‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sérChapitre 13 sur 88 · D£B>T SUR LE SENS DU « FOREIGN ENLISTMENT ACT · texte numérisé non relu

D£B>T SUR LE SENS DU « FOREIGN ENLISTMENT ACT

n'accuse le collègue de lord Palmerston d'être plutôt un ministre des États-Unis qu'un ministre d'Angleterre. Quoi! ce grand peuple anglais céder , fléchir devant la mauvaise humeur d'un M. Adams! Fi donc!

Et ceux-là d'applaudir qui, sans se soucier beaucoup du côté politique de cette affaire, ont l'œil sur le côté commercial. Car il ne faut pas perdre ceci de vue, que plus l'industrie Laird se développe, plus la prime d'assurance à payer par la marine marchande des États-Unis à' élève, ce qui tend à faire passer tout doucement de l'Amérique à l'Angleterre le commerce de tralisport.

Aussi, c'est merveille de voir jusqu'à quel point on est parvenu à embrouiller la question.

Et d'abord, certains prétendent qu'il doit en être de l'équipement des vaisseaux destinés à un des belligérants ou à tous les deux, comme de la vente et de l'exportation des munitions de guerre, lesquelles ne constituent pas une violation de la neutralité et n'ont d'autre résultat que d'exposer celles des marchandises qui sont définies contrebande de guerre à être saisies sur mer par la partie intéressée. Pourquoi, dit-on, ne pourrais-je pas, moi, simple particuliei', vendre aux confédérés, à mes risques et périls, un vaisseau armé en course ou en guerre, si, à mes risques et périls, je puis leur vendre des épées, des fusils, de la poudre? Pourquoi, dans le premier cas, y aurait-il, plus que dans le second, atteinte au principe de la neutralité adopté par l'Angleterre?

Pourquoi? Parce que, dans le premier cas, il y a quelque chose qui saute aux yeux, ce qui n'existe pas dans le second. Il ne suffit pas que le neutre soit neutre, il faut qu'il le paraisse ; et comment le paraître , lorsqu'on arme des bâtiments monstrueux, dont la provenance est si vivement rappelée par chacune de leurs agressions? Un homme qui

enteihl un coup de fusil ne se demande pas où la poudre a été fabriquée; mais toutes les fois que VÀlabama s* est élancé comme une béte de proie sur un navire fédéral, ceux qui le montaient ont pu dire : « C'est d'un port d'Angleterre que sort le monstre. » Et puis, quand un gouvernement permet aux particuliers de vendre et d'exporter des armes, cette permission est supposée devoir profiter également aux deux belligérants. Mais, ainsi que le fait remarquer avec raison M. Vemon Lushington, dans une lettre publiée par le Times d'aujourd'hui, le fait d'exporter des vaisseaux, en ce qui concerne la lutte* actuelle qui déchire T Amérique, trahit une partialité flagrante. Les fédéraux peuvent euxmêmes construire des navires ; les confédérés ne le peuvent pas. Les fédéraux ont une marine marchande à harceler, à piller, à brûler; les confédérés n'ont pas de marine.

Du reste , à quoi bon cette discussion ? Le « Foreign Enlistment Act » est là.

Il est vrai qu'il ne manque pas de gens disposés à épiloguer sur le sens précis de cet acte, sur sa véritable portée légale. Qui sait? Peut-être ne s*applique-t-il qu'à l'hypothèse où des Anglais équiperaient des vaisseaux dans le but d'y prendre eux-mêmes service pour le compte d'un belligérant. Oh ! alors M. Laird serait blanc comme neige, son ambition n'étant pas , que je sache, de courir les aventures d'un loup de mer.

Malheureusement, lord RusseD, qui, en cette occurrence, est le seul oracle à consulter, n'entend pas ainsi la chose. Pour lui, la rédaction du « Foreign Enlistmjent Act » est suffisamment claire; et s'il était bien établi que, malgré leurs noms égyptiens et les accointances de M. Laird avec un Français, les deux vaisseaux cuirassés dont on parle tant sont destinés aux confédérés, Sa Seigneurie, je crois.

LE a GHOST-CLUB » 31

n'hésiterait point à crier auxdits vaisseaux : On ne passe pas f

La difficulté est donc d'avoir àes preuves.

Et comment arriver là ? Une loi de ce genre est si facile à éluder?

Le mieux, pour en finir, serait de l'étendre en la précisant, et de déclarer illégale, sans plus d'ambages, toute vente de vaisseaux de guerre non autorisée par TÉtat. Cela couperait court à des subterfuges et à des disputes d'où peuvent sortir, en telle circonstance donnée, de grands, d'irréparables désastres. Il est vraiment par trop absurde qu'un monsieur quelconque, qu'il s'appelle Laird ou Paul, ait pouvoir d'entraîner son pays dans une guerre terrible, parce qu'il lui aura plu de favoriser la cause des confédérés, ou simplement de s'enrichir aux dépens de la cause des fédéraux.

11 septembre.

Le « Ghost-Clab »•

Un jour, Daniel O'Connell ferma la bouche à une poissarde qui l'insultait, en lui criant : « Vieille hypothénuse ! » Ce mot mystérieux, incompris, fut un coup de foudre. De même, l'autre jour, une demoiselle Harriett Trimmer foudroya une dame AugustaLeigh, en lui lâchant à brûle-pourpoint l'appellation de « capricorne ».

32 lettres' sur l' ANGLETERRE (l863)

Les circonstances qui fournirent à la colère de niiss Har^ riett Trimmer cette obscure et terrible façon de s'épancher se rapportent à un véritable trait de mœurs et méritent conséquemment une petite place dans la chronique de chaque jour.

Voici le fait.

Une vieille demoiselle 'du nom de miss Trimmer ayant lu dans quelque journal une annonce ainsi conçue : « Chez soi confortable, composé d'une chambre à coucher et d'un salon pour six shellings par semaine, service compris, » se rendit au lieu désigné et loua l'appartement. Mais à peine y était-elle installée que d'étranges allées et venues éveillèrent en elle un sentiment de vertueuse sollicitude. Elle se crut dans une maison de mauvaise renommée, fit ses malles en toute hâte, et se mit en mesure de partir sans payer. Arrêtée au passage, elle s'ouvrit franchement de ses soupçons ; sur quoi, la dame de l'endroit, quelque peu amazone de sa nature, lui livra un combat d'où la pauvre miss sortit passablement meurtrie. De là, procès pour « assauît », comme on dit en bon anglais. Devant le juge, l'héroïne qui, d'une main si leste, avait vengé l'honneur de son garni, a fait porter sa, défense sur deux points, savoir que sa maison était la seule dans tout le quartier qui ne fût point « gaie », et ensuite que la plaignante Tavait appelée, non pas « vieille hypothénuse », mais, ce qui est presque aussi grave, « capricorne »• Capricorne! La qualification n'étant pas de celles qui sont ordinairement du ressort des tribunaux, le magistrat a voulu en savoir au juste le sens, ce qui a amené l'explication suivante :

Dans Bath Street , City Road , réside un grand nécromancien, un Cagliostro à deux sous par tête. Miss Trimmer, se trouvant tourmentée par des peines de cœur, eut recours

Page 1