‹ Lettres sur l'AngleterreChapitre 7 sur 12 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

Moyens de publicité. — Journaux.

IJe tous les moyens de publicité, aucun ne contribue plus que les journaux à cette diffusion générale des lumières moyennes dont je vous parlais dans une de mes premièreis lettres , comme du caractère distinctif de TAngleterre.

La presse périodique est par tout pays un des résultats les plus importans de la civilisation moderne ; mais nulle part elle ne constitue un élément aussi essentiel de l'organisation sociale que chez les Anglais , et chez les Américaiiis , dont les mœurs ont à cet égatd une parfaite analogie avec celles des Anglais: AîlIeut'sV lés journaux sont une arme puissante dont le pouvoir ou les partis se saisissent tour à tour ; en Angle-

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terre et aux États-Unis ils sont l'agent, Fintermédiaire indispensable de toutes les relations des hommes entre eux. H y a peu de villages d'Angleterre où la lecture d'un journal ne soit devenue un objet de première nécessité ; et , en Amérique , m'a-t-on assuré , on voit jusqu'à des domestiques en faire ime des conditions de leur engagement.

Le cercle des lecteurs est incomparablement plus étendu en Angleterre que chez nous. On y compte environ mille cabinets de lecture ( circulating libraries ) , et plus de trois cents associations pour acheter des livres en commun (book clubs) ; ingénieuse institution qui me paraît de nature à pouvoir utilement s'introduire en France. Un * certain nombre de personnes se réunissent dans le but d'acheter en commun des livres dont le prix dépasse les facultés, pécuniaires de chacune en particulier. Les livres circulent parmi les membres de l'associa^

tion, et à la fin de Tannée ils sont vendus ou partagés. En sorte que si un pareil club se compose de vingt membres, chacun d'eux jouit d'un nombre de livres dont la valeur représente vingt fois celle de sa souscription.

D'un autre coté , les sociétés philanthropiques et religieuses ont tellement multiplié les ouvrages élémentaires et les livres de piété, que , malgré le prixélevé de toutes choses en Angleterre, nulle part ces livres ne se vendent à si bon marché , et ne sont mis à la portée d'un aussi grand nombre de lecteurs.

.Les journaux politiques ont quadruplé depuis quarante ans en Angleterre; leur • nombre s'élevait , en 178a, à soixante-dixneuf; et, en i8âi, un rapport £siit à la chambre des communes les porte à deux cent quatre-vingt-quatre. A l'exception de Y Observer, qui ne paraît qu'une fois par semaine, aucune de ces feuilles , beaucoup

plus^clières que celles qui se publient en France , n'a autant d'abonnés que le Con- .stiUiMonnel ou le Journal des Débats; le Times même , aujourd'hui le plus considérable des journaux quotidiens de l'Angleterre ' ne se tire guère qu'à huit ou dix mille exemplaires; mais chaque numéro p^sse par beaueoup plus de mains.

Le style des journalistes s'en ressent quelquefois. Ayant à satisfaire au gojàt du très grand nombre de lecteurs qu'ils comptent daoi^ }es classes inférieures de la société , ils sont obligés de recourir à des tournures dont la familiarité énergique dégénère de temps à autre en grossièreté, ce Lorsque je ft me suis mis k la tête du IS orth-Briton y <c disait le fameux Wilkes , ce journal avait « pour rédacteurs deux hommes , M. Chur- <c chîll et M. Lloyd , dont l'un était un bel ce espriit et l'autre un pDëte. J'ai bientôt vu

* Le Times, m'a-t-on dit, a payé , dans une seule année , 46,000 lit, sterl. ( i,i5o,ooo fr.) de droits de timbfew

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« qiie cela ne pouvait pas aller ainsi. J'en ai « fini de leurs belles manières , et je me suis (c mis à crier de toutes mes forces : à TEcos- • ce sais, à rÉcossais, à l'Écossais. Si bien que « j'ai renversé lord Bute. » En effet la plus grande force des journaux est dans la répétition fréquente d'images simples , et de raisonnemens à la portée de toutes les intelligences.

Cette force est immense en Angleterre; la puissance des journalistes y va croissant de jour en jour , elle devient d'autant plus redoutable que les écrivains de cette classe sont généralement mécontens de leur position sociale. En effet il n'y a pas de proportion entre la considération dont ils jouissent , et le pouvoir réel qu'ils exercent , soit par leur talent , soit par l'arme terrible dont ils disposent ; pouvoir que l'esprit de corps a doublé dans ces derniers temps , • car, opposés comme hommes de parti , ils sont unis comme journalistes ; et , dès que

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l'un d'entre eux est attaqué en cette qualité, tous ses collègues , quelle que soit leur opinion , l'entourent d'une phalange impénétrable. En Amérique , la puissance des journaux est plus formidable encore , et la terreur qu'ils inspirent détourne quelquefois de la carrière publique des hommes qui , bien qu'ardens pour la cause de la liberté , redoutent pour eux-mêmes , ou pour leurs proches , le torrent deà invectives du parti opposé au leur.

L'esprit français est peut-être plus propre qu'aucun autre à la rédaction des journaux, genre de littérature qiii exige avant tout de la promptitude d'aperçus , une répartie vive , des résumés clairs et rapides.

Quelque passagers qu'aient été les momens de liberté dont ont joui nos journalistes , quelque vicieuse que soit lAtre législation actuelle, des talens fort remarquables se sont déjà développés dans cette classe d'écrivains. J'ouvre rarement une de nos

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feuilles périodiques sans être frappé de Télégance de style et de k sagacité de raisonnement qui se font remarquer dans un grand nombre d'articles, et j'ai vu cette opinion partagée par des Anglais qui , peu instruits des progrès que la Fance a faits en ce genre, ne pouvaient se défendre de laisser apercevoir une surprise légèrement dédaigneuse.

Mais nous n'en sommes pas moins dans un faux système en fait de journaux : nous avons introduit la division du travail là où elle est non seulement inutile , mais nuisible. Nous séparons les journaux politiques et littéit*aires des annonces commerciales , judiciaires et administratives, et des recueils périodiques de jurisprudence. Et comme fort peu de personnes sont en état de s'abonner simultanément à ces divers genres de publications , qui toutes intéressent pourtant d'une manière plus ou moins directe l'universalité des citoyens , il résulte de là

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que chaque classe de lecteurs demeure étrangère aux questiom qui ne sont pas dans le cercle immédiat de ses alTaires ou de ses goûts ; et que la publicité n'est jamais que partielle ^ur chacune de ces quêtions. Le fabricantde province n'est point instruit, ou n'est instruit que JGort Jtard des progrès que fait l'industrie, soit à Paris, soit sur tout autre point de la France ; le capitaliste de Paris ignore quel emploi les départemens pourraient .offrir à ses fonds. Les arrêts de nés vingt-six cours royalœ demeurent un mystère pour tout autre que les habitués du palais, tandis qu'une publicité plus large préviendrait peut-^tre tel jugement en Opposition avec un arrêt précédent de la même cour , telle décision contraire au sens commun , ou détournerait les plaideurs d'entreprendre des procès dont ils auraient à rougir au grand jour de l'opinion.

Les- journaux quotidiens, dont la première affaire est aujourd'hui de jBatter les

passions de leur parti , ou d'amuser les oisifs^ acquerraient un caractère plus sérieux et plus utile, lorsqu'ils^ deviendraient les dépositaires d'un si grpi)d^ nombra de faits , et qu'ils seraient gbli^datsâ mettre, en garde contre le^ . déœ^i^ tpe : ^^ faits mêmes pourraient dQuaep à. leuirs assertions.

Un j,Qurnal an^lai$: ^ une espèce de mi* crocpsmeiy qÙ est ar-epi^^sentée ^'universalité des ciroiQ^tano^s. qiû. intéressent la cornmunajaté- OïJk y -voit ^cbaquej JQur Ic^ discussions du..p^rleme£^t<, lesr plaidoiries des avocats et les d^oîsiao^^ 4^^ tribunaux fidèlement rApport4€3 7 ^iion .pas seulement, comme chez npu^, .dans^ quelques procès qui peuvent piquei?.jl^ curic^lié , on «servir les vues d'uu parti ». pais i dans toutes les causes civiles et criwiueU^s» Xes .insti?uotions judiciaires et les affaires de ^mple police sont comprimes da£fô la même publicité. Quelque fortement prononcées que soient les différences d'opinion dans ce

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pays, quelque violente qu'y soit la polémique , le respect des faits est poussé trop loin pour qu'un journaliste se permette de les altérer. Jamais , an presque jamais il n'arrive que la même séance du parlement , le même procès présente un aspect entièrement différent , suivant qu'on en lit le résumé dans telle ou telle feuille périodique.

La première pensée des adversaires est de fixer loyalement le terrain du combat.

Les discours prononcés dans les assemblées de comté , dans les réunions de tout genre ^ religieuses ^ philanthropiques, pol?

tiques ou commerciales , les séances de Ih compagnie des Indes , cidlles du conseil de la Cité et des autres corporations de quelque importance , tout se publie dans les journaux. C'est par la voie des journaux que le gouvernement feit connaître les conditions de ses marchés; que le candidat au parlement recherche les votes des électeurs , et remercie ses partisans de leurs efforts; que

tes rivaux, dans tous les genres de concours , font valoir leurs titres , et sollicitent les suffrages. La naissance , le mariage, la mort des personnes de quelque importance , leur arrivée ou leur départ , la société qu'dles ont réunie chez elles , les moindres circonstances de leur vie , tout se sait , tout s'imprime; Il semble que la Grande-Bretagne entière sdit la maison de verre du philosophe romain.

De là naît une hardiesse, une franchise dans tous les rapports, qui est inconnue sur le continent. Les esprits ont besoin de j^oblicité, comme les corps d'exercice en plein air , et chacun est tellement feiit à ce régime, que les hommes même les jJus susceptibles sur le point d'honneur , n'imagineraient pas de s'offenser des plaisante^ ries dont trile ou tdle action, tel ou tel propos pourraient être l'objet dans les gazettes. Il y a , sous^ ce rapport , entre les citdyens d'un pays libre et ceux qui ont

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contracté les habitudes étroites que donne le despotisme , la même différence qu'entré les athelètes endurcis aux exercices du gymnase et ces hommes élevés à Fombre ((T^t/orpopoi ) ^ dont la Grèce, aux beaux temps de sa gloire , parlait avec tant de mépris.

Peut-être 1^ faut-il excepter de cette observation les coryphées de la mode «t des fur tilités aristocratiques. Le^ salons se ressemblent dans le monde entier ; et , de toutes les passions, la plus uniforme est k vanité. Les gens de cette £k>rte soiftt fort parta^ dans leurs voeux sur la liberté de la presse. Si , d'une part , ils sont flattés de oe qmô la curiosité semble s'attacher à ^us leurs moi^ vemens , de ce qu'on publie chaque jour lœ n^ms et les titres des hommes qui ont dîné chez eux , la toilette de leurs femmes et de leurs filles à un bal ou à «n lever , le nombre des pièces de gibier qu'ils ont tuées à la chasse , et je ne sais combien de minuties pareilles; de l'autre, leur susceptibilité dé-

licate redoute les rudes attouchemens des journaux. Il est même probable que , dans ce conflit de deux vanités , la liberté de la pres$Q aurait 1^ 4^^^Vf^ ? ^^ ^^ habitudes du citoyen ne remportaient heureusement sur leç faiblesses de l'Jliûmme du monde.

