EN FAIT ^* ARISTOCRATIES) OCELLE EST LA BONNE? S
terre soit à qui la féconde; mais il est au moins douteux que l'intérêt de la société et la justice trouvent leur compte à un système en Tcrta duquel une classe privilégiée de citoyens est appelée à recuetltir ce qu'elle n'a pas semé.
Et toutefois il y aurait iniquité flagrante à abolir ce sys* tème sans indemniser amplement tem en faveur de qui la société a permis qu'il s'établît et subsistât. Ce serait fouler brutalement aux pieds le respect dû aux transactions faites en vue de son maintien ; ce serait passer l'éponge sur des contrats conclus sous l'empire de règles sanctionnées k tort ou à raison, mais enfin sanctionnées par le corps social tout entier ; ce serait violer la foi publique.
Ceci bien efitendu, la question est de savoir, d'abord pourquoi une réforme est nécessaire, et ensuite dans quel sens, de quelle manière, conformément à quels principes, elle devrait être tentée.
A entendre certaines gens, l'existence d'une opulente aristocratie dans un pays a cela de bon, qu'elle y élève le siveau de la Mie sociale, qu'elle y répand la passion des arts, qu'elle y entretient, avec l'amour du luxe, le culte de l'élégance et le goût des plaisirs délicats. Ce serait à merveille, si la satisfaction de besoins trèsnréels n'était pas sacrifiée de la sorte à la poursuite de besoins souvent artificiels et imaginaires ; si Texirême richesse des uns n'avait point pour corollaire l'extrême pauvreté des autres; si l'élégance raffinée des habitudes et la culture de l'esprit, en haut, ne répondaient pas, en bas, à des habitudes de grossièreté, à l'ignorance, à l'abrutissement. Que vient-on nous parler d'assurer à un petit nombre d'heureux mortels la possession du commun héritage, pour qu'ils soient par là mis à même d'encourager les progrès de la civilisation en la faisant tributaire de leurs jouissances? En quoi la masse de la société
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profite-t-elle des raffiDements dont se vante l'aristocratie ? Quel bénéfice intellectuel ou moral rapportent à tant de malheureux qui sont en peine de leur nourriture et de leur gîte, les objets précieux, les belles statues, les peintures exquises, quelle emprisonne dans ses palais ou exile dans ses maisons de campagne? Nul doute qu'une aristocratie opulente ne fournisse aux productions de Tart et de Tindustrie des consommateurs empressés ; mais une société de travailleurs qui, pour avoir de riches clients, commence par se dépouiller en leur faveur, ne ressemble pas mal à un marchand qui donnerait de Fargent à ses pratiques pour les mettre en état de lui acheter ses marchandises.
Dans le livre ou il se pose plus spécialement comme Tavocat de raristbcralie (1), M. Mac CuUoch dit : « C'est à ceux qui, des rangs inférieurs de la société, sont parvenus à en atteindre les hauteurs, que l'humanité est redevable de la plupart des inventions et améliorations qui ont si fort étendu Tempire de Tesprit sur la matière et tant ajouté a la somme du bonheur humain. Si les grandes fortunes étaient divisées, si le niveau de l'opulence était abaissé, le stimulant de l'inégalité venant à manquer ou se trouvant beaucoup affaibli, il y aurait moins d'émulation, et la société se rapprocherait d'un état stationnaire. »
Ce n'est certes point là ce que nous apprend l'histoire. Ce qu'elle nous apprend, au contraire, c'est que les grands génies dont l'humanité s'honore ont été dirigés par de tout autres mobiles que la cupidité, la vanité du rang, la soif des titres, et ce que M. Mac Culloch appelle < le stimulant de l'inégalité y> . Ce qui a donné au monde des hommes tels que Socrate, Platon, xVristote, Tacite, Dante, Galilée, Ra-
(1) Sticcession to properly.
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phaël, Leibnitz, Descartes, Schiller, Molière, Shakspearë, Watt, Newton, Pascal, etc., c'est la passion de la vérité, c'est l'amour désintéressé de l'art ou de la science, c'est le bonheur intime qu on éprouve à exercer ses facultés et à suivre la loi de ses aptitudes. Le c stimulant de l'inégalité » n'a d'action, comme mobile, que pour la formation d'aristocraties artificielles ; il n'entre pour rien dans la formation de l'aristocratie véritable, celle qui se compose des grands philosophes, des grands poètes, des grands artistes, des grands inventeurs, de tous ceux qui contribuent réellement à élever le niveau de l'humanité. Gœthe était homme de cour ; mais ce ne fut pas l'homme de cour qui, dans lui, ém\it Faust. Bacon passe pour avoir trop aimé l'argent et préféré les honneurs à l'honneur ; mais alors même que cette accusation, aujourd'hui déclarée injuste par de bons • esprits, serait fondée, il est bien certain que ce ne fut pas Tâpreté du gain et une vanité vulgaire qui rendirent Bacon capable de composer le Novum Organum. Ceux-là se font une singulière idée du génie, vraiment, qui le supposent asservi à des appétits misérables. Le représenter tel, c'est le calomnier.
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^ mai 1864.
PouTQlr politique de l'aristoeratie en Aiig^leterré.
A mesure que j'avance dans le travail auquel vous avez accordé rhospitalité de vos colonnes, chaque jour quelque fait nouveau vient mettre en lumière les abus inhérents à la constitution aristocratique de la propriété en Angleterre.
Parmi ces abus figure la concentration du pouvoir politique aux mains d'une classe particulière.
Ne vous étonnez pas si la Chambre des Communes vient* de repousser à une grande majorité la proposition de M. Baines relative à l'extension du suffrage électoral. Ne vous étonnez pas si elle a fermé son oreille et son cœur aux adjurations éloquentes de M. Gladstone. Est-ce que, dans la distribution des pouvoirs, la Chambre des Communes représente bien réellement l'élément populaire? Elle ne représente même pas l'élément bourgeois. Qu'on regarde à sa composition : la Chambre des Communes est aristocratique par essence; elle est, en réalité, à la Chambre des Lords ce que, dans les familles dominantes, les cadets sont aux aines.
Voici, d'après un tableau que j'emprunte de l'ouvrage du docteur Edouard Fischel (1), comment la Chambre des Communes était composée en 1789; elle contenait :
(1) p. 428 de la traducUoD anglaise. «.