‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 139 sur 186 · COMPLICATIONS DE LA QUESTION DANOISE · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS DE LA QUESTION DANOISE

tisme contre la liberté. Ce parti, peu nombreux, je crois, est en revanche très-actif; il se remue beaucoup ; il écrit beaucoup ; il a des émissaires dans le Holstein ; il y envoie des manifestes; il y répand Tidée que le mieux, pour les duchés, serait de laisser là les prétendants de toute couleur, de se constituer en république, d'être la Suisse du Nord.

Et pendant que cette agitation a cours là-bas, est-oii tranquille ici? Non, certes. Le mouvement de l'Allemagne inquiète et irrite les Anglais. Ils croient y apercevoir bien moins un élan sympathique vers la population allemande des duchés qu'une passion malsaine d'agrandissement. Ils ne mettent pas en doute que le but de l'Allemagne ne soit de réduire le Slesvig à l'état de province allemande. Ils la supposent possédée d'un violent désir d'avoir un grand port sur la Baltique. Ils estiment que le port le plus important dans ces parages, c'est Kiel, et que, pour tirer avantage de la possession de Kiel, qui est dans le Holstein, l'Allemagne a besoin de s'établir sur la rive septentrionale , qui fait partie du Slesvig. Ils savent combien la marine marchande des Allemands est considérable, ce qu'ailleurs on ne sait point assez, et quelle puissance maritime l'Allemape pourrait devenir le jour où elle aurait les vaisseaux de guerre qui lui manquent, et où elle posséderait le Slesvig, le Holstein, deux nids d'habiles et hardis matelots. Une chose les touche aussi : la crainte de voir disparaître la nationalité danoise, laquelle, sans le Slesvig et le Holstein, serait bien près de périr, n'étant plus en mesure de se défendre ; ils s'intéressent à ce peuple, petit par le nombre, grand par le courage, et que la liberté aujourd'hui compte parmi les siens.

Dans cette situation d'esprit, les Anglais mettent autant de véhémence à appuyer le Danemark que les Allemands à

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soutenir les duchés. L'Angleterre ayanceràitp^lle si TMemagne avançait? Dans ce cas, quelles étranges complications! quel embarras pour la famille royale d'Angleterre! La fille aînée de la reine, mariée aju prince royal de Prusse, pourrait-elle se dispenser de faire des vœux pour l'Allemagne? Le fiis aîné de la reine, marié k la fille du nouveau roi de Danemark, pourrait^il n'être pas animé de sentiments tout à fait contraires? Et déjà n'est-il pas singulier que le premier à se déclarer contre le pèro de la princesse de Galles. ait été l'oncle dti prince de Galles ?

Quoi qu'il en soit, la mine est creusée. Pour la faire sauter, il suffirait d'une étincelle.

S'il ne s'agissait que du Danensark d'un côté, et des duchés de l'autre, la question, malgré les efforts prodigieux qu'on a faits pour Tembrouiller, serait assez ^ple. Les trois points autour desquels elle tourne sont ceux que le roi de Prusse résumait en ces termes, dans une lettre écrite par lui, le 21 mars 1848, au duc d'Augustenbourg :

1^ Les duchés sont des États indépendants ;

2° Ils s(^Bt intimement liés l'un à l'autre;

3^ La ligne mâle règne dans les duchés.

Chacune de ces assertions a, cela va sans dire, donné lieu, entre les écrivains danois et les écrivains allemands, à des controverses sans fin. On a fouillé dans les archives 4e Copenhague ; on a consulté et déchiffré de vieux parchemins à moitié rongés des vers ; on a usé des flots d'encre; on a épilogue ; on a équivoque sur je ne sais quels textes latins; on a bataillé à en. perdre haleine sur la question de savoir, par exemple, quel degré d'importance il fallait attacher h une lettre trouvée dans les archives danoises et datée du 5juin 1448, cantenant un paragraphe en latin, c tiré, est-il dit dans la lettre, d'un document daté de 1326, signé

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