Quant à l'aristocratie de cour, considérée comme parti politique, un grand changement s'est opéré depuis quelques années dans son systçme , si ce n'est dans ^ps sentimens. Autrefois elle était décidément contraire à la liberté de la presse; aujourd'hui elle trouve plus profitable de la faire tourner à §es fins, et de lancer des journalistes à ses gages contre les amis de ia liberté, tandis qu'en même temps elle fait harceler de poursuites judiciaires les écrivains d'une opinion opposée à la sienne.

L'aristocratie anglaise n'est pas la seule qui ait fait cette belle découverte ; et , sous ce rapport , d'autres pays sont tout-à-fait au niveau de la Graride-Bretagne.

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Je dois pourtant le dire à notre honneur, nous n'avons rien de comparable en violence et en bassesse à'im journal tel que le John Bull; et ctst xiti fjlïériomène inexplicable pour moi que î*opînîon publique n'ait pas dès long - temps fait" une plus exemplaire justice des ignobles calomnies que ce journal déverse à plaiiir sur lés meilleurs citoyens de rAhgleterre.

La liberté de la presse a échappé récemment à un des phis grands périls qui l'aient jamais menacée. Urté société s'était formée à Londres , sous le nom indignement usiœpé 'X Assôciaûoh constitudonnelle^ dans le but de faire poursuivre, à frais communs, tous les écrits qu'on se J)îaîsaità qualifier de libelles contre là religion et contre l'État. Vous concevez aisément ce qui faisait le danger d'une pareille institution ; c'est que soustraite par l'anonyme au frein de l'opinion publique , elle poursuivait sans crainte des écrits que les avocats

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de la couronne auraient eu honte d'attaquer à visage découvert, et sapait ainsi, par sa base , la liberté des journaux dont la pudeur publique est une des plus sures garanties* Mais la liberté est comme ces plantes vivaces dont la végétation puissante étouffe les mauvaises herbes qui sembleraient devoir arrêter leur croissance. U^ssociation const^tidionnelle n'a pu tenir contif^ 1^ droiture du aens moral des Anglais ; le jury en a £iit jtistioe, die est tombée dans le iiié]H*is , et sera bientôt oubliée.

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Joumojux. — Suite de la précédente.

ô E m'étonnais avec vous , dans une de mes premières lettres , que quelques uns de nos publicistes eussent pu concevoir l'idée d'interdire à la presse toute mention des circonstances de la vie privée , et de refuser à l'écrivain inculpé la faculté d'offrir la preuve de la vérité des faits. Rien ne montre mieux le vice d'une pareille idée que l'état de la législation anglaise à cet égard , et les habitudes qui en sont nées.

La loi sur la diffamation est si vague et si sévère à la fois en Angleterre , que Bentham définissait plaisamment le libelle :

« Quelque chose que ce soit , qui déplaise à « qui que ce soit , pour quelqiie raison que

« ce soit. » {any thingj which anybody,Jor any reason dislikes).

Rien jusqu'ici qui ne doive satisfaire ceux dont je suis obligé de combattre le système.

La loi anglaise va même 'au-delà de leurs désirs; elle devine en quelque sorte leurs plus secrètes pensées.

Ce n'est pas tout , elle offre à celui qui se croit l)lessé deux manières d'obtenir ré^ paration. Il peut intenter une action civile ou une poursuite criminelle. Dans ce der- . nier cas , comme le délit consiste , aux yexxx de la loi , non point à avoir diffamé tel individu, mais à avoir troublé la paix; et comme la paix peut être troublée par une allégation fondée aussi-bien que par une calomnie , l'écrivain inculpé n'est point ad* mis à faire la preuve de la vérité des faits.

Au contraire, dans le cas de l'action civile 9 qui se résout en dommages et intérêts, il faut que le plaignant établisse qu'il a souffert un dommage dans sa

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personne ou dans sa rq^utation; et de là résulte, pour le défendeur^le droit de plaider la vérité des {^ij^ q^'il ^ allégués. C'est ce qu'on .appçUf.rpJ^^-\u?l« jUsti^ciOUm.

Dans çe^<j2t^^,l^ B?îf%y^ ^P la vérité des fiaits donne g^I|,5^^x^^^,^^4fljEe»d«u^, qui est admis à l'établir pay><tag|ijft^n3 : ^.ici s'applique, pi^tg^çf^xifl^ .dôM toi ianglaise , qui veut qpp .ijçijt pJ^fJfiTO ij*l ►pPiseattk devant ]a i^oi^Jfi^mgiiis^fffff^y, qp'iJIl viema reetus in c£/^r24i,. ?ç1q))^; l!es$l^i^Oii<;teohliique.

Ç);i^QU^i.e{|t libppe.idft cfeai^ii? -^ittre ces deir?^ i|ifinières> ((i'f]Jt>t*Miji ji|stioa Il>Bemblerait djcjnç n^gjRpli det.wppofieix.qvie. dans tops^ l^^^jiW^is^Wrtflïitjlorfique la diffamati(^nvp^|[^ sjuff ji^oircpjtslances de la vie

priy^ft^ pft^i9%ï4i Jftipiw^ à la. pour-

suite .çj^ia5^^eftqi^,n,'e8poie poin* Je jdiaigniM^tî ^ 4é!l^igi?^Pi«9£Lde yoirr hav conduite examina f.ji?ftRUiiei|l^e^i«)(»Tent daaeme perj^iffléç en pyiblic.,p^r i'a^opat du défendeur. Ppi^t du^j^^tyi c'est preftcpie^ cGn^am^*

ment à Taction civile que Ton a recours; et la raison en est fort simple. Du fait seul que Ton opterait pour le genre de poursuite qui interdit la preuve de la vérité des faits , il résulterait , dans l'esprit des jurés et du public une prévention défavorable à la plainte. Il faut que l'allégation soit motivée, se dirait chacun, puisqu'on ne veut pas consentir à ce qu'elle subisse l'épreuve de la discussion ; et le plaignant , lors même qu'il obtiendrait gain de cause , verrait sa réputation plus ternie par le procès que par la diffamation même. '

' Dans des circonstances importantes, soit par la nature du libelle, soit surtout par la condition sociale de celui qui en est l'objet , il arrive quelquefois que l'on s'adresse à la cour du banc du roi pour en obtenir une poursuite criminelle, par voie ai information. Il faut alors que le plaignant commence par nier, sous serment, la vérité des faits alléguées contre lui. Mais d'autre part, le défendeur est admis à les affirmer ; et en général, la cour accorde \ information y sans peser exactement les assertions contradictoires , à moins pourtant que la vérité du fait ne lui paraisse incontestable.

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Il est loin de ma pensée de trouver bon que la vérité des^ faits donne, de plein droit , gain de cause à celui qui en fait la preuve. C'est accorder un privilège à la diffamation qui se fonde sur des circonstances réelles, diffamation quelquefois plus dangereuse et plus immorale que la ca* lomnie même. Mais plus cette critique est fondée , plus la préférence donnée à l'action civile sur la poursuite criminelle devient remarquable.

J'insiste sur cette réponse pratique au faux système que je vous ai signalé ; système qui, en prétendant soustraire la grande masse des citoyens au contrôle de l'opinion publique , dont les fonctionnaires seraient seuls justiciables , encouragerait chez nous cette timidité d'esprit et de mœurs qui oppose à l'établissement de la liberté un obstacle bien plus dangereux que la malveillance ou l'ignorance des dépositaires du pouvoir.

Il est à observer d'ailleurs que cette distinction entre la vie publique et la vie privée , si fortement marquée là où ceux qui n'occupent point de place à la nomination du gouvernement sont déshérités de tout droit , ou du moins privés de toute occupation politique, se perd en nuances insensibles dans les heureux pays où chaque citoyen s'associe de mille manières à la gestion des intérêts de la communauté. On peut même dire qu'il n'y a pas d'Anglais qui ne doive se considérer comme un homme public. Aucun genre de vie , depuis le plus grave jusqu'au plus frivole , depuis le plus solitaire jusqu'au plus mondain, ne peut le soustraire à l'empire de l'opinion et à l'œil perçant des journalistes. Est-ce un propriétaire retiré à la campagne , au sein de sa famille ? quelque étranger qu'il veuille rester à la politique générale , il ne pourra refuser dé s'occuper de l'administration de sa paroisse ou de son comté ; il sera membre

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de quelque association agricole ou industrielle ; il prendra part à quelque réunion philanthropique ; dès lors ses voisins , ses collègues auront droit à juger sa conduite , et ce jugement sera recueilli dans les journaux. Est-ce un homme à la mode , ne ' courant qu'après les plaisirs frivoles ? il sera commissaire d'un bal , arbitre d'un pari , juge d'une course de chevaux; par cela seul il devient justiciable du public , qui a été témoin de ces divertissemens ; il ne peut échapper à l'omniprésence de la presse ; et si la vanité de l'homme du monde a quelquefois à en souffrir , la conscience du citoyen s'en épure et s'en affermit.

La publication d'un journal , en Angleterre , est une entreprise qui exige de grands capitaux et une activité dont presque aucun autre genre de spéculation ne peut donner l'idée. La promptitude ^vec laquelle s'impriment les comptes rendus des séances des assemblées publiques , confond l'ima-

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gination. Tel discours de Brougham , de Mackintosh ou de Ganning) à peine prononcé à six heures après midi y a été lu de toute la ville de Londres avant dix heures du soir ; et l'on peut dire presque littéralement qu'un membre du Parlement adresse la parole à la nation entière.

n m'est arrivé maintes fois de rester à la chambre des communes jusqu'à deux ou trois heures de la nuit , et de recevoir le lendemain à mon réveil le résumé fidèle et dé* taillé d'une discussion qui avait duré plus de huit heures. J'ai été témoin d'un fait encore plus extraordinaire : j'avais assisté, pendant toute une matinée , à une assemblée de comté qui se tenait à quinze lieues de Londres ; je revins en poste à la ville , et , à mon retour , je trouvai déjà publié , dans un journal du soir, le récit de la séance et l'extrait des discours que je venais d'entendre. Des tachygraphes debout, en plein air , pressés de tous cotés par une

foule tumultaeiise , avaient pris des notes au crayon , - sur des feuilles volantes ^ que des messagers tout prêts à les recevoir, s'étaient hâtés de porter à Londres , à mesure que la page était remplie.

