A PROPOS DE LA CONSTRUCTION DE L ALABAMA
s'allier à une puissance belligérante était reconnu libre, quoique appartenant à une nation neutre, de construire une flotte dans un port de cette nation, de couvrir des vaisseaux d'une cuirasse de fer, de les envoyer en mer à la distance de quelque trois milles, de les faire suivre de leur équipement, et alors, sans autre forme de procès, de poursuivre, de couler bas, d'incendier les vaisseaux de la puissance adverse..., l'Angleterre se trouverait avoir admis un principe, autorisé une pratique, aussi funestes à son pouvoir naval que destructives des bases sur lesquelles repose, chez elle comme par- ^tout ailleurs, la souveraineté nationale.
Pour comprendre l'absurdité vraiment monstrueuse de la tolérance dont M. Laird et ses pareils osent réclamer le bénéfice, il suffit d'observer qu'elle a exposé l'Angleterre au danger d^une guerre affreuse avec les États-Unis. Ainsi, la nation anglaise avait eu beau déclarer, par l'organe de son gouvernement, sa ferme résolution de rester neutre, elle aurait pu, parle fait d'un constructeur de vaisseaux, partisan intéressé ou désintéressé du Sud, se voir accusée de mauvaise foi et engagée dans les plus sinistres complications ! Elle aurait eu beau vouloir la paix, il aurait dépendu d'un simple particulier de l'entraîner dans la guerre ! La volonté d'un seul aurait pesé d'un poids plus lourd que la volonté de tous dans la balance des destinées de tous !
Fatales à un point de vue général, les conséquences le seraient doublement à un point de vue anglais. L'Angleterre, qui possède l'Australie, le Canada et les Indes, qui a la houUle et le fer en abondance, qui dispose des meilleurs bois de construction, et à qui la mer, sa flottante ceinture, permet de former de nombreux, d'habiles et de hardis matelots, l'Angleterre est autorisée aujourd'hui à regarder une guerre maritime comme un jeu où le gain de la partie lui est presque
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fissuré. Mais que deviendraient les avantages qui lui sont propres, le jour où» dans nne lutte contre FEspagne, par exeïnple, elle aurait k compter avec les charpentiers de Pensyhranie; le jour où les ressources maritimes du pouvoir qu*elle aurait à combattre pourraient être doublées, triplées, quadruplées, quintuplées par des vaisseaux qu'auraient construits dans des ports neutres et que lanceraient à la mer tels ou tels riches constructeurs de navires, ennemis de sa grandeur ou avides de ses dépouilles? Il y a quelque temps, le Spectator, k Vappui de ces graves considérations, supposait r Angleterre, qui est si forte sur mer, aux prises avee VAllemagne, qui Test si peu, et, comme conséquence du principe en question, il montrait des vaisseaux de guerre se construisant pour le compte de rAllemagne dans chaque port américain, couvrant TOcéan, courant sus au oomiMree de la Grande-Bretagne, ravageant les cdies de Tlndc, ftisant monter le prix du fret et de Tassurance \ des diilfres ruineux, nécessitant pour les vaisseaux marchands Tinoessanle protection des vaisseaux de guerre, et finissant par rendre inévitable une guerre avec TAmérique. Ce taMeau est-il exagéré? Que TAngleterre adopte, si le cœur lui en dit, la doctrine que recommandent les partisans du Sud, et elle verra!