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MORT DE FREDËRIG VII

saires, cette nécessité même ne montre-t-elle pas à quel prix le Danemark est réduit à acheter la soumission des duchés ; et, d'un autre côté, comment voir dans de telles pratiques une observation fidèle des engagements pris en 1852, et rappelés par lord Russell dans une dépêche de date récente :

Autonomie dû duché fédéraldu Holstein ;

Non-incorporation du Slesvig avec le Danemark;

Égalité entre le Slesvig et les autres parties du royaume en matière politique ;

Égalité de droit pour la nationalité allemande et la nationalité danoise?

On doit l'avouer, ceux qui, dans les duchés, souffrent, résistent, protestent, étant Allemands, il est assez naturel que l'Allemagne épouse leur querelle et cherche à leur venir en aide, si elle en a les moyens. Or ces moyens, non-seulement elle les possède, mais elle est en position, du moins à l'égard du Holstein, de les employer légalement. Car il ne faut pas perdre de vue que le Holstein fait partie de la Confédération germanique, et que la Diète germanique, juge .suprême des cas de violation du pacte fédéral, se trouve investie du droit de punir les infractions de ce genre, en envoyant des troupes dans le territoire de celui des membres de la Confédération qui est en défaut. Le procédé qu'on nomme exécution fédérale peut, cela va sans dire, être mis en œuvre avec plus ou moins de justice, mais enfin il est légal. On peut, selon les circonstances, blâmer l'application; mais le Danemark lui-même, en ce qui concerne le Holstein, ne saurait contester le principe.

Tel se présente le point de vue. allemand de la question. Est-ce le seul auquel il soit juste de s'arrêter? N'y a-t-il rien h dire en faveur du Danemark? Les Allemands ne sontils animés, dans cette affaire, que du pur amour de la jus-

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tice ? Les Anglais n'ont-ils aucune raison valable à donner pour justifier les sympathies presque unanimes dont ils font un bouclier au Danemark, et fautnl s'étonner de Téoiotion avec laquelle plusieurs de leurs journaux saluent, dans Tavénement de Christian IX, Tespoir d'im arrangement amiable eatre la Diète germanique et le caWaet de Copenhague ? C'est ce que le développement ultérieur des faits me donnera occasion d'examiner.

CCXH*

22 noTembre.

Complications de la question danoise

iies questions obscurcies sont comme les nuages sombres dans les temps d'orage : elles portent la foudre.

La question du Slesvig-Holstein est de celles-là, et l'on peut voir de quelle dose d' électricité elle est chargée par ce qui en est sorti depuis l'envoi de ma dernière lettre.

L'avènement de Christian IX au trône de Danepiark met ^n feu les duchés. Les Slesvig-Holsteinois se rappellent leur guerre de V indépendance de 1848; ils récapitulent leurs griefs; ils réclament à grands cris leur autonomie; pour eux la cloche qui a sonné les funérailles de Frédéric VII a sonné riieure de leur complet^iffraachissement. « Sur quoi, disent-il^, :se fonde désormais la prétention daDanemark linous tenir 6>ou6

son joug? Frédéric VII n'ayant pas laissé d'héritier mâle, le trône de Danenaark est tombé en quenouille, et notre loi de suc- •cession, à nous, est la loi salique. Or l'union des duchés avec le Danemark n'ayant jamais été qu'une union dynastique^ semblable à celle du Hanovre avec l'Angleterre avant l'avénement de la reine Victoria , et ce qui tendait à altérer ce caractère n'ayant jamais eu d'autre origine que- les empiétements de la force, le lien légal qui nous attachait au Danemark est rompu. La mort de Frédéric Vil nous fait indépendants et libres. Que nous importe ce traité de Londres, par lequel, prévoyant le cas qui vient de se réaliser et voulant en empêcher Teflfet, les grandes puissances de l'Europe désignèrent, en 1852, le prince Christian de Glucksbourg comme le roi futur des Danois et notre futur duc? En vertu de quel droit ces puissances ont-elles substitué leur bon plaisir à la loi qui nous régissait, renversé l'ordre de succession établi dans notre pays, et disposé de notre sort sans /nous, malgré nous, contre nous? Sommes-nous un bétail? Que les Danois acceptent, si ceïa leur convient, un monarque sacré par la diplomatie : ce monarque ne saurait être notre duc. »

Puis, voici venir le prince Frédéric d'Augustenbourg, qui se pose comme le duc légitim.e du Slesvig-Holstein, et qui Test certainement, si l'ordre de succession reconnu dans ces <x)ntrées n'est pas mis à néant, au nom et par suite du traité de Londres de 1852. Cette can*}idature est-elle sérieuse, ayant pour elle le poids légal , et probablement la majeure partie de la population des duchés, mais ayant contre elle les protocoles? Ah ! si l'Allemagne tout entière n'était pas là pour l'appuyer ! Ceci est le côté tragique de l'affaire.

