OBSTACLES A LA HOBIUSATION DU SOL
fut pas lie même âe celui que proposa en 1862 le lord chancelier actuel, lord Weslbury.
Assimiler la possession de la terre à celle d'une rente sur L'État ; faire que tout domaine puisse être vendu ou hypothéqué , absolument comme si le propriétaire avait son nom inscrit sur les livres du gouverneur et de la compagnie de la Banque d'Angleterre; ouvrir carrière, en un mot, à la liberté du vendeur, en levant tous les doutes possibles sur la valeur de son titre, sur la réalité de son droit, et en garantissant de la sorte la sécurité de l'acbeteur, tel était le but de lord Westbury.
Pour l'atteindre, il proposa l'adoption d'un moyen bien ^mple : l'établissement d'un registre public où les titres -de propriété seraient inscrits de manière à faire foi.
Le bill qui établissait ce registre fut voté en 186S ; mais, au lieu de lui donner un caractère coercitif , ainsi que l'auraient voulu des esprits lo^ques et clairvoyants, on décida que chacun pourrait h son gré user ou n'user pas des avantages qu'il offrait. Là, — jusqu'à. ce jour du moins, — a été l'écucil. Personne ou presque personne n'a profité des facilités si libéralement mises à la portée de tous. Le nombre des demandes d'enregistrement u'a pas dépassé 65, et le nombre des titres enregistrés s'est à peine élevé à 11. Il est arrivé, chose étrange, que les propriétaires, auxquels la loi donnait te moyen d'ajouter à leur liberté d'action, d'accroître leur pouvoir individuel, d'augmenter la valeur de leur bien en le rendant parfaitement disponible, et d'affermir leur droit en le faisant passer de la région des ténèbres à celle du grand jour, ont préféré rester comme emprisonnés dans un régime où tout n'est qu'entrave et obscurité.
Est-ce donc que le bill de 1862 est mort avant d'avoir vécu î El n'y a-t-il plus qu'à l'enlérrerT C'est l'avis de lord
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330 LETTRES SUR L'ÀNeLETERBS (l8Sl)
Cbelmefard, par qui l'oraison funfebre de ce malheureux biU n été prononcée dans la séance de ftoAi derûer. Mais pour qu'ud père commande les fiaérailks de sou enfaut, il faut t[ue le cœur de celiù-ci ait bîea réeltemeat cessé de batb-e, que ses paupières soient bieu réeUemeat fennées. Lord We^ury, coinne on devùt &'y attendre, a dooc déclaré ^n'il ne partageait pas Vaptoioa de lord Cbelnsford sur la fravité du cas, et il en a donné d'excelleates raisons.
Vous souveaez-vous de cette fantastique histoire arabe de Sindbad et du Vieux de la mer? Sindbad s'étaR eDdurmi. Survint uu monstre marin, très-laid, très-lourd, qui, pataaDt «es jambfô autour du cou de l'imprudent dorsoegr, ne voiliit plus le quitter. Sindbad ^ouvail-tl le besoin de s'asseoir, le monstre, lui, avat envie de marcher. Sindbad se sentaitil frais et dispos, le monstre tombait eu léthitfgie. Eh bien, les propriétaires de terres, en ce pays, oui leiur monstre marin à porter, eux aussi, et c'est le c soliciter > , rhomiBe de loi. N'est-ee pas l'homme de loi qui rédige leurs contrats de mariage, lui qui a la yiain sur là clef de leurs coffi-es, lui qui est leur inévitable conseiller, lui qu'ils subissent comme h dépositaire obligé de tous leurs secrets? S'il chemine, il faot qu'ils cheminent; s'il s'arrête, il CaiU qu'ils s'arrêtent. Il ferait beau vraiment appriHiver ce qu'il censure, accepter ce qu'il Trousse et les voir applaudir à des réformes qn ne sont pas selon son coeur I
Il était conséquenuoent impossible que le succès immédiat de la réformedel863 ne dépendit pas de l'appui qu'dle rencoutrerait chez les hommes de loi; et quelle clumce y avait-il que cet appui fût obtenu?
