T. VI
2T4 LETTRES SUR L*AN'eLBTBBIiB (iSOt)
convoqua soji premier partement, od ne put trourer dam txmî le royaume que vingt-neirf pairs temporels. £t de ces vingtneuf pairs, combien ont snnrécu dans leurs descendants? Pas
cinq. George 11 avait coutume de dire que le meilleur gentilhomme d'Angleterre était lord Denbigh, parce que ciluilà descendait des comtes de Habsbourg. Ce qui est sûr, c'est que les familles des grands barons d'autrefois sont aujoiir* d'hui éteintes. 11 nW a pas, de nos jours, en Angleterre, de noblesse qu'on puisse appeler noblesse du sang; c'en est fait, en ce qui la concerne, des arbres généalogiques.
iVoù vient donc le prestige extraordinaire qui entoure l'aristocratie anglaise? Est-il dû au nombre très-restreint de ses membres? S'explique-t-il par ce fait que le nombre des pairies, dans le royaume, n'y excède p^s le chiffre de 687, et celui des titulaires le chiffre de 570? Celte imposante Chambre des Lords, où voni s'asseoir tous les lords anglais et gallois, dès qu'ils ont atteint l'âge de vingt et un aus, et où seize lords élus pour chaque session par la pairie écossaise représentent l'Ecosse, tandis que vingt-huit pairs nommés à vie par les lords iriandais y représentent l'Irlande, lire-t-elle sa considération de ce qu'elle ne compte dans sou sein que 3 ducs royaux, 3 archevêques, 27 évéques, 20 ducs, 22 marquis, 431 comtes, 28 vicomtes et 225 barons : en tout, 30 pairs spirituels et 429 pairs teiiporels? Le eceiie, ce serait tomber dans une étrange erreur.
En Angleterre, on a compris, ce qui ne le fut jamais en France par la noblesse, quand il y avait en France une noblesse, que le principe aristocratique ne peut rien gagner à s'enfermer dans un cercle étroit, jalousement ttacé, inabordable ou presque inabordable. En Angleterre, loin de tendre à se séparer du gros de la nation, l'aristocratie ne cesse d'y plonger. C'est parmi les notabilités de tout genre et de toute
SUR OflŒI^BK^BII&IB U ARISTOQRATIDi RBPOSE 21^-
conditicm qu'elle se- reemte; à Isolasse des riches, eèle a demandé l>opiilentpers&iina:ge qm s'appelleaujourd'bd lord Oversto»»; A ta classe* des gens de leitres; elle a demandé TiHistre historien qui est mort lovd Màcauky. Un^homitte de beaucoup d'esprit que j'ai connu pendant quinze ans sous le norade'Moiwktoïi'MIlnesi, ne mfest phis connu, depuis quelques moiSi.que sous- le tilsre' de lord Houghflon, Ainsi, el grâce a» droit qu'a le souverain de créer des pairs d'Angle^ terre, raristocralie est nae puissance qui seraaintrenl, s'aitroente^ se* rajeunit perpétueB^meiiti par l'accession de toutes, les fbrcos' vives dû' pays?;
Encore si cet avantage était le seul! Màis^nou : le sysième^ adfoptéapourefetd^éterà rarist^ocratie le caractère toujoirrs odieux d'unet ca^êi Accessible à chacu», elle n'est à personne ufi sujet d'offiinse. Elle offire un hm à l'ambition', cequi l'env péebe d'être le poinide mire de l'envie.
• La féodalité, d'ailleursvn'a pa&eu en Angleterre le mêmecaractère qu'en France; En France, où* les seigneurs féo- ,daux étaient quelquefois indépendants ou presque indépendants de la co«POtt»e, et où la puissance de la royauté fui souvent ternie* en échet? par celle des grands vassaux, la féodalité pesa rudement sur le paysan. En Angleterre, au contraire, ce fut sur les grands vassaux <|«e pesa la féodalité^ par le» exactions auxquelles les soumit la couronne, qu'jls n'étaient pas assez forts'pour contenir. L&> féodalité a eit en Angleterre un caractère fiscal, dont les riches isortout ont<en à souffrir. Elle a été beaucoup moins oppressive qu'en France; partant moins odieuse:
Aussi, quelles conquêtes que celles de l'esprit aristocra-^ tique en ce pays! Pas de classe où il n'ait pénétré, pas de condition qu'il ne soit parvenu à envahir. Il est descendu, b travers les couches successives de la société, jusqu'en ses^
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dernières profondeurs. On le respire dans le réduit où se cache la pauvreté, comme dans le palais où s'étale l'opulence. On le rencontre même dans le monde de la domesticité, qui a ses magnats et son étiquette. L'Angleterre le sue par tous les pores.
