‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 142 sur 186 · POUROUOI LANGLETEURE NA PAS ACCEPTE UN CONGRÈS ICI · texte numérisé non relu

POUROUOI LANGLETEURE NA PAS ACCEPTE UN CONGRÈS ICI

Albion? » Oui, voilà, tout d*abord» les appréheosions qui se sont fait jour; et n'y voir qu'un effet de la peur qu'inspire notre puissance à l'Angleterre, ce serait, d'une part, méconnaître bien étrangement la sienne, et, d'autre part, céder à un sentiment de forfanterie indipe d'une grande nation, les nations vraiment grandes étant celles qui se respectent dans leurs émules et jusque dans leurs ennemis*

Ce qui est vrai — je vous Tai déjà dit bien souvent, et je ne saurais me lasser de le répéter — c'est qu'au désir, trèssincère et très-profond , de naviguer de conserve avec la France, F Angleterre ne peut se défendre de mêler un sentiment de défiance. Que cette défiance soit bien ou mal fondée, toujours est-il qu'elle existe.

En France, les Anglais cherchent des yeux une machine qui leur indique d'avance la direction du[vent*, et comme ils n'y découvrent rien de tel, ou, en d'autres termes, comme l'opinion publique en France, par eux interrogée, ne peut leur apprendre ce qu'elle-même souvent ignore, ou ce qu'il ne lui est pas permis de dire, quand elle^ne l'ignore pas, ils se tiennent sur leurs gardes et s'étonnent avec raison qu^on se formalise d'une réserve qui, suivant eux, n'est qu'un acte nécessaire de prudence.

En ce qui touche particulièrement la^question du congrès « l'Angleterre avait, pour ne point l'envisager de notre point de vue, une raison plus décisive encore, peut-être, que celles dont je vous ai fait part dans mes précédentes lettres; et cette raison est celle qui se tire du génie même de la nafion anglaise. Lisez le Times d'aujourd'hui^: en]insistant sur ce qu'il nomme le caractère idéal des dépêches de M. Drouyià de Lhuys, et le caractère pratique des dépêches de lord Russell, il donne la meilleure explication possible, l'explication vraie de la conduite de l'Angleterre en cette circons-

T. IT, Il

tance. Pour elle, en effet, la philosophie pure, surtout quand elle touche au sentimentalisme, n*est pas du domaine de l'homme d'État. Pour elle, la politique se compose de faits, non de principes. Pour elle, la sagesse à l'usage des nations, non moins que la sagesse à l'usage des individus, veut qu*on prenne la vie comme elle est, et comme elle vient; qu'on n'aspire pas à tout prévoir et à tout régler; qu'on attende les accidents, sauf à les combattre, si on les a contre soi, ou h en lirer parti dans le cas contraire.

Vous vous rappelez le fiimeux axiome : « La nature a horreur du vide. » Eh bien, on pourrait dire de l'esprit anglais qu'il t a horreur de la généralisation. » Je vous écrivis, il y a quelque temps, une lettre où, à propos d'un article de la Salurday Review, je développais cette thèse. Je ne crains pas d'affirmer .que, si vous voulez avoir un moyen de juger la politique de l'Angleterre avec fruit et avec équité, vous ne sauriez adopter un plus sûr critérium.

Exemple : YEconomist, journal fortement pensé et bien écrit, justifie le refus de l'Angleterre de participer au congrès par cette considération, que c'est la venue du mal qui développe en nous le pouvoir de décider du remède, t Que de fois, dit-il, ne nous arrive-t-il pas, dans la vie du foyer, de trouver que nous dépensons trop ! Si notre crainte à cet égard n'est qu'à demi fondée, nous avons l)eau nous ingénier, rien ne se présente qu'il nous soit véritablement possible d'économiser. Mais vienne la nécessité, une absolue nécessité de nous réduire à la portion congrue, nous serons étonnés du nombre de choses dont il nous est facile de nous passer. »

Ce raisonnement ne vous semble-t-il pas caractéristique?

II n'est donc pas besoin d'aller chercher les causes du re* fus de TAngleterre bien loin : elle? sont tout près; elles font

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partie intégrante de son génie. Il était presque inipossible qu'un pays tel que celui-ci ne jugeât pas romanesque h l'excès le projet d'un congrès destiné à réparer le passé, à rassurer le présent, à régler l'avenir, et cela par le concours de puissances prêtes àr immoler aux autels de la paix perpétuelle leurs préjugés," leurs rancunes, leurs posscfssions injustement acquises et les possessions d' autrui injustement convoitées.

Il y a à dire aussi, car je n'entends rien dissimuler, que l'Angleterre n'a pas été sans doute fâchée, en cette occasion, de s'affirmer comme nation de premier ordre, ayant sa politique h elle, sa volonté à elle, et n'acceptant de l'initiative d'un souverain étranger que ce qui lui parait praticable et convenable. Mais, franchement, est-ce done là un sentiment de fierté que la France, à la place de l'Angleterre, serait incapable de ressentir?

