DÉ&AT SUR LE SENS DU « FOREIGN ENLISTMENT ACT
hostilement ces vaisseaux au service d'un potentat étranger? ^
Ces doutes seraient fort intéressants à éclaircir. Est-ce que M. Slidell ne pourrait pas, sur ce point, nous venir ^n aide?
Ce qui est sûr, c'est que ces mots : « un Français, » mêlés, à tort ou à raison, au bruit du combat qui, depuis quelques jours, se livre autour du nom de M. Laird, compliquent ou semblent compliquer singulièrement la question.
Il y a, en effet , ceux qui crient : « Prenons bien garde ! Si nous souffrons qu'en violation de la loi, quelque autre Alabama^ sorti des ports de l'Angleterre, aille chercher sur l'Océan Toccasion de poursuivre, de piller, de brûler les vaisseaux marchands des États-Unis, ou bien si nous souffipons que des vaisseaux de guerre, ijorlant l'estampille anglaise, courent offrir aux confédérés un moyen de plus de prolonger l'horrible lutte, que devient, aux yeux des Américains du Nord, la neutralité de l'Angleterre? Et le maintien de la paix, que devient-il ? »
' Or, à ceux-là d'autres répondent : « Entre un vendeur anglais et un acheteur français, le gouvernement anglais n'a que faire. S'il plaît à un, Français d'acheter de M. Laird, pour les vendre ensuite, à qui bon lui semble, deux vaisseaux, cuirassés ou non, cela le regarde. Prétendre l'en empêcher, ce serait tomber de mal en pis. » VEconomist dit en propres termes : « Nous ne pouvons pourtant pas nçus faire une querelle avec la France pour plaire à l'Amérique. »
Ainsi donc, à entendre les uns , il faut se préparer à une rupture avec l'Amérique, si les deux vaisseaux suspects ne sont pas saisis; et, s'ils le sont, une rupture avec la France, k entendre les autres, ne serait pas impossible. Peste!
28 LETTRES SUR l'aXGLETERRE (i863)
quelle importance donnée à ce M. Laird et à son mystérieux compère d'outre-Manche! Le3 voilà, du coup, investis du droit de paix et de guerre. Ils tiennent le sort du monde dans leurs puissantes mains. Pour de simples individus, dont l'un est M. Laird tout court et dont l'autre est encore à Tétat de mythe, c'est beaucoup d'honneur !
En attendant, la question divise et agite les esprits. Le ministre des États-Unis en Angleterre demande à cor et à cri que le gouvernement intervienne comme il le fit dans le cas de YAlexandra^ offrant de prouver que les vaisseaux construits à Birkenhead sont destinés aux États du Sud et invoquant l'exécution stricte du « Foreign Enlistment Act » . C'est dans ce sens que pétitionnent, et la « Société d'émancipation », et la « Société pour l'abolition de l'esclavage ». Les partisans du Nord ne laissent pas de repos à lord Russell; ils lui donnent de l'aiguillon dans le flanc. Le Morning Star^ journal de MM. Cobden.et Bright, a été des premiers à sonner le tocsin, et, chaque jour, il s*étudie à montrer une guerre avec les États-Unis comme la conséquence naturelle de spéculations semblables à celles de M. Laird , si on les tolère. Le Caveant consules est aussi fort bien développé dans deux lettres que M. Nassau Senior a tout récemment adressées au Times^ et auxquelles le Times, chose remarquable et remarquée, a donné son visa.
D'autre part, le parti tory veut absolument qu'on laisse faire. LeMorning Post ayant annoncé avant-hier que le gouvernement était enfin décidé à mettre le holà, voilà qu^hier le Morning Herald a lâché la bride à son indignation. Il rappelle amèrement à lord Russell qu il y a quelques jours, il opposait aux mémoires dont il était assiégé la nécessité de . n'agir que sur preuves bien concluantes. Il s'étonne d'un changement de politique aussi soudain. Peu s'en faut qu'il