‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sérChapitre 37 sur 88 · INTERET ANGLAIS ET INTERET ALLEMAND EN OPPOSITION · texte numérisé non relu

INTERET ANGLAIS ET INTERET ALLEMAND EN OPPOSITION

ce que valent les coups d'Etat successifs par lesquels le gouvernement de Copenhague s'est efforcé , h diverses reprises, de mettre ces conditions à néant, — ou de quel droit, la ligne mâle venant de s'éteindre en Danemark , on prétendrait perpétuer son union dynastique avec le Slesvig-Holstein que gouverne la loi salique... a, dis-je, tout se bornait là, nul doute que Tembrasement de l'Europe entière ne fût un moyen peu proportionné au but. Dans ce cas, c'est certain, le drame serait trop grand pour le théâtre ; et nous aurions devant nous le spectacle d'une énorme locomotive employée a mouvoir une de ces machines où l'on enferme les enfants pour leur apprendre à marcher. Mais, je le répète, il s'agit, dans l'opinion des gouvernements européens, de toute autre chose que de ce que les Slesvig-Holsteinois veulent et ont droit de vouloir.

En réalité, les deux grands intérêts en présence dans cette affaire sont l'intérêt allemand et l'intérêt anglais. L'émotion de l'Allemagne et celle de l'Angleterre le disent assez. La germanisation, si je puis parler ainsi, de la mer Baltique et la transformation graduelle de l'Allemagne en puissance maritime, voilà ce que les Allemands désirent avec passion et ce que les Anglais redoutent.

Aussi le, protocole de Londres, que ceux-ci réussirent à faire signer, en 1852, dans Londres, par la France, la Russie, la Suède, même par la Prusse et l'Autriche, eut-il pour objet spécial d'assurer l'intégrité de la monarchie danoise, au mpyen d'un arrangement qui maintint sous le même sceptre le Danemark et les duchés. On prévoyait alors ce qui vient d'arriver, c'est-à-dire que Frédéric VII mourrait sans enfants, que le royaume de Danemark tomberait en quenouille. Or, les monarques danois n'étant, dans l'origine, devenus ducs du Slesvig et du Holstein qu'en vertu d'une

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électioB et à la condition que la succession des deux duchés ne sortirait pas de la li^Demâle, il était manifeste que, Frédéric Vil mort, la réunioo des duchés à la couronne danoise devait cesser. Mais qu'adviendrait-il alors? Le Slesvig, qui esl plus qu'à moitié allemand, et le Holstein, qui Test tout à fait, ne se jetteraient-ils pas sans retard et sans réserve dans les bras de l'Allemagne? L'accession du Slesvig à la confédération germanique n'assurerai t-elle pas à l'Allemagne la possession tranquille du port de Kiel, possessk^n aujourd'hui plus ou moins troublée par le voisinage des Danois? En un mot, ce que ces derniers, dont l'Angleterre n'a nul sujet de prendre ombrage, viendraient à perdre de la sorte, ne serait-ce pas la puissante Allemagne qui le gagnerait? Ce fut pour empêcher tout cela que l'Angleterre eut l'idée de désigner d'avance comme successeur de Frédéric Vif, dans sa double qualité de roi de Danemark et de duc des États de Slesvig et Holstein, le prince qui vient d'être couronné à Copenhague et qu'on a nommé depuis 1852 le prince-protocole.

Mais le successeur légitime , en ce qui concernait les duchés, ce n'était pas Christian; et ce fait que la diplomatie européenne jugeait à propos de lui servir de marraine ne suffisait pas pour annuler du coup les droits, incontestables et incontestés, du duc d'Augustenbourg à la succession du Slèsvig-Holstein.

Les choses étant ainsi, vous demanderez, peut-être, pourquoi le choix de la diplomatie ne tomba pas sur le second plutôt que sur le premier? La raison en est simple. Dans les démêlés du Danemark avec les duchés, qui avait pris parti pour le Danemark? Christian. Qui avait pris parti pour le l^esvig * Holstein ? Le duc d'Augustenbourg. Il entrait donc dans les vues d« nos faiseurs de protocoles de choisir

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