Les éditeurs de journaux n'épargnent aucune peine ni aucune dépense pour se procurer les nouvdJes avec la {^ils grande promptitude possible. Suririent-â quelque événement imprétu après la distribution' du join*nal ? dn en imprime une seconde , une troisième , et jusqu'à une quatrièiÉié et une cinquième édition, que des colporteurs , armés de grands cornets de fer^blanc , se hâtent de crier dans toutes las nies de la capitale. L'application de la machine à vapeur aux presses d'imprimerie permet de donner au tirage une rapidité dont n'ap* prochent pas nos meilleurs ateliers de typographie, et la promptitude inome des communications accroît encore la puissance de l'action des journaux. Trente heu-

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res après la clôture d'une discussion du Parlement, le compte rendu en est publié dans la ville d'York , à quatre-vingts lieues de Londres. Lors du fameux procès de Hunt , à Manchester, l'analyse des débats jur diciaires paraissait dans les papiers de Londres , avant même que les lettres de Manchester fussent distribuées. Le Times seul avait trois estafettes sur la route.

L^extrême rapidité de tous les mouvemens de la machine sociale est un des traits les plus saillans de l'Angleterre , et l'un de ceux qui frappent d'étonnement les étrangers, soit qu'ils Fobservent dans le monde matériel ou dans l'ordre politique.

Les chevaux fendent l'air ; les ordres s'exécutent en un instant; les affaires les plus considérables se traitent en quelques lignes ou en quelques mots ; à peine une question d'intérêt public est-elle discutée, qu'une autre question non moins importante lui succède ; il semble que la civilisation marche

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au galop. Et œpendant tout se fait sans bruit et sans apparat ; chacun a sa place si bien marquée , sa route si clairement tracée devant lui, que l'on évite tous ces tâton* nemens , toutes ces oscillations qui absorbent tant de temps et tant de forces dans les pays moins bien orgsmisés.

£n fait de nouvelles politiques , la pu-* blicité est tellement de droit commun, qu'un ministre envoie souvent aux journaux celles qui lui parviennent , avant même qu'il les ait communiquées à ses collègues. Il m'est arrivé par hasard de me trouver dans les bureaux de Downing-Street , au moment où un diplomate récemment débarqué en Angleterre , et encore tout frais émoulu de l'école de Ratisbonne y. venait demander à lord Castlereagh , s'il n'avait point reçu de nouvelles. — « Comment, lui répondit le ministre, des nouvelles ! Oui, sans doute, et de très importantes ; tenez , voici la seconde édition du Courier qui paraît à l'instant;

lisez-la, vous en saurez autant que moi.» — Je n'oublierai de ma vie la figure de ce diplomate stupéfait d'une manière si simple de faire connaître ce qui doit être connu de tous. Quoi! semblait dire sa physionomie , pas une note , pas un office , pas un mémorandum , rien qu'un journal à envoyer à ma cour ! je n'aurai ni la dignité des réticences, ni les plaisirs de l'indiscrétion.

Il n'y a pas de pays en Europe oii le métier d'ambassadeur soit plus simple qu'en Angleterre , et oii toutes les finesses , toute l'habileté prétendue de la diplomatie soient plus en pure perte. Tout ce qu'un étranger peut savoir, il l'apprend en lisant avec attention les journaux des partis opposés ; et quant aux faits ou aux projets qu'il importe au gouvernement de tenir cachés , nulle question , nulle intrigue , nul espionnage ne saurait les découvrir. Le très petit nombre des employés des minis-

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tères rend les indiscrétions comme impos* sibles ; et il y a tel secret de cabinet qui se transmet d'une administration à l'administration la plus opposée d'opinions et de système j sans que ni les jalousies de parti j ni la vivacité des débats parlementaires le trahisse jamais.

Plus on fait une large part à la publicité, plus est impénétrable ce qu'on croit devoir lui soustraire. Ceci ne s'applique pas sevh lement aux questions politiques , mais à toutes les circonstances de la vie.

La limite entre ce qui est soumis à la discussion et les points qu'il lui est interdit d'aborder est tracée par l'opinion avec une finesse qui peut paraître subtile au premier abord , mais dont on est pourtant force de reconnaître la justesse. Tel homme souffrira patiemment que ses actions les plus simples , ses moindres paroles soient censurées avec amertume , attaquées avec violence, ou même impitoyablement persif-

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fiées , qui s'offensera du plus léger soupçon sur la sincérité de ses intentions, de la révélation du fait le moins important ou le moins fâcheux à divulguer , si la connaissance en est acquise par une indiscrétion.

C'est que, dans le premier cas, on n'attaque que sa conduite, et que la conduite d'un homme , même dans la vie privée , est plus ou moins du domaine de la communauté ; tandis que , dans le second cas , on pénètre dans le for de la conscience , ou dans le sanctuaire de Famitié. L'opinion, à cet égard, est d'une équifé parfaite, et les plaintes de l'homme qui se sentirait ainsi offensé seraient vivement appuyées par ceux-là même qui auraient envers lui la disposition la moins bienveillante.

Les rapports d'homme à homme sont souvent rudes en Angleterre , mais ils sont toujours justes; et le sentiment du droit est un caractère commun à toutes les classes et à toutes les opinions. C'est la qualité

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native , c^est , pour ainsi dire , Tinstinct de tout Anglais.

L'insertion des annonces commerciales forme une part considérable du produit d'un journal anglais. Pour le Times seul , cette branche de revenu s'élève , m'a-t-on dit, à plus de 3o,ooo liv. sterL (750,000 fir.). L'avantage de la publicité la plus étendue est si bien appréciée du négociant, du marchand, du manufacturier, de quiconque cherche à vendre les produits de son industrie , ou à fixer l'attention sur une entreprise nouvelle , que rien n'est épargné pour atteindre à ce but. On m'a cité l'exemple d'un libraire qui , dans une seule année, a dépensé 5, 5oo liv. sterL (i 38,ooofr. ) en annonces dans les journaux. Ces insertions si fréquentes dans les feuilles publiques, ne satisfont pas encore l'activité de l'intérêt mercantile ; il n'est sorte d'invention à laquelle on n'ait recours pour attirer la foule des chalands. Celui-ci fait placar-

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der son nom et son adresse en caractères gigantesques, sur tous les murs, depuis Douvres jusqu'à rextrémite de FÉcosse; tel autre, non content de ces affiches à poste fixe , emploie constamment des hommes de peine , affiches mobiles et vivantes , dont l'unique besogne est de parcom*ir les rues les plus populeuses des grandes villes , l'épaule chargée d'un immense écriteau.

Les Anglais , si simples dans leurs mœurs , si taciturnes et si mesurés dans leur langage , ont recours , dans ces occasions , à un flux de louanges ampoulées qui ne déparerait pas l'éloquence d'un chaHatan, sur la place de Naples. Cette industrie est si généralement usitée qu'elle a même reçu un nom particulier, the art ofpuffing, l'art d'enfler , de faire valoir ce qu'on annonce. Mais à peine un marchand ou un fabricant a-t-il acquis de la réputation, que le caractère national reparaît. Le sentiment de sa propre dignité, l'orgueil, si

Ton veut , remplace tout cet échafaudage ; son nom , écrit sur sa porte en petits caractères , lui parait une recommandaticHi suffisante; et, après avoir fait long-temps des avances au public , sûr désormais de sa fortune, il attend fièrement que le public vienne à lui. Le charlatanisme du début n'était qu'im calcul réfléchi, qu'une des conditions nécessaires au succès d'une spéculation bien combinée.

J'ai peur que mes lettres ne vous paraissent par trop désultoires , et que vous ne m'accusiez d'un manque absolu d'ordre et de méliiode; la paresse est peut-être l'unique cause de ce dé&ut, et je m'abandonne à votre critique, ou me recommande à votre indulgence. Mais ce n'est pourtant pas sans motif que je suis le fil de mes souvenirs , sans prétendre à une marche plus philosophique. L'Angleterre offre , il est vrai , de grandes masses que l'œil de l'observateur peut saisir; mais,

pour les embrasser d'un regard , il faut se placer à distance. . Quand on approche , quand on veut pénétrer dans le pays même , et c'est là le but de notre correspondance, on se trouve au milieu d'une foule de bizarreries, de contrastes, d'anomalies de tout genre dont il faut suivre les sinuosir tés. C'est ainsi qu'en regardant de près le tableau d'un grand maître dont on veut étudier le style, les groupes qui, d'un certain point de vue , formaient l'ensemble le plus harmonieux , ne paraissent plus qu'un mélange de couleurs bizarrement heurtées.

Quelque variété d'objets qu'embrassent les papiers publics en Angleterre , la littérature en est presque entièrement bannie , et, selon moi , pas ce n'est sans motif. Pressée par l'espace et par le tem^s., dans les feuilles fugitives d'un journal quotidien , la critique littéraire est habituellement frivole et superficielle : c'est à la vanité ou au désœuvrement qu'elle s'adresse ; donner

OU recevoir un applaudissement est le seul triomphe qu'elle ambitionne. Que si parfois elle devient plus grave , si elle veut pénétrer dans les profondeurs de la pensée , elle paraît pédante et guindée , elle semble hors de sa place ; on croit voir im professeur s'égarant en trop joyeuse compagnie.

Des faits , avant tout des faits , et le petit nombre de réflexions qui en sont la conséquence immédiate , voilà ce que le public anglais demande avec raison aux journalistes. C'est dans des recueils plus étendus , et qui paraissent à de plus longs intervalles , qu'il va s'instruire des progrès de la littérature et de la philosophie.

Ces recueils, dont la Reçue d'Edimbourg a été le premier , ont opéré une sorte de révolution dans le monde intellectuel. Jusqu'alors les journaux littéraires n'avaient été que des anncttices de librairie , où chaque éditeur faisait prôner à son gré les ouvrages sortis de ses presses. La Revue d^ Edimbourg

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a commencé une ère nouvelle : des savans , des penseurs , des hommes d'état du premier ordre se sont réunis , non plus seulement pour rendre compte de tel ou tel livre , mais pour faire triompher un certain ordre de principes et d'idées. Leur talent et leur persévérance ont été couronnés du succès; ils ont eu des imitateurs et des émules , et aujourd'hui les revues sont devenues une véritable puissance intellectuelle et politique.

Je n'abuserai pas de votre temps en vous parlant de ces divers recueils, que vous connaissez comme moi ; je ne m'arrêterai pas même à ceux que Ton peut regarder comme les organes des trois grands partis qui se divisent l'Angleterre '. J'appellerai seulement votre attention sur un trait qui leur est commun ; c'est que , tout en rendant oompte des principaux ouvrages qui

' Edinburgh Revicw , Quarterly Review , Westminster Review.

SUR L'ANGliETERRE. âl I

paraissent , ils s'attachent moins à en faire l'analyse et à les juger isolément qu'à réunir dans un même point de vue toutes les publications analogues , et à résumer avec force les questions qui y sont traitées. En effet , c'est là ce qui importe vraiment au public } c'est ainsi que se forme et s'accroît chaque jour cette masse homogène de notions justes et positives , que l'on ne peut trop signaler comme un des caractères les plus essentiels de l'Angleterre.

Des réunions publiques.

