et d'où nait ce général appétit poui la terre? De l'amour du lucre? Pas le moins du monde. 11 est des domaines fort étendus qui, achetés récemment, rapportent itpeineSp. 100 i leurs acquéreurs, dans un pays où il est facile de placer son argent, et cela eu toute sâreté, à 4 et 5 pour 100. Ahl

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350 LETTRES SUR L'a^HILETEBRE (lBe4)

c'est que, selon l'expression du rtnwf , la terre e$t ovjourd'hui en Angleterre un article de luxe. Voilà toal le secret.

Hais il est un point que le Times a oublié d'édairdr, c'est celui-ci : comment se fait-il que là où l'impAt pèse si lourdement sur les articles de première nécessité, il ne pèse pas du tout sur un article de luxe?

FfN DU TOSE DEUXIËHE DE LA DEDKIÈHE S^RIE

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