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puyaient les armes de la Prusse, Frédéric VII eut Toçcasion de personnifier en lui cette grande^ passion du peuple danois menacé par l'Allemagne : la haine de TAUemagne.
C'est justement de cela que les Anglais lui savent gré. Ils regrettent en lui un prince vraiment danois, c'est-à-dire anti-allemand jusqu'à la moelle des os.
Et pourquoi? D'où vient que l'Angleterre, dans cette question du Slesvig-Holstein, met tant de passion à prendre parti pour le Danemark contre l'Allemagne? Est-ce par amour platonique du droit? J'avoue qu'envisagée au point de vue du droit, la question ne me parait pas aussi facile à résoudre que beaucoup de gens ici l'imaginent.
Le Holstein, il ne faut pas l'oublier, est allemand, nonseulement parce qu'il appartient à la Confédération germanique, mais parce tout en lui est allemand : son histoire, ses institutions, sa langue, ses habitudes sociales, ses aspirations politiques.
Quant au Slesvig, il ne fait point, il est vrai, comme le Holstein, partie de la Confédération germanique, et l'on ne peut nier que l'élément danois ne domine dans les districts du Nord; mais, même dans le Slesvig, c'est la langue allemande que parle la majorité des habitants; c'est la pensée allemande qui règne dans les villes et dans tous les grands centres; c'est l'âme de l'Allemagne qui respire, depuis des siècles, dans les lois et les usages du pays; c'est au parti de l'Allemagne qu'appartient, dans la Diète provinciale du Slesvig, la majorité des députés, et c'est en allemand que leurs vœux s'expriment.
De l'énergie du mouvement qui éloigne du Danemark le Slesvig et le Holstein, il existe un témoignage irrécusable : Tiosurrection popnlaire de 1848. Vainement Frédéric VII, à peine sur le trône, essaya-t-il de gagner les duchés par
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Foffre d'une Constitutiou nouvelle qui semblait les mettre sur un pied d'égalité avec le Danemark : cela même les eflfraya, tant ils tenaient à ce qui leur restait encore d'indépendance. Et lorsque, en 1848, le parti libéral, à Copenhague, mêla parmi ses vœux révolutionnaires, nés du contrecoup moral de la Révolution de février, le vœu que le Slesvig fût transformé définitivement en province danoise, qu'arriva-t-il? Le feu prit aux duchés : une guerre sortit d'une révolte; un gouvernement provisoire fut étabU, et l'on vit des députés du Slesvig siéger dans un Parlement allemand. On sait combien la lutte que je rappelle fut acharnée; elle dura près de trois ans, de 1848 à 1851. A la vérité, le courage des Danois fut mis h une rude épreuve, la révolution qui éclata au mois de mars à Berlin y ayant rendu le séjour de la garnison peu désiré, peu désirable, et la Prusse ayant envoyé les troupes demeurées sans emploi au secours des insurgés. Mais ce qu'on ignore généralement, c'est que si les habitants des duchés eurent pour eux les soldats prussiens, le roi de Danemark eut pour loi, chose presque incroyable et pourtant certaine, qui? Le roi de Prusse, lequel faisait savoir secrètement au gouvernement de Copenhague, par M. de Wildenbruch, que « le Danemark n'avait rien à craindre, et que les troupes prussiennes n'avaient été envoyées par lui dans les duchés que pour y déjouer l'influence du parti républicain et les conserver à leur monarque légitime. » La guerre, du côté de la Prusse, fut conduite en conséquence. Les dépositaires de la pensée secrète du roi mirent, à un succès dont il ne voulait pas, tous les empêchements nécessaires : on rappela les troupes prussiennes juste au moment où elles étaient exposées au malheur de vaincre; et ce fut aux bons offices des Cours de Vienne et de Berlin elles-mêmes que le Danemark dut de reprendre.
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sur le Slesvig et le Holstein, une domination si rudement contestée.
Le fait est que les duchés de Slesvig-Holstein ont leur Magna Charla^ à laquelle ils sont tout aussi excusables de tenir que s'ils avaient du sang saxon dans les veines. Cette Magna Charta est celle que jura, en 1460, Christian I^, lorsque les duchés l'acceptèrent pour roi, non en qualité de monarque danois, mais comme chef du Slesvig-Holstein.
La convention de 1460 portait :
Que le Slesvig et le Holstein ne formeraient jamais deux pays séparés ;
Que les habitants ne seraient pas obligés au service militaire, en dehors des limites de leur territoire ;
Qu'aucune guerre ne serait entreprise sans Tassentiment et l'avis des Étals du Slesvig et du Holstein;
Qu'aucune taxe ne serait levée sans leur consentement ;
Que la monnaie employée dans le pays serait celle qui alors avait cours à Lubeck et à Hambourg;
Que des gens étrangers au pays ne seraient reçus ni à y rendre la justice ni à y diriger Tadministration.
Ainsi était conçu le pacte fondamental de 1460. 11 a£Kr- Diait, on le voit, l'union du Slesvig et du Holstein, leur indivisibilité; il déterminait l'étendue de leur souveraineté locale; il leur reconnaissait une existence t part; il établissait entre .ces pays et le Danemark un ordre de relations assez semblable à celui qui existait, avant 1837, entre l'Angleterre et le Hanovre : deux contrées gouvernées par le même monarque, mais à des titres divers, et sous des conditions différentes.
Cet état de choses a subi des modifications successives qu'autrenduespossibles,sinon faciles, l'esprit d'empiétement, d'une part, et, d'autre part, l'action corruptrice de Tégoïsme
et de la peur. Hais les sentiments qui inspirèrent la convention de 1460 sont restés vivants dans le cœur de la population allemande qui couvre le Holstein et une partie considérable du Slesvig.
Le 16 février 1860, en faisant passer de Copenhague, à lord John Russell, la liste des griefs du Slesvig, telle que la majorité de la Diète de ce pays Tavait dressée dans une pétition au roi, M. Paget écrivait : « Votre Seigneurie remarquera que les principaux objets indiqués sont : renseignement forcé de la langue danoise; l'usage du danois dans les églises, en des districta où on ne le comprend pas; la suppression de plusieurs* sociétés scientifiques; les restrictions apportées à la liberté de la presse; la prohibition de tout meeting, et le désir qu'a le Slesvig d'être uni politiquement au Holstein (1). »
Voilà, en effet, sous une forme très-adoucie, le résumé des plaintes qui éveillent en Allemagne tant et de si formidables échos. Encore ce résumé n'est-il pas complet. Il ne dit pas qu'un vaste réseau d'espionnage est jeté sur les duchés; que les troupes qu'ils fournissent sont condamnées à servir, sous des officiers danois, hors de leur terre natale, dans une sorte d'exil; que les bannières des duchés sont proscrites ; que les mots Slesvig-Holstein sont traités de séditieux ; que, dans la levée des taxes, on ne tient nul compte du droit de contrôle des États; qu'aucune pétition ne peut porter plus d'une signature; enfin qu'on poursuit l'expression du sentiment public jusque sur le bord des fosses onvertès pour recevoir les morts.
Si l'on objecte que ces mesures sont absolument néces-
(1) Correspondenee reipecting the affairt of the Duchies of SUsvîç and Holstein f n* i.