Si rttomme de loi , ici, était )»ayé eu proportion de sm travail ei de sa responsabilité, au lieu de Vétre ea proportion de la longueur et de la muUipUûIé des actes qu'il a
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OBSTACLES A LA XONUSATH)!! DO SOL SBl
durge de préparer, ce serait à merveille. Mais, p&r malbear, k réaaniiératioD du ■ solicilor > ea Angleterre repose, ainâ qae l'a fait remarquer lord Westbury, sur les Eaux priacipeE qui amenèreot autrefois la législature à Sia no tarif poHT lé salaire des artisans et les profits du commerce. Sous l'eaipire du système actuel , en ce qui ttuiche les ëmoluBients de l'homme de loi, il loi est coiBmaDdé, sous peiae d'avoir à jeàner, de rendre les trauBartions, dool U est l'agent nécessaire, aussi dîf6ciles,'3iissi obscures, aussi compliquées que poE^ble. S'il pècke ai eau trouble, c'est autant la faute de la loi que la sienne.
El qu'eu résulte-t-il ? Que te droit de propriété est comme easeveli sous une montagne de parchemins tout noirs d'un jargnn inintelligible et sur lesquels nul n'apposa jamais sa ^gnature avec uue idée tant soit peu claire de ce qu'il signait. Le lord chancelier l'a dit avec raison : l'inveation de l'inpiiaierie , qui a éclairé taut de branches da savoir humain, s'est arrêtée à la porte du ténébreux domaine de. l'homme de loi. Beaucoup de mystères ont été pénétrés, mais non ceux dont il est le gardien et dont il vit, de sorte qae ces mots de l'Écriture se sont trouvés vérifiés à la lettre : « L'bomme de loi lient les ciels de la science et Sût peser sur les hommes des fardeaux difficiles à porter. > Que TOUS semble de c«tte question adressée par lord Westbury à ses collègues de la (^mbre haute : « J'en appelle à Vos Seigneuries : est-il un seul de vous qui sache quoi que ce soit coacentant son titre à la propriété de ses domaines î »
Ne Yoilà-t-il pas. Monsieur, un bel état de choses î Mais qu'inerte aux laodlords? Le principal inconvénient que présente l'extrême complication du système actuel est d'arrêter la mobilisation de la propriété foncière, et si cet incoD> ' véoieut est énorme pour le public eu général, il se trans-
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S83 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (1BS()
forme en avanta^ pour l'aristocratie territoriale, que cette mobilisation oe Urderait pas à mettre en pièces. La difSculte de vendre et d'Iiypothéquer, doot les landlords peuvent souffrir comme individus en certaines circonstances, leur profite comme classe. Elle contribue à assurer la possession du sol à UD petit nombre de grandes familles. Voilà ce qu'on sent d'instiuct dans l'aristocratie ; voilà ce qui explique en partie le peu d'empressement que les propriétaires de quelque importance ont mis à enregistrer leurs litres, et voilà ce que lord Westbury n'a pas jugé à propos de dire. H a mieux aimé attribuer l'insuccès du bill de 186â à l'espèce de peur irréfléchie qu'inspire tout ce qui est nouveau et ï l'opposition des hommes de loi, ennemis natureb de tout ce qui tend à simplifier les transactions.
Je lui dois, du reste, cette justice d'ajouter qu'il a annoncé l'intenlioa de proposer un changement radical dans les bases sur lesquelles repose aujourd'hui le système de rémunération des hommes de foi. A la bonne heurel ce serait prendre le taureau par les cornes. Il n'est pas''d'abus, après tout, qui soit d'essence immortelle.
Ceci me rappelle que je n'ai pas, à propos de l'histoire de Sindbab, complété la citation. Le pauvre marchand de Bagdad fut longtemps, bien longtemps, tourmenté par le otonstre qui était i cheval sur ses épaules, et cela parce qu'il s'était figuré que l'affreux incube était un esprit, une chose mystérieuse, un démon impossible à vaincre et à tuer. Un jour cependant cette idée lui vint que, puisque le mOustre avait UD crâne, ce crâne pouvait être brisé. Là-dessus, il imagina d'enivrer son persécuteur et lui brisa le crâne à coups de pierre. C'était bien simple, n'est-ce pasf Pour se débarrasser du monstre, il avait suffi que Sindbad se débarrassât d'abord d'une idée fausse, savoir que le monstre était immortd.