Un homme d'iesprit disait : le langage du despotisme, c'est : mêlez-vous dé ce qui vous regarde ; celui de la liberté , c'est : mêlez-vous de ce qui ne vous regarde pas. Il

énonçait une grande vérité sous cette forme épigr.ammatique.

Le travail constant du despotisme est d'isoler toutes les existences , de faire deux parts de l'espèce humaine , dont l'une jouisse paresseusement des plaisirs d'un pouvoir . sans contrôle , et dont l'autre , vouée pour jamais à des occupations toutes spéciales , trace, comme le bœuf, son uniforme sillon.

Dans un pays libre , au contraire , rien de ce qui touche un ordre quelconque de citoyens ne peut rester étranger aux autres membres

SUR l'angleterre. âl3

de la communauté. Il n'est pas d'Anglais , . dans quelque humble rang que le sort l'ait fait naître , qui ne puisse croire à juste titre que son opinion est de quelque chose dans la direction des affaires de son pays ; et réciproquement , il n'est pas d'individu placé assez haut , pour que sa conduite journalière ne puisse être soumise à l'examen et au jugement du public.

Chez nous, la publicité est considérée comme une ressource extrême , comme une ultima ratio populi, à laquelle on n'a recours qu'en désespoir de cause , et après avoir épuisé toutes les autres manières d'arriver à son but. S'ôccupe-t-on d'une entreprise d'intérêt public ou privé, c'est toujours sur les dispositions de l'autorité que l'on fonde ses espérances de succès ; c'est dans le cabinet du ministre, c'est dans le salon de l'homme en crédit que se traitent les affaires. Tant qu'il reste une chance de réussir par la voie de la faveur ,

il semble qu'il y aurait de la rudesse ou de rindiscrétîon à parler haut, et à prendre le public pour juge de ses projets ou de ses doléances. En Angleterre , la publicité est de droit commun; c'est à l'opinion qu'on s'adresse de prime abord; c'est la première puissance dont on sollicite l'appui ; et l'homme même qui médite un traité avec le pouvoir , commence par rechercher la popularité dans l'intérêt bien entendu de son ambition.

S'agit-il d'un abus à réformer, d'une amélioration à introduire , d'un droit à réclamer , d'une institution nouvelle à fonder, dans l'intérêt de la religion , de la morale , de la liberté , ou de la richesse publique , la première démarche indispensable est d'éclairer l'opinion sur la question dont on s'occupe. On commence par fixer l'attention du public par des brochures ou des articles de journaux. Puis quelques personnes marquantes se réunissent en comité,

SUR l'Angleterre. âi5

et préparent une série de résolutions qui seront soumises à la discussion générale.

Quand on est d'accord sur ce point , on convoque une réunion , soit en plein air , soit dans une des grandes salles construites pour cet objet , que l'on trouve dans presque toutes les villes d'Angleterre, Un président , désigné par la voix publique , dirige l'assemblée ; les résolutions sont discutées et mises aux voix; et au milieu même des débats les plus orageux^ une certaine habitude des formes de la délibération , habitude commune à toutes les classes de citoyens , maintient l'ordre , et protège les droits de la minorité.

Souvent , dans des réunions de ce genre ^ des orateurs inconnus jusque là paraissent pour la première fois sur la scène , et développent des talens qui leur ouvriront peutêtre un jour l'entrée du sénat. Le lendemain leurs discours sont imprimés dans les journaux , et retentissent dans toute l'Angle-

terre. Une première assemblée en fait naître d'autres , Topinion s'éclaire et s'anime , et bientôt elle atteint un degré de force devant lequel toute résistance du pouvoir serait inutile.

Ce n'est donc pas sans raison que les Anglais attachent une ai haute importance au droit de s'assembler pour discuter les intérêts publics , et qu'ils le mettent au premier rang de leurs prérogatives constitutionnelles. Le droit de pétition , tel qu'ils le conçoivent , n'est même autre chose que le droit de s'assembler pour délibérer sur les vœux ou les griefs à énoncer dans la pétition ; car on ne s'attend pas à ce que la chambre prononce comme un juge sur toutes les requêtes qui pomraient lui être adressées. Ce n'est qu'en tant que telle ou

telle pétition devient l'objet de quelque motion de la part d'un membre, que la chambre est appelée à en prendre une connaissance spéciale. L'on ne prétend point

donner indistinctement le droit d'initiative à tout le public , ce qui ne serait qu'une confusion anarchique des pouvoirs. Mais ce que l'on veut avec toute raison, c'est que l'opinion jouisse de la plus entière latitude pour se former et se manifester. Or, des assemblées publiques, fréquentes et nombreuses, sont indispensables pour atteindre ce but. C'est une véritable. dérision que de parler de liberté dans un pays où toute réunion périodique de plus de vingt personnes est illicite sans l'autorisation du gouvernement; et cet article de nos lois est une preuve entre mille de cette triste Vérité, que le despotisme impérial forme encore la base de toute notre organisation politique, et que la Charte en a à peine modifié la surface.

Le droit de s'assembler a subi , d'abord sous M. Pitt , et , plus tard , sous lord Castlereagh , quelques restrictions contre lesquelles l'opposition a vivement réclamé.

Elle a flétri du nom de gagging bills (lois de bâillon ) les divers actes qtii ont apporté de certaines limites à Texercice de ce droit , comme à d'autres libertés publiques , et sur le continent quelques libéraux novices ont répété avec complaisance que l'Angleterre était asservie. Une inquiétude jalouse des moindres atteintes portées aux droits du peuple m'inspire trop de respect pour que je veuille prendre la défense des mesures répressives adoptées par le gouvernement anglais ; elles sont fâcheuses sous plusieurs rapports. Mais comme il me semble curieux de montrer ce que les amis de la liberté , en Angleterre, ont considéré comme un empiétement grave du pouvoir, je vous retracerai quelques unes des clauses de l'acte de 1820, qui a restreint temporairement la faculté de s'assembler en public; et je crois que vous vous écrierez avec moi : Plût au ciel que nous fussions asservis de la même manière!

SUR l'angleterre. 219

L'acte dont nous parlons interdit, il est vrai , toute réunion en plein air , de plus de cinquante personnes , dans le but de délibérer sur des questions religieuses, politiques ou administratives ; mais les nombreuses exceptions qu'il se hâte de faire à cette défense laissent au droit de s'assembler une latitude que les plus ardens amis de la liberté oseraient à peine réclamer pour la France.

Sont exceptées en effet les assemblées de comtés ou de divisions, pourvu qu'elles soient convoquées par le lord -lieutenant, par le gouverneur, par le sheriff ou son substitut, par divers autres magistrats, selon les localités , ou enfin par cinq juges de paix en activité.

Sont exceptées également les réunions convoquées par la majorité du grand jury, pendant la durée des assises; les assemblées publiques des habitans de toute cité, bourg ou ville incorporée, lorsqu'elles sont

aao LETTRES

convoquées par le maire , l'échevin , ou tout autre officier civil , agissant en chef dans son ressort.

Remarquez ici que plusieurs des magistrats auxquels est attribué le droit de convoquer ces diverses assemblées , sont élus par le peuple, que d'autres sont inamovibles, et que tous enfin exercent des fonctions gratuites, et sont choisis, sans distinction d'opinions politiques , dans toutes les classes indépeiKlantes par leur fortune et par leurs lumières ; en sorte qu'il est impossible qu'il survienne aucun grief sérieux, aucune question de quelque importance, sans que les hommes dont les intérêts se trouvent affectés , ou les opinions blessées , soient assurés de pouvoir faire retentir leurs plaintes dans une réunion nombreuse de leurs concitoyens.

Ce n'est pas tout. Aucune des formalités que je viens de vous indiquer n'est applicable aux réunions composées uniquement

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des habitans de la paroisse où elles doivent avoir lieu , réunions qui peuvent souvent être fort nombreuses , vu la grande population de plusieurs paroisses , surtout des paroisses urbaines. H suffit , dans ce cas, que la convocation de l'assemblée porte la signature de sept personnes domiciliées , et qu'un juge de paix en soit prévenu six jours d'avance.

Enfin quelle est la peine prononcée contre ceux qui assisteraient à des assemblées illégales ? Aucune , s'ils se dispersent à la première sommation des magistrats. Ce n'est qu'en cas de résistance que la loi déploie toutes ses rigueurs.

Observez d'ailleurs que l'acte dont je vous donne l'analyse n'ayant pour but que de prévenir les attroupemens séditieux , ou du moins les grandes réunions en plein air, qui pourraient devenir dangereuses dans un moment d'effervescence, l'idée même ne se présenterait pas d'en faire l'applica-

tion aux innombrables sociétés qui se rassemblent chaque jour sur tous les points de l'Angleterre , pour s'occuper d'objets d'utilité publique.

Quel affligeant contraste n'offre pas ici notre législation! Non seulement, en France, aucune société semblable ne peut sa réunir sans la permission expresse du gouvernement, c'est-à-dire de la police; mais le petit nombre de celles qui sont tolérées ne jouit qu'en tremblant d'une existence précaire que le moindre caprice peut leur arracher.

Dans un pays où tout se traite en public , où , depuis les plus grandes questions législatives jusqu'aux moindres détails d'administration locale, tout est soumis à la discussion , le talent de la parole doit naturellement être l'objet de l'ambition universelle. Dès l'école, et dans leurs jeux mêmes , les enfans s'exercent à l'éloquence politique. Souvent , à Eton et à Westmins-

ter, ils forment entre eux une petite chambre des communes, soumise à des règlemens calqués sur ceux du parlement.

Parvenus à l'université, les jeunes gens se réunissent en sociétés de discussion {debating societies ) où se traitent , selon des formes méthodiques , des questions d'histoire, de philosophie, de législation, d'économie politique. C'est là souvent que se sont développés les germes des plus grands talens ; et tel orateur dont l'éloquence fera un jour l'orgueil de l'Angleterre, a senti la première étincelle de son génie jaillir aux applaudissemens de ses condisciples.

Ces sociétés de discussion ne sont pas bor* nées aux classes riches et éclairées ; le goût s'en retrouve dans tous les rangs. A Londres et dans d'autres grandes villes , il en existe même de publiques où l'on est admis en payant. L'ordre du jour est affiché à la porte de la salle, et , pour un slielling, tout passant peut entrer et prendre part à des

discussions dont la politique du jour n'est point exclue , et où la Sainte-Alliance ellemême a été plus d'une fois l'objet de plaisanteries irrévérencieuses. Je n'ai point eu occasion de voir une de ces assemblées , et je le regrette; mais on m'a asstu*é qu'il n'était pas rare d'y entendre des orateurs populaires doués d'une facilité incorrecte, mais énergique , et capable de faire impression sur leur auditoire.