Déjà le duc de Saxe-Gotha s'est prononcé. On le dit ambitieux, avide de popularité; et certes, l'initiative qu'il vient

de prendre prouve qu il s'entend fort bien h faire vibrer la corde sensible. Il n'est pas en effet de question qui passionne plus rAllemagne que celle de Tautonomie absolue du Holslein, lequel appartient à la confédération germanique, et du Slesvig, lequel aspire à lui appartenir. Aussi la fermentation est-elle grande dans tous les États germaniques. Avec plus d'amertume que jamais, on y désigne le prince Christian sous la dédaigneuse appellation de prince-proto^ cole. Avec plus d'amertume que jamais, on y insiste sur ce qu'il est Allemand et qu'il a déserté, dansla question des duchés, ce que l'Allemagne regarde comme sa cause propre ; sur ce qu'il doit sa fortune à cette désertion seule ; sur ce qu il est la cxéatu)*e de F Angleterre. On y parle du traité de 1852 comme d'une feuille de papier bonne à mettre au feu. A ceux qui font observer que ce traité porte, après tant, la signature de l'Autriche et celle de la Prusse, on répond que ni la Prusse ni TAutriche n'ont signé en qualité de membres de la Confédération germanique; que, si elles avaient touché au mode d'existence du Holstein sans réserver l'assentiment de la Diète, elles auraient foulé aux pieds le pacte fédéral ; que, conséquemment, leur adhésion a été, a dû être conditionnelle, c'est-à-dire subordonnée à la ratification ultérieure de la Diète, et que cette ratification n'a pas été donnée.

Ce n'est pas tout. Comme si le problème n'était pas encore assez compliqué, voilà que l'avant-garde du parti démocratique allemand rejette du même coup et Christian de Glucksbourg et Frédéric d'Augustenbourg: le premier, parce qu'il est roi, et roi de Danemark ; le second , parce qu'il invoque des titres plus ou moins empruntés de la théorie du droit divin, et parce qu'il est le fils d'un homme qui, après s'être fait acheter par le Danemark l'abandon personnel de ses prétentions héréditaires, a servi, en Prusse, le despo-

lisme contre la liberté. Ce parti, peu nombreux, je crois, est en revanche très-aclif; il se remue beaucoup; il écrit beaucoup ; il a des émissaires dans le Holstein ; il y envoie des manifestes; il y répand Tidée que le mieux, pour les duchés, serait de laisser là les prétendants de toute couleur, de se constituer en république, d'être la Suisse du Nord.

Et pendant que cette agitation a cours là-bas, est-on tranquille ici? Non, certes. Le mouvement de l'Allemagne inquiète et irrite les Anglais. Ils croient y apercevoir bien moins un élan sympathique vers la population allemande des duchés qu'une passion malsaine d'agrandissement. Ils ne mettent pas en doute que le but de l'Allemagne ne soit de réduire le Slesvig à l'état de province allemande. Ils la supposent possédée d'un violent désir d'avoir un grand port sur la Baltique. Ils estiment que le port le plus important dans ces parages, c'est Kiel, et que, pour tirer avantage de la possession de Kiel, qui est dans le Holstein, l'Allemagne a besoin de s'établir sur la rive. septentrionale, qui fait partie du Slesvig. Ils savent combien la marine marchande des Allemands est considérable, ce qu'ailleurs on ne sait point assez, et quelle puissance maritime l'Allemagne pourrait devenir le jour où elle aurait les vaisseaux de guerre qui lui manquent, et où elle posséderait le Slesvig, le Holstein, deux nids d'habiles et hardis matelots. Une chose les touche aussi : la crainte de voir disparaître la nationalité danoise, laquelle, sans le Slesvig et le Holstein, serait bien près de périr, n'étant plus en mesure de se défendre ; ils s'intéressent à ce peuple, petit par le nombre^ grand par le courage, et que la liberté aujourd'hui compte parmi les siens.

Dans cette situation d'esprit, les Anglais mettent autant de véhémence à appuyer le Danemark que les Allemands k

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soutenir les duchés. L'Angleterre avancerait-elle si TAUemagne avançait? Dans ce cas, quelles étranges complications! quel embarras pour la famille royale d'Angleterre! La fille aînée de la reine, mariée au prince royal de Prusse, pourrait-elle se dispenser de faire des vœux pour TAUemagne? Le fils aîné de la reine, marié à la fille du nouveau roi de Danemark, pourrait-il n'être pas animé de sentiments tout à fait contraires? Et déjà n'est-il pas singulier que le premier à se déclarer contre le père de la princesse de Galles ait été l'oncle du prince de Galles ?