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EN FAIT d'aristocraties, QUELLE EST LA BONNSÎ 88S
as afrit 1864.
Ea r«ll d'arlala«ratl«s , quelle eat Is banne f
le vous ai donné dernièrement des chiffres qui montrent d'une manière frappante dans quelle rapide progression s'accroît la richesse des c landlords ». Depuis, j'ai continué mes recherches, et, de renseignements puisés à une source offidelle, Vlnland Revenue office, il résulte qu'en 1881- 186S le revenu net payé annuellement par le sol à ses propriétaires ne s'élevait pas 'a moins de K4,678,413 liv. st., ou 1,366,960,300 francs.
. Or, si l'on considère que , dans le budget présenté le 15 avril 1863 par le chancelier de l'Échiquier, les receltes du Roynume-Unt sont évaluées, pour l'année financière finissant le 31 mars 1864, à 68.280,000 liv. st., ou 1 ,107,000,000 de francs, on verra qu'avec le seul produit de la renie, t'Ëtat pourrait presque entièrement pourvoir aux dépenses publiques et se passer presque d'impôts !
Où s'arrêtera cette accumulalion de richesses? Il est clair que ta découverte de nouvelles méthodes scientifiques et l'application à l'agriculture de machines nouvelles tendent à augmenter indéfiniment l'opulence, et, par suite, la puissance sociale des propriétaires du sol. Dans une lettre écrite au Moming Star par H. James E. Thorold Rogers, auteur d'un savant travail présenté ii la Société de statistique, je
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U4 LETTMES SB* L'ANeLETEMie (hm)
lis que le sol en Angleterre produit huit fois plus qu'au seizième siècle, et que la rente des forces naturelles du sol s'est accrue de 1 à 80, Uodisque le prix nomiual du blé s'est accru seulement de 1 à 13 et celui du travail de 1 à 8 ou 10. Il est très-vrai que les progrès de l'agriculture sont sérieusement entravés dans ce pays par la pratique des baux résiliables à volonté, pratique introduite dans le but de rendre le propriétaire maitre des votes du fermier; mais ce sacrilîce de l'intérêt agricole à l'intérêt politique n'empéclie pas que des améliorations graduelles n'aient lieu, que les frais de production ne diminuent, et que la renie ne s'accfmsse.
Qae si, maintenant, on demande sur qnoi se fonde la légitimité de ('énorme tribut que les « landlords > lèvent ainsi snr la société, la réponse, j'en ai peur, ne sera pas faale. Que représente la rente? La rémunération du travail? Non, puisque ceux qui b reçoivent ne mettent jamais la maÎDii la charrue. L'intérêt du capital employé i la culture? Non, puisque ce capital est avancé par le cnllivateur. Le prix des améliorations effectuées? Non, puisque l'argent déposé eo améliMatioBs par les a landlords * est comparativement fort peu de chose, tersqa'il y en a de réellement dépensé. Que rqiréseDte donc la rente? Elle représente l'anden droit de cMiquéie, la division du patrimoine c«mmun opérée jadis par la force, l'abandon en fait k quelques-uns de ce qui n'a cessé d'être considéré en principe comme la propriété de tous.
C'est une étrange et dangereuse erreur que celle qui consiste k confondre la propriété absolne du sot lui-même avec la propriété des produits qu'on en tire par l'emploi du capital et l'actitm du travail. Il est de la plus haute importance et il est de toute justice que la propriété des produits de la
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EN FAIT V ARISTMIUTIES, flUBLLC EST U BONNE? KR
terre mit à qni la (écvole ; mais il est an amms 'dotfteK que l'inlëpét ^e la société et la justice trw¥eut leur compte ii «n système en rerta duquel ime classe privilégiée de ntuyeas est ippdét à reomUlir ce qu'elle n'a pas séné.
Et t«atefois il y aurait îmquité flagrante à abolir «« système sans indemuiser amplenent teui en Eavevr de ^li la société a permis qu'il «'établit et subùstM. Ce ser»t fouler bnitaleœeDt aux pieds le respect H an transactions Mtes en vue de son naiatien; ce serait passer l'épon^ bit des «ootrats conduG sous l'empire ée règles sanctionaées i lort eti k raison, maÏB enfin saBctionaées par le coips social tout entier ; ce serait TÎ^er la foi publique.