Les debating societies ne sont au reste qu'un hors-d'œuvre ; mais toutes les insti- . tutions qui font la base de l'ordre social et politique , le jury , les commissions administratives , les conseils municipaux , les assemblées de paroisse et de comté , les élections , tout suppose l'habitude de la parole et la connaissance des formes de la délibération. On ne trouve guère d'homme ayant reçu quelque éducation , qui ne sache présider une assemblée , en diriger les débats , et mettre les questions aux voix dans l'ordre

SUR l'Angleterre. aaô

où elles doivent être présentées. Il est des notions indispensables à cet égard , qui sont tellement familières au peuple anglais, qu'on ne songerait pas même à en faire l'objet d'une étude, tandis que, chez nous, ces mêmes notions restent encore étrangères à ceux même qui ont vieilli dans nos assemblées délibérantes.

Les contrastes du caractère anglais ne se montrent nulle part d'une manière aussi bizarre que dans les réunions publiques.

Je connais tel homme dcmt la timidité, dans le monde , est à peine égalée par celle d'une jeune fille de quinze ans , tel homme qui , au milieu d'un salon , ne répondrait pas sans rougir d'embarras à l'interpellation la plus simple , et qui , invité à manifester son opinion dans une assemblée publique , se lève sans hésiter , parle pendant plus d'une heure avec facilité et d'abondance devant des milliers de ses concitoyens.

Les discours écrits , interdits par la règle

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dans le parlement, le sont par l'usage dans toute autre assemblée* Parler en public et improviser sont deux mots synonymes , et l'idée d'apporter toute rédigée dans sa poche l'expression du sentiment qui pourra naître d'une circonstance non encore avenue 9 ou de l'opinion qui doit se former dans une discussion non encore commencée , paraîtrait le comble du ridicule. On ne suppose pas que personne puisse être embarrassé de raconter ce qu'il sait , ou de dire ce qu'il pense : quîponque s'exprime avec simplicité et modestie est écouté avec bienveillance , et la sévérité ou l'indulgence du public se proportionne avec une justice remarquable à ce qu'on est en droit d'attendre des talens et de la position sociale de chaque orateur.

Les repas publics sont une des occasions les plus habituelks de s'exercer à la parole. Ces repas ont pour but, ou d'entretenir l'esprit d'association , ou d'encourager l'é-

tudç de telle ou telle science , en réunissant des hommes qui n'auraient pas sans cela Toccasion de se communiquer librement leurs idée» , ou de raviver les opinions politiques, en célébrant l'anniversaire d'un événement important, tel que la naissance d'un grand homme , l'élection d'un député cher à ^on pays. Rien de plus original que ces dîners politiques. J'ai vu maintes fois près de trois cents personnes réunies à la même table , et électrisées par un même sentiment, sans, que la vivacité de leurs émotions les empêchât d'observer avec la régularité la plus méthodique tous les usages reçus en pareil cas.

Un président prend place au haut de la table ; nulle réunion sans cette formalité , qui paraît indispensable pour assurer l'ordre et la régularité d'une discussion quelconque. Les Anglais de toutes les classes ont, à cet égard, im tact remarquable , et , pour peu qu'un orateur s'écarte des con-

a 1^8 LETTRES

venances , il s'ëlève de toutes parts un cri de chair, chair (littéralement : fauteuil, fauteuil ) , espèce d'appel à Fidée abstraite de la présidence , qui indique à celui qui en remplit les fonctions qu'on s'attend à ce qu'il maintienne l'ordre , ou rétablisse la position de la question. A l'autre extrémité de la table est assis le vice-président ( depuPf'chairman)^ destiné à remplacer le président, lorsque celui-ci est appelé à prendre part à la discussion ; car ce sont deux axiomes invariables , qu'une assemblée iie peut jamais rester sans chef, et qu'un président ne doit jamais discuter.

Quand ces premiers rudimens de toute assemblée délibérante nous deviendront-ils donc familiers? A droite et à gauche du président sont les places réservées , soit aux orateurs qui seront invités à prendre la parole , soit aux personnes à qui l'on veut donner une marque de distinction.

Au dessert , lorsque la happe est enlevée,

SUR l'angleterre. 229

suivant l'usage encore assez jgénéral en Angleterre , un maître des cérémonies se place , le verre en main , derrière le fauteuil du président , et prévient l'assemblée que les toasts vont commencer. On débute d'ordinaire par porter la santé du roi, puis du duc d'York et de l'armée, puis du duc de Clarence et de la marine , soit avec des applaudissemens , soit en silence , suivant la circonstance ou les sentimens de l'assemblée. Viennent ensuite les toasts analogues à l'objet de la réunion , comme, par exemple , la santé du député dont on célèbre l'élection. Veuillez remplir vos verres, s'écrie le maître des cérémonies ; après quoi il prononce trois fois trois hdurras , qui sont répétés à voix basse par tous les assistans , et ce n'est jamais qu'au neuvième que l'enthousiasme , fût-il à son comble , se permet d'éclater par des cris ou par des applaudissemens. Celui dont on vient de porter la santé se lève alors ; il monte sur sa chaise ,

aSo LETTRES

OU se place debout sut là table même , au milieu des assiettes et des verres , et là , après avoir remercié rassemblée, avec une recherche de modestie quelquefois outrée, il rend compte de sa conduite, retrace rhistoire de sa vie politique , ou reproduit sous des formes plus piquantes et plus gaies les opinions qu'il a émises dans le parlement.

C'est dans des réunioiis de ce genre qu'ont été prononcés quelques uns des discours les plus remarquables de Brougham , de Mackintosh et de Ganning. L'éloquence dW homme d'état devient alors comme la propriété de ceux qui l'écoutent ; ils l'adoptent; ils se pénètrent de ses idées ; ce n'est plus pour eux un être abstrait ; c'est leur commensal , leur convive ; ils ont entendu le son de sa voix , ils ont suivi l'expression de sa physionomie. Un intérêt tout nouveau lie désormais le député à ses commettans , l'homme illustré par le courage ou par le

SUR L ANGLETERRE. â3l

talent aux citoyens de sa ville natale , ou à la corporation qui l'admet dans son sein.

Un <M*ateur remplace l'autre; de nouveaux toasts sont portés par trois fois trois , et les discours se succèdent bien avant dans la nuit 9 sans que la foule des convives paraisse s'en lasser , lors même que, de chute en chute , la parole est arrivée aux orateurs les plus médiocres; tant la vie politique a d'attraits pour les citoyens d'un pays libre !

Les repas les plus solennels sont ceux du lord maire de Londres , dans Guildhall.

Les souvenirs historiques que retrace cet édifice , le nombre -immense des convives , les costumes du vieux temps , les bannières déployées , la musique , les fanfares qui se font entendre à chaque toast , tout donne à ces réunions un caractère de grandeur et d'originalité dont rien, sur le continent, ne nous offre l'image.

Peut-être devrais- je vous parler mainte-

âSlî LETTRES

nant des assemblées religieuses et philanthropiques qui jouent un si grand rôle dans l'organisation sociale de l'Angleterre; mais tout ce qui se rattache à l'état religieux de ce pays est une question d'une trop haute importance pour la traiter épisodiquement; et je la remets à une autre époque , si tant est que ma correspondance conserve quelque intérêt pour vous.

SUR l'angleterre. 233

Des assemblées de comté.

De toutes les réunions publiques de l'Angleterre , les plus frappantes peut-être pour un étranger , ce sont les assemblées de comté. Ces assemblées se tiennent ordinairement en plein air , sur la place publique , dans la cour d'un palais de justice , dans quelque promenade fréquentée; car la foule des intéressés ou des curieux est trop considérable pour qu'aucun édifice public puisse les contenir. Et en effet , quoique les francs-tenanciers , habitans du comté , aient seuls le droit d'y voter , on admet assez indistinctement quiconque veut y assister. Il ne s'agit pas là de prononcer en législateurs ou en juges , sur des intérêts et sur des droits positifs , mais de consulter ou de diriger l'opinion des masses.

a34 LETTRÉS

Je VOU& donnerai mieux Tidée de l'efïet que doivent produire des assemblées de ce genre , en vous décrivant une de celles auxquelles j'ai assisté. Quelques circonstances particulières l'ayant rendue assez curieuse , le récit n'en sera pas sans intérêt pour vous.

Dans l'automne de i Bnn , la baisse des grains et le taux élevé des baux à ferme passés pendant la guerre , lorsque le prix du blé était exorbitant , avaient plongé la classe agricole dans un état de gêne et d'inquiétude. Cette gêne , qu'on a fort exagérée, et qui n'était que transitoire, comme l'événement l'a prouvé, n'était pourtant pas sans réalité à cette époque. Les propriétaires , dont les dépenses s'étaient accrues en raison de la hausse de leurs fermages, ne se résignaient qu'avec peine à quelques réductions dans leurs jouissances de luxe ; les fermiers qui , séduits par le prix excessif des denrées , avaient souscrit des baux dont ils ne pouvaient plus remplir les

SUR l'angleterre. 235

conditions , se plaignaient amèrement ; les journaliers étaient sans ouvrage , ou n'obtenaient que des salaires insufïisans. De toutes parts s'élevaient des murmures , et Ton n'entendait que cris de détresse au milieu du pays le plus florissant que l'imagination puisse se représenter.

Dans nos monarchies continentales, le peuple ne connaît guère d'autre alternative qu'une soumisssion apathique, ou la révolte. On tolère patiemment les plus grandes injustices , ou l'on s'en prend à l'autorité des maux qu'il est le moins en son pouvoir d'empêcher. Il n'en est pas de même en Angleterre» Lorsqu'une classe de la communauté est en souffrance, c'est, avant tout , de ses propres efforts qu'elle attend le soulagement de ses maux; on parle, on écrit, on se rassemble , jusqu'à ce qu'on ait trouvé le remède dont on a besoin , ou que la marche naturelle du temps ait rétabli l'équilibre ; et , s'il est permis de

se servir d'une comparaison vulgaire, si MAGNA licet componere parvis , le pays entier offre l'image d'une fourmilière. Quelque accident vient-il en troubler l'économie, on voit à l'instant toute la république se mettre en mouvement, et ne se reposer que lorsque l'édifice commun est reconstruit.

A l'époque dont je vous parle , il y eut dans presque tous les comtés de l'Angleterre des assemblées destinées à discuter les moyens d'améliorer la situation de la classe agricole, the landed interest. De nombreuses pétitions furent adressées à la chambre des communes ; et , dans presque toutes , on finissait par invoquer la réforme parlementaire , espèce de panacée à laquelle bien peu de gens songent lorsque l'état du pays est prospère , mais dont on attend des effets merveilleux dès qu'on éprouve quelque malaise.

L'assemblée à laquelle j'assistai alors fut

SUR L ANGLETERRE. sS^

celle du comté de Kent , un des plus importans par son étendue , sa richesse et sa population. Les habitans de ce comté, fiers de quelques anciennes prérogatives , se désignent encore emphatiquement par le nom d'hommes de Kent , men of Kent. La réunion était indiquée dans la ville de Maidstone , à trente-cinq milles de Londres. Je partis le matin avec quelques grands propriétaires Whigs de la province , qui m'honorent de leur amitié. Nous traversions un pays d'une richesse admirable , et, sur toute la route , mes compagnons de voyage étaient l'objet de ce respect empressé que l'aristocratie anglaise obtient de toutes les classes du peuple , pour peu que le mérite personnel accompagne les avantages du rang et de la fortune. En approchant de Maidstone , nous rencontrons un grand nombre de propriétaires et de fermiers qui se rendaient comme nous à l'assemblée , presque tous à cheval ; car , au milieu de la prétendue détresse du pays , il n'y avait guère

a38 LETTRES

de fermier qui ne regardât un ou deux chevaux de selle comme im objet de première nécessité.