Il faut reconnaître, au surplus, qu'en Angleterre le principe de régalité devant la loi sert à déguiser jusqu'à un certain point le règne des inégalités sociales; je dis jusqu'à un certain point, car le régime de l'égalité devant la loi ne saurait exister dans toute son intégrité là où il est loisible au riche, en matière de délits correctionnels, d'échapper à la prison par l'amende, et où les lords ne peuvent être arrêtés pour dettes. Sous George II, lord Ferrers ayant commis un meurtre, on crut un moment qu'il ne serait pas pendu; mais le roi, qui voulait populariser la dynastie nouvelle qu'il représentait, insista. On pendit conséquemment lord Ferrers, mais avec un cordon de soie ! Il est, en outre, à remarquer que les lords déposent, non sur leur serment, mais sur leur honneur.
N'importe! Que l'opinion publique s'accommode des inégalités sociales, c'est certain ; et ce qui ne l'est pas moins, c'est qu'elle les considère comme parfaitement compatibles avec la liberté. Milton n'a fait qu'exprimer une idée trèsgénéralement répandue ici, lorsqu'il a écrit : « Si nous ne somiues pas tous égaux, nous sommes tous libres, également libres, les ordres et la hiérarchie s'accordant très-bien avec la liberté, loin de lui être contraires. » Il est juste d'ajouter que Milton, républicain déterminé, a mis ce langage dans la bouche de Satan.
Ajoutez à tout cela les services réels rendus par l'aristocratie, l'activité politique de ses membres, l'initiative que plusieurs d'entre eux s'étudient à prendre dans les questions
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liées, soit au progrès intellectuel, soit au bien-être matériel des travailleurs.
Voilà bien des raisons, n'est-ce pas, pour expliquer l'ascendant de Farisfocratie anglaise? Mais aucune de ces raisons n'est la raison décisive. L'accumulatioa de la propriété territoriale entre les mains d*un nombre limité de grandes familles, tel est le véritable pivot autour duquel tourne le système social qui fait de l'Angleterre ce qu elle est; et M. Bright frappe juste lorsque, voulant ébranler l'édifice de la puissance aristocratique, il s'attaque au mode de tenure des terres.
D*après des évaluations qui me furent fournies, il y a peu d'années, et que j'ai lieu de croire fort exactes, on comptait alors dans la Grande-Bretagne (Angleterre proprement dite et Ecosse), 4 millions de familles, comprenant environ 20 mil-' lions d'âmes. Or, sur ce nombre, la population agricole était évaluée à l,SîSO,000 familles, réparties comme suit :
Familles de propriétaires ayant chacun environ six fermiers 30,000
Familles de fermiers occupant chacun à peu près cinq laboureurs 180,000
Familles cultivant pour leur propre compte des champs, des jardins, de petites fermes. . 140,000 - Familles de journaliers travaillant pour le compte d'autrui 900,000
Total 1,250,000
Chacune de ces 30,000 propriétés étant, en moyenne, d'environ 600 hectares d'un seul tenant, il en résulte que ce n'est pas à plus de 30,000 familles qu appartenait alors, sinon la totalité, au moins une très-notable partie du sol.
Quant aux fermiers, ce sont des capitalistes plus ou moins
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considérables, possédant en bétail, en instruments aratoires, etc., quelque dix livres sterling par acre, et pesant d'un poids énorme sur la masse des journaliers.
La base sur laquelle repose cet échafaudage est le droit de primogéniture, combiné avec le droit de substitution.
Ce n'est pas, comme certains le croient, que la loi anglaise consacre le droit d'aînesse d'une manière absolue.' Elle n'intervient qu'eu égard aux successions ab intestat. Lorsqu'un homme meurt sans laisser de testament, ses biens personnels ou mobiliers sont partagés entre tous les enfants de l'un ou de l'autre sexe; mais, quant à ses biens réels (les immeubles), ils sont dévolus par la loi à l'aîné des fils, h l'exclusion de ses frères et sœurs.