Ceci bien estendu, la queetion est de savoir, d'abord pourquoi uoe réforme est nécessaire, et ensuite dans quel sens, de quelle manière, conforMéaient à qvels principes, elle devrait être tentée.
A entendre cartaioes gens, l'existence d'nne opiileute aristocratie dans va pays a cela de bon, qu'elle y élèv« le nreau de la TÏe sociale, qa'elle y répand la passion des arts, qu'elle y entretient, avec famour du luse, le culte de l'âégance et le goAt des plaisirs délicats. Ce semil i merveille, si la satisfaction de besoius trè&-réels n'était pas sacrifiée de la sorte K la poursuite de besoins som'ent artificiels et imaginaires^ si l'exiréme richesse des uns n'avait point pour corollaire l'extrême pauvreté des autres; si l'éléfauce raffinée des habitudes ei la culture dt l'esprit, en haut, ne répondaient i>as, en bas, il des habitudes de grossièreté, i l'ignorance, k l'abrutissement. Que vient-on nous parler d'assurer Jt un petit nombre d'heureux martels la possession du commun héritage, pour qu'ils soient par là mis à même d'encourager les progrès de la civilisation en la faisant tributaire de leurs jouissances? En quoi Ja masse de la société
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«sa LETTRSS SUR L'aNGI^TERRB [\96i)
pfofile-t-elle des raffînemeots dont se vante )' aristocratie î Ouel bénéGce intellectuel ou moral rapportent k tant de malheureux qui sont en peine de leur iiourriiure et de leur gtte, les objets précieux, les belles statues, les peintures exquises, qu'elle emprisonne dans ses palais ou exile dans ses maisons de campagne î Nul doute qu'une aristocratie opulente ne fournisse aux productions de l'art et de l'industrie des consommateurs empressés; mais une société de travailleurs qui, pour avoir de riches clients, commence par se dépouiller en leur faveur, ne ressemble pas mal à un marchand qui donueraii de l'argent à ses pratiques pour les mettre en état de lui acheter ses mardiandises.
Dans le livre où il se pose plus spéùalement comme l'avocat de l'aristocratie (1), H. Mac Culloch dit: < C'est i ceux qui, des rangs inférieurs de la société, sont parvenus i en atteindre les hauteurs, que l'humanité est redevable de la plupart des inventions et améliorations qui ont si fort étendu l'empire de l'esprit sur la matière et tant ajouté à la somme du bonheur humain. Si les grandes fortunes étaient divisées, si ]e niveau de l'opulence était abaissé, le stimulant de l'inégalité venant à manquer ou se trouvant beaucoup affaibli, il y aurait moins d'émula^on, et la société se rapprocherait d'un état stationnaire. »
Ce n'est certes point Ik ce que nous apprend l'histoire. Ce qu'elle nous apprend, au contraire, c'est que les grands génies doDt l'humanité s'honore ont été dirigés par de toat autres mobiles que la cupidité, la vanité du rang, la suif des titres, et ce que M. Mac Culloch appelle « le stimulant de l'inégalité ». Ce qui a donné au monde des hommes tels que Socrate, Platon, Aristote, Tacite, Dante, Galilée, Ba-
(i) Succeiitantoproptrly.
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EN FAIT D ARISTOCRATIES, tiCEUE EST LA BONNE? 381.
pbaël, Leibnilz, Descartes, Schiller, Molière, Shakspearè, Watt, Newlon, Pascal, etc., c'est la passion de la vérité, c'est l'amour désintéressé de l'art ou de la science, c'est le bonheur intime qu'on éprouve à exercer ses facultés et à suivre la loi de ses aptitudes. Le t stimulant de l'inégalité > n'a d'action, comme mobile, que pour la formation d'aristocraties aplificielles ; il n'entre pour rien dans la formation de l'aristocratie véritable, celle qui se compose des grands philosophes, des grands poètes, des grands artistes, des grands inventeurs, de tous ceux qui contribuent réellement à élever le niveau de l'humanité. Gœllie était homme de cour; mais ce ne fut pas l'homme de cour qui, dans lui, écrivit Faust. Bacon passe pour avoir trop aimé l'argent et préféré les honneurs U l'honneur ; mais alors même que cette accusation, aujourd'hui déclarée injuste par de bons esprits, serait fondée, il est bien certain que ce ne fut pas râpr<:ilé du gain et une vanité vulgaire qui rendirent Bacon capable de composter le Novnm Organum. Ceux-là se font une singulière idée du génie, vraiment, qui le supposent asservi à des appétits misérables. Le représenter tel, c'est le calomnier.