Nous descendons à Tauberge, où nous trouvons déjà réunis en comité quelques uns des hommes les plus influens du voisinage* Un projet de pétition avait été préparé la veille; il énonçait les griefs de la classe agricole , réclamait des réductions de taxes , ainsi que des mesures pour relever le prix des grains , et demandait enfin la réforme parlementaire, comme l'unique remède à tous les maux de l'état. Ce projet semblait de nature à satisfaire les vœux les plus démocratiques. On le discute , on y fait de légers amendemens , et on se dispose à le présenter à l'assemblée générale , où tout portait à croire qu'il serait adopté sans résistance.

L'heure sonne ; nous descendons sur la place publique. C'était jour de marché; plusieurs milliers d'hommes étaient déjà réunis ; toutes les fenêtres des maisons voi-

SUR l'angleterre. aSg

sines étaient encombrées de curieux ; au bruit de la foule se mêlaient le mugissement des bœufs , le bêlement des moutons, et tout le mouvement confus des acheteurs et des vendeurs. Le peuple impatient se pressait autour de quelques charrettes destinées à servir de tribune aux orateurs , et sur l'une desquelles deux planches de sapin , mises en travers, formaient le fauteuil et le pupitre du sherifF, président de rassemblée. Les uns nfontaient sur les roues ; d'autres se hissaient sur une échelle , dans la position la plus gênante et la plus périlleuse , pour être bien assurés de ne pas perdre im mot des débats ; tant les dernières classes du peuple , en Angleterre , sont vivement sensibles aux plaisirs de l'éloquence politique ! Mais au milieu de tout ce tumulte, les charrettes, à l'exception d'une seule, restaient vacantes ; personne , même parmi les plus avides des plaisirs de la journée , ne songeait à les escalader ; et pourtant aucune

force armée n'était là pour les garder ; au-

cuhe ordonnance n'en interdisait l'açcèà.

Pour qui ces places sont-elles réservées ? de-

mani

meh

genii

' pussent exiger cette marque d'honneur ?

jNullement. Avaient-ils quelque smne dis-

,,u\\\ r'\îr»l '>!>.'' »^»'»i^n ' '^^'î»'"'^' ^' ^

tinctif pour se faire reconnaître ? Aucun,

lÈia^'nbtoriisfté publique les désignajif peuje ; ' éi' au milieu de la scène la plus confuse , ' un sentiment gênerai des conyenaijice^ m-

'diqûait à cnacûil que. les meilleiires.placçs

VI*''1,'A' '..'■'••I «..i \

étaient dues aux pairs du royaume, aux membres de la chambre des communes , aux juges de paix, à tous ceux qui, par leur condition sociale, sont plus spécialement appelés à connaître et à discuter les intérêts de leur pays , à tous cçi^ix epfin que leur éducation, et leur manièrje^ de vivre font comprendre dans le termj^ gén^qque de ffèntlerri^n. Mais a peine le^ gentlemen

SUR l'angleterre. â4i

eurent-ils occupé leurs places, à peine le shérifF eût-il déclaré que la séance était ouverte , qu'en un instant les charrettes furent prises d'assaut, et encombrées par la foule, au point que les orateurs mêmes, pour être à portée de se faire entendre , étaient obligés de se tenir comme en équilibre sur les bras et sur les épaules de leurs amis.

Après que le sheriff eut exposé le sujet de la réunion , un membre du parlement , représentant de l'opinion whig du comté , prit la parole , et développa les motifs du projet de pétition. La conduite du ministère , l'accroissement des impôts , fruit de guerres ruineuses et impolitiques, furent naturellement le sujet de son discours, plus d'une fois interrompu par le tonnerre des applaudissemens de dix mille auditeurs.

L'assemblée paraissait unanime; toutefois le chevalier Knatchbull , député ministériel , quoique presque seul de son bord , ne crut pas devoir laisser le discours de son

coUègue sans réplique; et, après quelques ccmipli;nfiens oratoires, dont les Anglais sont ^ussi prodigues dans ïes réunions: populaire» que 0ôb^e$ daits les débats des ixikutiaÀx et les discussions du parlement , il i prit hardimetit la défense des opinions ministérielles qui, là du moins ^, se trouvaient en si grande minorité. Son discours flit écouté sans faveur y mais avec impartialité ;^on sutgréîà Forateur de s^ètre acquitté de sa tâche d'une manière franche et virile ( manly) , expression qui , dans le langage et Tesprit anglais , est un des plus grands témoignages d'estime.

tra pétition n'éprouvait point de résistance , et déjà le shériff allait la soumettre au vote de rassemblée , lorsque , du milieu de la charrette la plus pressée par ïa foule , une voix s^élève et réclame la parole pour un amendement* Tous les regards se dirigent de ce eioté , et Ton voit un homme à cheveux gris , mais d'aune stature forte , et

SUR l'angleterre. * a43

d'une expression hardie, se faire jour à travers ses amis , et s'avancer pour prendre la parole. Cet haxame était le £imeux Cobbett. Il .estaccaueilU par un murmure général de désapprobation. A bas Gobbett , point de jacobin parmi* nous^^^'écrie plus d'ope voix. C^p^ndantun lord de l'opposition réclame la liberté' de la parole* Gobbett est-il ftan^tenancipr du comté? demande-t-ooa de toutes, parts. — Oui ; je le suis/, répcmd Ck)bbel:t d'une voix ferme. *— Dès lors, reprend Jasheriff, vous avez le droit d'être entendu 5 et» mon devoir est de vous maintenir Ik parole. — Voici , en peu de mots , le début du discours de Gobbett , autant que ma mémoire peut me le retracer.

« Je vois que l'assemblée ne m'accueille «c point avec feveur ; je serai court , et mon « langage sera si clair, que le journalier que (( voici devant moi, en sarrau de toile, ne <c> perdra aucune de mes paroles , et les transit mettra, je l'espère, à|pes enfans. De toutes

« parts i'enteiids, réclamer la reforme para lementaire , comme 1 rniiîme remède aux ce maux que vous endurez. Mais quels sont ce doijcles premiers qui aient proclame cette ce venté r Quels, sont , ^i ce n e^t les radi- « câux , ceii3ç qm • deùijis puis ue v^ngi^ans , « ont Revendique pour le peuple anglais a les droits dçnt/une arrogante aristocratie ce le dépouille r Jbt quel a ete notre salaire ? ce nous avons été msujtes , bannis , emprice sonnes ; le sang des meilleurs citoyens de <c 1 Angleterre a été répandu dans les plaines

ce cher, un asile au-delà de 1 Qcéaii. Je rentre « dans mes foyers, et que vois-ie?Les grands <c seigneurs de ce comte viennent eux-mêmes <( vous proposer cette réforme que , ré- « cenjiment encore , ils traitaient de crimi- « nelle chimère. Je serai ïuste envets vous, « messieurs les whî^gs , je conviendrai que « vos ancêtres ont bien mérité de l'Angle-

« terre , au temps de la révolution ; je con- « Viendrai mertie que vous êtes moins en- « nemis des libertés de votre pays que les « gens de cour et les usuriers , qui s enri-

OS intérêt de quoi isesetadesffui a iniques. Mars que m importe , si vous pe OC cessez pas de profiter de . la corruption « que vous semblez combattre? Que m imce porte , SI , en prêchant la reforme , vous « conservez vos bourgs pourris , sous pre- « texte qu u ne serait pas sage d y rec( noncer , tant que les torysconservent Jés « leurs ? Ce honteux ' trafic a dure trop <c long-tenjps. Le moment est venu de vous c( parler un langage plus severe , et vous (c allez l'entendre de ma bouche : resigneza VOUS , sans plus tarder , au sacrifice de vos « bourgs , ou préparez-vous au sacrifice de « VOS châteaux et de vos fi>rtunes. »

Pendaat un semblable exorde , des colporteurs , répandus sur divers points de la

place publi(jue, agitaient au loin d'immesneâ écrîteaux', véritabïès oriflammes dû radîca-« lisme , oui les diverses 'brochures dé Gôbbett étaient recommandées à lattentioti populaire. Un murmure sourd annonce a 1 orar teur que ses paroles font impression; il profite habilement de ïa disposition des esprits ; il parcéùri les dîfférens abus dïi système aristocratlquie , dans Tétat et d^ns

église; puis, revenant a un ton plu» mp-^ déîre, il propose, comme amendement à Fadresse, une' reduètion de la dett^ pu-» blique , fondée sur ce qu'il est juste dé faire participer les rentiers à la réduction que toutes le$ autres classes de citoyens ont subie ^ans leurs revenus, soit par la'baisîse du prix dés grains, soit par la reprise 'des paiemens en numéraire.

. A Gôbbett succéda un autre orateur du même bord , qu on me dit être un hui^sier-r priseur de Rochester , et qui , sans correction de langage, mais non sans verve et

SUR l'Angleterre. 1^47

sans connaîssaiifie de Thistoire pol^ique de son pays , développa l'amendement de, son chef de parti , et acheva d'entraîner TasTsemblée.

L'an^hdemëntde Gobbett n'était au fait qu'une proposition de banqueroute mal déguisée I mais, pour, le démontrçr d'une manièFe satisfaisante ,' il fallait ejQitrer dans dès considémtîons^'économiepoliticpiepeu à Ja pdrtée d'un auditoire mobile et impa^ tient* D'ailleurs quelques whigs s'étaient un peu' écartés des vrais principes , dans une discussion au parlement sur le même sujet:

il eh devenait peut-être difficile pour leurs amis de combattre victorieusement la proposition dés radicaux ; leurs efforts , pour la repousser, furent donc inutiles. L'amendement passa à une forte majorité ; et, pour mieux constater son triomphe , Cobbe^it se donna le mérite de laisser recommencer deux fois l'épreuve du vote.

Voilà donc une victoire remportée par

l^ oh^ d^.ipantii<rjaeQbiii'^ >par <un homme

y^rgjiy.e>e^ iréya&iticHiiiairei!! Bt odtbe* victoire est remportée ^'^oii pis sup quelque' minis^ té<*ie}âHQ]^air»finâJB«Àur»d6ftt>^i^û^ sur lç9t .{wopridtaim6(^es^pio£;cx)iisîd^ables et le^'.plijs jmtemebtirespecH^éide la pr<y^^ IIJ^ ^im/enacës «ur jlat place puMaqiie^ au mjjia^ . de h. feule assemblëe ^ de la- perte de l^Uf siprÂ;vîlé^s> et delaiitpoltatîoii derleurs forlitnes; ^tiii a ^(Dibtsnu< la majorité. €om>me«[^t<)lie.(pars flroire»que' le payai est; à la vélk rd!m^ xéirokrtioni?'' que i© peuplé va se soulever ; rque lès tclassesfpirarrres votit se pi^cÂptter^ I fifodr i les < rangs élevés ; que» tout TédÂ^ce^ .d^ ^ 1 Wistoenatie ; anglaise va s^écrauler avea £raca&>?^ TMnsjportohs^^ fiAP la pemsee, wie semblabie ^cèaïae daus le voisinage dstPaci&^'et'fkifions^nous, «s'il ^est pô^ siUe^ une juste idée de& tèmears'dtx'^é^ verjpieinfint^>Qii0>d'ftgeirs> dô'lioUée j ^ue» » dfe gendaormes ^ique de troupe enUidUvemefnt!

