L UNITE ALLEMANDE AUX TEUX DES ANGLAIS 2S
lui-même. Je le répète , depuis que l'Autriche est entrée dans le grand chemin de la liberté, les sympathies de TAngleterre accompagnent sa marche.
Mais sttit-il de là que le projet soumis aux délibérations du congrès ait été approuvé ici? Non. C'était l'unité des divers États allemands qui paraissait la chose désirable, et non Tunité des maisons princières.
Or, il a été, dès Tabord, manifeste que cette dernière seule avait quelque chance de s'opérer, {5uisqu'au lieu de procéder par voie de représentation nationale, on recourait à un congrès des souverains.
Que l'édifice de l'unité allemande, de la véritable unité allemande, ne puisse s'élever que sur les ruines des petites souverainetés particulières entre lesquelles TAUemagne se divise, c'est ce qui n'est ici un doute pour personne. Les difficultés qui s'opposent h Tœuvre d'unification de l'autre côté du Rhin sont déjà bien assez sérieuses , même la question des gouvernements à part, pour qu'on ne la complique pas par le conflit de leurs intérêts égoïstes et de leurs prétentions rivales. L'Autriche, sur trente-cinq millions d'habitants, en compte à peine sept millions qui soient d'origine allemande; maîtresse de la Hongrie et de Venise, elle risque à tout moment d'être entraînée dans des querelles où l'intérêt allemand n'entre pour rien, et elle est catholique. La Prusse traîne Posen dans ses bagages ; elle a des affaires à régler avec le Danemark, et elle est luthérienne. C'est le catholicisme qui fleurit en Bavière et dans la plus grande partie du duché de Bade. Dans le Hanovre et le Wurtemberg, ce qui domine, c'est le protestantisme. En Saxe, un prince catholique gouverne des sujets protestants. Le Meckleotbourg est féodal. Le grand-duché de Bade est constitutionnel. La Saxe vit sous le régime des institutions libérales. L'Autriche est
d4 LETTRES SUR l'aNGLETERRE (1868}
entrée dans ce régime. La Prusse en sort. Si Ton veut, à rbeure qu'il est, trouver le despotisme eu politique associé à la liberté religieuse et au principe de la liberté du commerce, c'est en Prusse qu'il faut aller. Si Ton veut trouver le constitutionnalisme combiné avec les doctrines de la protection et du monopole en matière de vjommevce, c'est en Autriche qu'il faut se rendre. Que de diversités politiques, rehgieuses, économiques ' Que d'éléments contraires à rai> prêcher! Que de principes discordants, ou à faire vivre ensemble, ou à fondre!
Et cependant, il y a un peuple en Allemagne, et un grand peuple : un peuple dont l'unité, attestée par sa langue et sa littérature, l'est peut-être d'une manière plus saisissante encore par l'unanime ardeur de ses aspirations vers l'unité.
Mais l'unité à laquelle il aspire a ses racines en lui et non pas hors de lui; le congrès de Francfort est à l'œuvre de l'unité allemande ce que la surface d'un fleuve est à ses profondeurs.
Voilà sous quel point de vue la question est envisagée par le parti vraiment libéral en Angleterre. On n'y attend rien, absolument rien de l'initiative de l'Autriche reposant sur l'union des princes ; on y attendrait beaucoup de l'initiative de l'Autriche reposant sur les larges bases du suffrage populaire. En d'autres termes, il faudrait que l'Autriche se mit résolument à la tête d'un mouvement de la nature de celui d'où sortit, en 1848, le parlement de Francfort.
Et à cela, l'intérêt de l'Autriche est manifeste.
Elle se le dissimulerait en vain : sa position en Allemagne est loin de présenter les mêmes avantages que celle de la Prusse. Le prestige des traditions est en sa faveur, c'est vrai, et elle est comme portée par la majesté de l'histoire ; mais, prise dans l'ensemble des éléments qui aujour-