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g LBTTBIS SUR L'AnCLEIBMS ()aa4)
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S8 mii (BU.
A mesure que j'avance dans le iravail auquel vous avez accordé l'hospitalité de vos colonnes, chaque jour quelque fait nouveau vient mettre en lumière les abus inhérents à la constitution aristocratique de la propriété en Angleterre.
Parmi ces ahus figure la concentration du pouvoir politique aux mains d'une classe particulière.
Ne vous étonnez pas si la Chambre des Communes vient de repousser à une grande majorité la prapositiou de H. Baines relative h l'extension du suffrage électoral. Ne TOUS étonnez pas si elle a fermé son oreille et son cœur aux adjurations éloquentes de H. Gladstone. Est-ce que, dans la distribution des pouvoirs, la Chambre des Communes représente bien réellement l'élément populaire î Elle ne représente même pas l'élément bourgeois. Qu'on regarde à sa composition : la Chambre des Communes est aristocratique par essence ; elle est, en réalité, à la Chambre des Lords ce que, dans les familles dominantes, les cadets sont aux aines.
Voici, d'après un tableau que j'emprunte de l'ouvrage du docteur Edouard Fischel(t), comment la Chambre des Communes était composée en 1 789 ; elle contenait :
(1) p. 438 de II Iradoction anglii&e.
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POUVOiB POUTiaUK SE L ASUâTOCRATlB ANGLAISE ia»-
316 pairs irlandais- et fils- de pairs aaglais; J90 fiquires;
50 officiers appartenaDt, soii !k l'armée, soU k la ourioe;
35 meiobres teaait de près i Ift GoBpagnie des lades;
36 bommes de loi ; 31 marchands.
Et aujoKrd'hBi, après ee bill de réConiie dont od a ùit tant de bruit, cocaineiit ia Chambre des Coinraimes est-elle composée?
Vous savez qu'en An^lerr* les fils des lords reçoivent, du vivant de teurs pères, des titres qu'on appelle tify-es de courtoisie ; c'est ainsi que les fils aines des dues, des marquis, des eantes, des vicomtes,, portent le deuuème nom dupère »vec le titre inférieur, tandis que les fils cadets de» ducs et marquis font précéder leur nom de (amille du titre de lord, les'tils cadets des comtes et vicomtes de même que les fiis de barons prenant le titre d'honorabU.
Vous savez aussi que ceux des pairs irlandais qui ne font point partie de la Chambre des Lords peuvent être nommés membres de la Chambre des Communes.
Ceci posé, combien croyez-vous que la Chambre des Communes actuelle renferme de noms décorés d'uu titre nobiliaire?
Parmi les membres, dont le nombre s'élève en tout k 6K8, je trouve 71 baronnets, 34 lords, 7 vicomtes, 4 comtes, S barons, 1 marquis et 47 membres ayant le titre d'honorable.
Je ne compte pas les chevaliers bacheliers {knigkt backelors)j quoiqu'ils aient, comme les baronnets, le titre de <tr.
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340 LETTRES SDB L ANGLETERRE (18M
pan-e que ce titre, en ce qui les concerne, n'est pas héréditaire. Je ne compte pas non plus ceux qu'on salue de la qualification de right honorable, parce que cette quaiiGcation s'attache à l'exercice de certaines hautes fonctions, et peut conséqueinment être conférée à des eommontrSf sans qu'ils cessent pour cela d'élre tels.