SUR l' ANGLETERRE. !à^g

Trop heiur6UX)<(enl).fiHSvisi quelque soldat stupidement 1 fér^meme irenak^ft»; oértdin de l'iêmpunité 4 fhîrei &ui suri ie^peupk /tôns ^^tm. i a^itorité > que ^^m caprice !

BiçDb.<jb paceil eniÂngkterro ; àitioind des trQi:^eB les plus)^[tayes ; peint de ti^otipes^ points de^^i^d^nmeB^ P!»intid?aatffe& lespionâ^ qpe çpiékpmsi .taeli)ijp:*aphn f- envoyant 4» 9a hkteiwtifs feiûlles> vokBtes a» jÀnîtiftKMé quilles, emploie^ Apirès' nne' agitation^' d^ quelques instacis^ 9 1x>ut reantre dans l'^ord)^; et Jiq peuple^ < ^atis&iiiii d'urvoir <jio\n de^^éA droit^^.senetirep^ustiittHtiieqiie jioiMais ^^ instibAtio»$;qili J^^al^Htissept; li/^iuiv, ^

Xl'est oçv qui»est avr^yéà l-épwpie'àifï^^jê vous parle ; aprè& quelques siMces j^saagers de Cpjbib^tt'fide^lliiicdîet.de 1 le bon sen^ national «a repriâ le dessus ,^^da ma^/Qjii%é' e$t ^re^tée \SJ^JGk)mhi^ , dané* ki» td^ seDKHhl^efi;d#]0O9ite. J'4Û jnijmûii^inèaïB l'a^ semblée|dpMAic|stiènerse^ fuse 4l9k^om iké ^xiXii^méeiipxsmjit* homme

2^0 LBTTRBS

dontie.caK^ctèrâ^t l^^{)iuîoias n'inspirent aucune ^f #l;i?nf$<» ^ smi. retopi^né; à Londres avec les mêmes personnagçgqué j'arais accQm]^^f^é^hfïf^^pn'^ ils u!4^i^V^t pa^ Tobjet de. moins^de fiémnigiiag^^ d9^ife«pect; riçn n'hait ' changé ;;p^$, .la, ipqindre craiate sur la stabilité d^ in^t^tip^ ^t .de? fortunes ; et dix miUe homme^ y otapft la banquerpute, ^ kdon^e ligues de la capitale;^ n'avaient pas même iocd^ionné la. plus légère variation dajok le ; oours d^s effets pub^lics.

On aurait tort de conclure de là que les assemblées de i^omte soient de vaines cérémonies 9 des espè^ce^, de saturnales d'uii jQur , sans conséquence pour le lendemain.

Ce&ass^mbléesexeroent une influence réelle sur l'opinion des maâ^ses ; elles ï'éclàirent etla ft^rtifient ; elles entretiennent chez le peuple anglais le sentiment de ses droits et. de sa force y sans lequel toutes les garanties écrites deviendraient vaines ; et ce serait un homme d'état sans tact et sans prévoyance,

SUR l'angleterre, aSi

que celui qui ne suivrait pas d'une oreille attentive les Vôèttx énôïicés dans^tles réo-i

nions de ce gehtë-' ' ' "- '• ''^' '

. Ctoye2:-iV6uâVï^"<ïeriiandferà4-ôn peutêtre , que lés àsseWbléëi jibpùlàîres pus^nt être Mrbduiteà' ë«*Fi^ic« «sans danger , et que ; pour eti*e^ tï^îWëù^ utiles ; elles n'éiti^ geiît t)as ùfl i6Aii^ii«?ds'ausSi'for« qufeiiéilùi de NrîktiiOTâtiè^'togMi^^?^^ Cette* -t^^

tion ' eàt ^bien Va^tè^ et *me ihèneràit trop loin; mais ee que jé'crois dû riiôfins, c^est qu'un brdi'e d'é'ëHdiies quî jierttiet au' peuple de donner pleine carHèrè à' son énergie intellectuelle ■ d'épàiîdKërdanâ une discussion vive ^ turbiilèrité riiêine- dette surabondance dé vie qui se trdute dheziès nations comme chez les individus , je crois , dis-je, qu'ïiti tel ordre de choses est préférable à celui où'ractivîté huriiaihe \ comprimée par . le despotisme , ou gêhéie piir les pédantesques niaiseries qu'on dédbré' du nom d'administration , n a d'autre alternative que de gémir

a5â IjBTTres

sous le fardeau qui Taccable , ou de se frayer une route sanglante , en renversant toutes les barrières 9qc)^l^.;] ^ ( :î f

Plus un peuple a été long-temps emmailloté dad» itt9\laii^eBNdesla\]po!ic!6 y ^iè^, sans doute , le premier exercice de sa liberté doit

«AM^ie^lafOHâP'f)^st *q(iHl''faâ}^ laisser ftroi^irr à^'fsiAiat$i idahs ' tliÉié'Sémle' apathie.

-n') 8Xio/r. fi'i i^.n^'ii ')\n^ ^iw**. . « i- »* '

iotto 11') Jv.^'n Irf'Jin')! is I 'il • »

oup îior' ,e'i*^)Vi[> aiioil •♦llim 'jM| » ' m». )i»i /

trouve naturellement conduit à vous entretenir du Parlement; et , si je ne me trompe, je crois que, sans que nous en ayons encore rien dit , vous^fiBLiffiez déjà conçu une idée plus juste qu'on n'en a d'ordinaire sur le continent. Le Parlement n'est en effet qu'une assemblée publique , plus solennelle et plus puissante que les autres , mais qui s'y rattache par mille liens divers , soit que l'on envisage sa composition , ses formes ou ses attributions.

Dans les pays où le gouvernement représentatif est d'importation nouvelle , et où

a54 LETTRES

une iimtatîdEtt pliis ou- moins défigurée de ku coof tkfttiooj aaglaise ^ i a »eté' superposée à la moUdrohie adinimâtirative,,i2.y a^un^vévitàbk'désaccQEdjsatrale^ débats pavlement^res' et «tout' r^UMnobk. idesi iiisl«îbitk»i$. Ap mâlièRA d'u^i peu^ privé die droits et de Hteeiuosr ppyôquesyle oorps lé^siatif se pré- ^ssnte I eomme ' wie i e$pèae « de . Ahe^aàier er- EMQiVqui v»tit , ieha<|ue' af^!lée^> rompre uAe laildeiaia^le xnîntsAèi^^'Qufikpieail^oHiHies eai plape '^paqrvjanti i étrei > re(Hveraé& ' dans» ? le tovurnoî ;< mais Ja' session ' fime ,' tout ! r enrtise dans* la routine aax)uftuinée^ de a'<K(st qu'un mauvaise momept à passer ^ et les mânistres croient faire. iBermeilk', loirsqu-en jiriyant les chambres de toute imtiative>eR>letu* refusant les renseign^mens les plusîndîspeasables, sous prétexte de je ne baisq^dieUe prérogative de la i coinroiijae ^ ou * dâ toute autre fin de non recevoir, ib réofcaiwnt .le coorps. législatif à une iréritablei nullité.) • Les minîstiïes anglais ne ^sont^^ae -des

amaas bien ' passionnes dè^i labertési publia que& ^ mais ils sont motos > notvic»^' (jam* nos geurernanà, en. matièiie deadnstîtatîoiii; l&ws^'idèp& fiant) plus (largfesy ety loin d'eiv goter ëni^^ l^étendu^< destottrlbotiDnB du'Pjnrleiiient^ ils liie'deœiaiii^eiif pas^miéQaD qàe deise âédbaap^rnsur lui d3|iiie} piiFtserdes aâkb'es.d^adiniiûstrajion/^ rafinide -dinôtaiser dkutaiitileur' reEspoasqfaâUte. iAwsiiTiir^oiis-^ nous que le; iioittbre des actes' législs^fe.^ été oitoissant rapidement >d^mîs -quà:pante ans3de::i^8i'à ry^i ^iliétm^^eiAmayrfnÊÈey de} 17 1^ par seU^sion;. dfit c8ft i^ à t^&^y il is'iest élevé à 34^ ; c'est juste le double^ > et dès lorsr ili est encore allé^ croissant ^ ' i •

Dans ce noHibfpe, il est vrai, scost comprises toutes ; les BMsnres d'intérêt looalou indÎTidud^ désigiaféesisottsib nom.d« pmvat& hUUy telksiqne de^ roufees à tracer , des eanânx àiOuvrir^ des fjoarâi» à dessécher i desibÎMms .connmmauxà partager* et à endlore , etoj J^'aii amiveivt -entendu tdire

sur. le..coiil]înc»rhiqUE)>dei> atâbâireft de ce genre» )étakàtj|ilusi(iriikipeia:i^aeéÉs «filtre les in^i^&jdë L'adiiinfisteati0ti^^ d' ui^ a^^embUô ^dâib^iianOë v^t^ ^ ^^ ' m\ê

ro{tmfOit)Qomtraîv0|;j^>s^m^âi^tÀ^ ë^hê peijQ^^p4i:i totiBuf eefit(j[Qii Qn&i^4è^rMàMiMt dei^fm)Dl)i»]primfin|fikiai)lb filière >des^||ii^ reaux ministériels et du conseil diéÎM>i^toit pwtf ilri;ei(«k3]t€eBsiJiKL dé^yQràile^)i^iÇ^^ur UU; o0ucaid|'eaU, «soit pqnr «ine ëtitrëf^liëe qu0lcQW|aei dt'agvicHliusidtyide^^^ttilttèi^ë^

. XipraquIuHe question î^ikM^t pëttiel est sownjfie • «ti »PfarIieiiie3B*v ^^ItP y ^ttrtirfe 4^à élabQrqe^gaari la> 4iM|i6lsiott «tiUi^^lé^^iki^ , sait. entYfî les juges <diripa!idd,i«rij^^2^i!Mè^ .^^ifîw><9»it>^Einti)eJ<^dii^i^jgMë^^^ réiinis.^i» assemidea pour tc^t^ot^ ipééikl. "fies comités de lia ichambt^Uiefc )s<ÀnkiiUned' auxquels la question ^t rêhvDyée; "ne Man-

SUR L iUf lîUTERRË. ZOJ

qH€yi$ imieiBR deiirai/lardMetuJiknouoii ■ plu^^ txéw^è^ jlàAingk^ÉBaBtiflesiitën^oitt» i@t ^es

iife^^rr^ joefiileT)^ ofifre de >î)lu&!ide) ^

si un grand nombre de bill&sontiaddpté^ %^Pym^ pnàli^1ât^i«9nnH«nai(tei<pi>ur f^^ ^tiB«\^<9l^i;%ft9AidiuiBaDkmett« i^tie

^Is^ijQ^I M«OSaêtK)(^ouftatH(ea^de»i«èl»

^$f!^%1^fi0S£n[fi$^ lîiibiâtidiBiiriinÛBlexàlnen ,

a58 LETTRES

Mais «i qudque^rd^^e.tro^^âit^ Jéié^ ai an i ^Qiipçi(»inait T^qu^cj^e ^eri^eiiur tott' quoique eoiiniyence.ooupabkii '\^ Mêmléà iàiU dcH ¥i€9Kir.aàBiitir4i>hjet d'un débat aiïssî lîmg

de l'Ëtat. I ' « « . 1 ' . i . .. . .