Quoi qu'il en soit, la mine est creusée. Pour la faire sauter," il suffirait d'une étincelle.

S'il ne s'agissait que du Danemark -d'un côté, et des duchés de l'autre, la question, malgré les efforts prodigieux qu'on a faits pour Tembrouiller, serait assez simple. Les trois poiiïts autour desquels elle tourne sont ceux que le roi de Prusse résumait en ces termes, dans une lettre écrite par lui, le 21 mars 1848, au duc d'Augustenbourg :

1° Les duchés sont des États indépendants ;

2° Ils sont intimement liés l'un à l'autre;

3^ La ligne mâle règne dans les duchés.

Chacune de ces assertions a, cela va sans dire, donné lieu, entre les écrivains danois et les écrivains allemands, à des controverses sans fin. On a fouillé dans les archives de Copenhague ; on a consulté et déchiffré de vieux parchemins à moitié rongés des vers ; on a usé des flots d'encre ; on a épilogue ; on a équivoque sur je ne sais quels textes .latins ; on a bataillé à en perdre haleine sur la question de savoir, par exemple, quel degré d^importance il fallait attacher k une lettre trouvée dans les archives danoises et datée du 5 juin 1448, contenant un paragraphe en latin^ « tiré, est-il dit dans la lettre, d'un document daté de 1326, signé

du roi Waldemar », et dans lequel la non-incorporation du Slesvig au Danemark aurait été formulée d'une manière solennelle, et pour les lemps présents et pour les temps à venir; on a opposé aux droits résultant pour le Slesvig et le Holstein du pacte de 1460 les faits établis parle coup d'État de 1721 et la théorie de la prescription; on a cherché, la loupe du commentateur à la main, ce que les rois de Danemark avaient voulu dire ou ne pas dire, lorsque, à leur avènement, ils avaient promis de respecter les <!i privilèges » des duchés; les uns ont vivement affirmé et les autres non moins vivement nié la valeur des lettres patentes par lesquelles le roi Christian VIU s'efforça, en 1846, d'étendre aux duchés l ordre de succession accepté en Danemark et qu'avait réglé la Lex Regia. Enfin, il n'est pas jusqu'aux mesures prises par le Danemark pour combattre le mouvement slesvig-holsteinois qui n'aient fourni matière aux récits les plus contradictoires, aux appréciations les plus inconciliables. N'aurait-on pu s'épargner de grands frais d'érudition, économiser le temps, éviter beaucoup d'aigres disputes en réduisant le débat aux deux points que voici : Les peuples s'appartiennent-ils, oui ou ooii? Les habitants du Slesvig et du Holstein veulent-ils, oui ou non, être Danois?

Aujourd'hui encore, cette solution ne serait-elle pas la plus courte, la plus simple^ la meilleure?

Malheureusement, la question se complique d'éléments européens dont il est difficile de la dégager, et dont le traité de 1852 ne l'a certes pas dégagée, bien que, dans cette circonstance, TAngleterre, la France, la Russie, la Suède, le Danemark, la Prusse et l'Autriche aient agi selon la théorie des congrès, — ce qui prouve bien que , sous les^ congrès, il peut y avoir une tralaée de poudre !

15« LETTRES SUR l'aNGLETERRE (i863)

21 novembre.

L'intérêt angolais et l'intérêt allemand en opposition.

Ce n'est pas tout à fait sans raison qu'un journal anglais signale aujourd'hui Ténorme disproportion qui existe entre Tinaportance, soit numérique, soit territoriale, des duchés, et la formidable grandeur de la querelle qui semble au moment de s'engager à leur occasion.

Vous rappelez-vous l'histoire de Piron mangeant une omelette au lard un jour de jeûne? Il vint à tonner; et lui de s'écrier, l'impie qu'il était : « Quoi ! tant de tapage pour une omelette! » Il est certain qu'à première vue il semble absurde que le tonnerre des canons de toute l'Europe gronde pour cette omelette, le Slesvig, pays qui n'a pas plus de 500,000 habitants et ne contient pas plus de 167 milles carrés.

Par malheur, dans la question du Slesvig et dans celle duHolstein, qui ne fait qu'un avec la première, ce qui préoccupe le moins l'Europe, c'est justement ce qui concerne d'une manière directe ces deux contrées. Oh ! s'il ne s'agissait que de leurs intérêts, de leurs droits, de leurs aspirations; si tout se bornait à savoir jusqu'à quel point le Danemark a raison d'imposer l'étude du danois à des enfants allemands, — ou ce que pèsent les conditions du pacte de 1460, stipulant l'union purement dynastique des duchés avec le Danemark, leur autonomie, leur indivisibilité, — ou

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