Voilà donc 16ti familles nobles directement représentées au sein du pouvoir qui est censé agir comme contre-poids au pouvoir aristocr»lique. Or, si l'on songe que parmi tes membres qui n'ont d'autre qualification que celle à'esquin, beaucoup sont étroitement unis k l'aristocratie par des liens de parenté et d'alliance, il faudra bien reconnaître qu'une pareille assemblée législative n'est là pour faire les affaires du peuple que dans la mesure des intérêts dont elle est plus particulièrement l'organe.
Au reste, ce serait merveille qu'il en fût antremeot. Estce que, partout et toujours, le monopole du pouvoir politique n'a pas suivi l'accaparement du sol?
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COUHERT L jLBISTOCRATIE ANGLAISE USE DE SON POtlTOin 841
CcM^ent l*«rliil«er«tle aaslalae nse d« san ponvolr.
Je crois avoir démonlré que le monopole du pouvoir politique est, en Angleterre, le résultat naturel de la coostiCutioD aristocratique de la propriélé. Pour élre juste, je dois dire que ce monopole n'a pas mis trop d'obstacles au développemeiil graduel des libertés publiques.
li exi.'tte de cela plusieurs raisons.
En premier lieu, la Chambre des Lords et la Cbambre des Communes, bien que disposées par la nature dos éléments dont elles se composent à servir â peu près les mêmes intérêts, ont néanmoins tendu, grâce a la puissance de l'esprit de corps, à se faire contre-poids l'une à l'autre.
Ed second lieu, la division de l'aristocratie anglaise en deux partis rivaux, les tories et les whigs, a contribué de la manière la plus efficace à la marche du progrès, chacun des deux partis s'étant vu forcé, lorsqu'il n'avait pas le pouvoir, à courtiser la faveur populaire pour le conquérir, soil en f^iisant i l'esprit de liberté de sages concessions, soit en soutenant d'utiles mesures, soil en prenant l'initiative des réformes devenues nécessaires.
Au fond, il ne serait pas très-facile de tracer entre les tories et les whigs, depuis 1679, époque à laquelle ces dénoœiaations commencèrent d'être employées, une ligne de
84t LETTRES SD* l'ANGLETEnilG (iSSl)
démarcation bien fixe, bien invariable, an point de vue de la différence des principes. Que le dogme de l'obéissance passive, lé respect des prérogatives de la couronne, l'attachement aux privilèges de l'Église, aient été parliculièremenl représentés par les tories, tant que dura dans toute sa force le mouvement qui avait renversé Jacques II, nul doute k cela; et même on peut dire que, pendant le dix-huitième siècle, rarislocratie whig n'était pas Soignée d'av<Hr des tendances républicaines. En tout cas, elle ne se faisait pas scrupule de regarder les rois comme justiciables des peuples. Horace Walfwie, par esemple, n'avait-il pas suspendu dans sa chambre à coucher une copie de la sentence de mort rendue contre Charles I", avec cette inscription caractéristiqtte : Major ckurtaf Hais il n'en est pas moins vrai qu'on vit très-souvent les tories et les whigs changer absolument de rôles, selon qu'ils se trouvaient au pouvoir ou dans l'opposition. Sons le règne d'Anne et sous celui de Geoi^e î**, les wh^ étaient pour le système des Parlements septennaux, des tarifs protecteurs, des armées pernnnentes; les tories, au contraire, posr les Parlements triennaux, la liberté du commerce, le maintien de la milice. Lee ( bwirgs pMrris > , dans «n temps où ils assuraient la (irépondérance polUiqne aox'whigs, n'eurent pas de plus 2âés dénODCiatenrs que les tories; et toutes les fois que les premiers ost fait niae de mett[« dans leirs intérHsia classe moyenne, les secoués «ut eu soin de cberdier us appui dans la classe ouvrit. Aujourd'hui, la différence d'opinions entre te« uns et les a«tres est si peu perceptible, que vous m'embarrasseriez fort si vous me dcmandiee de la préciser. La hiUe n'est guère phis qu'entre des familles et des familles, des noms et des noms. C'est i qui d'un lord Russell on d'oa lord Deri>y saura conqflérir le pouvoir et, après l'avoir cob-
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COMMENT L AR»TOCRATK JUtGUISB DfiB DB SON POUVOIR S(B
qui&, le garder. KeatM les dénoiniiiatiMS de toriet et de wkig* seront tombées en désuétude; «t il est certain qa« celles de e»ntervatùt«i et de Hbéramx, maûlteiiiiflt enployées de préférence, ne renient ii rien de pariaHenenl dftenniaé, damcinsen ce qui toache la politique intérieure. Peur les libéraux ccmiDe pour les cooservatistes, la ijaestioB est de prendre eo maio ha a&ires, de disposer des aiq)lois, de g<mveroer; et, pour les conservatistes comote peur tes libéraux, le moyen d'y réuBsir consiste à satisfaire, quand elles se montrent impérieuses^ les exigences de* l'opinion. Voilà de quelle naoière il arrire que la rivalité des deux grandes fractions entre lesquelles l'aristocratie anglaise se divise, profite, en fin de cMApte, i la liberté et aa progrès.