Mon^ but 9 : a)ui (reste ^ ne » âaiW^ trer avec votas daias le «détail deft'lrâîvâ.ttk et des pouvoirs de la chambre^ dél^ côïnmùnesi MiÛ6 je ûroia ettMtiJtisdl de Vocte rappeler que $e& attribatpoA^ V l^in Â'iêtt^e renfermées df^is.cb icértaîjâes/Umîlelvtôgiâ^ latjiyes < inviSMriabkmènt «âsiéâs ^ « s'éc^ndtiit réeUem^nt à Vmtf s le« «flléi^S v à\ iW^M dés injtétêts où spji^ Juafi^r^^tidu p^m^d^vi^m^ utile; et qqila^ depuiti ]1^ qi}e£Nii<wo jl^ ^aidc et de. gôerre j.usqu!è J'^ittfierit»î dfiw> dbmin vicinal; d#pî;ii% )e$,«dtK>tlft)d^ tai ccmronne et l'administration de la^lial^^i^ile jusqu'au maniement d^^<l^mi^4<i%nei paroisse de caimmaw^. t En eSS^ , • . bi fcniel-

SUR l'augleterre. âSp

<|iiè»publtcisto»{iréten4éntquela Ghtimbre as» )GommmMfA' r^vémtitt&i i^i^IUftitement , ainsi (pie ^ddii^f»)m Vm^qné\ lés*eoinfmuiies qui l'drit iStfe ; d'mitre^ ,^ au i^olififaire , fet ce s&bA te^ÊSSb délit ï^opinioti a le ^Itis ée poids , ^f^micâfiiieirt qtt'^llercflréiante »f irtudlement rTHiiversaiité des îaittéréts de rjÉt^t ,' ceux ée (la- iDcMroiii^iJ^ et de la ^]f)Aîrie, tbut aussi 4î«n ijftieôeiltdti^dip^ Hke -Pàrltament iL*frmdffr^têth^fhe iiing's prérogaOiçe, and

îtd^poww-'**) &w«^^W i*ite Parlement est le «c^n^érateitr éê» la pr^ogative royale, et if^nnwtte^ ôéfgéa^i^ 'm 4ÉlMas ^li^ qut^ c»étte «^iObaiiibre ( k Chambre ^JesC^mrtMïies) ait i^^fp&iitmt ^ ^s'en oocùfter. » Tdlle était 4il<doiètirâ^' JMMStktitiéniàelle tjui était po- ^dég> ^i'^iiAc%i6 Vtfês 4é>règAe de Henri m , eti^ atijdiii^ilMi À prife tmmië ' diatfe ' tous

^M L«' f^àrtdfiHtet'eSt^le grrihd coriséil du roi «fc'rie la «a^on; il «ïè discute pas seule-

^6o LETTRES

ment les questioiis lé^îslad^es ^< mais il fait les àffoîtés dû p€iy&; ety^ow» eerirapport, il n'est tfuë îè tégtdateitt* su^rèmile^de tous les antres *coi*ps poMtiiJties*,' dfe braifes les assocîatî'6ïià' cjai «'6eéupôii*^lie»iin*érêt6/de toiît hù partie de la commuiiaiiité. des aissKvciatiorià téhffertftarrit ,*poWÈr la plupart^, daass letii- èéîil^, 'flèS' membres îàtt» l'une et loutre chaihbfë ', fl hèât tie là ttne foule ^<le ^rapporlîs ^ lièrtûréîà* * et journaliers^,'' èirtfe" le Parlement et les diffêrehfc »corps dei FÉtat. S^a^it-il dés afifeii** ♦d'tiAef «piioviiïce - ou d'une ville ? '. les débats^ dtt PArlèmeiU; ^se rattachent aux vGEkvii publi^fu^mietit émis daùs les assemblées de comté ou dans les conseils communaux. S'^git«il des intérêts du cbmmierce ou d^es manufactures^? ks délibérations de la Chambre des Communes sont intimement liées à cellen des grandes corporations mtercantiles et industrielles.

S'agît-il de questions d- humanité et de philanthropie ? les décisions législatives se con-

SUR L ANGLETERRE. a6l

fondent 9 pour>aimi>dûreu,.daa& les travaux desf «Uyerses soeiéteB biejoiaisantes^qui , sans autne mofaile. qiie k netigion et la cl^rité , travaîUcnt k la. aupp? aspion (le ^ail&euse traite' ddS' nègres.) », Vabolition 4ç l'iesdavage eolonial , .à la i^éforme de^. pri^n;^ et desi.h^îAaux y ou à l'améliora|:iQn des écoles^ Ën«un iswM:, le PaarJ/en^ent if^'eçt q^e le primus^ iniirpwes , *u iiuilieu de, pep ifli- Hominrables .cbi:ps .délibérans .qi^i. fo;ait: la vie itloi forée du «pays^ ? . s > .

^ Gette/manière itoute pratique d!envis^er Tactioa du pouYoii>l«gi$jl^t^£fen 4iiglel;çrre , est) importatt^^ et J|e la^ ri^oomma^de à votre atteootibnv panroe qu^ yoi», y trouvère» la meîUeure . solution ^dcr ! la. question qn peu oiseuse de FonmipoteikicQ parJenientaire.

Si. Yous^ supposer d?une part un» corps législatif ûiYesti. de lâ tQUterpui;»sajc\ae 9 et de ramtre une nation privée de droits , privée der garanties vprirviée deja faculté dagir journeUemeiat sur tlar dirvection de ses af-

faires , et âfeteibuimi à prièri un pouvoir suprnne eff^ait^ ihéBéci^'dti mi^D eof pu "polir tique svtc la cowi]l)ôi3itiba'd!ûqu€l^â puisse exercer <{adque^iiiflUt|liteè^i kià ïd *eoiHiraâ*e se pré^àte'Bsmâ d<ânilfé4^«!Lë<lftàiiàère*t^ quaiijte; * - '■':•••'•;' »- -.^.iî .-r.'j» » -..:• •)!■ i.»—

On sevftgtlfe>àt l!iiiMé»xtt lé ^tèAief ^ôe** torftl pexf^mp^ ' ipsÊk ^let forcôou pari^Vif^^ trtgue, et lej^pkfs ober^ciiiiiei^i^ ^dechaïqiiet citoyen à la «ndrci* tl\i|ie>i)iajori|:é àsaema Dès lors une défiance natiM^elle s'œajbàve de 'taùs èssi ^Mpràfei ;- on * d'efforcé^ de> linr tes dépmiés >par dés motldÂfes • ^pédaiiui' ; 4« se réserve dôcertaÂDs droite j lor& même qa'on^ n'a aucun moyen; de te&f dé&pdre; en fixe au dorps lé^latdf des borrièrêB qù-il bi.

est roterdit de^fram^kir^ oojaane si une pan reîUe interdiction n'était pas illusoire^ et que Id'Sôufiêrainetéd^ &iit ^'appartînt pas nécessairement à la majorité Jégiskfeîve, ap payée de la force matérieile du gouvernement; on rédame l'immutabilité de car-

SUR L ajh^{^¥T£^RRe:. 1^63

dwé^ p^jfpétlnj^e i)!y^a y«$|ituÂû9^ humaine

et deki¥mé^év?f>^a^Qi?^ Qe^ qt^e i%iia-

besoin 4ç se rattachw à quelque chose de ^^M» , «t qtt^ 4é&iÉ(fés^gaj|?«mliQ$iviyaaDites etp^lii^e«.,Mçlk»!S0 <i^n£efSiijpe»»ti^ett»emei^t à la httmmQrH4& quelque dédum-* r^tî(^ db pf wc^ipei d(%Knwviiia de toute

&«ppiQ$»%.au4«mir{ibe Mn^natÎQii géraitt e}]|i-»ii^éiped«s allfi^i^^^ toufioiit^ aiHi^^popr U 4ë|$»a€{ di^ «âSj lil3epiï(b^>¥«iUaut jeur let nuit à'«ea proftfet^ uïlei^^ paiiantf, a^gia-t aftnt , éiÎMttt Ms mâgi^lratSy iateiVeaant de miHe^mitwèr«aid«m$iVÂdBiJiiisiratioa'de la îiiâtiee et dans h gouvernement de llÉl^t, prête à tous les sacrifices^ pour s^utfenir des privilèges politiques qui sont devenus comme un élément maoessaire. de la vie de chaque citoyen ; dès leifs la thèse est entiè-

reipeapit çh^gee» Le corps législatif n'est plus uii . êtFe à part, isolé de k ziation; il est au contraire Kémanajtiop ^fi^turelle d'une société dpnt chaque memîîre sait fort bien qiLi^s «Dnt lep (Irqits dont il ne se dessaisimt à aucun prix j^ ^% ceux que par conséquent il doit respecter dans ses concitQ]y;e^s, L'omnipotence, paj:lamentaire n'a dé^pm^i^ plus wn d'efifrayant.

Xra nation 5f e» reeonniqLis^a|^l;,que la souveraineté doit résider quelque part , et qu'elle est plus utilement placée entre les mains du parlement que partout ailleurs, est bien loin pout cela d'abdiquer ses prérogatives inaliénables. Si elle se met en tutelle , c'est comme Henri IV, avec l'épée au côté ; et elle ne renonce point à ce droit fondamental de résistance, dont, suivant la belle expression de M. Fox , il est à désirer que les peuples se souviennent rarement, mais les rois toujours.

La souveraineté parlementaire ainsi con-

SUR l'aiygleterre. 265

çue, n'est au fait que la souveraineté du peuple , sortie du domaine de l'abstraction pour entrer dans celui de la réalité : ou plutôt, elle est l'image tei^résti^ de cette souveraineté de la raison à laquelle leà hommes tendent hommage, lorsque, par une convention salutaire , ils donnent force de loi â Fëpinibn de là mèijdriï^ , ' potiipvu que cette opittîofn se lé^itîtae,* ttn subiistfnt l'épreuve d^uhe Mbre et {)dblique disfcussion. .

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a6& LETTRES

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