Quant à imaginer que l'Angleterre a été bien aise de se poser devant le monde dans l'attitude indiquée par ces mots de la Saiurday Review : t La France propose et l'Angleterre dispose, » le peuple anglais, croyez-moi, a trop de bon sens pour faire de l'emphase quand il s'agit du repos de l'Europe et de son propre repos.

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29 novembre.

lin meetlag allemand & t Lonfl<

L'Angleterre ne figurera pas au Congrès : voilà qui est bien décidé. Pourquoi? La publication dans la London Gazelle des dépêches échangées entre le cabinet des Tuilerier et le cabinet de Saint-James ne laisse sur les motifs du gouvernement anglais aucun nuage. Pour TAngleterre, le Congrès serait la bouteille à Tencre, si je puis me servir de ce mot, ou, plutôt, ce serait la boite de Pandore. Au lieu de la paix, il risquerait d*en sortir la guerre; au lieu d* entrer dans l'âge d'or, nous serions exposés à nous enfoncer plus avant dans le siècle de fer. Voilà ce que le comte Russell pense ; voilà ce qu'il a dit de ce ton ferme qui convient à un homme libre, parlant au nom d*un peuple libre; et voilà ce que l'Angleterre, d'un sentiment unanime, pense et dit comme le comte Russell. Je n'insisterai pas. Le>s commentaires, je les ai présentés d'avance à vos lecteurs. D'ailleurs, ils se présentent aujourd'hui d'eux-mêmes.

Je préfère vous parler d'une autre question qui, non moins vivement que le congrès, agite ici l'opinion publique et menace de mettre TEurope en feu.

Lundi dernier, une centaine d'Allemands se réunirent pour préparer un grand meeting. Il s'agissait, vous le devinez, du Slesvig-Holstein. La légilinKlé du duc d'Augus-

UN MEBTING ALLEMAND A C LONDON TAVERV, » 165

tenbourg ayant été posée, Karl Blind dit avec cette éloquence du cœur qui lui est propre :

Que la cause à faire triompher était celle, non de tel ou tel prétendant, mais d'une nationalité injustement confisquée et de la liberté assaillie ;

Qu'il ne serait conforme ni aux principes de la démocratie, ni même aux maximes d'État, d'entrer dans une simple guerre de succession ;

Que la lutte était, non pas entre un prince et un autre prince, mais entre un peuple qui invoque le droit de s'appartenir et un autre peuple par qui ce droit imprescriptible est violemment attaqué;

Mais qu'il fallait bien se garder d'abandonner aux cours allemandes et à la Diète la solution de cette question suprême;

Que, déjà, lors de la guerre d'indépendance de 1848i851, la cause du Slesvig-Holstein, qui est celle de l'Allemagne, avait été trahie par les gouvernements allemands ;

Que le roi de Prusse, à cette époque, avait été secrètement de connivence avec le Danemark, dont cette perfidie, sans exemple dans l'histoire, avait assuré le succès;

Que c'était sur leur propre courage, appuyé par les armes des volontaires allemands, c'est-à-dire sur le mouvement révolutionnaire, que les Slesvig-Holsteinois devaient compter;

Que, quant à lui, Karl BUnd, ce qu'il désirait, c'était de voir le Slesvig-Holstein devenir la Suisse du Nord et figurer désormais dans l'histoire, non comme l'arrière-garde de la légitimité princière, mais comme l'avant-garde de la liberté allemande.

L'exposé de ces vues, que Terateur avait précédemment

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développées dans un ardent manifesie envoyé par lui am SIesvig-Holsteinois, fut applaudi avec transport. Quelquesuns essayèrent de les combattre : leur opposition fut vaincue ; et le meeting préalable nomma une Commission chargée de rédiger le programme des résolutions à soutenir devant le meeting définitif. Les membres de cette commission furent désignés dans Tordre que voici : Karl Blind, Freyligrath, docteur Heintziiiann, Berndes, docteur Basch, Bergmann, Kinkel, Jebens, Jacoby, etc. — en tout, 25 membres.

Mercredi, la commission se réunit. Karl Blind proposa des résolutions qui furent toutes adoptées après de vifs débats, et la plupart à l'unanimité — les opposants eux-mêmes ayant fini par voter pour.

Voici ces résolutions :

1° Le meeting déclare que, aujourd'hui, d'après le droit des anciennes chartes, comme, depuis longtemps déjà, d'après le droit naturel delà liberté, toute connexion entre le SIesvi|,^-Holstein et le Danemark est dissoute; la Constitution proclamée par le nouveau roi n'étant qu'une infraction flagrante aux droits des Slesvig-Holsteinois et de la nation aUemande.

2° Le meeting déclare que le Prciocole de Londres, n'ayant été ratifié ni par le peuple Slesvig-Holsteinois ni par la nation allenaande, est nul et non avenu. (Cette réso* Itttion, qui rentrait dans la première, fut ajoutée sur la proposition de M. Born.)

3* Le meeting déclare qu'il est du devoir du peuple allemand de rétablir l'indépendance du Slesvig-Holstein, -anéantie par une trahison sans exemple.

4^ Le meeting déclare que, vu la conduite tenue jusqu'ici par les gouvfîrnements allemands et la nécessité d'arriver à V-union des forées, il faut prendre pour naot d*ordre Inde-

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