Il iaut bien te dire, d'ailleurs, l'aristocratie anglaise e^ la plus iotelli^eate qui ait jamais existé. Elle ne eomproioet jamais par hk opiniâtreté aveugle la force de résiMaoce qu'elle possède. Elle sait flécbir à propos. Loiu de s'opposer au mouveneat des esprits qsand il y aarait Ranger à le faire, elle le devance.
Ce n'est pas qu'il faille faire honneur k l'aristocratie ao" glaise d'un amour enthousiaste et désintéressé du progrès : aon; eHe agit sous l'empire de son intérêt bien eatendu, Toilà tout. EUe accorde ce i^'H y aurait Ranger pour elle à refuser. S'il lui arrive de prmdre, par quelques-uns de ses BMmbres, rinitiatJve d'une réfugie, c'est afin (pie cette iniliaiive, dont l'heure a souué, ne soit pas prise en dehors d'elle, contre elle. L'on peut même dire qoe, la plapart 4« temps, elle n'entre ainsi en rapport avec le progrès qtw pwir rarréter Ji Hii-cheniin, sous prétexte de le servir. Taoter son désintéresseaoeDt serait donc puéril, mais nier sa sageseeaerait injuste.
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S44 LETTRES SDH L'aNCLETERRE (1864]
Parmi les questions de nature à préoccuper ou à émouvoir le peuple, j'en vois peu que je ne trouve assodées à un grand nom. Le comte de Shaflesbury, le comte de Carlisie, le comte Grey, lord Stanley, lord Godericb, sir John PackJngton, voila les personnages qui attirent les yeux et la pensée, dès qu'il s'agit de questions relatives, soit à l'établissement d'écoles pour les iudigents, soit à l'assainissemeat des quartiers qu'habitent les pauvres, soit à la limitation du travail des enfants el des femmes dans les manufactures, soit aux réformes à introduire dans l'éducalion.
Je viens de citer lord Goderich : jamais je n'oublierai l'impression que me laissa la première visite qu'il me St t'hunncur de me faire. Lord Goderich, jeune encore, est doué de cette distinction parfaite de langage et de manières qui, en Angleterre, caractérise l'aristocratie ; mais à cela se marie, chez lui, une intelligence pénétrante et naturellement chercheuse. 11 m'entretint avec une soilicitude grave des inléiéts des classes populaires; et je fus aussi étonné que charmé de rencontrer dans un homme de son rang un de ces esprits qui ne rejettent rien sans un examen préalable, et auxquels, suivant un mot expressif de M. Emile deGirardio, ( aucune idée ne fait peur>.
Il «st certain qu'à la télé de l'aristocratie anglaise figurent des hommes rompus de bonne heure à la pratique des atl'ajres, acUfs, vigilants, capables d'initiative.