Du reste, la liberté de tester est entière, et rien n'empêche un propriétaire de faire de sa propriété, pour .le temps où il ne sera plus, l'usage qu'il jugera convenable, à moins qu'il ne s'agisse de terres frappées ide substitutions. Seulement, l'usage est en harmonie parfaite avec la, loi, et il est rare qu'en fait de successions immobilières, l'héritier exclusivement désigné par un testament ne soit pas l'aîné. Notez bien que ceci s'applique, non-seulement au fonds, qui appartient à la noblesse, mais encore aux bestiaux, aux instruments aratoires, aux baux, dont se compose la propriété mobilière du fermier. Si ce dernier peut, à la rigueur, •déshériter son fils aîné, diviser sa fortune, en disposera sa guise, il est très-rare qu'il use de ce droit. Comme ses supérieurs, il veut perpétuer son nom, se survivre dans un héri- . tier. Aristocratie de seconde main !
Eh bie»! c'est surtout ce mécanisme, complété par \e droit de substitution, qui, en conservant la classe des grands propriétaires fonciers, et en mettant obstacle à la division du m\y permet à l'aristocratie anglaise de se maintenir. M. Bright
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ne s'y trompe pas, et, je le répète, il la vise droit, au cœur, lorsqu'il proteste contre le divorce établi, eu Augleterre^ entre le paysan et la terre.
8 Jiiiiyier t864.
Denx systèmes en préseniee : petite etfKure
et ^i^mie enlMiipe.
. Jean-lacques Rousseau a-^t-il eu raison d'écrire : « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : Ceci esta fnot, et trouva des gens aâsez simples pour le croire^ fut le vrai iouidatettr de la société civile; que de •crimes, de loeurtres, que de miidères et>d'horreurs n'eut point éj^gués au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossa, eût crié h ses semblables : Gatrdez-vous d'écouter cet imposteur; vous êtes perdus si vous 4HibUez.que les fruits sMt à tous et 'que la terre n'est à personne? »
Quand Kousseau, d'un cœur ému, traça ces lignes ék>^ quevtes, il oublia GomhieB il est néoessaire, dans l'iintéHèt même dufenre temain, qie la terre soit divisée four-éHe cultivée; il ne prit pas garde que nul ne se doimeraiit la •pdne de senier s'il n'afviit ia cvriitiide deauHBsoBBer.
Nul éifute que la tenre nesoitile Aonniitt de riMnoamèlé, cfnome la lumière âo'soleil) ocoonne Faîr, coinmeîtoitt^oe'qiii
est absolument indispensable à l'existence de Thomme. Mais, d'une part, la lunoière et Tair nous sont donnés gratuitement par la nature , tandis que la terre veut éfre travaillée ; et, d'autre part, la lumière et l'air nous sont donnés en profusion, tandis que la terre est une quantité limitée. Pour qu'elle profite au genre humain , la première condition, c'est que le travail qu'elle requiert ne soit pas troublé ou rendu impossible par les disputes que sa possession , si elle était incertaine, ne manquerait pas de provoquer.
La terre diffère aussi de la lumière et de l'air en ce sens qu'elle ne constitue pas, elle, une richesse inépuisable. Loin de là : elle est sujette à se détériorer ; elle se fatigue ; elle s'épuise. Que de plaines, en Asie et dans l'Afrique, sont devenues arides, qui jadis furent fertiles ! Que de pays sont des déserts, qui autrefois nourrissaient des populations nombreuses! Même en Europe, l'épuisement des forces» productives de la terre pourrait devenir un danger, s'il n'était heureusement combattu par l'ardeur de l'intelligence humaine à se pourvoir d'engrais; car cette substance fécondante que nous fournissent certaines Iles de Tocéan Pacifique, le guano, n'est pas un trésor dont il soit impossible de voir la fin.
La jouissance durable des bienfaits de la terre est donc, pour l'homme, au prix d'une lutte dans laquelle il faut qu'il triomphe, sous peine de mort; et par conséquent, dès qu'il s'agit d'appropriation du sol, la question qui domine tout est celle de savoir quels sont les arrangements sociaux les plus propres à réaliser ce but souverain : la conservation de la race humaine.
Que les produits de la culture appartiennent à celui dont elle a employé le travail et le capital, ou, en d'autres termes, que celui-là soit appelé à recueillir, qui a semé, c'est ce que