T. VI
Quant à celles et à ceux qui, pour rien au monde, ne s'embarqueraient un vendredi, qui feraient une lieue avec de la boue jusqu'aux hanches plutôt que de passer sous use échelle; aimeraient mieux mourir sur l'heure qu'être exposés à mourir plus tard en s'asseyant à une table autour de laquelle sont déjà douze convives, et à la vue d'une salière renversée pâlissent de cette pâleur dont parle Racine le fils, leur nombre passe toute proportion décente. On ne brûle plus les sorcières , voilà tout.
Et tenez, il n'y a pas encore une semaine qu'on lisait dans le DailyTelegraph l'annonce extraordinaire que void : € Maison hantée par les revenants. — Le « Ghost-Club », dans dés vues d'investigation, désire obtenir une maison hantée par des revenants, eu ville ou à la campagne, pour un temps déterminé. — S'adresser, avec toutes les particularités requises , au secrétaire du c Ohost - Club », aux soins de Joseph Clayton, agent d'annonces, 265, Strand, Londres. »
Dn club formé pour aller a la chasse aux fantômes ! Que vous en semble? Pas une syllabe de cette prodigieuse annonce qui ne soit digne d'attention. Tout d'abord , quoi de plus philosophique que la pensée mère à laquelle ce club doit naissance? Ceux qui le composent sont, vous le voyez, des sages qui planent d'un vol également élevé au-dessus des faiblesses de la crédulité et des misères du scepticisme. Us n'affirment pas précisément qu*on revienne de l'autre inonde, mais ils ne le nient pas tout à fait non plus. Ils se sont associés ; ils ont loué un vaste local ; ils ont pris un secrétaire; ils ont nommé un comité, avec président et viceprésidents; ils tiennent des registres; ils font bombance, à certains jours donnés, se servant de crânes, je suppose, en ^uise de verres ; ils sont un club enfin , < dans des vues
LE a CHOST-CLUB » S5
d'investigation ». C'est le pur amour de la science qui les inspire. Aussi désireot-ils obtenir une maison hantée par des revenants, — de vrais revenants, des revenants pour tout de bon, qui ne sortent pas de la manufacture de M. Home et ne soient pas des spectres faux teint. Remarquez, je vod$ prie, cette condition, si éminemment philosophique : <r Toutes les particularités requises. » Ainsi , ce qu'il faut faire savoir au secrétaire, par l'entremise de Joseph Clayton, agent d'annonces, 265, Strand, c'est si le revenant, qu'on consentira à iBettre à la disposition du club, vient à l'heure de minuit ou plus tard; s'il annonce son arrivée par un bruit de chaînes ou par le tintement simultané de toutes les sonnettes deja maison; s'il a traversé le cimetière ou s'il est descendu par la cheminée; s'il est apparu sous la forme d'un vieux chevalier couvert de son armure ou sous celle d'une jeune fille montrant son sein percé d'un poignard; s'il est conduit par le désir de chercher un trésor enfoui ou de cacher un meurtre ; bref^ « toutes les particularités requises » . Que ce soit <ic à la ville ou à la campagne » , n'importe : h scianœ ne s'arrête pas à ces distinctions. On ne demande la maison <[ue pour « un temps déterminé », soit afin de ne pas perdre trop de temps à pénétrer un mystère qu'on reconnaîtrait impénétrable, soit de peur qu'une « investigation * indéfiniment prolongée n'exigeât un courage surhumain. •Quoi qu'il en soit, quiconque a^ dans las conditions voulues, un bon . revenant sous la main, n'a qu'à s'adresser au « Ghost-Club » , et il est sûr de faire un^ belle affaire. On demande... non pas un valet de pied ou me bonne pour tout faire, mais un fantôme ! (Wanied a ghost !)
Or, ce qui rend ceUe ardeur d'investigation plus méritoire encore, c'est que, chaque soir, dans Regent-Street , à « Po^ lytechnic institution » , on montre des spectres qui viennent
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d'être inventés tout exprès pour prouver que, dans ce siècle de rindustrie, on fabrique des revenants comme toute autre chose. Mais ces messieurs du « Ghost-Club » ne sont pas gens à se rendre de la sorte. Ils sont pour le libre examen quand même.
Tout ceci ne vous semble-t-il pas une page h ajouter à l'histoire des singularités humaines et des excentricités anglaises?
12 septembre»
Défaut d'entente entre Doi/irnins-Street et les Tuileries^
Reconnaissance des Polonais en qualité de belligérants, Yoilà ce que le parti libéral en Angleterre demande à l'heure
qu'il est, foilà ce qu'il espère.
C'est pour obtenir cela que le prince Czarloryski vient de s'adresser aux ministres des affaires étrangères de France, d'Angleterre, d'Autriche, et cette démarche est accueillie par le Daily News avec une satisfaction un peu naïve, mais honnête.
Rien de plus facile à concevoir, pour qui se rend compte des sentiments contradictoires qui agitent le cœur de ceux des Anglais dont le Daily News est l'organe.