El cela se conçoit. L'aristocratie anglaise, en effet, &e forme pas, comme l'ancienne noblesse française, une caste exclusive, superposée à la société et stupidement emprisonnée dans son orgueil. Vous savez que le souverain de U Grande-Bretagne ne peut pas créer de lords écossais et ne peut instituer qu'une pairie irlandaise sur trois vacances; mais vous savez aussi qu'il peut créer des pairs d'Angleterre
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GOMMENT L AHISTOCRATIE ANGLAISE USE DE SON I>0tIT01R 84S
en aassi grand nombre qu'il le désire. Il résulta de là, ainsi que je le disais dans une lettre précédente, que l'aristocratie anglaise se recrute dans tous les rangs, offre un but k toutes les ambitions et une perspective à tous les talents, se renouvelle et se rajeunit sans cesse par l'adjonction de toutes les forées vives du pays. L'historien Macautay est mort pair djji royaume. La coucentration du pouvoir politique aux mains de l'aristocratie perd de cette façon une partie du caractère odieux qui s'attache à l'exercice d'un monopole, sans compter que les mauvais effets de cette concentration sont considérablement atténués par l'existence d'une presse libre, au contrôle de laquelle n'échappe aucun acte de la vie publique.
Il coDvient donc de ne pas s'exagérer la gravité des conséquences qu'entraîne l'alHJs signalé. Mais il convient aussi de ue pas fermer les yeux sur ce qa'il a de funeste, en dépit de tous les correctife.
Il est, malheureusement, de règle que ceux qui font les lois s'étudient à les faire autant que possible â leur profit. L'aristocratie anglaise peut-elle se vanter d'avoir, sous ce rapport, montré un désintéressement exceptionnel? Le contraire n'est que trop prouvé par l'histoire de la « Land tax * (impôt foncier). C'est merveille de voir à quel humble chiffre les landloids ont su maintenir la taxe mise sur leurs propriétés, alors que le reveau de ces propriétés ne cessait de s'accroître, et de s'accroître dans des proportions énormes. J'ai, à cet égard, de curieux détails à vous donner. Ce sera le sujet de ma prochaine lettre.
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S4fi LBTTBEB SIHt l'aNGLBIERH (18G4}
ocxLvm
SJiiBUH.
C'est une fort curieuse et fort instniclive lùstaif e qae «elle de la partie dv revena public qu'on nomme en Angleterre la • Laod Tax > (taxe sur la terre).
Tous D'ignorez pas que, sous le régime féodal, le soi était censé la propriété absalae da sDuverain. Loi prêter f(H et boannage, et le suirre i la guerre arec un certain nonlm d'hommes armés, telles étaient lei omiditieiis atta- ■ chées à la possession des Hefs par les barons, vassaux et ieatmts in captte. En revaDche. les terres ainsi leouei i foi et hommage Paient «xemptéet de la taille rédle m impôt foDcier.
Le rachat du service perstMand par le pa^ntuit do droit d'eteuage fut U premifere brèche faite à ce régùne. Les temires militaires furent abolies par le Long Pariemeat, mesure confirmée plus tard par le premier Paiieneat de Chartes Q. L'exemplioD d'impAt dont les terres avaient joù cessa dès lors d'être motivée. De là ce ^'on appelle la «LandTax».
De 1698 i <798, la < Laod Tax > fut levée comme mie taxe nouvelle que le Parlement votait chaque année. Hais en 1799, sous le règne de George III, elle fut convertie en taxe perpétuelle, déclarée racbetable, et fixée à la somme de 2,037,627 lîv. st. (K0,940,678 fr.).
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E^3 rachats opérés par les propriélaires auxquels îl a plu de profiler de la faculté qui leur était offerte s'élevaient, le 2S mars 18&4, à la somiae de 779,819 liv. st.
CoDSéquemment, la < Land Tax » u'est aujourd'hui représentée que par le chiffre très-minime de 1 ,2S7,808 liv. st. (31 ,445,200 fr.)
Hainteuaut, comparons, » vous voulez bien, les charges qui pèsent directement sur la terre en France avec celles auxquelles la terre est sujette en Aoglelenre.
ie prendrai l'année 1859, parce que j'ai sous les yeux, pour l'un et l'aiUre pays, tous les chifires qui se rapportent à cette année; et, comme il est juste de tenir compte de ce qui a été racheté, je supposerai que la < Land Tax » est aujourd'hui aussi élevée qu'en 1799.
Eh bien, même ceci accordé, les résollals de la comparaison sont les suivants :
J^ranw. — 1859.
Budget des recettes. . . . 1,773,919,114 fr. 279,347,660 fr.
Contribution foncière.
ÂngUtem.
Budget des recettes. .
< Land Tax > . . . .
1,636,932,100 fr.