‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 127 sur 186 · A PROPOS DE LA CONSTRUCTION DE L ALABAMA · texte numérisé non relu

A PROPOS DE LA CONSTRUCTION DE L ALABAMA

(le H. Laird, voilà ce qui Tenivre d'orgueil, d'autant plus que si on lui demande le nom des constructeurs, il peut répondre : « Les constructeurs sont mes fils. »

Très-bien ! Mais il est une autre question à laquelle on aurait voulu voir H. Laird répondre : dans quel dessein, pour quel usage, au profit de qui, au nom de quel principe, en vertu de quelle loi messieurs vos fils ont-ils construit YÀlabama^ et les vaisseaux cuirassés qui se disposaient, assure-t-on, à continuer ses exploits, lorsque lord Russell en a ordonné la saisie?

C'était là un point fort intéressant à éclaircrr.

S'il est faux que, en violation du « Foreign enlistment Âct » et au mépris de la neutralité proclamée par l'Angleterre, ces vaisseaux fussent destinés à servir le Sud contre le Nord, H. Laird aurait dû nous le dire.

Si le fait est vrai, au contraire, mais, dans l'opinion de M. Laird, parfaitement légal, c'est ce qu'il aurait dû nous apprendre.

Mais non : sur l'un comme sur l'autre point, le discours est muet. Ce silence parle.

De plus, pour quiconque a l'habitude d'interpréter les apologues, n'y aurait-il pas une confession dans le passage de cette harangue où il est fait allusion à la chasse au renard? « Lorsque les chiens de chasse, a dit M. Laird, approchent du terrier, le renard les flaire-, quand le chasseur arrive, plus de renard. » Et l'orateur a lui-même comparé VAlabama au renard, pour les absoudre tous les deux. Que conclure de là, sinon que YAlabama avait flairé la justice et savait à merveille à quoi s'en tenir sur la chasse que lui donneraient les hommes de la loi? La remarque est du Times.

Autre passage a noter : « Ce n'est pas d'aujourd'hui, »

112 LETTRES SUR L ANGLETERRE (l863)

a naïvement déclaré Mi Laird, « que j'ai la main dans les expéditions secrètes. Il y a quelques années, le gouvernement de ce pays jugea bon d'envoyer secrètement des vaisseaux en Chine et dans les divers ports de l'Inde. On prévoyait une guerre avec la Chine; on craignait de voir les Russes sur l'Indus et TEuphrate; on avait besoin d'un homme de confiance : le gouvernement eut recours à moi. > Et l'orateur a raconté comme quoi il se montra digne, en cette occasion, de la confiance qui lui était témoignée, par le mystère dont il couvrit l'exécution des ordres qu'il avait reçus* Franchement, il aurait pu se dispenser de cette déclaration. Que la construction de YÂlabama se rapportât au projet d'une expédition secrète^ partant peu avouable, eh! mon Dieu, qui donc Tignorait? Hais c'est le secret de la comédie, que ce secret-là.

Si, après un tel discours, on doute encore de la nécessité absolue de la saisie récemment, ordonnée par lord Russell, convenons qu'on y mettra de la bonne volonté !

Mais cette saisie sera-t-elle judiciairement sanctionnée, ou bien trouvera- t-on, comme dans le cas de YÀlexandra, quelque autre chief baron PoUock prêt à annuler la confiscation, sous prétexte qu'il n'y a pas de différence entre vendre des armes à un belligérant et lui vendre des vaisseaux?

Si ce scandale devait se renouveler; si le « Foreign enlistment Act » devait être désormais considéré, ou comme un vain chiffon de papier, ou comme une loi faite seulement pour qu'on l'élude; s'il devenait loisible au premier venu de rendre illusoire ou de faire paraître hypocrite, au gré de ses sympathies particulières, de ses intérêts mercantiles, de ses caprices, la politique de neutralité hautement adoptée par son pays; si tout flibustier auquel il prendrait fantaisie de

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